Grands crus d'Alsace

Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 11:40

LE PFERSIGBERG SELON…



Si depuis le début de mon projet d’étude des Grands Crus alsaciens, le choix de mes étapes bas-rhinoises repose sur le principe d’un tropisme nord-sud à partir de la « Couronne d’Or », celui des terroirs haut-rhinois n’obéit pas du tout à la même logique géographique…et en y regardant de plus près, on constate d’ailleurs qu’il n’obéit à aucune logique car les critères qui orientent mes choix ne sont absolument pas rationnels. Curiosité souvent, amitié quelquefois et parfois, comme c’est le cas pour ce Grand Cru, c’est pour répondre à la sollicitation d’un vigneron qui a manifesté l’envie de travailler avec moi.

Me voilà donc reparti pour une nouvelle aventure en compagnie de Christian Beyer pour tenter de comprendre un peu mieux les secrets du Pfersigberg d’Eguisheim.


 
Pfersigberg 0335 La partie centrale du Pfersigberg au pied du Schlossberg et de ses 3 châteaux.


Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.



Mes dernières étapes sur ma route des Grands Crus se déroulaient dans des villages connus pour être parmi les plus beaux de la route des vins : de Barr, à Mittelbergheim en passant par Niedermorschwihr, je peux dire qu’en tant qu’amateur de beaux paysages et de belles pierres, j’ai été plus que comblé.
Connaissant déjà bien la petite cité d’Eguisheim pour m’y être souvent promené, je sais que la série des sites remarquables ne se terminera pas avec cette 14° étape : je vais encore pouvoir partager avec vous quelques belles émotions dans un très bel endroit...une perspective plutôt réjouissante pour ce début d’année !
Hoppla c’est reparti !

 

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Situé à quelques kilomètres de Colmar, au milieu des collines-sous-vosgiennes, Eguisheim est considéré comme le « berceau du vignoble alsacien ». Ce village de 1600 habitants possède un patrimoine historique, architectural et viticole presque unique dans notre région : classé parmi Eguisheim offre au visiteur une sorte de « concentré » de culture alsacienne.

 

Pfersigberg 0340 Eguisheim vu du Pfersigberg au printemps
 

 

  Comme souvent l’origine exacte du nom du village est incertaine. Dans son livre « La Grande Encyclopédie des lieux d’Alsace », M.P. Urban propose deux hypothèses différentes :
- Eguisheim, qui s’est appelé Aginesheim en 770 puis Eginesheim au X° siècle, fait référence à un certain Egeno ou Egino, un descendant du duc mérovingien Aldaric et peut se traduire par « l’habitation d’Egino ». Par la suite Eginesheim devint Egisheim avant la francisation du toponyme avec l’ajout du « u » après le « g ».
- Eguisheim viendrait du toponyme Aksheim, avec une racine paléo-européenne « Ak » qui désignait « un lieu difficile d’accès, en lisière de forêt ou au pied d’un escarpement ». Le nom alsacien de ce village encore utilisé aujourd’hui par les dialectophones, « Exa », « Exe » ou « Ekse », nous fait penser que cette version est peut-être la plus crédible…

Des vestiges archéologiques trouvés dans les environs d’Eguisheim en 1865 prouvent que ce lieu a été occupé dès le paléolithique : Cro-Magnons, Celtes, Romains se sont succédé dans ce site du piémont vosgien en laissant de nombreuses traces de leur passage (nécropole protohistorique, voies et fortins romains, sépultures mérovingiennes et carolingiennes).
Du temps des Mérovingiens l’Alsace était gouvernée par des ducs dont le plus connu fut Aldaric que la mémoire alsacienne reconnaît comme le père de Sainte Odile (VII° siècle). C’est Eberhard, petit-fils d’Aldaric, troisième duc d’Alsace et neveu de Sainte Odile qui construisit le premier château autour duquel se développa la cité d’Eguisheim.

Comme nous l’avons évoqué plus haut, certains historiens pensent que c’est à un descendant d’Aldaric que ferait référence le nom du village.
La souveraineté de cette dynastie fut abolie par Pépin le Bref en 754 mais après la dislocation de l’empire carolingien au cours du IX° siècle les comtes d’Alsace reprirent les rênes du pouvoir dans la région. Ils édifièrent les 3 châteaux qui dominent Eguisheim et y résidèrent durant plusieurs siècles.
 

 

En 1002 Bruno (ou Brunon) d’Eguisheim-Dagsbourg naquit dans le château d’Eguisheim, il devint évêque de Toul en 1026 puis pape sous le nom de Léon IX en 1048.

 

545px-Blason Eguisheim.svgLe blason d’Eguisheim : Saint Pierre tenant une clé et un livre fermé…pour rappeler que l’un de ses descendants y est né.

 
Pfersigberg 0253 La statue de saint Léon devant le château bas d’Eguisheim

 

D’autres sources historiques prétendent que le seul pape alsacien aurait vu le jour dans le château du haut Eguisheim situé sur le Schlossberg au dessus de Husseren où il reste aujourd’hui les ruines de 3 Châteaux : le Dagsbourg, le Wahlenbourg et le Weckmund.

 

Pfersigberg 0271 Les 3 châteaux hauts d’Eguisheim dans l’ambiance brumeuse de l’hiver alsacien…


 
3 chateaux 1297985933
…les mêmes vus d’en haut.
 
Pfersigberg 0248En tous cas, sur les murs du château bas d’Eguisheim le doute historique est évacué…

 

A l’extinction des Comtes d’Eguisheim en 1225, les évêques de Strasbourg devinrent propriétaires du village. Entre 1257 et 1259 le château et le bourg furent fortifiés, Eguisheim fut élevé au rang de « ville » et resta rattachée au Haut-Mundat de Rouffach jusqu’à la Révolution.

 

img039 Eguisheim vu du ciel avec le Château bas au centre et la structure concentrique des rues de la vieille ville

 

 

Durant le siècle qui suivit la Révolution Eguisheim connut une phase de prospérité grâce au commerce florissant du vin et c’est au début du XX° siècle (en 1902) que les vignerons d’Eguisheim s’unirent pour créer la première cave coopérative d’Alsace.

 
Pfersigberg 0242La maison Wolfberger à Eguisheim


Souvent saccagé au cours de son histoire plus ancienne, le village d’Eguisheim ne fut pas trop endommagé lors des deux conflits mondiaux du XX° siècle : contrairement à certaines localités voisines presque complètement détruites par les batailles et les bombardements de 1945, Eguisheim a été épargnée et a pu conserver une grande partie de son magnifique patrimoine architectural.

 

Pfersigberg 0268  

Au centre d’Eguisheim…de l’élixir d’Alsace !


Aujourd’hui, ce village pittoresque qui continue de prospérer grâce au tourisme et au vin constitue une autre destination de choix pour tout amoureux de l’Alsace.
Le promeneur féru d’histoire pourra flâner dans les ruelles d’Eguisheim pour admirer ses splendides maisons vigneronnes à colombages datant des XVI° et XVIII° siècles, ses cours dîmières et ses nombreuses fontaines.

   

Pfersigberg 0263Pavées ou non, les ruelles d’Eguisheim restent particulièrement pittoresques.
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Pfersigberg 0255Un rendez-vous avec l’histoire sur chaque maison du centre
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Pfersigberg 0266La cour dimière de l’abbaye de Marbach

 

 

Il ne manquera pas de s’arrêter devant l’église Saint Pierre et Paul avec son clocher gothique comprenant des parties romanes, son intérieur richement décoré où se trouve une rarissime statue de vierge ouvrante datant du XIII° ou XIV° siècle.

   

Pfersigberg 0257Le clocher et l’intérieur de l’église Saint Pierre et Paul
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2 Eguisheim l Vierge ouvrante 1Dans l’église d’Eguisheim : une vierge ouvrante en bois polychrome


 

Construit en grès jaune de Rouffach, sur la plateforme octogonale qui a conservé une partie de ses enceintes du XIII° siècle, le château des Comtes d’Eguisheim est accessible durant les visites guidées organisées par l’Office de Tourisme.
De style néo-roman, la Chapelle Saint Léon est a été édifiée à la fin du XIX° siècle dans la cour du château sur les fondations du donjon. Elle renferme un reliquaire avec une châsse qui contiendrait une partie du crâne du Pape alsacien béatifié.

 

Pfersigberg 0318 Le Château bas d’Eguisheim et la Chapelle Saint Léon édifiés sur la plate forme et les murs d’enceinte du château médiéval.


Le touriste plus sportif pourra mesurer son endurance sur les 12 circuits VTT balisés à travers vigne et forêts sur les collines alentour où alors profiter des possibilités de randonnées dans le massif vosgien autour des 3 châteaux.
Le touriste œnophile pourra s’imprégner du terroir local sur le sentier viticole (une bonne heure de marche) avant de se rendre dans l’un des nombreux caveaux de dégustation pour partager des moments de convivialité avec un vigneron du village.
Le vin est particulièrement mis à l’honneur lors du 3°week-end d’août lors de la fête des vignerons « S’Wenzerfescht » comme on dit par ici…

 

Pfersigberg 0343Suivez le guide…

 
Pfersigberg 0243Beyer, Freudenreich, Ginglinger, Baur, Gaschy, Hertz…plus de 30 vignerons indépendants accueillent les œnophiles dans leurs caveaux.
 

 

 

Au risque de me répéter, je ne peux dire qu’une fois de plus que ce village magnifique est l’un des endroits incontournables (encore un !) pour celui qui veut s’imprégner de l’esprit du vignoble alsacien !


 

 

Le Grand Cru Pfersigberg est situé sur les bans communaux d’Eguisheim et de Wettolsheim. Avec une superficie de 74,55 hectares c’est le Grand Cru le plus étendu après le Schlossberg.

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Bien que son nom d’origine alémanique signifie « colline des pêchers » personne ne peut affirmer que par le passé ce coteau ait fourni des pêches aux citoyens d’Eguisheim…par contre, comme nous le verrons plus loin, la qualité de sa production viticole fut repérée très tôt dans l’histoire du vignoble alsacien.

 

Pfersigberg 0326 Vue sur le coteau le plus au nord du Pfersigberg autour du lieu-dit « Sundel »

 

 

Les parcelles sélectionnées dans la délimitation très complexe du Pfersigberg sont réparties sur trois coteaux à une altitude comprise entre 220 et 340 mètres et bénéficient d’une exposition sud-sud/est.
 

pfersigb Le tracé très complexe du Pfersigberg

 

 

Sans atteindre les déclivités de certains Grands Crus adossés directement au massif vosgien le relief du Pfersigberg est assez tourmenté avec des pentes parfois surprenantes.
Dans le secteur du Pfersigberg, le climat est continental et très sec avec des printemps chauds, des étés ensoleillés, des automnes longs et des hivers froids. Les vents dominants d’ouest qui perdent leur humidité sur le versant occidental du massif vosgien gagnent les collines alsaciennes sous forme de foehn : grâce à ce phénomène la région autour de Colmar est l’une des plus sèches de France.

 

Sur le plan géologique ce Grand Cru fait partie des terroirs à base calcaire et classifié par Serge Dubs dans la famille des calcaro-gréseux : ce sont des « sols bruns calcaires sur calcaires du Bajocien et gréseux sur conglomérats calcaires du Muschelkalk » (Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacienCIVA).
Situé à l’extrémité nord du champ de fracture de Rouffach le Pfersigberg est constitué de terrasses calcaires recouvertes d’un sol assez caillouteux offrant des combinaisons minérales relativement diversifiées mais dont l’unité repose sur la présence dominante de conglomérats calcaires.
    

Pfersigberg 0319Un affleurement calcaro-gréseux et un pied de vigne sur le coteau nord.
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Pfersigberg 0339Vers les secteurs plus au sud les sols deviennent plus riches et plus profonds.

 

D’après Claude Sittler ces sols sont assez rares dans le vignoble alsacien : composés de « calcaires gréseux ou de grès calcaires (…) ils se réchauffent vite, mais caillouteux, sableux, aérés, microporeux et perméables à l’eau, ils conservent mal la matière organique. ». C’est le type même du terroir « relativement pauvre » que la vigne affectionne particulièrement.

 

Sur le plan historique, on sait que les tribus gauloises installées sur les terrasses qui accueillent les Grands Crus actuels (Eichberg et Pfersigberg) faisaient déjà la cueillette des raisins sur les vignes vierges qui proliféraient dans cet environnement. Les Gaulois ne sachant pas faire du vin, ce sont les Romains qui développèrent la viticulture en ce lieu : la légende prétend que c’est à partir des collines Eguisheim que se répandit la culture du vin en Alsace. En tous cas la présence romaine sur les lieux a été attestée par une tuile découverte en 1900 au pied du Schlossberg (la colline aux 3 châteaux) portant la mention « Prima Legio Martia », relative à un bataillon de légionnaires romains conduits par l’Empereur Dioclétien (284-305).
 

Par la suite, grâce au travail des moines dans les abbayes alsaciennes, la viticulture se développa et se rationalisa. Au XI° siècle les vins d’Eguisheim étaient déjà particulièrement recherchés et au XV° siècle toutes les cours du nord de l’Europe s’enorgueillissaient de posséder du vin ce cette région dans leurs caves.
Les deux lieux-dits classés d’Eguisheim sont identifiés dès le XVI° siècle : des traces écrites datant de cette période, comme des baux entre seigneurs et couvents, citent régulièrement le Pfersigberg comme un terroir de grande valeur.
 

Cette réputation d’excellence perdurera tout au long de l’histoire alsacienne : d’après Claude Muller, au XVIII° siècle la ville d’Eguisheim « jalouse de conserver la réputation que la qualité supérieure de ses vins s’était acquise (…) édicte un règlement portant défense sous peine de 300livres d’amende d’introduire dans la ville d’Eguisheim des vins de Herrlisheim, Pfaffenheim, Voegtlinshoffen et d’autres endroits où les vins sont de qualité inférieure » (« Alsace, une civilisation de la vigne »).
 

Comme partout en Alsace, après un XIX° siècle marqué par une politique très productiviste, la viticulture alsacienne déclina dans la première moitié du XX° siècle avant d’entreprendre une révolution qualitative après la seconde guerre mondiale. Pourtant, dès 1927, les vignerons d’Eguisheim n’hésitèrent pas à mettre à l’honneur le Pfersigberg lors de la première Foire aux Vins de Colmar.
 

Malgré ceci, le Pfersigberg ne fit pas partie des 25 premiers terroirs sélectionnés pour entrer dans l’appellation Alsace Grand Cru en 1983 et les viticulteurs durent attendre le décret du 17 décembre 1992 pour accéder à cette reconnaissance officielle.
 

En tous cas, lorsqu’on mesure la profondeur de l’enracinement historique du vin à Eguisheim on ne s’étonne plus de voir que les vignerons d’aujourd’hui utilisent encore largement le passé riche et dense d’Eguisheim pour communiquer sur leurs prestigieux terroirs.

 


Au niveau de la viticulture, le Pfersigberg est considéré comme un des terroirs d’élection du gewurztraminer : ce cépage occupe plus de 60% de sa superficie. Avec des printemps précoces et d’automnes prolongés ce Grand Cru offre à la vigne de longues périodes de végétation avec la possibilité d’atteindre des maturités idéales. Cependant, sur les secteurs où le sol est moins riche, le riesling a une très belle carte à jouer.
Lorsqu’on se promène sur les coteaux entre Eguisheim et Husseren on constate que la plupart des vignes sont conduites avec le souci de respecter l’environnement. Le désherbage chimique est rare et les rangs sont travaillés en fonction de la nature de la parcelle avec un enherbement dosé selon la richesse du sol.



    
Pfersigberg 0337Deux parcelles sur le coteau sud du Pfersigberg sur les lieux-dits « Vogelgesang » et « Unter Stich »
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Une jeune vigne de riesling du domaine Beyer sur le « Sundel » (coteau nord), plantée en haute densité (10 000 pieds/ha)

 

 

Les vins du Pfersigberg ont la réputation d’être généreux chaleureux et accueillants. Certains prétendent qu’ils sont à l’image des 34 vignerons indépendants qui le servent...n’hésitez pas à vous faire une idée en vous rendant sur place, vous ne le regretterez pas.
Le gewurztraminer donne naissance à des vins puissants et suaves qui développent souvent une palette pleine de fleurs (rose, lilas) et d’épices orientales (safran, curcuma, girofle…).
Le riesling se caractérise par une belle vinosité et une charpente solide. Son profil aromatique est plus discret mais très complexe : il n’est pas rare d’y percevoir des notes fruitées (agrumes et fruits à noyau), florales (tilleul, violette), végétales et épicées (poivre, muscade).
Le pinot gris est nettement moins présent sur le Pfersigberg que les deux cépages précédents mais il génère des vins capiteux, souvent moelleux et très aromatiques.

Comme pour de nombreux Grands Crus les vins du Pfersigberg ont besoin d’un peu de temps pour que l’empreinte génétique du cépage et la marque du terroir résonnent en harmonie…après, tout n’est que raffinement, équilibre et complexité…

 

Pfersigberg 0333 Une parcelle dans le lieu-dit cadastral « Pfersigberg » situé dans la partie centrale du Grand Cru

 

 

 

 

 

 

 

…CHRISTIAN BEYER

 


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Le Domaine Emile Beyer se trouve sur la place centrale du village en face du château et de la chapelle : cette imposante maison est l’ancienne hostellerie « Au Cheval Blanc » où le célèbre Turenne a passé une nuit à la veille de la bataille de Turckheim en 1674.
En 1837, Antoine Beyer acheta cette auberge pour la transformer en maison vigneronne et implanter le domaine au cœur de la cité fortifiée.
Cinq générations plus tard, Christian Beyer dirige aujourd’hui cette belle exploitation qui a gardé le nom du grand-père « Emile », certainement, pour rendre hommage au travail accompli par cet illustre prédécesseur disparu prématurément, mais sûrement aussi comme un témoignage de ce profond ancrage dans l’histoire que la famille Beyer a toujours revendiqué.

   

Pfersigberg 0252La maison Beyer au cœur d’Eguisheim.
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Ma première tentative pour repérer les limites du Pfersigberg en solitaire s’étant soldée par un échec retentissant (je me suis lamentablement perdu malgré une carte IGN au 25/1000°…), j’ai demandé à Christian Beyer de commencer notre entretien par une promenade dans le vignoble afin de pouvoir découvrir in-situ le découpage extrêmement complexe de ce Grand Cru.

Le soleil printanier est au rendez-vous, les coteaux d’Eguisheim offrent des points de vue magnifiques…quel plus beau cadre pour parler terroir et vins !
 

Pfersigberg 0325 Vue sur une partie du vignoble d’Eguisheim à partir du futur « Clos Lucas » sur le coteau nord du Pfersigberg.


Comment définiriez-vous ce terroir ?

Le Pfersigberg est un terroir assez diversifié « le découpage complexe de ce Grand Cru obéit à une logique difficile à expliquer sur un plan purement géologique » même si la roche mère calcaire est présente partout « le calcaire est le trait d’union entre les parcelles du Pfersigberg ». Sur le plan de la chimie les sols de ce Grand Cru sont de nature basique avec des PH assez élevés.
Il y a aussi une unité climatique avérée : le climat « solaire et précoce » se retrouve sur tous les coteaux du Grand Cru.


Christian Beyer identifie 3 zones bien distinctes sur le Pfersigberg, qui correspondent aux 3 coteaux englobés par la délimitation du Grand Cru :
-    le coteau nord : appelé le « Sundel Recke » (le dos du Sundel) est un coteau aux sols assez pauvres et pierreux, traversé au milieu par une faille géologique qui partage le secteur en deux terroirs distincts : côté ouest les sols sont plus calcaires (oolithique) et côté est les sols deviennent calcaro-gréseux (grès calcifié). C’est sur ce coteau que Christian Beyer est en train de créer le « Clos Lucas » dont nous parlerons plus loin.

 

Pfersigberg 0322Grès calcifiés, grès, calcaire oolithique…une collection de pierres datant du Jurassique ramassées dans le pierrier du clos Lucas et identifiés par un géologue
 

 

-    le coteau central qui comprend le lieu-dit cadastral Pfersigberg et les parcelles qui l’entourent est en « proche parenté » avec le coteau nord par sa nature calcaro-gréseuse, même si les sols y sont un peu plus profonds.
-    le coteau sud est plus hétérogène avec des parcelles intéressantes mais une présence accrue de « marnes argileuses » qui rendent les sols plus riches et plus fertiles.

 

Pfersigberg 0332Un secteur calcaro-gréseux assez pierreux sur le coteau central du Pfersigberg.


 

C’est un terroir « avec des secteurs très qualitatifs mais dont l’unité reste cependant difficile à situer »… à l’heure où une directive européenne demande aux vignerons de définir précisément le « lien au terroir » pour les Grands Crus, le cas du Pfersigberg ne sera sûrement pas le plus simple à traiter…
C’est aussi un Grand Cru qui montre que la délimitation d’un terroir classé est une affaire éminemment complexe où le facteur humain ou « politique » peut peser très lourd « initialement on avait déterminé 4 entités géologiques distinctes sur le ban viticole d’Eguisheim : l’Eichberg et les 3 coteaux du Pfersigberg. Mais très vite, l’interprofession s’est rendu compte qu’il valait mieux choisir un regroupement géographique plus large pour pouvoir peser par le nombre dans le combat pour la reconnaissance des Grands Crus »…une démarche fructueuse au bout du compte, même si la questions de la typicité de ce terroir reste encore problématique.


