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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 10:38

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Pour cette dernière réunion A.O.C. avant les fêtes de fin d’années nous avons choisi d’associer les 2 thèmes suivants :
- Thème 1 : quelques vins rouges pour visiter le Roussillon.
- Thème 2 : quelques beaux liquoreux français.

Avec l’hiver qui s’installe progressivement en Alsace ces deux séries de vins tombent à pic pour nous apporter un peu de chaleur et de douceur.
Les rouges costauds et épicés du Roussillon nous feront peut-être oublier les innombrables foires au vin chaud qui vont se multiplier en Alsace durant le mois à venir et les liquoreux festifs et raffinés nous donneront un petit avant-goût des traditionnelles réjouissances de fin d’année.

C’est Lionel qui a coordonné la conception des deux séries secondé par François, toujours à l’affût de l’une ou l’autre opportunité pour dénicher des cuvées rares et originales.

Les vins du premier thème sont servis 2 par 2, bouteilles cachées ; ils sont dégustés et notés à l’aveugle.
Les vins du deuxième thème sont servis 1 à 1, cachés pour les premiers et découverts pour les 3 Sauternes.

Verres INAO.


Soirée Club AOC du 2 décembre 2011 à La Wantzenau



Thème 1 : fait-il chaud dans le Roussillon en hiver ?

 

 

Côtes du Roussillon Villages Mas Karolina 2006 – C. Bonville à Saint Paul de Fenouillet : le nez est d’abord fortement marqué par l’élevage (vanille, notes lactées et bois) avant de livrer quelques arômes de cerise à l’eau de vie, la bouche est puissante, tant au niveau de la structure que des saveurs qui peuvent devenir entêtantes (épices, cacao), la finale se prolonge avec une amertume très présente.
Côtes du Roussillon Villages Chimères 2008 – Château Saint Roch à Perpignan : le nez est intense et un peu « sauvage » (caoutchouc, animal) avec de petites notes de fruits noirs qui peinent à se faire sentir, la bouche possède un toucher gras et soyeux avec une matière bien équilibrée et une finale qui laisse apparaître des tanins un peu secs.
Ces deux vins possèdent des jus riches et concentrés qu’un élevage un peu trop voyant a peut-être affecté outre mesure…dommage car on y perçoit des matières gourmandes et pleines d’énergie.
On pourrait envisager quelques années de garde supplémentaires pour donner une patine plus douce à ces vins mais les sensations de sècheresse laissées en finale ne laissent pas trop d’espoir quant à leur potentiel d’évolution.


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Côtes du Roussillon La Passion d’une Vie 2003 – B. Magrez à Estagel : le nez est fin et élégant sur les fruits rouges bien mûrs, l’équilibre en bouche est frais et le fruité particulièrement agréable, la finale est assez longue mais un peu austère.
Vin de Pays des Côtes Catalanes Clos du Rouge Gorge-Jeunes Vignes 2009 – C. Phal à Latour de France : le nez est intense avec un profil « nature » très marqué, médicinal (camphre, calyptol) et un peu animal, l’attaque en bouche est légèrement perlante mais l’équilibre est frais et très aérien avec un registre aromatique qui se purifie et se complexifie pour finir sur de très belles notes florales et épicées.
Voilà un couple de vins qui font la part belle au carignan (cépage majoritaire dans les deux cuvées : plus de 40% pour le premier et plus de 80% pour le second) mais qui se différencient du tout au tout dans leur expression.
Il est évident que sur ces deux vins la marque de la patte du vigneron est profonde : le premier précis, élégant et facile d’accès, le second très revêche à priori mais qui dévoile au fur et à mesure une matière gourmande et une palette très raffinée.
Comme il fallait s’y attendre le vin de Bernard Magrez a largement remporté les suffrages dans ce duel face à la cuvée de Cyril Phal qui ne se présentait pas sous son meilleur jour aujourd’hui…dommage !

 

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Collioure Domaine Berta-Maillol 2008 – Banyuls sur Mer : le nez est discret mais très fin avec une palette subtile sur la rose et la cerise rouge, la bouche possède un équilibre frais et un très beau fruit (une texture presque « bourguignonne » en fait…), la finale est longue et aromatique avec des notes de cerise et de noyau.
Collioure Domaine Saint Sébastien 2007 – Banyuls sur Mer : le nez est expressif sur les fruits noirs et les épices, la présence en bouche rappelle nettement la cuvée Chimères dégustée précédemment, une belle tenue un peu gâchée par une finale trop austère.
Plus complets et mieux équilibrés que les quatre premiers vins, ces Collioure se sont présentés comme de parfaits séducteurs ce soir…Une jolie surprise et une invitation à connaître un peu mieux cette appellation dont je n’ai que très peu de souvenirs gustatifs.
Avec 2012 qui approche, voilà déjà ma première bonne résolution !

 

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Côtes du Roussillon Villages La Muntada 2003 – Domaine Gauby à Calce : le nez est fin et complexe sur la framboise mûre, les épices et quelques notes boisées très nobles, en bouche l’attaque est vive, le milieu bien équilibré développe une belle palette aromatique et révèle une trame tannique polie et racée, la finale est très longue et particulièrement complexe.
Mûr, équilibré avec une palette aromatique épanouie et une présence en bouche suave et gourmande…Superbe !!!!

 

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Pour conclure :

- c’est avec grand plaisir que j’ai renoué ce contact gustatif avec une région que je n’ai plus visitée depuis bien longtemps : ces vins solaires m’ont rappelé mes escapades familiales dans le Roussillon et m’ont donné une furieuse envie d’y retourner prochainement.

- les 6 vins dégustés ce soir nous ont donné un petit aperçu sur la diversité de la production du Roussillon : certes la générosité (parfois excessive) constitue un caractère commun aux cuvées de cette série, cependant chaque bouteille révèle une personnalité bien particulière.
Diversité des terroirs…probablement, marque spécifique de chaque vigneron…sûrement.

- Pour le coup de cœur aucune hésitation : la Muntada s’impose largement en écrasant la concurrence par une classe un peu hors norme…ceci dit, en temps de crise, son prix (également hors norme) peut dissuader l’amateur le plus motivé qui pourra se rabattre sur l’une ou l’autre cuvée de Collioure qui ont également marqué les esprits par leur personnalité vraiment attachante.



Thème 2 : heureux avec des liquoreux ?


Banyuls Blanc Domaine Berta-Maillol 2008 – Banyuls sur Mer : le nez est riche et intense sur la gelée de coing, le miel et les épices, la bouche s’ouvre sur un moelleux très sensible suivi d’une présence alcooleuse assez forte, la finale revient sur davantage de finesse avec un profil aromatique bien complexe.
Dégustée à l’aveugle, cette cuvée a rapidement été identifiée comme un vin muté et a été bien appréciée pour son beau registre aromatique et sa finale de grande classe.

Coteaux du Layon Beaulieu Château Pierre Bize-Les Rouannières 2004 – C. Papin à Beaulieu sur Layon : le nez s’ouvre sur des notes végétales peu agréables (champignon blanc, betterave) avant de livrer quelques discrets arômes miellés, en bouche, l’attaque est souple et le registre aromatique devient plus agréable avec de belles notes de pain d’épices et de miel, la finale rappelle les sensations végétales perçues au nez.
Le millésime marque fortement cette cuvée avec des arômes peu élégants qui prennent le dessus et qui font oublier que la matière première ne manque pas de charme. Peut-être un peu trop vieux…dommage !

Pinot Gris V.T. 1998 – L. Sipp à Ribeauvillé : le nez est discret sur le miel et le raisin sec, la bouche est agréable mais un peu simple, le registre aromatique reste bien fin, toujours sur le raisin sec, pour se complexifier en finale avec des notes de tabac blond et une fine amertume.
Ce pinot gris pur mais un peu simple a déçu les trois membres du club qui avaient bien mieux goûté ce vin au domaine Sipp il y a quelques jours…ceci dit, ne boudons pas notre plaisir, cette V.T. reste une belle bouteille même, si son apogée semble dépassé !

 

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Château Lafaurie Peyraguey 2007 - Bommes : le nez est superbe de gourmandise avec sa palette épanouie et complexe sur la mangue, le citron confit et les épices (vanille, girofle) soutenue par un boisé très subtil, la bouche possède un moelleux sensible équilibré par une acidité fine qui s’élargit au fur et à mesure pour tendre une très belle finale longue et puissamment aromatique.
Ce Sauternes de grande classe s’offre à nous avec facilité tout en gardant toute sa distinction…Excellent, tout simplement !

Château La Tour Blanche 2005 - Bommes : le nez est plus secret avec des nuances exotiques bien timides, la bouche possède une structure sphérique quasi-parfaite, assez massive mais équilibrée la matière est bien épanouie, la finale reste bien moelleuse et développe d’intenses arômes épicés.
Plus fondu mais moins exubérant au plan aromatique, ce vin se fait remarquer par sa structure en bouche qui sait rester élégante et distinguée malgré une richesse affirmée.

Château Yquem 1998 - Sauternes : le nez est discret mais évolue en permanence pour donner un récital aromatique d’une rare complexité, cire, acacia, pralin, épices douces, léger fumé, encens…, en bouche la texture est soyeuse, extrêmement concentrée avec un équilibre évident et une palette qui se développe encore un peu plus, l’exceptionnelle longueur aromatique de la finale ne laisse plus aucun doute sur la grandeur de ce vin.
Ce vin mythique se montre un peu réservé à l’ouverture mais progressivement, il exprime une personnalité d’une richesse et d’une complexité inouïes ; le retour vers les très belles cuvées goûtées juste avant livre un verdict sans appel : Yquem est au dessus à tous points de vue et à l’unanimité…un vin immense qui a pleinement justifié son rang ce soir !
 

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Pour conclure :

- Il est toujours difficile d’aborder un thème comme les liquoreux : ces vins riches et capiteux peuvent fatiguer rapidement des dégustateurs. Le choix de constituer deux triplettes avec les incontournables Sauternes d’un côté et quelques moelleux provenant d’autres régions françaises, nous a donné l’occasion d’apprécier pleinement et sans lassitude les 6 bouteilles sélectionnées par Lionel.

- La première série très diversifiée qui avait comme objectif premier de nous mettre en appétit n’a pas franchement démérité : le Banyuls comme transition avec le thème précédent nous a obligés à recalibrer notre palais pour pouvoir l’apprécier pleinement, le Layon 2004 de Papin et le Pinot Gris VT 98 de Sipp se sont montrés moins à leur avantage et ont déçu les dégustateurs qui connaissaient ces vins et qui les avaient déjà beaucoup mieux goûtés par le passé...dommage !

- Les 3 Sauternes se sont facilement imposés face à cette concurrence somme toute assez modeste et Yquem s’est vraiment comporté en leader incontesté de l’appellation : les attentes par rapport à ce vin étaient évidemment très fortes et pourtant personne n’a été déçu…voilà une rencontre qui a marqué chaque dégustateur présent.

- Enorme coup de cœur pour cette bouteille qui rentre dans mon classement personnel à la deuxième place après le grandiose 1986 et bien avant 99, 91 ou 87 goûtés au cours de ces dernières années.

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 14:43

LE ZOTZENBERG SELON…

 

 

Il faut se rendre à l’évidence, malgré certaines routines construites progressivement depuis le début de ma quête, mon projet d’étudier en détail les 51 Grands Crus alsaciens avance de moins en moins vite.
J’ai bien conscience qu’un tel chantier nécessiterait un investissement quasi exclusif de ma part, mais le monde du vin est tellement riche dans sa diversité que je n’ai vraiment pas envie de me restreindre à un seul thème, fut-il aussi passionnant que cette étude des Grands Crus d’Alsace…
Mais bon, je continue tranquillement mon bonhomme de chemin…qui sait, j’arriverai peut-être au bout !

Me voilà donc de retour dans le Bas-Rhin où j’ai entrepris une remontée nord-sud qui a débuté par les terroirs de la Couronne d’Or, qui s’est poursuivie par le Kirchberg de Barr avant d’arriver à Mittelbergheim pour cette 13°étape sur le coteau du Zotzenberg en compagnie de Jean-Pierre Rietsch.
Hoppla, c’est parti !

 

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Le Zotzenberg en automne.

 

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

 

Mittelbergheim est surement le village dont j’ai le plus souvent parlé sur la toile jusqu’ici : un lieu à l’esthétique pittoresque et au caractère encore très authentique où se côtoient un nombre impressionnant de grands vignerons (Seltz, Rieffel, Boeckel, Gilg, Rietsch…), quelle plus belle destination de sortie pour un ivrogne à tendance bucolique comme moi ?

 

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  Mittelbergheim à la fin de l’été

Mittelbergheim est un petit village de près de 700 habitants construit à flanc de coteau et partage son territoire entre les dernières collines sous-vosgiennes et les premiers replats du Ried. Située à une trentaine de kilomètres de Strasbourg, entre Barr et Andlau, cette bourgade vigneronne possède une unité de style architectural remarquable. Mittelbergheim, qui a su conserver le caractère de village viticole des XVII° et XVIII° siècles, est classé officiellement parmi les « Plus beaux villages de France ».

