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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 15:36

Périple sudiste 2011

 

 

 

Avec des vacances estivales prévues en Ardèche mais sans ma traditionnelle incursion en terre languedocienne, je me vois donc dans l’obligation de prévoir un petit périple sudiste durant ces congés printaniers. Il y a bien sûr des bouteilles réservées à récupérer du côté d’Aniane et d’Arboras mais ce sera aussi l’occasion de rendre visite à quelques vignerons que je n’ai plus rencontré depuis bien longtemps, comme les Bonnefond en Côte Rôtie ou les Dupéré-Barrera du côté de Toulon.
 

C’est parti !

 

 

Daumas Gassac : visite avec Roman Guibert


Je connais les vins du Mas de Daumas Gassac depuis près de 20 ans et je suis un client régulier du domaine depuis le millésime 1996.
Crée au début des années 70 par Aimé Guibert, cette exploitation viticole s’est lancée dans une politique ultra qualitative au niveau des travaux à la vigne et en cave pour élaborer une gamme de vins ambitieuse vendue à des prix très élevés pour cette région.
Ces crus admirés et convoités dans les années 1990-2000, suscitent souvent le polémique aujourd’hui : trop chers, surfaits, moins aboutis qu’avant, des vins de communicant plus que de vigneron…des critiques vives et insistantes qui m’ont décidé à faire une visite plus complète de ce domaine.
J’ai contacté Daumas Gassac en expliquant mon projet et j’ai obtenu très rapidement un rendez-vous avec Romain Guibert, l’un des fils du fondateur, qui a rejoint l’équipe du domaine en 2002.

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Arrivé avec un quart d’heure d’avance je suis invité à me rendre dans la salle de dégustation : c’est tellement plus agréable d’attendre avec un verre à la main…

 

 

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Vue sur une partie de l’espace dégustation de Daumas Gassac

 

 

En guise de mise en bouche je goûte quelques cuvées de la production Moulin de Gassac, une gamme de vins plus modestes conçus en collaboration avec les vignerons de la cave de Villeveyrac et de Paulhan :

Faune 2010 : le nez est délicatement fruité, la bouche associe fringance et souplesse pour donner une belle impression de fraîcheur.
Chardonnay, viognier et marsanne pour un assemblage très séduisant, aérien et  facile à boire.

Eraus 2009 : le nez est vif avec des notes de fruits blancs et d’herbe fraîche, la bouche est simple mais élégante avec une finale bien sapide.
Une cuvée 100% sauvignon qui ne renie pas son ascendance mais qui présente un équilibre très gourmand.

Albaran 2009 : le nez est discret mais la bouche révèle une matière ronde mais solidement charpentée et une finale épicée avec une belle allonge.
Cabernet sauvignon et syrah composent cette cuvée corsée mais parfaitement équilibrée.

Mazet du Levant 2010 : le nez est fruité et épicé et la bouche révèle des tanins souples et une belle sensation de mâche gourmande.
Un assemblage très plaisant de cabernet sauvignon, de merlot et de grenache où chaque cépage apporte sa touche personnelle…une cohabitation réussie !

Terra 2010 : le nez est fermé, la matière en bouche est dense et concentrée avec une palette délicieusement florale qui s’épanouit progressivement.
Ce premier vin estampillé AB de la production du Moulin est un assemblage de raisins de grenache et de syrah issus de l’agriculture biologique…un pas supplémentaire dans la recherche qualitative sur cette gamme. Bravo !


 

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La série pour la mise en bouche

 

Voilà une rencontre impromptue mais tout à fait positive avec une gamme de vins qui ne m’avait pas forcément séduit lors d’une première dégustation il y a une dizaine d’années. Ces cuvées étonnent par leur précision aromatique et leur équilibre frais et digeste : de jolis vins languedociens aux profils très diversifiés et avec un très bon rapport Q/P.


Avant d’attaquer la dégustation des crus de Daumas Gassac, Roman Guibert me propose une promenade dans les différentes parcelles cachées dans la forêt de garrigue de la Haute Vallée du Gassac : une mosaïque de petites surfaces plantées de vignes dans des clairières.
Aimé Guibert a choisi cette forme de culture dans le but de respecter le site naturel tout en bénéficiant de l’écosystème des haies pour le bien-être de la vigne.

 

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A côté du domaine la fameuse vigne de cabernet sauvignon de Peyra Fioc

 
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Plus haut, des rangs de petite arvine.


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Une parcelle de viognier et une belle vue sur le Larzac.


Arrivés au sommet de ces collines nous nous installons dans le bureau en plein air de la famille Guibert : deux vieux bancs en bois à l’ombre d’un bosquet et à côté d’une parcelle de cabernet sauvignon.

 

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Une vigne de cabernet sauvignon vue du « bureau »

 

C’est dans cette ambiance calme et bucolique que  Roman Guibert répond à mes questions sur son domaine :

1. D après le Guide Bettane 2011 le rouge 2008 est « marqué par des levures brettanomyces qui perturbent l’aromatique » que s’est-il passé ?

Roman Guibert ne comprend pas qu’un guide sérieux puisse publier un verdict aussi définitif sur un vin. « Nous avons évidemment fait analyser ce vin avant de le commercialiser et le taux de levures brettanomyces était normal ». L’affaire a effectivement fait grand bruit au domaine mais après un « conseil de famille » les Guibert ont décidé de ne pas attaquer le critique imprudent mais d’envoyer une nouvelle série de bouteilles à la rédaction du guide pour qu’ils puissent réviser leur jugement…Beaux joueurs quand même !


2. Qu’en est-il des aptitudes au vieillissement des vins de Daumas Gassac ?

Les rouges sont résolument de grands vins de garde « mon père leur attribue 5 vies différentes (fruit jusqu’à 3 ans, jeunesse de 3 à 7 ans, maturité de 7 à 14 ans, plénitude de 14 à 21 ans et rêve au delà de 21 ans), mais pour moi, les rouges de Daumas Gassac sont à boire après 7 ans minimum et bien plus si possible si on veut ressentir la complexité que leur transmet leur terroir »
Les blancs ont effectivement 2 vies bien différenciées « ils se goûtent avec beaucoup de fraîcheur et un fruité riche et complexe dans leur jeunesse » mais après quelques années de garde (3 à 6 ans) leur profil change avec l’apparition de saveurs oxydatives « le vin gagne en précision et en complexité avec des notes de miel, de cire, d’acacia et d’épices, mais le côté oxydatif peut s’avérer déroutant pour certains dégustateurs…je conseille à tous ceux qui n’aiment pas ce type de vins de se faire plaisir en buvant les blancs de Daumas dans les 2 premières années ».
Depuis quelques années d’ailleurs les blancs du domaine sont élevés exclusivement en cuves inox après une macération pelliculaire à basse température de 6 à 10 jours : un procédé destiné à favoriser le développement aromatique.

 

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Une parcelle de chardonnay sur les hauteurs au dessus du Mas.

 

 

3. Qu’est-ce qui distingue encore Daumas Gassac des autres grands vins du Languedoc ?

Dans les années 70 cette question ne se posait pas, les vin de Daumas constituaient une sorte d’exception dans un paysage viticole surtout connu pour sa production de piquette à bas prix…Mais aujourd’hui il est indéniable que dans cette région il ne manque ni grands vins ni domaines réputés et reconnus pour concurrencer Daumas Gassac dans l’élite languedocienne.
Mais Roman Guibert est très serein car pour lui Daumas reste unique à plus d’un titre :
- Le sol « le terroir de grèzes glaciaires, fait de petits cailloux friables est absolument fabuleux »
- Le microclimat « par un effet de piémont, les masses d’air froid du Larzac s’engouffrent dans la Haute Vallée du Gassac et assurent une fraîcheur nocturne en été (le thermomètre peut descendre à 5° en plein été) en apportant de l’acidité aux fruits tout en concentrant les arômes »
- La viticulture : « les sols sont vierges de toute molécule de synthèse depuis le défrichage des parcelles jusqu’à aujourd’hui »
A ceci s’ajoute bien évidemment, les parcelles en clairière dont nous avons déjà parlé, les vendanges exclusivement manuelles et, bien sûr, des rendements très faibles (30 à 35 hl/ha).
- L’encépagement : des plants non clonés, des cépages rares et le fameux cabernet sauvignon pour les rouges : un choix d’abord affectif « mon père a toujours aimé le vin de Bordeaux… » mais qui a rapidement trouvé sa justification après l’étude approfondie de ce terroir particulier « en fait, si on ne considérait que l’aspect géologique, le pinot noir trouverait ici une terre d’élection mais ce cépage n’aime pas avoir trop chaud alors que le cabernet sauvignon atteint régulièrement des niveaux de maturité optimaux sur les parcelles de Daumas Gassac ».

 

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Des vieux pieds de cabernet sauvignon au printemps taillés en Guyot simple.
 

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En bas, le chais dont une grande partie est souterraine et en haut la maison d’habitation, le tout entouré de vignes et d’arbres…un lieu qui me fera toujours rêver !


4. Où se situe Daumas Gassac par rapport à l’élite languedocienne actuelle ?

Roman Guibert n’a aucun souci avec la concurrence ; il est persuadé que l’augmentation du nombre de domaines qui se lancent dans une production qualitative et haut de gamme constitue un plus pour la région : « lorsqu’on avance ensemble, tout le monde en profite ».
Ce jeune vigneron est également l’un des principaux organisateurs du Salon des Vins d’Aniane qui a lieu chaque année à la fin du mois de juillet.
Malgré cette concurrence positive Daumas Gassac peut s’honorer d’être resté fidèle à son éthique « nous continuons de rechercher la conception de produits sincères et vrais sans faire des concessions à une quelconque stratégie commerciale (…) ce n’est pas parce que nos vins sont mondialement connus qu’ils doivent forcément plaire à tout le monde ».
La seule chose qui ait changé depuis les premiers millésimes, c’est la conception du blanc de Daumas Gassac avec le remplacement du muscat de Frontignan par le chenin et l’abandon des élevages en bois ; pour le reste si les vins du domaine paraissent plus faciles d’accès dans leur jeunesse, c’est un effet de l’âge des vignes « une vieille vigne produit souvent des vins plus aimables ».
 

Actuellement Daumas Gassac vend pratiquement toute sa production en primeur à une clientèle fidèle et très cosmopolite…des vins critiqués mais largement plébiscités !

Après notre entretien nous repartons vers le chai et le caveau de dégustation sans oublier de s’arrêter devant la coupe géologique naturelle au dessus de Peyra Fioc pour une dernière explication au sujet du terroir

 

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Les grèzes de Daumas Gassac.

 
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Schémas explicatifs tirés du livre de Alastair Mackenzie « Daumas Gassac – The birth of a Grand Cru »

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De retour au caveau je termine cette visite passionnante par la dégustation des deux cuvées de Daumas Gassac :

Rouge 2009 : le nez est pur mais très réservé avec des notes de fruits rouges confits et d’épices douces, l’attaque en bouche est franche et bien vive, la matière est voluptueuse, les tanins sont fins et serrés et la longueur aromatique est déjà considérable.
Comme je l’avais déjà ressenti lors d’une première dégustation à l’automne, le 2009 possède un velouté assez rare en bouche mais la présence tannique reste bien marquée et fidèle au portrait brossé par Roman Guibert lors de notre entretien « complexe, austère et sans concession dans sa prime jeunesse »…Patience !

