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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 20:06

 


La Source des Sens est un superbe hôtel-restaurant situé à Morsbronn, une petite cité thermale au nord de Haguenau, connue des alsaciens pour son parc d’attraction (Didiland) que j’ai beaucoup fréquenté lorsque mes deux enfants étaient plus jeunes.
Prévenu in-extremis par Bruno Schloegel, j’ai réussi à trouver une petite place autour de la table en compagnie de quelques amateurs de vin, de Bruno Schloegel, vigneron  du domaine Lissner à Wolxheim et de François Wilhelm, ambassadeur de la Maison Trimbach de Ribeauvillé.
Le thème de ce repas dégustation proposait d’associer des plats crées par le chef Pierre Weller et des couples de rieslings provenant de ces 2 domaines : le genre de petite compétition bien sympathique à laquelle n’importe quel dégustateur rêve d’assister un jour.

 

 

A l’apéritif :

Crémant brut – Domaine Lissner : le nez est fin et complexe, fruits blancs et petites fleurs avec une petite touche de noix en fond, la bouche est fraîche et bien équilibrée avec une bulle fine, dense et persistante qui donne une texture bien crémeuse au palais, la finale est digeste et légèrement marquée par des notes de fruits secs (noisette, noix).
Resté 10 ans sur lattes et dégorgé il y a environ 2 ans ce crémant est superbe aujourd’hui, avec sa tenue exceptionnelle en bouche, malgré cette petite touche oxydative qui peut déranger les puristes mais qui, pour moi, participe à l’harmonie de l’ensemble.


Pour accompagner les Gambas poêlées à la livèche servies comme en un pot au feu en papillote :

Riesling Rothstein 2007 – Domaine Lissner : le nez est vif et fringant sur les agrumes, le citron vert, la bouche est pointue avec une minéralité raffinée et une profonde salinité en finale.
Riesling Réserve 2009 – Domaine Trimbach : le nez subtil se situe sur un registre floral, l’attaque en bouche est souple, le vin prend son temps pour mettre en place sa structure, la finale possède une belle persistance aromatique.
Le Rothstein s’exprime avec force et sans complexe là où le Réserve reste tout en retenue .. réservé le Réserve ???
Avec le premier vin l’accord se réalise parfaitement dans un équilibre basé sur le contraste avec les saveurs douces et complexes du plat. Le second vin se montre plus complaisant et résonne harmonieusement avec le plat…les deux associations fonctionnent superbement même si personnellement je préfère le premier style.

 


Pour accompagner les Saint Jacques de Saint Brieuc snackées, jus de coques au lait de coco, pomelos et rattes au thym :

Riesling Wolxheim 2008 – Domaine Lissner : le nez assez fermé livre progressivement de délicats parfums d’agrumes et d’herbes aromatiques, la bouche est très vive, la structure est virile, l’équilibre très tonique développe une belle minéralité.
Riesling Cuvée Frédéric Emile 2005 – Domaine Trimbach : le nez est ouvert, complexe et extrêmement raffiné sur le sucre d’orge, la mandarine confite et quelques épices douces, la bouche est sphérique avec un joli gras, une opulence très charmeuse et une finale longue et minérale.
Cette deuxième rencontre avec le Frédéric Emile 2005 confirme l’impression ressentie la première fois…c’est un vin splendide qui s’exprime parfaitement à l’heure actuelle. Le Wolxheim est resté dans l’ombre de ce grand vin…trop jeune mais avec une structure en bouche qui promet.
Sur le plat, les deux vins fonctionnent à merveille : agrumes, épices et aromates, tout est là pour répondre à ce mets extrêmement raffiné…même si je choisirai de déguster le Trimbach seul car dans sa forme actuelle j’estime qu’Il se suffit à lui-même !


Pour accompagner le Bar sauvage en soupe crémeuse au gingembre et citronnelle, nuage de lait de noisettes :
 
Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2005 – Domaine Lissner : le nez est fin et séduisant sur le miel de forêt, la marmelade d’orange, la bouche est joliment posée avec son équilibre bien gras et sa longue finale dont les nuances légèrement caramélisées trahissent une certaine maturité.
Riesling Clos Sainte Hune 2005 – Domaine Trimbach : le nez est racé et d’une grande pureté avec de délicates notes de miel de fleurs, la bouche est droite et ample avec un équilibre très sec et une longue finale saline, un peu tannique.
Le Saint Hune est encore très jeune alors que l’Altenberg semble dans la force de l’âge…en tous cas ces deux vins se ressemblent à l’heure actuelle et entrent tout naturellement en synergie avec ce plat aux nuances extrême-orientales.


