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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 19:26

Comme je vous l’ai annoncé en août, la deuxième partie de ma visite en terre bourguignonne se déroulera en automne ; c’est aujourd’hui chose faite puisque je reviens d’un périple de 2 jours dans le Beaujolais et le Maconnais. Jean-Claude, ami d’enfance et compagnon fidèle de mes premières expériences œnophiles, a réussi à se ménager une petite fenêtre de liberté dans son emploi du temps pour participer à l’aventure…il y a des situations où le terme pèlerinage prend tout sons sens !

 

Jour 2 : La Soufrandière en chantier et un tour de cave à Puligny



Après cette journée riche en émotions – pas toutes liées à la chose vinique d’ailleurs – mais très largement dédiée au vin rouge, nous repartons pour la suite de notre périple vers des contrées où le blanc règne en maître puisque c’est à Vinzelles et Puligny Montrachet que nous sommes attendus aujourd’hui.

 


Domaine La Soufrandière à Vinzelles


Nous arrivons au domaine de la Soufrandière vers 11 heures du matin et découvrons un chantier impressionnant chez les frères Bret : les travaux d’extension de leur cave viennent de débuter, camions, grue et pelleteuse ont envahi l’espace autour de cette paisible demeure bourgeoise sur les hauteurs de Vinzelles.
Jean Guillaume nous accueille en nous expliquant rapidement ce nouveau projet. « Le doublement de notre surface enterrée va augmenter considérablement notre espace de travail et nous permettre d’élever plus longuement certaines cuvées. Nous pourrons ainsi supprimer les opérations de filtration sur certains vins…accessoirement ça nous évitera aussi d’être obligés en permanence de jouer à Tétris pour gérer notre stock et préparer nos commandes… ».

 


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La Soufrandière en chantier

 

Après cette année bien compliquée, l’esprit d’entreprise de ces vignerons n’a pas fléchi d’un pouce : ici on travaille inlassablement dans un souci de préservation de l’environnement sans faire aucune concession sur le plan de la qualité des vins. Il va sans dire que Marc-Antoine, le troisième frère, qui s’est joint au binôme depuis peu, ne sera pas de trop pour épauler ses deux ainés dans cette belle aventure.

Le chai est bien rempli avec des empilages de barriques contenant les jus de la vendange 2010 et c’est dans cette ambiance bien vineuse que nous dégustons quelques vins choisis sur la longue liste proposée par le domaine.


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C’est la première année que je vois le chai de la Soufrandière aussi rempli…


Nous débutons par une série de vins Bret Brother :


Macon Uchizy La Martine 2009 : le nez est très charmeur sur le fruit, la bouche est riche mais l’équilibre finale reste très vif, la finale surprend par sa longueur inattendue.
Une parcelle de vieilles vignes (près de 50 ans) située dans un secteur nord de l’appellation a donné naissance à ce vin gourmand et ouvert…irrésistible Martine !

Viré-Clessé Sous les Plantes 2009 : le nez est discret et complexe avec des notes fruitées et quelques touches anisées, la bouche est vive et tendue, la finale très longue est marquée par de délicates notes boisées et épicées.
Issu d’une parcelle située au sud de Viré, riche en limons, cette cuvée se démarque par une structure puissante en bouche et une belle complexité aromatique naissante.

Saint Véran En Combe 2009 : le nez se situe dans un registre proche du précédent, mais semble encore un peu plus fermé, la bouche est équilibrée avec un joli gras et une minéralité très affirmée, la longue finale révèle de belles notes vanillées et des amers très distingués.
Ce vin provient d’une parcelle de vieilles vignes labourées exposée sud et située à Chasselas, il se montre réservé à l’heure actuelle mais son potentiel d’évolution est évident.

Saint Véran La Côte Rôtie 2008 : le nez joliment expressif offre des notes de pain grillé et de citron mûr, la bouche est très droite avec un gras sensible, la finale commence à révéler une minéralité longue et raffinée.
La Côte Rôtie est un coteau pentu exposé plein sud au pied de la roche de Vergisson, le risque de produire des vins « solaires » est réel dans ces conditions ; pour 2008 le problème ne s’est pas posé, ce Saint Véran est magnifique d’équilibre et de minéralité.