Blanc 2010 : le nez est discret et très complexe, la bouche est ample et assez puissante, l’équilibre final est frais…et le verre vide embaume la violette.
Très jeune sur le plan aromatique mais doté d’une jolie silhouette en bouche avec de belles promesses parfumées en finale…une petite friandise à venir !


 

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Le couple royal du Mas

 

 

Durant cette discussion franche et sans langue de bois, Roman Guibert a apporté des réponses claires et argumentées à mes questions sur ce domaine. J’ai été très agréablement surpris par cette entrevue qui a confirmé que le respect du client n’est pas un vain mot à Daumas Gassac. J’ai été particulièrement impressionné par ce jeune vigneron qui connaît parfaitement son exploitation et qui en parle avec justesse et sensibilité.

Ce domaine assume pleinement son image atypique dans cette région viticole tout en gardant une ligne d’exigence absolue dans le respect des terroirs et la haute tenue des vins produits.
Le visiteur est accueilli dans une structure moderne et savamment étudiée avec un protocole qui fait penser à celui des grands châteaux bordelais, mais le tour du propriétaire est beau et instructif et la dégustation de la gamme complète toujours au programme.
Amis dégustateurs, pour tout ça et pour la troublante beauté de ce vallon, ne ratez pas cette étape si vous passez du côté d’Aniane !

 

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Aniane vue des collines.

 

 

Cette belle entreprise créée de toutes pièces par Aimé Guibert donne une impression de cohérence absolue à tous les niveaux : un choix original d’implantation dans un site particulier, une pratique viticole respectueuse de l’environnement, des vinifications les plus naturelles possibles dans des chais conçus dès les années 70 avec un souci de Haute Qualité Ecologique, la conception de cuvées qui magnifient l’expression des terroirs…un projet réfléchi, logique et terriblement bien réalisé. Chapeau bas !

Les crus de Daumas Gassac assument sereinement leur place marginale dans la production languedocienne : particuliers dans leur style mais avec une exigence qualitative maximale sur chaque millésime.
2009 a apporté au vin rouge du Mas une chair riche et une structure puissante : un cru d’année chaude qui se dégustera facilement à chaque étape de sa vie.
Le blanc 2010 est marqué par cette belle fraîcheur qui le rendra particulièrement agréable dans sa prime jeunesse mais qui garantira aussi un beau potentiel de garde pour ceux qui voudront s’initier au mystère de la seconde vie…bref un couple idéal pour qui veut approcher l’esthétique des vins de Daumas Gassac. A bon entendeur… !

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 09:08

Périple sudiste 2011

 

 

 

Avec des vacances estivales prévues en Ardèche mais sans ma traditionnelle incursion en terre languedocienne, je me vois donc dans l’obligation de prévoir un petit périple sudiste durant ces congés printaniers. Il y a bien sûr des bouteilles réservées à récupérer du côté d’Aniane et d’Arboras mais ce sera aussi l’occasion de rendre visite à quelques vignerons que je n’ai plus rencontré depuis bien longtemps, comme les Bonnefond en Côte Rôtie ou les Dupéré-Barrera du côté de Toulon.
C’est parti !

 

 

 

Côte Rôtie : visite au domaine Bonnefond

 
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Toujours aussi impressionnants, les coteaux escarpés de la Côte Rôtie

 

L’exploitation de Patrick et Christophe Bonnefond se trouve sur les hauteurs d’Ampuis dans le hameau de Mornas, à quelques kilomètres des derniers rangs de vigne de la Côte Rôtie.

 

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J’y avais fait une première visite dans les années 90, suivant un conseil d’une revue consacrée au vin (Gault et Millau ou RVF…) et je me souviens d’avoir été impressionné par les 2 belles cuvées de Côte Rôtie (dont il me reste un exemplaire en cave) et par un joli Condrieu.

 

 
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Le domaine Bonnefond

 


Me revoilà donc un quinzaine d’années plus tard dans le caveau de ce domaine à la découverte de leur gamme de vins qui s’est un peu étoffée avec le temps.
Hélas, le Condrieu Côte Chatillon 2009 et la Syrah VDP 2009 sont déjà épuisés, il ne reste que les 3 références de Côte Rôtie à la dégustation.

 

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Le caveau de dégustation du domaine Bonnefond

 

 

Côte Rôtie Colline de Couzou 2009 : le nez est ouvert et profondément fruité (cassis, mûre, myrtille), la bouche est dense et solidement charpentée mais avec un toucher très caressant, la finale longue et fraîche révèle de subtiles notes de violette.
Couzou est le nom d’une rivière qui coule au bas des différentes collines de cette appellation. Ce vin en bouteilles depuis le mois de mars est un assemblage de plusieurs parcelles. Encore dans sa prime jeunesse, il se montre pourtant particulièrement facile d’approche avec sa palette richement aromatique et sa bouche toute en élégance, mais ne nous y trompons pas, la matière pour une longue garde est bien présente…le plus dur sera d’attendre !

 

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Côte Rôtie Côte Rozier 2009 : le fruité est pur mais très discret, la bouche est charnue et veloutée avec une trame tannique fine et serrée et, comme pour la cuvée précédente, de très belles notes de violette, la longue finale est marquée par une délicate pointe acidulée qui laisse une étonnante sensation de fraîcheur.
Cette cuvée issue d’une parcelle qui borde la Landonne au nord a été mise en bouteille il y a deux semaines mais offre déjà une vue très nette sur la perfection de son équilibre et la richesse de sa matière…une jolie claque !

Côte Rôtie Les Rochains 2009 : le nez est toujours aussi pur avec un peu de profondeur supplémentaire et un profil aromatique un peu plus ouvert sur les fruits noirs confit, l’eucalyptus et les épices, la bouche est puissante, corsée avec des tannins concentrés mais très mûrs et une longue finale épicée.
Comme Côte Rozier cette parcelle jouxte La Landonne mais du côté sud, elle a été mise en bouteilles il y a une quinzaine de jours mais se présente de façon plus ouverte à la dégustation. C’est un vin immense, à la fois majestueux et très accessible...je pense que ce vin fera date sur ce millésime !
 

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Dans la descente du hameau de Mornas vers Ampuis…cailloux et pentes du vignoble de Côte Rôtie..

 

 

A peine remis de mes émotions sur le Sommerberg alsacien, me voilà dans ces autres lieux mythiques où les terres arides et les pentes vertigineuses donnent aux vins une dimension particulière…des nectars dont la réalisation demande plus de travail et de conviction qu’ailleurs et dont la dégustation vous transporte souvent au delà du monde sensible…

Patrick et Christophe Bonnefond sont les fils d’un viticulteur qui vendait ses raisins au négoce local (Guigal et Jaboulet notamment), ils ont choisi de reprendre le domaine familial et de faire leur vin il y a une vingtaine d’années. Rapidement repérés pour la qualité de leur production ils ont poursuivi leur chemin discrètement (peu de pub., pas de site internet…) sans jamais perdre de vue leur projet initial : servir au mieux ce terroir magnifique en produisant de grands vins fidèles à leur origine.

Les cuvées 2009 ont ce charme immédiat des années chaudes :  très accessibles, presque irrésistibles dès leur plus jeune âge. Mais, ne cédons pas trop facilement à ces charmes juvéniles, ces crus aux matières concentrées et parfaitement équilibrées seront grandioses dans quelques années.
Principe de plaisir contre principe de réalité, un dilemme freudien en bouteille !

 

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Paysage sur le haut de la Côte Rôtie…sauvage et beau !

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 09:08

Domaine La Tour Penedesses Montagne Noire 2008 – A. Fouques à Faugères

Robe : grenat sombre, très dense.
Nez : discret et complexe, on y décèle des arômes de fruits noirs confits, d’amande douce, de romarin et de laurier.
Bouche : l’attaque est bien franche, la matière est corsée avec un toucher très velouté tout en gardant un équilibre assez tonique, la finale possède une jolie longueur aromatique.
Issu d’un assemblage de 60% de syrah, 20% de grenache noir, 12% de mourvèdre complété par du carignan et du cinsault, récolté sur des schistes marbriers près de Faugères, ce vin séduit par sa personnalité gourmande et son équilibre. Un domaine découvert lors d’une de mes nombreuses visites au salon des V.I. de Strasbourg… avec une très bonne surprise à la clé.

 

 

Riesling Grand Cru Kirchberg de Barr 2008 – Domaine Hering à Barr

Robe : jaune clair avec des éclats argentés.
Nez : discret mais d’une belle pureté avec une palette subtile sur un registre floral et quelques notes miellées en fond.
Bouche : l’équilibre est sec, la structure est droite et laisse une belle impression de puissance contenue, la finale est très longue.
Un riesling plein de distinction et de raffinement qui s’exprime encore avec beaucoup de retenue…et qui me fait vraiment penser à un Meursault jeune, comme le Vieilles Vignes que je goûte chaque année du côté de la rue de la Velle.


Pinot Gris Le Maréchal 2009 – Domaine F. Schmitt à Orschwihr

Robe : jaune clair avec es reflets or pâle.
Nez : franc et exubérant avec une palette complexe dominée à l’attaque par un léger boisé mais qui révèle très rapidement un fruité mûr et gourmand et des épices douces (cannelle, girofle, vanille).
Bouche : l’attaque est ronde et souple, la matière est généreuse en structure et en goût, la finale revient sur des notes plus fraîches, acidulées, vanillées et épicées.
Cette cuvée de pinot gris vinifiée à la bourguignonne se présente aujourd’hui comme un vin plein d’énergie et de jovialité qui s’exprime avec fougue et sans complexe dès sa prime jeunesse. Je suis curieux de voir comment il va évoluer dans le temps…


Condrieu L’Amarage 2006 – Domaine Richard à Chavanay

Robe : paille clair avec des reflets dorés, brillants, presque fluo.
Nez : gourmand et flatteur avec un fruité typique (abricot mûr) et de jolis arômes épicés.
Bouche : l’attaque est souple, la chair est bien consistante et le fruit très présent, la finale est longue et marquée par de délicates notes de violette et d’épices.
Voilà un Condrieu mûr et profondément aromatique qui n’a pas oublié d’assurer sa présence en bouche…une très bonne surprise !

 

 

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Couleurs printannières entre le Sommerberg et le Florimont

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 09:48

 

 

 

 

LE SOMMERBERG SELON…

 

 

 

Parmi toutes les bonnes résolutions prises en ce début 2011, il en est une qui va me conduire à choisir très rapidement le prochain nom sur la liste des 51 Grands Crus alsaciens.
Pour cette nouvelle année, je vais essayer d’oublier un peu les prises de tête inutiles en laissant une plus grande place à l’affectif dans ma vie (50 balais passés…je me ramollis un peu !!!).
Par conséquent, pour cette 12° étape, je cède sans résister à mon envie d’aller voir mon copain et parler avec lui de l’un des terroirs qui me tient particulièrement à cœur…ceux qui me connaissent un peu auront bien vite compris que je vais me rendre à Niedermorschwihr et évoquer le mythique Sommerberg en compagnie de Claude Weinzorn.