 
 
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  Le village de Mittelbergheim vu du Moenchberg d’Andlau

 

A travers l’histoire, le nom de ce lieu fait explicitement référence à sa situation particulière entre montagnes et collines. Ce village s’est appelé Mittelbergensis, Alsata Mediomentanus, Berghe ou Villa Bergheim avant de trouver sa dénomination actuelle au XVII° siècle : Mittel (milieu)-berg (montagne)-heim (village) qui peut se traduire par « Village au milieu des montagnes » ou « Village de la montagne du milieu ». Dans son livre « La grande encyclopédie des lieux d’Alsace » M. P. Urban nous propose une version un peu différente lorsqu’il présente ce village comme « élément médian d’une triade composée de Scharrachbergheim, Mittelbergheim et Bergheim, 3 villages en ligne droite le long de l’antique route du piémont des Vosges, séparées chacun d’une distance de 22 kilomètres, soit exactement 10 lieues gauloises ».
Avec deux versions cohérentes qui s’appuient sur des données topographiques indiscutables, il est difficile trancher pour définir la vérité historique…ceci dit, en étudiant le blason de la cité on devinera aisément le parti pris de ses concepteurs.


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Le blason de Mittelbergheim…au milieu des montagnes ou montagne du milieu ?

 

 

L’origine avérée du site remonte au IX° siècle où une charte relative à la fondation de l’abbaye d’Andlau mentionne l’existence mais certaines traces encore visibles aujourd’hui préfigurent l’existence d’une structure agraire pré-celtique ou celtique et des occupations successives de peuples francs et romains.

Jusqu’au milieu du XIII° siècle le village se trouvait sous la juridiction de l’évêque de Strasbourg et était administré par les Abbayes d’Andlau et du Mont Sainte Odile. De 1255 jusqu’à la Révolution ce furent l’évêque de Strasbourg, les seigneurs d’Andlau et les Berkheim (une famille de nobles qui à pris le nom du lieu) qui se partageaient le territoire : Mittelbergheim était alors administré par un prévôt nommé par Strasbourg, un maire et quatre échevins nommés par les seigneurs.

 

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Parmi les nombreux témoignages du passé la fontaine de la « Sinn » qui date du XIV° siècle.


Contrairement à beaucoup de villages du piémont vosgien, Mittelbergheim ne fut jamais fortifiée : lors des attaques ou des invasions qui se sont succédé à travers l’histoire, la population fuyait vers les villes voisines telles que Dambach, Andlau ou les châteaux situés sur les hauteurs à proximité.

Epousant la cause de la Réforme dès 1530, Mittelbergheim a vu cohabiter pacifiquement les deux religions à partir de 1545 et a bénéficié du statut de ville libre jusqu’en1680, année où elle devint française en même temps que Strasbourg, 32 ans après le traité de Westphalie.
La grande réforme administrative de 1790 fera de ce village une véritable municipalité dépendant du canton de Barr.

 

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L’église protestante : construite à l’emplacement d’une chapelle du XII° siècle elle possède une base romane mais les fenêtres sont de forme gothique (XVII° siècle) et la flèche effilée date du XIX° siècle.

 
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L’église catholique en grès date de la fin du XIX° siècle

 

 

Au cours du XVIII° et du XIX° siècle le village connaît un développement harmonieux avec des activités diversifiées où seulement 5% de la population active vit de la production viticole.
Le XX° siècle fut celui du développement de la viticulture à Mittelbergheim. Après 1950 le commerce du vin est florissant et devient l’activité principale du village. Aujourd’hui encore près de la moitié de la population en vit, puisqu’on dénombre 64 exploitations officiellement recensées : la plupart étant restées de dimension familiale, leurs revenus proviennent à plus de 80% de la vente directe aux particuliers.

 

Cette situation particulière explique le dynamisme des vignerons locaux qui organisent régulièrement des manifestations festives autour du vin. Avec un sentier viticole très pédagogique qui parcourt le Zotzenberg et un nombre impressionnant de caves particulières où le visiteur est reçu dans de beaux caveaux de dégustation, l’œnophile trouve dans ce très beau village un « terrain de jeu » presque unique en Alsace.

Comme la plupart des maisons du village ont été construites entre 1540 et 1630, le promeneur féru d’histoire et d’architecture pourra admirer ces constructions datant de l’époque de la Renaissance allemande.


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Les rues de Mittelbergheim avec ses maisons de style Renaissance d’une grande unité de style architectural : cours fermées par un porche, toits hauts et pointus

 

Au XVI° siècle, Mittelbergheim comptait plusieurs dizaines de pressoirs en bois, aujourd’hui il en reste 8 qui datent du XVIII° siècle et qui décorent les rues du village : celui de la cour dîmière (27 rue Principale) et celui qui se trouve devant l’entrée du domaine Rietsch méritent qu’on s’y arrête un instant pour admirer ces éléments en chêne massif qui ont résisté à l’usure du temps…Impressionnant !
 

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Les pressoirs fleuris de Mittelbergheim : rue Principale (en haut) et à côté du domaine Rietsch (en bas)


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Le touriste randonneur trouvera une foule d’itinéraires balisés qui le mèneront à travers vignes et forêts sur les hauteurs vosgiennes où ils découvriront de magnifiques points de vue et quelques beaux châteaux forts datant du moyen-âge, comme le Bernstein ou le Haut Andlau.


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Vue rapprochée du Haut Andlau (photo empruntée sur http://chateau.over-blog.net/ avec l’aimable autorisation de l’auteur)


Comme Niedermorschwihr dans le Haut-Rhin, Mittelbergheim s’impose comme l’un des plus beaux fleurons de la route des vins bas-rhinoise…une étape incontournable – ENCORE UNE ! – pour tout œnophile désireux de s’imprégner de l’esprit du vignoble alsacien


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Une étape sur le chemin de promenade du tour du village : les automates animés autour d’un pressoir datant du XV° siècle.
 

 

 

 

 

Le Grand Cru Zotzenberg se situe dans une combe régulière qui se dessine sur le flanc sud de la colline de Mittelbergheim.

 

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Le Zotzenberg vu du haut, vers l’ouest.



Exposées au sud et au sud-est les parcelles du Grand Cru, dont l’altitude varie entre 225 et 320 mètres, occupent une superficie totale de 36,45 hectares
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Le Zotzenberg, un tracé complexe…à l’image de sa géologie.
 

 

Le climat qu’offre le Zotzenberg est particulièrement propice à la viticulture : protégées des vents d’ouest et de la pluie par le massif des Vosges, ses pentes douces exposées principalement au sud donnent à la vigne de très bonnes conditions d’ensoleillement.
Avec des étés secs et chauds et de longs automnes ensoleillés, la vigne arrive à maturité sans difficulté même dans des millésimes réputés plus compliqués, comme il y en a eu quelques uns ces dernières années…

 

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Le Zotzenberg ou « L’automne en pente douce »…

Sur le plan géologique ce Grand Cru est classé dans les terroirs marno-calcaro-gréseux : ce sont des « sols bruns calcaires du Bajocien et du Lias sous-jacent, avec en amont des sols bruns calcaires sur conglomérat de l’Oligocène » (Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacienCIVA).

Comme le Kirchberg voisin, le Zotzenberg est situé dans le champ de fracture de Barr. Ses sols sont essentiellement formés par divers ensembles de roches sédimentaires tels que des grès vosgiens, des calcaires oolithiques et des marnes calcaires et gréseuses. Les couches superficielles ont une épaisseur qui varie de quelques mètres à plusieurs décamètres et sont constitués de sédiments récents et de roches altérées de nature argilo-sablo-limoneuse
L’aspect physique des sols témoigne de cette grande diversité géologique : plutôt bruns beiges à bruns gris légèrement caillouteux en amont ils deviennent plus argileux et plus sableux vers le bas et prennent une teinte brune-orangée.

 

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Sols du Zotzenberg vers l’amont…

 

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…et vers l’aval


 

Pour complexifier encore un peu le profil, une faille géologique sépare le Grand Cru au niveau de la route entre Barr et Mittelbergheim en délimitant un secteur oriental où dominent les marnes gréseuses ferrugineuses recouvertes de limons et d’argiles et qui se trouve près du centre du village.

Pour des informations plus détaillées je vous renvoie au lien suivant : http://www.zotzenberg.com/index.php?include=page61&geologie=geologie#oligocene
 

 

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Une parcelle du Grand Cru au dessus de la route qui matérialise la faille.


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Une vigne dans le "Berg", le secteur oriental du Zotzenberg


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  Un pied de vigne dans le secteur gréseux ferrugineux du Zotzenberg.
 

 

Sur le plan historique, l’implantation de la vigne à Mittelbergheim est aussi ancienne que les origines du village et le lieu-dit « Zoczenberg » était déjà identifié et reconnu au XIV° siècle (le nom apparaît dans un document datant de 1364). A partir du XV° siècle, avec le développement du commerce du vin, les vignerons du village décident de tenir un registre sur le prix du vin (le « Weinschlagbuch ») dont la tradition perdure jusqu’à nos jours.
C’est au XVI° siècle que le nom définitif du Grand Cru est mentionné pour la première fois : la dénomination Zotzenberg apparaît en 1541 dans un document d’archives de Mittelbergheim. Malgré de nombreuses hypothèses l’origine avérée de ce toponyme n’est toujours pas déterminée à l’heure actuelle : racines latines, slaves, germaniques ou gitanes…le choix reste ouvert.
La viticulture connaîtra un véritable âge d’or durant les XVI° et XVII° siècles : la plupart des riches demeures vigneronnes parfaitement restaurées aujourd’hui ont été construites à cette époque.


 
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  Sur le porche des maisons, le blason taillé dans le grès avec la date de construction.


Le sylvaner est apparu en Basse-Alsace au cours du XVIII° siècle et a été implanté sur le Zotzenberg à la fin du XIX°. Après un long travail d’observation et d’expérimentation, les vignerons de Mittelbergheim ont pu mesurer la qualité que pouvaient avoir les vins issus de sylvaner sur ce terroir. Dès le début du XX° siècle le Zotzenberg est commercialisé sous son nom, en associant tout naturellement le sylvaner à ce lieu-dit : des documents prouvent qu’on trouvait du Sylvaner Zotzenberg dès 1921 et certains témoignages d’anciens nous rappellent que lorsqu’ils commandaient du Zotzenberg, on leur proposait systématiquement du sylvaner.
Le décret du 17 décembre 1992 reconnaît le lieu-dit Zotzenberg comme une dénomination géographique au sein de l’appellation Grand Cru, mais en exclut le cépage sylvaner qui fut en grande partie à l’origine de la réputation de ce terroir.
Considérant ce cépage comme faisant partie intégrante de l’identité de ce Grand Cru les vignerons de Mittelbergheim se sont battus pour obtenir une mesure dérogatoire de l’A.O.C. ; ils ont obtenu gain de cause avec le décret du 25 mars 2005, qui autorise le sylvaner dans l’appellation Grand Cru Zotzenberg.
 

 

Au niveau de la viticulture, cette adéquation naturelle presque parfaite entre le terroir du Zotzenberg et le sylvaner a poussé les vignerons de Mittelbergheim à défendre ce cépage contre vents et marées en s’inscrivant dans une démarche qualitative exemplaire.
Ce cépage roturier qui peut se montrer très productif est lié à une image de vin d’entrée de gamme, simple, peu aromatique, dilué et se vendant à bas prix. Mais comme le dit Albert Seltz, président du syndicat viticole local « le sylvaner est un cépage subtil, fragile, délicat (…) bien vinifié il fait découvrir quelque chose que l’on ignore encore en Alsace, parce que jamais l’on ne s’est donné la peine de chercher à savoir ce qu’un sylvaner peut donner quand il est produit dans les mêmes conditions et avec les mêmes rendements qu’un pinot gris ou un gewurztraminer ».
Les producteurs de ce village ont vraiment du mobiliser des convictions profondes en affirmant leur confiance absolue dans la valeur de ce terroir pour réussir à faire survivre le sylvaner dans ce Grand Cru. Aujourd’hui encore cette solidarité et cette exigence qualitative se retrouvent toujours dans les pratiques en vigueur sur le Zotzenberg : démarche environnementale forte avec une viticulture propre et un respect de la biodiversité dans les vignes, rendements sévèrement contrôlés et entente cordiale entre vignerons pour continuer la promotion de leur production.

 

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Enherbement et labour plus ou moins profond…les pratiques viticoles propres sont dominantes sur le Zotzenberg. 

 

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Avant le décret définissant les Grands Crus d’Alsace, le sylvaner occupait 1/3 de la superficie du Zotzenberg, après une diminution logique suite au texte législatif qui excluait le cépage de l’appellation, il couvre près de 40% de la surface de production aujourd’hui.
Implanté principalement dans des parcelles à mi-coteau le sylvaner est resté le roi du Zotzenberg même si d’autres cépages nobles sont à même d’engendre de très grands vins sur ce terroir : les rieslings dans les secteurs les plus hauts (plus calcaires), les gewurztraminers et pinots gris dans le secteur proche du centre du village (gréseux et ferrugineux). Le muscat qui a cédé sa place au sylvaner dans le cahier de charge du Grand Cru depuis 2005 a pratiquement disparu sur le Zotzenberg.

