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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 11:16


Après une session de décembre consacrée à une bombance collective avec magret fumé, foie gras, rillettes et fromages fins, le tout arrosé de quelques flacons extraits des caves personnelles des membres participants, notre club l’A.O.C. repart vers une nouvelle saison et reprend ses bonnes habitudes de fonctionnement en proposant l’étude de deux thèmes :

1. Quelques grands rieslings issus des terroirs prestigieux de notre région : il fallait bien ça pour repartir du bon pied en 2013…non mais !

2. Découverte du domaine Dupéré-Barrera : quelques flacons qui sentent bon le chant des cigales et la garrigue pour nous faire oublier les rigueurs de l’hiver continental…

Eric a eu la lourde tâche de composer une série de 7 rieslings pour ouvrir la nouvelle saison A.O.C. : les bouteilles proviennent des caves particulières des membres.
La série de Dupéré-Barrera qui a été concoctée lors de mon passage au domaine en 2011, attendait son heure dans ma cave…

La plupart des rieslings ont été débouchés le matin mais les vins provençaux n’ont été ouverts que 2h30 avant leur dégustation.
Les rieslings sont dégustés à l’aveugle par deux pour les 4 premières bouteilles et en solo pour les 3 dernières.
Les crus de Dupéré-Barrera sont bus bouteilles découvertes dans la même configuration que les rieslings : 2 couples et 3 solitaires.

Verres Spiegelau Expert


Soirée Club AOC du 11 janvier 2013 à La Wantzenau

 

 

Thème 1 : quelques grands rieslings pour bien commencer l’année !

 


Sylvaner Z 2008 – Domaine Kubler à Soulzmatt : le nez est très flatteur avec un fruité bien mûr, des notes de caramel au lait et de foin coupé, en bouche l’attaque présente une acidité fine et tendre qui tient une matière souple et élégante, la finale révèle de belles notes minérales.
Riesling Grand Cru Kastelberg 2006 – Domaine Gresser à Andlau : le nez s’ouvre sur d’avenantes notes florales rapidement accompagnées par de belles nuances minérales (pierre à feu, fumée), la bouche est assez flatteuse avec une petite douceur équilibrée par une acidité solidement tendue, la finale est d’une longueur confortable et montre un côté tannique bien marqué.

 

2013 0006

 

Une série de rieslings de terroir qui commence par un sylvaner ! On reconnaît bien là le caractère facétieux de notre ami Eric…mais, même si l’aromatique de ce  premier vin m’a un peu dérouté à l’aveugle sa tenue en bouche s’est montrée à la hauteur d’un Grand Cru. Le Zinnkoepflé est un coteau pentu très calcaire qui réussit très bien au gewurztraminer…et souvent mieux au sylvaner qu’au riesling.
Cette belle quille montre d’une part que la qualité d’un beau terroir s’exprime aussi bien sur des cépages moins réputés et d’autre part que le sylvaner alsacien peut engendrer de très beaux vins…mais ça je le dis depuis longtemps !
Sur le second vin, les schistes marquent assez nettement la palette (silex, fumée) mais le Kastelberg imprime sa marque tannique en finale. Issu du délicat millésime 2006, ce vin a trouvé aujourd’hui un équilibre d’une grande élégance…Superbe !


Riesling Grand Cru Schlossberg 2008 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est exubérant mais bien complexe avec un fruit très pur (citronnelle, ananas frais) agrémenté de délicates nuances vanillées, la bouche est toute en finesse et en élégance avec une matière charnue équilibrée par une acidité très mûre, la finale sapide et salivante se prolonge avec des notes d’herbes aromatiques.
Riesling Clos Windsbuhl 2008 – Domaine Zind-Humbrecht à Turkheim  : le nez tarde un peu à se mettre en place et présente des notes un peu fermentaires et une marque d’élevage sensible, après une oxygénation conséquente l’ensemble se purifie pour composer une palette fort agréable sur les fleurs, le citron frais et une touche finement torréfiée, en bouche l’attaque très vive est soutenue par un léger perlant mais le vin se pose peu et déploie une acidité profonde, une matière ample et généreuse avec un très beau gras et une finale très longue où on sent un élevage de grande qualité.