 

 

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Pouilly Loché Les Mûres 2008 : le nez est fin et complexe sur des notes de mélisse, d’anis et de citron, la bouche est fraîche et très gourmande, il faut attendre la finale pour percevoir la minéralité naissante de cette cuvée.
La palette aromatique de ce vin est déjà bien épanouie mais la présence en bouche dénote une maturité encore précaire. Ce terroir considéré comme le meilleur de l’appellation n’a surement pas trahi sa réputation : dans quelques années ce Pouilly Loché exprimera toute sa classe.

Pouilly Fuissé En Carementrant 2008 : le nez est délicat sur les fruits secs (noisette, amande), la bouche possède une structure massive où le gras et la puissante minéralité se répondent et vibrent de concert, la finale est très longue.
Des vieilles vignes sous la roche de Vergisson génèrent millésime après millésime un vin dont la puissance et la minéralité forcent l’admiration et le respect…Un très grand terroir interprété de façon magistrale par de grands vignerons…Bravo !

Pouilly Fuissé Le Clos Reyssié 2008 : le nez est ouvert et riche avec des arômes d’agrumes très mûrs, de raisins secs et d’épices, la bouche est somptueuse, pleine d’énergie et de fantaisie mais parfaitement équilibrée.
Voilà une belle cuvée qui s’offre déjà avec beaucoup de générosité aujourd’hui mais ne vous y trompez pas, ce Pouilly Fuissé possède encore de belles ressources pour évoluer et grandir encore.

 

La seconde partie de cette dégustation est réservée aux vins de La Soufrandière :

Macon Vinzelles Le Clos du Grand Père 2009 : le nez flatteur, agréable sur un registre délicatement floral complété par quelques notes exotiques, la bouche est souple, relâchée mais parfaitement équilibrée.
Cette parcelle située au pied du coteau de Vinzelles, produit chaque année une cuvée extraordinaire de gourmandise et de pureté…je dois avouer que je craque systématiquement devant son pouvoir de séduction.


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Pouilly Vinzelles 2009 : le nez s’ouvre sur des notes de réduction assez fortes mais heureusement très fugaces, la suite est bien plus avenante avec un fruité complexe et quelques notes épicées, la bouche est puissante, la matière est riche et concentrée et la finale très longue révèle une profonde trame minérale.
Les jeunes vignes des Quarts permettent d’élaborer ce Pouilly Vinzelles de toute beauté. Parfait pour laisser le temps aux cuvées plus prestigieuses de se faire, ce vin me séduit complètement à chaque nouveau millésime.

 

 

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Pouilly Vinzelles Les Quarts 2009 : le nez est fermé à double tour mais la matière en bouche est énorme : concentration, équilibre, minéralité et longueur, tout y est !
Un vin qui se cherche encore mais ces premières impressions de dégustation ne laissent vraiment planer aucun doute…c’est une bombe !

Pouilly Vinzelles Les Quarts 2008 : le nez est ouvert et bien intense sur les agrumes mûrs et le gingembre, en bouche la matière est puissante, l’acidité vive et large tient solidement la structure, la finale laisse deviner quelques notes réglissées.
L’olfaction très épanouie contraste encore un peu avec une présence en bouche qui se cherche encore, mais les éléments constitutifs sont splendides…ce grand vin a encore besoin d’un peu de temps pour se révéler pleinement.

Pouilly Vinzelles Les Quarts 2007 : le nez plus secret possède beaucoup de finesse et de complexité, il y a des épices, des fruits secs (noisette) et un peu de citron confit, la bouche est parfaitement en place, le gras et la puissante minéralité chantent à l’unisson, la finale est saline et délicatement épicée.
Cette superbe cuvée issue de (très) vieilles vignes sur ce fameux terroir de Vinzelles commence à parler ; tendons nos papilles mais sans nous précipiter, ce Pouilly Vinzelles commence à peine sa phase de maturité…Patience.


