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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 11:11

 

Pour cette dernière Masterclass de 2011, une petite dizaine d’amateurs de vins d’Alsace se sont retrouvés dans l’espace dégustation de la maison Wolfberger à Colmar pour écouter la bonne parole vinique de Thierry Meyer avant les festivités de fin d’année.
Les quelques vignerons membres de l’Oenothèque Alsace et habituellement fidèles à ce rendez-vous manquent à l’appel : ils ont choisi de rester dans leurs caveaux pour accueillir une clientèle saisonnière attirée dans notre région par la fameuse « Magie de Noël ». Dommage !

Comme l’année passée les 2 thèmes du jour sont de circonstance :

·    Qu’en est-il de l’apogée des gewurztraminers 2004 ?
·    Des vins de fête pour chaque circonstance.
 

Tous les vins sont dégustés et commentés à l’aveugle – verres INAO


Masterclass Alsace du 10 décembre 2011 à Colmar

 

 

 

Thème 1 : gewurztraminers 2004.

 

 

Kaefferkopf – J.M. Bernhard à Katzenthal : le nez d’intensité moyenne flatte les sens par des notes d’eau de rose, la bouche est équilibrée, harmonieuse mais sans grande profondeur, la finale révèle de beaux arômes floraux et épicés.
Ce duettiste contraint de jouer en solo par un partenaire qu’un goût de bouchon a rendu infréquentable, se montre encore bien à son avantage : sphérique, harmonieux et finement bouqueté. Certes on n’a ni la concentration, ni l’ampleur d’un grand vin mais le bougre est diablement séduisant !

G.C. Eichberg – P. Ginglinger à Eguisheim : le nez est assez discret sur un registre complexe alliant fleurs et fruits jaunes, la bouche ronde et suave laisse une sensation de gras qui tapisse bien la bouche, la finale bien glissante est relevée par de fins amers.
G.C. Pfersigberg – P. Ginglinger à Eguisheim : le nez est intense avec un profil épicé bien affirmé et une touche légèrement fumée, la bouche est solidement structurée, un peu anguleuse mais avec un très beau volume, la finale est assez longue et soutenue par une délicate amertume.
Même producteur, même millésime sur deux terroirs géographiquement très proches et au bout du compte deux vins qui se tiennent encore très bien mais qui nous montrent des personnalités complètement différentes…à croire qu’avec le temps la signature de chaque Grand Cru devient de plus en plus lisible.

G.C. Altenberg de Bergbieten – F. Mochel à Traenheim : le nez est troublé par des notes cartonneuses peu élégantes, la bouche garde une belle générosité avec une acidité bien large mais la finale se montre à nouveau très sèche avec une amertume un peu rude et des notes de gentiane.
G.C. Furstentum – Clos des Capucins à Kaysersberg : le nez est fin et très aérien avec des notes exotiques très pures et une touche minérale encore perceptible, la bouche est superbe, richesse, suavité et une finale longue, bien digeste et délicatement fumée.
L’Altenberg porte la marque d’un défaut de bouchage en plus de celle du millésime…dommage car sa présence en bouche ne laisse pas de doute sur la qualité de la cuvée. Ceci dit, même en pleine forme il n’aurait pas pu rivaliser avec la classe absolue du Furstentum qui a montré qu’on pouvait réussir de très grands vins en 2004…Chapeau !

G.C. Zinnkoepflé V.T. – A. Bursin à Westhalten : le nez est fin et peu intense mais offre une palette complexe sur les fruits et les fleurs jaunes, la bouche se livre sans retenue avec un fruité charnu et épanoui, la finale marquée par des notes de raisins secs n’a pas une longueur exceptionnelle mais reste très sapide.
Patinée par le temps la matière de ce vin a gagné en distinction pour nous laisser entrevoir quelques beaux accords gastronomiques. Ce gewurztraminer nous démontre que le moelleux qui impressionne au début peut se révéler un élément structurant pour dans le temps.

