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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 11:52


Quelques jours après mon arrivée dans notre villégiature estivale en Ardèche, j’ai rendu visite à un caviste de Ruoms pour me faire une petite sélection de vins locaux et j’ai été particulièrement séduit par une belle cuvée de rouge provenant du domaine Salel-Renaud à Faugères. Le lendemain, oh surprise, ne voilà t’il pas que mon conseiller particulier en vins ardéchois (vous aurez reconnu l’ami cyra) me propose un vin blanc de ce même domaine…et je retombe sous le charme.
Il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité d’œnophile...

 

Vacances-ete 0654Vue du gîte de Grospierres…Faugères se trouve dans la montagne à l’arrière-plan

 

 

Faugères est un petit village de montagne qu’on atteint en empruntant une route étroite et sinueuse qui serpente entre rochers et bois de résineux. Avec la chaleur et le chant des cigales en moins on se croirait presque dans le massif vosgien. Les points de vue sur la vallée et sur les sommets cévenols sont magnifiques.

 

Vacances-ete 0636Dans la montée entre Paysac et Faugères
 

 

Après plus d’une demi-heure de promenade dans Faugères à la recherche de la maison des vignerons, je tombe, presque par hasard, sur Benoît Salel qui m’indique la route à suivre pour arriver à leur cave.


Vacances-ete 0639La petite route qui mène à la cave

 

 

Pour l’heure, le couple Salel-Renaud dispose du sous-sol de la maison d’un oncle située en contrebas de leur habitation principale pour exercer leur activité professionnelle.
Les installations sont complètes et fonctionnelles mais l’espace fait un peu défaut « Nous projetons de nous établir dans des locaux plus grands en nous rapprochant un peu de nos vignes ». En effet, la plus grande partie de leur surface viticole se situe près de Largentière, à une vingtaine de kilomètres de leur village…et dans la montagne ardèchoise 20 kilomètres c’est très loin !
« Nous travaillons environ 9 hectares de vignes répartis sur 3 ilots de 3 hectares, l’un à Faugères et les autres près de Sanilhac et de Montréal ».
Au niveau du terroir, les sols sont granitiques, gréseux ou schisteux « la vigne s’y enracine profondément et ne souffre jamais de la sécheresse ». Les différentes parcelles se situent à une altitude entre 400 et 500 mètres et garantissent une belle fraîcheur naturelle aux vins qui y naissent.
Les raisins sont rentrés à parfaite maturité phénolique « c’est en goûtant les raisins que nous déterminons les dates des vendanges...et nous sommes souvent les derniers à rentrer nos fruits dans la région ».
Les blancs sont vinifiés et élevés en barriques et les rouges fermentent en cuves avant de passer plusieurs mois en fûts.
A l’heure actuelle le domaine commercialise une gamme comprenant 2 vins blancs, 1 vin rosé et 3 vins rouges (et une cuvée blanche en BIB)

Le Canichet 2011 : la robe est claire et brillante, le nez est discret avec des arômes de pulpe de raisin agrémenté d’une pointe un peu mentholée, la bouche simple mais bien équilibrée se caractérise par une jolie vivacité.
Issu d’un assemblage dominé par l’ugni blanc et conditionné en BIB ce vin n’a pas un potentiel de séduction irrésistible mais révèle la finesse et la précision du travail de vinification…une entrée de gamme tout à fait honnête.
 

 

Piqueberle 2011 : la robe est saumon clair, le nez franc et flatteur révèle des notes de bonbon anglais et de fraise, la bouche est bien vineuse avec un équilibre sec et une texture assez grasse, un fruité bien gourmand marque la finale.
« Piqueberle » est le nom donné aux habitants de Sanilhac, le village où se situent les vignes de grenache qui ont produit ce rosé. Elevé en cuves sur lies et bâtonné régulièrement ce vin reste très guilleret à l’olfaction mais possède une profondeur et une densité peu courantes pour ce style de cuvée. Plaisant mais déjà un peu gastronomique.