 
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Une belle trilogie.


Beaujolais Leynes Bien-Venu InX-Tremis 2009 : le nez est très réservé sur les fruits et les épices, la bouche est dense et charnue avec une trame tannique sensible et une jolie fraîcheur en finale.
Un équilibre assez loin des canons esthétiques beaujolais mais un beau vin rouge qu’il faudra attendre un peu pour l’apprécier pleinement.

 

 

Au risque de radoter (ceux qui me connaissent bien diront que c’est de mon âge…) je ne peux que m’incliner une fois de plus devant l’homogénéité de la production des frères Bret : tous les vins goûtés respirent l’équilibre et l’harmonie et donnent un plaisir tellement immédiat qu’on en oublierait presque que ce sont des références de très haut niveau sur ces appellations mâconnaises.
Evidemment, je suis dans l’incapacité d’extraire un vin coup de cœur sur cette belle série, mais j’ai été ébloui par la texture incroyable des 2009…avec au sommet de la pyramide la cuvée Les Quarts, qui ne m’aura jamais autant impressionnée que cette année.
Le second point qu’il me plait de répéter à chaque fois c’est qu’avec l’intégralité de leur production estampillée Soufrandière en bio-dynamie et de plus en plus de parcelles Bret Brothers en bio, ces vignerons prouvent qu’il est parfaitement possible d’associer exigence qualitative et viticulture propre.
Bravo et merci pour tout ça !

 

 

 

 

Domaine François Carillon à Puligny



Le repas de midi dans un petit « routier » près de Chagny fut l’occasion de constater avec amertume que dans une région réputée mondialement pour la qualité de ses vins on pouvait trouver des restaurants où on vous servait un méchant picrate (issu des pays de la CE) pour accompagner des mets tout à fait honorables comme ce faux-filet aux champignons tendre à souhait et ces légumes cuisinés à l’ancienne.
Pour combler le tout, ce breuvage était proposé « à volonté »…incroyable pour un restaurant dont l’essentiel de la clientèle est constitué de chauffeurs de poids lourds !
Ceci dit, nous ne fûmes pas gênés outre mesure de savourer notre repas à l’eau : ce fut un petit intermède salvateur pour remettre nos papilles d’équerre après le feu d’artifice de Vinzelles.
Un tour de cave à Puligny en compagnie de François Carillon est un privilège exige une disponibilité parfaite de tous nos sens.

Nous arrivons au domaine au moment où François Carillon termine son entrevue avec l’œnologue-conseil : sous les voûtes moussues du chai, la vendange 2010 fermente tranquillement dans une tiédeur agréable, les analyses sont rassurantes, ce millésime compliqué a produit des jus qui évoluent très bien…OUF !

 

 

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Des barriques de Puligny 2010 dans l’une des caves voûtées du domaine.


Les vins de 2010 se goûtent avec beaucoup de plaisir : les palettes aromatiques sont un peu brouillées par les réactions fermentaires mais les structures en bouche sont denses, équilibrées et vraiment très gourmandes : la parcelle sur Enseignères a été vinifiée à part et donnera naissance à une nouvelle cuvée, le premier Cru Champs Gains retrouvera le marché hexagonal sur ce millésime, Perrières est déjà clair et présente sa vivacité minérale classique et le Chevalier-Montrachet est absolument exceptionnel de puissance et de longueur

 


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Un Chevalier Montrachet…en gestation.

 

 

La deuxième phase de notre visite se passe dans la cuverie où les vins de 2009 séjournent dans des cuves inox en attendant la mise. Nous partons pour un nouveau voyage gustatif sur ce millésime :

Bourgogne Chardonnay : le nez est frais et délicat, la bouche possède une matière étonnante de finesse et d’équilibre, la finale est fraîche et délicatement minérale.
Comme je l’ai déjà noté cet été, cette entrée de gamme de très bon niveau manquait un peu sur la carte de ce domaine. C’est chose faite avec cette cuvée bien représentative de ce prestigieux terroir…y en aura-t-il pour tout le monde ?

