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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 13:45

 


Poussés par l’envie de découvrir les mystères de l’Alsace et de ses vins, nos amis ardéchois ont enfin trouvé le courage de quitter pour quelques jours le chant des cigales et les parfums de la garrigue, pour remonter dans le grand nord, affronter la rigueur d’un climat hostile et la dureté d’une terre inhospitalière…

Aidé par la météo incroyable de cette fin septembre et par la gentillesse de nos hôtes successifs sur la route des vins, je pense sincèrement les avoir étonnés plus d’une fois au détour d’une halte dans notre belle région.
Comme j’ai l’habitude de le dire à la fin de mes chroniques sur les Grands Crus, je crois bien qu’eux non plus ne boiront plus jamais du vin d’Alsace comme avant….

Après une belle matinée entre Niedermorschwihr et Katzenthal, la pause de midi se fait évidemment à la Taverne Alsacienne d’Ingersheim, chez J.P. Guggenbuhl, cuisinier hors pair et œnophile passionné. Prenez le temps de lire sa magnifique carte de vins, vous comprendrez…
 

 

La suite de notre périple nous emmène vers le sud, direction Guebwiller et ses 4 Grands Crus pour remonter en direction d’Orschwihr et rendre visite au domaine François Schmitt.
Frédéric Schmitt nous accueille dans son caveau alors que ses vendangeurs viennent de couper la dernière grappe du millésime 2011 et qu’une petite fête se prépare du côté du Bollenberg…La classe !

 

 
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Le Bollenberg fin septembre…c’est pas beau çà !
 

 

 

Confortablement installés autour d’une table nous prenons le temps de faire un tour presque exhaustif de la production du domaine :

Pinot Noir Rouge d’Alsace 2010 : simple et gourmand, ce rouge flatte par ses arômes de fruits rouges frais mais reste assez anguleux en bouche.
Pinot Noir Cœur de Bollenberg 2009 : encore une cuvée déjà « bue et approuvée » à la Masterclass d’automne de l’Oenothèque Alsace, mais je ne boude pas mon plaisir face à ces arômes finement toastés, ce fruit bien profond et cette bouche qui allie une chair élégante et soyeuse et dont les arômes fruités et discrètement boisés persistent longuement.
Pinot Noir Cœur de Bollenberg 2010 : le nez est dominé par l’élevage mais la matière en bouche est étonnante de densité, la finale revient sur une fraîcheur très guillerette.
Frédéric Schmitt qui possède un solide savoir-faire en terme de vinification de vins rouges et qui, avec le Bollenberg, dispose d’un terroir propice à l’élaboration de beaux pinots noirs, assume pleinement ses ambitions en nous proposant des cuvées raffinées et racées sur ce cépage dont le potentiel reste encore sous-estimé en Alsace. Ses cuvées Cœur de Bollenberg, résolument travaillées comme des vins de garde commencent à faire parler d’elles…et ce n’est que justice !
Les 2009 et 2010 ne sont pas encore à la vente, il faudra se « consoler » avec le 2008 « hachettisé », « bettanisé » et dégusté lors de mon précédent passage au domaine.

Crémant Blanc de Noir Brut : le nez est discret avec un fruité bien net et quelques notes briochées, la bouche est droite, la mousse bien onctueuse et l’équilibre reste très aérien.
Vinifié en barrique, élevé 36 mois et non dosé, ce crémant présente un profil sérieux mais très élégant, voilà un beau vin de gastronomie

Sylvaner Bollenberg 2010 : le nez est franc et agréable sur les fruits blancs, la bouche est légère et bien fraîche.
Auxerrois Bollenberg 2010 : le registre est complexe, toujours sur les fruits blancs mais avec de délicates notes florales en plus, la bouche possède une matière très gourmande et finement citronnée tout en restant bien tendue et marquée par une minéralité peu habituelle sur ce cépage.
Voilà un sylvaner classique, simple et bien fait et un auxerrois vraiment splendide…comme sur 2009, mais vraiment pas pour les mêmes raisons, j’ai encore craqué pour cette cuvée !

 

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Auxerrois Croix du Sud 2009 : le nez reste encore bien marqué par l’élevage avec des notes boisées, toastées et épicées, la bouche flatte par sa structure rondouillarde somme toute assez agréable.
Auxerrois Croix du Sud 2010 : le nez est plus fin avec de belles notes florales soutenues par un boisé plus discret, l’équilibre en bouche  est superbe, ce vin étonne par sa tension et sa longueur.
Diablement flatteur, le 2009 est conçu pour séduire mais il reste un peu trop moelleux à mon goût, le 2010 par contre est impeccable d’équilibre et de classe…mon premier MIAMMMMM sur cette cuvée !

