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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 23:13



Je connais un peu les vins signés « Paul Blanck » parce qu’ils font régulièrement partie des séries sélectionnées par Thierry Meyer pour les dégustations organisées sous l’égide de l’Oenothèque Alsace (Masterclass ou dîners thématiques), en revanche je n’ai encore jamais eu l’occasion de visiter ce domaine.
Bien évidemment lorsque Stéphane m’a proposé de me joindre à lui pour passer une après-midi à Kientzheim en compagnie de Philippe Blanck je n’ai pas hésité une seconde…malgré un emploi du temps familial un peu chargé (comme souvent le week-end) j’ai pensé qu’il ne fallait pas rater pareille occasion !
Grand bien m’en a pris car le programme prévu pour cette séquence de dégustation était somptueux : une horizontale sur le millésime 2011 en cours d’élevage, une verticale de riesling Schlossberg et une verticale de pinot noir « F »…comment résister !

Nous débutons notre visite par une petite sortie à la périphérie du village, au pied des Vosges et face aux coteaux du Schlossberg, du Furstentum et du Mambourg. Dans un froid polaire, Philippe Blanck nous propose une brève leçon de géologie vosgienne pour nous présenter les prestigieux terroirs autour de Kientzheim que sa famille travaille depuis plusieurs siècles. A l’aide d’une carte nous repérons les différents secteurs du Schlossberg, l’Altenbourg et le Fustentum qui jouxtent le village, enfin le Mambourg coiffé de son cimetière militaire (c’est là que fut tournée la scène finale du film « Indigènes » d’ailleurs).

 

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Mes doigts étant trop engourdis par le froid pour manipuler un appareil photo vous devrez vous contenter d’un plan pour situer quelques uns des les différents terroirs travaillés par la famille Blanck.


Avant de regagner le caveau de dégustation situé au centre de Kientzheim, le vigneron nous invite à le suivre dans ses vastes locaux professionnels situés à l’extérieur de la vieille ville pour découvrir une partie des différentes cuvées produites en 2011.
Avec une surface totale de 36 hectares dont 12 de Grands Crus et 12 sur des lieux-dits non-classés mais hautement qualitatifs, ce domaine de possède un superbe patrimoine de terroirs. Pour les mettre en valeur, les pratiques viticoles sont très exigeantes et éco-responsables : enherbement depuis 1980, travail intégral du sol, pas de pesticides et pas d’engrais.
Après des vendanges 100% manuelles les raisins sont pressés en douceur et restent sur lies fines jusqu’à la mise. Les Crus (lieux-dits non-classés) et Grands Crus du domaine Blanck séjournent en foudres durant une année.
Les Crus et les Grands Crus sont gardés durant deux ans en bouteille avant d’être commercialisés.

Les cuvées classiques 2011 sont élevées en cuve inox pour garder leur expression fruitée ; cette gamme constitue la plus grande partie du volume à l’export.
La cuvée de pinot blanc originaire des vignes de Kientzheim encore nettement fermentaire au nez (banane) possède une chair très gourmande, la cuvée issue des vignes de Katzenthal se montre plus vive. Voilà deux vins qui vont parfaitement se compléter dans l’assemblage final.
Le pinot noir  révèle une robe brillante et bien colorée, son premier nez est marqué par une petite réduction mais s’ouvre très rapidement sur un fruité expressif , la bouche est légère et particulièrement gourmande.
Le riesling se montre droit, précis et bien frais en finale.
Le chasselas possède un nez bien ouvert sur la pomme golden mais reste un peu serré et austère en bouche.
Le muscat est remarquable de fruit et d’équilibre : cet assemblage de 60% de muscat ottonel et de 40% de muscat d’Alsace qui provient pour 2/3 du volume de parcelles situées en coteau allie une structure très verticale avec un profil aromatique complexe et aérien…superbe !

Constatant que le froid commence à avoir raison de notre résistance physique (il fait à peine 0° dans la cave) Philippe Blanck nous propose de déguster rapidement quelques vins de terroir avant de rejoindre le caveau.
Le riesling G.C. Sommerberg déjà bien expressif au nez surprend par sa présence minérale très tactile en bouche.
Le gewurztraminer Altenbourg livre une palette aromatique primaire très intense et développe une structure ample et charnue en bouche.
Le pinot gris Patergarten est riche et gourmand tout en gardant une finale bien verticale.
Le riesling Patergarten encore très retenu sur le plan olfactif est particulièrement tendu en bouche mais développe de beaux arômes de pamplemousse en finale.
Le riesling G.C. Schlossberg 1 développe un registre complexe et raffiné sur les agrumes, la fumée, la pierre à feu, en bouche minéralité et gourmandise cohabitent paisiblement…un potentiel évident !
Le riesling G.C. Schlossberg 2 semble plus ouvert au nez mais reste plus austère en bouche malgré un fond fruité pur et discret.
Face à ces deux crus si différents dans leur prime jeunesse, les frères Blanck s’interrogent sur la possibilité de proposer deux cuvées distinctes sur le Schlossberg 2011…wait and see !
 