Les vins du Zotzenberg sont avant tout des vins de garde car ils demandent toujours quelques années pour montrer leur classe. Comme l’affirme S. Dubs en parlant des vins de sylvaner « Après 4 à 5 ans de garde, il développe du gras, de la complexité et une minéralité qui lui est propre, qui signe ce terroir et en fait l’un des meilleurs sylvaners du monde ».
Les rieslings sont également d’une grande complexité aromatique avec une palette florale (petites fleurs de printemps, acacia) et fruitée (pèche, bigarreau), leur structure plus fine que puissante leur confère un degré de raffinement supplémentaire.
Les pinots gris sont ronds et assez exubérants et les gewurztraminers souvent assez riches, exhalent de délicieuses senteurs florales (violette, muguet, rose).

 


 
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Vue à partir de l’extrême ouest du Zotzenberg.

 

 

 

…JEAN-PIERRE RIETSCH

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Le Domaine Rietsch se trouve au cœur du village de Mittelbergheim, à côté de l’église protestante et juste au dessus du coteau du Stein.



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  Vue estivale du de Mittelbergheim avec les toits du domaine Rietsch à droite du clocher. 


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Vue du domaine sur les vignes du Stein dans les brumes de cette fin d’automne…juste pour montrer qui fait parfois aussi un peu moins beau en Alsace !


Après une rapide escapade sur le coteau du Zotzenberg pour constater que le brouillard persistant ne me permettra pas de prendre quelques photos supplémentaires pour illustrer cet article, je me rends au domaine Rietsch où Jean-Pierre m’attend pour notre entrevue au sujet du Grand Cru.


 
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  Entre l’église protestante et le pressoir ancien, la maison très « style Mittelbergheim » du domaine Rietsch
 

 

En ce jour d’automne brumeux et frisquet où le mercure peine à passer la barre des 5°, je m’installe volontiers dans la douillette ambiance du caveau de dégustation du domaine. Les Spiegelau sont sur la table, une série de bouteilles attend dehors au frais et Jean-Pierre s’est réservé toute cette après-midi pour répondre aux habituelles questions de votre serviteur…voilà une visite qui commence plutôt bien !

 


Comment définir ce terroir ?

Le terroir du Zotzenberg est profondément ancré dans l’histoire de la vigne à Mittelbergheim : « il bénéficie d’une reconnaissance d’usage depuis le début du XX° siècle ».
L’étude des sols du Grand Cru montre une grande diversité géologique « on aurait même pu séparer le Zotzenberg en 2 terroirs distincts : le secteur Ouest à dominante marno-calcaire et le secteur Est, gréseux et ferrugineux ».

 

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Près du cimetière dans le secteur baptisé « Rotland » (Terre rouge) le sol est gréseux-ferrugineux

 

 

Malgré cette diversité, ce coteau mérite pleinement sa réputation, notamment par « son aptitude à produire avec une grande régularité des fruits équilibrés matière première indispensable pour réussir des vins équilibrés »...et dignes du label Grand Crus d’Alsace.
 

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  Une bien belle grappe oubliée par les vendangeurs dans le secteur haut du Zotzenberg
 

 

Malgré une pluviométrie faible la vigne n’est que très rarement soumise au stress hydrique sur le Zotzenberg, mais les raisins y ont tendance à atteindre très facilement un haut degré de maturité. Cette qualité apparente peut parfois poser des problèmes à un vigneron comme Jean-Pierre qui pense que « une maturité excessive peut brouiller la pureté de l’expression du terroir ».
Face à la complexité et la force de ce coteau du Zotzenberg ce vigneron avoue ne pas encore avoir saisi toutes les subtilités de ce terroir « même si je commence à être en phase avec le Zotzenberg pour le riesling, l’expression idéale du sylvaner reste encore énigmatique pour moi… ».
Jean-Pierre, qui pense que pour approcher l’essence profonde d’un vin il faut chercher à épurer sa matière, a bien conscience qu’il n’est pas encore au bout de sa quête…


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Il est clair que la complexité géologique du Zotzenberg rend son terroir naturellement polyvalent et donc apte à produire des vins dignes d’intérêt avec les 4 cépages autorisés, mais il n’en reste pas moins que « c’est effectivement le sylvaner qui exprime très bien l’identité du sol du Zotzenberg ».
Malgré ce constat, Jean-Pierre reconnaît qu’il est encore dans l’expectative face à ce cépage : « Nos sylvaners proviennent d’une vieille vigne bien implantée qui s’équilibre naturellement chaque année autour de 60 hl/ha mais qui produit souvent une vendange trop riche en degrés ». Comme il pense que les sucres résiduels sont « des éléments perturbateurs dans l’expression d’un terroir », il se définit comme étant encore « en recherche » pour trouver la bonne méthode culturale et le bon processus de vinification qui lui permettront de réussir un grand vin sec avec ce cépage.
Avec le riesling les choses sont un peu moins compliquées : « grâce à son acidité naturelle plus importante, ce cépage engendre des vins qui s’équilibrent plus facilement ». Sur le millésime 2010, le riesling Zotzenberg, conçu avec une vinification sans intrants et sans SO2, correspond bien à l’image que Jean-Pierre se fait de ce Grand Cru.


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

« L’expression du terroir est une chose éminemment compliquée…et quitte à te décevoir, je ne sais pas vraiment définir cela aujourd’hui pour le Zotzenberg »
Moi qui essaye de me construire un système de repères fiables sur les Grands Crus pour éviter de me couvrir de ridicule lorsqu’on me met au défi d’en reconnaître l’un ou l’autre…je sens que je vais encore repartir bredouille. Ca commence à bien faire !
Ceci dit, comme je connais Jean-Pierre depuis quelques années, je n’ai pas été surpris : face aux phénomènes complexes qui interagissent dans la conception d’un vin ce vigneron se garde bien d’énoncer des vérités définitives. «  Même lorsque nous dégustons entre collègues de Mittelbergheim nous avons des difficultés à déterminer ce qui dans un vin provient du terroir, du millésime ou de la patte du vigneron ».
Lors de dégustations comparatives de crus du Zotzenberg, du Brandluft et du Stein, ce sont le plus souvent le millésime et le vigneron qui sont reconnus avant le terroir. « Le mieux c’est peut-être de faire des travaux pratiques sur une série de bouteilles : même si notre rapport au terroir se décrypte à travers nos sens, les mots pour en parler ne sont pas toujours faciles à trouver…mais en échangeant des impressions avec autrui on avance plus facilement ».
Voilà une sage décision : ouvrir quelques bouteilles, partager des sensations et des émotions…quel plus beau chemin vers davantage de savoir !

Nous commençons par une série de Riesling Grand Cru Zotzenberg :

2000 : le nez est direct et pur, finement floral avec des notes terpéniques en fond, la bouche est équilibrée avec un milieu bien frais et une finale longuement aromatique, marquée par de beaux amers et une sensation presque tannique à la base de la langue
Malgré un équilibre très strict ce riesling surprend par sa texture très grenue et sa grande longueur aromatique.

2001 : le nez est plus mûr sur le miel, la pêche et quelques notes grillées qui apparaissent après oxygénation, en bouche l’attaque est assez ronde mais dès le milieu on sent une puissante salinité et de beaux amers qui s’élargissent pour soutenir la finale.
Voilà un riesling expressif, équilibré et minéral qui s’affirme comme une belle réussite sur ce grand millésime dont on n’a surement pas encore exploré tout le potentiel.

2003 : le nez franc et agréable s’exprime sur un registre fruité et floral bien complexe, la bouche qui se montre généreuse dès l’attaque possède une ampleur réelle mais la salinité est moindre par rapport aux cuvées précédentes et la finale finement épicée révèle une amertume un peu plus rugueuse.
Ce riesling flatte au premier abord mais ne convainc pas au palais, même s’il y a un véritable air de famille avec les deux vins précédents…comme quoi il ne faut pas que de la chaleur pour réussir une grande cuvée !

2007: le nez est pur, précis et très gourmand sur les fruits à noyau, les agrumes et les fleurs, la bouche très juteuse possède une palette dédiée à l’orange (jus et zeste) et aux épices, la minéralité qui reste un peu en retrait face à cette richesse aromatique s’impose progressivement pour marquer puissamment la finale.
Ce riesling en pleine force de l’âge s’exprime avec un peu d’arrogance mais garde une grande classe…un vin déjà « bu et approuvé » il y a quelques jours chez moi mais que j’ai regoûté aujourd’hui sans bouder mon plaisir. Pourquoi se priver quand c’est bon !

2008: le nez est subtil et élégant avec une palette complexe qui prend son temps pour se livrer, la bouche très vive dès l’attaque possède une belle tension qui met en exergue la salinité et donne une grande profondeur à ce vin.
Tout en élégance et en raffinement ce riesling établit un certain contraste avec le précédent en plaçant son pouvoir de séduction dans un registre différent mais tout aussi efficace. Très beau vin !

2009: le nez est encore marqué par des arômes fermentaires mais après aération il révèle de beaux arômes d’orange amère et de zeste, la bouche est ample avec une salinité toujours très affirmée et une finale longue qui révèle des notes de cuir et d’épices.
Cette cuvée a fermenté depuis plus de 2 ans pour manger ses sucres et se présenter à nous aujourd’hui comme un riesling sec complexe et minéral…comme quoi si on choisit de laisser vivre sa vie à un vin il faut parfois savoir être patient.

2010: le nez est discret mais d’une grande pureté avec une palette subtile sur les fruits blancs et les fleurs, la bouche est solidement tenue par une acidité très large, la finale est puissamment saline.
Cette cuvée vinifiée « Nature » n’a pas été revendiquée en Grand Cru bien qu’elle provienne exclusivement du Zotzenberg. Lorsqu’il a décidé de tenter l’expérience sur cette cuvée Jean Pierre n’a pas voulu pendre de risque…mais au bout du compte ce riesling se tient magnifiquement bien et exprime avec une grande force la minéralité de son terroir.

Cette série de rieslings nous confirme que, même si la marque saline du terroir est omniprésente en fin de bouche sur chaque vin, l’influence des millésimes et la patte du vigneron (dont on a pu suivre l’évolution des conceptions durant cette dernière décennie) pèsent vraiment sur la nature de ces différentes cuvées.

 

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Pour compléter notre formation pratique nous poursuivons avec une petite série de Sylvaner Grand Cru Zotzenberg :

2000 Zotz : le nez est fin et raffiné sur un registre floral très aérien, en bouche l’attaque est assez souple, le milieu se montre un peu fuyant mais la finale se tient grâce à une fine amertume.
Un sylvaner qui fait une belle impression au nez mais qui ne tient pas toutes ses promesses en bouche. Peut-être un peu passé…

2005 Mystère Sylvaner : le nez est mûr et complexe sur les agrumes confits avec une belle touche minérale, la bouche est dense, très aromatique, avec d’intenses notes de fleur d’oranger qui se manifestent après oxygénation et une belle salinité finale.
On se régale vraiment avec ce vin qui montre que le Zotzenberg peut produire de grands sylvaners…mais Jean-Pierre reste dubitatif « c’est bon, mais trop riche…ce vin n’est plus dans l’esprit de ce que je recherche aujourd’hui ».

2010 : le nez est perturbé par des arômes fermentaires mais la bouche révèle une matière charnue, dense, équilibrée et très minérale.
Ce vin prélevé sur foudre n’a toujours pas fini ses sucres et fermente encore doucement…la recherche de vins secs demande parfois beaucoup de patience mais les sensations du jour sont très prometteuses.

Cette courte série de sylvaner nous fait découvrir trois vins travaillés dans un esprit très différent…la preuve que Jean-Pierre continue de chercher à percer le secret de ce cépage sur ce Grand Cru.

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Pour terminer cette session Jean-Pierre me propose deux cuvées particulières :

2007 Ni vu ni connu : le nez est marqué par l’oxydation mais des notes citronnées très vives apportent une touche de fraîcheur très agréable, la bouche est tendue et bien concentrée, la finale est longue sur la noix et les épices.
Ce sylvaner 2007 récolté sur le Zotzenberg a été élevé durant 3 ans et 7 mois en foudre (avec un petit voile durant 1 an et demi) Ce vin possède une personnalité originale et fortement typée qui le fait sortir des normes alsaciennes mais qui a trouvé son public dès sa sortie : les 700 bouteilles produites sont parties en quelques jours…au Japon notamment. Un « exercice de style » réussi !


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Sylvaner G.C. Zotzenberg - Sacré Sylvaner 2005 : le nez est très expressif sur le citron mûr, le champignon blanc et une pointe minérale très fine, en bouche, l’attaque est marquée par le raisin sec, le développement est moelleux et gras avec une salinité qui se manifeste progressivement depuis le milieu pour laisser en finale une belle sensation de sapidité.
Rentré avec une maturité S.G.N. ce vin liquoreux (100 g de SR) mais puissamment salin montre vraiment « la force de ce terroir ». Superbe !

 

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Ces deux cuvées extrêmes nous proposent des interprétations diamétralement opposées du sylvaner sur le Zotzenberg : le premier vin est structuré par un élevage oxydatif et le second par la richesse d’une vendange botrytisée…comme quoi ce Grand Cru permet vraiment au vigneron de laisser libre cours à sa créativité !
 

