Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 23:22




Pour cette deuxième réunion de la saison 2011 du club AOC nous avons choisi d’associer les 2 thèmes suivants :
- Thème 1 : 7 sylvaners pour réhabiliter un cépage injustement méprisé.
- Thème 2 : 7 crus pour une première visite dans le vignoble des Côtes du Rhône septentrionales.

La blanche plèbe alsacienne suivie de la rouge aristocratie nord-rhodanienne, un programme apparemment très contrasté, à moins que…. !

Les vins de la première série sont servis bouteilles cachées et 2 par 2 et son dégustées et notées à l’aveugle.
Les vins de la deuxième série ont été débouchés 2 heures avant la dégustation et sont servis en carafe 2 par 2, l’appellation est connue des dégustateurs.

Verres INAO.

Soirée Club AOC du 4 février 2011 à La Wantzenau



Thème 1 : 7 sylvaners pour découvrir la vraie nature de ce cépage.


Sylvaner 2008 – A. Metz à Marlenheim : le nez s’ouvre sur des notes de levure, de pâte à pain crue avant de laisser apparaître un fruité discret, la bouche est simple, assez plate et un peu insipide au bout du compte.
Un vin pas désagréable produit par une grosse maison de négoce…sans défaut rédhibitoire mais finalement sans grand intérêt.

Sylvaner Vérité 2009 – E. Loew à Westhoffen : le nez est net et bien expressif sur les fruits blancs (poire fraîche) et le froment, la bouche est charnue avec du fruit, un joli gras mais une finale un poil trop chaude même si quelques beaux amers laissent deviner un beau marquage minéral.
Cette cuvée a surpris les habitués du domaine Loew…l’équilibre trop chaud ne semble pas correspondre au style de la maison. Personnellement j’ai bien aimé la franchise du registre olfactif mais en bouche l’ensemble manquait une peu d’équilibre… riche, trop riche pour un sylvaner (14°, 2g de SR).

Sylvaner Vieilles Vignes 2008 – J.L. et F. Mann à Eguisheim : le nez est fin et bien complexe avec des notes briochées et légèrement fumées, la bouche est ample, élégante et dotée d’une belle persistance aromatique.
Beaucoup de finesse et d’équilibre pour ce sylvaner rudement bien balancé…difficile de résister à son charme direct et juvénile (12°5, 4g de SR).

Sylvaner Grand A du petit Léon 2009 – R. Schmitt à Bergbieten : le registre et l’exubérance du nez font immédiatement penser au sylvaner de Loew avec un soupçon de complexité supplémentaire et quelques notes minérales qui pointent en fond, la bouche est ample avec du gras et une puissante minéralité, la finale est très belle avec des arômes de pamplemousse et une salinité qui persistent longuement.
Vendangé sur le Grand Cru Altenberg de Bergbieten sur un millésime très chaud ce sylvaner impressionne par sa puissance et son équilibre : un peu hors norme, ce sylvaner est très loin du modèle classique et demandera des mets plus élaborés comme compagnon de table…mais au bout du compte, quel régal !

Sylvaner 2008 – Clos des Capucins à Kaysersberg : le nez est discret et élégant sur la pomme et les fleurs blanches, la bouche est droite et tendue par une belle acidité, la finale longue et profondément minérale révèle quelques amers très raffinés.
Moins baroque et plus typé sylvaner que le précédent, ce vin possède néanmoins une personnalité affirmée et une grande noblesse…La classe !

Sylvaner Sono Contento 2008 – A. Seltz à Mittelbergheim : le nez est discret avec d’élégantes notes végétales (herbe coupée, foin), la bouche est bien nette avec du gras, de l’ampleur et une vraie tension, la finale est puissante et épicée (poivre blanc).
Incontournables dans toute série de sylvaners qui se respecte les vins d’Albert Seltz sont un peu à son image : hauts en couleurs et forts en gueule. Cette cuvée pleine de fougue ne déroge pas à la règle…Jolie bouteille !

