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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 20:00



Malgré sa taille relativement modeste le vignoble de Sancerre offre au dégustateur un panel très large de vins blancs ou rouges : ces sauvignons et pinots noirs ligériens constitueront donc le thème unique mais bicolore de cette réunion d’octobre de notre club A.O.C.
Les séries de rouges et de blancs ont été constituées par François notre « pro », qui a pu accéder à certaines cuvées rares produites par des grands noms de ce vignoble.
Voilà une soirée qui s’annonce bien !

Les vins ont été débouchés le matin, puis carafés et remis dans leurs bouteilles pour le soir.
Les vins rouges sont dégustés à l’aveugle et 2 par 2.
Les blancs sont séparés en deux séries distinctes et dégustés bouteilles cachées : l’une nous présentera des 5 vins provenant exclusivement du domaine Alphonse Mellot, l’autre nous proposera 3 couples provenant d’autres vignerons.

Verres Spiegelau Expert

Soirée Club AOC du 16 novembre 2012 à La Wantzenau

 

 

En attendant nos comparses coincés dans les bouchons :

Schiefferberg Eternel 2007 – Domaine B. Bohn à Reichsfeld : le nez est intense et bien complexe avec un registre floral complété par des notes de fruits blancs très frais et de miel de sapin, en bouche l’attaque est souple et le milieu très gouleyant précède une finale acidulée, bien glissante avec une longueur modeste mais finement aromatique.
Cet assemblage de 3 cépages nobles (Riesling, pinot gris et pinot noir) récolté sur les pentes schisteuses du Schiefferberg a largement convaincu les dégustateurs présents : son côté charmeur et accessible le rend immédiatement aimable mais en poussant un peu plus loin l’analyse on se rend compte que c’est un vin qui possède un vrai fond minéral…très belle surprise !

 


Thème : rouges ou blancs on Sancerre avec plaisir !


1. Pinots noirs de Sancerre

Sancerre La Moussière 2010 – Domaine A. Mellot à Sancerre : le nez choque par son côté réduit, disgracieux et tenace (odeur d’écurie très intense…), le côté fruité apparaîtra en toute fin de soirée, la bouche paraît assez fluette avec un côté vert et rustique vraiment peu engageant.
Sancerre 2010 – Domaine G. Boulay à Chavignol : le nez s’ouvre sur de discrètes notes d’élevage avant de libérer une palette sur les fruits rouges et le cacao, la bouche possède un équilibre tonique, le toucher est finement granuleux et la finale laisse une impression de fraîcheur avec quelques notes épicées.

2012 0292

 

Malgré une longue aération, la bouteille de Mellot n’a réussi à convaincre personne ce soir. L’ultime dégustation en fin de soirée m’a permis de découvrir ce vin avec un profil un peu plus avenant mais au bout du compte il n’aura servi que de faire valoir pour le second vin de ce duo : la belle cuvée élaborée par Gérard Boulay nous a offert une expression gourmande et précise du pinot noir qui nous a immédiatement rassurés pour la suite de la série.

Sancerre Cuvée Maxime-Vieilles Vignes 2009 – Domaine G. Delaporte à Chavignol : le nez est agréable mais peu intense, finement torréfié avec de belles notes de cassis, la bouche est équilibrée, fraîche et discrètement aromatique, la finale est marquée par une légère présence tannique.
Hautes Côtes de Nuits Les Herbues 2010 – Domaine H. Murat à Concoeur  : le nez est très discret avec de délicates notes florales, la bouche est très austère avec une acidité incisive et des tannins bien agressifs qui assèchent la finale.

 

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Le pirate bourguignon n’a pas été repéré mais son côté particulièrement agressif a déplu à tous les dégustateurs…pour l’heure nous mettrons ça sur le compte de la jeunesse, mais je reste dubitatif, il faut croire que 2010 fut difficile sur les Hautes Côtes… L’autre pinot noir s’est révélé bien plus facile d’accès, issu d’un millésime plus favorable, ce Sancerre encore un peu réservé dans son expression, ne nous ouvre pas encore les portes du paradis mais fait l’unanimité autour de son équilibre et de son joli toucher de bouche.