 

CIMG3189Le Sommerberg au printemps (parties centrale et est)
 


Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

J’ai longtemps hésité à vous parler de Niedermorschwihr, trop conscient de la gravité des lésions bucco-laryngo-pharyngées que la prononciation (même à voix basse) d’un tel nom pouvait occasionner chez des lecteurs non familiarisés avec notre merveilleux dialecte. Etant moi-même affublé d’un patronyme qui a déjà donné bien du fil à retordre à mes copains « de l’intérieur » (comme on dit chez nous, une fois…) je me sens obligé de vous donner une petite leçon de phonétique préliminaire : ce sera donc « Rade ma chère » ou « Rade maché » pour votre serviteur et « Nidaire morche vire » pour notre destination du jour.
Hoppla c’est parti !

 

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Niedermorschwihr est un petit village de 600 habitants situé à quelques kilomètres à l’ouest de Colmar. Adossé au massif vosgien et entouré de vignes il y règne une atmosphère joliment bucolique de village de montagne et de cité viticole.


 
CIMG3241Le village de Niedermorschwihr vu du Sommerberg


Bien que le site semble avoir été occupé dès l’empire romain, ce village apparaît officiellement en 1179 dans une bulle papale sous le nom de « Morswilre juxta Turenkein ». Il est alors possession de divers établissements et congrégations religieuses dont l’Ordre des Chevaliers de Malte qui ont légué à la localité l’emblème de leurs armoiries : une tête de mauresque ornée de 26 perles sur fond pourpre. Ce vestige du temps des croisades et surement à l’origine du nom du village.


BlasonLe blason de Niedermorschwihr…pour le moins surprenant quand on ignore l’histoire de ce village…

  CIMG3205   
…mais la mémoire des Chevaliers de Malte est omniprésente à Niedermorschwihr.

 

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En 1491, la Vierge portant dans une main un glaçon et dans l’autre trois épis de blé, est apparue à un forgeron d’Orbey sur les hauteurs de Niedermorschwir ; elle lui demanda de faire prendre conscience aux habitants du village de la nécessité d’un retour à une foi plus pure et plus sincère avant que la colère des cieux s’abatte sur leurs moissons (d’où les symboles des épis et du grêlon). A l’endroit de l’apparition les villageois édifièrent une petite chapelle en bois qui fut détruite durant la Guerre de Trente Ans puis reconstruite en pierre et agrandie à plusieurs reprises. Très rapidement ce lieu que l’on baptisa Les Trois Epis devint un pèlerinage très fréquenté où fut construit un couvent qui hébergea successivement un grand nombre de communautés religieuses.
 

 

Plus tard, en 1523 « Morswilre » est renommé « Nider Morschwyr » pour se démarquer d’« Ober Morschwyr », un village près d’Eguisheim. A cette époque, malgré sa petite taille, la commune de Nider Morschwyr appartenait pour moitié à l’Empire et pour moitié aux Habsbourg.
 

CIMG3219Entre vignes et forêts au dessus de Niedermorschwihr, la chapelle Saint Wendelin.


Le village prospéra calmement grâce à la viticulture et au pèlerinage vers Les Trois Epis qui attirait de plus en plus de fidèles.
Il subit hélas quelques destructions au cours de son histoire, notamment lors de la Guerre de Trente Ans et surtout lors des terribles combats de la Poche de Colmar en 1944 (60% des maisons sinistrées).


 
CIMG3186La colline résidentielle de Hunabuhl et la station climatique des Trois Epis au loin.

 

Aujourd’hui, dans ce village où l’économie locale est toujours axée sur le tourisme et la viticulture, le promeneur féru d’architecture pourra se régaler en étudiant les nombreux édifices classés à l’inventaire général du patrimoine culturel :

·    l’Eglise Saint Gall avec son fameux clocher gothique du 13° siècle à toiture octogonale torse, (une rareté architecturale en Europe) et son superbe orgue Silbermann datant de 1726.
 

CIMG3214Le fameux clocher « tors » de l’église Saint Gall


CIMG3204 L’orgue Silbermann de l’église Saint Gall…splendide ! 

 

 

-    les maisons à oriel, comme celle de Claude Weinzorn (photo du haut)

       CIMG3196
Niedermorschwihr : capitale des oriels !

 

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·    les maisons vigneronnes de style Renaissance.

    


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Sur de nombreuses maisons un porche avec des dates de construction sur la clé de voûte


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CIMG3212Une belle maison vigneronne du XVI° siècle.
 

 

·    les maisons à colombage du 18° et 19° siècle


 
CIMG3198L’Hôtel de Ville…

 
CIMG3211…et le célèbre magasin de gourmandises de Christine Ferber.

 

 

 

Le touriste plus sportif pourra randonner entre vignoble et forêts sur les sentiers balisés par le club vosgien jusque vers la station climatique des Trois Epis pour admirer le panorama exceptionnel sur le massif vosgien et la plaine du Rhin.
La station climatique des Trois Epis dont des spécialistes prétendent que le sous-sol émet des radiations salutaires reste aujourd’hui encore une destination touristique très fréquentée notamment par des pèlerins et des enseignants qui, épuisés par leur dur métier, viennent se ressourcer dans le centre de cure MGEN.
 

 

L’œnophile baigne dans une ambiance presque unique à Niedermorschwihr : la vigne, le vin et les vignerons y sont omniprésents.

Pour moi, ce petit village est l’un des endroits incontournables pour celui qui veut s’imprégnerde l’esprit du vignoble alsacien !
 

 

 

 

Le Grand Cru Sommerberg est adossé au massif vosgien au pied de la station climatique des Trois Epis et doit sûrement son nom à son orientation plein sud : « Sommerberg » peut se traduire par « colline de l’été ».


CIMG3185Les parties centrale et ouest du Sommerberg

 

Le Sommerberg occupe un coteau rocailleux et abrupt sur une superficie totale de 28,36 hectares et à une altitude qui se situe entre 270 et 400 mètres.


 
sommerbergLe Sommerberg et ses nombreuses parcelles en terrasses qui trahissent la forte pente de ce Grand Cru.
 

 

Le Sommerberg est situé en grande partie sur Niedermorschwihr, seules quelques parcelles font partie du ban communal du village voisin de Katzenthal. Orienté au sud avec une déclivité proche de 45° par endroits ce terroir doit une grande partie de sa spécificité à cette particularité physique car comme nous le verrons plus loin le Sommerberg est géologiquement très proche de ses célèbres voisins, Brand, Schlossberg et surtout Wineck-Schlossberg.

 


CIMG3247Une parcelle du domaine Boxler fraîchement labourée… promeneurs sujets au vertige s’abstenir !

 

Sur le plan géologique ce Grand Cru fait partie de la famille des terroirs granitiques : ce sont des « sols bruns acides sableux sur granites à 2 micas » (Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacien – CIVA). Ce substrat granitique à 2 micas, appelé granit de Turckheim, en état de désagrégation très avancé donne naissance à du sable d’arènes granitiques riche en éléments minéraux (fer et magnésium en particulier) mais pauvre en matière organique. Comme le dit Claude Sittler « Ce terroir fournit une bonne nutrition minérale (…) mais peut souffrir de sécheresse, car il retient mal l’eau de pluie ».
 
 

 

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Iris et vignes dans la partie supérieure du Sommerberg

 

Avec des sols pauvres superficiels et drainants qui obligent la vigne à s’enraciner en se frayant un chemin dans les profondeurs de la roche mère et des pentes tellement fortes qu’il faut construire des terrasses pour y travailler il n’est pas étonnant d’entendre dire que le Sommerberg fait souffrir la vigne autant que le vigneron.

 

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Un sol pauvre et aride de pierres et sables granitiques en bas de coteau…

 
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…qui devient presque exclusivement pierreux dans les parcelles du haut

 

 

Sur le plan historique, le vignoble de Niedermorschwihr est identifié et réputé depuis le XIII° siècle et le nom de Sommerberg définit ce coteau bénit depuis le XVII° siècle. Les pèlerins des Trois Epis qui passaient volontiers par les caves de ce village pour trouver le réconfort on largement contribué à la renommée de ces vins à travers la France et l’Europe. Les nobles de Habsbourg et de Hohlandsberg qui se partageaient la propriété de Niedermorschwihr servaient généreusement ces crus prestigieux pendant leurs fastueuses agapes. Comme toujours, les congrégations religieuses ont été omniprésentes dans l’exploitation de ce vignoble avec notamment l’abbaye de Paris, l’Evêché de Saint Dié ou les Chevaliers de Malte dont le blason du village porte encore la marque.
 

 

Au cours du XX° siècle, la course aux rendements et la recherche d’une production facile et quantitative a entraîné de nombreux vignerons vers la plaine, délaissant ainsi les parcelles abruptes du Sommerberg. Il a fallu des hommes d’exception comme Albert Boxler ou Gérard Weinzorn (le père de Claude), qui n’ont jamais cessé de croire en ce terroir, pour continuer à travailler leurs vignes sur les redoutables pentes du Sommerberg. Leur ambition de porter ces vins au sommet de la hiérarchie alsacienne s’est concrétisée en 1983 avec la reconnaissance du Sommerberg dans le premier classement des Grands Crus d’Alsace.

Au niveau de la viticulture, ce Grand Cru mérite pleinement sa réputation de terroir difficile à travailler : le coteau chaud, sec et pentu rend la mécanisation très dangereuse (un vigneron du village a perdu la vie en 2008 un accident de tracteur sur le coteau du Sommerberg) voire carrément impossible dans certains secteurs.

 


CIMG3239La chenillette : alliée indispensable des « funambules » du Sommerberg


La conduite de la vigne y est très diversifiée : lorsqu’on se promène dans les parcelles sur le Sommerberg on y trouve un inventaire assez exhaustif des pratiques viticoles actuelles. A croire que les pentes de ce Grand Cru très particulier gardent toujours leur part de mystère aux yeux de ceux qui y travaillent…
 

CIMG3224Des « chimistes », dont nous tairons le nom, sévissent encore sur le Grand Cru…

 
CIMG3230…à côté de vignerons respectueux de l’environnement comme les Boxler, Weinzorn, Zind-Humbrecht…
 


Le riesling est le cépage le plus planté sur ce Grand Cru : il occupe 85% de la superficie et ce n’est pas un hasard car comme l’affirme Serge Dubs « Les Sommerberg est l’un des Grands Crus le plus approprié pour produire des rieslings d’exception ». Le pinot gris y est produit en petite quantité mais peut générer de très grands vins de garde, comme la cuvée Les Terrasses 2008 du domaine de l’Oriel.

