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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 13:22




Pour cette troisième réunion de l’année 2011 du club AOC nous avons choisi d’associer les 2 thèmes suivants :
 

 

- Thème 1 : à la découverte des vins rouges d’Irancy.
- Thème 2 : les Pouilly Fuissé en approche verticale.

Irancy fait partie des rares appellations françaises dont je n’ai aucun souvenir de dégustation…cette série concoctée par Paul, l’ami british du club AOC, sera une vraie découverte pour moi.
C’est par son beau-père, souvent en villégiature du côté d’Auxerre, que Paul a découvert les vins de cette région : Irancy pour les rouges et Chablis pour les blancs.

La série de Pouilly Fuissé a été constituée à partir de 2 références du millésime 2002 qui restaient dans la réserve du club : ce sera une petite approche verticale de cette appellation de 2002 à 2008.

Les vins de la première série sont servis bouteilles découvertes et 2 par 2, avec 4 cuvées élevées en cuves inox suivies par 3 cuvées élevées en futs de chêne et une cuvée d’un millésime plus ancien.


Les vins de la deuxième série ont été débouchés 1 heure avant la dégustation et sont servis bouteilles cachées 2 par 2 (sauf le premier), l’appellation est connue des dégustateurs.


Verres Spiegelau.


Soirée Club AOC du 18 mars 2011 à La Wantzenau



Thème 1 : 8 Irancy rouges pour découvrir une appellation méconnue.


Irancy 2009 – Domaine D. Renaud à Irancy : le nez est intense sur la griotte avec un léger fumé, la bouche est stricte, l’équilibre est vif, les tanins fermes et la finale assez longue est marquée par une légère amertume.
Un nez très jovial mais une bouche très austère malgré une matière assez concentrée…un vin à oublier en cave quelques années avant de lui accorder une seconde chance.

Irancy Vieilles Vignes 2007 – Domaine Colinot à Irancy : le nez est fin et élégant sur la fraise et quelques notes florales, la bouche est légère, la matière est fine et délicatement aromatique, la présence tannique se fait sentir progressivement pour finir par dominer en finale.
Une cuvée qui commence à se laisser approcher doucement : la palette est charmeuse mais la structure en bouche est encore relativement virile.

Irancy Côte de Mazelots 2007 – Domaine Colinot à Irancy : le nez est fin, agréable avec de belles notes de fruits rouges, l’attaque en bouche est assez pointue, le milieu de bouche laisse apparaître une texture plus gourmande et la finale revient sur une sensation de légère amertume.
Du fruit croquant et une bouche bien complète avec une structure bien complexe : cet Irancy issu de l’un des 3 climats réputés de cette appellation ne manque pas d’atouts pour séduire.

Irancy Côte de Moutier 2007 – Domaine Colinot à Irancy : le nez est fermé, la feuille de cassis et un léger fumé se manifestent après une bonne aération, la bouche est vive, tannique avec une finale très sévère.
Même domaine, même millésime que le précédent mais issu de l’un des autres grands terroirs d’Irancy, ce vin se goûte très difficilement aujourd’hui. La matière semble belle mais l’harmonie n’est pas encore au rendez-vous…A oublier encore quelques années en cave.

Irancy 2007 – Domaine Cantin à Irancy : le nez est complexe, à la fois fruité et floral avec des notes torréfiées, la présence en bouche est très élégante, on sent une matière épanouie, beaucoup de soyeux, seule la finale vive et légèrement tannique nous ramène dans la ligne des vins précédents.
Certes la matière semble mûre mais cet élevage remarquablement bien dosé apporte vraiment quelque chose à la structure de ce vin…un Irancy fringant mais bien en chair qui se déguste avec plaisir.

