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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 13:06

Après une session de reprise festive et détendue, notre club se recentre sur des thèmes plus sérieux – même si certains membres s’obstinent à ne pas l’être – avec un programme classique, associant deux thèmes bien alléchants :

- Les syrahs du domaine Ferraton
- Les muscats d’Alsace.

Nous avons découvert le Cornas Grands Mûriers 2008 du domaine Ferraton lors d’une précédente réunion, ce qui m’a donné l’idée de programmer une visite à Tain l’Hermitage au printemps dernier. Après avoir dégusté une grande partie des vins produits par ce domaine, j’ai eu envie de faire découvrir ces rouges charmeurs et concentrés à mes amis du club : nous goûterons donc quelques flacons emblématiques sélectionnés dans la large gamme de crus rhodaniens élaborés par ces producteurs.

Pour traiter le second thème, Guy et Stefan se sont concertés et ont prélevé dans leur cave un certain nombre de flacons pour constituer une série capable de nous donner un aperçu des personnalités multiples du muscat d’Alsace.

Hoppla, jetzt geht’s loos !

 

Les deux séries de bouteilles sont dégustées 2 par 2, étiquettes découvertes après une courte présentation orale des vins proposés.

Verres Spiegelau Expert

 

Soirée Club AOC du 5 octobre 2012 à La Wantzenau

   

En attendant l’arrivée de tous les participants, nous dégustons un Chinon rosé Cuvée Mathilde 2011 du Domaine B. et P. Lambert à Cravant les Coteaux : le nez est intense et charmeur sur la framboise écrasée, la bouche est très aérienne avec une matière détendue et une finale très fraiche et finement fruitée.
Ce rosé issu d’une vigne en biodynamie et travaillé sans intrants est un pur régal...presque un vaccin pour un allergique au cabernet franc comme moi ! Le fond de bouteille regouté le lendemain laissait la même impression suave et fruitée. Un MIAM spécial dédicace à François.

 

2012 0198

 

 

 

Thème 1 : petite promenade parmi les syrahs du domaine Ferraton.
 

 

Côtes du Rhône blanc Samorëns 2011 : le nez est assez expressif sur la poire verte, la pomme granny et les fleurs blanches, la bouche est droite, précise avec une aromatique qui révèle un côté végétal pas désagréable, la finale bien fraîche est marquée par une discrète amertume.
Cet assemblage de grenache blanc (60%) et de clairette (40%) est le vin blanc d’entrée de gamme du domaine Ferraton. Frais, aromatique et bien équilibré il offre un rapport Q/P particulièrement avantageux et constitue une entrée en matière très prometteuse pour la suite…son homonyme rouge tout aussi réussi aurait mérité de figurer dans la série.

 

2012 0191

 

Crozes Hermitage La Madinière 2009 : le nez est surprenant avec un côté fumé très puissant et des notes de griotte et de tabac brun, en bouche le toucher est très velouté et la présence fruitée se définit un peu plus, la finale est très joliment équilibrée avec une longueur moyenne.
Crozes Hermitage Les Pichères 2009 : le nez est discret avec un style très épicé, la bouche est ample et concentrée mais un peu plus stricte et plus fermée, la finale est tenue mais encore un peu marquée par l’élevage.
La Madinière et Les Pichères sont des cuvées provenant de vignes situées sur des terroirs de graviers et de galets roulés autour de Mercurol et de Beaumont-Monteux. Les deux vins sont issus d’une vendange de syrah 100% égrappée et sont élevés pendant un an en fûts de chêne et le Crozes Les Pichères porte le label BIO.
Curieusement ces deux vins se goûtent moins bien ce soir que lors de ma visite au printemps : le premier qui m’avait particulièrement séduit a dérouté l’assemblée par son aromatique très particulière et le second s’était vraiment replié sur lui-même.
Il n’en reste pas moins qu’avec ces deux premières cuvées, on ressent en bouche cette structure ronde et suave qui constitue un peu le leitmotiv de la production Ferraton.

 

2012 0188

 

Saint Joseph La Source 2010 : le nez met du temps à s’ouvrir et livre des arômes assez rustiques de poudre à canon et de couenne de lard, la bouche développe une belle rondeur et flatte le palais par sa texture très soyeuse mais en finale on assiste au retour d’une certaine austérité avec un côté rocailleux très dominateur.
Cornas Les Grands Mûriers 2008 : le nez est flatteur et épanoui sur les fruits noirs bien mûrs (griotte, cassis) et les épices (muscade et cardamome), la bouche possède un très bel équilibre avec une matière dense et charnue et une acidité bien tonique et des tanins fins et souples, la finale est longue et délicatement réglissée.
Pur vin de granit, ce Saint Joseph à qui le millésime a conféré une grande droiture montre une minéralité très affirmée qui peut heurter certains palais trop sensibles.
Le Cornas issu de deux parcelles distinctes – l’une de granit décomposé (gore) et l’autre plus argilo-calcaire – a gardé ce fruité gourmand et cette structure caressante qui en font un séducteur presque irrésistible. La troisième rencontre avec ce vin confirme mes précédentes impressions, c’est une très belle réussite !

