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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 23:49


Avec la neige qui tombe à gros flocons en ce début février, ces deux nouveaux thèmes d’étude du club A.O.C. tombent à point nommé pour nous réchauffer le corps et l’âme.
Nous voilà donc partis pour une visite œnophile dans le grand sud :

1. La première halte se fera au pays des Dentelles de Montmirail avec la découverte de plusieurs cuvées du domaine de la Ferme Saint Martin à Suzette.

2. Pour être vraiment sûrs de trouver du soleil nous descendrons  encore un peu plus vers le sud pour en dégustant quelques vins blancs ibériques entre le Pays Basque et la Galice.

La série de vins de la Ferme Saint Martin a été réalisée à partir de mes achats effectués lors de mes deux visites au domaine en 2011 et en 2012.
Les vins espagnols ont été achetés via le site internet Vinissimus : suivant les conseils avisés de l’ami Dany Jaffuel je me suis rendu sur ce site qui offre un choix exceptionnel de vins espagnols et qui propose une qualité de services irréprochable avec des prix tout à fait concurrentiels.
Ma coupable inculture en terme de vins étrangers, ne m’a évidemment pas permis de trouver des critères pertinents pour choisir les 8 bouteilles qui composeront notre série : j’ai du appeler à la rescousse deux dégustateurs un peu moins sectaires…merci à Dany et François pour leur aide.

Les vins des Beaumes de Venise ont été débouchés le matin, les bouteilles ont été conservées debout avec bouchon enfoncé, les vins blancs espagnols ont été débouchés 1 heure avant la dégustation.

Les vins des deux séries sont bus bouteilles découvertes.

Verres Spiegelau Expert


Soirée Club AOC du 8 février 2013 à La Wantzenau

 

 

Thème 1 : derrière les Dentelles se cache une ferme…

 

 

Rosé d’Entrevon 2011 – Ventoux : le nez est ouvert et très fringant avec des notes de fraise des bois et une légère touche lactée (caramel), la bouche est souple et gourmande mais s’appuie sur une belle vinosité, la finale est fraîche et digeste.

 

2013 0038

 

Issu principalement de cinsault (95%) récolté sur un terroir de limons et de graviers ce rosé très « sexy » séduit par sa grande buvabilité mais ne nous y trompons pas, il y a vraiment une belle matière à la base et une grande maîtrise technique à la réalisation.
Sous la neige qui tombe dru, on commencerait presque  à sentir un petit rayon de soleil et les effluves d’un barbecue où grillent quelques rougets…


Les Terres Jaunes 2011 – Beaumes de Venise : le nez s’ouvre sur de discrètes notes fumée et a besoin de beaucoup de temps pour laisser apparaître de timides arômes de cerise noire et d’épices, la bouche se montre assez revêche avec un volume conséquent mais une trame tannique très serrée, la finale joliment poivrée reste un poil trop agressive à mon goût.
Les Terres Jaunes 2010 – Beaumes de Venise : le nez est plus expressif et bien typé avec un fruité mûr (fruits noirs confits) et des notes d’herbes de garrigue, la bouche est juteuse, la trame tannique est présente mais se montre beaucoup plus relâchée, la finale est un peu plus fraîche et longuement aromatique.

 

2013 0040

 

« Terres Jaunes » qui m’a fait connaître et apprécier le domaine est une cuvée produite à base de grenaches (75%) et de syrahs (25%), égrappés et élevés exclusivement en cuves. Habituellement très épanoui et facile d’accès ce vin nous a pas montré le même visage ce soir : le 2010 complet et bien équilibré m’a semblé un peu trop sérieux et le 2011 crispé et très renfrogné n’a visiblement pas apprécié qu’on le dérange pendant son sommeil hivernal.

 

 

Costancia 2010 – Beaumes de Venise : le nez est fin et délicat avec une palette très méridionale sur la myrtille, le genévrier, le laurier et les épices douces (girofle, cannelle), en bouche on trouve une matière charnue et une fine acidité qui construisent un équilibre très tonique, la finale est longue et complexe, on y retrouve le notes perçues à l’olfaction complétées par une fine touche balsamique (camphre).
 

