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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 14:13



Chers visiteurs œnophiles et néanmoins attirés par la fameuse « Féerie de Noël strasbourgeoise » (sans commentaire… !), s’il y a un endroit où je vous conseille de  passer en ces temps de festivités aussi artificielles qu’ennuyeuses, c’est au Marché de Noël de la Place d’Austerlitz. Cachés dans quelques chalets en bois entre deux marchands de « Bredele » alsaciens, quelques très bons vignerons indépendants de la « Couronne d’Or » (Anstotz, Brand, Bechtold, Fritsch, Loew et Schmitt…pour ne citer qu’eux) se relaient durant un mois pour faire déguster leurs vins aux visiteurs.
J’y ai rencontré Jean-Marie Bechtold par deux fois et, tout en me régalant avec un riesling Engelberg 2009, notre discussion a dérivé vers la qualité du dernier millésime : « si tu veux tu viens prochainement à Dahlenheim, on fera un tour de cave pour voir comment se portent mes  cuvées 2011 »…voilà le type d’invitation que j’ai beaucoup de mal à décliner !

C’est ainsi qu’une petite semaine à peine après le réveillon je me retrouve en compagnie de Philippe  « l’oenophil » chez Jean-Marie Bechtold pour un retour vinique sur 2011. Voilà une année qui commence plutôt bien !

 

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La gravure de la « Nef des Folles » est présente sur toute les cuvées du domaine

 

 

Armés de nos INAO nous nous retrouvons tous les trois dans le chai où, entre cuves inox, foudres et barriques nous passons en revue les jus du dernier millésime. Je ne prends pas de notes détaillées mais j’essaie de mémoriser quelques sensations pour les retranscrire une fois de retour chez moi : exercice difficile, forcément imprécis mais qui laisse la place à des échanges plus conviviaux lors de la dégustation.

Le blanc de base pour le Crémant d’Alsace est déjà bien en place, précis, frais et fruité, il se boirait très bien sans bulles, le rosé qui servira pour fabriquer la cuvée crémant rosé est un peu léger et se montre assez impersonnel, en voilà un qui aura bien besoin de quelques bulles pour se construire !

 

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Assemblage de pinot noir et de chardonnay et très peu dosé…un crémant très « champenois »



Les cuvées génériques ont presque toutes terminé leurs fermentations et présentent des matières agréables, sans trop de volume mais avec un fruit délicat et des acidités très franches…une belle série de vins guillerets et gourmands en perspective.

Sur les terroirs autour de Dahlenheim, Jean-Marie a rentré quelques pépites, notamment sur le Sussenberg avec une cuvée de riesling vraiment flatteuse qui se montre déjà presque prête à boire et sur le Silberberg avec un gewurztraminer tout en délicatesse. Comme chaque année l’Obere Hund a produit un muscat exceptionnel, sec et profondément aromatique, et un pinot noir dense et charnu avec une trame tannique fine et serrée.

On trouve aussi beaucoup de concentration et d’équilibre sur les trois cuvées du Grand Cru Engelberg. Le riesling droit et sec se situe dans la lignée des belles réussites du domaine et le gewurztraminer est étonnant parce qu’il allie une grande fraîcheur (il est quasiment sec) avec une chair dense et ferme et une grande finesse aromatique…voilà un vin dont on reparlera surement !

Avec un hiver long et froid, un printemps estival et sec, un été frais et humide et un début d’automne chaud et ensoleillé, le millésime 2011 a obligé les vignerons a effectuer des choix stratégiques lors de chaque étape de la conception de leurs vins.
Au domaine Bechtold, les risques d’attaque de pourriture durant l’été ont été considérablement limités par un contrôle des rendements qui a bien équilibré la vigne et par un travail du sol bien dosé qui a permis à la plante de s’épanouir et se fortifier malgré des conditions climatiques complexes. Pour les vendanges Jean-Marie Bechtold  a pris l’option de ramasser dès que la maturité physiologique était atteinte « on a attendu que les peaux et les pépins soient mûrs et on a vendangé sans essayer de gagner des degrés supplémentaires ».
Depuis quelques millésimes ce vigneron recherche a concevoir des vins plutôt secs «  mais ce n’est pas facile dans chaque millésime car lorsqu’on travaille pour contrôler les rendements, on a les degrés qui montent facilement ». Pourtant, après ce rapide tour de cave, il y a de quoi être confiant. A  l’heure actuelle, la plupart des cuvées ont terminé leurs fermentations et commencent à révéler leur style sur ce millésime : les matières bien mûres et les équilibres frais et toniques de ces vins  en gestation laissent voir l’avenir avec une bonne dose d’optimisme…
 