 

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Issus de l’excellent millésime 2008 ces deux rieslings sont en quelque sorte des archétypes pour définir l’influence d’un terroir granitique et solaire et celle d’un terroir calcaire et froid sur un riesling : le Schlossberg absolument magnifique nous régale avec son caractère ouvert, épanoui et puissamment salin en finale et le Windsbuhl nous interpelle avec sa personnalité complexe, secrète, très longue à se mettre en place mais qui révèle une densité et une profondeur hors du commun.
Un duo de très haut niveau, bravo !


Riesling Grand Cru Altenberg de Bergbieten-Cuvée Henriette 1997 – Domaine Mochel à Traenheim : le nez suave et raffiné révèle des notes de fruits blancs et de verveine, en bouche les arômes de groseille blanche s’intensifient progressivement, la structure est svelte et très élégante et la finale nette et délicatement aromatique possède une longueur moyenne.

 

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Issu d’une parcelle plantée dans les années 50 sur ce Grand Cru riche en marnes à gypse, ce riesling se tient avec beaucoup de classe après plus de 15 ans de garde. Le côté « tisane » du nez ne me plaît pas forcément mais la présence en bouche étonne et séduit par sa pureté et sa grande fraîcheur. Très belle réussite !


Riesling Grand Cu Rangen 2004 – Domaine Zind-Humbrecht : le nez est puissant et épanoui sur les fruits blancs très mûrs, le raisin sec et les épices, la bouche est ample, riche et très concentrée, de fins amers apportent un côté sapide à une finale très longue qui révèle des notes de fumée.
Le terroir volcanique du Rangen marque la finale et donne une puissance un peu hors norme à la présence en bouche de ce riesling. Le côté très opulent de la matière peut surprendre – et peut-être même fatiguer – mais la complexité de la structure et la persistance aromatique signent la noble origine de ce vin.

Riesling Grand Cru Mambourg 2000 – Domaine Tempé à Zellenberg : le nez est intense et flatteur sur les agrumes mûrs, la marmelade d’orange et les épices, ample et gras en bouche ce vin impose sa puissance très démonstrative et prolonge une belle finale longue, épicée et finement boisée.
Après quelques années de garde, on ressent très nettement que le terroir marno-calcaire du Mambourg et le travail particulier de Marc Tempé (élevages très longs) ont marqué profondément ce riesling.
Comme pour la cuvée précédente, je suis impressionné par la force qui se dégage de ce vin mais je ne me sens pas trop en phase avec le style qu’il revendique…

 

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Pour conclure :

- Y a pas à dire, cette nouvelle année commence en fanfare avec une série alsacienne de très haut vol : les styles de ces différentes cuvées ont balayé largement le champ des possibles sur ce cépage tout en affirmant des niveaux qualitatifs irréprochables.
- Entre l’exubérance d’un Schlossberg vraiment parfait, la retenue pleine de profondeur du Clos Winsbuhl et les personnalités très baroques du Rangen ou du Mambourg nous avons été confrontés à cette diversité d’expressions qu’on ne retrouve peut-être nulle part ailleurs…Hoppla ça c’est dit, une fois !
- Pour le coup de cœur personnel, aucune hésitation, je suis tombé corps et âme sous le charme du Schlossberg…quel vin !
Mais il ne faut pas oublier de citer l’Altenberg de Mochel qui a bien surpris tout le monde par sa belle tenue face au temps.
La petite déception viendrait plutôt du Rangen, vraiment très particulier…et peut-être aussi un peu cher par rapport aux autres vins de la série qui offraient tous un rapport prix/plaisir bien plus avantageux.

 

 

 

Thème 2 : Dupéré-Barrera…un peu de Provence dans nos verres.