 

 

Y-a-t-il dans votre mémoire de vigneron le souvenir d’un vin mythique sur ce Grand Cru ?

Pour changer, la spéciale Thierry Meyer va encore faire un flop aujourd’hui car, malgré mon insistance un peu pesante, Jean-Pierre affirme sans hésiter que son vin mythique sur le Grand Cru est cette cuvée Riesling Nature 2010 qu’on vient de déguster à l’instant…
Et pourtant, chaque année, lors des « Journées Portes Ouvertes » du domaine les vieux millésimes ont une place de choix dans les dégustations proposées aux visiteurs : on ne peut pas croire un seul instant qu’il n’y a pas une culture des vins d’antan chez les Rietsch mais bon, la parole est au vigneron et je ne suis là que pour la relayer : « ce riesling colle parfaitement à la vision que j’ai du Zotzenberg, je sens ce vin en phase avec son terroir…et avec moi »…on ne saurait être plus clair !

 

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Quelles perspectives pour ce terroir ?

Jean-Pierre est convaincu que le combat pour le sylvaner sur le Zotzenberg a eu des répercussions positives pour la viticulture à Mittelbergheim :
- les débats pour faire amender la loi sur les Grands Crus a souvent placé le Zotzenberg sur le devant de la scène médiatique.
- la défense de ce projet a nettement resserré les liens de solidarité entre vignerons.
L’existence d’une œnothèque régulièrement approvisionnée prouve que les vignerons de ce village croient vraiment en la qualité de leur Grand Cru : située dans la cave voutée de l’Hôtel de Ville, elle regroupe une collection de flacons sélectionnés lors d’une dégustation annuelle pour conserver la mémoire des millésimes anciens.

 

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L’entrée de l’Œnothèque de Mittelbergheim



Profitant de son classement parmi les « Plus Beaux Villages de France » Mittelbergheim attire facilement les touristes qui vont flâner dans les rues et se laisser tenter par l’une ou l’autre visite dans l’un des nombreux caveaux : une manne bénie pour les vignerons qui, comme les Rietsch, ont particulièrement soigné leurs espaces d’accueil et proposent régulièrement des animations au sein de leur domaine.

 

    
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En levant un peu la tête dans les rues du village…les tentations sont nombreuses !

 

 

 

Les vins du domaine : quelle conception ?

La famille Rietsch est profondément enracinée à Mittelbergheim puisque sa présence dans le village est attestée depuis le 17° siècle. En 1970, Pierre et Doris, les parents de Jean-Pierre ont choisi d’abandonner la polyculture pour se consacrer exclusivement à la vigne. Aujourd’hui, cette exploitation familiale de 12 hectares est passée aux mains des enfants du couple fondateur, Jean-Pierre, Annelise qui poursuivent l’œuvre parentale aidés par leurs conjoints respectifs.

Au niveau de la viticulture, le domaine Rietsch à fait le choix exigeant de pratiques culturales respectueuses de l’environnement : en conversion bio depuis 2008 pour le pinot noir et 2009 pour les autres vins, la production sera officiellement labellisées AB en 2011 pour ses rouges et en 2012 pour l’ensemble de la gamme. Avec l’enherbement et le travail intégral du sol, les parcelles sont traitées dans le souci de préservation de la faune et de la flore indigènes pour permettre à la vigne de s’épanouir dans un milieu naturel sain et équilibré.

 

 
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La tulipe sauvage qui fleurit au printemps entre les pieds de vigne du Zotzenberg (photo empruntée sur http://lerustre.over-blog.com avec l’aimable autorisation de l’auteur)


Les vendanges sont uniquement manuelles, ce qui permet une trie précise et précoce. Les raisins sont pressés en douceur et sur une période assez longue dans un pressoir pneumatique, ce qui permet de limiter l’extraction des bourbes et d’économiser éventuellement une opération de filtration.

Au niveau des vinifications, la philosophie du domaine est claire « des interventions minimales et douces » : pas de levurage, pas de chaptalisation, pas d’acidification ou de désacidification, pas de collage, les vins subiront juste une filtration légère et un petit sulfitage pour les stabiliser le vin avant la mise : « Il n’y a pas d’intervention anodine sur un vin…dès qu’on agit sur les processus naturels le vin subit des transformations considérables ».
Aujourd’hui, Jean-Pierre est de plus en plus convaincu par la conception de vins Nature « c’est une démarche difficile et risquée mais c’est ce style de vin que j’ai envie de boire ».
Pour réussir ce type de vins il faut avant tout produire et récolter des fruits de qualité irréprochable : un état sanitaire parfait, une maturité optimale et un rapport malique/tartrique équilibré.
En second lieu il y a l’obligation de mener à leur terme les processus fermentaires pour stabiliser les vins : des fermentations malo-lactiques systématiques et des fermentations alcooliques complètes, même si dans certains millésimes elles ont besoin de beaucoup de temps pour aboutir. Les élevages se font majoritairement dans des foudres.

 


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Inox et béton dans la cuverie du domaine Rietsch.


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Dans le chai : foudres et demi-muids et quelques œuvres d’art à l’occasion de la journée « Portes Ouvertes » au domaine.
 

 

Pour résumer, Jean-Pierre Rietsch a choisi de concevoir ses vins en laissant le plus possible la nature faire son œuvre : « l’œnologie peut sauver une cuvée le cas échéant mais baser la réussite d’un vin sur l’œnologie ne correspond pas à ma vision du métier de vigneron ».
Chez Jean-Pierre Rietsch le rendement moyen sur le Zotzenberg se situe autour de 40 à 50 hl/ha pour les rieslings et autour de 50à 60 hl/ha pour les sylvaners.

La carte du domaine propose une bonne vingtaine de références avec des cuvées classées selon une typologie particulière : Vins Classiques – Vins Nature – Vins Insolites.

 

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La gamme Rietsch sur un tableau à double entrée…original !


Le domaine Rietsch s’appuie sur une solide base de clients alsaciens fidèles et réguliers « ils me suivent dans ma démarche depuis de longues années » et manifestent beaucoup d’intérêt pour « ces cuvées de vins originaux vendus entre 7 et 10 euros où je peux me lâcher et laisser libre cours à ma créativité ».
Il y a également quelques cavistes locaux spécialisés dans les vins Nature, qui contribuent à faire connaître le domaine.
Au niveau des exportations les destinations principales se situent en Europe et outre atlantique sans oublier le Japon qui depuis quelques années montre un intérêt réel pour les cuvées particulières Bio et Sans soufre.


Et dans le verre ça donne quoi ?

Après la dégustation de cette belle série de Zotzenberg décrite plus haut, nous n’avons évidemment plus le temps de voir en détail le reste de la production du domaine Rietsch mais en cherchant un peu sur le site vous verrez que, suite à mes visites régulières à Mittelbergheim, les commentaires ne manquent pas pour vous donner un petit aperçu gustatif des différentes cuvées au tarif actuellement.
Ceci dit, je ne résisterai pas au plaisir de mettre en avant deux vins absolument « indispensables » :

 

Riesling Stein 2010 : déjà évoqué lors de ma tournée dans le vignoble avec Cyril l’ardéchois, ce vin issu d’un autre grand terroir de Mittelbergheim, flatte les sens par sa pureté et sa profondeur aromatique tout en proposant une bouche très droite mais pleine de tonus et d’énergie.

Coup de Coeur 2010 : cet assemblage de pinot gris et de gewurztraminer récoltés sur le Zotzenberg, séduit dès le premier abord mais sans trop en faire : les cépages se fondent dans un registre aromatique fin et très agréable, citronné et légèrement exotique, la bouche est parfaitement équilibrée, gourmande et facile d’accès…MIAM !

 

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Pour conclure, un petit bilan sur cette treizième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

-    J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Zotzenberg comme avant !

-    Le Zotzenberg est un terroir complexe à plus d’un titre : avec une géologie très diversifiée et une histoire assez tortueuse ce Grand Cru recèle encore bien des mystères non élucidés à l’heure actuelle.
Les vins du Zotzenberg n’annoncent pas forcément leur identité à travers un registre olfactif spécifique mais sont marqués par une salinité très forte qui construit des équilibres souvent bien particuliers. Le leitmotiv de ce Grand Cru pourrait se trouver au niveau de la sensation que ses vins laissent en fin de bouche : des amers nobles et délicats, des impressions tactiles presque tanniques et une présence minérale qui marque réellement le goût.
-    Jean-Pierre Rietsch est un vigneron qui a choisi d’accorder autant d’importance à ses émotions et ses sensations qu’à sa raison pour décider de la meilleure façon de concevoir ses différentes cuvées. Pour lui, son travail consiste à accompagner un vin avec beaucoup d’attention de la vigne à la bouteille pour l’aider à tracer sa destinée…une démarche très socratique en quelque sorte.
Son profond respect de la Nature va au-delà de la simple conscience écologique : la préservation de l’environnement est certes une valeur fondamentale dans les pratiques viticoles du domaine mais Jean-Pierre a choisi d’aller plus loin en dépouillant son travail en cave de toute intervention œnologique superflue pour approcher une forme de pureté absolue dans l’expression de ses vins.
Bien évidemment certaines de ses cuvées ont des personnalités qui peuvent segmenter une assemblée de dégustateurs mais elles lui correspondent et il les revendique avec ferveur « je m’applique, à faire des vins qui me plaisent…secs, digestes et fidèles à leur origine ».
Jean-Pierre a conscience qu’en s’orientant vers le vin Nature, il n’a pas forcément choisi le chemin le plus facile, mais aujourd’hui il ne se voit vraiment pas en emprunter un autre…qui l’aime le suive !
En ce qui me concerne, j’apprécie depuis de longues années les vins et la compagnie de ce vigneron cultivé, ouvert aux autres et profondément humain…et j’ai été particulièrement heureux de pouvoir réaliser ce travail avec lui.
Mille mercis !

 

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Vu de l’extrémité nord du Zotzenberg, le coteau du Kirchberg de Barr…eh oui, lorsqu’on quitte un Grand Cru, le suivant n’est jamais très loin.

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 09:19

Riesling Domaine du Château de Riquewihr - Sélection 1979 – Dopf et Irion à Riquewihr

Robe : jaune prononcé avec un bel éclat.
Nez : intense et évolutif il s’ouvre sur des notes de poudre à canon et de pain grillé, avant de passer vers un registre floral et végétal assez agréable.
Bouche : la structure est filiforme avec des notes d’infusion très présentes, la finale est marquée par le retour d’une belle vivacité.
Pas désagréable dans l’absolu et très intéressant pour constater les effets du grand âge sur un vin, ce riesling laisse pourtant une impression de frustration tant on est convaincu qu’il aurait été bien meilleur avec quelques années de moins.


Gewurztraminer G.C. Frankstein 2007 – Domaine Beck-Hartweg à Dambach

Robe : jaune clair, lumineux.
Nez : intense et très charmeur il délivre des arômes de fruits exotiques (mangue, papaye) et d’épices douces, soutenus par une minéralité affirmée
Bouche : l’attaque est moelleuse mais la salinité prend de l’ampleur dès le milieu de bouche pour nous emmener vers une finale longue agrémentée de notes de raisins sec et d’une fine amertume qui rend l’ensemble particulièrement digeste.
Réputé à juste tire pour son aptitude à produire de grands rieslings le terroir granitique du Frankstein montre ici toute sa polyvalence en nous livrant ici un gewurztraminer de très haute tenue.

 

 

Volnay 1° Cru Santenots 2005 – Domaine Buisson-Charles à Meursault

Robe : rubis dense avec des éclats violacés.
Nez : intense et très racé avec une attaque nettement minérale (graphite) mais qui s’enrichit progressivement de délicates notes florales et boisées.
Bouche : la matière révèle beaucoup de soie et de chair mais la finale reste très glissante et bien digeste avec une jolie longueur aromatique sur la rose et la violette.
Après une déception sur 2006 (lors d’une Masterclass consacrée au pinot noir) ce Santenots 2005 tient son rang de grand vin avec beaucoup d’aplomb Superbe !


Pouilly Vinzelles Les Longeays 2007 – Domaine de la Soufrandière à Vinzelles

Robe : jaune clair, lumineux avec des reflets argentés.
Nez : intense et particulièrement minéral, il attaque sur de puissantes notes de fumée et de silex avant de partir sur une palette plus douce où on reconnait la noisette et le camphre.
Bouche : l’attaque est tranchante, le milieu de bouche est ample et gras mais l’équilibre reste très viril, la finale est longue, pointue et marquée par une fine amertume et un retour aromatique sur la noisette.
Précis, finement ciselé mais encore très vif, ce Pouilly-Vinzelles a cette classe pleine de retenue d’un grand vin…mais il ne me semble pas avoir atteint son apogée aujourd’hui. A garder…si possible !

 

 

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Grappe de fin d'automne sur le Zotzenberg

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 08:47

 

Incontournable pour tout œnophile passionné de vins d’Alsace, l’édition 2011 de la Présentation des Grands Crus, a tenu toutes ses promesses. Après une délocalisation à Strasbourg en 2009, cette manifestation a retrouvé comme l’année passée le cadre solennel du Château de Kientzheim : siège de la Confrérie Saint Etienne ce magnifique édifice situé à l’entrée de la ville est devenu le haut lieu de la pensée vinique alsacienne.
Quel meilleur endroit pour promouvoir ce que nos multiples terroirs ont produit de meilleur ces dernières années !