Dans leur jeunesse, les vins du Sommerberg sont souvent surprenants par leur équilibre assez tendu qui les distingue de leurs voisins granitiques du Schlossberg ou du Brand, généralement plus ronds et d’un abord plus aimable. Evidemment, comme tout grand vin de terroir, la complexité de la personnalité de ces crus ne s’exprime vraiment qu’après 5 ans de garde.
Les rieslings qui peuvent sembler un brin « arrogants » dans leur jeune âge se distinguent, une fois arrivés à maturité, par une grande complexité aromatique (agrumes, fruits exotiques, thym, basilic, épices….) et une puissante salinité avec des notes iodées en bouche…tout un programme !
Les pinots gris font de remarquables vins de gastronomie offrant des équilibres somptueux entre l’opulence et la puissance du cépage sur ce terroir solaire et la profonde minéralité de ce sous-sol granitique.
Mais comme le dit Claude Groell, ancien sommelier du restaurant « Aux armes de France » à Ammerschwihr « Sans sous-estimer l’importance des richesses minérales du terroir, dans le Sommerberg, c’est le microclimat qui fait la différence ». C’est ainsi qu’on constate très régulièrement des réussites exceptionnelles sur ce terroir dans des millésimes difficiles comme 2004 ou 2006 pour ne citer que les plus récents.


 

CIMG3188A l’extrême est du Sommerberg le « kougelhopf » colonisé par le colza et la moutarde sauvage









…CLAUDE WEINZORN


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Le Domaine de l’Oriel se trouve au centre du village de Niedermorschwihr, à quelques pas des pentes du Sommerberg.
 

 

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Vu du Sommerberg le domaine de l’Oriel avec sa terrasse face au Grand Cru.

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Après une matinée passée à flâner dans les rues de Niedermorschwihr et à crapahuter dans les vignes (exercice très éprouvant pour un vététiste vieillissant et en surcharge pondérale…), j’ai rendez-vous avec Claude et Sandrine Weinzorn pour le déjeuner.
Une fois de plus le protocole habituel est bouleversé : nous sommes installés sur la belle terrasse face au Sommerberg, nous nous régalons avec les quiches lorraines préparées par la maîtresse de maison et je pose les questions habituelles en griffonnant quelques notes entre deux bouchées. Claude parle haut et fort mais avec beaucoup de cœur et de sincérité, pour essayer de me faire comprendre la relation complexe qu’il entretient avec son Grand Cru.

 


CIMG3267Vue de la terrasse des Weinzorn : l’amphi 3 du Sommerberg.
 


Comment définir ce terroir ?

Le Sommerberg est un terroir géologiquement très homogène avec des « sols granitiques, légers et très pauvres » et un « microclimat très chaud » mais qui demeure « plus complexe qu’il n’y paraît ».

En effet, Claude y a repéré 4 amphithéâtres bien séparés dont la structure physique exerce une influence certaine sur la circulation de l’air dans les vignes :
-    l’amphithéâtre 1 est le plus large et prolonge le Kougelhopf vers l’ouest. C’est là que se trouvent les rangs de gewurztraminer qui ont produit le fameux vin de glace de 2008 (vendangé en janvier 2009)
-    l’amphithéâtre 2 est le plus petit, avec une grande partie des parcelles de riesling Grand Cru du domaine de l’Oriel.
-    l’amphithéâtre 3 monte très haut avec des pentes abruptes, Claude y travaille quelques rangs de vigne en bas de coteau.
-    l’amphithéâtre 4 coiffé de la calotte rocheuse du « » et qui comprend les vignes de pinot gris en terrasses.
 

CIMG3237Les gewurztraminers sur les terrasses en haut de l’amphi 1 du Sommerberg.


 
CIMG3249L’amphi 4 avec le « Z » en haut et les terrasses en dessous…mythique !

 

C’est un terroir « qui forge le caractère de ceux qui y travaillent (…) si les vignerons de Niedermorschwihr ont des personnalités hautes en couleurs et parfois un peu rustiques, c’est au Sommerberg qu’ils le doivent »…car même si ce coteau est particulièrement « beau à regarder » (je le confirme) il ne faut jamais oublier qu’il peut se montrer « imprévisible et même ingrat dans certains cas (…) c’est un enfant turbulent avec lequel il faut faire preuve de caractère et de persévérance sans être sûr d’être récompensé de ses efforts au final ».
Ce Grand Cru pousse le vigneron vers un grand sentiment d’humilité face à la nature « il nous apprend à accepter un échec même si on a tout fait pour réussir ».
 

 

 

Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

« S’il fallait ne garder que 2 cépages sur le Sommerberg ce seraient les rieslings et les pinots gris même si le gewurztraminer donne de très beaux résultats dans le secteur du Kougelhopf ». La configuration particulière du coteau avec ses 4 amphithéâtres permet de différencier des versants au soleil levant et des versants au soleil couchant « l’idéal serait de planter les rieslings côté levant et les pinots gris côté couchant ».


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Je sais maintenant que cette question pose problème à bien des vignerons et Claude Weinzorn ne fait pas exception « je pense pouvoir reconnaître un Sommerberg dans une dégustation mais de là à décrire comment et pourquoi… »…me voilà de nouveau bien avancé !
En insistant un peu j’obtiens quelques pistes : « les Sommerberg sont des vins solaires, puissants et corsés même les années froides et humides (…) et les épices sont omniprésentes dans la palette aromatique de tous les cépages ».
Mais il faut bien se rendre compte que pour ce vigneron, la vraie caractéristique de ce Grand Cru est ailleurs : « certes les vins sont riches mais les gens qui le produisent le deviennent rarement »…un constat réaliste et un peu amer pour un vin qui peine à se faire reconnaître à sa juste valeur !


Y-a-t-il dans votre mémoire de vigneron le souvenir d’un vin mythique sur ce Grand Cru ?

La spéciale Thierry Meyer laisse mon interlocuteur perplexe…peu de souvenirs de très vieux millésimes mais quelques réussites récentes : 1992, 1996, 2001 et 2002 « des années pluvieuses où le microclimat du Sommerberg à pleinement joué son rôle en donnant des vins complets et parfaitement équilibrés ».
En tous cas cette fameuse question à donné une idée à Claude « c’est vrai qu’il faudrait organiser une verticale sur les crus du Sommerberg avec quelques amis du domaine »…nous l’attendrons avec impatience !


Quelles perspectives pour ce terroir ?

Comme pour tous les Grands Crus il y a une « gestion locale du Sommerberg » qui se réunit officiellement 1 fois dans l’année, mais jusqu’à aujourd’hui aucune manifestation collective n’a été envisagée pour promouvoir spécifiquement ce terroir.
La trentaine de producteurs qui possèdent des vignes sur ce coteau se côtoient régulièrement, il y a des échanges informels et un peu d’entraide « je partage avec Jean Boxler les opérations de traitement de la vigne par hélicoptère » mais force est de constater qu’il n’y a pas encore de vrai mouvement collectif pour défendre ce Grand Cru : trop pris par leur travail ou vivant dans l’ombre de quelque grand domaine qui n’a pas forcément intérêt à voir naître une trop forte concurrence…en tous cas il reste un travail gigantesque à accomplir pour faire reconnaître la grandeur de ce Grand Cru…

 

Travailleurs acharnés du Sommerberg, mobilisez vous !!!!
 

 

 

Les vins du domaine : quelle conception ?

Né en 1967, Claude Weinzorn représente la 16° ou la 17° génération de vignerons dans ce domaine de Niedermorschwihr. depuis son plus jeune âge il travaille avec son père Gérard qui lui apprend peu à peu le métier de vigneron. Par la suite Claude complète sa formation au lycée viticole de Rouffach où il rencontre Jean Schaetzel « ses cours et ses idées ont eu une importance fondamentale pour ma formation, cet enseignant à qui j’aimerais rendre hommage ici, m’a appris énormément de choses, notamment les principes d’une viticulture propre et durable, respectueuse des sols et des terroirs mais aussi l’exigence qualitative dans l’élaboration d’un vin ».
Depuis le décès subit de son père en 1995, Claude Weinzorn se retrouve seul aux commandes de cette exploitation secondé par son épouse Sandrine et par sa mère qui assure l’accueil de la clientèle de passage.

 


CIMG3264Le coin dégustation du domaine.

 

Le domaine de l’Oriel produit des vins sur 3 Grands Crus, avec une belle surface dans le Sommerberg (3 ha), une surface plus modeste dans le Brand (0,5 ha) et quelques rangs de vigne dans le Florimont (6,5 a).
Claude travaille également des parcelles dans des lieux-dits « non-classés mais très intéressants » autour de Niedermorschwihr comme le coteau du Heimbourg sur Turckheim ou l’Altenberg, le versant nord du Brand « dont les fruits apportent une fraîcheur bénéfique dans mes cuvées, lors des années très chaudes ».

 


CIMG3256Les gewurztraminers du Heimbourg qui donnent naissance à la Cuvée Claire
 
CIMG3260Une jeune vigne sur l’Altenberg de Niederschmorschwihr

 

 

Pour cette même raison Claude à décidé de replanter une vigne de riesling en haute densité (8000 pieds/ha) dans le Kirchthal, un petit lieu-dit dans le secteur du Brand.

 

CIMG3254La nouvelle parcelle de rieslings du Kirchthal plantée à 8000 pieds/ha

 

 

Au niveau de la viticulture, le domaine de l’Oriel pratique la lutte raisonnée avec des vignes enherbées depuis plus de 25 ans et une tradition de culture naturelle très profondément ancrée depuis plusieurs générations : « Je sais que la qualité de mon patrimoine végétal est issue d’une longue tradition familiale et j’ai bien conscience que je ne suis que le locataire de la terre que je vais laisser à mes enfants ».
Les vendanges sont uniquement manuelles et leur date est fixée selon le niveau de maturité des fruits évalué principalement par un test gustatif « je tiens compte des données du réfractomètre mais je me fie de plus en plus à mes sensations gustatives qui deviennent de plus en plus fiables avec l’expérience ».
 

 

Au niveau des vinifications, les vins fermentent en cuves inox ou en foudres et restent sur lies fines jusqu’à leur mise en bouteilles au printemps ; les pinots noirs et une cuvée d’auxerrois bénéficient d’un élevage en barriques.
 

CIMG3266Une partie de la cave du domaine avec un sol pavé datant de plusieurs siècles.

 

 

Au domaine de l’Oriel le rendement moyen se situe autour de 50 hl/ha, cette valeur descend à 40 hl/ha sur les Grands Crus. Selon le millésime et le contexte une partie de la production est mise en bouteilles et le reste est vendu au négoce local.


La carte du domaine de l’Oriel propose une bonne vingtaine de références avec des cuvées « tradition » sur tous les cépages alsaciens et des cuvées « prestige » où on retrouve un pinot blanc Barrique, les 3 Grands Crus, les cuvées en surmaturité et le superbe pinot noir Hommage à Gérard.


60 à 70% des bouteilles du domaine de l’Oriel sont achetées par une clientèle de particuliers, le reste part à l’export, principalement en Europe du Nord et aux Etats Unis.
Claude et Sandrine Weinzorn font partie de l’Association des Vignerons Indépendants et sont présents sur de très nombreux salons comme Strasbourg, Paris, Lyon…avec comme prochaine étape, la première édition du Salon des Vins des Vignerons Indépendants à Nice du 20 au 22 mai 2011.
 

 

 

Et dans le verre ça donne quoi ?