 

Vacances-ete 0649

 

Imagin’aïre 2011 : après une attaque finement boisée, un fruité subtil se manifeste pour composer une palette olfactive très élégante, en bouche la matière est dense, un joli gras donne un caractère très onctueux au toucher, la finale reste souple avec quelques amers nobles qui marquent la minéralité du terroir de Faugères.
Cette parcelle de roussane a été plantée en 2008 par les vignerons sur un coteau du village avec un sol de grès très décomposé…cette initiative qui leur a valu un sympathique quolibet de la part des habitants : les « imagin’aïre »ce qui signifie « rêveurs » ou « illuminés » en occitan. Mais au bout du compte nous avons une cuvée 100% roussane, vinifiée et élevée 8 mois en pièces bourguignonnes ; sophistiquée mais terriblement gourmande elle porte avec beaucoup de classe ce beau terroir d’altitude…MIAM !

 
Vacances-ete 0640La parcelle de roussane de Faugères.
 


Qué sa quo 2011 : le fruit est complexe et élégant au nez (abricot frais et fleurs), la bouche est joliment aromatique avec une texture onctueuse et une finale bien nette qui laisse persister longuement un sillage marqué par la vanille et la violette.
Des viogniers âgés de 25 à 30 ans sont à l’origine de cette cuvée très bien construite : la balance entre les promesses du nez et la réalité de la bouche est parfaitement équilibrée…ce qui est très rare sur les vins issus de ce cépage.
Je ne suis pas un grand adepte du viognier mais là j’avoue que je suis tombé sous le charme.

 

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Mescladis 2010 : le nez est intense et flatteur sur la griotte, le chocolat (un peu « Mon Chéri ») et les épices, la bouche est charnue mais bien fraîche avec une trame tannique fine et une finale de longueur moyenne mais bien définie sur le cassis et la vanille.
Cette cuvée est un assemblage – « Mescladis » en occitan – de 70% de gamay et 30% de grenache, élevé de 8 à 10 mois en fûts de chêne de 1 à 3 vins. Beaucoup de fruit, une chair savoureuse et un élevage parfaitement dosé…J’adore !

Trefol 2010 : le nez est très racé avec des notes de fruits noirs bien mûrs te d’épices, en bouche l’attaque est assez pointue mais dès le milieu le vin pose sa matière concentrée et sa trame tannique souple et veloutée, la finale nette et très fraîche offre une persistance aromatique longue sur la pêche de vigne et les épices.
Trefol signifie « trèfle » en occitan et fait référence aux trois cépages (55% de merlot, 25% de syrah et 20% de grenache) qui entrent dans la composition de cette cuvée rouge élevée 13 mois en fûts de chêne. Goûté sur place, regouté le lendemain et le surlendemain…le verdict est sans appel : ce vin est splendide !

 

Vacances-ete 0651

 


Jeux Interdits 2010 : le nez est discret mais complexe avec une palette très « noire » sur le cassis, la mûre, la réglisse et les épices, la bouche est absolument superbe de concentration, de distinction et d’équilibre, la finale est fraîche et laisse un sillage aromatique très classe qui se prolonge longuement.
Issu d’une parcelle de syrah plantée à haute densité (10000 pieds/ha) sur un terroir schisteux cette cuvée très haut de gamme est magique... La densité, l’équilibre, la qualité de l’élevage, la complexité aromatique…tous les éléments sont réunis pour mériter le titre de vin d’exception. Bravo !

 

Vacances-ete 0652

 

Trefol 2009 : le nez est assez discret, la bouche montre une belle concentration mais sans chaleur excessive, la trame tannique est noble mais un peu resserrée en finale.
Trefol 2008 : après une pointe de réduction très fugace, le nez révèle une belle palette sur les fruits mûrs et les herbes de garrigue, la bouche est bien posée avec un équilibre assez frais, des tanins présents mais avec un grain très fin et une finale qui revient sur les notes d’herbes aromatiques.
La dégustation des premiers vins produits par ces jeunes vignerons témoigne d’une belle maîtrise technique avec des cuvées qui se présentent à nous avec la marque du millésime et du terroir : le 2009 est encore un peu crispé et le 2008 commence à proposer une jolie complexité tant dans son aromatique et que dans sa structure mais le leitmotiv équilibre-fraîcheur est évident sur les deux vins.

