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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 17:14

 

Pour cette première session 2011 des Masterclass Alsace, une petite quinzaine d’oenophiles passionnés ont été invités à déguster :
« Les vins qu’il faut avoir bu en ce début 2011 pour comprendre le vignoble alsacien ».

Un sujet aussi vaste qu’ambitieux que Thierry Meyer nous propose de traiter à travers 6 thèmes différents, illustrés par 2 à 3 flacons judicieusement sélectionnés.
Hoppla jetzt geht’s loos…

 

 

Masterclass Alsace du 19 mars 2011 à Colmar


Tous les vins sont dégustés et commentés à l’aveugle – verres INAO


Thème 1 : les ambassadeurs du vin d’Alsace à l’étranger

Gentil 2008 – Domaine Hugel à Riquewihr : le nez est discret sur les fruits blancs, la bouche est simple et gouleyante mais avec un joli volume et une finale assez persistante.
Riesling 2008 – Domaine Trimbach à Ribeauvillé : le nez est vif, citronné et légèrement terpénique, la bouche possède une acidité longue mais tranchante, la finale révèle de beaux arômes de citron frais.
La capacité de fournir de gros volumes est le premier sésame pour ouvrir les portes du marché international à un vin : ce Gentil produit à 500 000 cols et ce riesling produit à 340 000 cols ont le mérite de pouvoir relever ce défi. En terme de dégustation, le « gentil assemblage » est consensuel et facile à boire mais le riesling est un peu caricatural avec son acidité mordante et son équilibre vraiment austère. Ceci dit, ces vins sont nets et bien vinifiés…même s’ils demeurent sans grand intérêt pour nous autres œnophiles vivant dans cette région bénie où le bon vin coule à flots…


Thème 2 : les vins secs du millésime 2009

Muscat 2009 – Domaine B. Hertz à Eguisheim : le nez s’ouvre sur des notes un peu exotiques puis évolue vers des nuances plus florales, la bouche est dotée d’un joli gras et d’un fruité bien gourmand, la finale est un peu lourde à mon goût.
Sylvaner Vieilles Vignes 2009 – Domaine H. Fuchs à Ribeauvillé : le nez est discret et très pur sur le citron et la pomme acidulée, la bouche est légère, longiligne mais avec une très belle salinité finale.
Riesling G.C. Schoenenbourg 2009 – Domaine Bott-Geyl à Beblenheim : le nez est discret et racé avec des notes de miel et une minéralité déjà bien présente, la bouche est ample et charnue avec une structure puissante et une belle finale longue et saline.
2009 est un millésime chaud où les fruits ont été rentrés avec une grande maturité mais avec des taux d’acidité faibles : le risque de faire des vins chauds, lourds et déséquilibrés était réel… ce muscat très sec (0,4 g de SR) avec une structure surprenante et une palette aromatique raffinée, ce sylvaner qui se présente comme le vin de soif et de convivialité par excellence avec un rapport Q/P exceptionnel (4,40 euros au domaine) et ce riesling très jeune mais déjà plein de force sont 3 exemples de vins techniquement secs (moins de 4 g de SR) avec des acidités présentes (dans l’ordre : 6,36g, 7,33g, 6,75g) qui ont pu construire leurs équilibres grâce à la minéralité de leurs terroirs.


Thème 3 : le retour parmi l’élite du vignoble alsacien des grandes maisons historiques.

Riesling G.C. Schoenenbourg 2008 – Domaine Dopf au Moulin à Riquewihr : de vilaines notes liégeuses masquent un peu la joli palette exotique de ce vin (ananas, mangue et un peu d’abricot frais), en faisant abstraction du défaut de bouchage, on découvre une bouche qui possède un très beau volume et une présence saline et minérale très puissante en finale.
Riesling G.C. Kirchberg de Barr 2008 – Domaine Klipfel à Barr : le nez est direct et assez intense, dominé par des notes de torréfaction et de fumée, la bouche élégante, longiligne possède une finale bien fraîche.
Riesling G.C. Zotzenberg 2009 – Domaine E. Boeckel à Mittelbergheim : le nez est gourmand et frais sur les fruits exotiques avec quelques notes minérale, la bouche est équilibrée, peut-être un peu légère et marquée par une petite déviance liégeuse, la finale revient sur la belle minéralité évoquée à l’olfaction.
2 bouteilles sur 3 avec un défaut…pour prouver la renaissance qualitative des grands domaines, c’est un peu court comme argumentaire !
Ceci dit, le Schoenenbourg a été reconnu par l’ensemble des dégustateurs (moi y compris) comme un très grand vin, le Kirchberg est encore bien jeune pour livrer toute sa complexité et le Zotzenberg allie expression aromatique et minéralité…finalement c’est pas si mal !
Mais il va quand même falloir une petite série supplémentaire du même type pour me convaincre. A bon entendeur…