Riesling 2010 : le nez est très discret, la bouche est droite sans grande fantaisie mais avec une finale assez longue où se dévoilent de belles notes de fruits blancs.
Riesling Bollenberg 2010 : il y a toujours beaucoup de discrétion au nez mais avec un registre plus typé riesling (zestes d’agrumes), la bouche se distingue par une matière très puissante encore un peu fougueuse aujourd’hui (SR : 10g – AT : 11,2g) mais ce vin a de l’avenir.
Riesling G.G Pfingstberg 2009 : le nez est généreusement dédié au pamplemousse, la bouche est très bien structurée avec une trame très verticale enrobée par une matière élégante et charnue, la finale est marquée par de beaux amers.
Riesling G.G Pfingstberg-Paradis 2009 : le nez est fin et distingué sur les zestes d’agrumes, la bouche se tient magnifiquement et révèle une minéralité très puissante, la finale est longue et bien aromatique.
Riesling G.G Pfingstberg-Paradis 2010 : le nez est expressif mais complexe avec des notes de citron, de zeste d’agrumes et de pierre chaude, la structure en bouche est vive et tranchante mais la matière est d’une grande pureté, la finale est longue et très fraîche.
Riesling G.G Pfingstberg 2001 : le nez est très épanoui sur le miel de fleurs et la bergamote, la bouche est large, équilibrée et finement aromatique, la finale bien longue revient sur des évocations florales.
Ces 6 rieslings permettent de comprendre la philosophie du domaine sur ce cépage, pas d’expressivités démonstratives mais de solides charpentes acides et salines qui en font des vins de belle garde. Dans leur version « Paradis » (la parcelle historique du domaine au coeur du Grand Cru) les Pfingstberg se distinguent par leur élégance presque aristocratique. La version 2010 embouteillée avec une malo non réalisée est une vraie réussite (peut-être une piste pour l’élaboration des futurs millésimes…), quant au 2001 sorti par Frédéric de la réserve familiale, c’est de la dentelle !

 

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Pinot Gris Le Maréchal 2010 : le nez est très fin, légèrement toasté il s’épanouit avec de beaux arômes de fruits jaunes, la bouche est généreuse, le gras est présent mais l’équilibre tient remarquablement bien, la finale soutenue par une profonde acidité se prolonge longuement en révélant de belles notes épicées.
Cette cuvée travaillée à la bourguignonne se présente avec une matière exceptionnellement puissante mais équilibrée par  la superbe acidité du millésime 2010. Comme pour l’auxerrois cette tension rend l’élevage moins sensible et beaucoup plus subtil que sur le millésime précédent…Très réussi !

Gewurztraminer Bollenberg 2010 : le nez est élégant, sur un registre exotique, la bouche est bien ronde mais l’équilibre reste plutôt sec, la palette aromatique s’épanouit et se complexifie pour révéler de jolies notes fruitées et discrètement mentholées.
Gewurztraminer Cuvée Marie-France 2010 : le nez est puissamment aromatique et marqué par des fruits exotiques bien mûrs, la bouche est riche et opulente avec une finale sapide et délicatement épicée.
Gewurztraminer G.C. Pfingstberg 2010 : le nez est ouvert, joliment expressif sur les fruits exotiques et les épices, la bouche dessine une silhouette longiligne très élégante et la finale très longue révèle une belle salinité.
Les deux premiers gewurztraminers proviennent du Bollenberg et expriment bien la générosité de ce très beau terroir d’Orschwihr, le vin du Grand Cru est étonnamment ouvert (surtout lorsqu’on les compare aux rieslings G.C. du même âge…) mais possède en bouche une charpente minérale qui le place un cran au dessus des autres…bon sang ne saurait mentir !