Claude Weinzorn m’a emmené en visite dans son « royaume viticole » durant toute l’après-midi, tout en profitant de ma présence pour me demander de lui prêter main forte dans ses travaux d’entretien du palissage sur le Brand et pour le scellement des ancres dans la nouvelle parcelle du Kirchthal.
Bien évidemment, cette longue tournée a un peu bouleversé mon emploi du temps mais l’expérience fut fort instructive, même si elle empiété sévèrement sur le temps consacré à la dégustation des vins.

Nous avons néanmoins pu faire un rapide tour de cave et goûter quelques cuvées en cours d’élevage :


Sylvaner 2010 : le nez est bien expressif avec des notes exotiques et légèrement épicées, la bouche est longue et pointue avec une palette aromatique très fine.
Un vin frais et très gourmand que j’ai identifié comme un riesling (décidément, ça ne s’arrange pas… !) mais je pense que la classe de ce sylvaner en trompera plus d’un (maigre consolation quand même… !)

Muscat 2010 : le nez est encore sur la retenue avec des notes végétales très fines, la bouche est dense et tendue par une belle acidité.
Un muscat fringant et plein d’énergie, dont le registre aromatique et la structure en font un très beau compagnon de table.

Pinot blanc 2010 : le nez est simple mais très agréable sur les fruits blancs, la bouche est guillerette avec une attaque marqué par une pointe de CO2 et un équilibre frais et digeste.
Claude Weinzorn possède 3 hectares de pinot blanc, un cépage qu’il affectionne particulièrement parce qu’il est très polyvalent et permet de concevoir des vins frais et conviviaux. Cette cuvée est tout à fait dans la ligne : sans prétention mais très gourmand.

Pinot Noir 2009 : les assemblages ne sont pas encore effectués et le vin séjourne dans une petite cuve en inox pour l’ouillage et différentes barriques sur lesquelles nous prélevons quelques échantillons pour se faire une idée des futures cuvées. Le jus en cuve nous donne une première idée de la profondeur du fruit et de la densité de la matière sur ce millésime. Sur les différentes barriques la marque boisée diffère d’un contenant à l’autre mais à aucun moment la puissance du fruit ne se trouve écrasée.
Issu en partie de vieilles vignes sur le Grand Cru Brand ces différents échantillons de pinot noir 2009 se montrent particulièrement gourmands et charnus avec un élevage qui leur apporte une touche de raffinement supplémentaire…à ne pas rater !

Les notes qui suivent ont été prises quelques jours après ma visite au domaine ; le manque de temps nous ayant contraint à écourter la dégustation sur place, j’ai emporté quelques flacons pour pouvoir jouer les prolongations chez moi.

 

Riesling 2009 : le nez est mur et complexe, groseille, pamplemousse mûr, une pointe de basilic et un fond légèrement pierreux, après une attaque franche et précise, le vin se pose en bouche avec beaucoup d’ampleur, la finale de longueur moyenne laisse apparaître de belles sensations minérales.
Issu d’une parcelle de jeunes vignes sur le Sommerberg et d’une parcelle située sur la calotte sommitale du coteau du Brand (juste au dessus de la limite du Grand Cru) ce riesling généreux et complexe séduit dès la première gorgée mais en lui laissant un peu de temps il se révèlera surement comme un vrai vin de terroir.

 

Riesling G.C. Sommerberg 2007 : le nez commence à s’ouvrir et livre une palette complexe sur les agrumes avec de fines notes épicées et les premières évocations pierreuses, l’attaque en bouche est franche et vive, la matière est gourmande mais l’acidité très large et bien présente tient solidement la structure, la finale est puissamment saline tout en revenant avec plus d’intensité sur des saveurs épicées.
Cette bouteille confirme que les 2007 commencent à se goûter très bien en ce moment mais elle révèle aussi la puissance du marquage minéral de ce Grand Cru : une sorte d’archétype pour le Sommerberg…à goûter absolument !

 

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Riesling G.C. Sommerberg 2001 : la robe est lumineuse avec des reflets or-jaune, le nez est riche et complexe sur l’orange confite, les herbes aromatiques et quelques notes de baies roses, la bouche est charnue et marquée par une belle maturité du fruit tout en gardant une présence acide bien large, la finale laisse le palais frais et dispos grâce à une salinité qui se manifeste avec force et persistance.
Cette cuvée dédiée au jeune fils de la famille Weinzorn est toujours riche en saveurs et en structure mais cette matière opulente a souvent besoin de beaucoup de temps pour que la noble influence du terroir devienne perceptible pour le dégustateur. Au bout de 10 ans on commence à entendre le message du Sommerberg…c’est beau tout simplement !

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Riesling G.C. Brand 2007 : le nez est discret et racé avec un peu de fruits blancs, quelques notes florales, une fine pointe épicée (muscade et vanille), l’attaque en bouche est très vive, la structure est parfaitement verticale, la palette citronnée, profondément minérale se prolonge longuement en finale.
Juste pour comparer avec le Sommerberg, ce Brand plus réservé mais déjà superbement bien en place constitue une réussite majeure sur ce millésime…à ne pas rater !

 

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Pour avoir un aperçu plus complet dans la description des vins du domaine sur ce Grand Cru, je vous renvoie aux nombreux articles publiés sur ce blog, notamment sur les rieslings 2004, la cuvée Z ou le magnifique pinot gris Terrasses 2008 qui reste une des réussites majeures en Alsace sur ce cépage et sur ce millésime.
 

 

Bien sûr, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de l’évolution du rarissime gewurztraminer Vendanges de Glace 2008 dont quelques bouteilles dorment dans ma cave…Promis !

 

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Pour conclure, un petit bilan sur cette douzième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

-    J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Sommerberg comme avant !


-    Le Sommerberg est un terroir incroyable : comme tout Grand Cru il se justifie par sa géologie, son microclimat ou son histoire mais ici plus qu’ailleurs on y sent une dimension mystérieuse voire mystique…
Ce coteau dont l’exploitation pousse les hommes et les machines aux limites de leurs possibilités possède un magnétisme étrange, inexplicable mais très puissant.
Suaves et profonds, les vins du Sommerberg font partie des vins qu’il ne faut pas les goûter à l’aveugle : ils existent autant par leurs qualités gustatives que par cette symbolique particulière liée à leur origine. D’une approche facile, particulièrement fringants et gourmands, ces crus ont des personnalités très éloignées de l’environnement qui les a vu naître : des paradoxes en bouteille ou peut-être une juste et douce récompense pour le travail des vignerons qui les produisent… ?

-     L’attachement de Claude Weinzorn au Sommerberg a quelque chose de viscéral et de charnel ; c’est une chose que l’on perçoit dès que ce vigneron commence à parler de son Grand Cru. Son discours ressemble à celui d’un père qui se plaint de son enfant terrible tout en lui vouant un amour sans bornes.
Les vins de Claude sont à son image : directs, généreux et truculents mais avec du fond, une charpente solide et beaucoup d’authenticité.
Pas étonnant lorsqu’on sait que ce vigneron reconnaît avec sagesse et humilité « on pense que l’homme fait du Sommerberg alors qu’en fait c’est le Sommerberg qui fait l’homme. » A méditer…


Mille mercis à Sandrine et Claude pour leur accueil et leur amitié.

 

 

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A gauche le Kougelhopf du Sommerberg, au milieu la faille vosgienne et à droite l’extrémité ouest du Florimont qui me rappelle que je suis encore très loin du bout de ma quête...

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 11:08

 

Article paru dans les DNA du 16 avril 2011

 

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Un vin fait uniquement à partir de jus de raisin...quelle idée saugrenue !!!!!

 

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 17:24



Pour cette quatrième réunion de l’année 2011 du club AOC nous avons choisi d’associer les 2 thèmes suivants :
- Thème 1 : à la découverte des rieslings du Rheingau.
- Thème 2 : Margaux à travers quelques grands crus.

L’association d’un thème classique et d’un thème découverte commence à rentrer dans les mœurs au sein de notre petit club : ce soir ce sont les rieslings du Rheingau qui constitueront la partie « ouverture culturelle » de notre dégustation. Dans cette perspective, François, notre globe-trotter local, a composé une série de bouteilles pour nous initier à cette autre vision de ce cépage.
Rapporter en terre alsacienne, 6 flacons pour contester la suprématie du riesling local…audace ou inconscience ?


La série de Margaux regroupe 6 belles références de cette région, une courte série qui, avec 3 vins jeunes et 3 vins plus évolués, se propose de nous emmener dans l’univers luxueux de cette appellation dont la seule évocation du nom véhicule rêves et fantasmes…illusion ou réalité ?

Deux questions auxquelles le groupe ne manquera pas d’apporter ses réponses…le verre à la main comme d’habitude.

Les vins sont servis bouteilles sous chaussettes et 2 par 2. Les vins de la première série sont ouverts au moment du service ceux de la deuxième ont été débouchées plusieurs heures avant la dégustation.

Verres INAO.


Soirée Club AOC du 8 avril 2011 à La Wantzenau



Thème 1 : il y aurait des rieslings ailleurs qu’en Alsace !


Riesling Kabinett Halbtrocken 2008 – Weingut Robert Weil à Kiedrich/Rheingau : le nez est discret, citronné et un peu « pierreux », la bouche est élégante avec un fruité simple mais plaisant et une finale légère et courte.
Provenant d’un grand domaine qui appartient à une compagnie japonaise et dont une grosse partie de la production part à l’export (Etats Unis et Japon notamment), ce riesling propre, un peu basique mais bien travaillé se déguste avec facilité et plaisir…ça commence plutôt bien !

Bacharacher Riesling Hahnenhof Kabinett Trocken 2008 – Weingut Toni Jost à Bacharach : le nez est très fin avec de délicates nuances florales (acacia), la saveur acidulée et le léger perlant confèrent une belle vivacité à la présence en bouche, la finale laisse apparaître une impression de volume et de profondeur pleine de promesses.
Issu de la région du Mittel-Rhein, sur un terroir de schistes avec des pentes avoisinant les 60%, ce riesling moins expansif que le précédent se distingue par une structure plus élaborée et plus complexe…au niveau de la classification on reste en entrée de gamme « Kabinett » mais dans le verre on monte vraiment d’un cran !

Riesling Spätlese Trocken 2009 – Schloss Vollrads à Oestrich-Winkel : le nez est riche et expressif, à la fois exotique (mangue, citron vert) et finement épicé (cardamome) le toucher de bouche est avenant avec un gras très gourmand et une finale acidulée de longueur moyenne.
Cette cuvée « Spätlese » plus mûre (10 SR – 7,6 AT – 13°) que les deux précédentes garde un très bel équilibre sec tout en se livrant avec beaucoup de gourmandise…miam !

Riesling Winkeler Jesuitengarten Spätlese Trocken 2008 – Weingut Johannishof à Johannisberg : d’abord surprenant avec des notes fumées assez prononcées, le nez se développe sur un registre plus classique, écorces d’agrumes et nuances minérales, la bouche est large avec un fond solidement charpenté et une finale complexe, tour à tour acidulée, finement amère et légèrement tannique.
Ce riesling plus sec (5 SR – 7,4 AT – 11°5) évolue dans un registre très classique mais parfaitement maîtrisé. Une cuvée surprenante d’équilibre et de force.