Thème 4 : Après les excès de barrique neuve, l’élevage des grands pinots noirs gagne en élégance.

Pinot Noir Geissberg 2009 – Domaine F. Bleger à Saint Hippolyte : le nez est très gourmand sur la cerise rouge, la framboise confite, l’attaque en bouche est ronde avec un joli fruit mais la finale est un peu austère avec des tanins denses et un peu secs.
Pinot Noir Rittersberg - Réserve Personnelle 2009 – Domaine J.P. Schmitt à Scherrwiller : le nez s’ouvre sur des arômes épicés, torréfiés et légèrement boisés et se développe avec de belles notes d’orange sanguine, la bouche est très caressante avec un fruit profond et une finale fraîche et très longue.
Pinot Noir Strangenberg 2008 – Domaine A. Bursin à Westhalten : le nez est empyreumatique avec des notes de torréfaction, de moka et de cacao amer, la bouche possède une chair très gourmande avec un fruit bien expressif et une belle finale.
Avec ce Geissberg (un « s » de plus que le G.C.) un peu jeune mais joliment fruité, ce Rittersberg superbe avec une structure impeccable et une palette subtile et raffinée, ce Strangenberg très sexy avec son profil bourguignon pleinement assumé, nous avons là, 3 exemples de pinots noirs très différents mais d’un niveau qualitatif exceptionnel. L’Alsace possède de très grands terroirs pour les rouges mais il fallait des vignerons engagés dans une démarche d’excellence pour les mettre en valeur ; depuis quelques années (pour moi 2003 a eu un effet déclencheur…) ils sont de plus en plus nombreux et c’est très bien ainsi !


Thème 5 : le gewurztraminer, seul cépage typique d’Alsace, peine encore à faire sa place à table.

Gewurztraminer Cuvée Laurence 2008 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est assez mystérieux avec de discrets arômes d’agrumes et quelques notes surprenantes qui font penser à des céréales (blé, orge, pain frais), la bouche est très sphérique, l’équilibre est moelleux mais la finale est bien fraîche et longuement aromatique.
Gewurztraminer Turckheim 2002 – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est bien complexe mais avec des arômes surprenants de morille sèche, de truffe et d’épices douces qui écrasent un peu le fruité subtil (bergamote), la bouche est charnue, dense et puissante, la finale très longue révèle une belle salinité et quelques notes poivrées.
Gewurztraminer G.C. Pfersigberg 2009 – Wolfberger : le nez est charmeur avec un fruité bien complexe (banane, litchi, mangue) relevé par des notes épicées, la bouche est agréable avec un moelleux confortable et une finale équilibrée.
Les grands vins secs ont une sorte de monopole dans la grande gastronomie d’aujourd’hui : effet de mode ou manque d’imagination de nos chefs, la question se pose…Placé parfois à l’apéritif où il risque de casser le palais pour la suite ou au dessert où il subit souvent des mariages contre nature, le gewurztraminer, cépage unique et vraiment emblématique de l’Alsace, reste toujours encore le parent pauvre à table.
Pourtant, avec cette Cuvée Laurence, complexe et festive, ce Zind-Humbrecht déjà bien évolué et d’une puissance remarquable et ce jeune Pfersigberg frivole et aérien, il a quand même de quoi stimulet la créativité culinaire !
En sortant des sentiers battus de la tradition alsacienne pour aller voyager du côté des tajines aux fruits secs ou de la cuisine thaïe avec ses effluves épicées, le gewurztraminer s’imposera comme une évidence…il suffit d’essayer pour s’en convaincre.