 

 

 

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En ce dimanche après-midi de la mi-novembre, les vignerons, répartis par secteurs viticoles sur les 3 niveaux de l’édifice, recevaient les amateurs de vins pour leur faire découvrir quelques uns des fleurons de leur production.
En compagnie d’Eric et de Guy, deux comparses du club A.O.C., nous montons et descendons allègrement les étages du château pour rendre visite à quelques uns des 60 producteurs participant à cette manifestation…Epuisant !

Je ne prends pas de notes détaillées sur tous les vins dégustés (je sais ça commence à devenir une très mauvaise habitude…) mais, au fil des rencontres avec des vins et des vignerons durant cette demi-journée, j’ai pu dégager quelques impressions personnelles qu’il me semble intéressant de partager avec vous.


1. A propos des millésimes :

- 2010 est un millésime frais qui a donné naissance à des crus aux acidités puissantes (parfois plus de 10 g A.T.). Dans leur jeunesse, ces vins peuvent heurter les âmes et les palais sensibles, mais dans les grands terroirs mis en valeur par de grands vignerons on y trouve des cuvées pleinement abouties qui sont taillées pour défier le temps.

- 2009 est un millésime beaucoup plus solaire qui a engendré des vins généreux et faciles à goûter dans leur jeunesse mais qui aujourd’hui peuvent se montrer beaucoup plus difficiles à approcher. J’ai l’impression qu’à l’instar des 2007 qui commencent à sortir de leur coquille actuellement, il faudra oublier ces vins quelques temps pour leur permettre d’harmoniser leur matière.

- un peu sous-évalué (à tort bien sûr…) par rapport à 2007, au moment de sa sortie, 2008 est le millésime qui se goûte le mieux actuellement…on y trouve de vraies pépites à ne rater sous aucun prétexte.


2. A propos des vins présentés :

- les Rieslings ont constitué le thème central de notre parcours de dégustation (étonnant, non… !)  avec au bout du compte des confirmations attendues au niveau de la qualité des vins proposés : les domaines Schoffit et Zind-Humbrecht nous proposent des Rangen 2010 exceptionnels, le Sommerberg 2010 de Bernard Schoffit est étonnant de finesse et de pureté, celui de Paul Buecher, tonique et généreux est également une grande réussite, le Hengst 2010 de Josmeyer et lOsterberg 2010 d’Etienne Sipp (domaine L. Sipp) se présentent avec une distinction et une profondeur qu’on ne trouve que dans de très grands vins.

Lorsqu’on se retrouve au caveau et qu’on y trouve côte à côte, presque tous les vignerons leaders de la Couronne d’Or, on ne sait vraiment plus par où commencer…Les visions de l’Engelberg 2010 de Jean-Marie Bechtold ou de Mélanie Pfister ne sont pas forcément comparables mais sur ce millésime leurs rieslings sont des « must » entre lesquels il sera difficile de choisir. Bruno Schloegel (domaine C. LIssner) a travaillé son Altenberg de Wolxheim en recherchant l’expression saline la plus pure possible, son 2010 ne se goute pas trop facilement aujourd’hui mais son 2008 arrivé dans sa phase de plénitude est absolument incontournable. Pour terminer la force tranquille du Bruderthal 2010 déclinée dans un riesling déjà bien en place par Gérard Neumeyer, nous fait une très belle conclusion sur cette série consacrée à notre cépage fétiche.

- je pense que 2010 va réconcilier plus d’un amateur de vins d’Alsace avec le Pinot Gris : cet après-midi le Rangen de Bernard Schoffit et le Mambourg du domaine Maurice Schoech nous ont fait regretter de ne pas avoir assez de temps pour faire un tour plus complet de la production sur ce cépage. Digestes et d’une distinction aromatique rare ces vins sont des séducteurs absolus tout en étant taillés pour la garde…que demander de plus à un vin ?

- pour le Gewurztraminer, je n’ai pas goûté assez de vins pour comparer et hiérarchiser  mais je ne résisterai pas à mon envie de citer le magnifique Kaefferkopf 2010 du domaine Schoech qui, comme l’année passée, m’a littéralement mis sur le derrière…je pense avoir trouvé mon vigneron référent pour traiter ce Grand Cru prochainement !


3. A propos des vignerons :

Après une demi-journée comme celle-ci, je ne peux que mesurer combien l’œnophile alsacien est chanceux d’habiter dans une région où on trouve tant de bons vignerons aimables, souriants et toujours disponibles pour partager quelques instants de convivialité autour d’un bon verre de vin avec les amateurs qui viennent leur rendre visite.
Certains sont très volubiles avec un discours militant (suivez mon regard….) et d’autres se montrent plus posés et plus modérés dans leur idées…mais tous unis dans le but de promouvoir le vignoble alsacien et ses grands crus.

Respect Messieurs !

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 10:58

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Club AOC…la classe jusque dans les chaussettes à vin !

 

La réunion de novembre de notre club reprend le principe fort apprécié de l’association de deux thèmes très différents. D’un côté, la découverte gustative d’un domaine du Jura et de l’autre un aperçu d’une des plus célèbres régions viticoles d’Espagne :

- Thème 1 : les vins du domaine Pignier à Montaigu.
- Thème 2 : quelques beaux crus de la Rioja.

Après ma visite enthousiasmante de juin 2011 au domaine Pignier, j’ai pensé qu’il était tout à fait indispensable de faire découvrir cette vision particulière des vins du Jura à mes confrères du club A.O.C.
Les bouteilles de cette série ont donc été achetées pour cette occasion lors de mon passage à Montaigu…trop facile !


Pour choisir les vins de la Rioja, ce fut plus complexe : constituer une série raisonnable (8 à 10 bouteilles) et un tant soit peu représentative d’un vignoble qui produit en moyenne 250 millions d’hectolitres de vin chaque année ne fut sûrement pas une mince affaire. Ce sont Alain et François qui ont relevé le défi en nous proposant une sélection de 10 belles quilles…Chapeau bas, messieurs !

Les vins de la première série sont servis 1 par 1 ou 2 par 2, bouteilles cachées.
Les vins de la seconde série sont carafés et servis 2 par 2.

Verres INAO.


Soirée Club AOC du 4 novembre 2011 à La Wantzenau



Thème 1 : reculées jurassiennes et biodynamie, le vin selon les Pignier.

 

 

Crémant du Jura Brut : le nez est agréable, très floral, en bouche, la bulle est fine, la mousse bien crémeuse et la finale assez pointue laisse une jolie impression de fraîcheur.
Issu à 100% de chardonnays provenant de la reculée du Val de Sorne au sud de Montaigu, ce crémant a été élevé 18 mois sur lattes. Il se présente comme un vin techniquement bien maîtrisé, désaltérant et finement aromatique.

 

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Cotes du Jura A la Percenette 2008 : le nez est complexe et évolutif, il nous évoque les fruits jaunes et les fleurs avec quelques notes un peu briochées, la bouche est souple et aérienne mais avec des arômes qui s’intensifient progressivement, la longue finale laisse apparaître une touche mentholée.
Cotes du Jura Sauvageon 2009 : après des notes de réduction assez intenses mais fugaces le registre aromatique se précise et se purifie avec un fruité puissant et une pointe d’épices et de pierre à feu, la matière en bouche est ample et charnue avec une finale où on retrouve un équilibre plus vif et un retour très épicé.
Les chardonnays de la première cuvée et les savagnins de la seconde proviennent du terroir argilo-marno-calcaire de la reculée du Val de Vallière avec des rendements très limités (35 hl/ha pour les chardonnays et 25 hl/ha pour les savagnins). Vinifiés et élevés en fûts de chêne avec ouillage, ces vins se présentent à nous de façon un peu déstabilisante en sortant des canons jurassiens traditionnels, mais au bout du compte, les équilibres sont parfaits, les palettes aromatiques sont particulièrement raffinées et la buvabilité est maximale…que demander de plus ?

 

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Cotes du Jura Cellier des Chartreux 2007 : le nez est élégant et bien typé avec des notes de fruits secs et d’épices, la bouche se caractérise par une fort jolie prestance avec un toucher assez gras et une vivacité bien présente, la finale très aérienne laisse un sillage aromatique floral et discrètement épicé.
Cotes du Jura Savagnin 2006 : le nez est intense et fortement typé Jura avec des arômes de pomelo mûr, de noix, de fumée et d’épices (curcuma, safran), la bouche est puissante et volumineuse et la finale très longue revient sur la noix et les épices.
Ces deux vins sont issus de terroirs proches de ceux des deux cuvées précédentes (la reculée du Val de Vallière), mais leur élevage oxydatif (sans ouillage) leur confère un caractère nettement plus classique pour cette région. Après 36 mois en pièces bourguignonnes pour les chardonnays des « Chartreux » et 48 mois pour les savagnins, ces deux cuvées affirment avec force leur origine et leur personnalité complexe…pas toujours facile à comprendre.
Notre assemblée de dégustateurs se divise face à cette expressivité particulière…
personnellement je suis un fan de longue date de ce style si particulier et je me régale !

 

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Cotes du Jura Trousseau-Les Gauthières 2009 : le premier nez est intense mais assez désagréable (réduction, notes de caoutchouc), les fruits noirs, la réglisse et l’humus s’invitent discrètement après une longue aération, malgré une petite pointe de CO2 qui se résorbera assez rapidement, la bouche ne manque pas d’élégance, bien équilibrée et finement tannique, elle développe un fruité un peu plus expressif mais finit un peu court.
Cette cuvée vinifiée, élevée et mise en bouteille sans additif œnologique, est issue d’une parcelle de trousseau située dans la reculée du Val de Sorne. Avec les effets conjugués du millésime et de pratiques culturales qui limitent les rendements à 25 hl/ha, le domaine a sorti une cuvée assez riche et bien équilibrée mais qui a eu bien du mal à convaincre l’assemblée oenophile de ce soir : olfaction très « nature » intense et persistante et structure qui reste un peu austère malgré tout…ce vin m’avait fait une meilleure impression au domaine (bouteille ouverte depuis plus longtemps, je suppose), mais bon, je dois bien reconnaître que je ne suis pas trop réceptif à l’esthétique de ce type de vins.

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Pour conclure :

- Un crémant flatteur et guilleret, des blancs originaux et bien typés, un rouge avec une personnalité un peu « montagnarde », voilà 6 bouteilles qui traduisent bien l’esprit de la maison Pignier : alliance entre traditionalisme et créativité avec une démarche éco-responsable et une exigence qualitative absolue à chaque niveau de l’élaboration des différentes cuvées.

- Personnellement je reste sous le charme des 4 cuvées de blanc : les vins ouillés offrent une vision des très particulière du Jura mais leur finesse et leur gourmandise sont exceptionnelles quant aux vins non ouillés ce sont des modèles d’expressivité et d’équilibre jurassiens.

- Sur le tarif du domaine on trouve quelques autres vins non dégustés ce soir avec notamment :
* une cuvée baptisée GPS alliant les 3 principaux cépages du Jura, gamay blanc, poulsard et savagnin vinifiés en blanc et sans soufre ajouté…épuisée lors de mon passage à Montaigu
* un splendide Vin Jaune, version plus dense et plus concentrée de la cuvée de savagnin.
Certes, les prix des bouteilles, relativement élevés pour la région, peuvent surprendre, mais lorsqu’on considère les efforts consentis par ces vignerons dans leur démarche de production et surtout lorsqu’on déguste leurs vins, ce sont des considérations qui passent rapidement au second plan…malgré la crise et la croissance en berne.
Buvons moins mais buvons mieux, les bons producteurs, nos banquiers et nos foies nous en seront reconnaissants !

 

 

 

Thème 2 : Rioja, vins ibères pour l’hiver ?

 

 

 

Cepa Lebrel – Crianza 2008 : le nez est intense et flatteur sur la confiture de mûre avec un fond boisé-vanillé, la bouche est charnue et bien concentrée avec une finale bien fraîche où pointent des notes de violette.
Dominio de Laertes – Crianza 2008 : le nez est plus discret sur les fruits rouges (framboise et groseille) et la torréfaction, la bouche est solidement charpentée mais le fruité reste net (groseille) et se prolonge pour rendre la finale très gourmande.
Ces deux cuvées se caractérisent par une olfaction franche et terriblement séduisante et des équilibres en bouche tout à fait plaisants bien que très différents. On commence la série par deux vins très faciles à aimer…ne cherchons pas plus loin et régalons nous !

 

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Seniorio de P. Pecina – Crianza 2005 : à l’ouverture le nez est dominé par des notes de torréfaction, après oxygénation la palette révèle un fruité léger et des arômes plus raffinés de thym et d’encens, finement acidulée à l’attaque, la bouche évolue vers un bel équilibre entre rondeur et trame tannique fine, la finale revient sur le fruit et la fraîcheur.
R. Lopez de Heredia-Vina Cubillo – Crianza 2005 : le nez manque de netteté (notes liégeuses), en bouche la structure est belle, très proche de celle du vin précédent mais le registre aromatique reste marqué par le défaut constaté au nez…Dommage !
La première bouteille montre que le temps fait beaucoup de bien aux vins de la Rioja, la structures a gagné en finesse et la palette aromatique s’est joliment  complexifiée... la seconde montre que les problèmes de bouchage ne connaissent pas de frontière…Hélas !