 

2012 0189

 

Hermitage Les Miaux 2007 : le nez est discret et complexe avec des notes poudrées, fruitées (cerise bigarreau) et épicées, en bouche il y a une matière charnue et gourmande, du fruit, des tanins soyeux et une finale longue et délicatement réglissée.
Ermitage Les Dionnières 2006 : le nez est ouvert, expressif et complexe, il évoque un panier de fruits bien mûrs (petits fruits rouges et noirs, fruits à noyau), la vanille et les épices douces, la bouche est profonde, ample, suave et la finale laisse persister longuement des notes de pêche de vigne et d’épices.
Issue d’un assemblage de syrahs provenant du Méal et des Dionnières cette cuvée a été élevée durant 16 mois en fûts de chêne (10% de fûts neufs). Avec son aromatique raffinée et sa structure dense et racée l’Hermitage Les Miaux est un superbe vin, plaisant dès aujourd’hui mais avec un remarquable potentiel d’évolution.
Avec l’Ermitage Les Dionnières on change de monde…pour s’approcher d’une forme de perfection qui me ferait presque croire en l’au-delà !
D’ailleurs, après le plébiscite obtenu au niveau du groupe (un vin noté « excellent » par tous les dégustateurs présents) je crois que je n’ai pas été le seul à faire une petite crise de foi ce soir !

 

2012 0190

 

Pour conclure :

- Ces 6 bouteilles du domaine Ferraton, nous ont permis d’apprécier la belle diversité d’expression des syrahs nord-rhodaniennes, si bien mises en valeur par ce domaine viticole de Tain.

- Quels que soient l’appellation ou le millésime, je reste admiratif face à la qualité du travail de ces vignerons : chaque vin à son niveau m’a vraiment régalé en particulier avec sa texture très suave en bouche. Les matières sont riches et équilibrées et les élevages d’une grande finesse…Chapeau !
- l’Ermitage qui fait partie des cuvées haut de gamme du domaine toutes travaillées en biodynamie, fut la superstar de la soirée…et a pris une place de choix dans le palmarès des grandes quilles débouchées au sein de notre club.

- ma déception personnelle fut occasionnée par la réaction du groupe face au Crozes Madinières : très peu apprécié ou très mal compris, ce vin qui m’avait vraiment convaincu au printemps dernier s’est montré un peu plus revêche ce soir et n’a pas séduit grand monde…votre serviteur mis à part. Dommage !
 

 

 

Thème 2 : le muscat d’Alsace dans tous ses états.


Muscat 1986 – Cave de Pfaffenheim : le nez est évolué mais assez expressif avec des notes de tisane, camomille et verveine, perturbées par une pointe un peu liégeuse, la bouche est très légère, pour ne pas dire rachitique et la finale est flotteuse et courte.
Muscat 1990 – Domaine Runner à Pfaffenheim : le nez est plus discret, torréfié et finement épicé, la matière en bouche est plus conséquente mais l’ensemble reste déséquilibré par un manque de vivacité, la finale est très molle mais la longueur aromatique est respectable.
Avec plus de deux décennies au compteur ces deux muscats ont très largement dépassé leur apogée. Le 86 fait illusion par son aromatique avec une pureté douteuse mais une intensité qui en envoie, par contre le corps complètement désossé évacue tout doute possible sur son état de décrépitude avancée…un vin ectoplasmique !
Le 90, qui devait être bien mûr dans sa jeunesse a un peu mieux résisté, mais le verdict du palais est sans appel, lourdaud et mou il semble avoir perdu toute charpente…un vin moribond !

 

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Muscat Réserve Bergheim 2011 – Domaine S. Spielmann à Bergheim : le nez est ouvert et épanoui avec de belles notes de fleurs et d’eau de rose, la bouche est agréable avec un côté charnu très rondouillard qui devient hélas un peu pesant en finale.
Muscat 2009 – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est discret avec des notes florales et un peu pierreuses, la bouche est assez sévère avec une acidité très présente, un perlant léger et une finale assez longue mais peu aimable.
Le muscat de Sylvie Spielmann possède une palette de toute beauté mais souffre d’un léger manque de fraîcheur, celui de Zind-Humbrecht est vraiment trop austère à mon goût. Bref, deux vins honnêtes qui pourtant ne rentrent pas dans mon cadre de référence pour l’expression de ce cépage alsacien.