Sylvaner Bollenberg 2009 – F. Schmitt à Orschwihr : le nez est intense mais le registre est étrange, on y rencontre des notes de café, de cuir, de sueur…qui dominent longtemps un fond délicatement exotique, la bouche est très ronde avec un moelleux très présent, la finale est plus fringante et plus pure sur le plan aromatique avec un joli fruité exotique et une délicate amertume.
Un vin avec une matière très généreuse mais qui cherche encore son équilibre (et peut-être son style) à l’heure actuelle. Après un 2008 époustouflant dans sa prime jeunesse ce sylvaner 2009 nécessitera quelques années de garde pour exprimer sa vraie personnalité.

 

CIMG2976
La série de sylvaners au complet.
 

 

Pour conclure :

- Originaire d’Europe centrale et issu d’un métissage entre le traminer et l’autrichien blanc, le sylvaner dont le nom est associé au pays de Dracula (la Transylvanie) occupe moins de 10% de la surface du vignoble alsacien. Habituellement planté sur des terroirs peu prestigieux ce cépage donne souvent des vins dilués sans personnalité et sans grand intérêt pour l’œnophile. Mais lorsqu’un vigneron décide de travailler ce cépage sur de belles parcelles en appliquant des méthodes culturales et des pratiques œnologiques exigeantes, il peut réussir des sylvaners qui teindront leur rang au milieu des grands vins blancs de la région.

- Même si certaines cuvées très typées ont un peu déstabilisé les dégustateurs de ce soir on peut néanmoins affirmer que le groupe a été séduit par le haut niveau de qualité de cette série. Ceci dit, méfiance… un sylvaner de terroir ne rentre plus forcément dans le registre du vin de soif, léger et désaltérant, qui se plaît en compagnie de poissons grillés, de fruits de mer ou de choucroute.
La plupart des vins de cette série sont à réserver pour des associations gastronomiques plus raffinées : poissons cuisinés, viandes blanches…

- Pour ce qui est du coup de cœur personnel : le couple Grand A 2009 du domaine Schmitt et Sylvaner 2009 du Domaine Weinbach a montré les deux visages de ce cépage dans des expressions proches de la perfection…Bravo !

- Comme le dit le père d’Agathe Bursin le sylvaner et un révélateur de terroir hors pair « si tu veux connaître la valeur d’un terroir, plante du sylvaner. Si le vin est grand, c’est un grand terroir, sinon laisse tomber… »…
Comme je le dis depuis pas mal de temps, si on veut connaître la valeur d’un vigneron il faut jauger la qualité de ses crus d’entrée de gamme : en Alsace le sylvaner est pour moi un repère incontournable pour étalonner le niveau d’une gamme dans un domaine viticole…pensez-y quand vous irez déguster des vins chez un vigneron, ne vous précipitez pas sur les grandes étiquettes mais laissez vous le temps de vous imprégner de l’esprit de la maison en vous intéressant de près aux noms moins prestigieux…c’est imparable !
 

 

 

 

Thème 2 : petit parcours de découverte des Côtes du Rhône septentrionales.


Crozes Hermitage 2008 – Domaine des 7 chemins à Pont de l’Isère : le nez est ouvert et séduisant sur les fruits noirs mûrs (cassis, griotte), la vanille et les épices douces, la bouche est charnue, gourmande avec un fruité puissant, une touche boisée très fine et une finale longue et savoureuse.
Ce vin flatteur au nez et caressant en bouche est issu de vieilles vignes de syrah (plus de 30 ans) et élevé un an en barriques de 1 à 4 vins…une entrée très réussie dans cette grande région viticole. Si la suite est du même tonneau, on va se régaler !

Saint Joseph Cuvée du Prieur 2008 – Domaine Novis et Chapas à Saint Pierre de Boeuf : le nez est ouvert et très complexe avec des notes de fruits noirs, de violette et d’épices, la bouche est ronde et soyeuse, la texture est très charnue et la finale possède une belle richesse aromatique.
Saint Joseph 2007 – Domaine Souhaut à Arlebosc : le nez intense sur les fruits rouges très mûrs et le fumé évolue doucement vers un registre plus animal (cuir), en bouche la matière est agréable avec une structure équilibrée et un grain tannique très fin mais la finale est un peu fluctuante.
Le millésime est différent certes, mais c’est surtout la conception de ces deux vins qui fait leur identité : d’un côté un Saint Joseph classique très séduisant par son équilibre et son registre très gourmand de l’autre un Saint Joseph plus « nature » (viticulture nature, pas de levures, pas de filtration, peu de SO2…) qui se présente avec un profil plus sauvage…personnellement je suis plus sensible à l’esthétique du premier, mais Il en faut pour tous les goûts !