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

« Si le gewurztraminer domine sur le Grand Cru c’est qu’il est le cépage le mieux adapté dans le secteur du Pfersigberg cadastral » : le gewurztraminer se plaît sur ce coteau aux sols calcaro-gréseux assez profonds.
« Je suis convaincu que le coteau nord avec ses sols pauvres et pierreux est un très grand terroir à riesling ». La célèbre cuvée de riesling « Comtes d’Eguisheim » de la maison Léon Beyer qui est produite dans le secteur est de ce coteau en apporte une preuve indiscutable qui, je n’en doute pas, sera confirmée par les premiers vins issus du « Clos Lucas ».
Pour le pinot gris « le Pfersigberg est un terroir trop solaire et très souvent les vins peinent à trouver leur équilibre dans ces conditions ».



Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Christian Beyer étant reconnu comme « expert du Pfersigberg » dans les dégustations d’agrément du Grand Cru, je crois que pour une fois l’épineuse question de la définition de l’identité gustative des vins ne va pas poser de gros problèmes à mon interlocuteur…
« Les vins du Pfersigberg ne se distinguent ni par leur puissance ni par leur austérité…sur ce Grand Cru on trouve surtout de l’élégance et de la finesse ».
Les vins se laissent approcher facilement « ils sont ouverts », même si un « côté salin prononcé » peut se manifester en fin de bouche.

Les rieslings offrent des palettes où on retrouve plus souvent des « fruits à noyau comme la pêche de vigne » que les notes d’agrumes, les gewurztraminers sont puissamment expressifs avec une salinité qui dépasse souvent le caractère opulent du cépage pour construire des « équilibres sapides et digestes ».

Pour comparer avec des Grands Crus voisins : « Au niveau du riesling le Pfersigberg s’apparente par bien des points au Vorbourg alors que pour le gewurztraminer on est souvent plus proche du Steinert ».


Y-a-t’il dans votre mémoire de dégustateur des vins qui vous ont aidé à vous faire une image de ce que devait être ce Grand Cru ?

Parmi les belles bouteilles que Christian Beyer a eu l’occasion de déguster il en relève 3 en particulier qui l’ont vraiment aidé à se faire une idée sur le style de vin qu’il avait envie de réaliser sur le Pfersigberg :
- Le Riesling Grasberg 1993 de Deiss : « un vin qui m’a donné une idée précise sur la manière dont le calcaire devait marquer l’identité d’un cru »
- Le Château Yquem 1988 : « qui m’a montré comment un vin très riche pouvait se révéler d’une incomparable élégance »
- Le Riesling Clos Saint Hune 1971 de Trimbach : « dégusté lors d’une séance de rebouchage à la Confrérie Saint Etienne, le côté vivant, frais et la persistance aromatique de ce vin m’ont subjugué »

Pour les vins du Pfersigberg à proprement parler, Christian Beyer n’a hélas plus l’occasion de remonter trop loin dans le temps puisque la collection de l’œnothèque familiale a été presque intégralement détruite par une inondation dans la cave : « les tonneaux flottaient, beaucoup de bouteilles se sont brisées et sur celles restées intactes il n’y avait plus d’étiquette… ».
Ceci dit, même s’il avoue qu’il n’a pas encore tout à fait abouti à ce qu’il recherche, ce jeune vigneron a déjà eu l’occasion de placer quelques jalons hautement qualitatifs dans sa production, notamment dans des millésimes froids « j’ai beaucoup de plaisir à faire du vin sur le Pfersigberg dans les années froides »…et comme nous le constaterons verre en main, 2010 le prouve de façon convaincante.
 

 

 

Comment voyez-vous l’avenir de ce terroir ?

Adjoint au maire, en charge de la culture, des festivités locales et de la communication, vice-président du Syndicat Viticole et membre du bureau de le Gestion Locale du Pfersigberg, Christian Beyer s’implique avec beaucoup de conviction dans une politique de développement de son village, qui reste un facteur-clé pour communiquer sur les vins : « Eguisheim doit être un village accueillant pour les visiteurs mais sans tomber dans une offre touristique excessive qui lui ferait perdre son âme ».
La Gestion Locale du Pfersigberg est un organe dynamique avec une jeune génération de vignerons (entre 30 et 40 ans), qui ont pris les rênes de leur domaine depuis quelques années et qui sont désireux de travailler ensemble.
Le grand nombre d’exploitants présents sur le Grand Cru rend les prises de décisions souvent difficiles. Malgré ceci une charte qualitative plus contraignante que le Décret règlementant les Grands Crus a été adoptée récemment pour les vins du Pfersigberg avec comme mesures emblématiques :
- la suppression du Dépassement du Plafond Limite de Classement (D.P.L.C).
- l’interdiction de la chaptalisation
- l’augmentation du degré minimal à la vendange (12°5 pour les rieslings et 14° pour les gewurztraminers et pinots gris).

Aujourd’hui, même si seulement 45% de la superficie du Pfersigberg est revendiquée en Grand Cru les perspectives d’évolution prêtent à un certain optimisme : lorsqu’on considère la volonté des vignerons pour agir ensemble et la force d’attraction d’un village aussi beau qu’Eguisheim on peut affirmer sans hésiter que le Pfersigberg possède des atouts majeurs dans sa quête de reconnaissance…Confiance !


Les vins du domaine : quelle conception ?

Etablis depuis le XVI° siècle à Eguisheim les Beyer sont une très ancienne famille vigneronne solidement implantée dans la vie politique et économique de cette cité viticole.

 

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Un pressoir du XVIII° siècle dans la cour pavée du domaine.

 

 

Né en 1976, Christian Beyer arrive au domaine familial en 1997, après une formation œnologique en Bourgogne, dans le sauternais au château Rieussec et au Schloss Johannisberg dans le Rheingau. Il prend peu à peu la succession de son père Luc, qui a donné sa dimension actuelle au domaine : en effet, ce « retraité actif » toujours présent aux côtés de son fils, a multiplié les achats de parcelles dans les années 50 et 60 pour faire passer la superficie du domaine de 3 à 17 hectares.
Avec 5 hectares classés en Grand Cru (sur les 17) ce jeune vigneron a la charge d’un beau patrimoine viticole qu’il s’applique à valoriser par d’ambitieux projets de replantation « pour adapter au mieux les cépages aux différents terroirs ».
 

 

Sur le coteau nord du Pfersigberg au niveau du lieu-dit Sundel, Christian Beyer a crée le Clos Lucas en hommage à cet ancêtre qui a acheté des vignes, dont une partie de cette parcelle, après la Révolution Française « un projet de 10 ans qui s’est concrétisé ». C’est une parcelle pentue de 2,5 hectares de riesling, plantée en haute densité (10000 pieds/ha).

 

Pfersigberg 0324 Le pierrier et les terrasses du Clos Lucas


L’aménagement de ce coteau calcaro-gréseux bien exposé, où les nuits sont fraîches (grâce à l’air froid qui descende des Vosges à la tombée du jour) a duré 4 années mais le résultat est vraiment superbe : « un bel endroit où prend plaisir à travailler et où nous avons bon espoir de réaliser une grande cuvée de riesling ».


 
Pfersigberg 0326aVue générale sur le clos et ses enrochements.
 

 

 

A l’ouest du coteau nord du Pfersigberg, Christian Beyer a planté une parcelle de Pinot Noir en 2005 « avec des greffons provenant d’une sélection massale du Clos des Epenots à Pommard, j’ai bon espoir de réussir un grand vin rouge alsacien »
 
 

Pfersigberg 0330aLa nouvelle parcelle de pinot noir situé sous l’enrochement et dans le prolongement du Pfersigberg.

 

Au niveau de la viticulture, le domaine Emile Beyer a entrepris une démarche de conversion vers l’agriculture biologique en 2011 : « Depuis 2005 nos pratiques sont proches des exigences du bio et en 2011 nous avons décidé de sauter le pas en revendiquant le label (…) C’est une charge de travail supplémentaire, surtout au plan administratif d’ailleurs, parce que dans les vignes ce n’est pas tellement plus compliqué ». En tous cas Christian Beyer a l’air très satisfait de son choix « on préserve sa santé et celle du consommateur et on retrouve une certaine fierté du travail bien fait ».

Les sols sont préparés en fonction de la nature de chaque parcelle, il y a un apport léger de compost à l’automne et la taille en Guyot simple est pratiquée pour contrôler les rendements : au domaine Emile Beyer on recherche un rendement moyen qui se situe autour de 55 hl/ha pour les cuvées génériques aux environs de 40 hl/ha pour les Grands Crus.
Les vendanges se déroulent sur plusieurs semaines afin de rentrer des raisins sains et mûrs, les pressurages doux et longs sont suivis par un débourbage à froid.

 

Au niveau des vinifications, depuis 2009 et l’achèvement de la nouvelle cave, les vins blancs fermentent et sont élevés en cuves inox et les pinots noirs en barriques bourguignonnes.
Christian Beyer privilégie les fermentations lentes et les élevages en milieu légèrement réducteur « Je suis peu sensible à l’esthétique particulière des vins oxydatifs en Alsace ». Les mises se font au printemps pour les cuvées génériques et au mois de juin pour les Grands Crus et toutes les bouteilles subissent un sulfitage léger : « nous recherchons des valeurs entre 32 et 34 mg/l de SO2 libre dans nos vins finis »
 

 

La production du domaine est écoulée millésime après millésime auprès d’une clientèle particulière très fidèle mais depuis quelques années, la demande à l’export a connu un essor considérable « d’un volume de moins de 10 % on est passé à plus de 35% en 3 ans » surtout avec le développement des marchés U.S., japonais et chinois…à ce rythme il ne va bientôt plus en rester pour nous !

 
Pfersigberg 0350
Les nouveaux locaux professionnels du domaine Emile Beyer…espace et esthétique.

 


Et dans le verre ça donne quoi ?

Avant de nous installer dans la « Stube » de l’hostellerie nous partons pour une visite rapide de la nouvelle cave et pour une dégustation sur cuve des jus de 2011.

 

Pfersigberg 0348Une partie de la cuverie dans la nouvelle cave.

 

 

 

Pinot blanc : vif, citronné et floral au nez, il est d’une rondeur très avenante en bouche.
Issu d’un assemblage pinot blanc et auxerrois ce vin est particulièrement séduisant : simple mais très gourmand…une jolie mise en bouche !
Riesling Pfersigberg : l’olfaction est perturbée par des notes fermentaires mais la matière est riche, le gras sensible et l’acidité très élégante, la race du terroir se révèle en finale par une salinité très présente.
Riesling Eichberg : la fermentation marque plus discrètement le nez qui révèle de belles notes de citron confit, la structure en bouche très droite se présente avec moins de complexité que le Pfersigberg.
Ces deux Grands Crus en cours de fermentation possèdent encore une quinzaine de grammes des S.R. que Christian Beyer aimerait voir descendre à 6 ou 7. En tous cas, malgré leur caractère inachevé et leur richesse évidente ces deux vins sont déjà profondément marqués par leurs terroirs respectifs…c’est très bon signe !
Gewurztraminer Pfersigberg : intense et complexe sur le plan aromatique, ce vin en cours de fermentation (avec une malo achevée) étonne par son côté salin très prononcé qui équilibre une matière opulente.
Avec des raisins rentrés à 16°5 cette cuvée devra encore perdre quelques grammes de S.R. pour trouver sa véritable identité. En tous cas, on sent d’ores et déjà que le Pfersigberg commence à imprimer sa force minérale sur ce vin…MIAM !
Pinot gris Hohrain V.T. : le nez s’ouvre sur une légère réduction avant de livrer une palette bien mûre avec des notes fumées, grillées et confites, la bouche est ample et généreuse mais la finale acidulée apporte une pointe de fraîcheur très élégante.
Le Hohrain se trouve dans le secteur central du Pfersigberg mais sur un versant nord non-classé Grand Cru : c’est un terroir comparable à celui du Pfersigberg mais avec un côté plus frais…un endroit tout trouvé pour chercher des équilibres sur des matières riches comme ce pinot gris.

 

Pfersigberg 0349La nature du sol ayant demandé une profonde excavation avant construction, l’espace de stockage sous la cave est d’un volume impressionnant : il peut contenir la production de 5 millésimes.


Pour terminer cette longue visite nous retournons donc dans la maison du centre-village pour déguster quelques vins en bouteilles.
 

Pfersigberg 0353La « Stube » où sont accueillis les visiteurs du domaine Beyer.


 

En guise de mise en bouche nous commençons par un Pinot Gris L’Hostellerie 2010 : le nez est complexe avec de discrètes notes de fruits jaunes, de fumée et de pierre chaude, la bouche allie onctuosité et fraîcheur.
Cette cuvée de la gamme « Hostellerie » (allusion à l’histoire du domaine mais aussi clin d’œil aux restaurateurs…) est un pinot gris très séduisant où l’acidité caractéristique du millésime résonne harmonieusement avec une matière généreuse (10 g de SR)…voilà un très beau vin qui confirme une fois de plus que 2010 est une année magique pour ce cépage.


  Pfersigberg 0354

 

 

Nous revenons vers notre sujet principal avec une dégustation verticale de Riesling Pfersigberg :

2010 : le nez est fin, racé et complexe, acacia, pêche et herbes aromatiques, l’attaque en bouche est tout en suavité mais très vite une acidité bien large et une puissante salinité s’imposent pour donner un côté très tonique à l’ensemble.
Quelle classe, quelle distinction, quel vin ! J’ai l’impression que l’on est en présence d’une cuvée majeure sur ce millésime…qu’on se le dise !


2009 : le nez est ouverte et complexe sur la pomme golden, l’abricot, les herbes aromatique avec quelques notes pierreuses, la bouche est ample et riche avec un équilibre très gourmand mais une finale un peu moins longue que sur le 2010.
Voilà un vin qui se présente comme une friandise : on ne retrouve  pas la profondeur du grand 2010 mais le charme opère de façon irrésistible. MIAM franc et direct !

 

p 003Un grand séducteur au tarif actuellement…

 

 

2008 : le nez est plein de distinction et de race avec des notes délicates de miel d’acacia, de pêche et une touche d’herbes aromatiques, la bouche est parfaitement équilibrée, il y a du gras, une acidité fine mais bien longue et une minéralité très affirmée en finale.
Ce superbe riesling porté aux nues par la critique œnophile (17/20 au B.D. et Coup de cœur Hachette) n’est hélas plus en vente au domaine. Mais on se consolera sans peine avec le 2010 qui marche dans ses traces et qui sera bientôt au tarif. A bon entendeur…

2007 : le nez est discret et subtil sur un registre plus floral, en bouche tout n’est que distinction et élégance avec une structure construite autour d’une acidité ténue mais longue et persistante.
Ce vin de dentelle avec une matière apaisée et élégante montre une classe et une retenue toute aristocratique…un compagnon de haute gastronomie.

2005 : le nez est mûr sur le miel de sapin et le coing frais, la bouche présente un joli gras et une acidité très fine dans le style de celle du vin précédent mais la salinité finale se manifeste avec plus d’intensité.
Ce riesling ressemble au 2007 mais se distingue par une patine supplémentaire qui le rend encore plus élégant et qui me fait penser qu’il a atteint son optimum de maturité.

2004 : le nez est épanoui sur des fruits à noyau bien mûrs, la bouche est dense et concentrée avec un moelleux flatteur (10 g de SR) mais la finale n’a pas la marque minérale des cuvées précédentes.
Un riesling plus gourmand que racé mais qui se distingue par la plénitude de sa chair qui lui donne un côté très plaisant et facile d’accès.
 

 

2002 : le nez est discret et très complexe avec une retenue pleine de classe qui évoque un peu le style du 2007 ou du 2008, on y sent un fruité encore bien frais et quelques notes de zeste, en bouche l’équilibre est tonique avec une acidité fine et précise et une finale longue et saline.
Un riesling étonnant de jeunesse et de fraîcheur à savourer aujourd’hui, mais nul besoin de se précipiter, ce vin a encore de la ressource.

2000 : le charme ‘un fruité mûr complété par quelques notes de résine opère immédiatement et rend l’olfaction particulièrement séduisante, la bouche n’est pas en reste avec sa matière concentrée tendue par une acidité fine et sa finale très sapide sur le pomelo.
Ce riesling laisse une belle impression de plénitude et de sérénité…voilà un beau vin de méditation pour finir cette série.

 

Pfersigberg 0357Le dernier carré de rieslings


L’après-midi étant déjà bien avancée l’heure du retour obligé vers Strasbourg approche mais Christian me propose néanmoins de faire une dernière petite remontée dans le temps avec un quatuor de Gewurztraminer Pfersigberg :

2008 : le nez est expressif mais très aérien avec un fruité mûr et des belles notes florales, la bouche est opulente mais la puissante salinité qui soutient la finale donne une belle impression de vivacité à l’ensemble.
Issu d’une vigne située sur la calotte sommitale du coteau du Sundel (au dessus du futur Clos Lucas) ce vin moelleux (44g de SR) mais profondément minéral laisse une superbe impression d’harmonie en bouche. MIAM !

2005 : le nez est intense, presque explosif, on y perçoit une fruité bien mûr et une touche de pain grillé, la bouche est généreuse, gourmande avec une texture très caressant et une finale suave et complexe relevée par de discrètes notes épicées.
Arrivé à maturité, ce vin puissamment expressif est une vraie friandise qui n’aura aucune peine à séduire un large public mais qui trouvera aussi sa place à table surtout en compagnie de saveurs exotiques.
 

 

2000 : le nez est d’une fraicheur étonnante même si les arômes fruités ne tiennent pas excessivement longtemps, la bouche est ample et bien ronde avec une finale délicatement mentholée et légèrement épicée.
Après le 2005 très démonstratif nous revenons vers davantage de raffinement et d’élégance avec ce gewurztraminer qui semble néanmoins avoir un peu dépassé son optimum de maturité.

1997 : le nez est époustouflant de complexité et de raffinement, miel de sapin, bois de réglisse, lavande, jasmin… la bouche est fraîche, longiligne mais bien tenue par une fine trame saline, la finale se prolonge avec une ouverture aromatique exceptionnelle.
Quelle jeunesse, quelle race...un vin d’une beauté rare qui montre que sur certain millésimes le potentiel de garde des Pfersigberg dépasse allègrement la décennie ! Que dire de plus ? Rien, silence et recueillement…et fin de série en apothéose !


Pfersigberg 0362  Quatuor final et apothéose...

 

 

Pour conclure, un petit bilan sur cette quatorzième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

- J’ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Pfersigberg comme avant !

- Cette quatorzième étape sur la route des  Grand Cru m’a mis en présence d’un terroir très compliqué à étudier : issu d’un découpage qui a plus tenu compte des enjeux humains que des points de convergence d’ordre physiques et géologiques, le Pfersigberg aura surement quelques difficultés a communiquer sur son unité mais il n’en reste pas moins qu’il permet à quelques talentueux vignerons d’Eguisheim de sortir régulièrement des cuvées dont la haute valeur qualitative justifie pleinement sa place parmi l’élite alsacienne.

- Tout en élégance et d’une tenue presque aristocratique les vins du Pfersigberg se distinguent par des palettes complexes et raffinées et des présences en bouche pures, longilignes et soutenues par une acidité fine, ondulante mais qui équilibre leur structure sans la tendre excessivement…pas d’excès de force ou d’excentricité mais souvent une classe incontestable !

- Avec la récente construction de locaux professionnels spacieux et fonctionnels, le superbe projet de Clos sur le Pfersigberg dont on pourra goûter les premiers vins dans quelques années et le passage en viticulture biologique on peut dire que Christian Beyer a tout mis en œuvre pour se donner les moyens de ses ambitions…dans de telles conditions la réussite est presque inéluctable et, pour tout dire, amplement méritée !
Christian Beyer est un vigneron cultivé, impliqué dans la vie de son village et profondément convaincu de la grande valeur des terroirs d’Eguisheim : sa passion et sa générosité sont une véritable bénédiction pour tout œnophile curieux et désireux d’apprendre…Quelle belle rencontre !

Merci pour cette journée mémorable.


 

Pfersigberg 0338 Les 3 Châteaux, Husseren et la partie sud du Pfersigberg.




Publié dans : Grands crus d'Alsace - Communauté : vin d'alsace
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 14:43

LE ZOTZENBERG SELON…

 

 

Il faut se rendre à l’évidence, malgré certaines routines construites progressivement depuis le début de ma quête, mon projet d’étudier en détail les 51 Grands Crus alsaciens avance de moins en moins vite.
J’ai bien conscience qu’un tel chantier nécessiterait un investissement quasi exclusif de ma part, mais le monde du vin est tellement riche dans sa diversité que je n’ai vraiment pas envie de me restreindre à un seul thème, fut-il aussi passionnant que cette étude des Grands Crus d’Alsace…
Mais bon, je continue tranquillement mon bonhomme de chemin…qui sait, j’arriverai peut-être au bout !

Me voilà donc de retour dans le Bas-Rhin où j’ai entrepris une remontée nord-sud qui a débuté par les terroirs de la Couronne d’Or, qui s’est poursuivie par le Kirchberg de Barr avant d’arriver à Mittelbergheim pour cette 13°étape sur le coteau du Zotzenberg en compagnie de Jean-Pierre Rietsch.
Hoppla, c’est parti !

 

Zotzenberg 0019  

 

Le Zotzenberg en automne.

