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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 10:42

 

La 4° réunion annuelle de notre club se propose d’aborder deux thèmes qui ne me tentent pas forcément…mais je ne demande pas mieux que de me faire convertir par les deux séries de vins proposées ce soir.
Allez, j’abandonne tous mes préjugés et je pars à la découverte de ces régions qui, jusqu’à aujourd’hui, ont gardé pas mal de mystères pour moi.
A.O.C. c’est aussi « Amitié-Ouverture-Convivialité » que diable !

- Thème 1 : il paraît qu’il y a de grands blancs en pays bordelais…
- Thème 2 : peut-on atteindre les sommets lorsqu’on vient du Piémont ?

Pour la série bordeaux, Paul, notre ami britannique, a réuni quelques pépites blanches issues de cette région historiquement très lié à son pays…soirée nostalgie pour l’English !
Pour les rouges italiens c’est notre « Flying François » qui a profité d’un séjour aux Etats-Unis pour constituer une série représentative de cette grande région viticole.


Les vins des deux séries sont servis à l’aveugle, seuls ou 2 par 2.

Verres INAO.

Soirée Club AOC du  mai 2012 à La Wantzenau


Thème 1 : les grands blancs de Bordeaux…Myth or Reality ?

 


Château de Chantegrive Cuvée Caroline 2010 : le nez est vif et fringant sur les fleurs et la pêche blanche, la bouche est bien grasse avec un joli volume et une légère amertume qui s’invite en finale en compagnie de quelques notes de groseille blanche.
Château Pont de Brion 2010 : le nez très discret à l’ouverture demande une longue aération pour exprimer sa palette complexe sur la pêche blanche, la résine et l’ananas frais, en bouche l’attaque est pointue, la structure ample et révèle progressivement un très beau fruit, la finale épicée et finement boisée persiste longuement.
La série commence par deux blancs d’appellation « Graves » très plaisants : le premier issu de vignes trentenaires sur terroir sablo-argilo-calcaire est composé à parts égales de sémillon et de sauvignon et a été élevé durant 9 mois en fûts neufs, le second issu d’une vigne plus âgée (45 ans) sur un terroir sablo-argilo-graveleux est dominé par le sémillon (65%).
« Caroline » procure un plaisir simple et très immédiat, « Pont de Brion » demande un peu de patience pour montrer sa très belle personnalité…nous commençons cette dégustation par deux vins particulièrement séduisants et accessibles avec un rapport Q/P très avantageux.

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Château Larrivet Haut-Brion 2007 : le nez est intense sur la groseille à maquereaux, les fleurs blanches et les écorces d’agrumes, la bouche fraîche et élégante s’épanouit sur une palette longue et complexe où on reconnaît des notes de fruits blancs, de zestes et de citron mûr.
Château Carbonnieux 2006 : à l’ouverture, le nez est dominé par une forte marque oxydative mais la palette s’affine progressivement pour laisser apparaître de belles notes de fruits jaunes mûrs, de grillé, de pralin et de miel, la bouche possède une chair un peu molle avec un équilibre assez lourd, la finale livre des arômes de fruits secs.
La première paire d’appellation « Pessac Léognan » est très contrastée : l’un est d’une grande pureté et d’un très haut niveau qualitatif mais l’autre se montre très décevant, touché par une oxydation prématurée qui perturbe fortement dégustation.
Acheté sur un linéaire de GD le Carbonnieux est visiblement très fatigué mais le Larrivet est vraiment magnifique : une belle définition aromatique sans trace d’élevage (100% bois neuf pourtant…) et une structure volumineuse mais très fraîche en bouche.

 

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Domaine de la Solitude 2005 : le nez est très douteux avec des notes liégeuses qui couvrent les arômes de miel et de fruits blancs, la bouche est droite mais le défaut constaté au nez s’impose complètement en polluant définitivement l’ensemble.
Y du Château d’Yquem 2005 : le nez est fin, complexe et très raffiné avec une palette qui développe des arômes de craie, de fruits jaunes mûrs et de fleurs blanches, la matière en bouche est riche avec un toucher très gras et un équilibre qui semble légèrement moelleux, la finale est très longue et toujours bien complexe avec une pointe vanillée très agréable.
Comme prévu Y s’impose de façon magistrale comme le grand vin de la série avec son élégance et sa tenue très aristocratique. Rien à redire, la « star » tient son rang, ceci dit, à l’annonce du prix pour cette bouteille (200 et plus actuellement) l’enthousiasme général à considérablement baissé. Certes lorsqu’on s’approche du saint des saint bordelais il ne faut plus réfléchir en terme que qualité/prix ou de prix/plaisir, mais quand même…
Avec le blanc du Domaine de la Solitude (dirigé par la famille Bernard qui dirige aussi le Domaine de Chevalier) il y a eu un réel souci : les deux bouteilles ouvertes présentaient le même défaut : un liège perceptible au nez et en bouche.
Problème, les bouteilles étaient bouchées au « Nomacorc »…Mystère ou (probablement) contamination au TCA.
J’ai soumis la question au domaine de la Solitude ; trois semaines ont passé et j’attends toujours une réponse…j’ai comme l’impression qu’elle ne viendra jamais !