Irancy Cuvée Emeline 2007 – Domaine Cantin à Irancy : l’élevage très présent avec ses notes boisées et vanillées masque le fruit et l’épice qu’il faut vraiment aller chercher…, en bouche on sent une matière généreuse et un fruité qui s’affirme davantage, mais l’équilibre reste quand même très austère avec des tanins très présents, la finale est assez longue.
Le nez est rédhibitoire pour les allergiques à la planche…mais la texture en bouche laisse de l’espoir. Ce vin a besoin de temps pour maîtriser l’énergie un peu fougueuse de ses éléments constitutifs. Patience…

Irancy Sillage 2007 – Domaine Verret à Irancy : le nez est plaisant et raffiné sur d’intenses notes de cerise complété par des nuances plus raffinées de violette et d’épices douces, la bouche est charnue, ample et veloutée avec une longue finale fraîche et profondément aromatique.
Un Irancy diablement séduisant avec une matière mure et généreuse tenue par une solide charpente qu’on devine plus qu’on ne la sent : un équilibre magistral pour un vin à savourer dès aujourd’hui.

Irancy 2000 – Domaine R. Delaloge à Irancy : la robe est très claire, le nez est fin et subtil avec des fruits rouges, de la feuille de cassis et une touche d’humus, la bouche est simple mais très bien équilibrée, la finale de longueur moyenne est bien fraîche.
Mis à part la nuance de la robe, rien ne trahit l’âge de cette bouteille : finesse aromatique, silhouette svelte mais élégante, finale vive et nette…un jeunot vous dis-je !

 

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La série d’Irancy



Pour conclure :

- Situé au sud d’Auxerre et de Chablis ce vignoble entièrement dédié au vin rouge à une longue histoire, même si la réputation de ses vins à beaucoup de mal à se faire un nom dans la production française. L’habile sélection de Paul nous a permis d’approcher les différents types de vins de cette appellation classée A.O.C. il y a une dizaine d’années…Thanks a lot !

- Les vins sont issus du cépage pinot noir complété parfois par une faible proportion (10% maximum) de césar, un cépage énigmatique datant probablement de l’époque romaine. Cette série nous a donné quelques pistes pour comprendre ces vins rustiques et terriens qui cultivent souvent l’art du paradoxe avec des nez très festifs sur les fruits rouges et une austérité parfois surprenante au palais. J’ai pu déceler une certaine permanence dans la présence en bouche de ces vins : une belle vivacité à l’attaque, une rondeur charmeuse en milieu et une présence tannique très virile en finale.
Il est évident que ces crus n’ont pas vraiment un profil destiné à faciliter une dégustation, par contre on imagine très facilement la belle présence de ces vins à table, en compagnie de mets simples et goûtus…miam !

- Pour ce qui est du coup de cœur personnel aucune hésitation : l’irrésistible gourmandise de la cuvée Sillage 2007 m’a véritablement bluffé…et je n’étais pas le seul ! Pour les accessits : Irancy 2007 de Cantin pour son élégance et Irancy 2000 de Verret parce que les « vieux » qui se tiennent bien m’émeuvent toujours un peu…




Thème 2 : voyage dans le temps avec quelques Pouilly Fuissé.


Mâcon Villages Terroirs du Mâconnais 2008 – Bret Brothers à Vinzelles : le nez est flatteur et bien ouvert avec des arômes de fleurs, de raisin frais et de vanille, la présence fruitée très mûre domine la bouche en lui conférant une rondeur agréable, la minéralité se manifeste en finale avec une pointe de fraîcheur et des notes de craie humide.
Cette nouvelle cuvée des frères Bret est issue d’un assemblage de raisins provenant de différents terroirs du Mâconnais. Placé en tête de série pour en guise d’introduction ce vin qui associe une belle trame minérale et un fruit charmeur a immédiatement séduit la plupart des membres de l’assemblée.

