Comme
l’année passée, j’ai profité de mon séjour à Grospierres (07) pour faire une visite expresse dans le vignoble autour des Dentelles de Montmirail en compagnie de l’ami Cyril. A la fois
cycliste confirmé et œnophile passionné, cet ardèchois est un guide de premier choix : il connaît parfaitement les routes qui serpentent à travers ces superbes paysages au pied du Mont
Ventoux mais aussi un bon nombre de caves où il fait bon s’arrêter pour déguster les meilleurs crus locaux.
Les Dentelles d’un côté…
…et le Ventoux de l’autre, le Paradis ne doit pas être très loin !
Pour des raisons de timing, l’ordre des visites a été inversé par rapport à 2011 et c’est ainsi que notre première halte vinique
se situe à Beaumes de Venise pour une dégustation matinale de muscats au Domaine des Bernardins.
La gamme de vins est restée la même par contre, comme nous disposons d’un peu plus de temps que l’année passée, nous pouvons commencer par goûter les cuvées de vins
rouges que nous avions été contraints d’ignorer lors de notre dernier passage.
Les Balmes – Côtes du Rhône 2011 : le fruité est bien expressif au nez, en bouche, après
une attaque assez ronde les tannins un peu accrocheurs donnent un côté assez rustique à la finale.
Cet assemblage dominé par le grenache (90%) et complété par la syrah possède une expression aromatique séduisante mais se montre
un peu rude en fin de bouche…ceci dit, il est 10 heures du matin et mon palais est sûrement un peu sensible.
Beaumes de Venise 2011 : le nez est plus discret mais plus complexe avec un fruit toujours présent
et de jolies notes méridionales de garrigue, la bouche est bien gourmande avec une matière charnue et une trame tannique plus soyeuse.
Avec 65% de grenache et 35% de syrah ce vin rouge à l’aromatique bien typée est d’une approche plus facile, même s’il semble
encore bien trop jeune pour montrer toutes ses qualités.
Doré des Bernardins 2011 – VDP de Méditerranée : le nez est intense avec un bouquet floral
particulièrement charmeur (rose, violette…), en bouche la matière est bien onctueuse mais l’équilibre est sec (moins de 2g de SR), la finale est fraîche mais assez courte.
Malgré les sensations olfactives qui nous promettent une certaine richesse en bouche, ce vin blanc est techniquement sec.
Surprenant au premier abord mais au bout du compte on tombe très facilement sous le charme de ce vin au caractère très primesautier…J’adore !
L’Esprit Libre 2011 – VDP de Méditerranée : le nez est subtil et raffiné sur le raisin
frais, l’abricot et le pétale de rose, la bouche est délicatement moelleuse avec une pointe de nervosité pour créer un équilibre assez tonique, la finale est plus longue et le sillage aromatique
fruité se complexifie avec quelques notes de poivre blanc.
Plus réservée mais plus complexe que la cuvée dégustée l’année passée, ce muscat demi-sec (autour de 30g de SR) s’impose à nouveau
comme le vin d’apéritif par excellence : aromatique à souhait mais d’une grande légèreté en bouche…MIAM !
Muscat de Beaumes de Venise 2011 : la robe est plus soutenue, l’olfaction encore un peu
discrète mais déjà bien complexe livre des arômes très caractéristiques de raisins de Corinthe, de fleurs et d’épices douces, la bouche est très suave, le moelleux est présent mais pas trop
pesant, le toucher est onctueux et la finale finement miellée et épicée est très longue.
Moins direct et moins exubérante que sur le millésime précédent, cette cuvée emblématique du domaine révèle cependant des éléments
constitutifs de très grande classe. Ce vin qui présente l’originalité d’associer des muscats à petits grains blancs et noirs (75/25) demandera un peu de patience pour s’exprimer pleinement…ça
tombe bien, il me reste des 2010 en cave !
Muscat de Beaumes de Venise Hommage : le nez très complexe révèle de séduisants
arômes de fruits secs (raisins, figues, banane, noisette…), la bouche est dense avec un moelleux plus élégant et plus raffiné, la finale est particulièrement longue.
Cet assemblage de plusieurs millésimes de muscats (certains très vieux d’ailleurs…) exprime une forme de quintessence de ce
terroir sableux et solaire et révèle ce cépage dans son expression la plus noble…Voilà une bouteille à déguster plus comme un vieux cognac que comme un vins…Bluffant !
- La famille Castaud qui se trouve à la tête de ce domaine depuis plusieurs générations est à l’origine du classement en
A.O.C. de l’appellation Muscat de Beaumes de Venise. Cet ancrage profond dans l’histoire viticole de cette région explique sûrement un peu la constance qualitative dans la production du Domaine
des Bernardins. Grâce à une viticulture soignée et respectueuse de l’environnement (travail manuel dans les vignes, pas de désherbants et utilisation d’engrais organiques) et à un contrôle strict
des rendements par des opérations d’ébourgeonnage très sévères ces vignerons récoltent des fruits mûrs et parfaitement sains qui leur permettent de réussir ces vins épanouis si faciles à
aimer…
- Les rouges m’ont semblé un peu rustiques : les tanins de 2011 paraissent un peu plus durs que sur 2010 (le constat
sera le même à la Ferme Saint Martin d’ailleurs) mais le fruit et la typicité étaient bien définis surtout sur la cuvée d’appellation Beaumes de Venise.
Les cuvées de muscats sont étonnantes : les palettes aromatiques présentent un air de famille évident mais les
équilibres marquent de réelles différences et donnent à cette gamme de vins des potentialités d’accords gastronomiques très larges.
- Pour le coup de cœur, je citerai volontiers le « Doré » 2011, vin léger au bouquet particulièrement séduisant
que j’ai particulièrement bien goûté ce matin mais dans l’absolu la palme de l’élégance et du raffinement revient quand même à cet « Hommage » plein de complexité et de
mystère.
- Tous ces vins et quelques autres issus de millésimes plus anciens sont disponibles à la vente à des prix extrêmement
sages et peuvent être dégustés dans le caveau situé au centre du village…avis à tous les œnophiles de passage dans la région !
Beaumes de Venise