 

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Domaine de Chevalier 1983 : le nez est discret mais d’une belle fraîcheur, on y décèle des notes d’herbes aromatiques et une minéralité très expressive, la bouche est volumineuse mais sa vivacité lui laisse un côté très fringant, la rétro-olfaction révèle des nuances de thé et de craie, la finale est longue et d’une incroyable fraîcheur.
Tel Saint Georges face au dragon ce Chevalier vient de terrasser un Y pourtant somptueux. Quelle jeunesse, quelle beauté !
On en oublierait presque que Solitude 2005 a été conçu sous la même égide que ce vin…


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Pour conclure :

- Comme beaucoup de citoyens de sa gracieuse majesté, notre ami Paul a gardé un amour particulier pour les vins de cette région bordelaise que leur royaume insulaire a possédé dans le temps. Il suggère régulièrement des visites gustatives dans ce vignoble et nous concocte des séries qui nous emmènent vers des vins que je ne goûte plus aussi souvent qu’au début de ma longue carrière d’ivrogne…Thank you very much !

- Dans cette série les très belles surprises ont côtoyé les déceptions mais les ratages (que j’ai fourni personnellement d’ailleurs…) ne doivent pas faire oublier les réussites vraiment magnifiques qui prouvent que le bordelais est aussi une belle terre à blancs
Lorsque le sémillon partage l’encépagement avec le sauvignon on obtient très souvent des cuvées qui se dégustent remarquablement bien : l’aromatique est fine et complexe et la bouche parfaitement équilibrée et d’une grande suavité nous rappelle que les bordelais possèdent une vraie maîtrise dans l’élevage de leurs vins.
Reste hélas le problème de surévaluation tarifaire un peu endémique dans cette région…dommage !

- Pour le coup de cœur, Chevalier 1983 s’impose tout naturellement et restera dans le « top ten » des grands vins bus cette année au club…hélas, pour en mettre en cave il faudra lâcher plus de 100 euros la quille, ça fait réfléchir ! Pont de Brion 2010, très réservé le soir mais qui s’est montré beaucoup plus épanoui le lendemain est sans aucun doute et de loin le meilleur rapport Q/P de la série (11,50 euros au domaine).
 

 

 

 

Thème 2 : ma que bella Italia…

 

 

 

Dolcetto di Diano d’Alba 2008 – S. Farina à Diano d’Alba : le nez est expressif avec un registre très flatteur sur les fruits rouges et la pivoine, la bouche est ronde et gourmande et, malgré une finale un peu courte, l’ensemble reste très plaisant.
La série commence par une vraie bonne surprise : issu du cépage dolcetto sur un terroir argilo-calcaire, ce vin rouge juteux et fruité possède un charme simple et direct. MIAM !

 

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Baccanera-Langhe Rosso 2006 – Cascina Lo Zoccolaïolo à Barolo : nez est expressif sur les fruits rouges mûrs (framboise, cerise) avec une touche un peu champignonnée, la bouche est ample et charnue, la palette reste fruitée mais des notes de sous-bois refont leur apparition en finale.
Gavarini-Langhe Rosso 2009 – Elio Grasso à Monforte d’Alba : le nez est intense et bien franc sur la cerise très mûre et le noyau, la bouche est simple mais assez bien équilibrée ; même si l’alcool marque un peu le milieu, la finale est rafraîchie par une belle acidité et une fine présence tannique.
Issus du terroir de Barolo mais provenant de coteaux non-classés dans cette appellation ces deux rouges ont des identités très différentes : Baccanera est un assemblage de barbera, cabernet et nébiolo qui possède un équilibre très gourmand malgré un marquage « champignonesque » un peu douteux, Gavarini est une cuvée100% de nebiolo qui n’est pas encore tout à fait en place mais qui affirme un beau potentiel.