 

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

 

Mittelbergheim est surement le village dont j’ai le plus souvent parlé sur la toile jusqu’ici : un lieu à l’esthétique pittoresque et au caractère encore très authentique où se côtoient un nombre impressionnant de grands vignerons (Seltz, Rieffel, Boeckel, Gilg, Rietsch…), quelle plus belle destination de sortie pour un ivrogne à tendance bucolique comme moi ?

 

CIMG3661  

  Mittelbergheim à la fin de l’été

Mittelbergheim est un petit village de près de 700 habitants construit à flanc de coteau et partage son territoire entre les dernières collines sous-vosgiennes et les premiers replats du Ried. Située à une trentaine de kilomètres de Strasbourg, entre Barr et Andlau, cette bourgade vigneronne possède une unité de style architectural remarquable. Mittelbergheim, qui a su conserver le caractère de village viticole des XVII° et XVIII° siècles, est classé officiellement parmi les « Plus beaux villages de France ».

 
 
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  Le village de Mittelbergheim vu du Moenchberg d’Andlau

 

A travers l’histoire, le nom de ce lieu fait explicitement référence à sa situation particulière entre montagnes et collines. Ce village s’est appelé Mittelbergensis, Alsata Mediomentanus, Berghe ou Villa Bergheim avant de trouver sa dénomination actuelle au XVII° siècle : Mittel (milieu)-berg (montagne)-heim (village) qui peut se traduire par « Village au milieu des montagnes » ou « Village de la montagne du milieu ». Dans son livre « La grande encyclopédie des lieux d’Alsace » M. P. Urban nous propose une version un peu différente lorsqu’il présente ce village comme « élément médian d’une triade composée de Scharrachbergheim, Mittelbergheim et Bergheim, 3 villages en ligne droite le long de l’antique route du piémont des Vosges, séparées chacun d’une distance de 22 kilomètres, soit exactement 10 lieues gauloises ».
Avec deux versions cohérentes qui s’appuient sur des données topographiques indiscutables, il est difficile trancher pour définir la vérité historique…ceci dit, en étudiant le blason de la cité on devinera aisément le parti pris de ses concepteurs.


1000px-Blason Mittelbergheim 67.svg        CIMG3648

Le blason de Mittelbergheim…au milieu des montagnes ou montagne du milieu ?

 

 

L’origine avérée du site remonte au IX° siècle où une charte relative à la fondation de l’abbaye d’Andlau mentionne l’existence mais certaines traces encore visibles aujourd’hui préfigurent l’existence d’une structure agraire pré-celtique ou celtique et des occupations successives de peuples francs et romains.

Jusqu’au milieu du XIII° siècle le village se trouvait sous la juridiction de l’évêque de Strasbourg et était administré par les Abbayes d’Andlau et du Mont Sainte Odile. De 1255 jusqu’à la Révolution ce furent l’évêque de Strasbourg, les seigneurs d’Andlau et les Berkheim (une famille de nobles qui à pris le nom du lieu) qui se partageaient le territoire : Mittelbergheim était alors administré par un prévôt nommé par Strasbourg, un maire et quatre échevins nommés par les seigneurs.

 

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Parmi les nombreux témoignages du passé la fontaine de la « Sinn » qui date du XIV° siècle.


Contrairement à beaucoup de villages du piémont vosgien, Mittelbergheim ne fut jamais fortifiée : lors des attaques ou des invasions qui se sont succédé à travers l’histoire, la population fuyait vers les villes voisines telles que Dambach, Andlau ou les châteaux situés sur les hauteurs à proximité.

Epousant la cause de la Réforme dès 1530, Mittelbergheim a vu cohabiter pacifiquement les deux religions à partir de 1545 et a bénéficié du statut de ville libre jusqu’en1680, année où elle devint française en même temps que Strasbourg, 32 ans après le traité de Westphalie.
La grande réforme administrative de 1790 fera de ce village une véritable municipalité dépendant du canton de Barr.

 

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L’église protestante : construite à l’emplacement d’une chapelle du XII° siècle elle possède une base romane mais les fenêtres sont de forme gothique (XVII° siècle) et la flèche effilée date du XIX° siècle.

 
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L’église catholique en grès date de la fin du XIX° siècle

 

 

Au cours du XVIII° et du XIX° siècle le village connaît un développement harmonieux avec des activités diversifiées où seulement 5% de la population active vit de la production viticole.
Le XX° siècle fut celui du développement de la viticulture à Mittelbergheim. Après 1950 le commerce du vin est florissant et devient l’activité principale du village. Aujourd’hui encore près de la moitié de la population en vit, puisqu’on dénombre 64 exploitations officiellement recensées : la plupart étant restées de dimension familiale, leurs revenus proviennent à plus de 80% de la vente directe aux particuliers.

 

Cette situation particulière explique le dynamisme des vignerons locaux qui organisent régulièrement des manifestations festives autour du vin. Avec un sentier viticole très pédagogique qui parcourt le Zotzenberg et un nombre impressionnant de caves particulières où le visiteur est reçu dans de beaux caveaux de dégustation, l’œnophile trouve dans ce très beau village un « terrain de jeu » presque unique en Alsace.

Comme la plupart des maisons du village ont été construites entre 1540 et 1630, le promeneur féru d’histoire et d’architecture pourra admirer ces constructions datant de l’époque de la Renaissance allemande.


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Les rues de Mittelbergheim avec ses maisons de style Renaissance d’une grande unité de style architectural : cours fermées par un porche, toits hauts et pointus

 

Au XVI° siècle, Mittelbergheim comptait plusieurs dizaines de pressoirs en bois, aujourd’hui il en reste 8 qui datent du XVIII° siècle et qui décorent les rues du village : celui de la cour dîmière (27 rue Principale) et celui qui se trouve devant l’entrée du domaine Rietsch méritent qu’on s’y arrête un instant pour admirer ces éléments en chêne massif qui ont résisté à l’usure du temps…Impressionnant !
 

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Les pressoirs fleuris de Mittelbergheim : rue Principale (en haut) et à côté du domaine Rietsch (en bas)


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Le touriste randonneur trouvera une foule d’itinéraires balisés qui le mèneront à travers vignes et forêts sur les hauteurs vosgiennes où ils découvriront de magnifiques points de vue et quelques beaux châteaux forts datant du moyen-âge, comme le Bernstein ou le Haut Andlau.


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Vue rapprochée du Haut Andlau (photo empruntée sur http://chateau.over-blog.net/ avec l’aimable autorisation de l’auteur)


Comme Niedermorschwihr dans le Haut-Rhin, Mittelbergheim s’impose comme l’un des plus beaux fleurons de la route des vins bas-rhinoise…une étape incontournable – ENCORE UNE ! – pour tout œnophile désireux de s’imprégner de l’esprit du vignoble alsacien


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Une étape sur le chemin de promenade du tour du village : les automates animés autour d’un pressoir datant du XV° siècle.
 

 

 

 

 

Le Grand Cru Zotzenberg se situe dans une combe régulière qui se dessine sur le flanc sud de la colline de Mittelbergheim.

 

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Le Zotzenberg vu du haut, vers l’ouest.



Exposées au sud et au sud-est les parcelles du Grand Cru, dont l’altitude varie entre 225 et 320 mètres, occupent une superficie totale de 36,45 hectares
   zotzenberg

Le Zotzenberg, un tracé complexe…à l’image de sa géologie.
 

 

Le climat qu’offre le Zotzenberg est particulièrement propice à la viticulture : protégées des vents d’ouest et de la pluie par le massif des Vosges, ses pentes douces exposées principalement au sud donnent à la vigne de très bonnes conditions d’ensoleillement.
Avec des étés secs et chauds et de longs automnes ensoleillés, la vigne arrive à maturité sans difficulté même dans des millésimes réputés plus compliqués, comme il y en a eu quelques uns ces dernières années…

 

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Le Zotzenberg ou « L’automne en pente douce »…

Sur le plan géologique ce Grand Cru est classé dans les terroirs marno-calcaro-gréseux : ce sont des « sols bruns calcaires du Bajocien et du Lias sous-jacent, avec en amont des sols bruns calcaires sur conglomérat de l’Oligocène » (Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacienCIVA).

Comme le Kirchberg voisin, le Zotzenberg est situé dans le champ de fracture de Barr. Ses sols sont essentiellement formés par divers ensembles de roches sédimentaires tels que des grès vosgiens, des calcaires oolithiques et des marnes calcaires et gréseuses. Les couches superficielles ont une épaisseur qui varie de quelques mètres à plusieurs décamètres et sont constitués de sédiments récents et de roches altérées de nature argilo-sablo-limoneuse
L’aspect physique des sols témoigne de cette grande diversité géologique : plutôt bruns beiges à bruns gris légèrement caillouteux en amont ils deviennent plus argileux et plus sableux vers le bas et prennent une teinte brune-orangée.

 

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Sols du Zotzenberg vers l’amont…

 

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…et vers l’aval


 

Pour complexifier encore un peu le profil, une faille géologique sépare le Grand Cru au niveau de la route entre Barr et Mittelbergheim en délimitant un secteur oriental où dominent les marnes gréseuses ferrugineuses recouvertes de limons et d’argiles et qui se trouve près du centre du village.

Pour des informations plus détaillées je vous renvoie au lien suivant : http://www.zotzenberg.com/index.php?include=page61&geologie=geologie#oligocene
 

 

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Une parcelle du Grand Cru au dessus de la route qui matérialise la faille.


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Une vigne dans le "Berg", le secteur oriental du Zotzenberg


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  Un pied de vigne dans le secteur gréseux ferrugineux du Zotzenberg.
 

 

Sur le plan historique, l’implantation de la vigne à Mittelbergheim est aussi ancienne que les origines du village et le lieu-dit « Zoczenberg » était déjà identifié et reconnu au XIV° siècle (le nom apparaît dans un document datant de 1364). A partir du XV° siècle, avec le développement du commerce du vin, les vignerons du village décident de tenir un registre sur le prix du vin (le « Weinschlagbuch ») dont la tradition perdure jusqu’à nos jours.
C’est au XVI° siècle que le nom définitif du Grand Cru est mentionné pour la première fois : la dénomination Zotzenberg apparaît en 1541 dans un document d’archives de Mittelbergheim. Malgré de nombreuses hypothèses l’origine avérée de ce toponyme n’est toujours pas déterminée à l’heure actuelle : racines latines, slaves, germaniques ou gitanes…le choix reste ouvert.
La viticulture connaîtra un véritable âge d’or durant les XVI° et XVII° siècles : la plupart des riches demeures vigneronnes parfaitement restaurées aujourd’hui ont été construites à cette époque.


 
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  Sur le porche des maisons, le blason taillé dans le grès avec la date de construction.


Le sylvaner est apparu en Basse-Alsace au cours du XVIII° siècle et a été implanté sur le Zotzenberg à la fin du XIX°. Après un long travail d’observation et d’expérimentation, les vignerons de Mittelbergheim ont pu mesurer la qualité que pouvaient avoir les vins issus de sylvaner sur ce terroir. Dès le début du XX° siècle le Zotzenberg est commercialisé sous son nom, en associant tout naturellement le sylvaner à ce lieu-dit : des documents prouvent qu’on trouvait du Sylvaner Zotzenberg dès 1921 et certains témoignages d’anciens nous rappellent que lorsqu’ils commandaient du Zotzenberg, on leur proposait systématiquement du sylvaner.
Le décret du 17 décembre 1992 reconnaît le lieu-dit Zotzenberg comme une dénomination géographique au sein de l’appellation Grand Cru, mais en exclut le cépage sylvaner qui fut en grande partie à l’origine de la réputation de ce terroir.
Considérant ce cépage comme faisant partie intégrante de l’identité de ce Grand Cru les vignerons de Mittelbergheim se sont battus pour obtenir une mesure dérogatoire de l’A.O.C. ; ils ont obtenu gain de cause avec le décret du 25 mars 2005, qui autorise le sylvaner dans l’appellation Grand Cru Zotzenberg.
 

 

Au niveau de la viticulture, cette adéquation naturelle presque parfaite entre le terroir du Zotzenberg et le sylvaner a poussé les vignerons de Mittelbergheim à défendre ce cépage contre vents et marées en s’inscrivant dans une démarche qualitative exemplaire.
Ce cépage roturier qui peut se montrer très productif est lié à une image de vin d’entrée de gamme, simple, peu aromatique, dilué et se vendant à bas prix. Mais comme le dit Albert Seltz, président du syndicat viticole local « le sylvaner est un cépage subtil, fragile, délicat (…) bien vinifié il fait découvrir quelque chose que l’on ignore encore en Alsace, parce que jamais l’on ne s’est donné la peine de chercher à savoir ce qu’un sylvaner peut donner quand il est produit dans les mêmes conditions et avec les mêmes rendements qu’un pinot gris ou un gewurztraminer ».
Les producteurs de ce village ont vraiment du mobiliser des convictions profondes en affirmant leur confiance absolue dans la valeur de ce terroir pour réussir à faire survivre le sylvaner dans ce Grand Cru. Aujourd’hui encore cette solidarité et cette exigence qualitative se retrouvent toujours dans les pratiques en vigueur sur le Zotzenberg : démarche environnementale forte avec une viticulture propre et un respect de la biodiversité dans les vignes, rendements sévèrement contrôlés et entente cordiale entre vignerons pour continuer la promotion de leur production.

 

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Enherbement et labour plus ou moins profond…les pratiques viticoles propres sont dominantes sur le Zotzenberg. 

 

  Zotzenberg 0007


Avant le décret définissant les Grands Crus d’Alsace, le sylvaner occupait 1/3 de la superficie du Zotzenberg, après une diminution logique suite au texte législatif qui excluait le cépage de l’appellation, il couvre près de 40% de la surface de production aujourd’hui.
Implanté principalement dans des parcelles à mi-coteau le sylvaner est resté le roi du Zotzenberg même si d’autres cépages nobles sont à même d’engendre de très grands vins sur ce terroir : les rieslings dans les secteurs les plus hauts (plus calcaires), les gewurztraminers et pinots gris dans le secteur proche du centre du village (gréseux et ferrugineux). Le muscat qui a cédé sa place au sylvaner dans le cahier de charge du Grand Cru depuis 2005 a pratiquement disparu sur le Zotzenberg.

Les vins du Zotzenberg sont avant tout des vins de garde car ils demandent toujours quelques années pour montrer leur classe. Comme l’affirme S. Dubs en parlant des vins de sylvaner « Après 4 à 5 ans de garde, il développe du gras, de la complexité et une minéralité qui lui est propre, qui signe ce terroir et en fait l’un des meilleurs sylvaners du monde ».
Les rieslings sont également d’une grande complexité aromatique avec une palette florale (petites fleurs de printemps, acacia) et fruitée (pèche, bigarreau), leur structure plus fine que puissante leur confère un degré de raffinement supplémentaire.
Les pinots gris sont ronds et assez exubérants et les gewurztraminers souvent assez riches, exhalent de délicieuses senteurs florales (violette, muguet, rose).

 


 
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Vue à partir de l’extrême ouest du Zotzenberg.

 

 

 

…JEAN-PIERRE RIETSCH

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Le Domaine Rietsch se trouve au cœur du village de Mittelbergheim, à côté de l’église protestante et juste au dessus du coteau du Stein.



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  Vue estivale du de Mittelbergheim avec les toits du domaine Rietsch à droite du clocher. 


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Vue du domaine sur les vignes du Stein dans les brumes de cette fin d’automne…juste pour montrer qui fait parfois aussi un peu moins beau en Alsace !


Après une rapide escapade sur le coteau du Zotzenberg pour constater que le brouillard persistant ne me permettra pas de prendre quelques photos supplémentaires pour illustrer cet article, je me rends au domaine Rietsch où Jean-Pierre m’attend pour notre entrevue au sujet du Grand Cru.


 
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  Entre l’église protestante et le pressoir ancien, la maison très « style Mittelbergheim » du domaine Rietsch
 

 

En ce jour d’automne brumeux et frisquet où le mercure peine à passer la barre des 5°, je m’installe volontiers dans la douillette ambiance du caveau de dégustation du domaine. Les Spiegelau sont sur la table, une série de bouteilles attend dehors au frais et Jean-Pierre s’est réservé toute cette après-midi pour répondre aux habituelles questions de votre serviteur…voilà une visite qui commence plutôt bien !

 


Comment définir ce terroir ?

Le terroir du Zotzenberg est profondément ancré dans l’histoire de la vigne à Mittelbergheim : « il bénéficie d’une reconnaissance d’usage depuis le début du XX° siècle ».
L’étude des sols du Grand Cru montre une grande diversité géologique « on aurait même pu séparer le Zotzenberg en 2 terroirs distincts : le secteur Ouest à dominante marno-calcaire et le secteur Est, gréseux et ferrugineux ».

 

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Près du cimetière dans le secteur baptisé « Rotland » (Terre rouge) le sol est gréseux-ferrugineux

 

 

Malgré cette diversité, ce coteau mérite pleinement sa réputation, notamment par « son aptitude à produire avec une grande régularité des fruits équilibrés matière première indispensable pour réussir des vins équilibrés »...et dignes du label Grand Crus d’Alsace.
 

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  Une bien belle grappe oubliée par les vendangeurs dans le secteur haut du Zotzenberg
 

 

Malgré une pluviométrie faible la vigne n’est que très rarement soumise au stress hydrique sur le Zotzenberg, mais les raisins y ont tendance à atteindre très facilement un haut degré de maturité. Cette qualité apparente peut parfois poser des problèmes à un vigneron comme Jean-Pierre qui pense que « une maturité excessive peut brouiller la pureté de l’expression du terroir ».
Face à la complexité et la force de ce coteau du Zotzenberg ce vigneron avoue ne pas encore avoir saisi toutes les subtilités de ce terroir « même si je commence à être en phase avec le Zotzenberg pour le riesling, l’expression idéale du sylvaner reste encore énigmatique pour moi… ».
Jean-Pierre, qui pense que pour approcher l’essence profonde d’un vin il faut chercher à épurer sa matière, a bien conscience qu’il n’est pas encore au bout de sa quête…


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Il est clair que la complexité géologique du Zotzenberg rend son terroir naturellement polyvalent et donc apte à produire des vins dignes d’intérêt avec les 4 cépages autorisés, mais il n’en reste pas moins que « c’est effectivement le sylvaner qui exprime très bien l’identité du sol du Zotzenberg ».
Malgré ce constat, Jean-Pierre reconnaît qu’il est encore dans l’expectative face à ce cépage : « Nos sylvaners proviennent d’une vieille vigne bien implantée qui s’équilibre naturellement chaque année autour de 60 hl/ha mais qui produit souvent une vendange trop riche en degrés ». Comme il pense que les sucres résiduels sont « des éléments perturbateurs dans l’expression d’un terroir », il se définit comme étant encore « en recherche » pour trouver la bonne méthode culturale et le bon processus de vinification qui lui permettront de réussir un grand vin sec avec ce cépage.
Avec le riesling les choses sont un peu moins compliquées : « grâce à son acidité naturelle plus importante, ce cépage engendre des vins qui s’équilibrent plus facilement ». Sur le millésime 2010, le riesling Zotzenberg, conçu avec une vinification sans intrants et sans SO2, correspond bien à l’image que Jean-Pierre se fait de ce Grand Cru.


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

« L’expression du terroir est une chose éminemment compliquée…et quitte à te décevoir, je ne sais pas vraiment définir cela aujourd’hui pour le Zotzenberg »
Moi qui essaye de me construire un système de repères fiables sur les Grands Crus pour éviter de me couvrir de ridicule lorsqu’on me met au défi d’en reconnaître l’un ou l’autre…je sens que je vais encore repartir bredouille. Ca commence à bien faire !
Ceci dit, comme je connais Jean-Pierre depuis quelques années, je n’ai pas été surpris : face aux phénomènes complexes qui interagissent dans la conception d’un vin ce vigneron se garde bien d’énoncer des vérités définitives. «  Même lorsque nous dégustons entre collègues de Mittelbergheim nous avons des difficultés à déterminer ce qui dans un vin provient du terroir, du millésime ou de la patte du vigneron ».
Lors de dégustations comparatives de crus du Zotzenberg, du Brandluft et du Stein, ce sont le plus souvent le millésime et le vigneron qui sont reconnus avant le terroir. « Le mieux c’est peut-être de faire des travaux pratiques sur une série de bouteilles : même si notre rapport au terroir se décrypte à travers nos sens, les mots pour en parler ne sont pas toujours faciles à trouver…mais en échangeant des impressions avec autrui on avance plus facilement ».
Voilà une sage décision : ouvrir quelques bouteilles, partager des sensations et des émotions…quel plus beau chemin vers davantage de savoir !

Nous commençons par une série de Riesling Grand Cru Zotzenberg :

2000 : le nez est direct et pur, finement floral avec des notes terpéniques en fond, la bouche est équilibrée avec un milieu bien frais et une finale longuement aromatique, marquée par de beaux amers et une sensation presque tannique à la base de la langue
Malgré un équilibre très strict ce riesling surprend par sa texture très grenue et sa grande longueur aromatique.

2001 : le nez est plus mûr sur le miel, la pêche et quelques notes grillées qui apparaissent après oxygénation, en bouche l’attaque est assez ronde mais dès le milieu on sent une puissante salinité et de beaux amers qui s’élargissent pour soutenir la finale.
Voilà un riesling expressif, équilibré et minéral qui s’affirme comme une belle réussite sur ce grand millésime dont on n’a surement pas encore exploré tout le potentiel.

