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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 10:32

 

Comme en 2011, je me suis octroyé quelques jours de liberté pour une virée en solitaire dans les vignobles du sud de la France. Le programme de ce séjour comprend évidemment le passage obligé à Arboras chez les Supply-Royer et la halte ardéchoise pour quelques agapes dignement arrosées chez l’ami cyra, mais un voyage dans ces contrées bénies par Bacchus offre évidemment bien d’autres possibilités de visite à des amateurs curieux et assoiffés comme moi…
C’est parti !

 

Domaine Ferraton à Tain l'Hermitage

 

sud-2012 0463Première étape à Tain l’Hermitage.

 

Après plus de 600 kilomètres de route, il n’y a pas que la voiture qui a soif...c’est donc à Tain l’Hermitage, au pied des majestueux coteaux du même nom que j’interromps pour un temps ma migration méditerranéenne.

 

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Les vignes sur la colline de l’Hermitage et sa chapelle
 

 

J’ai découvert quelques vins signés Ferraton par le site vins-étonnants et par Chistophe Lasvigne qui distribue une partie de la production du domaine dans son Théâtre du vin à Schaeffersheim.
Leur côté précis, riche et soyeux m’avait vraiment impressionné…aucune hésitation, ces belles syrahs méritaient largement que j’aille rendre une petite visite à ces vignerons situés dans le centre du village de Tain sur les bords du Rhône.
 

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Une entrée très discrète avec un « f » stylisé au dessus du porche…


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Il faut vraiment s’approcher de très près pour être certain que c’est bien ici qu’on fait du bon vin…

 
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Le caveau a pourtant fort belle allure !
 

 

Ophélie Villedary, responsable de l’accueil au caveau me reçoit et me propose de faire une petite visite des installations du domaine. La cuverie est traditionnelle avec des cuves en béton, en fibre de verre et quelques contenants inox : le domaine Ferraton vinifie et élève la plupart de ses vins rouges sur place.

    

sud-2012 0473L’espace cuverie où le béton domine largement
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Pour les blancs et les vins de négoce des secteurs méridionaux (CDR, CDR villages, Châteauneuf) le domaine profite de la logistique de la maison Chapoutier, propriétaire de Ferraton depuis la fin des années 90.

Au niveau de la viticulture, les 10 hectares de vignes que possède le domaine Ferraton sont travaillés selon les principes de la biodynamie.
Pour les vins rouges, la vendange est égrappée à 90%, les macérations sont longues (de 2 à 4 semaines selon les cuvées) dans des cuves béton pour profiter de l’inertie thermique et les élevages se font généralement en barriques bourguignonnes.

 

sud-2012 0475Le chai d’élevage.

 

Pour guider un peu la clientèle, le domaine Ferraton a choisi d’organiser son imposante production en la déclinant à travers 3 gammes distinctes :
- les cuvées Tradition avec 11 vins rouges, 7 vins blancs et 2 vins rosés.
- les cuvées Lieux Dits avec 4 vins rouges
- les cuvées Séléction Parcellaires avec 3 vins rouges et 2 vins blancs.
 

 

Les cuvées des la gamme Lieux-Dits et de la gamme Sélection Parcellaire sont toutes travaillées en bio mais sont disponibles à la vente en faible quantité.
Les cuvées Tradition sont produites en viticulture raisonnée sauf les Hermitage rouge et blanc « Les Miaux » qui sont en bio.
 

 

Hormis les Sélections Parcellaires, rares et chères, tous les vins sont proposés à la dégustation : en calculant bien, ça ne fait pas loin de 24 références…beaucoup trop pour mon palais d’amateur !
Je vais donc être obligé de choisir…

 

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       Le Méal et Les Dionnières, deux Ermitage à déguster avec les yeux…

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Comme je l’ai déjà répété à maintes reprises, les vins d’entrée de gamme sont pour moi des bouteilles incontournables pour établir un calibrage qualitatif sur la production d’un domaine, pour le reste je vais me limiter aux vins d’origine septentrionale…c’est parti pour une petite quinzaine de quilles rhodaniennes !

Samorëns – Côtes du Rhône blanc 2010 : le nez est charmeur et très doux sur un registre floral, la bouche possède un toucher gras mais reste sans lourdeur avec une finale franche et bien fraîche.
Le nom des trois cuvées d’entrée de gamme fait référence au premier (Jean-Orëns) et au dernier (Samuel) Ferraton à la tête de ce domaine. Ce blanc issu d’un assemblage de 60% de grenache blanc et de 40% de clairette sur argilo-calcaire commence la série tambour battant avec son équilibre fin et aérien (malo non faite) et son accessibilité très gourmande. MIAM !