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Carema Classico 2007 – Cantina del Produttori à Nebiolo di Carema : le nez s’ouvre avec des notes de torréfaction et de terre humide avant de partir sur un registre plus fruité marqué par la griotte, la bouche est très joliment balancée avec un équilibre très dynamique entre une chair gourmande et une belle fraîcheur acidulée, en finale le retour aromatique est très long.
Carema Riserva 2003 – Cantina del Produttori à Nebiolo di Carema : le nez s’ouvre sur un registre tertiaire très évolué (notes animales), après oxygénation un fruité agréable se manifeste (cerise rouge et noyau de cerise), la bouche est bien équilibrée, la matière est juteuse avec un toucher est très agréable, la finale souffre d’une présence alcoolique et tannique dont la virulence donne une impression de sécheresse peu avenante.
Ces deux vins de coopérative 100% nebiolo sont très différents mais somme toute assez plaisants : la cuvée classique 2007 est a maturité et se goûte avec facilité et plaisir aujourd’hui, la cuvée réserve 2003 affirme sa classe à travers une palette aromatique complexe à souhait mais déçoit en bouche par son côté un peu excessif.

 

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Barbaresco Ovello 2006 – Cantina del Pino à Barbaresco : le nez est intense sur le caramel, l’amande douce et la cerise, en bouche la chair est veloutée et l’aromatique devient plus intense, la finale marquée par des tanins virulents et une présence alcoolique très puissante laisse une impression de chaleur et de sécheresse.
Barolo 2004 – Eraldo Viberti à La Morra : le nez est puissant avec des notes de fruits rouges et d’épices mais aussi une touche alcoolique assez prononcée, la bouche est sphérique et très massive, la finale possède une longueur aromatique considérable mais souffre d’une présence tannique excessive qui rend l’ensemble sec et austère.
Ces deux vins 100% nebiolo, issus des terroirs prestigieux du Piémont flattent les sens par des palettes aromatiques nobles et complexes et par une présence intense et veloutée en bouche…s’il n’y avait pas eu ces finales excessives, j’aurai volontiers accordé un plébiscite à ces deux bouteilles.

 

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Pour conclure :

- Cette série somme toute assez plaisante nous a permis de découvrir quelques une des multiples facettes de cette région viticole. En jouant sur l’altitude des parcelles, les vignerons piémontais arrivent à contrôler les excès de maturité et produisent des vins somme toute assez bien équilibrés. Les cuvées d’entrée de gamme ou de gamme intermédiaire possèdent de réels atouts pour séduire l’amateur : fruitées, gourmandes et digestes, elles offrent en plus un rapport Q/P vraiment intéressant.
Je serai beaucoup plus réservé sur les vins plus prestigieux dont le caractère excessif me dérange toujours un peu : les matières concentrées et très extraites ont une virulence tannique dont j’ai du mal à croire qu’elle se patinera avec le temps…et les prix vraiment très élevés à mon sens ne m’encourageront pas forcément à passer les Alpes pour enrichir ma collection de bouteilles…

-Comme coup de cœur, je choisirai sans hésiter le Carema Classico 2007 de la Coopérative de Nebiolo di Carema, un vin séduisant, frais et facile d’accès avec un prix tout à fait cohérent (autour de 10 euros)…une belle découverte !
Si j’avais besoin de compléter ma cave en vin de garde (mais ce n’est pas trop le cas en ce moment…) je n’hésiterai pas à acquérir quelques Langhe rosso 2009 de Grasso, pour leur potentiel évident et leur rapport Q/P encore acceptable (autour de 20 euros quand même…)

- En tous cas, merci à François d’essayer sans relâche d’ouvrir l’esprit à vieil œnophile bougon et chauvin comme moi.

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commentaires

EricL 17/06/2012 11:09

Merci Pierre pour le compte-rendu.

La Solitude : Les deux bouteilles tout autant "bouchonnées" l'une que l'autre, alors que le bouchon est synthétique, indique que le vin était contaminé dans le chai.

Un bouchon aussi bas de gamme pour un tel vin n'est sans doute pas innocent : Conscients que le vin était affecté du "gout de bouchon", il n'aurait pas dû être vendu. Mais par appât du gain, on
l'aura bouché avec un bouchon en plastique qui ne peut pas porter le gout de bouchon.

Ainsi, tout client mécontent se verrai alors répondre : "mais enfin Monsieur, c'est impossible, vous voyez bien, ce vin est bouché avec un bouchon synthétique ! "

Primo, de mettre sur le marché une cuvée "daubée" est honteux pour un vin de ce prix. On se fout de la geule du client.

Deuxio, tromper le client en le prenant pour un imbécile est certainement représentatif de la mentalité qui doit animer la maison.

Enfin, le fait que tu n'obtienne pas de réponse confirme les deux premiers points.

Conclusion : n'achetons plus de ce vin, y'en a plein d'autres plus honnêtes que ça.

17/06/2012 14:33



Très bonne anlyse du problème.



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Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

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rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

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