Cornas Les Grands Mûriers 2008 – Domaine Ferraton à Tain : le nez est riche, très élégant et bien évolutif, on y reconnaît tour à tour des arômes de griotte, de cacao, de pain d’épices, la bouche possède une structure charnue et généreuse avec un fruit très présent, une trame tannique serrée et soyeuse et une grande longueur finale.
Cornas Renaissance 2005 – Domaine Clape à Cornas : les notes de cuir et d’épices donnent à l’olfaction un caractère bien trempé, un peu rustaud mais non dénué de charme, la bouche est en harmonie avec le nez, dense, charpentée et puissamment tannique avec une finale profonde sur la violette et les épices.
« Les Grands Muriers » de Ferraton est un vin issu de vignes en biodynamie et travaillé de façon « moderne », le « Renaissance » de Clape est issu de jeunes vignes (20 ans quand même…) et vinifié de façon très traditionnelle pour une longue garde. Même si le très beau niveau qualitatif de ces 2 Cornas est indiscutable je reste sous le charme du premier : avec le « Renaissance » on sent bien l’enracinement dans le terroir mais avec l’irrésistible gourmandise des « Grands Mûriers » on décolle !

Côte Rôtie Madinière 2005 – Domaine Cuilleron à Chavanay : le nez possède la finesse des vins de noble extraction, fruits rouges frais, épices douces et léger fumé, en bouche la matière est riche et concentrée mais la trame acide et les notes minérales confèrent un équilibre très élégant à l’ensemble, la finale est longue, sapide et d’une fraîcheur réjouissante.
Côte Rôtie 2004 – Domaine Gaillard à Malleval : une bouteille marquée par des notes liégeuses, impossible à déguster ou à évaluer…dommage !
Avec un partenaire non évaluable, le Côte Rôtie de Cuilleron a eu la lourde responsabilité de représenter seul cette grande appellation. Cette cuvée 100% syrah provenant d’un terroir de schiste et élevée 18 mois en barriques est certainement encore bien jeune mais elle se distingue des autres par un surplus de finesse et par cette structure à la fois dense et très aérienne…Mission accomplie !

 

CIMG2979

 

La série de syrahs du Rhône…la vilaine bouchonnée a été privée de photo !

 

 

Pour conclure :

- cette série laisse une belle impression de plénitude et d’équilibre : ces terroirs des collines qui bordent le Rhône au nord de Valence sont une bénédiction pour la syrah. Ce cépage qui à tendance à produire des vins souvent « too much » dans des contrées plus méridionales trouve ici des conditions géologiques et climatiques qui lui permettent d’exprimer son incomparable finesse : le niveau de cette série a été vraiment superbe et nous a bien sûr donné une irrésistible envie de reprogrammer une prochaine visite dans ce vignoble.

- pour les coups de cœur personnels je retiendrai 2 bouteilles : le Cornas 2008 de Ferraton pour sa tenue irréprochable malgré sa jeunesse et le Crozes-Hermitage 2008 pour son rapport prix/plaisir inégalable (autour de 12 euros la bouteille)…et pour m’avoir réconcilié avec une appellation où l’on commercialise malgré tout pas mal de vins sans grand intérêt.

- ce premier voyage au pays des syrahs rhodaniennes a été une vraie réussite même si cette courte série de bouteilles manquait peut-être un peu de cohérence au niveau des millésimes.
Ce premier point de vue très incomplet nous a cependant donné une furieuse envie d’y revenir bientôt…le programme AOC pour la prochaine saison a déjà trouvé un thème.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
  • Contact

Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

@+

Recherche

Archives