 

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Pour conclure :

-    Comme nous l’a rappelé Thierry, 2004 fut un millésime assez difficile en Alsace : après un été très pluvieux et un mois de septembre sec et ensoleillé les dates des vendanges ont été repoussées au 30 septembre pour les vins d’appellation « Alsace » et au 11 octobre pour les « Alsace Grand Cru ».
Dans ces conditions beaucoup de vins secs ont souffert d’un manque de maturité mais les cuvées moelleuses issues de fruits surmûris sont généralement plus réussies. Comme souvent dans ces millésimes où le soleil s’est montré trop rarement ce sont les terroirs précoces qui ont produit les plus beaux vins.

-    Trouver des gewurztraminers issus de ce millésime compliqué qui tiennent encore après 7 ans fut un pari osé mais si on oublie les deux victimes d’un défaut de bouchon, cette série fut d’un très bon niveau qualitatif et nous a permis de constater que le temps apporte une patine intéressante à ces vins en les rendant beaucoup plus gastronomiques.

-    Aucune hésitation pour le coup de cœur, le Furstentum 2004 du domaine Weinbach est superbe de pureté et d’équilibre et semble encore avoir des réserves pour continuer d’évoluer positivement durant quelques temps.



Thème 2 : vins de fête pour toutes les occasions.

 

Série 1 : les beaux vins pour un déjeuner gastronomique.

Riesling Clos Saint Landelin 2009 – Domaine Muré à Rouffach : le nez est typé riesling avec des notes pierreuses et citronnées complétées par une touche épicée, la bouche est précise, cristalline avec une acidité droite et profonde et une finale longue et minérale.
Issu du Grand Cru Vorbourg ce riesling a un peu trompé son monde par son côté droit et pointu qui nous a orienté vers des millésimes moins chauds que 2009. Passé l’effet de surprise, cette cuvée se livre avec beaucoup d’agrément en révélant la force minérale de ce terroir…Très belle bouteille !

Gewurztraminer Seigneurs de Ribeaupierre 2000 – Domaine Trimbach à Ribeauvillé : le nez est discret, assez mystérieux sur un registre floral et légèrement fumé, la bouche est élégante, finement acidulée, la finale est fraîche et longuement aromatique.
Ce gewurztraminer plein de retenue et de distinction a pu développer un caractère subtil et raffiné durant une décennie de garde…Voilà un vin très gastronomique !

Gewurztraminer Prestige 1989 – Domaine P. Buecher à Wettolsheim : le nez est dominé par des notes très pâtissières de brioche grillée et de pralin mais aussi de discrètes évocations odorantes de sous-bois, la bouche est charnue, profondément aromatique avec un finale à nouveau dominée par des notes de torréfaction (café).
Ce vin marqué davantage par le botrytis que le cépage a trouvé un très bel équilibre aujourd’hui…comme le précédent le temps lui a apporté une grande aptitude à passer à table.

Muscat Bollenberg V.T. 2009 – Domaine V. Zusslin à Orschwihr : le nez révèle une magnifique palette florale, la bouche suave et structurée avec beaucoup de finesse développe d’intenses arômes de fleur d’oranger qui persistent longuement en finale.
Ce muscat exceptionnel se montre onctueux et très aromatique tout en restant élégant et digeste…Superbe réussite !

 

 

Série 2 : les vins simples et conviviaux pour un repas du soir.

Auxerrois Vieilles Vignes 2008 – Domaine P. Blanck à Kientzheim : le nez est léger, peu intense avec un profil assez difficile à cerner, la bouche est bien digeste avec du gras et de la salinité, la finale est un peu amère.
Cet auxerrois issu en grande partie d’une parcelle sur le Grand Cru Furstentum est certainement bien fait mais n’offre que peu d’agrément à la dégustation aujourd’hui…ceci dit, pas facile de succéder à un muscat V.T. !