2003 : le nez franc et agréable s’exprime sur un registre fruité et floral bien complexe, la bouche qui se montre généreuse dès l’attaque possède une ampleur réelle mais la salinité est moindre par rapport aux cuvées précédentes et la finale finement épicée révèle une amertume un peu plus rugueuse.
Ce riesling flatte au premier abord mais ne convainc pas au palais, même s’il y a un véritable air de famille avec les deux vins précédents…comme quoi il ne faut pas que de la chaleur pour réussir une grande cuvée !

2007: le nez est pur, précis et très gourmand sur les fruits à noyau, les agrumes et les fleurs, la bouche très juteuse possède une palette dédiée à l’orange (jus et zeste) et aux épices, la minéralité qui reste un peu en retrait face à cette richesse aromatique s’impose progressivement pour marquer puissamment la finale.
Ce riesling en pleine force de l’âge s’exprime avec un peu d’arrogance mais garde une grande classe…un vin déjà « bu et approuvé » il y a quelques jours chez moi mais que j’ai regoûté aujourd’hui sans bouder mon plaisir. Pourquoi se priver quand c’est bon !

2008: le nez est subtil et élégant avec une palette complexe qui prend son temps pour se livrer, la bouche très vive dès l’attaque possède une belle tension qui met en exergue la salinité et donne une grande profondeur à ce vin.
Tout en élégance et en raffinement ce riesling établit un certain contraste avec le précédent en plaçant son pouvoir de séduction dans un registre différent mais tout aussi efficace. Très beau vin !

2009: le nez est encore marqué par des arômes fermentaires mais après aération il révèle de beaux arômes d’orange amère et de zeste, la bouche est ample avec une salinité toujours très affirmée et une finale longue qui révèle des notes de cuir et d’épices.
Cette cuvée a fermenté depuis plus de 2 ans pour manger ses sucres et se présenter à nous aujourd’hui comme un riesling sec complexe et minéral…comme quoi si on choisit de laisser vivre sa vie à un vin il faut parfois savoir être patient.

2010: le nez est discret mais d’une grande pureté avec une palette subtile sur les fruits blancs et les fleurs, la bouche est solidement tenue par une acidité très large, la finale est puissamment saline.
Cette cuvée vinifiée « Nature » n’a pas été revendiquée en Grand Cru bien qu’elle provienne exclusivement du Zotzenberg. Lorsqu’il a décidé de tenter l’expérience sur cette cuvée Jean Pierre n’a pas voulu pendre de risque…mais au bout du compte ce riesling se tient magnifiquement bien et exprime avec une grande force la minéralité de son terroir.

Cette série de rieslings nous confirme que, même si la marque saline du terroir est omniprésente en fin de bouche sur chaque vin, l’influence des millésimes et la patte du vigneron (dont on a pu suivre l’évolution des conceptions durant cette dernière décennie) pèsent vraiment sur la nature de ces différentes cuvées.

 

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Pour compléter notre formation pratique nous poursuivons avec une petite série de Sylvaner Grand Cru Zotzenberg :

2000 Zotz : le nez est fin et raffiné sur un registre floral très aérien, en bouche l’attaque est assez souple, le milieu se montre un peu fuyant mais la finale se tient grâce à une fine amertume.
Un sylvaner qui fait une belle impression au nez mais qui ne tient pas toutes ses promesses en bouche. Peut-être un peu passé…

2005 Mystère Sylvaner : le nez est mûr et complexe sur les agrumes confits avec une belle touche minérale, la bouche est dense, très aromatique, avec d’intenses notes de fleur d’oranger qui se manifestent après oxygénation et une belle salinité finale.
On se régale vraiment avec ce vin qui montre que le Zotzenberg peut produire de grands sylvaners…mais Jean-Pierre reste dubitatif « c’est bon, mais trop riche…ce vin n’est plus dans l’esprit de ce que je recherche aujourd’hui ».

2010 : le nez est perturbé par des arômes fermentaires mais la bouche révèle une matière charnue, dense, équilibrée et très minérale.
Ce vin prélevé sur foudre n’a toujours pas fini ses sucres et fermente encore doucement…la recherche de vins secs demande parfois beaucoup de patience mais les sensations du jour sont très prometteuses.

Cette courte série de sylvaner nous fait découvrir trois vins travaillés dans un esprit très différent…la preuve que Jean-Pierre continue de chercher à percer le secret de ce cépage sur ce Grand Cru.

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Pour terminer cette session Jean-Pierre me propose deux cuvées particulières :

2007 Ni vu ni connu : le nez est marqué par l’oxydation mais des notes citronnées très vives apportent une touche de fraîcheur très agréable, la bouche est tendue et bien concentrée, la finale est longue sur la noix et les épices.
Ce sylvaner 2007 récolté sur le Zotzenberg a été élevé durant 3 ans et 7 mois en foudre (avec un petit voile durant 1 an et demi) Ce vin possède une personnalité originale et fortement typée qui le fait sortir des normes alsaciennes mais qui a trouvé son public dès sa sortie : les 700 bouteilles produites sont parties en quelques jours…au Japon notamment. Un « exercice de style » réussi !


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Sylvaner G.C. Zotzenberg - Sacré Sylvaner 2005 : le nez est très expressif sur le citron mûr, le champignon blanc et une pointe minérale très fine, en bouche, l’attaque est marquée par le raisin sec, le développement est moelleux et gras avec une salinité qui se manifeste progressivement depuis le milieu pour laisser en finale une belle sensation de sapidité.
Rentré avec une maturité S.G.N. ce vin liquoreux (100 g de SR) mais puissamment salin montre vraiment « la force de ce terroir ». Superbe !

 

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Ces deux cuvées extrêmes nous proposent des interprétations diamétralement opposées du sylvaner sur le Zotzenberg : le premier vin est structuré par un élevage oxydatif et le second par la richesse d’une vendange botrytisée…comme quoi ce Grand Cru permet vraiment au vigneron de laisser libre cours à sa créativité !
 

 

 

Y-a-t-il dans votre mémoire de vigneron le souvenir d’un vin mythique sur ce Grand Cru ?

Pour changer, la spéciale Thierry Meyer va encore faire un flop aujourd’hui car, malgré mon insistance un peu pesante, Jean-Pierre affirme sans hésiter que son vin mythique sur le Grand Cru est cette cuvée Riesling Nature 2010 qu’on vient de déguster à l’instant…
Et pourtant, chaque année, lors des « Journées Portes Ouvertes » du domaine les vieux millésimes ont une place de choix dans les dégustations proposées aux visiteurs : on ne peut pas croire un seul instant qu’il n’y a pas une culture des vins d’antan chez les Rietsch mais bon, la parole est au vigneron et je ne suis là que pour la relayer : « ce riesling colle parfaitement à la vision que j’ai du Zotzenberg, je sens ce vin en phase avec son terroir…et avec moi »…on ne saurait être plus clair !

 

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Quelles perspectives pour ce terroir ?

Jean-Pierre est convaincu que le combat pour le sylvaner sur le Zotzenberg a eu des répercussions positives pour la viticulture à Mittelbergheim :
- les débats pour faire amender la loi sur les Grands Crus a souvent placé le Zotzenberg sur le devant de la scène médiatique.
- la défense de ce projet a nettement resserré les liens de solidarité entre vignerons.
L’existence d’une œnothèque régulièrement approvisionnée prouve que les vignerons de ce village croient vraiment en la qualité de leur Grand Cru : située dans la cave voutée de l’Hôtel de Ville, elle regroupe une collection de flacons sélectionnés lors d’une dégustation annuelle pour conserver la mémoire des millésimes anciens.

 

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L’entrée de l’Œnothèque de Mittelbergheim



Profitant de son classement parmi les « Plus Beaux Villages de France » Mittelbergheim attire facilement les touristes qui vont flâner dans les rues et se laisser tenter par l’une ou l’autre visite dans l’un des nombreux caveaux : une manne bénie pour les vignerons qui, comme les Rietsch, ont particulièrement soigné leurs espaces d’accueil et proposent régulièrement des animations au sein de leur domaine.

 

    
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En levant un peu la tête dans les rues du village…les tentations sont nombreuses !

 

 

 

Les vins du domaine : quelle conception ?

La famille Rietsch est profondément enracinée à Mittelbergheim puisque sa présence dans le village est attestée depuis le 17° siècle. En 1970, Pierre et Doris, les parents de Jean-Pierre ont choisi d’abandonner la polyculture pour se consacrer exclusivement à la vigne. Aujourd’hui, cette exploitation familiale de 12 hectares est passée aux mains des enfants du couple fondateur, Jean-Pierre, Annelise qui poursuivent l’œuvre parentale aidés par leurs conjoints respectifs.

Au niveau de la viticulture, le domaine Rietsch à fait le choix exigeant de pratiques culturales respectueuses de l’environnement : en conversion bio depuis 2008 pour le pinot noir et 2009 pour les autres vins, la production sera officiellement labellisées AB en 2011 pour ses rouges et en 2012 pour l’ensemble de la gamme. Avec l’enherbement et le travail intégral du sol, les parcelles sont traitées dans le souci de préservation de la faune et de la flore indigènes pour permettre à la vigne de s’épanouir dans un milieu naturel sain et équilibré.

 

 
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La tulipe sauvage qui fleurit au printemps entre les pieds de vigne du Zotzenberg (photo empruntée sur http://lerustre.over-blog.com avec l’aimable autorisation de l’auteur)


Les vendanges sont uniquement manuelles, ce qui permet une trie précise et précoce. Les raisins sont pressés en douceur et sur une période assez longue dans un pressoir pneumatique, ce qui permet de limiter l’extraction des bourbes et d’économiser éventuellement une opération de filtration.

Au niveau des vinifications, la philosophie du domaine est claire « des interventions minimales et douces » : pas de levurage, pas de chaptalisation, pas d’acidification ou de désacidification, pas de collage, les vins subiront juste une filtration légère et un petit sulfitage pour les stabiliser le vin avant la mise : « Il n’y a pas d’intervention anodine sur un vin…dès qu’on agit sur les processus naturels le vin subit des transformations considérables ».
Aujourd’hui, Jean-Pierre est de plus en plus convaincu par la conception de vins Nature « c’est une démarche difficile et risquée mais c’est ce style de vin que j’ai envie de boire ».
Pour réussir ce type de vins il faut avant tout produire et récolter des fruits de qualité irréprochable : un état sanitaire parfait, une maturité optimale et un rapport malique/tartrique équilibré.
En second lieu il y a l’obligation de mener à leur terme les processus fermentaires pour stabiliser les vins : des fermentations malo-lactiques systématiques et des fermentations alcooliques complètes, même si dans certains millésimes elles ont besoin de beaucoup de temps pour aboutir. Les élevages se font majoritairement dans des foudres.

 


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Inox et béton dans la cuverie du domaine Rietsch.


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Dans le chai : foudres et demi-muids et quelques œuvres d’art à l’occasion de la journée « Portes Ouvertes » au domaine.
 

 

Pour résumer, Jean-Pierre Rietsch a choisi de concevoir ses vins en laissant le plus possible la nature faire son œuvre : « l’œnologie peut sauver une cuvée le cas échéant mais baser la réussite d’un vin sur l’œnologie ne correspond pas à ma vision du métier de vigneron ».
Chez Jean-Pierre Rietsch le rendement moyen sur le Zotzenberg se situe autour de 40 à 50 hl/ha pour les rieslings et autour de 50à 60 hl/ha pour les sylvaners.

La carte du domaine propose une bonne vingtaine de références avec des cuvées classées selon une typologie particulière : Vins Classiques – Vins Nature – Vins Insolites.

 

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La gamme Rietsch sur un tableau à double entrée…original !


Le domaine Rietsch s’appuie sur une solide base de clients alsaciens fidèles et réguliers « ils me suivent dans ma démarche depuis de longues années » et manifestent beaucoup d’intérêt pour « ces cuvées de vins originaux vendus entre 7 et 10 euros où je peux me lâcher et laisser libre cours à ma créativité ».
Il y a également quelques cavistes locaux spécialisés dans les vins Nature, qui contribuent à faire connaître le domaine.
Au niveau des exportations les destinations principales se situent en Europe et outre atlantique sans oublier le Japon qui depuis quelques années montre un intérêt réel pour les cuvées particulières Bio et Sans soufre.


Et dans le verre ça donne quoi ?

Après la dégustation de cette belle série de Zotzenberg décrite plus haut, nous n’avons évidemment plus le temps de voir en détail le reste de la production du domaine Rietsch mais en cherchant un peu sur le site vous verrez que, suite à mes visites régulières à Mittelbergheim, les commentaires ne manquent pas pour vous donner un petit aperçu gustatif des différentes cuvées au tarif actuellement.
Ceci dit, je ne résisterai pas au plaisir de mettre en avant deux vins absolument « indispensables » :

 

Riesling Stein 2010 : déjà évoqué lors de ma tournée dans le vignoble avec Cyril l’ardéchois, ce vin issu d’un autre grand terroir de Mittelbergheim, flatte les sens par sa pureté et sa profondeur aromatique tout en proposant une bouche très droite mais pleine de tonus et d’énergie.

Coup de Coeur 2010 : cet assemblage de pinot gris et de gewurztraminer récoltés sur le Zotzenberg, séduit dès le premier abord mais sans trop en faire : les cépages se fondent dans un registre aromatique fin et très agréable, citronné et légèrement exotique, la bouche est parfaitement équilibrée, gourmande et facile d’accès…MIAM !

 

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Pour conclure, un petit bilan sur cette treizième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

-    J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Zotzenberg comme avant !

-    Le Zotzenberg est un terroir complexe à plus d’un titre : avec une géologie très diversifiée et une histoire assez tortueuse ce Grand Cru recèle encore bien des mystères non élucidés à l’heure actuelle.
Les vins du Zotzenberg n’annoncent pas forcément leur identité à travers un registre olfactif spécifique mais sont marqués par une salinité très forte qui construit des équilibres souvent bien particuliers. Le leitmotiv de ce Grand Cru pourrait se trouver au niveau de la sensation que ses vins laissent en fin de bouche : des amers nobles et délicats, des impressions tactiles presque tanniques et une présence minérale qui marque réellement le goût.
-    Jean-Pierre Rietsch est un vigneron qui a choisi d’accorder autant d’importance à ses émotions et ses sensations qu’à sa raison pour décider de la meilleure façon de concevoir ses différentes cuvées. Pour lui, son travail consiste à accompagner un vin avec beaucoup d’attention de la vigne à la bouteille pour l’aider à tracer sa destinée…une démarche très socratique en quelque sorte.
Son profond respect de la Nature va au-delà de la simple conscience écologique : la préservation de l’environnement est certes une valeur fondamentale dans les pratiques viticoles du domaine mais Jean-Pierre a choisi d’aller plus loin en dépouillant son travail en cave de toute intervention œnologique superflue pour approcher une forme de pureté absolue dans l’expression de ses vins.
Bien évidemment certaines de ses cuvées ont des personnalités qui peuvent segmenter une assemblée de dégustateurs mais elles lui correspondent et il les revendique avec ferveur « je m’applique, à faire des vins qui me plaisent…secs, digestes et fidèles à leur origine ».
Jean-Pierre a conscience qu’en s’orientant vers le vin Nature, il n’a pas forcément choisi le chemin le plus facile, mais aujourd’hui il ne se voit vraiment pas en emprunter un autre…qui l’aime le suive !
En ce qui me concerne, j’apprécie depuis de longues années les vins et la compagnie de ce vigneron cultivé, ouvert aux autres et profondément humain…et j’ai été particulièrement heureux de pouvoir réaliser ce travail avec lui.
Mille mercis !

 

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Vu de l’extrémité nord du Zotzenberg, le coteau du Kirchberg de Barr…eh oui, lorsqu’on quitte un Grand Cru, le suivant n’est jamais très loin.

Publié dans : Grands crus d'Alsace - Communauté : vin d'alsace
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Mercredi 4 mai 2011 3 04 /05 /Mai /2011 09:48

 

 

 

 

LE SOMMERBERG SELON…

 

 

 

Parmi toutes les bonnes résolutions prises en ce début 2011, il en est une qui va me conduire à choisir très rapidement le prochain nom sur la liste des 51 Grands Crus alsaciens.
Pour cette nouvelle année, je vais essayer d’oublier un peu les prises de tête inutiles en laissant une plus grande place à l’affectif dans ma vie (50 balais passés…je me ramollis un peu !!!).
Par conséquent, pour cette 12° étape, je cède sans résister à mon envie d’aller voir mon copain et parler avec lui de l’un des terroirs qui me tient particulièrement à cœur…ceux qui me connaissent un peu auront bien vite compris que je vais me rendre à Niedermorschwihr et évoquer le mythique Sommerberg en compagnie de Claude Weinzorn.

 

CIMG3189 Le Sommerberg au printemps (parties centrale et est)


Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

J’ai longtemps hésité à vous parler de Niedermorschwihr, trop conscient de la gravité des lésions bucco-laryngo-pharyngées que la prononciation (même à voix basse) d’un tel nom pouvait occasionner chez des lecteurs non familiarisés avec notre merveilleux dialecte. Etant moi-même affublé d’un patronyme qui a déjà donné bien du fil à retordre à mes copains « de l’intérieur » (comme on dit chez nous, une fois…) je me sens obligé de vous donner une petite leçon de phonétique préliminaire : ce sera donc « Rade ma chère » ou « Rade maché » pour votre serviteur et « Nidaire morche vire » pour notre destination du jour.
Hoppla c’est parti !


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Niedermorschwihr est un petit village de 600 habitants situé à quelques kilomètres à l’ouest de Colmar. Adossé au massif vosgien et entouré de vignes il y règne une atmosphère joliment bucolique de village de montagne et de cité viticole.


 
CIMG3241 Le village de Niedermorschwihr vu du Sommerberg


Bien que le site semble avoir été occupé dès l’empire romain, ce village apparaît officiellement en 1179 dans une bulle papale sous le nom de « Morswilre juxta Turenkein ». Il est alors possession de divers établissements et congrégations religieuses dont l’Ordre des Chevaliers de Malte qui ont légué à la localité l’emblème de leurs armoiries : une tête de mauresque ornée de 26 perles sur fond pourpre. Ce vestige du temps des croisades et surement à l’origine du nom du village.


BlasonLe blason de Niedermorschwihr…pour le moins surprenant quand on ignore l’histoire de ce village…

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…mais la mémoire des Chevaliers de Malte est omniprésente à Niedermorschwihr.

 

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En 1491, la Vierge portant dans une main un glaçon et dans l’autre trois épis de blé, est apparue à un forgeron d’Orbey sur les hauteurs de Niedermorschwir ; elle lui demanda de faire prendre conscience aux habitants du village de la nécessité d’un retour à une foi plus pure et plus sincère avant que la colère des cieux s’abatte sur leurs moissons (d’où les symboles des épis et du grêlon). A l’endroit de l’apparition les villageois édifièrent une petite chapelle en bois qui fut détruite durant la Guerre de Trente Ans puis reconstruite en pierre et agrandie à plusieurs reprises. Très rapidement ce lieu que l’on baptisa Les Trois Epis devint un pèlerinage très fréquenté où fut construit un couvent qui hébergea successivement un grand nombre de communautés religieuses.
 

 

Plus tard, en 1523 « Morswilre » est renommé « Nider Morschwyr » pour se démarquer d’« Ober Morschwyr », un village près d’Eguisheim. A cette époque, malgré sa petite taille, la commune de Nider Morschwyr appartenait pour moitié à l’Empire et pour moitié aux Habsbourg.
 

CIMG3219 Entre vignes et forêts au dessus de Niedermorschwihr, la chapelle Saint Wendelin.


Le village prospéra calmement grâce à la viticulture et au pèlerinage vers Les Trois Epis qui attirait de plus en plus de fidèles.
Il subit hélas quelques destructions au cours de son histoire, notamment lors de la Guerre de Trente Ans et surtout lors des terribles combats de la Poche de Colmar en 1944 (60% des maisons sinistrées).


 
CIMG3186 La colline résidentielle de Hunabuhl et la station climatique des Trois Epis au loin.

 

Aujourd’hui, dans ce village où l’économie locale est toujours axée sur le tourisme et la viticulture, le promeneur féru d’architecture pourra se régaler en étudiant les nombreux édifices classés à l’inventaire général du patrimoine culturel :

·    l’Eglise Saint Gall avec son fameux clocher gothique du 13° siècle à toiture octogonale torse, (une rareté architecturale en Europe) et son superbe orgue Silbermann datant de 1726.
 

CIMG3214 Le fameux clocher « tors » de l’église Saint Gall


CIMG3204 L’orgue Silbermann de l’église Saint Gall…splendide ! 

 

 

-    les maisons à oriel, comme celle de Claude Weinzorn (photo du haut)

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Niedermorschwihr : capitale des oriels !

 

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·    les maisons vigneronnes de style Renaissance.

    


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Sur de nombreuses maisons un porche avec des dates de construction sur la clé de voûte


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CIMG3212 Une belle maison vigneronne du XVI° siècle.
 

 

·    les maisons à colombage du 18° et 19° siècle


 
CIMG3198 L’Hôtel de Ville…

 
CIMG3211 …et le célèbre magasin de gourmandises de Christine Ferber.

 

 

 

Le touriste plus sportif pourra randonner entre vignoble et forêts sur les sentiers balisés par le club vosgien jusque vers la station climatique des Trois Epis pour admirer le panorama exceptionnel sur le massif vosgien et la plaine du Rhin.
La station climatique des Trois Epis dont des spécialistes prétendent que le sous-sol émet des radiations salutaires reste aujourd’hui encore une destination touristique très fréquentée notamment par des pèlerins et des enseignants qui, épuisés par leur dur métier, viennent se ressourcer dans le centre de cure MGEN.
 