Pour accompagner le Sot l’y laisse et Pata Negra sur des gnocchis de charlottes au romarin et émulsion de parmesan :

Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2008 – Domaine Lissner : le nez est pur et discret sur le miel et les agrumes, la bouche est très verticale, peu loquace sur le plan aromatique mais puissamment saline en finale.
Riesling Clos Sainte Hune 2004 – Domaine Trimbach : le nez est élégant et complexe sur le miel, les fruits blancs et quelques épices, la bouche est magnifique, une structure sphérique mais un équilibre sec, une richesse aromatique difficile à décrire et un finale interminable à laquelle de très beaux amers apportent une fraîcheur bienvenue.
Le Frédéric Emile 2004 dégusté récemment avait été décevant, le Saint Hune de ce même millésime est éblouissant…il exprime une forme de plénitude absolue. L’Altenberg jeune et plein de belles potentialités n’a pas résisté face à cette pointure. Le mariage de ce plat avec des rieslings était risqué mais cet accord original a fonctionné correctement avec les deux vins avec un net avantage cependant pour le Saint Hune dont la complexité aromatique a parfaitement répondu aux riches saveurs de cette composition gastronomique.



Pour accompagner la Variation de 3 fromages de chèvre de la ferme d’Obersteinbach :

Riesling Wolxheim 2005 – Domaine Lissner : le nez est bien expressif sur le miel et le coing frais, la bouche est droite avec un équilibre sec et une finale minérale.
Riesling Cuvée Frédéric Emile 1997 – Domaine Trimbach : le nez est discret  mais plein d’harmonie sur les fruits jaunes mûrs, la bouche est très franche avec de jolis arômes de groseille blanche et une finale tendue par une longue acidité.
Le sommelier sert généreusement, les crachoirs sont très loin de moi sur la table et ma voisine est une grande bavarde…mes notes deviennent de plus en plus lapidaires…ces deux vins sont beaux mais face à cet assortiment de fromages aucun accord ne m’a marqué outre mesure.


Pour accompagner les Fruits exotiques en bavarois et carpaccio, sorbet à la grenade :

Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2003 – Domaine Lissner : le nez est expressif sur les agrumes confits, la bergamote, la bouche associe vivacité et rondeur dans un équilibre moelleux léger, la finale est très saline et de belle longueur.
Riesling Cuvée Frédéric Emile VT 2001 – Domaine Trimbach : le nez est torréfié, mûr et très raffiné, la bouche est ample et ronde avec un équilibre construit autour d’une puissante minéralité.
Avec ce dessert qui proposait une véritable bibliothèque aromatique pour rieslings en surmaturité l’accord s’est réalisé sans aucune difficulté. Là ou la cuvée FE s’exprime avec classe et distinction l’Altenberg offre une palette exubérante et gourmande de toute beauté… c’est magique !

 

 CIMG2983
Portrait de groupe des victimes de la soirée…

 

Pour conclure :

- Ce retour sur cette belle soirée riche en émotions gustatives intenses m’invite avant tout à redire ma gratitude aux organisateurs : le chef Pierre Weller, son sommelier François Machi et les ambassadeurs des deux domaines viticoles, Bruno Schloegel et François Wilhelm, qui se sont prêté avec beaucoup de simplicité et de générosité à ce petit jeu de du duel amical entre leurs vins.

- Une fois encore le riesling a montré sa grande plasticité gastronomique : la diversité de ses expressions est tellement riche, qu’il peut s’harmoniser avec presque tous les mets…de l’entrée jusqu’au dessert, c’est un compagnon de table idéal !

- Pour les coups de cœur viniques je choisirai dans l’ordre l’Altenberg 2003 pour son équilibre original, le Frédéric Emile 2005 parfait à l’heure actuelle et le Saint Hune 2004 qui a été sans conteste le grand vin de la soirée.

- Enfin, pour revenir sur cette mise en parallèle de vins provenant de 2 domaines que bien des choses séparent (taille, renommée, conception des vins et de la viticulture…), j’ai trouvé l’entreprise osée voire risquée mais au bout du compte, les bouteilles présentées ont bien tiré leur épingle du jeu : les vins de Trimbach ont tenu leur rang face à un challenger contre qui ils avaient finalement tout à perdre, les vins de Lissner ont défendu vaillamment leur identité avec néanmoins pour eux l’avantage d’un rapport Q/P bien plus intéressant (le Saint Hune c’est quand même 10 fois le prix d’un Altenberg…ça fait réfléchir !!!!).

Mille merci à tous !

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commentaires

giuseppe 18/02/2011 09:01


Merci beaucoup pour les commentaires de dégustation. Les Rieslings Alsaciens n'ont pas fini de nous étonner. J'aime beaucoup cette zone comprise entre Molsheim et Wangen riche en terroirs
originaux.


19/02/2011 08:58



Ah la superbe Couronne d'Or !!!



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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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