 

 

Sancerre La Demoiselle 2007 – Domaine A. Mellot à Sancerre : le nez s’ouvre facilement sur un fruité croquant (cerise) avec quelques belles notes de pêche de vigne, la bouche est charnue et soyeuse mais l’équilibre reste frais et la finale possède une allonge aromatique tout à fait respectable.
Sancerre En Grands Champs 2007 – Domaine A. Mellot à Sancerre : le nez est discret et raffiné sur les fruits noirs avec une légère touche boisée, la bouche est ample et concentrée, la finale révèle une trame tannique serrée encore un peu austère.


2012 0290

 

Ces deux cuvées haut de gamme du domaine Mellot sont issues de terroirs bien différents (Demoiselles sur argiles à silex et Grands Champs sur calcaire) mais se présentent à nous ce soir avec beaucoup d’agrément.
Après ces quelques années de garde, ces deux Sancerre affirment leur personnalité qui commence à se dessiner avec des matières généreuses et très bien équilibrées, mais il me semble que leur apogée est loin d’être atteint.


2. Les blancs du domaine Mellot

Sancerre La Moussière 2011 : le nez est pur et bien intense sur les fruits blancs avec une petite touche fumée, la bouche est vive et tendue avec de très beaux arômes de groseille à maquereaux et de feuille de cassis.
Issue du terroir emblématique du domaine Mellot cette cuvée élevée pour 50% en cuve et pour 50% en barriques neuves nous propose une aromatique d’un classicisme parfait et une présence en bouche fraiche et tonique…archétypique.

Sancerre La Demoiselle 2010 : le nez est séduisant avec de belles notes de fleurs, de miel et de craie, la bouche allie un très beau gras avec une fine acidité et une minéralité qui marque la texture, la finale est assez longue.
Sancerre Les Romains 2010 : le nez est complexe, on y décèle des arômes de miel, de résine et de pierre chaude, la bouche est ample et charnue avec une texture un peu plus fine et une finale très franche et d’une longueur considérable.
Avec une Demoiselle qui montre ses formes généreuses et des Romains qui jouent sur le registre de la finesse et du raffinement, on découvre avec bonheur ce couple de vins qui s’expriment de très belle façon en révélant des personnalités fort différentes. Superbe !

Sancerre Satellite 2011 : le nez est pur et cristallin avec une palette discrète, la bouche est très sphérique avec une acidité large et un côté crayeux bien marqué, le toucher reste malgré tout d’une grande suavité et la finale se prolonge sur une jolie impression de fraîcheur.
Sancerre Génération 2011 : le nez est pointu mais complexe sur les fruits blancs, les fleurs et une fine touche vanillée, la bouche reste marquée par des arômes variétaux mais la structure qui allie avec beaucoup de précision rondeur et tension est splendide.
Issue des vielles vignes de la Moussière, la cuvée Génération est encore bien jeune pour être évaluée à sa juste mesure mais la générosité de sa matière ne laisse aucun doute sur sa nature, c’est un grand vin. La cuvée Satellite se montre déjà plus à son avantage aujourd’hui et se livre avec beaucoup d’allant et de spontanéité, même si je pense que ce vin gagnera encore en harmonie et en complexité avec le temps.

 

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La série Mellot de ce soir…une jolie quintette sans fausse note
 

 

 

3. Quelques maîtres du sauvignon.

Sancerre Harmonie 2008 – Domaine V. Pinard à Sancerre : le nez est ouvert et flatteur avec des arômes de coing frais, de fleurs blanches et de vanille, la bouche est ample avec une structure très large et une longue finale où on ressent une fine amertume compétée par quelques notes mentholées et discrètement pierreuses.
Sancerre Caillottes 2010 – Domaine F. Cotat à Chavignol : le nez est intense et fortement réduit avec une palette peu agréable sur l’iode, le camphre…et d’autres évocations de nature très « chimique », la bouche est très puissante mais son équilibre est d’une rigueur particulièrement austère, la finale est longue et profondément minérale.