 

L’œnophile baigne dans une ambiance presque unique à Niedermorschwihr : la vigne, le vin et les vignerons y sont omniprésents.

Pour moi, ce petit village est l’un des endroits incontournables pour celui qui veut s’imprégnerde l’esprit du vignoble alsacien !
 

 

 

 

Le Grand Cru Sommerberg est adossé au massif vosgien au pied de la station climatique des Trois Epis et doit sûrement son nom à son orientation plein sud : « Sommerberg » peut se traduire par « colline de l’été ».


CIMG3185 Les parties centrale et ouest du Sommerberg

 

Le Sommerberg occupe un coteau rocailleux et abrupt sur une superficie totale de 28,36 hectares et à une altitude qui se situe entre 270 et 400 mètres.


 
sommerberg Le Sommerberg et ses nombreuses parcelles en terrasses qui trahissent la forte pente de ce Grand Cru.
 

 

Le Sommerberg est situé en grande partie sur Niedermorschwihr, seules quelques parcelles font partie du ban communal du village voisin de Katzenthal. Orienté au sud avec une déclivité proche de 45° par endroits ce terroir doit une grande partie de sa spécificité à cette particularité physique car comme nous le verrons plus loin le Sommerberg est géologiquement très proche de ses célèbres voisins, Brand, Schlossberg et surtout Wineck-Schlossberg.

 


CIMG3247 Une parcelle du domaine Boxler fraîchement labourée… promeneurs sujets au vertige s’abstenir !

 

Sur le plan géologique ce Grand Cru fait partie de la famille des terroirs granitiques : ce sont des « sols bruns acides sableux sur granites à 2 micas » (Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacien – CIVA). Ce substrat granitique à 2 micas, appelé granit de Turckheim, en état de désagrégation très avancé donne naissance à du sable d’arènes granitiques riche en éléments minéraux (fer et magnésium en particulier) mais pauvre en matière organique. Comme le dit Claude Sittler « Ce terroir fournit une bonne nutrition minérale (…) mais peut souffrir de sécheresse, car il retient mal l’eau de pluie ».
 
 

 

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Iris et vignes dans la partie supérieure du Sommerberg

 

Avec des sols pauvres superficiels et drainants qui obligent la vigne à s’enraciner en se frayant un chemin dans les profondeurs de la roche mère et des pentes tellement fortes qu’il faut construire des terrasses pour y travailler il n’est pas étonnant d’entendre dire que le Sommerberg fait souffrir la vigne autant que le vigneron.

 

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Un sol pauvre et aride de pierres et sables granitiques en bas de coteau…

 
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…qui devient presque exclusivement pierreux dans les parcelles du haut

 

 

Sur le plan historique, le vignoble de Niedermorschwihr est identifié et réputé depuis le XIII° siècle et le nom de Sommerberg définit ce coteau bénit depuis le XVII° siècle. Les pèlerins des Trois Epis qui passaient volontiers par les caves de ce village pour trouver le réconfort on largement contribué à la renommée de ces vins à travers la France et l’Europe. Les nobles de Habsbourg et de Hohlandsberg qui se partageaient la propriété de Niedermorschwihr servaient généreusement ces crus prestigieux pendant leurs fastueuses agapes. Comme toujours, les congrégations religieuses ont été omniprésentes dans l’exploitation de ce vignoble avec notamment l’abbaye de Paris, l’Evêché de Saint Dié ou les Chevaliers de Malte dont le blason du village porte encore la marque.
 

 

Au cours du XX° siècle, la course aux rendements et la recherche d’une production facile et quantitative a entraîné de nombreux vignerons vers la plaine, délaissant ainsi les parcelles abruptes du Sommerberg. Il a fallu des hommes d’exception comme Albert Boxler ou Gérard Weinzorn (le père de Claude), qui n’ont jamais cessé de croire en ce terroir, pour continuer à travailler leurs vignes sur les redoutables pentes du Sommerberg. Leur ambition de porter ces vins au sommet de la hiérarchie alsacienne s’est concrétisée en 1983 avec la reconnaissance du Sommerberg dans le premier classement des Grands Crus d’Alsace.

Au niveau de la viticulture, ce Grand Cru mérite pleinement sa réputation de terroir difficile à travailler : le coteau chaud, sec et pentu rend la mécanisation très dangereuse (Bernard Weinzorn a perdu la vie en 2008 un accident de tracteur sur le coteau du Sommerberg) voire carrément impossible dans certains secteurs.

 


CIMG3239 La chenillette : alliée indispensable des « funambules » du Sommerberg


La conduite de la vigne y est très diversifiée : lorsqu’on se promène dans les parcelles sur le Sommerberg on y trouve un inventaire assez exhaustif des pratiques viticoles actuelles. A croire que les pentes de ce Grand Cru très particulier gardent toujours leur part de mystère aux yeux de ceux qui y travaillent…
 

CIMG3224 Des « chimistes », dont nous tairons le nom, sévissent encore sur le Grand Cru…

 
CIMG3230 …à côté de vignerons respectueux de l’environnement comme les Boxler, Weinzorn, Zind-Humbrecht…


Le riesling est le cépage le plus planté sur ce Grand Cru : il occupe 85% de la superficie et ce n’est pas un hasard car comme l’affirme Serge Dubs « Les Sommerberg est l’un des Grands Crus le plus approprié pour produire des rieslings d’exception ». Le pinot gris y est produit en petite quantité mais peut générer de très grands vins de garde, comme la cuvée Les Terrasses 2008 du domaine de l’Oriel.

Dans leur jeunesse, les vins du Sommerberg sont souvent surprenants par leur équilibre assez tendu qui les distingue de leurs voisins granitiques du Schlossberg ou du Brand, généralement plus ronds et d’un abord plus aimable. Evidemment, comme tout grand vin de terroir, la complexité de la personnalité de ces crus ne s’exprime vraiment qu’après 5 ans de garde.
Les rieslings qui peuvent sembler un brin « arrogants » dans leur jeune âge se distinguent, une fois arrivés à maturité, par une grande complexité aromatique (agrumes, fruits exotiques, thym, basilic, épices….) et une puissante salinité avec des notes iodées en bouche…tout un programme !
Les pinots gris font de remarquables vins de gastronomie offrant des équilibres somptueux entre l’opulence et la puissance du cépage sur ce terroir solaire et la profonde minéralité de ce sous-sol granitique.
Mais comme le dit Claude Groell, ancien sommelier du restaurant « Aux armes de France » à Ammerschwihr « Sans sous-estimer l’importance des richesses minérales du terroir, dans le Sommerberg, c’est le microclimat qui fait la différence ». C’est ainsi qu’on constate très régulièrement des réussites exceptionnelles sur ce terroir dans des millésimes difficiles comme 2004 ou 2006 pour ne citer que les plus récents.


 

CIMG3188 A l’extrême est du Sommerberg le « kougelhopf » colonisé par le colza et la moutarde sauvage









…CLAUDE WEINZORN


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Le Domaine de l’Oriel se trouve au centre du village de Niedermorschwihr, à quelques pas des pentes du Sommerberg.
 

 

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Vu du Sommerberg le domaine de l’Oriel avec sa terrasse face au Grand Cru.

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Après une matinée passée à flâner dans les rues de Niedermorschwihr et à crapahuter dans les vignes (exercice très éprouvant pour un vététiste vieillissant et en surcharge pondérale…), j’ai rendez-vous avec Claude et Sandrine Weinzorn pour le déjeuner.
Une fois de plus le protocole habituel est bouleversé : nous sommes installés sur la belle terrasse face au Sommerberg, nous nous régalons avec les quiches lorraines préparées par la maîtresse de maison et je pose les questions habituelles en griffonnant quelques notes entre deux bouchées. Claude parle haut et fort mais avec beaucoup de cœur et de sincérité, pour essayer de me faire comprendre la relation complexe qu’il entretient avec son Grand Cru.

 


CIMG3267 Vue de la terrasse des Weinzorn : l’amphi 3 du Sommerberg.


Comment définir ce terroir ?

Le Sommerberg est un terroir géologiquement très homogène avec des « sols granitiques, légers et très pauvres » et un « microclimat très chaud » mais qui demeure « plus complexe qu’il n’y paraît ».

En effet, Claude y a repéré 4 amphithéâtres bien séparés dont la structure physique exerce une influence certaine sur la circulation de l’air dans les vignes :
-    l’amphithéâtre 1 est le plus large et prolonge le Kougelhopf vers l’ouest. C’est là que se trouvent les rangs de gewurztraminer qui ont produit le fameux vin de glace de 2008 (vendangé en janvier 2009)
-    l’amphithéâtre 2 est le plus petit, avec une grande partie des parcelles de riesling Grand Cru du domaine de l’Oriel.
-    l’amphithéâtre 3 monte très haut avec des pentes abruptes, Claude y travaille quelques rangs de vigne en bas de coteau.
-    l’amphithéâtre 4 coiffé de la calotte rocheuse du « » et qui comprend les vignes de pinot gris en terrasses.
 

CIMG3237 Les gewurztraminers sur les terrasses en haut de l’amphi 1 du Sommerberg.


 
CIMG3249 L’amphi 4 avec le « Z » en haut et les terrasses en dessous…mythique !

 

C’est un terroir « qui forge le caractère de ceux qui y travaillent (…) si les vignerons de Niedermorschwihr ont des personnalités hautes en couleurs et parfois un peu rustiques, c’est au Sommerberg qu’ils le doivent »…car même si ce coteau est particulièrement « beau à regarder » (je le confirme) il ne faut jamais oublier qu’il peut se montrer « imprévisible et même ingrat dans certains cas (…) c’est un enfant turbulent avec lequel il faut faire preuve de caractère et de persévérance sans être sûr d’être récompensé de ses efforts au final ».
Ce Grand Cru pousse le vigneron vers un grand sentiment d’humilité face à la nature « il nous apprend à accepter un échec même si on a tout fait pour réussir ».
 

 

 

Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

« S’il fallait ne garder que 2 cépages sur le Sommerberg ce seraient les rieslings et les pinots gris même si le gewurztraminer donne de très beaux résultats dans le secteur du Kougelhopf ». La configuration particulière du coteau avec ses 4 amphithéâtres permet de différencier des versants au soleil levant et des versants au soleil couchant « l’idéal serait de planter les rieslings côté levant et les pinots gris côté couchant ».


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Je sais maintenant que cette question pose problème à bien des vignerons et Claude Weinzorn ne fait pas exception « je pense pouvoir reconnaître un Sommerberg dans une dégustation mais de là à décrire comment et pourquoi… »…me voilà de nouveau bien avancé !
En insistant un peu j’obtiens quelques pistes : « les Sommerberg sont des vins solaires, puissants et corsés même les années froides et humides (…) et les épices sont omniprésentes dans la palette aromatique de tous les cépages ».
Mais il faut bien se rendre compte que pour ce vigneron, la vraie caractéristique de ce Grand Cru est ailleurs : « certes les vins sont riches mais les gens qui le produisent le deviennent rarement »…un constat réaliste et un peu amer pour un vin qui peine à se faire reconnaître à sa juste valeur !


Y-a-t-il dans votre mémoire de vigneron le souvenir d’un vin mythique sur ce Grand Cru ?

La spéciale Thierry Meyer laisse mon interlocuteur perplexe…peu de souvenirs de très vieux millésimes mais quelques réussites récentes : 1992, 1996, 2001 et 2002 « des années pluvieuses où le microclimat du Sommerberg à pleinement joué son rôle en donnant des vins complets et parfaitement équilibrés ».
En tous cas cette fameuse question à donné une idée à Claude « c’est vrai qu’il faudrait organiser une verticale sur les crus du Sommerberg avec quelques amis du domaine »…nous l’attendrons avec impatience !


Quelles perspectives pour ce terroir ?

Comme pour tous les Grands Crus il y a une « gestion locale du Sommerberg » qui se réunit officiellement 1 fois dans l’année, mais jusqu’à aujourd’hui aucune manifestation collective n’a été envisagée pour promouvoir spécifiquement ce terroir.
La trentaine de producteurs qui possèdent des vignes sur ce coteau se côtoient régulièrement, il y a des échanges informels et un peu d’entraide « je partage avec Jean Boxler les opérations de traitement de la vigne par hélicoptère » mais force est de constater qu’il n’y a pas encore de vrai mouvement collectif pour défendre ce Grand Cru : trop pris par leur travail ou vivant dans l’ombre de quelque grand domaine qui n’a pas forcément intérêt à voir naître une trop forte concurrence…en tous cas il reste un travail gigantesque à accomplir pour faire reconnaître la grandeur de ce Grand Cru…

 

Travailleurs acharnés du Sommerberg, mobilisez vous !!!!
 

 

 

Les vins du domaine : quelle conception ?

Né en 1967, Claude Weinzorn représente la 16° ou la 17° génération de vignerons dans ce domaine de Niedermorschwihr. depuis son plus jeune âge il travaille avec son père Gérard qui lui apprend peu à peu le métier de vigneron. Par la suite Claude complète sa formation au lycée viticole de Rouffach où il rencontre Jean Schaetzel « ses cours et ses idées ont eu une importance fondamentale pour ma formation, cet enseignant à qui j’aimerais rendre hommage ici, m’a appris énormément de choses, notamment les principes d’une viticulture propre et durable, respectueuse des sols et des terroirs mais aussi l’exigence qualitative dans l’élaboration d’un vin ».
Depuis le décès subit de son père en 1995, Claude Weinzorn se retrouve seul aux commandes de cette exploitation secondé par son épouse Sandrine et par sa mère qui assure l’accueil de la clientèle de passage.

 


CIMG3264 Le coin dégustation du domaine.

 

Le domaine de l’Oriel produit des vins sur 3 Grands Crus, avec une belle surface dans le Sommerberg (3 ha), une surface plus modeste dans le Brand (0,5 ha) et quelques rangs de vigne dans le Florimont (6,5 a).
Claude travaille également des parcelles dans des lieux-dits « non-classés mais très intéressants » autour de Niedermorschwihr comme le coteau du Heimbourg sur Turckheim ou l’Altenberg, le versant nord du Brand « dont les fruits apportent une fraîcheur bénéfique dans mes cuvées, lors des années très chaudes ».

 


CIMG3256 Les gewurztraminers du Heimbourg qui donnent naissance à la Cuvée Claire
 
CIMG3260 Une jeune vigne sur l’Altenberg de Niederschmorschwihr

 

 

Pour cette même raison Claude à décidé de replanter une vigne de riesling en haute densité (8000 pieds/ha) dans le Kirchthal, un petit lieu-dit dans le secteur du Brand.

 

CIMG3254 La nouvelle parcelle de rieslings du Kirchthal plantée à 8000 pieds/ha

 

 

Au niveau de la viticulture, le domaine de l’Oriel pratique la lutte raisonnée avec des vignes enherbées depuis plus de 25 ans et une tradition de culture naturelle très profondément ancrée depuis plusieurs générations : « Je sais que la qualité de mon patrimoine végétal est issue d’une longue tradition familiale et j’ai bien conscience que je ne suis que le locataire de la terre que je vais laisser à mes enfants ».
Les vendanges sont uniquement manuelles et leur date est fixée selon le niveau de maturité des fruits évalué principalement par un test gustatif « je tiens compte des données du réfractomètre mais je me fie de plus en plus à mes sensations gustatives qui deviennent de plus en plus fiables avec l’expérience ».
 

 

Au niveau des vinifications, les vins fermentent en cuves inox ou en foudres et restent sur lies fines jusqu’à leur mise en bouteilles au printemps ; les pinots noirs et une cuvée d’auxerrois bénéficient d’un élevage en barriques.
 

CIMG3266 Une partie de la cave du domaine avec un sol pavé datant de plusieurs siècles.

 

 

Au domaine de l’Oriel le rendement moyen se situe autour de 50 hl/ha, cette valeur descend à 40 hl/ha sur les Grands Crus. Selon le millésime et le contexte une partie de la production est mise en bouteilles et le reste est vendu au négoce local.


La carte du domaine de l’Oriel propose une bonne vingtaine de références avec des cuvées « tradition » sur tous les cépages alsaciens et des cuvées « prestige » où on retrouve un pinot blanc Barrique, les 3 Grands Crus, les cuvées en surmaturité et le superbe pinot noir Hommage à Gérard.


60 à 70% des bouteilles du domaine de l’Oriel sont achetées par une clientèle de particuliers, le reste part à l’export, principalement en Europe du Nord et aux Etats Unis.
Claude et Sandrine Weinzorn font partie de l’Association des Vignerons Indépendants et sont présents sur de très nombreux salons comme Strasbourg, Paris, Lyon…avec comme prochaine étape, la première édition du Salon des Vins des Vignerons Indépendants à Nice du 20 au 22 mai 2011.

 

 

Et dans le verre ça donne quoi ?

Claude Weinzorn m’a emmené en visite dans son « royaume viticole » durant toute l’après-midi, tout en profitant de ma présence pour me demander de lui prêter main forte dans ses travaux d’entretien du palissage sur le Brand et pour le scellement des ancres dans la nouvelle parcelle du Kirchthal.
Bien évidemment, cette longue tournée a un peu bouleversé mon emploi du temps mais l’expérience fut fort instructive, même si elle empiété sévèrement sur le temps consacré à la dégustation des vins.

Nous avons néanmoins pu faire un rapide tour de cave et goûter quelques cuvées en cours d’élevage :


Sylvaner 2010 : le nez est bien expressif avec des notes exotiques et légèrement épicées, la bouche est longue et pointue avec une palette aromatique très fine.
Un vin frais et très gourmand que j’ai identifié comme un riesling (décidément, ça ne s’arrange pas… !) mais je pense que la classe de ce sylvaner en trompera plus d’un (maigre consolation quand même… !)

Muscat 2010 : le nez est encore sur la retenue avec des notes végétales très fines, la bouche est dense et tendue par une belle acidité.
Un muscat fringant et plein d’énergie, dont le registre aromatique et la structure en font un très beau compagnon de table.

Pinot blanc 2010 : le nez est simple mais très agréable sur les fruits blancs, la bouche est guillerette avec une attaque marqué par une pointe de CO2 et un équilibre frais et digeste.
Claude Weinzorn possède 3 hectares de pinot blanc, un cépage qu’il affectionne particulièrement parce qu’il est très polyvalent et permet de concevoir des vins frais et conviviaux. Cette cuvée est tout à fait dans la ligne : sans prétention mais très gourmand.

Pinot Noir 2009 : les assemblages ne sont pas encore effectués et le vin séjourne dans une petite cuve en inox pour l’ouillage et différentes barriques sur lesquelles nous prélevons quelques échantillons pour se faire une idée des futures cuvées. Le jus en cuve nous donne une première idée de la profondeur du fruit et de la densité de la matière sur ce millésime. Sur les différentes barriques la marque boisée diffère d’un contenant à l’autre mais à aucun moment la puissance du fruit ne se trouve écrasée.
Issu en partie de vieilles vignes sur le Grand Cru Brand ces différents échantillons de pinot noir 2009 se montrent particulièrement gourmands et charnus avec un élevage qui leur apporte une touche de raffinement supplémentaire…à ne pas rater !

Les notes qui suivent ont été prises quelques jours après ma visite au domaine ; le manque de temps nous ayant contraint à écourter la dégustation sur place, j’ai emporté quelques flacons pour pouvoir jouer les prolongations chez moi.

 

Riesling 2009 : le nez est mur et complexe, groseille, pamplemousse mûr, une pointe de basilic et un fond légèrement pierreux, après une attaque franche et précise, le vin se pose en bouche avec beaucoup d’ampleur, la finale de longueur moyenne laisse apparaître de belles sensations minérales.
Issu d’une parcelle de jeunes vignes sur le Sommerberg et d’une parcelle située sur la calotte sommitale du coteau du Brand (juste au dessus de la limite du Grand Cru) ce riesling généreux et complexe séduit dès la première gorgée mais en lui laissant un peu de temps il se révèlera surement comme un vrai vin de terroir.

 

Riesling G.C. Sommerberg 2007 : le nez commence à s’ouvrir et livre une palette complexe sur les agrumes avec de fines notes épicées et les premières évocations pierreuses, l’attaque en bouche est franche et vive, la matière est gourmande mais l’acidité très large et bien présente tient solidement la structure, la finale est puissamment saline tout en revenant avec plus d’intensité sur des saveurs épicées.
Cette bouteille confirme que les 2007 commencent à se goûter très bien en ce moment mais elle révèle aussi la puissance du marquage minéral de ce Grand Cru : une sorte d’archétype pour le Sommerberg…à goûter absolument !

 

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Riesling G.C. Sommerberg 2001 : la robe est lumineuse avec des reflets or-jaune, le nez est riche et complexe sur l’orange confite, les herbes aromatiques et quelques notes de baies roses, la bouche est charnue et marquée par une belle maturité du fruit tout en gardant une présence acide bien large, la finale laisse le palais frais et dispos grâce à une salinité qui se manifeste avec force et persistance.
Cette cuvée dédiée au jeune fils de la famille Weinzorn est toujours riche en saveurs et en structure mais cette matière opulente a souvent besoin de beaucoup de temps pour que la noble influence du terroir devienne perceptible pour le dégustateur. Au bout de 10 ans on commence à entendre le message du Sommerberg…c’est beau tout simplement !