Pouilly Fuissé La Roche 2007 – Bret Brothers à Vinzelles : le nez s’ouvre sur des notes de poudre à canon avant de laisser la place à un fruit discret mais pur, la bouche est vive, sur le citron et la craie avec une structure tendue et une longue minéralité.
Resté longtemps dans l’ombre du vin précédent bien plus expressif, ce Pouilly Fuissé réservé, presque secret, est issu de l’un des terroirs les plus réputés de Vergisson. Solidement assis sur sa charpente minérale, ce vin pur et profond s’est livré avec timidité dans nos verres ce soir. A oublier encore un peu en cave…

Pouilly Fuissé Réserve du Domaine 2006 – Domaine Mathias à Chaintré : le nez est plaisant avec de discrets arômes de fruits jaunes et d’amande, la bouche est d’une rondeur avenante mais manque un peu de structure.
Issu de coteaux orientés sud sur Chaintré ce vin facile d’accès souffre d’un manque de profondeur et de structure…on est en droit d’attendre un peu plus d’un Pouilly Fuissé !

Pouilly Fuissé Cep Eternel 2005 – La Source des Fées à Fuissé : le nez s’ouvre sur d’étranges notes de pomme de terre, suivies par des arômes plus agréables de fruits secs (amande, noisette), la bouche légèrement miellée possède une structure très fluctuante, ondulante, avec une finale assez longue mais marquée par l’oxydation (noix).
La matière encore assez riche n’est plus tenue par l’acidité…pourtant ce vin issu de parcelles de vieilles vignes de plus de 60 ans sur Fuissé avait obtenu un « coup de cœur Hachette » en son temps…Cette oxydation prématurée est peut-être due à un problème de bouteille. Dommage !

Pouilly Fuissé Excellence 2003 – Larochette-Manciat à Chaintré : le nez est discret et très élégant avec des notes florales et légèrement épicées, la bouche est riche et opulente, le fruité très mur est complété par une touche de miel, la finale est très longue.
Issu d’une sélection des meilleures barriques de la cuvée « Vieilles Vignes » du domaine ce vin puissant et généreux, très marqué par l’élevage dans sa jeunesse, a trouvé sa vitesse de croisière aujourd’hui : un Pouilly Fuissé gourmand avec une structure minérale très discrète mais qui tient solidement l’ensemble. C’est un vin d’âge mûr mais qui a encore de la ressource.

Pouilly Fuissé Terroir de Vergisson 2002 – Domaine O. Merlin à La Roche Vineuse : le nez est complexe et très charmeur avec des arômes très pâtissiers, de beurre, de citron confit et de noisette, en bouche la matière est ample avec beaucoup de gras et une minéralité qui se pose tranquillement mais qui tient remarquablement la finale longue et salivante.
Ce Pouilly Fuissé pur avec un caractère minéral assez discret assume sa personnalité bien épanouie…un beau vin arrivé à maturité !

Pouilly Fuissé Alliance Vergisson 2002 – Domaine Barraud à Vergisson : le nez est complexe et raffiné avec des notes de fleurs et de pierre à fusil, la bouche est splendide, dense et riche et dotée d’une structure puissante étayée par une minéralité longue et vibrante.
Issu d’un assemblage de 4 parcelles de vignes quarantenaires sur Vergisson ce Pouilly Fuissé termine la série en apothéose en donnant une idée de ce que l’appellation peut produire de plus grand…Un vin magnifique !


 

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Un joli Mâcon villages et une petite verticale de Pouilly Fuissé : la série 2 au complet.



Pour conclure :

- face à la grande complexité du terroir de Pouilly Fuissé où des recherches pédologiques ont permis de réaliser une carte qui identifie 112 types de sols différents, notre modeste série ne peut être considérée que comme une approche très partielle de cette appellation. La compréhension des vins produits dans cette région demandera bien évidemment quelques autres séances sur ce thème.