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Marques de Riscal – Reserva 2005 : le nez s’ouvre sur des notes bien grillées, presque brûlées (caoutchouc) et légèrement boisées, par la suite l’ensemble devient plus harmonieux avec des arômes de fruits noirs et de rose, la bouche est très sphérique avec un beau volume et un toucher agréable, la finale est longue et bien fraîche.
Marques de Murrieta – Reserva 2005 : le nez est charmeur avec un fruité mûr et expressif (fruits rouges) et une touche boisée vanillée assez présente, la bouche est volumineuse avec une matière opulente mais une trame tannique serré assez rude, la finale garde malgré tout une belle fraîcheur.
On monte d’un cran dans la hiérarchie et on s’aperçoit que sur ces vins du même millésime que précédemment les matières ne sont pas encore assez patinées pour nous régaler vraiment. On sent un beau potentiel mais on ne peut pas s’empêcher de penser à des extractions excessives…

 

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Conde de Valdemar – Reserva 2004 : le nez est discret et finement épicé, la bouche est assez élancée avec un bouquet qui se révèle un peu plus mais la finale se montre très sèche en laissant une impression austère persistante.
Muga – Reserva 2004 : le nez est discret sur la cerise noire et un léger fumé, la bouche est ronde mais soutenue par une charpente bien solide, la finale revient sur de délicates saveurs de fruits noirs.
Lopez de Heredia – Reserva 2003 : le nez s’ouvre sur de fines notes de torréfaction et de fumée avant de laisser s’exprimer de beaux arômes de fruits rouges mûrs, la bouche possède un équilibre subtil, très « bordelais » avec une belle harmonie entre richesse et tanins, la finale nous rappelle la belle palette fruitée du nez.
La série se termine par une triplette qui nous montre comment ces beaux vins continuent d’évoluer dans le temps en jouant sur des matières toujours relativement riches mais en s’appuyant sur des charpentes bien solides et des trames acides qui se montrent avec beaucoup de netteté au moment de la finale…peut-être une des caractéristiques les plus évidentes de ces cuvées où le cépage tempranillo règne en maître.

 

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Lopez de Heredia-Vinia Tondonia – Reserva 1993 : le nez est complexe, évolutif et très raffiné, la bouche est splendide avec une structure sphérique, ample et un profil aromatique très distingué où de discrètes notes oxydatives agrémentent la longue finale.
Véritable rareté issue de cette région où les rouges dominent largement, ce blanc élevé durant 6 ans en barriques et vieilli 10 ans en bouteilles avant d’être commercialisé, a d’abord surpris tout le monde par sa personnalité tout à fait originale…mais à la deuxième gorgée il s’est imposé comme l’un des meilleurs vins de la soirée…SUPERBE !

 

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Pour conclure :

- De toutes mes visites gustatives dans des vignobles étrangers c’est toujours du côté de l’Espagne que je trouve le plus facilement des vins qui me parlent et cette série du jour a bien évidemment confirmé cette tendance. Fan absolu de l’élégance des grands Bourgognes, je ne déteste pas me frotter aux matières plus généreuses des rouges du sud, à condition qu’elles reposent sur des structures équilibrées : ces vins rouges de la Rioja dégustés ce soir, correspondent tout à fait à cette exigence…j’ai passé une bonne soirée en leur compagnie !

- Assise sur une histoire millénaire, la culture viticole de la Rioja est assez proche de la nôtre : certes les vieilles exploitations familiales ont souvent des dimensions qui dépassent de loin celles de nos domaines français mais on y parle terroir, climat, pédologie et, même si les procédés de vinification et d’élevage ne sont pas aussi réglementés qu’en France, on a senti au fond de chaque bouteille une vraie recherche d’excellence.

- Pour les coups de cœur, je choisirai en premier lieu le remarquable blanc 93 qui a terminé cette série en apothéose suivi de la cuvée Crianza 2005 - Seniorio de P. Pecina, peut-être la seule bouteille de cette série de vins rouges qui avait atteint sa maturité optimale en nous régalant par sa richesse et son équilibre.

- Pour être complet, il faut également relever l’excellent rapport Q/P offert par la plupart des crus de cette région…en ces temps de crise, c’est un élément qui a son importance !

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 14:19



La virée beaujolaise 2010 ayant tenu toutes ses promesses, j’ai donc décidé de reconduire cette expérience en 2011.
Cette année cependant mes contraintes familiales ne me permettent plus d’envisager des plages de liberté totale en dehors des congés scolaires, ce sera donc pendant les vacances de la Toussaint (je sais, il faut dire « d’automne ») que j’irai me promener sur les routes qui serpentent entre les collines de Belleville à Mâcon à la recherche de quelques bonnes quilles à encaver pour l’hiver.


 

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Sur les routes sinueuses du Beaujolais en automne…c’est pas beau ça !



Hélas, mes habituels copilotes m’ont fait faux bond cette fois-ci…qu’à cela ne tienne, le « poor lonesome alsacow-boy » ira se rincer le gosier tout seul.
Hoppla, c’est parti !

 

 

 

Jour 2. : nouvelle visite au domaine de la Soufrandière



Depuis quelques années l’étape de la Soufrandière s’est imposée à moi comme une visite incontournable dans le vignoble mâconnais. Aussi, avant de remonter vers l’Alsace je fais mon habituel crochet par Vinzelles où j’ai rendez-vous avec Jean-Guillaume Bret.
Comme le sommelier canadien qui est attendu au domaine en même temps que moi, a visiblement quelques difficultés pour trouver son chemin, j’ai le temps de faire un tour complet des nouvelles installations de cave, avec un vigneron soulagé de voir la fin de ce grand chantier.
Avec cette nouvelle construction, la superficie des caves à quasiment doublé et va permettre aux frères Bret de travailler dans des espaces moins exigus où ils pourront concrétiser quelques projets qui leur tiennent à cœur :

 
1. élever plus longuement certaines cuvées pour éviter des filtrations. Sur 2010 cet élevage rallongé est appliqué aux cuvées les Longeays et les Quarts sur Pouilly Vinzelles et au Pouilly Fuissé En Carementrant…verdict, l’année prochaine.

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Les contenants inox où les Longeays, les Quarts et Carementrant peaufinent leurs matières.

 

2. augmenter la production pour arriver à 100000 bouteilles par millésime et profiter de l’espace disponible pour laisser vieillir certaines cuvées en bouteilles (40000) avant de les commercialiser.



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Le nouvel espace de stockage où on respire enfin…


3. créer une vraie vinothèque où seront conservés des échantillons de toutes les cuvées produites au domaine depuis 2000.

 

En ce qui concerne le millésime 2011, Jean-Guillaume ne cache pas son enthousiasme « des rendements historiques…55hl/ha, ça fait 10 de plus que la moyenne habituelle, avec une vendange de qualité irréprochable : un état sanitaire parfait, une belle richesse naturelle (13° en moyenne, aucune chaptalisation ne sera nécessaire) et des acidités impeccables qui laissent prévoir des pH entre 3 et 3,2 au niveau des vins finis »

Grande année en perspective chez les « Brothers » !

 

 

 

Après cette visite approfondie et fort intéressante nous nous retrouvons le verre à la main, en compagnie du sommelier d’outre atlantique, pour une petite dégustation bilingue :

Mâcon Chardonnay 2010 : le nez est discret mais joliment typé avec des notes florales et crayeuses, la bouche est vive et citronnée avec une finale fraîche où pointent de beaux amers.
Cette nouvelle cuvée provient d’une vigne située sur le ban du village de Chardonnay. Elle a été élevée pour 90% en cuves et pour 10% en fûts de chêne et se goûte aujourd’hui avec facilité et gourmandise…un vrai vin plaisir !

Viré-Clessé Sous les Plantes 2010 : le nez possède un fruité discret agrémenté d’une touche de vanille, l’attaque en bouche est pointue, puis l’acidité s’élargit en soutenant une palette aromatique citronnée et minérale qui s’allonge en finale.
Le terroir limono-argilo-calcaire de Viré marque l’olfaction et la structure de façon déjà bien nette dans cette cuvée élevée en demi-muids et en pièces…Un vin déjà accessible mais sûrement pas à son apogée, l’amateur patient sera comblé !

Mâcon Cruzille Clos des Vignes du Mayne 2010 : le nez est mûr et profond avec des arômes de fruits blancs et une belle touche minérale, la bouche s’ouvre sur une acidité très pénétrante qui s’assouplit progressivement pour laisser une très belle sensation de plénitude en finale.
D’après Jean-Guillaume, cette parcelle appartient au plus ancien vigneron bio de la région, aujourd’hui elle est travaillée en agriculture biodynamique. Ce terroir argilo-calcaire très tardif a produit en 2010 un vin droit et profondément minéral qui pourra étonner bien plus d’un buveur d’étiquette parce qu’il se hisse à un niveau peu courant sur cette appellation.

Pouilly Fuissé Le Clos Reyssié 2010 : le nez est mûr et complexe sur le miel de fleurs, les épices douces et une fine touche vanillée, la bouche est ample et généreuse, l’acidité est bien large, la longue finale revient sur des arômes délicatement épicés.
Cette parcelle de vieilles vignes sur la commune de Chaintré possède un terroir avec des sols plus profonds et révèle très propice au développement du botrytis. Les vins qui y naissent sont flatteurs, gourmands et assez faciles d’accès dans leur jeunesse : ce 2010 ne fait pas exception car il est d’une suavité presque irrésistible…MIAM !

Pouilly Fuissé La Roche 2010 : le nez est profond et minéral (pierre chaude, silex), la bouche est vive et très tendue avec cette minéralité intense qui vibre longuement en finale.
Sur cette parcelle de vieilles vignes sous la roche de Vergisson naît un vin dont l’expression est diamétralement opposée au précédent : après l’exubérance et la gourmandise voici l’élégance monacale de la pierre !
A l’aveugle, je suis pratiquement sûr de partir vers Puligny. Très grand vin !
 

 

Pouilly Fuissé Le Clos Reyssié 2008 : le nez est flatteur et engageant sur le miel et les fruits jaunes mûrs, la bouche est ronde, équilibrée avec une palette gustative très suave et une finale sur le raisin sec et les épices douces.
Après 2 années de garde l’esprit de cette cuvée se définit avec davantage de précision : opulent mais sans tomber dans la lourdeur, ce vin reste dans sa trajectoire de séducteur impénitent.
La marque du botrytis est sensible en finale (25% de la vendange sur le Clos en 2008) mais elle s’intègre parfaitement dans l’esprit de la cuvée en apportant une touche de raffinement supplémentaire dans la palette aromatique. Etonnant !

Pouilly Fuissé La Roche 2008 : le nez est fin et racé sur le beurre et la craie humide, la bouche possède un équilibre tonique et minéral avec une grande profondeur, la présence finale est longue et intense avec quelques notes boisées très subtiles.
Sur ce 2008 superbe de droiture et de densité les promesses entrevues avec la cuvée 2010 se concrétisent de façon éclatante…on est encore plus près des grands blancs de la Côte de Beaune. Superbe !

 

 
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La dégustation se fait au chai au milieu des jus de 2011 en pièces de chêne et en cuves.

 

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Pour les vins 2010 estampillés La Soufrandière, les Pouilly-Vinzelles Les Longeays et Les Quarts séjournent encore en cuve jusqu’en février-mars, il n’y a que la cuvée des jeunes vignes en bouteilles et prête à être dégustée :

Pouilly Vinzelles 2010 : le nez est pur et expressif sur les fruits blancs, en bouche, la minéralité longue et profonde s’impose dès l’attaque et résonne avec une matière riche et bien fruitée, la finale est très longue et toujours très minérale.
Les jeunes vignes plantées sur ce magnifique terroir des Quarts à Vinzelles produisent des cuvée d’une qualité impeccable avec une constance qui force l’admiration… ceci dit, cette régularité est moins étonnante lorsqu’on sait que sur cette « jeune vigne » certains pieds dépassent allègrement les 40 ans, comme quoi les mentions sur l’âge des vignes peuvent vraiment être relativisées…et dans les 2 sens !

Midi étant passé depuis bien longtemps, il faut songer à terminer cette dégustation et pour clore cette série en beauté notre hôte nous propose de déguster deux millésimes plus anciens :

Pouilly Loché Les Mûres 2007 : le nez est expressif et épanoui sur les fruits blancs et la craie, la bouche est d’un abord facile et agréable avec un équilibre qui reste bien vif et une finale où se manifestent de fines notes épicées.
Hélas plus connue pour sa gare TGV que pour son vignoble, Loché recèle pourtant quelques terroirs exceptionnels dont celui des Mûres, où les frère Bret produisent une très belle cuvée. Après quelques années de garde, ce Pouilly Loché s’offre à nous avec beaucoup de spontanéité, coulant et richement aromatique…un régal !