Puligny Montrachet : le nez est pur et discret avec des notes de beurre et de fougère, la bouche est droite, solidement structurée et dotée d’une belle allonge.
Un village encore un peu « endormi » mais dont la structure en bouche déjà parfaitement harmonieuse laisse présager un très bel avenir.

Puligny Montrachet 1°Cru Champs Canet : le fruit pur et expressif signe la palette de ce climat toujours plus loquace que les autres à ce stade, la bouche est volumineuse, ample mais avec une acidité bien droite, la finale est légèrement vanillée tout en laissant apparaître une trame minérale naissante.
Charmeur comme à son habitude ce Champs Canet associe avec bonheur une belle richesse et une grande tension minérale…Déjà grand !

Puligny Montrachet 1°Cru Les Combettes : le nez est discret, sur un registre très minéral avec ses nuances pierreuses et crayeuses et ses notes d’herbes aromatiques, la bouche est beaucoup plus causante et offre une palette épanouie sur les agrumes mûrs, la texture est fine et caressante, la minéralité profonde se manifeste progressivement pour soutenir une longue finale délicatement mentholée et vanillée.
Encore une référence du domaine qui revient un peu sur le marché français et qui se présente à nous de la plus belle manière qui soit : riche, complexe, équilibrée… bienvenue au pays !

Puligny Montrachet 1°Cru Les Referts : le nez est discret mais très précis, la bouche est généreuse avec une matière ample, toute en puissance, qui laisse une belle impression d’énergie en finale.
Un vin plein de chair et de vitalité qui se goûte assez facilement aujourd’hui même si le manque d’expressivité olfactive trahit son extrême jeunesse. On en reparlera sûrement dans quelques années…


Puligny Montrachet 1°Cru Les Perrières : le nez est discret et subtil, la belle acidité vive et mûre tend la structure dès l’attaque, le gras se manifeste en milieu de bouche et la minéralité puissante monopolise la finale.
Comme le précédent ce vin présente une palette aromatique encore très retenue mais il brille par une structure en bouche d’une densité énorme et d’un équilibre parfait. Après quelques années en cave le duel avec Referts sera sûrement très serré mais d’un niveau exceptionnel.

Bienvenues Bâtard Montrachet : le nez est complexe et un peu plus ouvert que pour les 1° crus avec un fruité délicat, des notes crayeuses et quelques touches épicées, la bouche est une perfection de densité et d’équilibre, la persistance aromatique est interminable…
Millésime après millésime ce vin immense atteint des sommets qualitatifs…après des 1°crus de haut vol on arrive quand même encore à s’élever…Magique !

François Carillon nous a présenté des vins ciselés avec une précision d’orfèvre sur deux millésimes bien différents mais avec des niveaux de qualité superlatifs.
A ce stade d’évolution, les 2009 semblent sereins et apaisés malgré la richesse de leurs éléments constitutifs, ce seront les dernières bouteilles estampillées Louis Carillon et fils : de très grandes cuvées en guise d’hommage pour le travail accompli…Bravo !
Les 2010 qui marqueront la naissance du domaine François Carillon sont surprenants : denses et gourmands avec des expressions déjà bien franches des différents terroirs, ils sont véritablement pleins de belles promesses.
S’il fallait mettre en avant quelques cuvées, je citerai Perrières 2009, que je n’ai que rarement goûté aussi épanoui à ce stade, et le Bienvenues qui atteindra sûrement des sommets qualitatifs.
Pour la suite, je suivrai la production de ce vigneron avec confiance, ses 2010 se portent à merveille et sa gamme s’enrichit de façon intéressante…François ne sera pas celui qui fera oublier que du côté de Puligny le nom de Carillon est synonyme d’excellence.

 
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La colline aux Grands Crus.

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  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

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rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

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