Riesling Hölle Kabinett Trocken 2008 – Weingut Kunstler à Hoehheim : le nez est discret mais très pur avec de fines notes florales et minérales, la bouche est droite et précise, la minéralité longue et profonde apparaît dès l’attaque et tend la structure jusqu’en finale où une petite pointe camphrée se manifeste.
Ciselé avec finesse mais plein d’énergie, ce riesling est vraiment d’ « enfer » ! (pour ceux qui auraient quelques lacunes en allemand, « Hölle » se traduit par « enfer »).

Riesling G.C. Wiebelsberg 2006 – Domaine Rieffel à Mittelbergheim : le nez est très fin avec des notes de groseille blanche, de fleurs et des évocations minérales très pures, l’attaque en bouche est très ronde, la palette aromatique s’épanouit sur les agrumes confits et quelques nuances d’épices, la structure est bien large et puissamment minérale.
Le pirate a tombé son masque au premier coup de nez : la signature du grès du Wiebelsberg est vraiment très explicite. Ce riesling très opulent a dénoté dans cette série où les équilibres des différentes cuvées étaient bien plus secs, il n’en reste pas moins un bel exemple d’expressivité minérale.

Riesling Lorcher Burgweg Spätlese Trocken 2008 – Weingut Greulich à Huttenheim : le nez est délicat et particulièrement raffiné sur le citron confit, la citronnelle, la bouche est très sphérique avec un joli gras, une palette gourmande et une longue finale fraîche et minérale.
Des vieilles vignes (43 à 73 ans) sur des parcelles pentues de schistes et de limons ont produit quelques flacons de ce magnifique riesling (rendement 30hl/ha). Ce petit domaine qui commercialise 2500 bouteilles par an et qui pratique une viticulture très exigeante nous donne une parfaite image du potentiel de ces terroirs rhénans…pour moi le vin le plus abouti de la série !
 

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La série de riesling du Rheingau avec l’intrus alsacien.



Pour conclure :

- Suite à première soirée consacrée à des vins d’outre-Rhin avec les blancs de la Mosel, je m’attendais à goûter une série de cuvées où acidité puissante et sucrosité cohabitent sans trop d’harmonie...mais il n’en fut rien ! Ces rieslings allemands provenant de quelques domaines en vue du Rheingau m’ont vraiment étonné par leur constitution : équilibre, gourmandise et tenue en bouche dignes des meilleures références de notre région ont largement séduit l’assemblée des dégustateurs de ce soir. Bravo !

- Le vignoble du Rheingau borde le Rhin sur des coteaux pentus avec un sol principalement constitué de schistes et de limons et les meilleures parcelles sont orientées plein sud. Les grands domaines ont entrepris une démarche qualitative avec une viticulture qui leur permet d’obtenir une maturité optimale des raisins et des méthodes de vinification les plus naturelles possibles en interdisant notamment toute chaptalisation. Cette série très homogène nous a donné une belle image de la production de cet autre vignoble où le riesling règne en maître…l’alsacien est chauvin, certes, mais face à de telles bouteilles il s’incline et se lèche les babines.
S’il fallait mettre un bémol, ce serait le prix relativement élevé de ces vins : 12 à 15 euros pour les bons « Kabinett » et plus pour les « Spätlese » ça peut quand même faire réfléchir quand on habite en Alsace…

- Pour ce qui est du coup de cœur personnel aucune hésitation : le dernier vin de la série, le riesling Lorcher Burgweg Spätlese Trocken 2008 est un très grand vin…et le fond de bouteille dégusté le lendemain n’a fait que confirmer l’impression de la veille. En plus, à 13 euros la bouteille, même le prix est TOP…un must absolu !



Thème 2 : Margaux…une petite série de grands rouges.


Château d’Issan 2008 : le nez est délicat et très élégant, mûre, cassis et léger vanillé, la bouche est charnue et soyeuse avec une trame tannique mûre et racée et une jolie finale à qui une fine acidité donne une fraîcheur bien agréable.
Belle matière, élevage intégré et texture très raffinée en bouche…ce vin jeune charme par sa buvabilité et sa gourmandise. Jolie entrée en matière

Château Cantenac Brown 2008 : le nez est très empyreumatique, fumée, café moulu et pain grillé, en bouche la matière est très généreuse avec des tannins bien présents, la finale n’est pas encore en place, on y sent une légère amertume et un peu de chaleur.
Un vin dans un style très démonstratif, vraiment marqué par l’élevage… encore trop jeune pour être apprécié ou simplement trop boisé à la base ? La question se pose vraiment.

Château Rauzan Gassies 2008 : le nez est très fin avec un fruité subtil, de belles notes cacaotées et épicées et une pointe de réglisse, la bouche est corsée mais joliment équilibrée, il y a de l’amplitude et de la profondeur, la trame tannique est fine et la finale laisse une marque aromatique très persistante.
Ce Margaux flatte le nez et le palais par sa matière riche et complexe tout en conservant une élégance très distinguée…une jolie réussite !

Château Bel Air Marquis d’Aligre 2000 : le nez est peu agréable, évolué, tertiaire avec des nuances de jus de viande, de genièvre mais également des notes moins flatteuses (un peu chaussette de randonneur…), la bouche est fluette, décharnée et la finale sèche très rapidement.
Un Grand Cru Classé issu d’un grand millésime, mort au bout de 10 petites années…il y a de quoi se poser des questions !

Château Prieuré Lichine 2002 : le nez est élégant et charmeur sur les fruits noirs, la réglisse, les épices douces, la bouche est splendide, ample et sphérique, tenue par une trame tannique solide mais soyeuse, la finale est longue et d’une fraîcheur très gourmande.
Un vin qui se présente à nous sans trop d’esbroufe mais avec une personnalité séduisante et bien épanouie pour laquelle on ne peut que craquer…Superbe !

Château Margaux 1993 : le nez est discret et peu flatteur sur du poivron frais et quelques notes rappelant la craie ou la poussière, la violette se manifeste après une longue aération, la bouche possède une trame tannique serrée et fine mais l’ensemble manque de volume, malgré quelques notes légèrement réglissée la finale déçoit en laissant une impression de sècheresse.
Que dire ??????????????????????????????????????????????????????????
Un mythe qu’une dégustation à l’aveugle a placé à un niveau indigne…hélas mérité !
Quand je vois le prix d’un tel flacon sur le net, je me pose vraiment des questions…
Il me reste un exemplaire en cave que je garderai pour mon fils (c’est son millésime), il en fera ce qu’il voudra. Peut-être que dans quelques années, il se produira un miracle…mais l’espoir est maigre !



 

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La petite série de grands Margaux


Pour conclure :

- Voilà une série bien hétérogène avec des bouteilles supposées de bon niveau (25 à 45 euros…sans compter le Margaux) mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable dans l’historique du club.
Une très bonne surprise, deux vins prometteurs, un cru qui manque d’élégance et deux bouteilles indignes de leur rang…pas terrible pour cette appellation qui fait rêver la planète oenophile !

- Château Margaux fut un choc : dégusté une première fois il y a trois ans, ce 93 n’avait rien de transcendant mais se présentait comme une très beau vin. Rien à voir avec le vin dégusté ce soir…
Avec cette déconvenue se repose, entre autres, la question de la dégustation à l’aveugle pour les flacons mythiques.
En effet, je pense que ce type de vin gagne à être consommé avec l’état d’esprit d’un « buveur d’étiquette » : sans l’aspect symbolique on perd certainement une des dimensions essentielles de l’acte en occultant les rêves et les fantasmes liés à ces crus mythiques…et au prix de la chose c’est vraiment dommage !

- Pour le coup de cœur personnel le choix de Prieuré Lichine 2002 est évident : mûr, gourmand, avec une trame tannique finement ciselée…conforme à cette image de distinction et d’élégance des crus de Margaux.
De plus, c’est un des vins les moins chers de la série…Chapeau !

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:16




En ce premier samedi du printemps la famille Kreydenweiss a décidé d’ouvrir les portes du domaine aux œnophiles pour une visite guidée de leurs installations et une dégustation élargie de leur production alsacienne et méridionale. Comme d’habitude, j’ai encore pas mal du jongler avec mon emploi du temps pour trouver un petit créneau de liberté…mais bon, Andlau n’est qu’à une petite demi-heure de Strasbourg et le nom de Kreydenweiss sonne aux oreilles de tout amateur de vin d’Alsace comme une référence pratiquement incontournable…c’est reparti pour un tour !


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Au dessus d’Andlau, le moine du Moenchberg nous salue…derrière lui les deux autres Grands Crus du village, le Wiebelsberg à droite et le Kastelberg à gauche



Le domaine Kreydenweiss se trouve en face de la basilique Saint Pierre et Saint Paul, c’est un ensemble complexe de bâtiments traditionnels, adossé au coteau du Kastelberg juste au bord de la rivière Andlau, qui descend du massif vosgien vers la plaine du Rhin…un emplacement déjà symbolique en quelque sorte !


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A l’arrière du domaine Kreydenweiss, l’Andlau et la partie ouest du Kastelberg


La visite commence par la cave où les vins de 2010 reposent dans des foudres fraîchement traités à l’huile de lin : ici on est resté fidèle à la tradition des contenants en bois « l’inox est certes plus pratique à l’entretien mais lorsqu’on hérite d’une cuverie bois, ce n’est pas évident de changer, ceci dit, je pense que les vins évoluent plus harmonieusement dans des foudres » me confiera Antoine Kreydenweiss.


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La cave du domaine avec d’anciens foudres fraîchement huilés et une série de foudres neufs fabriqués sur mesure par un tonnelier local.

 

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Détail du pilier en grés de la cave : il date du XII° siècle et serait le seul vestige restant de la chapelle du Kastelberg.

 
Le passage par la cave nous donne l’occasion de déguster 2 vins du dernier millésime : Pinot Gris Clos Rebberg 2010 et Riesling Andlau 2010.
Les 2 cuvées sont encore en cours de fermentation mais on peut d’ores et déjà apprécier leurs matières riches, équilibrées par une acidité longiligne et très profonde…on pourrait presque y déceler l’esprit des 2008, en tous cas, ils feront de très beaux vins.
Moi qui attendais un millésime moyen pour désengorger les rayons de ma collection alsacienne…je sens que ce ne sera pas pour cette année !

La visite du stockage bouteilles nous permet d’admirer les œuvres originales qui ont illustré les étiquettes de chaque millésime du domaine depuis 1984 : une belle preuve de confiance dans la qualité de ces crus estampillés dans l’esprit de Mouton-Rothschild !

 

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Une petite partie de la collection avec la série d’étiquettes de 1996 à 1992

 

 

De retour dans la cour, sous la tonnelle, la gamme complète des bouteilles au tarif actuel du domaine est proposée à la dégustation. Le temps commence à manquer un peu et mon aptitude à déguster correctement un grand nombre de vins reste toujours aussi limitée…de plus, la visite prévoit une ultime étape dans la salle de dégustation en compagnie de vieux millésimes, je suis contraint de limiter mon choix à quelques références. Parmi les vins goûtés j’ai beaucoup apprécié :


- le Riesling Andlau 2009 : issu des terroirs gréseux autour d’Andlau ce vin séduit par sa grande gourmandise aromatique et son équilibre frais et tonique.
- le Pinot Blanc La Fontaine aux Enfants 2008 : provenant d’une parcelle granitique au dessus du Kastelberg, cet assemblage à parts égales d’auxerrois et de pinot blanc se présente comme un très beau vin de terroir avec une olfaction très aérienne, florale et discrètement mentholée et une présence en bouche charnue et profondément minérale.