La Matinière – Crozes Hermitage blanc 2010 : le nez est discret et très élégant sur la noisette fraîche et l’acacia, après une attaque assez vive, le milieu de bouche se montre d’une rondeur confortable et la finale livre quelques touches amères très raffinées.
Moins flatteur mais plus racé que le vin précédent ce Crozes blanc issu de marsanne à 100% provient d’un terroir très calcaire sur Mercurol. La complexité naissante de cette belle cuvée et son équilibre très dynamique permettent d’envisager son avenir avec sérénité.
 

 

La Source – Saint Joseph blanc 2010 : le nez est fin et élégant sur la noisette et les fleurs blanches avec une touche de pierre à feu, en bouche on trouve un joli gras, une chair assez généreuse et une pointe minérale bien vive en finale.
Avec ce Saint Joseph 100% marsanne, on reste sur un vin monocépage mais sur un terroir granitique et un élevage un peu différent puisque sur cette cuvée, un petit volume passe en bois. En tous cas, l’élégance est au rendez-vous et la minéralité du terroir commence à parler...voilà une expression rhodanienne de blanc avec laquelle je suis peu familiarisée par ailleurs, mais que je goûte particulièrement bien aujourd’hui.

Les Mandouls – Condrieu 2010 : l’olfaction est intense et typée sur la violette et la noisette avec un fond de fruits exotiques, la bouche est ample, voluptueuse avec un développement aromatique très envahissant mais une structure finale qui se montre un peu pesante.
Ces viogniers récoltés sur un terroir d’arènes granitiques et d’alluvions ont été élevés pour 80% en cuves et pour 20% en demi-muids pour produire un Condrieu à l’aromatique particulièrement exubérante mais dont la présence en bouche manque de vivacité pour mon goût…mais je reconnais volontiers être très difficile (peut-être trop exigeant…) lorsque je déguste des vins issus de ce cépage.

Samorëns – Côtes du Rhône rosé 2010 : le nez est très plaisant avec de belles notes de fruits rouges frais (fraise, framboise) et de bonbon acidulé, la bouche est simple, bien équilibrée et d’une fraîcheur très primesautière.
Issue d’un assemblage à dominante grenache (75%) complété par de la syrah et du cinsault récoltés sur des terroirs d’alluvions, ce rosé est l’archétype du vin d’été bien fait et diablement séduisant.


 

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Petite série en blanc et rose du domaine Ferraton
 


Samorëns – Côtes du Rhône rouge 2009 : le nez est intense et bien ouvert sur les fruits mûrs et les épices douces, la bouche est juteuse, charnue avec un toucher particulièrement soyeux et une jolie fraîcheur finale.
Cet assemblage de grenache (80%) de syrah (15%) et de cinsault (5%) récoltés sur des parcelles de sables alluviaux et élevés en cuve est une réussite absolue : du fruit, de la générosité mais un équilibre qui reste bien tonique…un vrai régal !

Plan de Dieu – Côtes du Rhône Villages 2009 : le nez est moins flatteur mais plus complexe, on y trouve des notes de fruits noirs et d’aromates (laurier, ciste), la bouche est puissante avec des tannins serrés mais très doux et une finale tenue et bien longue.
Provenant de parcelles situées sur les terrasses de galets et de graviers qui surplombent l’Aygues et l’Ouvèze cette cuvée élevée exclusivement en cuve est un assemblage de grenache (55%) et de syrah (35%) complété par du mourvèdre et du carignan. On y sent vraiment une dimension supplémentaire même si à l’heure actuelle la simple cuvée de CDR possède un potentiel de séduction supérieur... à attendre encore un peu.

La Matinière – Crozes Hermitage rouge 2009 : intense et raffiné le nez développe une palette florale et fruitée qui invite à la mise en bouche où tout est élégance, soie et plaisir, la finale très juteuse mais finement minérale nous rappelle que malgré sa buvabilité exceptionnelle ce Crozes est tout de même un vin de terroir.
Des syrahs sur des terrasses d’alluvions glaciaires et de galets roulés du côté de Mercurol sont à la base de cette cuvée splendide…ENORME MIAM !
La première bouteille du carton a d’ailleurs été sacrifiée le soir même (en regardant le débat Sarkozy-Hollande), impressions identiques voire même meilleures puisque je n’ai pas été obligé de recracher RE-ENORME MIAM!

Les Pichères – Crozes Hermitage rouge 2009 : le nez riche et charmeur associe des notes de torréfaction et de fruits noirs bien mûrs (cassis, myrtille), la bouche est particulièrement généreuse avec son volume et sa trame tannique dense mais très veloutée et sa longue présence aromatique en finale.
Ce lieu-dit sur les bords de l’Isère près de Beaumont Monteux, travaillé en biodynamie, a produit des syrahs de toute beauté qui, après 4 semaines de macération, ont passé 10 mois en fûts. Bien que le charme du vin précédent frisait l’irrésistible, on sent bien qu’ici on entre dans une autre catégorie…Grand vin !

