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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 18:13

 

Initialement prévue le 10 septembre, cette nouvelle Masterclass à été programmée deux semaine plus tard et pour le coup elle porte vraiment bien son nom puisque elle a lieu 2 jours après le début officiel de l’automne…jolie coïncidence !
Les vendanges n’étant toujours pas terminées dans le vignoble alsacien les vignerons qui participent habituellement à ces séances manquent à l’appel, c’est donc devant un auditoire restreint (une petite douzaine de passionnés) que Thierry Meyer va traiter 2 thèmes particulièrement alléchants :

·    2009, un grand millésime pour les pinots noirs alsaciens : l’année de la sagesse et de la maîtrise.

·    2009, un millésime complexe pour les blancs : la difficile équation pour gérer l’équilibre entre maturité physiologique et richesse alcoolique.

Voilà des sujets qui sentent bon la belle quille…je sens que j’ai bien fait de venir me mettre à l’ombre sur les bancs de la salle de dégustation de la maison Wolfberger !

 

 

Masterclass Alsace du 24 septembre 2011 à Colmar

 

 

Tous les vins sont dégustés et commentés à l’aveugle – verres INAO


Thème 1 : les grands pinots noirs 2009

Bourgogne Vieilles Vignes – J. Voillot à Volnay : le nez est superbement fruité, cerise noire et cassis, la bouche est souple, soyeuse avec une fruit de grande qualité et une finale fraîche et digeste.
Un pinot noir pur, élégant qui révèle un fruit superbe, quel plaisir ! En plus, avec un prix ultra-sage cette bouteille offre sans conteste le meilleur rapport Q/P de la série.

Pinot Noir XXC – V. Stoeffler à Mittelbergheim : le nez est fortement torréfié à l’ouverture mais le fruit se manifeste avec l’aération pour devenir très expressif et très gourmand, la bouche est acidulée avec des tanins souples et un fruité qui ressort davantage, la finale est longue mais un peu marquée par l’alcool.
Une cuvée avec une matière conséquente mais qui cherche encore son équilibre optimal : un pinot noir dont les éléments constitutifs ont encore besoin de quelques années pour trouver leur cohérence.

Pinot Noir – R. Fritsch à Marlenheim : le nez s’ouvresur des notes végétales peu élégantes qui dominent les arômes de fruits rouges bien trop discrets, la bouche est très austère avec des tanins accrocheurs et une acidité très présente.
Suspectant un problème de bouteille, Thierry ouvre un second flacon de la même référence : ce vin se montrera un peu plus net au nez, plus corsé et avec une belle finale en bouche…mais quand même assez décevant au bout du compte.
Issu du G.C. Steinklotz, cet assemblage de pinot noir avec un petit pourcentage de gewurztraminer ne se présente pas sous son meilleur jour aujourd’hui…de plus, la palette aromatique très végétale et la structure très austère ne plaident pas en faveur d’un gros potentiel de garde…Perplexe !


Pinot Noir Cœur de Bollenberg – F. Schmitt à Orschwihr : le nez est finement torréfié (pain grillé, café) mais on sent facilement une belle présence fruitée (framboise, cerise burlat), la bouche possède une chair pleine de gourmandise, un très beau fruité et une finale agréablement boisée et épicée.
Voilà une très belle expression de pinot noir sur un terroir qui lui va comme un gant…encore un peu turbulent dans sa jeunesse ce vin possède un très beau potentiel de garde et réservera de belles émotions aux chanceux qui l’auront oublié en cave.

Pinot Noir Clos Saint Landelin – R. Muré à Rouffach : le nez est empyreumatique avec des notes de grillé, de fumée et une pointe de vanille, la bouche révèle une grande finesse aromatique sur les fruits noirs tout en déployant une charpente imposante et une matière concentrée, la finale est longue et revient sur des nuances épicées.
Ce clos situé sur le G.C. Vorbourg a produit un pinot noir corsé, charnu, concentré…une classe évidente qui me séduit à chaque rencontre. Superbe bouteille !

Pinot Noir Grand P – A. Mann à Wettolsheim : le nez est complexe avec des notes de torréfaction et de griotte, la bouche est équilibrée, fraîche et soutenue par une trame tannique veloutée, la finale très digeste se distingue par une grande persistance aromatique.
Récolté sur le G.C. Pfersigberg, ce beau pinot noir se livre déjà avec beaucoup de charme aujourd’hui mais ne nous emballons pas, ce vin est conçu pour la garde et mérite qu’on lui donne un peu de temps pour se révéler pleinement.

Pinot Noir – L. Barth à Bennwihr : le nez très discret semble vraiment fermé mais la bouche laisse apparaître une structure parfaite, une sorte de triangle équilatéral entre richesse, tanins et acidité, la finale tient longuement au palais.
Issu du G.C. Markrain ce « nourrisson » est de la race des plus grands…qu’on se le dise !

 


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La série au complet avec la bouteille sans étiquette de L. Barth (un vin pas encore en vente).
 