 

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Muscat 2011 – Domaine Sipp-Mack à Hunawihr : le nez est fin et élégant avec un registre bien complexe qui associe le raisin frais et les fleurs, la bouche est avenante, il y a un léger moelleux mais l’équilibre reste bien frais, la finale est très aérienne avec un jolie touche mentholée.
Muscat 2009 – Domaine Rieflé à Pfaffenheim : le nez trahit un début d’oxydation mais garde une palette assez agréable avec des notes florales et une petite touche grillée, la bouche possède un équilibre sec et une matière dont l’opulence finit par dominer l’ensemble, la finale est longue, toujours marquée par des arômes grillés mais un peu trop lourde à mon goût.
Ouvert, facile d’accès et très guilleret le muscat de Jacky Sipp me fait penser celui de Jean-Marc Bernhard qui constitue pour moi une des références sur ce cépage. Le vin de Jean Claude Rieflé surprend par son niveau d’évolution : son aromatique et sa structure semblent déjà bien fatiguées après quelques années de vieillissement…et pourtant la matière devait être très belle dans sa prime jeunesse !

2012 0195

 

 

Muscat Moenchreben de Rorschwihr V.T. 1997 – Domaine Rolly-Gassmann à Rorschwihr : le nez est intense et complexe avec un registre tisanier du plus bel effet (mélisse, verveine, menthe…), la bouche est superbe avec une silhouette d’une élégante rondeur et une aromatique très fine qui se développe et se prolonge longuement en finale.
Muscat Bollenberg V.T. 2009 – Domaine Zusslin à Orschwihr : le nez est charmeur et très complexe, on y sent en premier un fruité très frais suivi par de belles évocations florales et une discrète pointe minérale, la bouche est généreuse, l’équilibre est moelleux mais on ne sent aucune lourdeur dans la structure, la finale n’est pas trop longue mais séduit par sa finesse et sa précision.
Cela fait la troisième fois que je rencontre le muscat V.T. du domaine Zusslin et c’est toujours le même bonheur : un vin fin, complexe, équilibré et d’une grande buvabilité…une vraie friandise !
La cuvée des Rolly-Gassmann est surprenante avec une aromatique qui trahit son âge avancé mais la avec une présence en bouche dont la tenue force le respect…la classe !


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Muscat Kaefferkopf V.T. 2000 – Domaine Binner à Ammerschwihr : le nez est complexe et assez intense sur les agrumes confits, la bouche est généreuse avec un joli gras et une réelle puissance, la finale est fraîche sur le pomelo.
Très attendu au tournant par les « naturo-sceptiques » le muscat V.T. des Binner nous a vraiment cloué le bec : pur, plaisant et avec une très belle structure, après 12 de garde ce vin se porte comme un charme…Etonnant !

 

2012 0197

 

 

Pour conclure :

- En réfléchissant bien, je m’aperçois que le muscat se trouve sur la seconde marche du podium de mes vins d’Alsace préférés, après le riesling et avant le gewurztraminer. J’aime son côté frais, aromatique, guilleret, facile d’accès et je me laisse séduire sans résister à chaque fois que je rencontre une version bien « canaille » de ce cépage. En revanche, je suis beaucoup moins sensible à l’esthétique des muscats d’Alsace plus vieux : lorsque le fruit et la fleur « sèchent » pour livrer des notes de tisane, mes papilles s’enthousiasment plus difficilement. Comme en plus, je pense que dans la majeure partie des cas ce vin n’est pas vinifié pour tenir trop longtemps dans le temps, lorsqu’on attend trop longtemps on risque de retrouver en bouche, des charpentes vacillantes et des matières faméliques, qui parlent plus à l’intellect qu’au sens.

- Sur cette série de 9 bouteilles, ma position face à ces vins n’a pas été remise en question : j’ai adoré le muscat 2011 de Jacky Sipp (qui me fait beaucoup penser à celui de Jean-Marc Bernhard) et, dans un autre style, j’ai également très bien goûté la version moelleuse 2009 du domaine Zusslin.
Ceci dit, après une quinzaine d’années de garde, le Moenchreben 1997 de Rolly-Gassmann reste un très beau vin qui ne montre aucun signe de fatigue en bouche : la surmaturité est surement l’un des éléments qui permettent à ce cépage de bien résister dans le temps…mais bon, je reste dubitatif !

- Merci aux organisateurs d’avoir réussi à construire cette série de vins aussi riche et diversifiée.

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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

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