 

 

Chatus 2010 : le nez est complexe et gourmand avec un fruité discret et de belles notes cacaotées, la bouche est volumineuse, concentrée avec des tannins puissants mais la finale est pleine de soie et de fraîcheur.
Le chatus est un cépage local, souvent utilisé pour concevoir des vins souvent plus pittoresques que gastronomiques. Avec cette belle cuvée encore en cours d’élevage, qui surprend par sa chair dense et raffinée, on se rapproche davantage du monde des grands vins que de celui des gadgets pour touristes. Très prometteur…


Sympathiques et accueillants, ces jeunes vignerons s’appuient sur une solide formation professionnelle effectuée notamment dans les vignobles de la vallée du Rhône pour concevoir des vins qui donnent la pleine mesure de la qualité de ces terroirs d’altitude des montagnes ardèchoises. Dans une région où la politique viticole est encore largement déterminée par les grosses unités de production (caves coopératives et grands négociants) et où la qualité d’une vigne s’évalue souvent par rapport à sa capacité à produire de grandes quantités de raisin, Benoît Salel et Elise Renaud font figure d’exception.
Ils savent la valeur des terres qu’ils travaillent et ont pris le risque de miser sur une viticulture exigeante et hautement qualitative pour créer de grands vins.
Dans ce petit coin de paradis, loin des sites touristiques de l’Ardèche, le pari est certes très osé mais je suis convaincu que ces vignerons qui ne manquent ni de motivation ni de courage ont fait le bon choix et vont réussir à imposer leurs produits.

Leur gamme de vins que j’ai pu déguster sur place et dont j’ai regoûté une bonne partie lors de nos repas d’été dans notre gîte de Grospierres est absolument irréprochable. Le style recherché sur les blancs ne correspond pas forcément à mon goût personnel qui m’emmène vers des vins plus droits et plus vifs, mais j’ai beaucoup apprécié la précision et la finesse expressive de ces cuvées. En ce qui concerne les rouges, mon verdict est sans appel : avec les cuvées 2010, ce domaine a sorti les meilleurs vins qu’il m’a été donné de boire dans la région jusqu’à aujourd’hui…tout simplement !

Au niveau des prix la gamme commence autour de 5 euros pour le rosé pour terminer un peu au-dessus de 20 euros pour l’exceptionnelle syrah.
Lorsqu’on considère l’appellation, çà peut paraître cher, lorsqu’on se réfère à la qualité irréprochable de ces vins c’est parfaitement justifié, avec une citation particulière pour Trefol 2010 qui à 11,50 euros est une super affaire.

Bravo et merci à ces vignerons enthousiastes, ce fut un réel plaisir de les rencontrer et de découvrir leurs vins.

 



Vacances-ete 0646Faugères

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commentaires

jean paul 07 02/02/2014 13:57

et bien non cher monsieur les caves coopératives ne payent pas systématiquement "a la plus grosse quantité" avant de parler on se renseigne et on ne fait pas des amalgames simplistes et reducteurs.
Chez nous cave coopérative de valvigneres sur nos produts phares viogniers et vendanges octobre c'est un peu le contraire de ce que vous dites :on est payé a la qualité et c'est justement quand on a trop de raisins sur la vigne que l'on est declassé!!Les récompense et reconnaissances du monde du vin sont la pour prouver que l'on est bon!!!(gaut et millau ,diverses revues du vin)!Alors SVP revisez un peu vos jugements!!

michel 03/10/2013 15:47

avez vous rencontré à nouveau ces vignerons en 2013 ? merci pour votre réponse. michel

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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