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- le Riesling GC Wiebelsberg 2008 : le grand cru gréseux d’Andlau s’offre à nous tout en élégance et en distinction avec son nez frais et délicatement floral, sa structure finement ciselée et sa belle présence saline en finale.
- le Riesling GC Kastelberg 2008 : ce terroir unique de schistes de Steige a produit sur ce millésime un vin d’anthologie ; même si le nez reste encore un peu fermé, la présence en bouche est exceptionnelle, faite d’une matière puissante avec une acidité profonde et une minéralité vibrante qui laisse une légère sensation tannique en finale.
- le Pinot Gris Moenchberg 2009 : ce grand cru marno-calcaire, que le domaine réserve exclusivement au pinot gris a produit en 2009, un vin très gourmand et déjà bien ouvert avec des notes fruitées et légèrement miellées au nez et une matière concentrée mais bien équilibrée en bouche.


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La triplette de Grands Crus du domaine.

 

 

La fin de la visite se passe à l’étage dans un espace moderne et lumineux avec une grande baie vitrée qui donne sur le coteau du Kastelberg et une bonne dizaine de « trouvailles » sorties de la réserve du domaine proposées à la dégustation…comment résister !
Parmi les vins goûtés j’ai beaucoup apprécié :


- le Riesling Clos Rebberg 2000 : encore un riesling sur schistes (des schistes gris de Villé pour cette cuvée) qui manifeste sa minéralité par des notes terpéniques très fines à côté d’un fruit encore bien frais, la bouche est équilibrée et parfaitement en place.
- le Riesling GC Wiebelsberg 1998 : le nez est fin et racé avec sa palette complexe sur les agrumes et les épices douces, la bouche est d’une pureté cristalline avec une finale équilibrée mais tonique.
- le Riesling GC Kastelberg 2003 : le millésime signe la palette avec de belles notes d’agrumes confits et d’épices (cannelle, girofle), la bouche est généreuse avec beaucoup de gras et une jolie rondeur, il faut attendre la finale pour entendre le message du terroir et ressentir la puissante minéralité qui tend la structure.

Là il est vraiment l’heure de partir…mais un dernier traquenard m’attend à la sortie : les vins méridionaux du domaine.
Je connais un peu ces vins et notamment Ansata que je goûte depuis quelques années lorsque je suis en vacances du côté de Port Camargue et de sa maison des vins. « Oui mais il y a de nouvelles cuvées qu’il faut absolument déguster » me répond Antoine Kreydenweiss.
J’aurais essayé de résister mais bon, une fois de plus je me laisse faire…il y  a des moments où je suis d’une faiblesse navrante :


- KA 2009 : des carignans centenaires ont produit cette cuvée d’une gourmandise absolue avec un fruité intense et une chair suave et goûteuse en bouche, en plus, la longueur finale est surprenante…cela aurait été dommage de passer à côté de ça !
- Châteauneuf du Pape 2007 : le nez est charmeur et déjà bien épanoui sur les fruits noirs et les épices, la bouche est savoureuse, parfaitement équilibrée et avec une belle persistance aromatique. C’est un vin issu de raisins centenaires (surtout des grenaches) cultivés en bio-dynamie sur un terroir plutôt sablonneux…une vraie réussite et une belle découverte !

Pour conclure :

- Je n’avais jamais eu l’occasion de faire une visite au domaine Kreydenweiss même si je connais et apprécie leurs vins depuis bien longtemps... cette première journée portes ouvertes tombait à point nommé pour combler cette impardonnable lacune. Malgré certaines contraintes de temps qui m’ont obligé à faire mon tour au pas de charge, j’ai quand même pu apprécier pleinement la qualité de l’organisation, la disponibilité et la gentillesse d’Antoine Kreydenweiss et de son équipe et surtout les grands vins proposés généreusement à la dégustation…mille merci à tous !

- L’esprit des vins du domaine est marqué par la pureté et la fidélité aux terroirs : la profonde minéralité de ces sols gréseux ou schisteux est toujours mise en avant et confère des personnalités uniques et authentiques à toutes les cuvées. Ici, la culture biodynamique n’est pas qu’un choix idéologique mais une condition fondamentale pour permettre aux raisins et aux vins de transmettre le plus précisément possible le message du terroir.

- Pour les coups de cœurs personnels, j’ai été particulièrement sensible à la qualité exceptionnelle du pinot blanc de « La Fontaine aux Enfants », un vrai grand vin de terroir et, au risque d’énoncer une banalité, je suis resté bouche bée devant la grandeur du riesling Kastelberg 2008…la comparaison de ce Grand Cru avec le prestigieux Montrachet n’a peut-être jamais été aussi légitime…


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Le Kastelberg vu du village

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 19:46

Côtes de Provence Domaine du Clos de la Procure 2005 – Dupere Barrera à Carnoules

Robe : grenat sombre, assez dense avec des bords dégradés mais d’une teinte encore très jeune.
Nez : fermé après le débouchage, il faut une longue oxygénation pour permettre à la palette olfactive de se mettre en place et de livrer d’élégants arômes de fruits, de pain d’épice sur un fond légèrement marqué par l’alcool.
Bouche : l’attaque est directe, assez pointue, puis le vin déploie sa matière ample et juteuse, sa structure finement tannique et sa finale fruitée, acidulée et légèrement poivrée.
Issu de vieilles vignes de grenache, mourvèdre, carignan et syrah, travaillé selon la méthode « Nowat » et élevé 18 mois en barrique, ce provençal velouté et corsé étonne par son olfaction complexe et peut surprendre par la richesse de sa structure. Je pense qu’il demande encore quelques années de garde avant de se livrer pleinement.


Riesling Grand Cru Kanzlerberg 2001 – S. Spielmann à Bergheim

Robe : jaune prononcé avec un disque épais mais très lumineux.
Nez : pur et racé il offre de belles notes de pomelo et de citron vert complétées par une touche minérale très profonde.
Bouche : il y a de la chair et du gras mais la structure reste très droite et l’équilibre parfaitement sec, les arômes s’épanouissent avec les agrumes toujours bien présents mais également une pointe de violette, la longue finale est marquée par une belle salinité.
Malgré une robe qui trahit son âge, ce riesling doté d’une silhouette aux formes assez généreuses et au registre aromatique flatteur et complexe se tient magnifiquement bien grâce à sa solide colonne minérale…la prochaine décennie lui appartient sans aucun doute !


Riesling Thalberg 2008 – Domaine Schmitt à Bergbieten

Robe : jaune pâle avec des reflets vert clair.
Nez : franc, pur et assez intense, on y décèle de jolis arômes de citron, d’herbe fraîche et de craie humide.
Bouche : l’acidité puissante, profonde et très longue tend la structure depuis l’attaque jusqu’en finale, de discrètes notes d’agrumes et de miel de fleurs se manifestent progressivement, la finale pointue et minérale laisse apparaître de délicates nuances camphrées.
Situé dans le prolongement vers l’ouest du Grand Cru Altenberg de Bergbieten, le Thalberg a engendré en 2008 un riesling très rectiligne, cristallin mais assez peu expressif à l’heure actuelle…un vin fait pour une longue garde.


Riesling Grand Cru Schlossberg 2006 – Domaine Bernhard à Katzenthal

Robe : jaune d’or, brillante.
Nez : direct, franc et de belle intensité, il nous régale avec de beaux arômes d’agrumes, d’ananas frais, de vanille et d’épices douces.
Bouche : l’attaque est vive, le milieu de bouche est ample et gras avec une chair généreuse, la finale sur le pamplemousse et le poivre blanc laisse le palais frais et dispos.
Un riesling généreux (14°), opulent avec une minéralité qui se manifeste surtout en bouche dont elle étaye la structure. Il n’y a pas à dire les granits vosgiens ont engendré de très beaux vins sur ce millésime compliqué.
 

 

Hautes Côtes de Nuits Les Herbues 2008 – H. Murat à Concoeur

Robe : rubis clair, presque diaphane.
Nez : franc et direct avec un fruité croquant, une pointe torréfiée et fumée.
Bouche : l’attaque est vive, la chair est grenue avec une trame tannique très fine et un volume plus que confortable, la finale offre une palette aromatique de classe sur la mûre et quelques notes fumées.
La robe timide à la teinte diaphane ne laisse pas devinre la personnalité affirmée de ce vin savoureux et très bien structuré…Aucun tape à l’œil mais de la sève et de la profondeur, la Bourgogne comme je l’aime !

 

 

Sylvaner Clos de la Folie Marco 2009 – Domaine Hering à Barr

Robe : jaune pâle avec des reflets vert clair.
Nez : peu causant à l’ouverture, il livre peu à peu des notes florales discrètes mais très raffinées.
Bouche : elle se caractérise par une droiture élégante, un fruité un peu plus épanoui qu’au nez sur la prune et la mirabelle mais surtout par une profonde minéralité qui monopolise la finale.
Située au pied du Grand Cru Kirchberg de Barr cette petite enclave de vignes entre les habitations de la ville, produit un véritable sylvaner de garde…à goûter pour se convaincre qu’il n’y pas que le riesling pour faire parler les terroirs alsaciens.

 

 

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Le Clos de la Folie Marco au printemps

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 16:17




Voici un tarif de vins d’Alsace de la maison Lorentz, datant de l’après-guerre. Il avait été conservé dans des archives familiales, en Bourgogne (Chalon sur Saône), par la tante de mon épouse. Comme quoi !


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D’après mes renseignements le lieu dit « Clos des Templiers » correspondrait au Grand Cu Kanzlerberg.
La maison Lorentz commercialisait déjà 5 cuvées sous ce nom à l’époque.

Pour les prix : ils sont bien sûr en anciens francs et en se référant aux indices de conversion de l’INSEE cela équivaut aujourd’hui à :
- 5.5 euros pour le sylvaner
- 6.5 euros pour le pinot banc
- entre 7 et 8 euros pour les muscat, riesling et traminer
- entre 8 et 9 euros pour les cuvées du Clos des Templiers
- 9.5 euros pour le pinot noir
- près de 10 euros pour le riesling réserve du Clos des Templiers
- près de 11 euros pour les vins de 1945.

A bien y regarder on peut constater que les vins de Bergheim se vendaient déjà à bon prix il y a plus de 60 ans…

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 17:14

 

Pour cette première session 2011 des Masterclass Alsace, une petite quinzaine d’oenophiles passionnés ont été invités à déguster :
« Les vins qu’il faut avoir bu en ce début 2011 pour comprendre le vignoble alsacien ».