 

Ce tour d’horizon forcément incomplet (la gamme compte près de 30 références) nous donne un aperçu assez précis des caractéristiques de ce millésime au domaine Paul Blanck : des arômes purs et charmeurs sur des matières amples mais toujours bien droites dans leur équilibre...Grand MIAM général !


Même si les cuvées 2011 dégustées dans la cave avait un joli goût de revenez y, le retour au caveau fut unanimement apprécié : la chaleur douillette et les deux impressionnants alignements de bouteilles nous ont très vite fait baigner dans une ambiance vinique très conviviale.

 

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Comme sur un rayon de bibliothèque, les rieslings Schlossberg (avec un prestigieux intrus…) de 1978 à 2008 attendent d’être choisies pour la dégustation.


 
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Même Philippe Blanck semble dubitatif face à cette longue série…

 

Finalement ce fut Stéphane qui eut la lourde charge de sélectionner les vins qui constitueront la série du jour et qui seront dégustés en partant du plus vieux pour arriver au plus jeune.

 

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Le groupe au travail...

 

 

 

Riesling Schlossberg 1979 : issu d’une année assez chaude ce vin flatte l’odorat par de délicats arômes de miel, de résine et quelques évocations pierreuses, en bouche l’équilibre est sec avec un joli gras et une finale fraîche qui se prolonge avec des notes de thé vert et de verveine.

 

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Riesling Schlossberg 1984 : issu d’une année froide sauvée par un bel automne ce riesling exhale des notes de pierre à feu, de citron frais et de pomme granny, en bouche la structure est large avec une légère amertume au milieu et une finale marquée par une superbe salinité.

 

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Riesling Schlossberg 1986 : issu d’une année froide mais d’une vendange bien mûre avec des raisins un peu botrytisés, ce vin a gardé une fraîcheur absolument parfaite avec une palette raffinée qui révèle des arômes de zestes d’agrumes complétés par de discrètes notes terpéniques. En bouche, la structure est très verticale enrobée par un gras encore bien présent, la finale très profonde se prolonge longuement avec des notes d’herbes aromatiques et de miel.


Riesling Clos Saint Hune 1986 : placé par le maître de cérémonie pour « étalonner le palais » cette grosse cartouche tient son rang. Discret mais complexe au nez, ce vin droit et parfaitement équilibré possède une structure large, un gras presque « bourguignon » et une finale longue sur le citron et l’infusion (verveine, mélisse).


Riesling Schlossberg 1987 : voilà encore un riesling issu d’un « petit millésime » qui se tient remarquablement bien après près de 25 ans de garde. La robe est éclatante, le nez s’ouvre sur des notes de pétrole avant de s’épanouir sur une palette florale très primesautière, en bouche on retrouve un équilibre frais et aérien avec un toucher qui reste soyeux et un joli développement aromatique, la finale sur le citron frais est longue et digeste.


Riesling Schlossberg 1989 : sur cette année chaude avec botrytis, la maison Blanck a produit un Grand Cru à la robe d’un jaune éclatant (presque fluo) et au fruité bien mûr sur les zestes d’agrumes confits. En bouche ce vin donne une impression de plénitude avec sa structure sphérique, équilibre parfait entre matière concentrée et minéralité profonde.

 

Riesling Schlossberg 1990 : issu d’un millésime chaud, sans botrytis mais avec du passerillage, ce riesling met quelques temps à s’ouvrir pour remplacer les notes de réduction par une superbe palette aromatique sur les agrumes mûrs et juteux, la bouche est constituée d’un bloc assez massif qui se déploie sans faiblir de l’attaque jusqu’en finale…quelle jeunesse !


Riesling Schlossberg 1995 : issu d’une vendange avec botrytis, ce riesling joue la séduction avec une robe bien colorée, un nez fin et pur sur le miel et la bergamote, en bouche l’attaque est d’une rondeur agréable mais très vite l’acidité franche et droite tend la structure. Le toucher de bouche reste bien gras mais l’équilibre est résolument sec, la finale étonne par sa très grande longueur.

Le Schlossberg est un coteau granitique exposé plein sud avec des pentes souvent très fortes qui contraignent les vignerons à une culture en terrasses. Ce fut le tout premier Grand Cru classé en Alsace, en 1975.

Pour essayer de comprendre l’interprétation de ce terroir par la famille Blanck nous avons dégusté une première série de bouteilles regroupant des millésimes du siècle dernier en laissant une belle place aux années réputées difficiles en Alsace.
Le verdict est sans appel : avec près de 17 ans de garde pour le plus jeune de la série et plus de 30 ans pour le plus ancien, ces vins possèdent des registres aromatiques particuliers, marqués par le millésime et l’âge, mais sont restés frais et équilibrés ; la plupart d’ailleurs ne montrent aucun signe avant coureurs d’un futur déclin
Une remontée dans le temps sans fausse note…Chapeau !

La patine du temps apporte à ces rieslings une touche de complexité supplémentaire au niveau des arômes et un surplus de finesse et de raffinement dans leur présence en bouche. Le domaine Blanck a opté pour la conception de vins de terroirs destinés à la garde…voilà une preuve éclatante de la pertinence de ce choix !