Costancia 2009 – Beaumes de Venise : le nez est complexe mais le fruité est plus discret et les épices dominent, en bouche, après une attaque très gourmande, la matière se durcit pour devenir franchement austère, la finale est dominée par un retour boisé particulièrement asséchant.

 

2013 0041

 

Cette cuvée haut de gamme du domaine, issue des terroirs d’altitude de Beaumes de Venise est composée à parts égales de grenache et de syrah et élevée pour moitié en cuves et pour moitié en bois. Ce soir Costancia souffle le chaud et le froid : 2010 est superbe avec sa chair épanouie et sa palette complexe alors que le 2009 déçoit profondément : le vin semble verrouillé à double tour ce soir mais son équilibre particulièrement rustique me fait nourrir quelque inquiétude quant à son avenir…mais j’espère que je me trompe !


Fleur de Terroir 2010 – Côtes du Rhône : le nez s’exprime très spontanément sur un registre complexe et original où on reconnaît entre autre des arômes de fleurs, de gingembre frais, de fenouil et de pierre à feu, la bouche possède un équilibre qui flatte sans s’appesantir, l’acidité est présente tout en restant très souple, la finale est très glissante mais assez longuement aromatique.

 

2013 0039

 

Exubérante et terriblement séduisante  cette « Fleur de Terroir » qui m’avait déjà particulièrement interpellé sur le millésime précédent confirme cette belle impression : issue à parts égales de grenache blanc et de roussanne plantés sur des sols argilo-calcaires du Trias, cette cuvée qui a perdu son appellation « Villages » en 2005 (l’appellation « Beaumes de Venise » n’accepte plus que les rouges et les muscats) a convaincu une bonne partie des dégustateurs de ce soir.
A titre personnel, moi qui ai parfois du mal à apprécier à leur juste valeur les blancs de cette région, je sui fan !

 

 

Pour conclure :

- J’avoue que je suis un peu déçu par l’accueil réservé par le groupe AOC à cette série de vins rhodaniens, mais il faut reconnaitre que mes amis dégustateurs n’avaient pas complètement tort car les cuvées présentées ce soir ne se goûtaient pas excessivement bien : les vins possédaient tous de belles matières mais bon nombre d’entre eux souffraient d’une présence alcoolique trop sensible et d’une structure tannique trop serrée.
Rien à voir avec ce que j’ai déjà pu ressentir lors de mes dégustations estivales…il faut croire que ces vins n’aiment pas trop l’hiver !

- Et pourtant, dans le site paradisiaque du col de Suzette entre les Dentelles de Montmirail et le Mont Ventoux, la famille Jullien travaille avec conviction et compétence pour mettre en valeur ces beaux terroirs sud-rhodaniens.
Soucieux de garder de la vie dans les sols et dans l’écosystème de leurs vignes, ces vignerons pratiquent la viticulture biologique et ont choisi de structurer leur domaine en alternant vignes et garrigue (23 hectares de vignes sur une surface totale de 36 hectares).
Au niveau des vinifications, les fermentations se font sous l’effet des levures indigènes et aucun produit œnologique n’est utilisé durant le processus de vinification. Les élevages se font en cuves ou en fûts selon les cuvées et les vins finis sont protégés par un léger sulfitage au moment de la mise.

- Avec le très beau Costancia 2010 nous avons entraperçu le potentiel des vins de ce domaine : toniques, charnus et complexes ils savent allier avec élégance la chaleur méridionale et une petite rugosité « montagnarde ».
Pour être complet il faut évidemment citer l’excellente impression laissée par le rosé 2011, qui nous a immédiatement transportés au pays de la lavande et des cigales.

- En tous cas, je pense qu’il va falloir que notre club fasse une nouvelle visite gustative à la Ferme Saint Martin…peut-être en juin ou en septembre et avec quelques millésimes plus anciens.