Pinot Noir Gaensbrunnen 2002 – Cave de Pfaffenheim : le nez est très évolué et s’exprime sur une palette tertiaire peu avenante, la bouche est plate avec une matière famélique…trop vieux, sans aucun doute !
Un pinot noir qui se laisse boire sans plus…mais est ce bien suffisant pour ne pas être tenté de se rabattre sur une Badoit bien fraîche ?

Pinot Gris Rotenberg 2002 – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est mûr mais reste très fin avec de belles notes de citron confit, la bouche se distingue par son équilibre très cohérent entre acidité et moelleux, la finale bien fraîche laisse une petite impression tannique.
Ce pinot gris étonne par sa jeunesse et séduit par son équilibre très digeste.


Série 3 : les vins de méditation à siroter dans la chaleur douillette d’un feu de cheminée

Gewurztraminer Cuvée Christine 1990 – Domaine Schlumberger à Guebwiller : la robe est surprenante, jaune brillant avec des reflets presque fluo, le nez est assez évolué mais agréable sur une palette empyreumatique, pain grillé, torréfaction et tabac blond, la bouche est onctueuse, bien charnue mais sans lourdeur, la finale trahit enfin le cépage par ses notes poivrées et pimentées.
Récolté sur le Grand Cru Kessler, ce gewurztraminer qui porte vaillamment ses deux décennies a perdu une grande partie de ses notes variétales pour se présenter à nous comme un vin plein de complexité et de distinction…à siroter à petites gorgées au coin du feu, un peu comme une eau-de-vie.

Riesling G.C. Schlossberg- L’Epicentre 2009 – Domaine A. Mann à Wettolsheim : le nez est discret mais très pur sur le citron mûr et la pierre chaude, en bouche l’attaque est vive, la richesse est évidente mais l’ensemble est déjà bien fondu, la pêche jaune s’invite pour compléter la palette aromatique et la finale est très longue tenue par une puissante salinité.
Récolté sur le Schlossberg avec une maturité S.G.N. et un équilibre un peu « mosellan » 10° - 133 g de SR – 8g AT) ce riesling est simplement grandiose !
Hélas, avec 350 demi-bouteilles produites, ce vin sera quasiment introuvable sur le marché.
 

 

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Les vins de fête…


 
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…et la star de la série !

 

 

 

Pour conclure :

 

- Cette série très variée avec des vins d’origines et de millésimes forts différents nous a rappelé que le caractère polymorphe de nos crus alsaciens leur conférait un potentiel gastronomique incomparable.
Les grandes bouteilles qui ont illustré le premier sujet nous ont fait rêver d’un réveillon tout en blanc avec un sublime muscat en guise de vin de dessert ou plus simplement de vin-dessert…
Les petites bouteilles pour l’en-cas du soir ont eu beaucoup de mal à s’exprimer après les crus de la série précédente…mais bon, après les copieuses agapes de midi, on peut aussi se contenter de diner avec soupe et eau de Vichy.
Les vins de méditation au coin du feu sont un peu mes préférés : entouré de quelques amis connaisseurs, déboucher une bouteille, la siroter avec recueillement et partager ses sensations et ses émotions…quelle plus belle circonstance pour rendre honneur à un grand vin !

- Pour le coup de cœur, moi qui ne suis pas trop sensible à des équilibres sucrés dans des vins, je dois me rendre à l’évidence que sur cette série ce sont les deux cuvées les plus moelleuses qui m’ont bluffé : la première mention sera pour le muscat Bollenberg et son incomparable finesse aromatique mais le choix ultime sera pour le riesling Epicentre, qui est simplement parfait et que je place sans hésiter parmi les plus grands vins que j’ai bus cette année.

- Comme c’est la fin de l’année j’en profite pour souhaiter un maximum de bonnes choses pour 2012, à tous les membres de l’Oenothèque Alsace, à son infatigable animateur et à tous ceux qui viennent me lire sur ces espaces virtuels.

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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