La Source – Saint Joseph rouge 2010 : le nez est plus réservé avec un fruité discret et des notes torréfiées et fumées, en bouche la matière se montre très élégante, l’acidité bien large apporte un côté bien frais, les tannins sont un peu plus resserrés et la finale est marquée par une minéralité déjà bien présente.
Cette cuvée de Saint Joseph est encore dans la gangue de sa jeunesse (mise très récente) mais montre un très beau potentiel, notamment à travers une empreinte minérale qui s’exprime déjà avec beaucoup de vigueur.

L’Eglantine – Côte Rôtie 2009 : le nez racé et très complexe s’ouvre sur de fines notes boisées avant de développer une palette florale, épicée et discrètement fruitée, la bouche est dense et concentrée avec une texture un peu virile et une finale bien fraîche où se définissent de beaux arômes de pêche de vigne et d’amande.
Issue d’un terroir de micaschiste et de granit cette cuvée 100% syrah, élevée en fûts de chêne sur une durée de 16 à 18 mois, flatte les sens par sa belle définition aromatique et la plénitude de sa matière. Un Côte Rôtie diablement séduisant !
 

 

Les Grands Mûriers – Cornas 2008 : le nez est complexe sur les épices, les fleurs rouges (pivoine) et une touche un peu pierreuse, en bouche la structure est douce et racée avec un équilibre parfaitement digeste et une finale où la minéralité reprend pleinement ses droits.
Issu d’un terroir alliant des granits décomposés et des sols argilo-calcaires alluviaux, ce Cornas, est le vin qui m’a permis de découvrir ce domaine il y a quelques mois lors d’une soirée A.O.C. La première très bonne impression est largement confirmée…MIAM !

Les Miaux – Hermitage rouge 2008 : le nez est profond et complexe avec des notes de chocolat, de confiture de mûres et d’épices douces, la bouche est ample, charnue et très gourmande avec une finale bien fraîche marquée par un puissant retour aromatique sur la réglisse et les fruits mûrs.
Cette cuvée d’Hermitage est un assemblage de vins provenant du lieu-dit « Le Méal » (terroir de galets roulés) et du lieu-dit « Les Dionnières » (argilo-calcaire avec sables et galets), élevé durant 14 à 16 mois en fûts de chêne (10% neufs). Chose rare, ce vin puissant, élégant et complexe se livre déjà avec beaucoup de facilité et de naturel…Grand tout simplement !

 

sud-2012 0478Une sélection dans l’imposante gamme de vins rouges du domaine Ferraton



- En premier lieu, après cette belle série, on ne peut que se dire que cette petite halte de deux heures à vraiment tenu ses promesses.
Le domaine Ferraton, qui n’était jusqu’ici qu’une référence sur une étiquette, s’est un peu « incarné » pour moi, même s’il a gardé une petite part de mystère. Il faut se rendre à l’évidence, malgré un ancrage très fort dans une longue histoire familiale, le domaine Ferraton est aujourd’hui profondément influencé par la maison Chapoutier, notamment au niveau des pratiques viticoles mais aussi au niveau des stratégies de communication.
J’ai été très étonné de constater que derrière ce porche très discret, presque caché dans une petite rue de Tain, se trouvait un caveau lumineux et esthétique où la clientèle de passage était accueillie avec beaucoup de professionnalisme.
J’ai eu la même impression de paradoxe, lorsque j’ai visité la cuverie et le chai : des installations simples, fonctionnelles et très traditionnelles qui renvoient une image pas du tout en rapport avec le côté très moderne de la communication autour du domaine et de ses vins…

- Ceci dit, les cuvées de la gamme Ferraton que j’ai pu goûter cet après-midi m’ont vraiment impressionné : du Côtes du Rhône à 5 euros50 aux vins les plus chers, la qualité est tout à fait irréprochable. Les expressions aromatiques sont précises et raffinées et les textures toujours très caressantes laissent une impression d’absolue gourmandise même avec les crus les plus réputés dégustés sûrement encore trop jeunes…je ne suis pas sûr de pouvoir retourner dans le sud sans bifurquer à droite à la hauteur de Tain l’Hermitage !

- Pour les coups de cœur…dans cette belle série où chaque bouteille est susceptible de trouver une place de choix dans ma cave, je ferai volontiers une citation particulière au Crozes Hermitage La Matinière pour son rapport qualité/prix imbattable (10,50 euros…un cadeau !) et à la cuvée d’Hermitage Les Miaux (43 euros quand même !) qui s’est imposée comme le plus grand vin de cette dégustation.

 

sud-2012 0465Vignes sur l’Hermitage au printmps

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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