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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 18:51

 
Je venais juste de rentrer de mon périple dans le beaujolais que le téléphone sonne avec au bout du fil Patrick, un collègue amateur de vin qui me propose une soirée consacrée à la dégustation de très vieux vins « c’est chez mon pote Patrice, à Lampertheim, on a rendez-vous dans une demi-heure… »
Ouch, moi qui pensais me poser et siroter tranquillement une bonne bouteille pour me rattraper après ces deux journées passées à recracher du vin, mais l’occasion semble bien trop belle pour que la laisse passer.
Le temps de vider le coffre bien rempli de mon monospace et c’est reparti pour un voyage dans l’histoire…on the road again camarades !

Les bouteilles sont débouchées juste avant la dégustation la plupart des vins sont mis en carafe pour éliminer les morceaux de bouchon qui y sont tombés lors du débouchage. Beaucoup de bouchons sont très dégradés et les très vieilles bouteilles ont des niveaux de remplissage en dessous de l’épaule.


Les vins sont goûtés à l’aveugle – Verres Mikasa

Champagne Piper-Heidsieck Cuvée des Ambassadeurs (fin des années 60) : la robe est cuivrée et assez terne, le nez s’ouvre sur des notes de fruits cuits avant de laisser place à une palette franchement oxydative, la bouche est quasiment celle d’un vin tranquille mais on y sent un joli gras et une belle générosité dans la structure.
Champagne Piper-Heidsieck 1966 : la robe est teintée d’or jaune avec une belle brillance, le nez est intense et évolue d’un registre minéral (silex, poudre à canon) vers un fruité agréable et mûr, en bouche l’attaque est bien vive, l’effervescence délicate reste bien perceptible, les fruits jaunes s’épanouissent et la minéralité revient apporter un peu de fraîcheur en finale.
Ces deux champagnes d’âge sensiblement égal ont résisté au temps de façon bien différente : le premier fantomatique et le second d’une jeunesse étonnante…comme quoi lorsque les champenois décident de millésimer une cuvée ce n’est pas par hasard.
           

 

Bouteilles 1096          Bouteilles 1097

 

Les 2 bulles ancestrales…ne me demandez pas qui est qui !

 

 

Gewurztraminer Kaefferkopf 1975 –J. Heitzmann à Ammerschwihr : la robe est jaune assez brillante, le nez est expressif sur la rose fanée et un soupçon de noix, en bouche la matière est fluette et la finale trahit l’âge avancé avec des notes oxydatives persistantes.
Gewurztraminer Château des Ifs 1934 – J. Schwartz à Kientzheim : la robe est trouble et de couleur topaze, le nez est intéressant avec des notes de fruits secs et de cuir, en bouche la matière est encore assez riche même si le profil oxydatif s’affirme au niveau du registre aromatique, la finale est longue sur la noix et les épices.
Malgré l’oxydation présente sur ces deux vins, ces gewurztraminers se boivent encore avec bonheur : le 75 est intéressant par la subtilité de son registre aromatique et le 34 montre encore une présence étonnante en bouche.

 

Bouteilles 1099       Bouteilles 1098

     

Meursault 1°Cru Charmes 1934 – J. Drouhin à Beaune : la robe est ambrée mais encore bien brillante, le nez est complexe sur les fruits secs, les épices et le thé, la bouche est assez décevante, assez pointue à l’attaque elle devient rapidement creuse et fuyante pour finir très court sur des notes d’oxydation assez fortes.
Après les belles promesses du nez, la bouche se montre vraiment décharnée et sans âme…ce Meursault avait un « Charmes » vraiment trop éphémère. Frustrant !

 

Château Rauzan Gassies 1931 – Margaux : le nez est très élégant sur les fleurs fanées et la griotte, la bouche est fluette mais l’équilibre reste très frais et la finale offre encore un joli retour aromatique.
Ce Margaux d’âge plus que vénérable possède l’équilibre fragile mais distingué d’un vieil aristocrate qui a fait son temps mais qui s’efforce encore de tenir debout. Emouvant !

 

Bouteilles 1103

 

Châteauneuf du Pape Château des Fines Roches (années 60) : après quelques notes torréfiées (café) le nez devient très gourmand avec des arômes de fruits noirs, de réglisse et de laurier, la bouche est superbe d’équilibre même si la finale est un peu courte.

 

Bouteilles 1104

 

Châteauneuf du Pape Château de la Font du Loup 1977 – J.R. Melia à Courthezon : le nez est avenant et bien défini sur les fruits noirs et un léger fumé, la bouche est un peu maigre avec un équilibre austère et un profil aromatique végétal sur la feuille de cassis, la finale est fraîche mais très courte.
Le premier vin est splendide même si la finale trahit une petite fatigue, le second, issu à 100% de grenache, souffre d’une maturité limite qui le rend sec et peu typé Châteauneuf (en fait, je suis parti immédiatement sur du cabernet…et vers Bordeaux)
 

 

Sainte Croix du Mont 1937 – Cave de Gaillardet : la robe est topaze avec quelques reflets rosés et une légère turbidité, le nez est intense et complexe sur la mandarine confite, le pain d’épice, le caramel…la bouche se montre très agréable avec un bel équilibre entre une acidité encore bien présente et un moelleux confortable, la finale révèle des notes d’orangette qui persistent longuement.
Ce liquoreux provenant d’une petite appellation se tient encore vraiment bien après 74 années de garde…étonnant et émouvant !

 

Bouteilles 1105

 

Pour conclure :

Dans mon long parcours de dégustateur j’ai rencontré beaucoup de vins qui parlaient aux sens et d’autres plus exigeants et plus complexes qui s’adressaient plus à l’esprit. Aujourd’hui, face à ces témoins d’un temps qui me dépasse j’ai l’impression d’avoir croisé des vins pour mon âme (si jamais elle existe…) : ces vieillards souvent faméliques mais toujours dignes, qui avaient pour certains l’âge de mes parents, m’ont profondément ému ce soir.

Si malgré tout, on revient à des considérations plus prosaïques, il faut reconnaître que tous ces vins sans exception avaient largement dépassé leur plateau de maturité et si certains donnaient encore le change au niveau aromatique presque tous accusaient leur trop grand âge au niveau des structures en bouche, plus ou moins vacillantes.

Les deux très grosses surprises furent le Piper 66, qui prouve qu’il peut s’avérer intéressant de faire vieillir de belles cuvées de champagne et le Château des Fines Roches gourmand et encore très profond…

Mille mercis aux organisateurs de cette soirée d’avoir pensé à moi pour ce voyage dans l’histoire…

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commentaires

giuseppe 30/10/2011 20:57


Intéressante et précieuse l'étiquette du Gewurztraminer Heitzmann 1975, elle représente une vue d'Ammerschwyhr avant guerre avec au premier plan la halle aux blés, très beau monument
gothico-renaissance. Ce dernier n'existe plus, la ville ayant été rasée lors des combats de 39-45 et, à ma connaissance il n'y a pas de photo le représentant. Dommage que ces très bons producteurs
ont remplacé cette belle étiquette par un graphisme sans âme.


30/10/2011 21:50



Dommage aussi que la photo ne soit pas meilleure, mais les étiquettes avaient pas mal souffert et je n'avais pas pris mon appareil (j'ai enfin investi...).


J'ai du me rabattre sur des vues prises avec un téléphone mais c'est djà ça.



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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

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