 

 

Côtes de Provence En Caractère Rosé 2010 : le nez est ouvert et engageant sur les petits fruits rouges, l’anis et le bonbon anglais, la bouche affirme une belle puissance et une présence aromatique très suave, la finale trouve un bel équilibre entre douceur et fine amertume.

 

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Issu des terroirs argilo-calcaires du bassin littoral de production du Bandol, « En Caractère » rosé est un assemblage de mourvèdre, cinsault, syrah et vermentino. Léger et aérien à l’ouverture, il prend progressivement de l’épaisseur et de la vinosité dans le verre…j’ai regoûté cette cuvée en fin de soirée et je me suis retrouvé face à un vin complexe et richement aromatique…Très belle surprise !

Côtes de Provence En Caractère Rouge 2008 : le nez s’ouvre sur quelques notes de réduction qui laissent rapidement la place à une palette fruitée et finement réglissée, la bouche possède un joli volume et un équilibre bien frais mais la finale accroche un peu avec des tanins encore très austères.
Côtes de Provence Clos de la Procure Rouge 2009 : le premier nez est marqué par une petite réduction (comme le vin précédent) mais en s’ouvrant il propose une palette plus riche et plus complexe avec des notes de fruits noirs, de cacao et d’épices, la bouche est ample et très sphérique avec une fine trame tannique qui structure l’ensemble, la finale est longue, finement acidulée et agrémentée d’un sillage aromatique sur la réglisse et la vanille.

 

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« En Caractère » rouge est un assemblage de grenache et de cinsault complété par de petits volumes des autres cuvées produites au domaine (Nowat, Procure et TLM notamment) mais le « Clos de la Procure » est issu exclusivement des vieilles vignes (grenache et mourvèdre complétés par un peu de cinsault, syrah et carignan) de la propriété des Dupéré-Barrera située à Carnoules.
Le premier est d’un abord franc et agréable mais se montre un peu revêche en bouche. Le second offre un plaisir plus complet avec son aromatique très racée et son côté dense et velouté en bouche…MIAM !


Côtes de Provence Très Longue Macération 2008 : le nez est raffiné et complexe avec des notes de résine, de fruits noirs et un fumé discret, la bouche est volumineuse avec une grande concentration et une trame tannique serré mais mûre, la finale est joliment tendue et longuement aromatique.
Côtes de Provence Très Longue Macération  2001 : le nez est moins démonstratif, un peu mystérieux, on y décèle des évocations d’herbes aromatiques et quelques notes fumées très délicates, la bouche possède une structure en demi-corps avec un équilibre bien frais mais la trame tannique sèche et serrée donnent un côté austère et presque agressif à la finale.

 

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Réalisé à base de cabernet sauvignon et de syrah et élevé en barriques (avec un faible pourcentage de bois neuf) « TLM » s’est fait une place de choix parmi le gotha des grands vins de Provence : le Guide Vert ou le BD ne tarissent d’éloges à propos de cette cuvée qu’ils classent régulièrement au même niveau que les vins de Tempier ou de Trevallon.
Le 2008 a impressionné par sa matière dense et tonique et sa persistance aromatique, mais je pense qu’il aurait mérité un oxygénation plus conséquente avant la dégustation (mea culpa !) pour lui permettre de s’ouvrir encore plus.
Le 2001 (qui doit être le premier millésime de TLM si je ne m’abuse…) a montré une palette très raffinée mais a déçu en bouche : le boisé a un peu séché la finale…Dommage !


Bandol India Rouge 2003 : le nez est complexe et expressif sur la figue, les herbes de garrigue sur un fond légèrement fumé et minéral (pierre chaude), en bouche, après une attaque très harmonieuse la matière se déploie avec une jolie texture juteuse et concentrée, la finale se resserre un peu et laisse une impression tannique trop rustique.