- j’ai découvert cette appellation dans les années 80 grâce à une collègue professeur d’E.P.S. dont une copine de promotion avait épousé un vigneron de Fuissé (domaine Besson). Depuis lors ces vins ont toujours gardé une place réservée sur les rayonnages de ma cave. Plus accessibles mais parfois aussi distingués que leurs prestigieux concurrents de la Côte de Beaune ils offrent une alternative intéressante pour celui qui veut compléter sa collection de grands vins blancs avec des crus qui mettent un peu moins longtemps pour arriver à pleine maturité. Si on excepte le 2005 qui avait visiblement basculé, les vins de cette série se sont présentés à nous de façon très agréable et se sont laissé boire avec facilité...des vins plaisir tout simplement !

- pour les coups de cœur personnels je retiendrai 2 bouteilles : si Alliance Vergisson 2002 du domaine Barraud s’impose tout naturellement pour la perfection de son équilibre après plus de 8 années de garde, Excellence 2003 du domaine Larochette-Manciat constitue un choix plus personnel. Ayant connu cette cuvée dans les excès de sa jeunesse (matière très concentrée et boisé très présent) j’ai été étonné et séduit par sa plénitude actuelle…un vin riche et harmonieux. Comme quoi, avec le temps…parfois…

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 12:32

 


Après avoir assumé mes obligations professionnelles le matin (eh oui, il m’arrive de travailler… !) et mes obligations familiales en début d’après midi (accompagnement du fiston handballeur dans le Haut-Rhin…ça tombait plutôt bien !), j’ai mis le cap sur Orschwihr afin de rejoindre un groupe de dégustateurs, composé de membres de deux clubs œnophiles (AOC et un club haut-rhinois), pour une visite au domaine François Schmitt.

En l’absence de Frédéric Schmitt et de son épouse qui sont en charge de l’exploitation aujourd’hui, c’est François, le papa et fondateur du domaine, qui nous accueille en nous proposant de débuter la visite par un tour dans la cave avant de nous installer dans le magnifique caveau de dégustation rénové en 2010.

 

Au domaine François Schmitt on travaille le vin essentiellement dans des cuves inox « un contenant moderne qui permet de contrôler facilement l’évolution de chaque cuvée (…) par contre si un vin est raté, le vigneron ne pourra s’en prendre qu’à lui-même ».

 


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La cuverie du domaine Schmitt

 


Depuis quelques années le domaine cherche à pénétrer le marché international avec des cuvées particulières haut de gamme. « Sur le marché du vin d’Alsace traditionnel, il n’y que peu de place pour les vignerons indépendants qui ne tiennent pas face à la concurrence des coopératives ».
C’est dans cette perspective que Frédéric Schmitt a conçu 3 cuvées de pinots (auxerrois, gris et rouge) vinifiées et élevées à la bourguignonne avec des fermentations et des élevages sur lies en barriques de chêne.


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La cave « bourguignonne » du domaine Schmitt

 

 

Le domaine qui écoule près de 80% de sa production auprès d’une clientèle de particuliers a rénové le caveau de dégustation en 2010 pour pouvoir accueillent leurs visiteurs dans un espace moderne, lumineux et convivial.


 
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Une partie du caveau du domaine

 

Sur le mur en pierre au fond de cette salle les vignerons ont eu la bonne idée de mettre en valeur leurs trois terroirs emblématiques…des carottages du Bollenberg et du Pfingstberg présentés comme des œuvres d’art…un bel hommage !
      
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Les sols du Grand Cru Pfingstberg et des deux secteurs du Bollenberg

 

 

Le domaine exploite 12 hectares de vignes dont une partie sur le Grand Cru Pfingstberg (clcaro-gréseux) et sur la colline du Bollenberg (marno-calcaire à l’ouest et argilo-calcaire à l’est) et décline sa production en 24 cuvées différentes.
 

 

Pour des raisons de temps et de fatigue légitime (les autres membres du groupe sont sur la brèche depuis ce matin…) nous choisissons de déguster une douzaine de références de la carte.