 

CIMG3087
Les quatre premiers chapitres de la leçon…

 

 

Thème 6 : l’élevage long sur lies pour rechercher la minéralité optimum : le cas des vins de Marc Tempé.

Auxerrois Vieilles Vignes 2005 : le nez est étrange, il s’ouvre sur des notes de mousse de bière et de farine avant de laisser apparaître quelques arômes discrets d’agrumes mûrs, la bouche est d’un abord agréable, ronde et gourmande avec une finale très aérienne.
Pinot Gris Rimelsberg 2003 : le nez est intense et très complexe sur la noix de coco, le caramel, la vanille avec de belles notes fruitées (fraise, fruits jaunes), la bouche possède un beau volume avec du gras, une structure très sphérique et une chair encore bien fruitée, la finale est longue et profondément aromatique.
Riesling G.C. Mambourg 2003 : le nez est racé et complexe avec des arômes très purs de cire (encaustique), d’écorce d’agrumes et un boisé délicat, la bouche est splendide, l’équilibre est sec, de jolies notes épicées viennent compléter la palette, la finale est longue et sapide…en un mot, superbe !
Des raisins récoltés à maturité physiologique complète ont généré ces 3 belles cuvées que Marc Tempé a élevé longtemps avec un minimum d’intervention : 4 ans en barriques pour les 2 pinots et 3 ans pour le riesling. Ces vins sont atypiques avec des personnalités très affirmées et pas forcément consensuelles : l’auxerrois ne m’a pas forcément convaincu mais je suis tombé sous le charme du Rimelsberg, un peu baroque mais parfaitement équilibré et j’ai apprécié par dessus tout la classe hors norme du Mambourg…pour moi le plus grand vin de la série !

 

CIMG3089


Le trio final.



Pour conclure

- Avec son nouveau protocole de séance, cette Masterclas, à l’intitulé un brin provocateur, nous a permis d’aborder 6 thématiques différentes illustrées par une dégustation commentée de plusieurs vins. J’ai beaucoup apprécié cette variété qui a conféré un joli rythme à la dégustation sans pour autant altérer la qualité des contenus de formation : un beau travail de pédagogue…bravo maître Thierry !
 

 

- La leçon sur les contraintes économiques du marché mondial constituait une mise au point nécessaire sur le rôle important des grandes maisons de négoce, même s’il faut reconnaître que leurs vins n’ont qu’un intérêt limité pour l’amateur.
La série sur 2009 aura démontré que les vins élaborés dans le souci de valorisation du terroir n’auront aucune difficulté à trouver leur équilibre dans ce millésime : comme pour 2003, le dégustateur averti trouvera de très grands vins en Alsace.
Les 3 vins provenant de grandes maisons alsaciennes n’ont pas complètement rempli leur mission : les bouteilles dégustées dans cette série n’étaient pas au mieux de leur forme…Dommage !
En revanche, les pinots noirs et les gewurztraminers ont constitué un argumentaire gourmand extrêmement convaincant : voilà de grands vins qui méritent une place d’honneur en gastronomie.
La découverte d’une approche particulière du vin d’Alsace par un vigneron est une très belle idée (à reconduire…d’autant plus que les vins présentés étaient vraiment superbes.

- Pour les coups de cœur de l’après-midi, le riesling Mambourg 2003 s’impose tout naturellement comme premier choix suivi par le pinot noir Rittersberg 2009 que seul son prix un peu élevé à mon sens (22 euros…mais je ne veux pas relancer le débat !) me conduit à placer en second.

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commentaires

giuseppe 01/04/2011 20:34


Magnifique dégustation et présentation remarquable.

Petite remarque de ma part sur le Gewurztraminer, un cépage dont l'expression peut atteindre des sommets dans certains terroirs alsaciens, que personnellement je trouve idéal pour un buffet
dinatoire, mieux adapté à mon avis que le crémant que l'on sert de plus en plus. D'accord pour la cuisine indonésienne ou Thai, mais elle reste quand même exceptionnelle dans la vie courante de
notre belle région.
Bonne soirée
Giuseppe


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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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