Pour le coup de cœur personnel je choisirai sans hésiter le 1986, qui a tenu la dragée haute au célèbre Clos de Hunawihr…une référence !

 


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L’étiquette actuelle et le millésime en vente en ce moment


Stéphane fut également invité à sélectionner la série des pinots noirs provenant du terroir classé Grand Cru Furstentum. Suivant les conseils de notre hôte les rouges seront dégustés en partant du plus jeune pour arriver au plus vieux :

 

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  Les pinots noirs F : une série un peu moins longue mais u choix tout aussi difficile…
 

 

Pinot Noir F 2005 : le nez pur, expressif séduit facilement avec ses arômes de griotte, de cassis, de mûr, la bouche vineuse, gourmande et finement tannique possède une finale longue et fruitée.


Pinot Noir F 1998 : confit, mûr et légèrement torréfié au nez, ce vin se montre robuste et vineux en bouche avec un fruit bien défini relevé par quelques notes un peu sanguines, l’acidité longue et profonde et la trame tannique fine mais présente soutiennent vaillamment la structure.


Pinot Noir F 1993 : le nez est très agréable sur la confiture de myrtilles mais on ressent à nouveau ce côté sanguin déjà perçu sur 98, la bouche se tient bien droite avec un fond acidulé et un fruit plus discret complété par des nuances plus terriennes (terre humide), les tanins sont fins et serrés mais sèchent un peu en finale.


Pinot Noir F 1990 : le premier nez évoque la forêt au printemps avec ses senteurs d’ail des ours, puis viennent de belles notes de fruits bien mûrs (prune, quetsche) et de noyau, la bouche est splendide, riche, fruitée avec un grain tannique serré mais très soyeux.


Pinot Noir F 1989 : le nez riche et généreux annonce une vinosité qui s’exprimera pleinement en bouche, le fruit est présent et la matière opulente est contrebalancée par un mâche tannique solide, la finale reste cependant un peu trop austère à mon goût.


Pinot Noir F 1988 : le nez très mûr offre de belles notes de confiture de fruits rouges avec une pointe de torréfaction, la bouche est très gourmande avec un toucher soyeux et une finale de longueur moyenne mais d’une fraîcheur bien  agréable.


Pinot Noir F 1983 : le nez se rapproche du précédent par son côté très mûr mais les notes torréfiées sont moins sensibles, la fraise s’épanouit au nez et au palais, en bouche, la structure est tenue mais l’équilibre reste assez léger, la finale qui n’en impose pas trop a su garder une belle vivacité.

Le Furstentum est un terroir classé Grand Cru situé sur un coteau assez pentu exposé plein sud. Son sous-sol qui associe calcaire, grès et marnes ferrugineuses est favorable à la production de vins puissants.
Les Blanck y ont vu un terroir d’élection pour réussir de grands vins rouges : millésime après millésime cette cuvée F en fournit la preuve incontestable.

Cette série de 9 bouteilles nous a montré avec force que ce cépage exclu de l’appellation Alsace Grand Cru méritait largement sa place parmi l’élite alsacienne. Après une remontée dans le temps sur plus de 20 ans nous n’avons rencontré que des vins en bonne forme avec des palettes aromatiques pleines de charme et des équilibres encore très toniques.
A vrai dire, j’ai commencé à m’intéresser vraiment au pinot noir alsacien après 2003 mais cette sélection de jolies bouteilles me fait prendre conscience que j’ai peut-être eu tort…

Pour le coup de cœur personnel je choisirai le 1990, étonnant de jeunesse et de raffinement : simplement un très grand vin rouge !

 

868
 

 

F 2008 au tarif du domaine actuellement.



Riesling Schlossberg V.T. 1988 : pour finir en beauté cette petite délicatesse qui embaume les agrumes confits ravit nos papilles par son équilibre riche et sa finale légèrement pointue et longuement aromatique.


Cette superbe bouteille de riesling, qui semble commencer sa phase de pleine maturité, met un point final à notre visite qui restera dans ma mémoire comme une belle rencontre avec de grands vins et un vigneron ouvert et généreux.

Le domaine Blanck produit une gamme de vins ciselés avec une précision d’orfèvre :
- la gamme « classique », dont une bonne partie part à l’export, regroupe des vins qui magnifient la pureté de l’expression des différents cépages.
- la gamme « vins de terroir » propose des cuvées aux personnalités marquées par une trame minérale très profonde et dont nous avons pu éprouver, verre en main, l’exceptionnelle tenue dans le temps.
- la gamme « nectars » comprend tous les vins moelleux que le domaine produit et dont le remarquable dernier flacon nous a donné un petit aperçu…
Bref, voilà une maison sérieuse qui travaille ses vignes et ses vins avec le souci d’associer authenticité et qualité sur chaque cuvée…que demander de plus !

Mille mercis à Philippe Blanck de nous avoir consacré une après-midi pour nous faire partager son amour du vin…et vivement notre prochaine rencontre, car je crois bien qu’il reste quelques bouteilles à déboucher.

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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

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J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

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