 

Nous remontons dans le caveau de dégustation avec un vigneron qui vient de faire un tour dans sa réserve personnelle de bouteilles et qui nous invite à goûter en sa compagnie une série de flacons couverts de poussière.
Les vins qui nous sont proposés sont tous issus du millésime 1983 : le débouchage de plusieurs de ces bouteilles s’avère extrêmement problématiques et annoncent d’inévitables déviations liégeuses…dommage car aucun de ces vins ne semblait véritablement souffrir de son grand âge. Il n’en reste pas moins que dans la série nous avons rencontrés 2 superbes vins : un Sylvaner 1983, complexe et d’une fraîcheur incroyable et un très grand Pinot gris Silberberg V.T. 1983 qui se goûtait pratiquement sec mais qui possédait une palette très racée et une structure où le gras et la tension résonnaient en une parfaite harmonie…Superbe émotion !

Ces vieux flacons confirment que les terroirs de Dahlenheim sont aptes à produire de grands vins de garde : après près de 30 ans de vieillissement  toutes ces cuvées se tenaient encore très bien dans nos verres même si des altérations liégeuses ont gâché notre plaisir sur plusieurs échantillons : « en 83 les vignerons alsaciens  étaient souvent servis en dernier par les bouchonniers, avec des qualités de liège plutôt médiocres »…espérons que ces pratiques discriminatoires n’ont plus cours aujourd’hui !
Le pinot gris 83 était splendide « une V.T. qu’on avait essayé de vinifier en sec car à l’époque on n’avait pas l’habitude de concevoir des cuvées moelleuses au domaine… »
Etrange et atypique, peut-être…mais il n’en reste pas moins  qu’après 3 décennies en cave, ce vin s’exprime avec une grande plénitude. Une jolie claque !

 

 

L’heure étant déjà bien avancée, Jean-Marie nous sort une dernière cartouche sélectionnée sur sa carte actuelle, c’est le Muscat Obere Hund 2010 : un fruité irrésistible et une présence en bouche qui répond bien à l’exubérance du nez…le muscat comme je les aime…MIAM !


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Après trois heures dans une cave à parler vin, viticulture, vinifications et de bien d’autres sujets d’ailleurs je me dis que ce premier week-end de 2012 commence plutôt bien…voilà une après-midi bien remplie !

La dégustation de vins nouveaux reste toujours très compliquée pour un profane comme moi mais l’exercice me plaît de plus en plus : taster des matières brutes et souvent perturbées par de récentes réactions chimiques pour imaginer la personnalité d’une future cuvée demande une compétence que seule une longue expérience pratique peut construire. Guidé par le vigneron on essaie de prélever quelques indices pertinents dans ce vin en devenir : équilibre de la structure, nature de l’acidité, sensations salines…
Le verdict dépend essentiellement des sensations en bouche et je me rends compte qu’il me reste encore bien du chemin à parcourir avant de pouvoir décrypter ces breuvages avec précision et pertinence…mais je ne désespère pas, j’ai bien l’intention de continuer à m’entraîner !

Pour les vins d’un âge vénérable comme cette série de quasi-trentenaires du millésime 83, j’ai pris pour habitude de changer de logiciel d’analyse pour les apprécier : lorsque je reste sur un registre purement organoleptique j’avoue préférer très souvent l’expression des vins un peu plus jeunes…mais face à ces témoins de l’histoire, je n’hésite plus à partir dans des univers moins rationnels faits de souvenirs et d’émotions…et le plaisir est toujours au rendez-vous.

Je crois que j’ai beaucoup de la chance d’avoir des vignerons comme Jean-Marie Bechtold dans le cercle de mes relations œnophiles.
Merci à lui, pour ces instants précieux.

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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