 

 


Thème 2 : passons les Pyrénées et goûtons si le blanc est bon

 

 

Bizkaiko Txakolina 2011 – Bodega Itsamendi à Gernika-Lumo : le nez est ouvert et bien aromatique avec une palette sur les fruits frais (groseille, blanche, ananas, pomelo), la bouche est tonique et bien droite, simple, légère mais d’une fraicheur réjouissante.
(12°5 – cépage : Hondarribi Zuri – élevage inox 100%)
Rias Baixas 2011 – Pazo de Seňorans à Meis-Pontevedra : le nez est opulent et complexe sur la groseille blanche, les agrumes mûrs, l’ananas avec une pointe anisée, la bouche est vive avec une aromatique un peu plus monolithique sur la groseille à maquereau, la finale droite et précise possède une petite amertume très digeste.
(12° – cépage : Albariňo – élevage inox 100%)

 

2013 0031

 

La route vers la Galice étant un peu longue nous avons choisi de faire une étape dans le vignoble du Pays Basque avec ce Txakolina plein de fruit et de tonus. Issu d’un cépage local dont les qualités sont proches de celles de l’albariňo, ce premier vin constitue une très belle entrée en matière pour notre second thème
Avec la bouteille suivante nous vérifions sans peine que ces deux cépages engendrent des vins dont les personnalités sont très proches mais le Rias Baixas se distingue par un soupçon de complexité supplémentaire dans la structure.


Rias Baixas Lias 2010 – Bodega Martin Codax à Vilariňo-Pontevedra : le nez est très avenant avec des notes bien gourmandes d’agrumes et de fruits exotiques, la bouche est nette avec un registre aromatique joliment défini et un équilibre très frais, la finale est bien longue et finement citronnée.
(12° – cépage : Albariňo – élevage inox 100%, 20 mois sur lies)
Rias Baixas Pazo Piňero 2010 – Bodega Pazos de Lusco à Salveterra de Miňo-Pontevedra : le nez est plus riche mais très charmeur avec des notes d’agrumes confits et de mandarine, la bouche est moins tendue que celle du Lias mais ce vin possède incontestablement une puissance supérieure et une présence minérale bien plus marquée, la finale est longuement aromatique.
(13° – cépage : Albariňo – élevage mixte, 12 mois sur lies dont 6 mois en fûts d’origine française)

 

2013 0032

 

Ces deux cuvées vinifiées avec beaucoup de soin et de précision ont séduit l’assemblée : les arômes sont purs et avenants, les textures sont très agréables et les équilibres sont d’une fraicheur désaltérante. MIAM !
Seuls les prix quand même un peu élevés de ces deux belles bouteilles (16,65 euros pour le premier et près de 24 euros pour le second) ont un peu refroidi les dégustateurs…le couple était presque parfait !


Rias Baixas Seleccion de Aňada 2005 – Pazo de Seňorans à Meis-Pontevedra : le nez est subtil avec une race évidente qui se décline à travers une palette complexe où on reconnaît des notes de miel et de fleurs sur un fond citronné et minéral, en bouche on retrouve une matière équilibrée, posée et empreinte d’une réelle noblesse, la finale est très longue et rafraichie par une pointe acide et minérale.
(12°5 – cépage : Albariňo – élevage en cuves inox 30 mois sur lies)

 

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Cette cuvée issue de vieilles vignes et a été élevée en cuve sur lies fines durant 30 mois. Après 7 années de garde ce Rias Baixas laisse éclater sa classe et obtient sans difficulté le titre de meilleure bouteille de la série…A ce niveau de qualité, même le prix quand même assez conséquent (31,90 euros) ne fait plus obstacle pour le gain des suffrages des dégustateurs. Grand vin !

 

rias

Les rias de la pointe nord-ouest de l’Espagne : des bras de mer qui rentrent dans les terres. Les rias baixas (basses) se trouvent dans la partie sud, juste au dessus de la frontière portugaise.