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Riesling G.C. Brand 2007 : le nez est discret et racé avec un peu de fruits blancs, quelques notes florales, une fine pointe épicée (muscade et vanille), l’attaque en bouche est très vive, la structure est parfaitement verticale, la palette citronnée, profondément minérale se prolonge longuement en finale.
Juste pour comparer avec le Sommerberg, ce Brand plus réservé mais déjà superbement bien en place constitue une réussite majeure sur ce millésime…à ne pas rater !


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Pour avoir un aperçu plus complet dans la description des vins du domaine sur ce Grand Cru, je vous renvoie aux nombreux articles publiés sur ce blog, notamment sur les rieslings 2004, la cuvée Z ou le magnifique pinot gris Terrasses 2008 qui reste une des réussites majeures en Alsace sur ce cépage et sur ce millésime.
 

 

Bien sûr, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de l’évolution du rarissime gewurztraminer Vendanges de Glace 2008 dont quelques bouteilles dorment dans ma cave…Promis !

 

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Pour conclure, un petit bilan sur cette douzième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

-    J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Sommerberg comme avant !


-    Le Sommerberg est un terroir incroyable : comme tout Grand Cru il se justifie par sa géologie, son microclimat ou son histoire mais ici plus qu’ailleurs on y sent une dimension mystérieuse voire mystique…
Ce coteau dont l’exploitation pousse les hommes et les machines aux limites de leurs possibilités possède un magnétisme étrange, inexplicable mais très puissant.
Suaves et profonds, les vins du Sommerberg font partie des vins qu’il ne faut pas les goûter à l’aveugle : ils existent autant par leurs qualités gustatives que par cette symbolique particulière liée à leur origine. D’une approche facile, particulièrement fringants et gourmands, ces crus ont des personnalités très éloignées de l’environnement qui les a vu naître : des paradoxes en bouteille ou peut-être une juste et douce récompense pour le travail des vignerons qui les produisent… ?

-     L’attachement de Claude Weinzorn au Sommerberg a quelque chose de viscéral et de charnel ; c’est une chose que l’on perçoit dès que ce vigneron commence à parler de son Grand Cru. Son discours ressemble à celui d’un père qui se plaint de son enfant terrible tout en lui vouant un amour sans bornes.
Les vins de Claude sont à son image : directs, généreux et truculents mais avec du fond, une charpente solide et beaucoup d’authenticité.
Pas étonnant lorsqu’on sait que ce vigneron reconnaît avec sagesse et humilité « on pense que l’homme fait du Sommerberg alors qu’en fait c’est le Sommerberg qui fait l’homme. » A méditer…


Mille mercis à Sandrine et Claude pour leur accueil et leur amitié.

 


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A gauche le Kougelhopf du Sommerberg, au milieu la faille vosgienne et à droite l’extrémité ouest du Florimont qui me rappelle que je suis encore très loin du bout de ma quête...

Publié dans : Grands crus d'Alsace - Communauté : vin d'alsace
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Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 17:26

LE KIRCHBERG DE BARR SELON…



Le choix de ma onzième étape fut très simple : après avoir fait le tour des crus de la Couronne d’Or, il m’a suffi de mettre le cap au sud pour arriver jusqu’au prochain lieu-dit classé Grand Cru, le Kirchberg de Barr.
Un peu facile me direz-vous… j’assume pleinement, même si les raisons de mon choix sont un peu plus complexes.
En effet, de récentes sessions de dégustation avec le club A.O.C. ou avec l’Oenothèque Alsace, m’ont permis de découvrir quelques très belles cuvées nées sur ce terroir, stimulant mon désir d’en apprendre un peu plus à propos de ce Grand Cru. En outre, grâce à Thierry Meyer, j’ai pu rencontrer plusieurs fois Jean-Daniel Hering, dont le discours sur les vins m’a particulièrement intéressé.
 

 

Un beau terroir et un grand vigneron pour en parler…ma longue quête des 51 Grands Crus continue, on the road again !

 

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Ambiance d’hiver en Alsace avec le coteau du Kirchberg de Barr au pied du massif du Champ du Feu.


Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

 

 

Barr est un petit bourg de 7500 habitants, situé à une quarantaine de kilomètres de Strasbourg, au pied du massif vosgien et du célèbre Mont Sainte Odile. Ce village pittoresque, au centre historique remarquablement préservé, est la capitale viticole du Bas-Rhin.


 
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Un vieux foudre peint à l’entrée de Barr qui n’oublie pas sa tradition viticole.


Même si la première trace écrite, mentionnant le village de Barr sous le nom de Barru, date de l’année 788, les historiens pensent que ce site a été occupé bien avant, comme le prouvent les nombreux vestiges préhistoriques de l’âge du fer et de l’âge du bronze découverts dans ce secteur.


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La herse du blason de Barr qui symbolise le rôle ancestral de cette cité comme ultime barrière sur le chemin vers le Mont Sainte Odile, jadis lieu sacré occupé par des Druides.

 

 

Dès le IX° siècle Barr devient le chef-lieu de la Seigneurie éponyme, qui regroupait plusieurs villages alentour. Par la suite cette Seigneurie fut intégrée au Saint Empire Romain Germanique avant d’être cédée par l’Empereur Maximilien à son secrétaire Nicolas Ziegler en 1522. A partir de 1525, Nicolas Ziegler porta le titre de Seigneur de Barr et fit prospérer ce petit bourg durant plusieurs décennies. En 1525, les habitants de Barr participèrent à la Guerre des Paysans et vers 1545, sous l’influence des fils Ziegler, la Seigneurie choisit d’épouser les thèses de la Réforme et devint protestante jusqu’à la fin du XVIII°. En 1566, les fils de Nicolas Ziegler vendirent la Seigneurie à la ville de Strasbourg, qui nomma un bailli qui fut chargé d’administrer Barr et ses villages environnants.
Le XVII° siècle fut appelé « temps des calamités » par les historiens locaux tant la période fut néfaste pour Barr et sa région : la Guerre des Evêques (fin du XVI°), la Guerre de Trente Ans, la guerre contre la Maison d’Autriche se succédèrent avec leur cortège de destructions, de misères, d’épidémies.
Le XVIII° siècle fut une période d’ordre et de prospérité. La Révolution Française mit fin à la domination de Strasbourg et, après le nouveau découpage administratif, Barr devint chef-lieu de canton.

 

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La vieille ville de Barr au pied du Kirchberg.


Le XIX° siècle vit un important développement économique (les tanneries en particulier) et même touristique, grâce au pouvoir d’attraction des sites environnants comme, le Mont Sainte Odile, le Champ du Feu ou le Hohwald.


 
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La Kirneck, la rivière des tanneurs, qui traverse Barr, en partie sous les rues de la ville.
 

 

Comme partout en Alsace, les deux guerres du XX° siècle laissèrent de profondes cicatrices à Barr et dans ses environs.
Une fois la paix revenue Barr entama une période de déclin économique et touristique ; la ville voisine d’Obernai prit progressivement l’ascendant sur sa rivale de toujours pour s’imposer comme le nouveau pôle d’attraction de cette région.

Aujourd’hui, le promeneur féru d’architecture peut flâner dans le centre historique de cette ville pour y admirer l’Hôtel de Ville datant du XII° siècle, de nombreuses maisons de style Renaissance et deux édifices religieux, le Temple Saint Martin dont le clocher date de l’époque romane et l’église catholique (XIX° siècle) qui se trouve au pied du fameux Clos Zisser.


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Des rues pavées et de vieilles maisons alsaciennes.

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Le Temple Saint Martin au pied du Kirchberg

 

 

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L’église catholique au bas du Clos Zisser.


La Folie Marco, un ancien hôtel de style Louis XV, est actuellement un Musée dédié au mobilier bourgeois alsacien : ancienne demeure du bailli Louis Félix Marco, elle fut qualifiée de Folie parce ce que sa construction a ruiné son propriétaire.

 


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Le Musée de la Folie Marco.


Le touriste plus sportif pourra profiter des magnifiques sentiers pédestres balisés dans cette région notamment autour du Mont Sainte Odile avec le célèbre Mur Païen. Grimpeurs et vététistes trouveront également de nombreux sites pour donner libre cours à leurs passions.
Même si Barr ne compte qu’une poignée de domaines viticoles, l’œnophile trouvera un nombre considérable de belles adresses sur place et dans les villages environnants : Mittelbergheim, Andlau, Heiligenstein…autant de noms qui sentent bon le bon vin ! Le sentier viticole est aménagé pour permettre une découverte in-situ de ce vignoble et du Grand Cru Kirchberg de Barr et un très intéressant sentier géologique nous fait voyager à travers l’histoire complexe de la formation de l’Alsace sur un parcours d’une quinzaine de kilomètres.

 

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Leçon de géologie in situ pour randonneurs chevronnés (15 km et 600m de dénivelée quand même…)


Le programme des festivités locales laisse une large place au vin en proposant chaque année une Foire aux Vins (durant la semaine du 14 juillet) et une Fête des Vendanges (le premier week-end d’octobre).


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Rue pittoresques, maisons typiques…et le Kirchberg à l’arrière-plan.
 

 

 

 

Le Grand Cru Kirchberg de Barr se situe à l’est du massif du Champ du Feu sur le versant d’une colline sous-vosgienne qui domine Barr. Les parcelles classées s’étendent sur un coteau abrupt (des pentes de 30° par endroits) qui tombe au pied de la ville.

 

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Dans le secteur ouest du Kirchberg, une pente à près de 30° qui plonge vers la ville.

 


Le Kirchberg de Barr possède une superficie totale est de 40,63 hectares, son altitude se situe entre 215 et 350 mètres et l’orientation générale est sud/sud-est.


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Le Grand Cru dont la limite basse arrive jusqu’aux premières maisons de la ville de Barr.
 

 

 

Le Kirchberg, qu’on traduit littéralement par « montagne de l’église » doit son nom à la Chapelle Saint Martin jadis érigée au sommet de la colline. Même si ce terroir est naturellement protégé des vents d’ouest par la barrière des Vosges et des vents du nord par la forêt qui coiffe la colline, d’aucuns continuent de penser qu’en ce lieu où le soleil brille plus qu’ailleurs le saint protecteur y serait pour quelque chose.

 

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La partie centrale du Grand Cru : des terrasses pour maîtriser la pente.

 

 

Sur le plan géologique ce Grand Cru fait partie de la famille des terroirs marno-calcaires : inscrit dans le champ de fracture de Barr, il est constitué d’une base complexe de grès calcaires, de marnes et calcaires oolithiques. Dans ses parties supérieure et centrale il est recouvert d’une couche de conglomérats calcaires du Tertiaire, sur les flancs, on trouve davantage de marnes.
Pour les spécialistes, la géologie du Kirchberg est ainsi décrite : « des sols bruns calcaires sur calcaire du Bajocien et marnes du Lias intercalées, avec en amont des sols bruns calcaires sur conglomérat de l’Oligocène » (Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacien – CIVA 1990)

 

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Le sol du Kirchberg : pentu et très caillouteux.
 

 

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Au pied d’un cep dans la partie haute du Kirchberg


Par son orientation, sa pente, son sol caillouteux, sa situation très protégée des intempéries, le Kirchberg de Barr possède un micro-climat très favorable au mûrissement lent mais régulier des différents cépages : la pluviométrie y est faible (700mm/an…proche des valeurs relevées à Toulon) et ce sol peu profond, assez caillouteux capte et emmagasine la chaleur pour créer une ceinture chaude autour des vignes.

 

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Une parcelle de vieux ceps récemment taillés au dessus du Clos Gaensbronnel.
 

 

 

Sur le plan historique, les vignes de Barr sont mentionnées dès le VIII° siècle sur un document émanant de l’Abbaye de Fulda. Cette abbaye du centre de l’Allemagne est aux vins du Rhin ce que Cîteaux est à la Bourgogne : elle a eu une influence déterminante sur la délimitation et la reconnaissance des grands terroirs alsaciens, dont le Kirchberg et bien d’autres.
Au XVI° siècle Barr était une cité viticole importante avec 600 viticulteurs qui vivaient du fruit de la vigne. Le clocheton qui surmonte l’Hôtel de Ville était jadis destiné à prévenir de l’arrivée d’un acheteur de vin dans la ville.

 

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L’Hôtel de Ville et son fameux clocheton



Le Kirchberg était un lieu-dit connu et apprécié dès 1760 mais, bien avant d’être officiellement choisi pour entrer dans le classement des Grands Crus alsaciens, ce terroir a surtout bénéficié de la réputation des 2 Clos qu’il englobe :
-    le Clos Zisser : d’une superficie de 4,5 ha., il appartient à la famille Klipfel depuis 1830.
 

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Désherbage un rang sur deux sur le Clos Zisser

 

-    le Clos Gaensbronnel : il est situé au bas du Kirchberg et doit son nom à la statue de la fontaine de l’oie (Gaensbronnel en alsacien).

 

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La partie centrale du Clos Gaensbronnel

 

 

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La fontaine Graensbronel : ne la cherchez pas près du clos éponyme, elle se trouve en face du Musée de la Folie Marco et donc près du Clos de la Folie Marco…bizarre !
 

 

En 1906, même si le nombre de viticulteurs avait bien diminué (il en restait 165), Barr faisait encore honneur à son rang de capitale vinicole du Bas-Rhin en organisant la première Foire aux Vins d’Alsace.
Au cours du XX° siècle, le nombre de vignerons à véritablement fondu comme neige au soleil dans cette ville (il en reste une petite dizaine aujourd’hui), pourtant le Kirchberg de Barr a fait partie des 25 premiers lieux-dits labellisés Grand Cru en 1982…une vraie reconnaissance de la grandeur de ce terroir.

Au niveau de la viticulture, ce Grand Cru, est présenté par S. Dubs comme « spontanément productif » et la nouvelle garde vigneronne de la région s’est rapidement mise d’accord sur l’absolue nécessité de pratiques viticoles rigoureuses et respectueuses de la nature. C’est ainsi qu’une charte de production a été instaurée depuis 2004 pour optimiser les conditions de culture de la vigne : une viticulture raisonnée et plus naturelle pour produire des raisins avec un état sanitaire irréprochable et une maturité complète, tant au niveau des sucres qu’au niveau de la matière végétale (peaux, pépins et rafles).

 

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Une parcelle à l’extrême est du Kirchberg…juste avant une averse de neige.



Les observations effectuées lors d’une longue promenade sur le coteau du Kirchberg révèlent des conduites de la vigne encore très diversifiées : désherbage un rang sur deux chez Klipfel, culture biologique avec travail intégral du sol chez Kleinknecht ou Stoeffler, travail intégral du sol selon la charte Tyflo pour le domaine Hering
En tous cas chaque parcelle est parfaitement soignée par des vignerons qui savent que la réussite de grands vins sur ce terroir demande beaucoup de travail et d’attention.


 
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Un travail du sol plus ou moins profond, toujours un rang sur deux.

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Le gewurztraminer est le cépage emblématique du Kirchberg de Barr : il paraît que c’est sur ce coteau que fut planté le premier pied de gewurztraminer en Alsace. Aujourd’hui encore il reste le cépage le plus répandu sur ce Grand Cru : il occupe 14 hectares et produit des vins opulents, puissamment bouquetés avec des notes de litchis, de roses et d’épices « des vins qui donnent la pleine expression de ce cépage » dira S. Dubs.
Avec une surface de 7 hectares le riesling reste dans l’ombre du gewurztraminer mais a une belle carte à jouer surtout dans les parcelles du haut et du centre du coteau. Les vins produits dans ces secteurs possèdent des olfactions très complexes (fleurs, agrumes confits, fougère, épices…) et un corps gracile qui s’étoffe avec l’âge.
Le pinot gris occupe quelques rares parcelles (5 hectares) où il produit des vins alertes et charpentés qui feront d’excellents compagnons de table.

Le Kirchberg de Barr est un terroir apte a produire des crus d’exception, capiteux et généreux mais souvent fermés dans leur jeunesse, ce sont des vins de garde par excellence « Nous avons des gewurztraminer de 1937 qui sont un véritable régal » affirme Jean-Louis Lorentz-Klipfel, qui sait de quoi il parle puisque les caves du domaine Klipfel abritent une impressionnante oenothèque où reposent quelques vénérables bouteilles des meilleurs millésimes du siècle dernier.


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Un domaine dont les caves recèlent des trésors cachés…


Il est évident qu’un passé aussi prestigieux constitue un défi permanent pour cette dizaine de vignerons qui portent sur leurs épaules le poids de plusieurs siècles d’histoire viticole. Garder la mémoire mais aller de l’avant vers plus d’exigence et de qualité…tout un programme pour la jeune garde barroise…Courage !

 

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Sur les pentes du Kirchberg, un monument en mémoire des grands vignerons de Barr : la reconnaissance pour les hommes qui on œuvré en faveur de la reconnaissance du Kirchberg…quel joli carnet d’adresses !




 



…JEAN-DANIEL HERING

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Le domaine Hering occupe un bel ensemble de maisons alsaciennes entre l’Hôtel de Ville et le Musée de la Folie Marco.


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Le caveau donne sur la route et attire le regard du passant par ses voûtes en grès et ses vitrines où s’exposent quelques unes des prestigieuses références du domaine.


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Jean Daniel Hering me reçoit dans ce bel espace dédié au vin en compagnie de son épouse qui s’occupe en permanence de l’accueil de la clientèle au caveau : une présence capitale lorsqu’on sait que près de 50% de la production du domaine est vendue à une clientèle de particuliers.
« On va profiter du beau temps pour se promener sur le Kirchberg…on sent mieux l’esprit du Grand Cru lorsqu’on s’y trouve »…et me voilà obligé de remettre en cause mon mode opératoire parfaitement rodé depuis 10 visites !
Le questionnement et la prise de notes s’effectue donc in-situ en plein air…je sens que la relecture et la retranscription de mes gribouillages va être compliquée.

 

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Au milieu du Kirchberg, au dessus du « Mairehisel » (la maisonnette du maire), une parcelle de vieux sylvaners (à droite) et de pinots noirs (à gauche) du domaine Hering : un décor splendide pour évoquer le Grand Cru.



Comment définir ce terroir ?

Le premier élément qui définit le Kirchberg est la présence massive de pierres calcaires dans le sol : ce sont des blocs de calcaire oolithique plus ou moins gros que les vignerons sont obligés de sortir de leurs rangs de vigne pour rendre la terre cultivable. Sur ce coteau on trouve partout des « Steinrössel » (des pierrets) véritables murets formés par des fragments de roches empilés entre les différentes parcelles.
 « Mais la définition d’un terroir ne se limite pas simplement à des caractéristiques géologiques », Jean Daniel Hering évoque trois autres paramètres qui ont une importance déterminante dans l’identité du Kirchberg :
-    la forte pente qui permet une bonne captation des rayons du soleil et une évacuation très rapide des eaux de pluie.
-    l’exposition aux vents qui permet de réguler un peu la chaleur et de sécher rapidement l’humidité. « Même si le Kirchberg est protégé des vents trop forts par le relief et les forêts qui le bordent, il y a toujours un peu d’air sur ce coteau ».
-    la très faible pluviométrie « l’Ungersberg est un véritable verrou pour les influences océaniques souvent porteuses de pluies ». Cette montagne qui culmine à 900 mètres constitue un obstacle presque infranchissable pour les nuages venus de l’ouest « en général, les masses nuageuses se déchirent et s’en vont vers Molsheim au nord et vers Epfig au sud »

Bref, avec un sol calcaire « un élément qu’on retrouve dans la plupart des grands terroirs », peu acide « les équilibres des vins se construiront autour de la salinité » et un micro-climat chaud et sec, le Kirchberg de Barr offre « des conditions optimales pour élaborer des vins puissants, charpentés et taillés pour une longue garde ».

Ce Grand Cru a également la particularité d’englober deux clos réputés qui ont fait beaucoup pour le développement de ce terroir :
« le clos Zisser pentu et orienté sud/sud-ouest et le Clos Gaensbronnel moins pentu et orienté sud/sud-est ».
Jean Daniel Hering connaît bien le Clos Gaensbronnel où il récolte son fameux gewurztraminer : « situé dans la partie basse du Grand Cru, le Clos Gaensbronnel possède une terre plus fertile et surtout une source souterraine qui descend du Kirchberg, passe sous le Clos pour faire sa résurgence au niveau de la fontaine un peu plus bas » (voici l’explication de la fontaine Gaensbronnel…). Cette présence d’eau en profondeur constitue un élément de régulation hydrique et thermique mais aussi une réserve d’humidité favorable au développement du botrytis. « un terroir exceptionnel pour le gewurztraminer ».

 

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Le Clos Gaensbronnel en forme de triangle au bas du coteau…plus loin, enclavé entre les maisons on distingue une partie du Clos de la Folie Marco.
 