 
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François Schmitt dirige la dégustation face à notre groupe d’oenophiles…dont certains membres paraissent un peu marqués par les « efforts » de la journée (Hello Paul !)


Crémant Blanc de noirs : le nez est pur et net sur des fruits blancs (pomme, poire), la mousse est fine, crémeuse et persistante et l’équilibre est d’une agréable fraîcheur.
Une cuvée avec une palette aromatique charmeuse et une belle présence en bouche…à 7 euros c’est un vrai cadeau !

 

Crémant Rosé : la robe est d’un rose très pâle, le nez est discret, légèrement fruité et la bulle est vive, serrée mais un brin envahissante en bouche.
Franc et bien net ce crémant suit la mode des « bulles roses » mais avec sa palette aromatique très discrète et sa mousse un peu agressive cette cuvée ne me séduit pas outre mesure.

Pinot noir Rosé 2009 : le nez est franc et direct avec de belles notes florales et une nuance de bonbon anglais, la bouche est simple mais dotée d’un équilibre très aérien et d’une persistance finale de belle longueur.
Une cuvée séduisante qui tient très bien son rang de vin de convivialité…sans oublier qu’avec son prix très sage (5 euros), ce rosé croquant constitue un must absolu pour nos futures tablées estivales.

Pinot noir Cœur de Bollenberg 2008 : le nez s’ouvre sur des notes un peu lactées rapidement remplacées par de discrets arômes de fruits rouges et un léger fumé, l’attaque en bouche est tendre mais la matière est puissante avec une trame tannique fine et soyeuse qui se fait sentir en milieu de bouche, la finale est bien fraîche et longuement aromatique.
Une première cuvée issue de la cave « bourguignonne » du domaine qui séduit par son équilibre structurel et sa gourmandise. L’élevage est très bien intégré et le fruit s’épanouira encore bine davantage dans les années à venir.

Auxerrois Bollenberg 2009 : le nez est avenant avec un profil floral très charmeur, la bouche possède un équilibre flatteur avec un joli gras et une finale nette et bien fraîche.
Un auxerrois qui se boit comme du petit lait et qui ravit les papilles par une palette très subtile… une vraie petite friandise à moins de 5 euros, les gourmets gourmands n’y résisteront pas !

 

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Auxerrois Croix du Sud 2009 : le nez est discret mais complexe, la bouche est ample avec un joli gras et un boisé léger, les arômes fruités et délicatement vanillés s’expriment avec beaucoup d’élégance en fin de bouche.
La seconde cuvée vinifiée et élevée en barriques (neuves pour moitié) trouve son équilibre grâce à une matière première très riche (13°5) qui répond à la présence boisée…je préfère néanmoins l’énergie juvénile et la fringance de la cuvée Bollenberg !

 

Riesling Bollenberg 2009 : le nez est expressif et gourmand sur l’ananas et une pointe de minéralité, la bouche possède une texture élégante avec un toucher très fin, la finale revient sur des notes de pomelo et des évocations minérales qui laissent une agréable sensation de fraîcheur.
Le nez flatte les sens mais la bouche est solidement construite autour d’une belle structure minérale, ce riesling est un séducteur auquel il sera difficile de ne pas céder.

Riesling Grand Cru Pfingstberg – Paradis 2008 : le nez est très discret, on y décèle de fins arômes d’écorce d’agrumes, la bouche est dense et charnue avec une finale longue et tendue où se révèlent de belles notes citronnées et « caillouteuses ».
La parcelle « Paradis » située dans la partie centrale du Grand Cru produit des rieslings secs de grande race taillés pour la garde : ce 2008 est fermé sur le plan aromatique mais recèle une énergie exceptionnelle.