Saint Véran En Combe 2005 : le nez est resté discret mais révèle une grande complexité aromatique, la bouche est sublime de précision et de profondeur, la palette est raffinée et la minéralité très présente confère un caractère très grenu au toucher tout en soutenant une finale très longue et bien fraîche.
« Contrairement à ce qu’on peut penser, 2005 ne fut pas un millésime facile chez nous…les vins jeunes ne se goûtaient pas très bien mais en ce moment, ils commencent à s’ouvrir », nous confie Jean-Guillaume.
Je n’ai pas dégusté les 2005 dans leur jeunesse, mais là je me retrouve devant un très grand vin à qui semble encore loin d’avoir épuisé ses ressources. Superbe !

 

Bien évidemment, après une cinquième visite au domaine de la Soufrandière, il ne me reste plus trop d’éléments originaux à évoquer pour meubler ce traditionnel paragraphe de conclusion. En plus, maintenant que les travaux sont achevés, on pourrait craindre que le foisonnant esprit d’entreprise des 3 frères Bret se mette en « stand by » pour quelques temps.
Mais pour tout vous dire, ce n’est pas l’impression que j’ai eue lors de ma discussion avec Jean-Guillaume : ces nouveaux espaces semblent avoir engendré plein de nouvelles idées…Incorrigibles, vous dis-je !

La vinothèque, indispensable mémoire du domaine, est en cours de réalisation et l’acquisition d’un nouveau pressoir vertical est sérieusement envisagée après une expérimentation concluante sur les vins de 2011. En effet les analyses chimiques comparatives de jus issus de 2 types de pressoirs (l’un classique à membrane et l’autre de style champenois) ont montré que le pressurage vertical permettait de conserver davantage d’acidité dans les jus « ce qui nous intéresse au plus haut point pour l’équilibre de nos cuvées, mais hélas cet outil reste très cher… ».
Je peux donc repartir l’âme en paix : la belle histoire du domaine continue de s’écrire avec cette inextinguible recherche de perfection dans l’élaboration des vins.

Les vins de 2010 sont droits et purs avec déjà une belle complexité dans la diversité de leurs expressions aromatiques : la dégustation en parallèle du Clos Reyssie et de La Roche est une expérience édifiante à ce sujet.

A part ça, le millésime 2011 s’annonce très grand et les projets continuent de foisonner à la Soufrandière…bref, je sens qu’il va encore y avoir des choses à découvrir l’année prochaine !

 


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L’entrée des caves du domaine : en 2010 il y avait un énorme trou à cet endroit…ça sent la fin du chantier

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 14:02



La virée beaujolaise 2010 ayant tenu toutes ses promesses, j’ai donc décidé de reconduire cette expérience en 2011.
Cette année cependant mes contraintes familiales ne me permettent plus d’envisager des plages de liberté totale en dehors des congés scolaires, ce sera donc pendant les vacances de la Toussaint (je sais, il faut dire « d’automne ») que j’irai me promener sur les routes qui serpentent entre les collines de Belleville à Mâcon à la recherche de quelques bonnes quilles à encaver pour l’hiver.


 


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Sur les routes sinueuses du Beaujolais en automne…c’est pas beau ça !




Hélas, mes habituels copilotes m’ont fait faux bond cette fois-ci…qu’à cela ne tienne, le « poor lonesome alsacow-boy » ira se rincer le gosier tout seul.
Hoppla, c’est parti !

 

 

 


Jour 1. : visite au domaine des Rosiers à Chenas


Très régulièrement « Hachettisés » les vins du domaine des Rosiers avaient attiré mon attention au début des années 90 : j’y ai fait des visites assez régulières à cette époque et j’ai dégusté il y a quelques mois le dernier Moulin à Vent qui avait encore très belle allure après près de 14 années de garde.

 

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Pour terminer tranquillement cette longue journée, j’ai donc choisi de retourner vers ce domaine situé sur les hauteurs de Chénas, histoire de remonter un peu dans le temps…à mon âge ça ne fait pas de mal !

 

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Vue su Chénas

 

 

Le domaine des Rosiers est dirigé par Gérard Charvet et son épouse, ils exploitent 16 ha et commercialisent 4 appellations : Chénas, Saint Amour, Moulin à vent et un peu de Beaujolais Villages Blanc.
Comme chez J.L. Dutraive le caveau de dégustation se situe juste à côté d’une cave où sont alignées des pièces en chêne qui contiennent une partie de la vendange 2011.

 

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Une partie du chai.


 
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Le bar pour déguster les crus du domaine des Rosiers.


Madame Charvet me propose de déguster la série de vins rouges en vente au domaine :

Chenas 2010 : le nez est discret sur les fruits noirs et la réglisse, l’attaque en bouche est ronde mais une belle trame tannique se montre progressivement en donnant à la finale un caractère assez rustique.
Cette cuvée 100% inox dense et concentrée qui a été récompensée par une médaille d’or à Mâcon se montre encore bien réservée aujourd’hui…quelques années de garde l’aideront à patiner sa matière un peu rugueuse et à développer une palette dont on ne sent que les prémices en ce moment.

 

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Saint Amour 2010 : le nez est plus expressif sur un registre floral, la bouche est dotée d’un joli volume avec un fruité qui se développe (notes de prune), la finale est un peu sévère avec des tanins très présents.
Ce Saint Amour élevé 100% en cuve inox (comme le Chénas) possède une structure très solide qui jure un peu avec le nom de l’appellation…mais bon, « amour » est du genre masculin et cette cuvée nous le rappelle avec force.

Moulin à Vent 2010 : le nez très discret et livre de subtiles notes florales, la bouche s’épanouit avec beaucoup de distinction, soie, rondeur et beau volume, la finale est longue et révèle une présence aromatique bien soutenue.
Issue de vieilles vignes et élevée dans des fûts de chêne dont 20% sont neufs, cette cuvée est encore un peu crispée sur le plan aromatique mais possède une matière de premier choix en bouche…à encaver en toute confiance !

Moulin à Vent 2009 : le nez est expressif et complexe avec des notes de fleurs, de pêche de vigne et d’amande fraîche, la bouche est sphérique, volumineuse et subtilement aromatique, la finale est longue, légèrement épicée et boisée.
Récompensé par un « Coup de Cœur » du Guide « Achète » (spécial tribute à OliH) ce Moulin à Vent élevé dans des fûts de chêne, neufs pour 40%, est particulièrement riche et gourmand. Il se présente aujourd’hui comme un séducteur mais possède un corps solide et une grande profondeur…c’est une très belle réussite !

 

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Cette visite un peu « historique » au domaine des Rosiers m’a rappelé des souvenirs viniques qui finalement étaient encore assez vivaces : chez les Charvet on trouve toujours une belle gamme de cuvées beaujolaises avec un rapport qualité/prix très avantageux.
Leurs vins sont travaillés dans un esprit assez « terrien » : les charpentes sont solides, les matières sont concentrées mais sans extractions excessives et les élevages en bois sont d’une absolue discrétion.
Les 2010 s’expriment avec beaucoup de retenue aujourd’hui, mais sont taillés pour durer, quant au Moulin à Vent 2009 c’est une réussite absolue…
A « Hachetter » d’urgence bien entendu !

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 15:32



La virée beaujolaise 2010 ayant tenu toutes ses promesses, j’ai donc décidé de reconduire cette expérience en 2011.
Cette année cependant mes contraintes familiales ne me permettent plus d’envisager des plages de liberté totale en dehors des congés scolaires, ce sera donc pendant les vacances de la Toussaint (je sais, il faut dire « d’automne ») que j’irai me promener sur les routes qui serpentent entre les collines de Belleville à Mâcon à la recherche de quelques bonnes quilles à encaver pour l’hiver.


 

 
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Sur les routes sinueuses du Beaujolais en automne…c’est pas beau ça !



Hélas, mes habituels copilotes m’ont fait faux bond cette fois-ci…qu’à cela ne tienne, le « poor lonesome alsacow-boy » ira se rincer le gosier tout seul.
Hoppla, c’est parti !

 

 

 

Jour 1. : visite au domaine de la Grand’Cour à Fleurie

 

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Après une pause de midi au restaurant « La Bascule » à Fleurie, où j’ai déjeuné en compagnie des deux cavistes rencontrés chez Jean-Marc Burgaud, je reviens aux choses sérieuses avec cette première visite au Domaine de la Grand’Cour.
J’avais goûté il y a peu, une bouteille de Fleurie « Chapelle des Bois » offerte par l’ami cyra, j’ai été immédiatement conquis par le côté pur et goûteux de ce vin et j’ai eu envie de voir d’un peu plus près cette exploitation dirigée par Jean Louis Dutraive qui a la particularité de s’être engagé dans la viticulture bio (certifié Ecocert depuis 2009)…ce qui n’est vraiment pas courant dans la région…
Le domaine se situe à La Chapelle des Bois un lieu-dit à la périphérie de Fleurie ; c’est un ensemble de bâtiments érigés au milieu de vignes. Un muret entoure l’ensemble et délimite le « Clos de la Grand’Cour ».

 

 

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Le domaine de la Grand’Cour au milieu des vignes
 

 

Jean Louis Dutraive m’accueille dans le caveau de dégustation qui jouxte le chai où sont alignés les fûts contenant le dernier millésime.


 
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Le caveau avec un bar assemblé avec les pièces d’un ancien pressoir.


 
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Les pièces bourguignonnes sous les voûtes du grand chai du domaine.
 

 

La carte du domaine de la Grand’Cour compte 5 cuvées, mais en ce moment, le Fleurie Chapelle des Bois 2010 est épuisé et les bouteilles de Fleurie Vieilles Vignes-Champagne 2010  vont être mises en vente incessamment. Pour l’heure les bouteilles de cette cuvée subissent une opération de capsulage avec de la cire.

 


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J.L. Dutraive surveillant le capsulage à la cire de la cuvée Fleurie Champagne.

 

 

 

Il ne reste donc plus que 3 vins au tarif ce jour :

Brouilly Cuvée Tradition 2010 : le nez est fin et délicat avec des notes de prune et de violette, la bouche est solidement construite avec une matière charnue et riche, équilibrée par une belle fraîcheur qui s’impose en finale.
Ce vin élevé en foudres, non filtré et vinifié sous levures indigènes en cuve, est complexe et concentré…un peu loin du modèle léger et gouleyant qu’on retrouve sous cette appellation, mais quel beau vin ! GRAND MIAM !

Fleurie Clos de la Grand’Cour 2010 : le nez est charmeur comme le précédent avec le même registre fin et délicat (prune, iris, violette), la bouche séduit par sa belle présence aromatique, son toucher soyeux et sa matière riche et gourmande, la finale est longue et marquée par quelques nuances minérales (pierre à fusil).
Les « jeunes vignes » (30 à 40 ans quand même) du clos entourant le domaine sont à l’origine de cette belle cuvée élevée pour moitié en foudres et pour moitié en pièces. Expressif, charnu et signé par une belle minéralité…tout ce qu’on attend d’un beau vin de terroir !

Fleurie Cuvée Vieilles Vignes 2009 : le nez est richement fleuri, le terme « bouquet » prend ici tout son sens, des notes minérales se manifestent également à l’arrière-plan, la bouche est très élégante, parfaitement équilibrée et délicatement acidulée, la finale se prolonge sur les fleurs et la minéralité.
Cette cuvée issue des vieilles vignes du clos (70 ans) a été élevée pour 80% en fûts de chêne et pour 20% en foudres. Avec ce vin on se situe davantage sur le registre de la finesse et de la complexité que sur celui de l’opulence…assez rare sur ce millésime, mais en tous cas, quel plaisir !


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Donner un avis sur un domaine après avoir dégusté seulement 3 références de leur production peut sembler prématuré…et peut-être même présomptueux, mais il n’en reste pas moins que ma première visite dans cette grande propriété de Fleurie a tenu ses promesses. J’y ai découvert des vins purs et authentiques qui se livrent avec aisance et simplicité mais qui recèlent des personnalités riches et complexes…avec un incomparable goût de « revenez-y », bien évidemment !
Peu loquace à priori, mais très accueillant, Jean-Louis Dutraive est un vigneron qui a choisi l’exigeante démarche d’une viticulture propre et qui travaille ses vins avec beaucoup d’à-propos en privilégiant des pratiques œnologiques peu interventionnistes pour garantir la pureté de ses jus mais sans pour autant basculer dans le dogmatisme du tout naturel.
Bref, avec un vigneron dont l’idée du vin me correspond bien et 3 cuvées qui méritent chacune un Coup de Cœur, le domaine d la Grand’Cour fait évidemment son entrée dans mon top adresses en terre beaujolaise.

 


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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 09:14

Pouilly Vinzelles 2007 – Domaine de la Soufrandière à Vinzelles

Robe : jaune clair, très vif.
Nez : ouvert et complexe il livre de beaux arômes de beurre frais, de citronnelle et de chèvrefeuille.
Bouche : l’attaque est assez souple mais une acidité puissante s’impose progressivement pour répondre à la matière généreuse et construire un équilibre tonique, la finale est large et minérale.
Comme pour les crus alsaciens, j’ai l’impression que les blancs bourguignons de 2007 ont trouvé aujourd’hui leur vitesse de croisière. Ce Vinzelles associe avec bonheur une grande profondeur minérale et une belle buvabilité…MIAMMMM !