 

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Riesling V.T. 2007 : le nez évoque littéralement un panier de fruits exotiques mûrs, la bouche est puissante avec une chair dodue et moelleuse, une fraîcheur très élégante apparaît dès le milieu de bouche et soutient la belle finale où les arômes s’épanouissent et persistent longuement.
Pinot Gris S.G.N. 2010 : le nez est pur et précis sur le miel, les raisins de Corinthe et quelques notes grillées, la bouche possède une matière énorme avec une structure très sphérique, la finale est marquée par de beaux arômes de miel et par une acidité pointue qui équilibre la puissante sucrosité.
Gewurztraminer S.G.N.2010 : le nez surprend par sa timidité mais dévoile peu à peu une palette très complexe, la bouche est pleine d’harmonie et de délicatesse avec un fruité profond dont l’intensité monte progressivement, la finale est nette et très élégante.
Ces trois cuvées en surmaturité ont des personnalités très différentes mais possèdent un pouvoir de séduction absolu. Comme le gewurztraminer goûté lors de notre précédent passage, le riesling 2007 commence à dévoiler son beau potentiel et ravit nos papilles par son expressivité et son équilibre tonique. Les 2 cuvées 2010 sont sans conteste de très belles réussites mais se présentent avec des profils diamétralement opposés : le pinot gris issu d’une jeune vigne assume sa puissance en faisant voir ses muscles avec ostentation et le gewurztraminer récolté sur le même terroir mais sur une très vieille vigne (80 ans), arrive sur la pointe des pieds et demande le verdict du palais pour révéler sa classe et sa profondeur.

Frédéric Schmitt nous a ouvert sa cave et consacré deux heures de son temps –sûrement précieux en cette période – pour nous expliquer sa manière de comprendre ses terroirs et de concevoir ses vins. Même s’il a déjà  vinifié une douzaine de millésimes, ce jeune vigneron continue de s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour générer des vins qui donnent la meilleure interprétation possible de leur terroir tout en restant accessibles à sa clientèle de particuliers, dont certains sont fidèles au domaine depuis fort longtemps.
Il nourrit une ambition fort justifiée pour ses deux lieux-dits de prédilection, le Grand Cru Pfingstberg et le Bollenberg, où il travaille sans relâche pour y produire de très grands vins d’Alsace reconnus à leur juste valeur.
Fidèle à la tradition de la maison il ne néglige pas pour autant les cuvées d’entrée de gamme, des vins simples, précis et réguliers avec un exceptionnel rapport Q/P. d’où émergent quelquefois de vraies pépites comme le Sylvaner Bollenberg 2008 (épuisé depuis longtemps, hélas) ou l’auxerrois Bollenberg 2010…
Le Pfingstberg est un terroir assez complexe dont Frédéric Schmitt pense ne pas encore avoir encore percé tous les mystères : son expérience de vinification des rieslings 2010 sans malo s’avère intéressante puisque cette cuvée se goûte merveilleusement bien aujourd’hui…Ceci dit, il fait vraiment preuve de perfectionnisme parce que son « petit coin de Paradis » nous régale maintenant depuis quelques millésimes…mais si ça peut encore être meilleur, je suis évidemment preneur !

 

 
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Le Pfingstberg…avec la parcelle « Paradis » au centre (à G de l’inscription)
 

 

 

Le Bollenberg est un terroir qui inspire visiblement Frédéric Schmitt, il y laisse libre cours à sa créativité en y concevant des vins haut de gamme souvent très originaux : le versant est du coteau lui fournit des pinots (blancs, gris et noirs) de premiers choix pour ses vinifications à la bourguignonne, le versant ouest est presque exclusivement dédié à la conception de ses précieuses cuvées moelleuses.
En tous cas, en sortant du caveau du domaine Schmitt on a le sentiment d’avoir vécu une belle expérience oenophile et on se dit que des rencontres de cette qualité donnent vraiment envie de continuer à aimer le vin et à respecter profondément ceux qui le font.
Merci Frédéric…et bonne chance pour 2011 !


 


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Un ardéchois perplexe en train de choisir des bouteilles de la série dégustée…offertes par notre hôte du jour pour regoûter...beau geste !

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commentaires

Eric 13/10/2011 18:59


Ben alors Pierre on va déranger les vignerons pendant les vendanges ?

Je le lis, une fois de plus Frédéric Schmitt nous offre une série de cuvées abouties, fignolées, expressives. Vu les prix pratiqués, c'est péché de ne pas y être client, car voici un vigneron qui
reste accessible à tout un chacun.


14/10/2011 11:54



Je m'annonce toujours par téléphone avant, même si le domaine dispose d'un caveau "ouvert au public" tous les jours...Nous étions attendus et c'est Myriam qui devait nous recevoir mais comme les
vendangeurs ont travaillé plus vite que prévu on a eu droit au "patron"...TOP


Par contre je ne suis pas persuadé que Frédéric considère ses cuvées comme "abouties" : c'est un perfectionniste qui cherche en permanence à progresser et, comme je l'ai dit, je pense qu'il n'a
pas encore percé complètement le mystère du Pfingstberg...ça risque d'être encore meilleur !



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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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