 

 

Pour conclure :

- Cette série de pinots noirs 2009 avait comme but annoncé de vérifier si après 2003 et 2005 les vignerons alsaciens avaient su tirer les leçons de ces millésimes chauds assez proches de 2009 par certains aspects, pour mieux maîtriser ce cépage. Les équilibres constatés sur ces 6 cuvées alsaciennes prouvent qu’il y a eu un vrai retour vers plus de mesure et de sagesse dans la conception des pinots noirs 2009…bravo messieurs !
- Le petit jeu du jour proposé par Thierry consistait à classer les vins par ordre de préférence et à démasquer l’intrus bourguignon.

Pour isoler un coup de cœur ce ne fut pas trop difficile : à chaque fois que je rencontre le Clos Saint Landelin dans un série, je tombe sous son charme…dense et complet comme la plupart des vins de cette sélection il gagne ce duel en se montrant plus ouvert et plus causant que ses voisins…MIAM !
Pour trouver le « pirate » j’ai hésité entre 2 flacons : le premier vin de la série s’imposait à moi comme une évidence, son style et son registre aromatique me rappelaient indubitablement mes récentes visites bourguignonnes mais, après réflexion, j’ai choisi de désigner le « Cœur de Bollenberg ».
Erreur coupable, car en matière de vin il faut souvent se fier davantage aux messages sensoriels et émotionnels qu’aux conclusions issues d’un raisonnement, mais erreur excusable lorsqu’on connaît les conceptions de Fréderic Schmitt en terme de vinifications des pinots (blancs, gris et noirs), très en phase avec les méthodes bourguignonnes…en plus je suis sûr que ma bévue aurait fait grand plaisir à ce sympathique vigneron !

- Ceci dit, on peut affirmer sans trop se tromper que 2009 est un très beau millésime pour les rouges d’Alsace…ces vins sélectionnés en sont des preuves manifestes, sans compter que la série aurait pu être bien plus longue avec un niveau qualitatif tout aussi élevé.
Il reste encore quelques bouteilles à vendre dans bien des domaines…à bon entendeur, salut !

 

 

Thème 2 : une sélection de grands blancs 2009

Série 1 : vins issus de terroirs drainants.

RieslingG.C. Sommerberg-Cuvée Eckberg – Domaine A. Boxler à Niedermorschwihr : le nez est fin et complexe sur le citron mûr et les fleurs blanches, la bouche séduit par son fruité épanoui autour d’une acidité très verticale qui laisse une belle sensation de fraîcheur en finale.
Ce grand cru granitique associe le caractère solaire de son climat et une grande minéralité issue de son terroir…l’équilibre est impeccable, c’est un grand vin tout simplement !

Pinot Gris G.C. Muenchberg – Domaine Ostertag à Epfig : le nez est plus discret mais très pur avec de délicates évocations florales, l’équilibre en bouche est aérien mais tenu par une belle vivacité, la finale est sapide avec des amers nobles très agréables.
Sur ce terroir principalement gréseux, ce pinot gris étonne par la pureté de sa matière et l’élégance de sa silhouette…du travail d’orfèvre !

Riesling G.C. Rangen-Clos Saint Urbain – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est discret mais très complexe avec des arômes de groseille blanche, d’agrumes frais et de pierre à feu, la bouche impressionne par sa chair, sa concentration et sa salinité ultra-puissante, la finale est très longue, sapide et délicatement fumée.
Je ne peux que m’incliner devant tant de force et de race…Je crains qu’il n’y aura que peu de suspense pour la désignation du coup de cœur de l’après-midi !

Riesling S.G.N. – Domaine Hugel à Riquewihr : le nez est bien expressif avec des arômes intenses d’ananas mûr et de pomelo, la bouche possède une liqueur concentrée mais avec un équilibre subtil et une finale qu’une pointe acide relève avec bonheur.
La matière est impressionnante (220g de SR et 8,4 g d’AT) et l’équilibre très moelleux bien construit sur cette cuvée SGN de la maison Hugel exceptionnellement issue de raisins récoltés sur un terroir granitique (l’Engelsreben) parce qu’il n’y a pas eu de botrytis sur le Schoenenbourg en 2009.
Et pourtant je reste perplexe devant ce vin qui me semble plus taillé pour impressionner dans des sessions de dégustation que pour vraiment se trouver une place à table…

 

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Série 2 : vins issus de terroirs complexes.

Riesling G.C. Osterberg – Domaine L. Sipp à Ribeauvillé : le nez est discret, pierreux et légèrement floral, la bouche est équilibrée mais un peu austère, la finale fraîche et très saline marque le palais et persiste longuement.
Après la matière surréaliste de la SGN précédente ce riesling a quelque peu heurté nos sens par sa droiture et sa verticalité, ceci dit, goûté dans d’autres circonstances ce cru ne m’a jamais déçu mais aujourd’hui c’était un peu austère-berg !