 

 

Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Contrairement à certaines idées reçues, il n’y pas que le gewurztraminer qui réussit sur ce terroir « Le Kirchberg est très polyvalent, on y produit aussi bien de grands vins secs que de très beaux liquoreux ».
Le domaine Hering possède une parcelle « historique » de vieux sylvaners derrière le Mairehisel, des rieslings, des pinots gris, des gewurztraminers et même une parcelle de pinots noirs depuis 1990. « Nous étions les premiers à planter ce cépage sur le Grand Cru, mais avec ce micro-climat chaud et la présence de calcaire, ce choix était évident »

 

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Une parcelle de rieslings du domaine sur le Grand Cru


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Comme tout terroir calcaire le Kirchberg marque surtout les vins en bouche « sur ce Grand Cru, les vins laissent en bouche une incomparable sensation saline qui transcende chaque cépage ». Quel que soit le profil aromatique ou la nature de son équilibre un cru du Kirchberg se reconnaîtra par sa grande sapidité et ses amers nobles et élégants qui surprennent parfois mais qui laissent au palais une sensation de pureté cristalline et de fraîcheur.
Au niveau aromatique il faut un peu de temps pour que les rieslings et les pinots gris s’expriment pleinement par contre le gewurztraminer parle haut et fort dès son plus jeune âge avec un registre olfactif floral et épicé qui atteint des sommets de complexité après une dizaine d’années de garde.
Le marquage du Kirchberg domine souvent celui du le millésime : « C’est souvent dans les années difficiles, trop sèches ou trop humides, que ce Grand Cru montre sa puissance en produisant des vins qui restent davantage marqués par le terroir que par le millésime ».
 

 

 

Y-a-t-il dans votre mémoire de vigneron le souvenir d’un vin mythique sur ce Grand Cru ?

Thierry Meyer va encore être déçu, mais une fois de plus, nos vignerons ne remonteront pas très loin dans l’histoire du domaine pour trouver leur cuvée coup de cœur : ce sera un gewurztraminer Clos Gaensbronnel 1985 pour madame et un gewurztraminer Clos Gaensbronnel 1998 pour monsieur…
« Un vin abouti qui a atteint sa phase de plénitude aujourd’hui et qui s’exprime avec suavité et élégance ».
Jean Daniel Hering cite également les vins des millésimes 2003 et 2006 qui ont su garder une identité forte malgré des conditions climatiques très délicates : « des 2003 frais et équilibrés, des 2006 mûrs et non dilués…le Kirchberg a justifié son rang ! »


Quelles perspectives pour ce terroir ?

« Aujourd’hui le Kirchberg de Barr est bien mis en valeur par les vignerons locaux mais nous souffrons d’un déficit de notoriété parmi les Grands Crus alsaciens ».
Jean Daniel Hering représentera le Kirchberg au Salon des Grands Crus à Paris en mars mais comme il le regrette « la clientèle qui vient déguster des Grands Crus d’Alsace ne vient pas spontanément vers les vins du Kirchberg de Barr ».
Et pourtant ce terroir a fait la preuve de sa grande valeur depuis des siècles et les vignerons qui le travaillent aujourd’hui ont fait véritablement le choix de la production qualitative en adoptant des pratiques viticoles exigeantes et respectueuses de l’environnement : « Sur le Kirchberg nous nous sommes entendus pour choisir une viticulture propre…Un Grand Cru c’est vivant ! »

 

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Les pentes du Kirchberg vues du bas, près du Clos Gaensbronnel (au premier plan)
 

 

 

Les vins du domaine : quelle conception ?


Crée en 1858 par Emile Gustave Hering, fils d’un pharmacien de Barr, le domaine est aujourd’hui exploité par Pierre Hering et son fils Jean Daniel, représentants de la 4° et 5° génération de la famille fondatrice.
Le domaine exploite 10 hectares sur le vignoble de Barr et environs avec des terroirs remarquables comme le Kirchberg et son Clos Gaensbronnnel mais aussi d’autres lieux-dits qui méritent qu’on s’y intéresse comme :


- le Clos de la Folie Marco : une propriété de la Ville de Barr enclavée entre les maisons de la ville « c’est un terroir dans le prolongement du Kirchberg avec des caractéristiques proches du Grand Cru mais avec une terre un peu plus fertile et un microclimat très protégé des vents qui le rend particulièrement précoce ».


 
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Les rangs de sylvaners du Clos de la Folie Marco
 

Malgré la pression immobilière qui s’accentue de jour en jour, Jean-Daniel Hering continue de défendre son carré de vigne avec ses rangs de sylvaners et de rieslings qui produisent de belles cuvées de vins de fruit qui portent le nom du clos.


- le Rosenegert : une parcelle située en altitude entre des bosquets et des prairies à orchidées entretenues par le Conservatoire des Sites Alsaciens. Défrichée et mise en culture en 1998 elle est complantées avec 5 cépages (50% riesling, 20% de pinot gris, 20% de gewurztraminer, 7% de muscat et 3% d’auxerrois). « C’est un terroir plus tardif avec une belle régulation thermique du fait de l’altitude et de l’environnement boisé ». Cette cuvée est vendue sous le nom du lieu-dit depuis le millésime 2008, « il a fallu laisser le temps à la vigne de s’adapter pour trouver son rythme de croisière et exprimer pleinement ce terroir particulier ».


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Le Rosenegert

 

 

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  A côté du Rosenegert, les techniciens du Conservatoire des Sites Alsaciens défrichent une parcelle que le domaine Hering a mise à leur disposition.
 

 

Au niveau de la viticulture, en tant que membre de l’association  Tyflo, le domaine Hering met en œuvre des pratiques respectant le milieu naturel de la vigne dans une philosophie de développement durable : respect des sols, de la faune utile et des paysages…tout un programme !
En ce qui concerne la viticulture biologique, Jean-Daniel Hering émet encore quelques réserves « le cuivre y est autorisé à des doses trop importantes ; avec Tyflo nous ne refusons pas forcément toutes les molécules de synthèse mais nous limitons l’usage du cuivre à 3kg/ha et par an ».


A niveau des vinifications, les pratiques sont traditionnelles : vendange manuelle, pressurage doux, fermentation sous l’effet de levures indigènes et élevage en foudres pour près de 80% de la récolte. Jean Daniel Hering est un adepte des contenants en bois « le bois permet une micro-oxygénation des vins, très intéressante pour leur équilibre (…) De toutes façons nous les garderons tant que je pourrai me glisser dedans pour les nettoyer »…Enfin une vrai motivation pour garder la ligne !
Le soufre est utilisé sans excès « je fais des allergies pulmonaires au soufre, ça ne m’encourage pas à en abuser dans ma cave (…) mais je considère que c’est un produit nécessaire pour permettre à ma clientèle de garder mes vins quelques années »
 

 

Le domaine Hering propose une gamme de 26 références classées en 5 grandes familles :
 

 

- les vins en litres pour le service au pichet ou la cuisine
 

 

- les vins tradition qui reflètent avant tout l’expression du cépage comme les cuvées « Les Coteaux » ou « Le Clos de la Folie Marco »


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Une des cuvées emblématiques du domaine Hering


- les crémants avec une cuvée traditionnelle et une cuvée prestige « blanc de noirs » élevée 18 mois.
 

- les vins de terroir avec les Grands Crus et le Rosenegert


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La triplette de grands crus

 

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Récemment mise en bouteilles 2010 est le troisième millésime de cette cuvée issue d’une  complantation

 

 

- les vins de collection qui proviennent  du Kirchberg mais sont issus de parcelles sélectionnées ou de vendanges surmûries ou botrytisées.
 

 

Comme nous l’avons déjà vu plus haut cette production s’écoule pour moitié auprès d’une clientèle particulière, 30% part à l’étranger (Europe du Nord, Japon, Etats Unis), les 20% restants se retrouvent dans quelques restaurants locaux et chez des cavistes de la région.


Et dans le verre ça donne quoi ?

Nouvelle incartade dans mon protocole habituel…voilà que mon hôte me propose la dégustation à l’aveugle de 3 références prélevées dans la réserve du domaine.
Je me retrouve donc  face à trois verres mystère avec trois vins à la robe étincelante et dorée…concentration maximale !


Vin 1 : le nez discret s’ouvre sur des notes végétales (gentiane) qui évoluent peu à peu vers de délicats arômes de zestes d’agrumes, la bouche est droite et élégante, les arômes de pomelo se manifestent timidement, la finale est profondément minérale, marquée par de très beaux amers sapides et salivants.
Le millésime signe le nez à l’ouverture mais le cépage et la salinité du grand cru s’imposent progressivement pour construire un très beau vin de terroir. J’ai rapidement reconnu le millésime et le cépage mais j’ai été étonné par l’intensité de la  présence minérale en bouche qui témoigne vraiment de la force du Kirchberg :
Riesling G.C. Kirchberg de Barr 2004

Vin 2 : le nez est intense, complexe, évolutif avec une attaque franche et précise sur la rose suivie d’un festival d’arômes suaves et raffinés, bergamote, girofle, menthe poivrée…, la bouche se montre caressante au début et le registre aromatique gagne encore une peu en richesse mais la finale est marquée par une vibrante minéralité avec des amers nobles qui font saliver et des notes poivrées qui persistent longuement.
Un vin qui allie de façon remarquable puissance et élégance, l’intensité est présente tant au nez qu’en bouche mais la structure minérale confère un équilibre et une race inouïe à cette cuvée dont je reconnais aisément le cépage mais où je me fourvoie lamentablement sur le millésime : 2007 pour la générosité ou peut-être 2008 pour la trame de fond très vive…je suis loin du compte, mais c’est tout à l’honneur de ce vin qui a vraiment gardé une superbe énergie :
Gewurztraminer G.C. Clos Gaensbronnel – Cuvées des Frimas 1998

Vin 3 : le nez est intense et très agréable avec des notes toastées, de froment, de malt et de miel, la bouche est grasse, charnue et puissamment aromatique, le registre du nez se retrouve avec un léger goût fumé en plus, la salinité du Kirchberg vient apporter une touche de fraîcheur et de minéralité en finale ;
Riche mais parfaitement équilibré ce pinot gris est absolument superbe avec cette palette entièrement dédiée aux céréales torréfiées et cette texture riche où le terroir s’impose pour ne laisser aucune place à la lourdeur. Le cépage était facilement identifiable mais l’année est restée un mystère pour moi…une belle impression de jeunesse pour ce vin  vraiment étonnant :
Pinot Gris G.C. Kirchberg de Barr 2001

 

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Jean Daniel Hering qui prépare la dégustation à l’aveugle
 

 

La dégustation se poursuit avec deux vins (très) jeunes :

Gewurztraminer G.C. Clos Gaensbronnel – Cuvées des Frimas 2008 :
le nez est pur, moyennement intense avec un fruité direct et séduisant et quelques touches épicées, la bouche est un modèle d’élégance qui intègre un moelleux très suave et une puissante salinité qui soutient la longue finale.
Un gewurztraminer encore très jeune mais qui s’exprime déjà avec une classe inouïe même si sa structure le destine à une longue garde. Récolté sur le Clos en surmaturité mais sans botrytis ce vin qui se situe dans la lignée du magnifique 98…avis aux amateurs !

 

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Pinot Gris G.C. Kirchberg de Barr VT 2008 : le nez est assez fermé avec de discrètes notes briochées, la bouche est exceptionnelle de densité et d’équilibre, un gras imposant, une présence ample et longue et une salinité finale vraiment sidérante en finale.
Face à la sensation laissée par ce pinot gris on ne peut vraiment qu’être convaincu par la puissance minérale hors norme du Kirchberg : « voilà une preuve de plus de la polyvalence de ce Grand Cru » s’exclame Jean Daniel Hering qui considère ce vin comme une référence qui fera date dans la production du domaine.
La bouteille n’est pas encore au tarif…il va falloir guetter sa sortie pour ne pas rater cette superbe cuvée !

 

 

Pour conclure, un petit bilan sur cette onzième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :


- J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Kirchberg de Barr comme avant !


- Les crus du Kirchberg de Barr se distinguent par leur texture puissamment minérale qui peut parfois leur conférer un toucher de bouche légèrement tannique. La dégustation de 3 vieux millésimes et de 2 vins dans leur prime jeunesse a montré la permanence d’une concentration saline peu commune : la preuve par les papilles que la signature de ce Grand Cru se révèle surtout au palais, sur la finale. Ce caractère nous aide à comprendre comment  un cépage comme le riesling engendre des vins un peu secrets qui s’expriment vraiment après quelques années de garde et surtout comment les gewurztraminers et pinots gris construisent leur équilibre autour de cette exceptionnelle trame minérale.
   
- Comme je m’y attendais un peu, cette nouvelle étape sur mon long périple m’a permis de découvrir un vigneron exemplaire qui travaille sa terre avec passion et respect et conçoit des vins pour qu’ils nous livrent l’expression la plus pure de chaque terroir. La gamme de vins du domaine couvre l’étendue des possibles dans le vignoble alsacien : du simple au complexe, du sec au liquoreux, l’amateur le plus exigeant trouvera à coup sûr de quoi se régaler. Pour être complet il faut également citer le superbe rapport qualité/prix des vins du domaine Hering : avec de délicieux vins de terroir entre 5 et 7 euros, des grands crus sublimes entre 10 et 13 euros et des cuvées d’exception entre 16 et 23 euros toute résistance devient impossible. Vous êtes prévenus !


- Comme je m’y attendais un peu la famille Hering m’a permis de vérifier une fois de plus que la convivialité et la disponibilité des vignerons alsaciens ne sont pas une légende. Mille mercis pour cette belle après-midi !


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Barr, le Kirchberg et sa maisonnette.

 

Vous trouverez deux articles absolument passionants sur ce Grand Cru derrière les liens suivants :

CLIC1 et CLIC2

Publié dans : Grands crus d'Alsace - Communauté : vin d'alsace
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Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /Août /2010 18:35

LE KESSLER SELON…

 

 

 

 

Le choix de ma dixième étape ne fut pas chose aisée, surtout qu’après le dernier Grand Cru de la Couronne d’Or, me voici de retour dans le Haut-Rhin, avec tous ces terroirs merveilleux servis par des vignerons pleins de talent…il y a vraiment de quoi hésiter !
Après avoir éliminé (pour le moment) les têtes d’affiches comme le Rangen, le Brand et autres Schoenenbourg qui n’ont pas forcément besoin d’être mis en lumière, il reste malgré tout un grand nombre de possibilités…
Je vais donc me laisser porter par le souvenir des dernières rencontres mémorables avec des rieslings Heisse Wanne de la maison Dirler-Cadé pour choisir de me rendre du côté de Guebwiller pour étudier de plus près le Grand Cru Kessler.

 


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Le coteau du Kessler vu de Bergholtz


Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

 

 

2

 

 
Guebwiller est une ville de près de 12000 habitants, située au sud-ouest de Colmar, au pied des Vosges et de son point culminant, le Grand Ballon, appelé d’ailleurs également le Ballon de Guebwiller.

 

 

3  

L’entrée de la vallée de Guebwiller avec le Grand Ballon au fond et la pente vertigineuse du Kitterlé sur le côté.


Cette petite ville marque l’entrée du Florival, nom poétique de la vallée de la Lauch, que Flurandus, un moine du XI° siècle, décrivait ainsi : « Salut, ô Florival, tu es presque rivale du paradis, avec tes collines fécondes et tes coteaux que les pampres de la vigne recouvrent ».

 

 

4  

La Lauch, un torrent qui descend des crêtes vosgiennes et qui traverse Guebwiller.

 


Même si, comme pour de la plupart des sites du piémont vosgien, les origines de cette ville remontent aux carolingiens, l’histoire de Guebwiller est intimement liée à celle de l’Abbaye de Murbach. C’est en 774 que Gebunvillare est mentionnée pour la première fois dans un acte de donation en faveur de cette abbaye : il s’agit alors d’un simple domaine agricole qui attendra quelques siècles avant de devenir une ville. En effet, ce n’est qu’au XII° siècle qu’une cité médiévale prendra forme autour de l’église Saint Léger et du château Burgstall.

 

 

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L’église romane Saint Léger de Guebwiller.

 

 

Fortifiée au XIII° siècle avec la construction d’un mur d’enceinte, Guebwiller, devenue capitale administrative de la principauté de Murbach, compte 1350 habitants en 1394.
La domination de cette institution religieuse sur la ville ne prendra fin qu’avec la Révolution Française.
Comme bien d’autres communes viticoles alsaciennes, Guebwiller n’a pas été épargnée au cours de son histoire : entre le XIV° et le XVII° siècle, les invasions se sont succédées semant leur lot de malheurs et de destructions. Malgré tout, le patrimoine historique et architectural de cette ville reste remarquable aujourd’hui et offre au promeneur curieux de nombreux vestiges qui témoignent de son riche passé.

 

 

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L’étrange blason de Guebwiller : crée au XVI° siècle, il représente un bonnet albanais, choisi probablement pour rendre hommage aux nombreux travailleurs immigrés venus de ce pays pour prêter main forte aux les vignerons d’antan.

 

 

A l’aube du XIX° siècle apparaissent les premières entreprises textiles qui vont prospérer jusqu’au milieu du XX° siècle. Actuellement, seule la société NSC (Nicolas Schlumberger et Cie) perpétue cet héritage en construisant des machines-outils spécialisées pour la filature.
Idéalement placée à l’entrée de cette belle vallée et dotée d’un patrimoine architectural exceptionnel, Guebwiller se tourne peu à peu vers le tourisme.

 

 

 

6  

Le musée du Florival installé dans une des nombreuses maisons canoniales de Guebwiller.

 

Avec ses 3 églises, toutes d’un style différent (roman, gothique et néo-classique), son Hôtel de Ville datant de 1585, les vestiges des fortifications et du château de Burgstall (XIII°), le château Neuenburg (XVIII°) restauré en 1850, les maisons canoniales du XVIII° siècle…, le visiteur féru d’histoire et d’architecture sera comblé.

 

 

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L’église Notre Dame de Guebwiller, en grès comme de nombreux bâtiments de la ville.
 

 

Le touriste plus sportif pourra profiter des magnifiques chemins de randonnée ou des superbes espaces VTT entre plaine, vignoble et montagne.
Pour l’œnophile, la région est vraiment exceptionnelle, car, ne l’oublions pas, avec pas moins de 4 Grands Crus sur son ban communal, Guebwiller est la cité viticole alsacienne la plus richement dotée en terroirs classés. Paradoxalement, il n’y a que très peu d’exploitations vigneronnes dans la ville : pour trouver une cave à visiter, il faut se rendre dans l’un des charmants villages voisins, où les bonnes adresses ne manquent pas (Orschwihr ou Bergholtz par exemple).



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Au pied du Kessler, le village de Bergholtz


Il y a quelques années, la municipalité a décidé de rendre un hommage marqué à son vignoble lors du Festival des Grands Crus d’Alsace organisé aux Dominicains, avec au programme récitals, spectacles et dégustations.

 

 

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De style gothique, l’église des Capucins accueille de nombreux concerts durant l’année.
 

 

 

 

 

 

Le Grand Cru Kessler se situe au nord du finage de Guebwiller, sur le flanc est de la colline Unterlinger, à une altitude variant de 300 à 390 mètres.

 


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Des parcelles dans la partie sud du Kessler.

 

 

Sa superficie totale est de 28,53 hectares et ses parcelles relativement pentues, orientées sud-est, jouxtent le Grand Cru Kitterlé dans la partie haute et les Grands Crus Saering et Spiegel dans la partie basse.

 

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La délimitation du Grand Cru avec en bas les quartiers nord de Guebwiller et en haut à gauche
les premières maisons du village de Bergholtz.

 

Le nom Kessler, qu’on traduit littéralement par « chaudronnier » évoque la configuration générale en forme de cuvette de ce Grand Cru. Le vallon qui se dessine en son centre constitue un véritable régulateur thermique dans la mesure où, en plus de la barrière vosgienne qui l’isole des vents d’ouest, ce terroir est naturellement protégé des courants d’air froid venant du nord et de la vallée de Guebwiller.

 

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  La partie centrale du Grand Cru.


Sur le plan géologique  ce Grand Cru fait partie de la famille des terroirs gréseux : des colluvions de grès Vosgien du Bundsandstein et un peu d’argile recouvrent un affleurement linéaire de calcaire du Muschelkalk. Le sol et le sous-sol du Kessler, sont épais et tendres avec une structure sablonneuse assez homogène même si on peut y identifier d’autres dépôts minéraux plus ou moins abondants selon les endroits.

 

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Le sol du Kessler : du sable gréseux avec plus ou moins de cailloux.
 

 

Le cœur de ce Grand Cru est constitué par une cuvette qui est cadastrée sous le nom de « Heisse Wanne » (« cuve chaude »). C’est cette dénomination qui est à l’origine du nom Kessler (par sa référence au chaudron).


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La « Wanne » au centre du Grand Cru.


La vigne trouve sur ce terroir un environnement particulièrement favorable : les raisins atteignent leur maturité plus tôt qu’ailleurs, les rendements sont naturellement très faibles (30 à 40 hl/ha) et la grande qualité des fruits est d’une constance remarquable quels que soient le cépage ou le millésime. « Tout se passe comme si le terroir s’équilibrait de lui-même » affirment les vignerons locaux. De plus, grâce aux brumes matinales favorisées par la morphologie de ce terroir (toujours la forme en cuvette), le botrytis se développe assez facilement dans les vignes du Kessler et permet l’élaboration des prestigieuses cuvées de Grains Nobles. Comme le dit Alain Freyburger « Le paradoxe de ce terroir est que, tout en étant très précoce, le Kessler permet de retarder les vendanges jusqu’au mois de décembre pour ne récolter que le sublime nectar ».

 

 

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Une parcelle dans la partie haute du Kessler : terrasses et murets en grès rose.