 

 

Rioja Blanco 2010 – Bodega Izadi à Villabueno de Alava : le nez est très agréable sur les fruits blancs avec une touche fumée et délicatement boisée, la bouche est nette avec une matière en demi-corps équilibrée par une belle vivacité, la finale est minérale et délicatement épicée.
(12°5 – cépages : Viura 80% + Malvoisie 20% – fermentation et élevage 4 mois en barriques neuves d’origine US et F)
Rioja Organza 2010 – Viňedos dos Sierra Cantabria : le nez est opulent, très mûr avec un registre balsamique prononcé, des notes d’épices et un boisé assez présent, la bouche est généreuse mais il y a une jolie trame acide en réponse, la finale reste trop marquée par le fût et la chauffe (torréfaction, café).
(12°5 – cépages : Viura 58% + Malvoisie 22% + Grenache blanc 20% – fermentation et élevage 6 mois en barriques neuves d’origine Vosges)

 

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Avec ces deux flacons issus de cette prestigieuse région entre Ebre et Monts Cantabriques nous changeons complètement de style pour retrouver des vins opulents et chaleureux qui flirtent avec une certaine lourdeur sans jamais basculer complètement dans l’excès : les matières sont dodues, les élevages un peu forcés mais l’ensemble reste assez séduisant. Nous avons généralement préféré la première cuvée pour son côté plus léger et plus digeste, mais la seconde qui assumait avec une certaine arrogance son côté sudiste n’a pas démérité.

 

 

Rioja Reserva 1997 – Bodega Lopes de Heredia-Vina Tondonia à Haro : le nez s’ouvre sur un registre très oxydatif mais gagne en raffinement et en complexité après oxygénation, une belle trame minérale pointe avec discrétion, la bouche est élégante avec une acidité bien verticale mais la finale nous ressert un registre aromatique très (trop) évolué complété par une petite nuance liégeuse.
(12° – cépages : Viura 90% + Malvoisie 10% – fermentation et élevage 6 ans en barriques d’origine US)

 

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La « grande quille » de la série a été malheureusement victime d’un problème de bouchage (oxydation + liège léger) et nous a contraints à faire preuve d’imagination pour entrevoir la qualité et le potentiel de ce vin. Je suis d’autant plus déçu, que lors de notre session Rioja en 2011 nous avons eu l’occasion d’apprécier cette cuvée sur le millésime 1993…Dommage !


Pour conclure :

- Malgré la finale un peu ratée cette série de blancs espagnols nous a permis de réaliser quelques belles découvertes viniques.
Les vins de la Rioja ont tenu leur rang tout en assumant leur style généreux et solaire.
Les Rias Baixas furent une véritable révélation : cette appellation complètement inconnue pour moi jusqu’ici, recèle de véritables pépites et pourra constituer un nouveau terrain d’exploration pour tout amateur devins blancs secs et racés. Les vins jeunes brillent par leur énergie et leur fraîcheur et le flacon de 2005 nous a montré que face au temps qui passe un Rias Baixas de bonne facture pouvait rivaliser d’élégance et de complexité avec nos meilleures appellations françaises.

- Les prix très élevés des Rias Baixas peuvent effectivement surprendre et dissuader certains amateurs de vins français dans la mesure où ils seront forcément amenés à comparer ces cuvées avec des appellations françaises les plus prestigieuses. C’est vrai qu’à plus de 30 euros on approche quelques belles quilles bourguignonnes et on touche l’élite blanche alsacienne…ça fait réfléchir !

- Le coup de cœur est attribué sans surprise au magnifique Rias 2005 avec un accessit pour le Rioja Izadi 2010 qui pour 7,90 euros offre un rapport Q/P absolument imbattable.

- En tous cas, cette série m’a semblé bien courte et m’a donné une furieuse envie de retourner prochainement au-delà des Pyrénées vers de nouvelles aventures viniques.

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commentaires

Eric Riesling 01/03/2013 11:28

Merci pour ce CR.

A propos de la Ferme St Martin, avez-vous accompagné la dégustation de crêpes suzettes ? :)

Je suis toujours étonné, agréablement, par la liberté des étiquettes espagnoles, plus ou moins réussies mais faisant preuve d'une grande créativité dans la conception !

Selon moi le vigneron doit avoir la liberté de refléter le ramage par le plumage...par chez nous, on se ferait plumer justement rien qu'en émettant de telles idées :)

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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