 

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Malgré un carafage et une très longue oxygénation, le Sancerre de François Cotat est resté trop agressif pour pouvoir être apprécié ce soir. Je pense que pour l’heure, il y a trop de fougue (je dirais presque de la sauvagerie) dans ce vin qui aura besoin d’une bonne décennie en cave pour se calmer. A côté de cette « furie » le Sancerre de Vincent Pinard n’aura jamais aussi bien porté son nom…Serein et vraiment harmonieux !

 

 

Sancerre Les Monts Damnés 2007 – Domaine G. Boulay à Chavignol : le nez est discret, finement exotique mais bien frais, en bouche on sent une petite richesse à l’attaque mais une acidité très large et un développement aromatique sur le citron et la groseille blanche se montrent progressivement pour donner un côté frais et tonique à l’ensemble.
Sancerre Les Monts Damnés 2008 – Domaine F. Cotat à Chavignol : le nez est expressif et très complexe avec une minéralité marquée et une petite touche fumée, la bouche est ample avec un toucher très grenu qui accentue encore la sensation minérale, la finale révèle quelques beaux amers et une puissante salinité.

 

2012 0297

 

Issus de cette célèbre côte de marnes kimméridgiennes situées près de Chavignol, ces deux Sancerre nous livrent des expressions très différentes de ce grand terroir : concentration minérale extrême pour Cotat, finesse et distinction pour Boulay…ne me demandez pas de choisir, je prends les deux sans hésiter !


Blanc Fumé de Pouilly 2007 – Domaine D. Dagueneau à Pouilly sur Loire : le nez est pur et cristallin sur les fruits blancs et le bourgeon de cassis, la bouche droite et profondément minérale révèle de puissantes notes de groseille blanche qui s’étirent longuement en finale.
Sancerre Les Monts Damnés 2007 – Domaine D. Dagueneau à Pouilly sur Loire : le nez est discret, floral avec des notes de grillé et de silex, la bouche est quelque peu atypique par son côté opulent, dense et gras mais en finale on sent une minéralité puissante et très longue.

 

2012 0300

 
En guise d’apothéose, l’ami François nous a dégoté deux splendide flacons du regretté Didier Dagueneau (le dernier millésime qu’il a vinifié d’ailleurs…) : pureté absolue et concentration minérale sur les deux appellations…du bonheur à l’état pur !


Pour conclure :

- grâce à des séries riches et gustativement très intéressantes, j’ai appris à mieux connaître cette région dont j’apprécie les vins blancs depuis bien longtemps mais dont je ne mesurais vraiment pas la diversité et la complexité des expressions de ses grands terroirs. Les cuvées rouges que je n’attendais pas forcément à un très haut niveau qualitatif m’ont agréablement par leur distinction et leur gourmandise. Hormis « Caillottes » 2010, ouvert bien trop jeune, les vins blancs m’ont simplement régalé avec leurs arômes frais et expressifs et leurs matières profondément minérales…coup de cœur général !

- Mellot fait presque un sans faute (dommage pour le premier rouge !) sur les 8 cuvées qu’on a dégustées ce soir, les vins de Cotat m’ont surpris par l’intensité de leur présence minérale et les bouteilles-testament de Didier Dagueneau feront à coup sûr partie de ma sélection personnelle des grandes bouteilles rencontrées cette année. Dans cette liste de grands noms, le rouge et le blanc méritent largement une citation spéciale pour leur excellent rapport qualité/prix.

- pour cette première visite dans le sancerrois notre ami François nous a gratifié d’une tournée vraiment royale…Bravo et merci !
Vivement notre prochaine incursion gustative dans ce vignoble !

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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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