 

 

Sur le plan historique, on sait que ce terroir a été remarqué dès le VIII° siècle par les moines de l’abbaye de Murbach. Les princes-abbés qui se succédèrent à Guebwiller ont œuvré sans relâche pour donner à leurs vins la place qu’ils méritent au sommet de la hiérarchie alsacienne. En 1575, l’écrivain humaniste, Sébastien Munster parlait de Guebwiller en ces termes : « Cette ville assise à la gueule des montagnes abonde en vignes et est sujette à l’abbé de Murbach qui y fait là souvent sa résidence » (Cosmographia Universalis)
En 1394, le nom de Kessler est mentionné pour la première fois par écrit dans des documents administratifs.
Un dicton du XVI° siècle affirme que « Dans le Rangen de Thann, la Wanne de Guebwiller et le Brand de Turckheim pousse le meilleur vin du pays » : ce témoignage de la sagesse populaire marque la reconnaissance de l’indiscutable grandeur de la Wanne – l’autre nom du Kessler – qui trouve une place de choix dans ce trio de terroirs prestigieux.
Depuis 1830, la récolte de ce lieu-dit est vinifiée à part et commercialisée sous le nom Kessler ou Wanne : près de 150 ans avant les lois sur les Grands Crus les vins de ce fameux terroir de Guebwiller ont été des précurseurs dans la reconnaissance de l’élite alsacienne.
Bien entendu, le Kessler fera partie de la première sélection de terroirs classés en 1975 (décret d’application en 1983)… et ce n’est que justice !

Au niveau de la viticulture, ce Grand Cru, présenté comme un terroir assez facile à travailler (cf. plus haut) est exploité par une poignée de vignerons très sensibles à préservation des sols. « Notre ligne de conduite obéit au souci d’assurer la pérennité du vignoble ». assure Alain Freyburger.

 

 

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Sur les pentes du Kessler : un tapis végétal dense et diversifié.

 

 

La conduite de la vigne sur ce coteau traduit ce souci de façon assez explicite : enherbement, bio-diversité végétale, labour dans les rangs et au niveau du cavaillon…

 

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L’inter-cep est travaillé malgré la pente.


On sent une belle harmonie dans cet environnement préservé où les fleurs s’épanouissent, les lézards prolifèrent et la vigne y rencontre un terroir propice à une maturation sereine.

 

 

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Une rencontre impromptue au pied du Kessler



Le gewurztraminer est le cépage le plus planté sur ce Grand Cru : comme l’affirme Mireille Walker, la sommelière du restaurant Aux Armes de France à Ammerschwihr, « En dégustant les gewurztraminer du Kessler, nous sentons que ce cépage est heureux dans ce terroir gréseux ».Le pinot gris profite également très bien de la qualité de ce terroir et le riesling peut donner des résultats exceptionnels si les rendements sont contrôlés : ce cépage occupe souvent les parcelles du secteur haut, plus pentues et moins riches en argile.
Les vins du Kessler sont à la fois puissants et fins avec un équilibre sucre/acidité d’une grande élégance qui se révèle pleinement après quelques années de garde.
Comparés à leurs voisins du Kitterlé au caractère montagnard parfois un peu rude, Alain Freyburger présente les vins du Kessler comme des « gentlemen affables ».
Les gewurztraminers sont puissants mais toujours élégants avec une palette aromatique épicée qui s’épanouit et persiste très longuement en bouche.
Les rieslings sont plus secrets, plus subtils avec une structure droite et une profondeur aromatique incomparable.

 

Un microclimat qui donne une belle richesse, un sol gréseux qui appelle la finesse et des vignerons qui travaillent en harmonie avec ce grand terroir… une association idéale pour concevoir de très grands vins !

 

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Les pentes de la partie nord du Kessler.






…JEAN-PIERRE DIRLER

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Le domaine Dirler-Cadé se trouve à Bergholtz, un charmant village situé au pied de la colline Unterlinger, à quelques kilomètres au nord de Guebwiller.

 

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Une grande maison vigneronne avec un portail toujours grand ouvert…

 

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  … et un caveau qui accueille les visiteurs du lundi au samedi.

 

 

En cette fin août, les actuels exploitants Jean et Ludivine Dirler sont partis en famille pour une petite semaine de congés bien mérités, c’est donc Jean-Pierre Dirler, le papa toujours présent et actif au domaine, qui m’accueille dans le caveau de dégustation pour répondre à mes questions sur ce Grand Cru.

 

 

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  Cosy et chaleureux, le coin-dégustation du domaine Dirler-Cadé.

 

 

 

Comment définir ce terroir ?

Jean-Pierre Dirler possède un dossier extrêmement complet sur les caractéristiques géologiques des deux terroirs voisins, le Kessler et le Saering : cette étude scientifique est une source de renseignements d’une grande précision pour comprendre l’infinie complexité du vignoble alsacien. Il s’avère que le Kessler possède un sous-sol de sables gréseux, plus ou moins profond, qui repose sur une couche rocheuse compacte. Vers le bas, la roche-mère est de nature calcaire alors que dans les parcelles hautes et dans celles dans la Wanne on trouve une sous-couche de nature schisteuse.
« C’est un terroir drainant où les racines plongent facilement en assurant un apport hydrique et minéral régulier à la vigne » Au niveau de la Wanne la couche arable est la moins épaisse (90 centimètres) alors que dans le secteur bas les terrains sont plus profonds et plus riches en argiles. « La partie haute du Grand Cru qui se trouve dans le prolongement du Kitterlé est pauvre et presque exclusivement gréseuse ».
Des analyses pédologiques plus précises relèvent deux éléments spécifiques au Kessler : l’absence quasi-totale de calcaire et une richesse peu commune en potassium.
Au niveau du microclimat, ce terroir est protégé des vents violents « mais il reste quand même bien aéré » préservant naturellement les raisins de la pourriture, noble ou non. Dans ces conditions, les V.T. réussissent bien mais les S.G.N. sont beaucoup plus difficiles à réaliser.
Par sa forme concave, la Wanne présente des variations de l’exposition assez conséquentes  « Notre parcelle de riesling est idéalement placée face au sud ».

 

 

Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

« Le riesling se plait dans les parties hautes, pauvres et très pentues », alors que les sols plus profonds, plus argileux du bas de coteau sont généralement plus favorables aux pinots gris et aux gewurztraminers. D’après Jean-Pierre Dirler le muscat est le seul cépage qui ne réussit pas sur ce terroir « ce cépage donne des vins lourds et pâteux sur le Kessler »…tout à l’opposé du style qu’il recherche.


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Dans cette configuration si particulière qui voit 4 Grands Crus placés côte à côte, la question du lien au terroir se pose tout naturellement. Jean-Pierre Dirler est catégorique : « lorsque nous dégustons notre production, nous nous rendons compte chaque année qu’on ne peut pas confondre un Spiegel, un Kitterlé, un Saering ou un Kessler, ce sont des vins vraiment différents ».
Ceci dit, Jean-Pierre Dirler ne pense pas qu’il soit possible de déterminer des marqueurs aromatiques propres à un Grand Cru « l’effet millésime et la main du vigneron sont des éléments plus déterminants que la nature du terroir pour construire le profil aromatique d’un vin ».
Les Kessler se distinguent par leur charpente minérale puissante, car le grès transmet une grande salinité aux vins : « il suffit de sucer un fragment de grès ramassé dans nos vignes pour percevoir les notes salées et ce goût de roche qu’on retrouve dans les vins ».
Pour préciser les caractéristiques de ses Grands Crus, ce vigneron fait surtout référence à leur qualité gastronomique : « nos vins sont conçus avant tout pour accompagner un repas ».
Les rieslings du Kessler sont puissants, gras et complexes avec un fruit souvent bien mûr, ils se marient idéalement avec les crustacés alors que les rieslings du Saering s’associent plutôt avec des poissons marins et ceux du Spiegel s’épanouissent en compagnie d’un poisson de rivière.
Les gewurztraminers du Kessler, opulents et solidement charpentés, font merveille sur les desserts aux fruits et même sur le chocolat, ceux du Saering moins exubérants et plus épicés accompagneront la cuisine exotique.
Les vins du Kessler sont taillés pour la garde : 5 ans pour qu’ils expriment la subtilité du terroir et plus de 10 ans pour atteindre la pleine maturité... à condition bien qu’ils réunissent 3 conditions essentielles au vieillissement « le bon état sanitaire de la vendange, une belle acidité et une matière concentré ».


Y-a-t-il dans votre mémoire de vigneron le souvenir d’un vin mythique sur ce Grand Cru ?

Malgré sa très longue expérience de vigneron et de dégustateur, Jean-Pierre Dirler ne remonte pas trop loin dans le temps pour choisir ses coups de cœur. Il choisit de me parler de 3 vins goûtés récemment :
- le riesling Heisse Wanne 1995 : « une perfection dans l’équilibre, la référence absolue »
- le riesling Kessler 2000 : issu d’un assemblage des raisins de la Wanne et des autres parcelles sur le Grand Cru, « il commence sa phase de pleine maturité, il est puissant et charpenté et se comporte magnifiquement à table ».
- le riesling Heisse Wanne 2006 : encensé par la presse spécialisée et les guides : « une référence pour l’année certes, l’effet drainant du Kessler a bien joué son rôle, le vin est net et très agréable à déguster mais trop riche à mon goût… ».


Quelles perspectives pour ce terroir ?

C’est le domaine Schlumberger qui possède la majeure partie du Kessler (environ 25 hectares sur 28,5) et qui a la main mise sur la gestion locale du Grand Cru, « mais cela se passe plutôt bien entre cette grande maison et les quelques vignerons qui se partagent le reste de la surface ».
La famille Dirler qui milite pour le respect des sols et de l’écosystème dans les vignes se fait entendre de plus en plus dans les débats sur l’avenir du vignoble de Guebwiller « même une grande maison comme Schlumberger évolue peu à peu dans ce sens, c’est encourageant ».
En ce qui concerne les débats actuels sur les vins d’Alsace, le domaine Dirler défend une conception très claire : le vigneron est le maître d’œuvre dont le travail doit permettre au cépage d’exprimer au mieux son terroir. « La conception graphique de nos étiquettes symbolise en quelque sorte notre idée du vin : le nom du vigneron bien en évidence, puis le nom du terroir, le lieu-dit, le cépage et le millésime ».


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Jean-Pierre Dirler n’est que très peu convaincu par les cuvées issues d’une complantation « dans le temps, la Wanne était complantée, nous y réalisions un vin agréable mais sans personnalité, sans l’expression minérale de ce terroir »… rien à voir avec les superbes rieslings qui y naissent aujourd’hui !
Pour ce qui est de la communication sur ce Grand Cru on constate que depuis quelques années, l’engouement de la presse spécialisée pour les vins du Kessler (dans les guides d’achat ou les revues gastronomiques) fonctionne comme un excellent vecteur de reconnaissance nationale et internationale. Jean-Pierre Dirler apprécie pleinement le phénomène mais regrette quelque peu que cette mise en lumière refoule au second plan ses autres Grands Crus, dont il connaît et apprécie les qualités : « le succès actuel des vins du Kessler est justifié mais n’oublions pas pour autant les autres terroirs de Guebwiller, ils sont tout aussi aptes à produire de très grands vins ». A bon entendeur….


Les vins du domaine : quelle conception ?

Crée en 1871, le domaine est aujourd’hui exploité par Jean Dirler, représentant la 5° génération de la famille fondatrice, et par son épouse Ludivine, fille de Léon Hell-Cadé, un vigneron de Guebwiller. A partir du millésime 2000, l’exploitation a repris les parcelles des parents de Ludivine et le domaine a pris le nom actuel de Dirler-Cadé.
Bien évidemment, Jean-Pierre Dirler et son épouse sont restés très actifs et secondent leur fils et leur belle-fille, notamment en accueillant la clientèle au caveau ou en présentant leurs vins sur les salons en France et à l’étranger.
Aujourd’hui le domaine possède 18 hectares de vignes dont 42% sur les 4 Grands Crus de Guebwiller (2,5 hectares sur le Kessler).
5 autres lieux-dits (Schimberg, Belzbrunnen, Schwartzberg, Bux et Bollenberg) sont vinifiés à part et complètent l’impressionnante gamme du domaine Dirler-Cadé : plus de 30 cuvées par millésime !
Ceci dit, c’est un choix assumé du domaine « c’est une démarche difficile mais fondamentale pour respecter et mettre en valeur l’identité de chaque terroir ».

Au niveau de la viticulture, le domaine Dirler-Cadé est en culture bio-dynamique depuis 1998. Intrigué par les pratiques d’Eugène Meyer, un vigneron de Bergholz en bio-dynamie depuis 1969 (le plus ancien d’Alsace) et sensibilisé par un cycle de formation sur la préservation des sols à Rouffach, Jean-Pierre Dirler n’a pas hésité à soutenir pleinement son fils Jean et sa belle-fille Ludivine dans leur décision de travailler leurs vignes en bio-dynamie. « Nous avons fait un essai sur quelques parcelles (1 hectare en tout) en 1996, pour prendre conscience des problèmes que cette pratique allait poser, puis nous avons étendu la bio-dynamie à l’ensemble du domaine en 1998 ».
Malgré quelques soucis d’ordre matériel « le labour à cheval sur des parcelles pentues est parfois très difficile », Jean-Pierre Dirler est très satisfait de cette démarche « en plus de l’effet sur la préservation des sols, la qualité des raisins est beaucoup plus régulière avec la bio-dynamie…mais ne me demandez pas pourquoi ! La seule chose que nous constatons depuis des années, c’est que ces pratiques sont efficaces, laissons aux scientifiques le soin de trouver des explications à cela… ». L’exigeant cahier de charge de la bio-dynamie est donc appliqué sur l’ensemble de la surface viticole du domaine Dirler-Cadé depuis plus de 10 ans.
L’effeuillage est pratiqué à la main sur toutes les vignes du domaine car cela permet de l’adapter à chaque parcelle « notre effeuillage est sélectif selon l’orientation de la parcelle, cela nous permet de contrôler mieux la maturation des raisins. Nous voulons éviter l’excès de richesse et le déficit en acide malique qui rendraient les vins trop plats ».
Le moment des vendanges est fixé en tenant compte à la fois des résultats d’analyse des prélèvements et des impressions laissées par la dégustation des raisins « le sucre ne fait pas tout, ce sont les pépins et les peaux qui doivent être mûrs ».


A niveau des vinifications, les raisins sont triés avant de passer dans l’un des 2 pressoirs pneumatiques du domaine. Le travail en cave est très traditionnel, les Dirler n’adoptent pas de position dogmatique sur les pratiques œnologiques : « notre objectif est de faire le meilleur vin possible avec la matière première dont nous disposons ». Les levurages sont pratiqués exceptionnellement si nécessaire (en 2006 par exemple), les sulfitages sont très faibles mais jugés indispensables à la bonne santé du vin, les élevages se font sur lies sans bâtonnage dans des contenants en inox (3/4) et en bois (1/4). Les mises se font au domaine au cours du mois de juin : « nous sommes adeptes des mises précoces qui laissent toujours un peu plus de CO2 dans le vin et nous permettent de limiter le sulfitage ».
Pour les vins moelleux (VT et SGN) les fermentations sont arrêtées par réfrigération des cuves : « c’est le verdict du palais qui détermine le moment où nous décidons de boquer les fermentations pour obtenir le meilleur équilibre possible sur chaque cuvée ».

Le domaine Dirler produit environ 100000 bouteilles par millésime : 50% partent à l’export dans le monde entier (Europe, Japon, Australie…) mais presque un tiers du chiffre d’affaires est réalisé par les ventes au caveau. C’est une juste récompense pour ces vignerons qui, malgré une notoriété bien assise, consacrent encore beaucoup d’énergie et de temps pour bien accueillir leurs clients de passage. Bravo !


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Les Stammtisch du domaine Dirler... on s’y attablerait volontiers !

 


Et dans le verre ça donne quoi ?


Pour illustrer notre discussion sur les terroirs de Guebwiller, Jean-Pierre Dirler me propose de déguster en parallèle des vins du Kessler et du Saering.
Evidemment, je me laisse faire… la tentation est bien trop forte pour ne pas s’autoriser une petite modification du protocole habituel !

Riesling G.C. Saering 2008 : le nez est aérien, fin et floral avec quelques notes d’agrumes mûrs, la bouche est dense, l’acidité est profonde et pure et la finale bien longue offre une palette fraîche sur la craie et le citron.
Une cuvée pleine de charme et doté d’un redoutable pouvoir de séduction avec une structure élégante et un équilibre de funambule.

Riesling G.C. Kessler 2008 : le nez est discret et très pur sur le fruit mur et les zestes d’agrumes, la bouche est charnue avec de la richesse et une belle concentration, une acidité pointue et longue soutient admirablement la finale.
Un riesling avec une matière très puissante, encore un peu sauvage aujourd’hui, mais l’avenir lui appartient…


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Riesling G.C. Kessler-Heisse Wanne 2008 : un nez pur et très élégant sur le fruit mûr et le miel, la bouche volumineuse et ample possède beaucoup de gras et de salinité, la finale est très longue et la sensation minérale véritablement hors du commun.
Puissant et riche ce riesling grandiose repose sur une trame minérale d’une profondeur que j’ai rarement rencontrée. Une claque absolue !!!


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Orientée plein sud, la parcelle de riesling de la Heisse Wanne se trouve derrière le menhir en grès

 

 

Gewurztraminer G.C. Saering 2008 : le fruité est très élégant sur les agrumes mûrs, le vin envahit la bouche tout en douceur et en finesse dans un équilibre très gourmand, la finale est fraîche et digeste.
Un gewurztraminer de haute couture avec une structure parfaitement équilibrée (malgré les 18g de SR). Un vin taillé pour la haute gastronomie.

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Gewurztraminer G.C. Kessler 2008 : le nez est riche et généreux avec une palette complexe sur les fruits mûrs (abricot, banane) complétés par des notes plus exotiques et légèrement épicées, la bouche est d’une puissance inouïe, la matière est concentrée et riche, une salinité profonde apporte fraîcheur et longueur à la finale.
Un peu à l’image du riesling issu du même terroir, ce gewurztraminer est un vin riche (32g de SR) et ultra-puissant, plein d’une énergie encore trop exubérante…mais quel potentiel !
 

 

Gewurztraminer G.C. Kessler 2007 : le nez est discret, subtil sur un registre exotique (mangue), la bouche est riche (52g de SR) avec des arômes de fruits confits, une texture veloutée et une finale très minérale qui donne un équilibre très digeste à l’ensemble.
Ce gewurztraminer possède à la générosité bien assumée et bien intégrée dispose d’un pouvoir de séduction redoutable : se boit, se reboit, se re-reboit vraiment tout seul !l

Gewurztraminer G.C. Saering V.T. 2007 : le nez est délicat et complexe, la palette associe de subtils arômes d’agrumes confits, de miel d’acacia et de rose, la bouche est opulente, mais le gras trouve un bel équilibre avec la minéralité, la finale est longue et sapide.
A peine plus riche que le vin précédent (54g de SR) ce gewurztraminer est plus épais et plus massif tout en conservant un fond de fraîcheur, grâce à une présence saline vraiment intense. Magnifique équilibre !

 

Gewurztraminer G.C. Kessler V.T. 2006 : le nez s’ouvre sur des notes d’humus mais un beau fruité confit et très gourmand prend le relais rapidement, la bouche est veloutée et richement parfumée (orange confite et épices douces), la persistance aromatique est très longue.
Un gewurztraminer harmonieux, ouvert et plein de volupté (74g de SR)… beaucoup de classe ! Associé à du chocolat ce vin fait merveille avec ses aromes d’agrumes qui résonnent superbement. Une alternative aux Portos et autres Maury très originale et riche en saveurs…il faut absolument essayer !

Gewurztraminer G.C. Kessler V.T. 2007 : le nez est pur, profond et très complexe sur les fruits mûrs et le poivre blanc, la bouche est opulente et parfaitement équilibrée avec un fruité exotique qui se développe au palais, la petite touche acidulée et poivrée de la finale nous laisse une sensation de fraîcheur réjouissante.
Une grande puissance et un équilibre idéal pour ce gewurztraminer, qui s’offre à nous aujourd’hui avec beaucoup de classe mais qui sera surement grandiose dans quelques années.


Pour conclure, un petit bilan sur cette dixième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

-    Une fois de plus, j’ai pu vérifier que la convivialité et la disponibilité des vignerons alsaciens ne sont pas une légende. Encore mille mercis à Jean-Pierre Dirler pour son accueil.

-    J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Kessler comme avant !

-    Le Kessler est un terroir qui engendre des vins assez surprenants : les équilibres toujours très élégants se construisent souvent autour d’une synergie entre la richesse de la matière produite par le microclimat chaud et aéré et la puissance minérale hors du commun apportée par le sous-sol de sables gréseux. Flatteurs par leur générosité immédiate ces crus méritent vraiment d’être attendus (8 à 10 ans selon J.-P. Dirler) pour atteindre le niveau d’harmonie et de complexité qui les rend uniques et qui témoigne de leur grandeur.

-    Jean-Pierre Dirler est un personnage un peu secret mais passionnant : dégustateur hors-pair et vigneron profondément impliqué dans la valorisation et la reconnaissance des terroirs alsaciens, il reste un personnage clé du paysage viticole de notre région. Toujours actif et animé d’une passion réelle pour ses vins, il soutient son fils et sa belle-fille dans leur quête de l’excellence.
A voir les classements du domaine Dirler dans les guides comme le BD ou celui de la RVF on est forcé de constater que ce travail porte ses fruits… Il ne vous reste plus qu’à vous faire une idée par vous-même en vous précipitant sur les fabuleux 2007, 2008 et bientôt 2009 qui vous attendent au domaine.

 

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La partie centrale du Kessler.

Publié dans : Grands crus d'Alsace - Communauté : vin d'alsace
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Présentation

Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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