Un sujet aussi vaste qu’ambitieux que Thierry Meyer nous propose de traiter à travers 6 thèmes différents, illustrés par 2 à 3 flacons judicieusement sélectionnés.
Hoppla jetzt geht’s loos…

 

 

Masterclass Alsace du 19 mars 2011 à Colmar


Tous les vins sont dégustés et commentés à l’aveugle – verres INAO


Thème 1 : les ambassadeurs du vin d’Alsace à l’étranger

Gentil 2008 – Domaine Hugel à Riquewihr : le nez est discret sur les fruits blancs, la bouche est simple et gouleyante mais avec un joli volume et une finale assez persistante.
Riesling 2008 – Domaine Trimbach à Ribeauvillé : le nez est vif, citronné et légèrement terpénique, la bouche possède une acidité longue mais tranchante, la finale révèle de beaux arômes de citron frais.
La capacité de fournir de gros volumes est le premier sésame pour ouvrir les portes du marché international à un vin : ce Gentil produit à 500 000 cols et ce riesling produit à 340 000 cols ont le mérite de pouvoir relever ce défi. En terme de dégustation, le « gentil assemblage » est consensuel et facile à boire mais le riesling est un peu caricatural avec son acidité mordante et son équilibre vraiment austère. Ceci dit, ces vins sont nets et bien vinifiés…même s’ils demeurent sans grand intérêt pour nous autres œnophiles vivant dans cette région bénie où le bon vin coule à flots…


Thème 2 : les vins secs du millésime 2009

Muscat 2009 – Domaine B. Hertz à Eguisheim : le nez s’ouvre sur des notes un peu exotiques puis évolue vers des nuances plus florales, la bouche est dotée d’un joli gras et d’un fruité bien gourmand, la finale est un peu lourde à mon goût.
Sylvaner Vieilles Vignes 2009 – Domaine H. Fuchs à Ribeauvillé : le nez est discret et très pur sur le citron et la pomme acidulée, la bouche est légère, longiligne mais avec une très belle salinité finale.
Riesling G.C. Schoenenbourg 2009 – Domaine Bott-Geyl à Beblenheim : le nez est discret et racé avec des notes de miel et une minéralité déjà bien présente, la bouche est ample et charnue avec une structure puissante et une belle finale longue et saline.
2009 est un millésime chaud où les fruits ont été rentrés avec une grande maturité mais avec des taux d’acidité faibles : le risque de faire des vins chauds, lourds et déséquilibrés était réel… ce muscat très sec (0,4 g de SR) avec une structure surprenante et une palette aromatique raffinée, ce sylvaner qui se présente comme le vin de soif et de convivialité par excellence avec un rapport Q/P exceptionnel (4,40 euros au domaine) et ce riesling très jeune mais déjà plein de force sont 3 exemples de vins techniquement secs (moins de 4 g de SR) avec des acidités présentes (dans l’ordre : 6,36g, 7,33g, 6,75g) qui ont pu construire leurs équilibres grâce à la minéralité de leurs terroirs.


Thème 3 : le retour parmi l’élite du vignoble alsacien des grandes maisons historiques.

Riesling G.C. Schoenenbourg 2008 – Domaine Dopf au Moulin à Riquewihr : de vilaines notes liégeuses masquent un peu la joli palette exotique de ce vin (ananas, mangue et un peu d’abricot frais), en faisant abstraction du défaut de bouchage, on découvre une bouche qui possède un très beau volume et une présence saline et minérale très puissante en finale.
Riesling G.C. Kirchberg de Barr 2008 – Domaine Klipfel à Barr : le nez est direct et assez intense, dominé par des notes de torréfaction et de fumée, la bouche élégante, longiligne possède une finale bien fraîche.
Riesling G.C. Zotzenberg 2009 – Domaine E. Boeckel à Mittelbergheim : le nez est gourmand et frais sur les fruits exotiques avec quelques notes minérale, la bouche est équilibrée, peut-être un peu légère et marquée par une petite déviance liégeuse, la finale revient sur la belle minéralité évoquée à l’olfaction.
2 bouteilles sur 3 avec un défaut…pour prouver la renaissance qualitative des grands domaines, c’est un peu court comme argumentaire !
Ceci dit, le Schoenenbourg a été reconnu par l’ensemble des dégustateurs (moi y compris) comme un très grand vin, le Kirchberg est encore bien jeune pour livrer toute sa complexité et le Zotzenberg allie expression aromatique et minéralité…finalement c’est pas si mal !
Mais il va quand même falloir une petite série supplémentaire du même type pour me convaincre. A bon entendeur…


Thème 4 : Après les excès de barrique neuve, l’élevage des grands pinots noirs gagne en élégance.

Pinot Noir Geissberg 2009 – Domaine F. Bleger à Saint Hippolyte : le nez est très gourmand sur la cerise rouge, la framboise confite, l’attaque en bouche est ronde avec un joli fruit mais la finale est un peu austère avec des tanins denses et un peu secs.
Pinot Noir Rittersberg - Réserve Personnelle 2009 – Domaine J.P. Schmitt à Scherrwiller : le nez s’ouvre sur des arômes épicés, torréfiés et légèrement boisés et se développe avec de belles notes d’orange sanguine, la bouche est très caressante avec un fruit profond et une finale fraîche et très longue.
Pinot Noir Strangenberg 2008 – Domaine A. Bursin à Westhalten : le nez est empyreumatique avec des notes de torréfaction, de moka et de cacao amer, la bouche possède une chair très gourmande avec un fruit bien expressif et une belle finale.
Avec ce Geissberg (un « s » de plus que le G.C.) un peu jeune mais joliment fruité, ce Rittersberg superbe avec une structure impeccable et une palette subtile et raffinée, ce Strangenberg très sexy avec son profil bourguignon pleinement assumé, nous avons là, 3 exemples de pinots noirs très différents mais d’un niveau qualitatif exceptionnel. L’Alsace possède de très grands terroirs pour les rouges mais il fallait des vignerons engagés dans une démarche d’excellence pour les mettre en valeur ; depuis quelques années (pour moi 2003 a eu un effet déclencheur…) ils sont de plus en plus nombreux et c’est très bien ainsi !


Thème 5 : le gewurztraminer, seul cépage typique d’Alsace, peine encore à faire sa place à table.

Gewurztraminer Cuvée Laurence 2008 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est assez mystérieux avec de discrets arômes d’agrumes et quelques notes surprenantes qui font penser à des céréales (blé, orge, pain frais), la bouche est très sphérique, l’équilibre est moelleux mais la finale est bien fraîche et longuement aromatique.
Gewurztraminer Turckheim 2002 – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est bien complexe mais avec des arômes surprenants de morille sèche, de truffe et d’épices douces qui écrasent un peu le fruité subtil (bergamote), la bouche est charnue, dense et puissante, la finale très longue révèle une belle salinité et quelques notes poivrées.
Gewurztraminer G.C. Pfersigberg 2009 – Wolfberger : le nez est charmeur avec un fruité bien complexe (banane, litchi, mangue) relevé par des notes épicées, la bouche est agréable avec un moelleux confortable et une finale équilibrée.
Les grands vins secs ont une sorte de monopole dans la grande gastronomie d’aujourd’hui : effet de mode ou manque d’imagination de nos chefs, la question se pose…Placé parfois à l’apéritif où il risque de casser le palais pour la suite ou au dessert où il subit souvent des mariages contre nature, le gewurztraminer, cépage unique et vraiment emblématique de l’Alsace, reste toujours encore le parent pauvre à table.
Pourtant, avec cette Cuvée Laurence, complexe et festive, ce Zind-Humbrecht déjà bien évolué et d’une puissance remarquable et ce jeune Pfersigberg frivole et aérien, il a quand même de quoi stimulet la créativité culinaire !
En sortant des sentiers battus de la tradition alsacienne pour aller voyager du côté des tajines aux fruits secs ou de la cuisine thaïe avec ses effluves épicées, le gewurztraminer s’imposera comme une évidence…il suffit d’essayer pour s’en convaincre.

 

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Les quatre premiers chapitres de la leçon…

 

 

Thème 6 : l’élevage long sur lies pour rechercher la minéralité optimum : le cas des vins de Marc Tempé.

Auxerrois Vieilles Vignes 2005 : le nez est étrange, il s’ouvre sur des notes de mousse de bière et de farine avant de laisser apparaître quelques arômes discrets d’agrumes mûrs, la bouche est d’un abord agréable, ronde et gourmande avec une finale très aérienne.
Pinot Gris Rimelsberg 2003 : le nez est intense et très complexe sur la noix de coco, le caramel, la vanille avec de belles notes fruitées (fraise, fruits jaunes), la bouche possède un beau volume avec du gras, une structure très sphérique et une chair encore bien fruitée, la finale est longue et profondément aromatique.
Riesling G.C. Mambourg 2003 : le nez est racé et complexe avec des arômes très purs de cire (encaustique), d’écorce d’agrumes et un boisé délicat, la bouche est splendide, l’équilibre est sec, de jolies notes épicées viennent compléter la palette, la finale est longue et sapide…en un mot, superbe !
Des raisins récoltés à maturité physiologique complète ont généré ces 3 belles cuvées que Marc Tempé a élevé longtemps avec un minimum d’intervention : 4 ans en barriques pour les 2 pinots et 3 ans pour le riesling. Ces vins sont atypiques avec des personnalités très affirmées et pas forcément consensuelles : l’auxerrois ne m’a pas forcément convaincu mais je suis tombé sous le charme du Rimelsberg, un peu baroque mais parfaitement équilibré et j’ai apprécié par dessus tout la classe hors norme du Mambourg…pour moi le plus grand vin de la série !

 

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Le trio final.



Pour conclure

- Avec son nouveau protocole de séance, cette Masterclas, à l’intitulé un brin provocateur, nous a permis d’aborder 6 thématiques différentes illustrées par une dégustation commentée de plusieurs vins. J’ai beaucoup apprécié cette variété qui a conféré un joli rythme à la dégustation sans pour autant altérer la qualité des contenus de formation : un beau travail de pédagogue…bravo maître Thierry !
 

 

- La leçon sur les contraintes économiques du marché mondial constituait une mise au point nécessaire sur le rôle important des grandes maisons de négoce, même s’il faut reconnaître que leurs vins n’ont qu’un intérêt limité pour l’amateur.
La série sur 2009 aura démontré que les vins élaborés dans le souci de valorisation du terroir n’auront aucune difficulté à trouver leur équilibre dans ce millésime : comme pour 2003, le dégustateur averti trouvera de très grands vins en Alsace.
Les 3 vins provenant de grandes maisons alsaciennes n’ont pas complètement rempli leur mission : les bouteilles dégustées dans cette série n’étaient pas au mieux de leur forme…Dommage !
En revanche, les pinots noirs et les gewurztraminers ont constitué un argumentaire gourmand extrêmement convaincant : voilà de grands vins qui méritent une place d’honneur en gastronomie.
La découverte d’une approche particulière du vin d’Alsace par un vigneron est une très belle idée (à reconduire…d’autant plus que les vins présentés étaient vraiment superbes.

- Pour les coups de cœur de l’après-midi, le riesling Mambourg 2003 s’impose tout naturellement comme premier choix suivi par le pinot noir Rittersberg 2009 que seul son prix un peu élevé à mon sens (22 euros…mais je ne veux pas relancer le débat !) me conduit à placer en second.

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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