 

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Issue principalement d’une parcelle de vieux mourvèdres, exposée au nord-est sur le terroir argilo-calcaire de l’appellation Bandol, India 2003 s’en sort correctement dans un millésime très difficile dans ce secteur (sécheresse, chaleur et blocages de maturité). L’olfaction est fort plaisante et la matière en bouche se présente avec un certain charme mais la finale est rude et somme toute assez courte pour ce niveau d’appellation.

 

 

Côtes de Provence Nowat Blanc 2010 : le nez est ouvert et très gourmand sur les fruits blancs mûrs, la vanille et les épices douces, après une attaque très France la matière se pose voluptueusement en bouche, la structure est très sphérique avec un toucher finement grenu et une finale très longue sur les épices et avec un boisé délicat.

 

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Le procédé Nowat (No Watt) est mis en œuvre sur certaines cuvées vinifiées par les Dupéré-Barrera : Nowat blanc et rouge mais aussi les vins de la Procure.
Le principe consiste à travailler le vin sans utiliser d’électricité donc pour les rouges, foulage à l’ancienne (avec les pieds) et pour les blancs, pressurage avec un pressoir manuel à axe vertical. Le jus fermentent sans aucun intrant et ne sont jamais pompés : tous les entonnages se font par gravité.
Elaboré à partir du cépage rolle complété par un peu de sémillon et d’ugni blanc, ce vin est un vrai bonheur : riche, exubérant et d’une tenue en bouche exemplaire…Magnifique tout simplement !


Pour conclure :

- après avoir eu le plaisir de rencontrer Laurent Barrera à deux reprises, j’étais particulièrement impatient de présenter ces vins aux membres du club A.O.C. Ces vins provençaux dont la qualité a été reconnue par la presse spécialisée dès les premiers millésimes ont rapidement conquis certains marchés internationaux comme le Canada, les Etats Unis ou le Japon mais restent encore assez peu connus en France…et en Alsace, n’en parlons pas !

- la gamme très conséquente proposée par ce domaine propose des cuvées dans les trois couleurs, avec des personnalités originales et bien affirmées. Dans la série de ce soir les rouges ont tous montré un côté pur, juteux et solidement charpenté, le rosé dont l’immédiate gourmandise fait presque oublier la profondeur de sa structure a été une belle découverte.
Proposé en fin de soirée à des palais alsaciens calibrés par une série de rieslings qui impose le respect, Nowat blanc a montré sa classe en forçant l’admiration des plus chauvins de nos dégustateurs…Coup de cœur indiscutable pour moi !
La cuvée rouge Procure 2009 est également sortie du lot : classée à l’unanimité meilleur vin rouge de la série…Bravo !

- ceci dit, malgré ces breuvages pleins de soleil et d’effluves méridionales, il fait toujours aussi froid en Alsace…il va quand même falloir que j’aille me réchauffer du côté de Carnoules ce printemps. 

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commentaires

microneedle skin dermal roller 20/01/2014 13:06

I am seriously into making quality wines than drinking them. I do drink different types of wine but all the more I like to experiment making different kinds of it. Anyway thanks a lot for sharing such a lot of information.

Pierre 20/01/2014 17:55

Thanks a lot...hélas je ne parle pas anglais ou très mal.
Je ne publie plus sur ce blog mais sur mon site internet : pierre.radmacher.e-monsite.com

Eric Riesling 23/01/2013 19:47

Merci Pierre pour ce superbe billet ! Ca, c'est du blog !!!

je suis particulièrement heureux et fier de lire ces commentaires sur les Alsace, et ton aide fut précieuse dans cet impossible dilemme : même en tant qu' "intro", réduire l'Alsace à 7 vins, c'est
une ... insulte....nécessaire.

Tu as raison, on a nettement ressenti la DIVERSITE de ces vins tous (sauf 1) plantés d'un même cépage. Marquer les contrastes était ici utile, pour mettre en évidence cette variété.

Cette série d'amateurs pourrait inspirer ceux qui veulent actuellement standardiser le goût du vin d'Alsace jusqu'aux grands crus, cf http://groupealsace2015.com/

Merci encore, du fond du coeur.

Eric (Alsacien!)

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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