Sylvaner Eminence – Domaine A. Bursin à Westhalten : le nez est bien ouvert avec des arômes très élégants de fruits jaunes, la bouche est délicatement moelleuse avec une structure bien large et une finale légère et sapide.
Avec 60g de SR c sylvaner est tout à fait atypique mais au bout du compte on tombe facilement sous son charme et on le déguste avec un plaisir évident.

Schoenenbourg – Domaine Deiss à Bergheim : le nez est flatteur et généreux sur un registre exotique bien affirmé, après une attaque assez vive, la bouche s’épanouit pour laisser s’exprimer une matière dense avec une acidité très large et une finale saline et longue.
Un vin juste à la limite du démonstratif…un joli travail d’équilibriste sur ce terroir plein de fougue. Bravo !

Gewurztraminer G.C. Altenberg de Bergbieten-V.T. – Domaine R. Schmitt à Bergbieten : le nez est bien expressif avec des arômes agréables de miel de fleurs et de rose, la bouche est gourmande et très suave avec un fruité confit et une belle salinité qui rend la finale particulièrement digeste.
Le caractère paisible de l’Altenberg agit sur la puissance du cépage et du millésime pour réaliser une V.T. très riche (une maturité de SGN en fait) mais parfaitement équilibrée. Visite prévue prochainement au domaine…ça tombe bien !

 

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Série 3 : vins issus de terroirs marno-calcaires.

Sylvaner Brandstatt – Domaine Otter à Hattstatt : le nez est discret et complexe avec des notes de froment, de malt, de citron et de fleurs blanches, la bouche très charnue révèle une minéralité affirmée et palpable, en finale une petite amertume confère une belle digestibilité à l’ensemble.
Déjà goûté au printemps ce sylvaner étonne toujours autant par sa complexité même si sa position dans la série ne l’a pas particulièrement avantagé lors de cette dégustation.

Pinot Gris Côtes de Rouffach – Domaine Rieflé à Pfaffenheim : le nez est mûr avec des notes de grillé et de fleurs séchées, en bouche le vin est assez long à se mettre en place mais la structure est bien balancée et la finale se prolonge avec de belle sensations minérales et une petite touche fumée.
Assemblé sur un ensemble de lieux-dits à dominante calcaire situés au pied des Vosges, ce pinot gris demande un peu de temps pour se révéler, mais lorsqu’il s’exprime on est rapidement conquis et on se plait à rêver à de beaux accords gastronomiques.

Gewurztraminer G.C. Mambourg – Domaine J.M. Bernherd à Katzenthal : le nez est magnifique avec ses arômes de rose et de jasmin soutenus par de fines touches épicées, la bouche est ample et large, sans trop de moelleux mais avec une matière grasse et charnue et une finale profonde et longuementaromatique.
Il n’y a pas à dire, les Bernhard tiennent vraiment bien ce Mambourg ! Splendide !

Riesling G.C. Pfoeller-V.T. – Domaine Meyer-Fonné à Katzenthal : le nez est bien expressif avec des arômes de citron confit et d’abricot, la bouche se montre douce et suave à l’attaque avent de déployer une trame acide très large et bien mûre, la finale est très saline et finement aromatique.
Alliant une matière concentrée et une structure vive et fringante ce riesling est déjà particulièrement séduisant…preuve s’il en fallait que 2009 aura produit quelques V.T. d’anthologie sur ce cépage.

 

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Pour conclure :

- après un peu de recul, il s’avère que 2009 ne fut pas un millésime si simple que cela en Alsace : précocité et chaleur ont obligé les vignerons à opérer des choix difficiles mais cruciaux à chaque étape de la conception de leurs crus pour trouver des équilibres évitant le piège de la richesse excessive…dur métier !

- la série concoctée par Thierry a témoigné d’un niveau qualitatif vraiment exceptionnel et la décision de l’organiser en 3 sous-ensembles homogènes au vu des terroirs d’origine a indiscutablement contribué à augmenter la lisibilité de cette dégustation…même si le passage du moelleux vers le sec a parfois demandé un temps d’adaptation et a surement un peu nui a l’évaluation des premières bouteilles des derniers quatuors.

- Pour le coup de cœur, aucun suspense, je reste évidemment sur le choix du grandiose Rangen même si, au bout du compte, je serai prêt sans hésiter à faire une petite place dans ma cave à n’importe quel vin de cette sélection.

Une fois de plus maître Thierry nous a régalé par un ensemble de quilles d’une qualité rare…Mille mercis pour ce beau moment et vivement la prochaine session de l’Oenothèque Alsace!

 


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commentaires

EricL 05/10/2011 19:44


Merci pour ce compte-rendu très pro(f) !

Comme toi je suis resté avec le gros souvenir du Rangen, un petit monument !

Et habituellement je n'ai plus de mal à passer du moelleux au sec, sauf entre le Hugel et le Sipp...tes notes me confortes, mais j'avais gouté le Louis Sipp au domaine et j'ai repris mes notes. Ce
vin est réellement très bon.

Enfin, l'ordre des vins a conféré à cette séance une dimension supplémentaire, grandiose.

A vendredi...


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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

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rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

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