Riesling G.C. Steinklotz S.G.N. 1993 – Domaine R. Fritsch à Marlenheim

Robe : jaune d’or.
Nez : intense et complexe on y découvre des notes de zestes confits, de fruits jaunes mûrs et un fond terpénique et finement mentholé.
Bouche : l’attaque est moelleuse avec un registre dominé par des arômes de raisins secs mais dès le milieu de bouche une acidité large et une fine salinité équilibrent la structure en apportant une jolie fraîcheur à la finale où les notes d’agrumes mûrs persistent longuement.
Un nez complexe et raffiné et une bouche qui évolue avec élégance pour finir sur une belle impression de fraîcheur…le nez est comblé, le palais se régale sans se saturer de douceur excessive…c’est beau un vieux riesling !


VDP de la Côte Vermeille La Luna 2009 – Domaine B. Duchêne à Banyuls sur Mer

Robe : la teinte est assez légère, rubis clair avec une légère turbidité et des bords virant sur le roux.
Nez : l’attaque est un peu surprenante, sur le marc et quelques notes métalliques, par la suite la palette se purifie pour laisser s’exprimer de beaux arômes de prune et de feuille de laurier.
Bouche : la matière est souple et détendue mais avec une chair très gourmande, des tanins ronds et une finale particulièrement sapide même si la longueur aromatique n’est pas exceptionnelle.
Passé le cap d’une olfaction « nature » qui peut surprendre ce vin se distingue par sa présence en bouche très savoureuse et un rien canaille…je ne décrocherai pas la luna pour cette bouteille mais il n’en reste pas moins que ce vin rouge plein d’énergie nous a fait passer un bon moment en sa compagnie…Merci Cyril !


Riesling G.C. Engelberg 2007 – Domaine Bechtold à Dahlenheim

Robe : jaune moyen avec des reflets or pâle.
Nez : épanoui et bien complexe on y sent le romarin, la craie humide, la résine et les agrumes mûrs.
Bouche : charnu, gourmand et très concentré avec un milieu de bouche bien relâché mais une finale minérale, longue et marquée par de beaux amers.
HMMMM ! ces 2007 sont magnifiques en ce moment et cet Engelberg est parfait dans son expressivité très impressionniste et sa présence en bouche calme et sereine…vraiment un grand riesling !


Hautes Côtes de Nuits 2006 – Domaine H. Murat à Concoeur

Robe : grenat moyen avec une frange rousse.
Nez : un profil olfactif d’une élégance rare avec des notes très aériennes de fleurs (iris et violette) et une fine touche de cerise bigarreau.
Bouche : légère, fraîche et bien équilibrée, elle révèle un fruit pur et gracieux (très cerise), la finale est longue, finement tannique et parfumée à la violette.
Ce Hautes Côtes est à point, tout en délicatesse, en finesse et en nuances…voilà un vin qui me rappelle pourquoi j’aime la Bourgogne.
 

 

 

Riesling G.C. Sommerberg 1993 – Domaine A. Boxler à Niedermorschwihr

Robe : jaune franc avec un éclat très vif.
Nez : fin et très complexe, il s’ouvre sur des notes terpéniques (résine, herbes aromatiques) avant de livrer de beaux arômes de citron mûr et de tisane (mélisse et verveine).
Bouche : l’attaque est souple mais très franche, le milieu se montre un peu fuyant mais la finale se place sans faiblesse avec une vraie fraîcheur et une longueur aromatique considérable.
La bouche se montre un peu fatiguée mais la palette aromatique est d’une rare complexité…l’apogée est dépassé, c’est une évidence, l’émotion est pourtant au rendez-vous…voilà bien là l’essentiel !

 

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L'automne sur le Zotzenberg à Milttelbegheim

 

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 18:21



La virée beaujolaise 2010 ayant tenu toutes ses promesses, j’ai donc décidé de reconduire cette expérience en 2011.
Cette année cependant mes contraintes familiales ne me permettent plus d’envisager des plages de liberté totale en dehors des congés scolaires, ce sera donc pendant les vacances de la Toussaint (je sais, il faut dire « d’automne ») que j’irai me promener sur les routes qui serpentent entre les collines de Belleville à Mâcon à la recherche de quelques bonnes quilles à encaver pour l’hiver.


 


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Sur les routes sinueuses du Beaujolais en automne…c’est pas beau ça !


Hélas, mes habituels copilotes m’ont fait faux bond cette fois-ci…qu’à cela ne tienne, le « poor lonesome alsacow-boy » ira se rincer le gosier tout seul.
Hoppla, c’est parti !

 

 

 

Jour 1. : nouvelle visite chez Jean-Marc Burgaud

Après une bonne heure de voiture j’arrive en vue de la colline du Py…je vais donc réussir à m’annoncer chez Jean-Marc Burgaud avec moins de un quart d’heure de retard. Joli timing !

 

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La colline du Py avec son chêne au sommet…bienvenue dans le cœur du Beaujolais.

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L’entrée du domaine Burgaud sur les flancs de la côte du Py
 

 

Je me retrouve dans le caveau de dégustation du domaine en compagnie du vigneron et de deux cavistes en tournée dans les vignobles du Beaujolais et de la Bourgogne…je sens que ça va parler vin dans pas longtemps !


Nous commençons par la cuvée spéciale de Beaujolais Nouveau 2011 dont Jean-Marc fait une petite mise pour satisfaire à la demande de certains clients attachés à cette tradition.
Discret au nez avec quelques notes de fruits noirs, il surprend en bouche par une chair assez généreuse, du gras et une belle mâche.
La mise récente trouble un peu le nez mais la présence en bouche ne trompe pas…voilà un beaujolais primeur où on y sent plus la touche Burgaud que les levures banano-framboisières !


Nous poursuivons par un tour complet du millésime 2010 :

Beaujolais Villages Les Vignes de Thulon 2010 : le nez reste sur un registre fruits noirs avec un léger fumé, la bouche est dotée d’un joli volume et d’une charpente bien solide, la finale est fruitée avec un fond délicatement minéral.
Le nom de la cuvée a changé mais l’esprit reste, c’est un vrai beaujolais-villages de terroir…comme je les aime.

Regnié Vallières 2010 : le nez est pur et élégant sur un registre agréablement fleuri avec notamment de très beaux arômes de pivoine, la bouche est encore un peu serrée mais la matière est riche, les tanins sont fins et la finale très tonique lire quelques notes poivrées.
Encore un peu brouillé par sa mise ce Regnié, élevé à 100% en cuves béton, surprend par sa belle trame tannique et sa chair très gourmande. MAIM !

Morgon Les Charmes 2010 : l’olfaction très fruitée charme immédiatement avec ses notes de cerise bien nettes, la bouche se montre plus « sérieuse » avec une grande vivacité, une texture très grenue et une finale bien aromatique, délicatement réglissée.
Cette cuvée issue d’une seule parcelle et élevée en cuve est toujours la plus marquée par le millésime et lorsqu’on déguste ce Charmes on perçoit facilement les caractéristiques des 2010 : vins de fruit avec des structures moins riches que sur 2009…un style beaujolais plus classique en quelque sorte…et c’est très bien ainsi !

Morgon Côte du Py 2010 : le nez est discret et raffiné sur la cerise noire, en bouche l’attaque est vive, le milieu d’une rondeur épanouie et la finale redevient plus pointue avec une présence tannique sensible mais agréable.
La première des 4 cuvées de Morgon  produites par Jean-Marc Burgaud sur ce terroir mythique est élevée en cuve et nous livre une version brute du marquage de la Côte du Py : le fruité net sur la cerise, la profondeur de la structure et cette matière assez virile qui appelle un peu de garde pour se révéler pleinement.

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Morgon Côte du Py-Réserve 2010 : l’élevage se manifeste un peu à l’ouverture mais un fruité très complexe prend rapidement le relais, la bouche est superbe d’équilibre entre tension, rondeur et présence tannique, la finale se resserre un peu tout en laissant une longue empreinte aromatique.
Issue de 3 parcelles de vieilles vignes, élevées 100% en pièces bourguignonnes de 4 à 7 vins, cette cuvée solide mais pleine de charme est encore bien jeune mais se goûte déjà avec beaucoup de plaisir…J’ai vraiment du mal à recracher, mais la journée est encore longue !

Morgon Côte du Py-Javernières 2010 : le nez est discret encore bien marqué par des notes de torréfaction, la bouche est constituée d’éléments puissants mais encore un peu dissociés, la finale révèle la classe du vin par son retour aromatique très long sur la réglisse et les épices.
Javernières est une parcelle plus argileuse et moins solaire située sur le bas du versant est de la colline du Py. Elle produit généralement un Morgon un peu plus souple et plus facile d’accès dans sa jeunesse…après un 2009 diablement flatteur, ce 2010 est encore bien replié sur lui-même et demandera un peu plus de patience pour montrer son vrai visage.

Morgon Côte du Py-James 2010 : l’olfaction est discrète mais plus en place que pour le cru précédent, on y reconnaît assez rapidement des notes de cacao et de cerise à l’eau de vie (un peu « Mon Chéri »), la bouche est puissante, riche et solidement charpentée, la finale est longue déjà bien complexe sur les épices, avec une touche finement boisée et une minéralité qui pointe.
Issue d’une parcelle orientée au sud sur la calotte sommitale du Py et élevée dans des pièces bourguignonnes de 4 vins (de la maison Seguin-Moreau comme Javernières d’ailleurs), cette cuvée se révèle d’une gourmandise absolue dès son plus jeune âge. Etonnant, car sur 2009 c’était plutôt mutisme et mine renfrognée à la même période…le monde à l’envers !

 

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Après ce tour exhaustif de la production de 2010 nous nous rendons dans le chai à barriques pour goûter quelques échantillons du millésime 2011. Les vins, entonnés depuis 15 jours, seront assemblés pour constituer les 3 cuvées prestige issues de la Côte du Py : Réserve, Javernières et James.


 

 

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Une partie du chai à barriques du domaine Burgaud.

 

Pipette en main Jean-Marc s’active entre ses rangées de fûts de chêne pour prélever quelques centilitres de vin et nous faire partager son enthousiasme pour ce nouveau millésime qu’il juge particulièrement réussi.
Nous dégustons d’abord les jus des 3 parcelles qui composent  la cuvée Réserve 2011 :

Parcelle Py est : c’est le vin de base de cette cuvée Réserve, il possède une trame tannique solide, une belle vivacité et un fruité profond.
Parcelle Py sud : c’est un vin juteux avec un fuit acidulé et une matière épanouie.
Parcelle Py milieu de coteau : aromatiquement très discret, ce vin révèle en bouche une matière ronde et gourmande équilibrée par une pointe acidulée bien fraîche.

Pour terminer le passage en revue des nouveau-nés nous dégustons les 2 cuvées parcellaires :

Javernières 2011: l’olfaction est discrète mais la bouche montre une chair juteuse, une structure solide mais très élégante et une finale dont la longueur annonce la genèse d’une très grande cuvée.
James 2011 : encore verrouillé à double tour ce vin est riche et ultra puissant en bouche…il tiendra sans conteste son rang de cuvée haut de gamme en 2011.

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La parcelle James (photo de J.M. Burgaud).

 

Enfin, pour mettre un point final à cette longue série, Jean-Marc nous propose d’ouvrir une vieille bouteille sortie de sa réserve personnelle : le nez est complexe et très raffiné sur le brou de noix, la menthe et quelques notes épicées, le toucher bouche est velouté avec un joli gras et cette fraîcheur mentholée qui donne un côté aérien à l’ensemble, la finale est bien longue mais laisse apparaître des tanins un peu austères.
Avec sa palette mystérieuse, pas forcément typée morgon mais extrêmement agréable et sa bouche d’un équilibre encore très jeune ce vin serait vraiment parfait sans cette petite sècheresse en finale…typique du millésime d’après le vigneron car c’est un Morgon Côte du Py Réserve 1998.


Bon sang, que le temps passe vite en compagnie de beaux vins et d’un vigneron qui ne boude pas son plaisir lorsqu’il s’agit de partager un moment de convivialité vinique avec quelques amateurs passionnés…Superbe !
Jean-Marc Burgaud a réussi un millésime 2010 plus classique mais de très belle facture et nous prépare le suivant avec confiance : « Au niveau qualitatif, la matière première des 2011 est impeccable (état sanitaire parfait et des degrés naturels oscillant entre 12° et 13°2) et les volumes sont satisfaisants…il y a de quoi faire de jolies choses »…Chiche !
Certains vins de 2010 ne se goûtent pas encore très bien : le fruités sont purs et bien définis mais les bouches ne sont pas encore parfaitement en place. Ceci dit, les matières sont impeccablement équilibrées et laissent envisager avec sérénité les quelques années de garde qui seront nécessaires à leur pleine expression.
2011 se situerait entre l’opulence ronde des 2009 et la finesse verticale des 2010, tous les jus goûtés semblent confirmer cette assertion…attention très grand millésime en perspective !
Pour les coups de cœur personnels je retiendrai cette année : le Morgon Cote du Py 2010 déjà bien ouvert, fruité, bien balancé et séducteur en diable, le James 2010 étonnamment causant et exprimant pleinement la profondeur de son terroir et surtout, ne l’oublions jamais, la qualité de l’accueil et le sourire de Jean-Marc…irremplaçables !

 

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  Vue de la calotte sommitale du Py.

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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