 

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Pinot gris Le Maréchal 2009 : le nez est fin et complexe avec de discrètes notes de fruits jaunes, une pointe vanillée et un léger fumé, la matière est dense et concentrée et le boisé s’exprime avec beaucoup de classe, l’équilibre est remarquable et la finale très longue nous remet en mémoire les évocations fruitées et fumées perçues à l’olfaction.
C’est le genre de vin que je déguste généralement avec une grande méfiance et, je l’avoue, avec un à priori assez défavorable… mais cette cuvées de pinot gris généreuse mais terriblement bien balancée n’aura pas mis beaucoup de temps à me convaincre de sa qualité et de son énorme potentiel. Une belle découverte !

 

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Gewurztraminer Grand Cru Pfingstberg 2008 : le nez est ouvert et séduisant sur les fleurs et les épices douces, la bouche est généreuse avec du gras et de la rondeur mais la finale livre une puissante impression minérale, presque tannique, adoucie par de jolis arômes de rose et de violette.
Un grand cru très accessible aujourd’hui mais dont la puissante trame minérale nous laisse présager qu’il n’a pas encore dit son dernier mot. Un vin à garder…même si cela s’avère difficile !

Gewurztraminer V.T. 2007 : le nez est complexe et intense sur l’ananas rôti, le poivre blanc et quelques notes plus minérales, la bouche allie un caractère gras et juteux avec une puissante minéralité, le moelleux est très digeste et la finale marquée par une fine acidité laisse une jolie sensation de fraîcheur.
Un vin qui associe un nez exubérant et une bouche concentrée et équilibrée : une V.T. exemplaire pour amateurs de sensations fortes !

 

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Pour conclure :

- J’ai souvent croisé Frédéric Schmitt et son épouse lors des manifestations organisées dans le cadre de l’Oenothèque Alsace, j’ai eu l’occasion de déguster certaines de leurs cuvées mais je n’avais encore jamais pris le temps de visiter leur domaine.

- C’est chose faite aujourd’hui…et grand bien m’en a pris car la visite menée tambour battant par François Schmitt a pleinement tenu ses promesses : discours clair, réponses précises sans langue de bois, visite complète des installations professionnelles remarquablement entretenues et dégustation généreuse dans un cadre accueillant…que demander de plus !

- Les vins du domaine sont conçus avec une belle précision associée à une touche de créativité qui leur confère une identité propre : les cuvées d’entrée de gamme se livrent avec simplicité et gourmandise et les crus du Bollenberg et du Pfingstberg plus profonds et plus concentrés se présentent comme de beaux vins de garde.

- Dans cette série d’un très beau niveau de qualité je sortirai 3 coups de cœur personnels : l’auxerrois Bollenberg 2009, friandise absolue, le riesling GC Pfingstberg Paradis 2008 avec sa présence minérale très pure et enfin l’étonnante cuvée de pinot gris Le Maréchal, dont l’équilibre entre matière et élevage m’a vraiment impressionné.

- Pour être complet il faut également évoquer le rapport qualité/prix hallucinant des vins du domaine : avec une gamme qui se situe entre 5 et 20 euros, on ne peut que craquer…vous voilà prévenus !

 

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Un adage qui concerne particulièrement un sportif à la retraite comme moi !

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 17:26

LE KIRCHBERG DE BARR SELON…



Le choix de ma onzième étape fut très simple : après avoir fait le tour des crus de la Couronne d’Or, il m’a suffi de mettre le cap au sud pour arriver jusqu’au prochain lieu-dit classé Grand Cru, le Kirchberg de Barr.
Un peu facile me direz-vous… j’assume pleinement, même si les raisons de mon choix sont un peu plus complexes.
En effet, de récentes sessions de dégustation avec le club A.O.C. ou avec l’Oenothèque Alsace, m’ont permis de découvrir quelques très belles cuvées nées sur ce terroir, stimulant mon désir d’en apprendre un peu plus à propos de ce Grand Cru. En outre, grâce à Thierry Meyer, j’ai pu rencontrer plusieurs fois Jean-Daniel Hering, dont le discours sur les vins m’a particulièrement intéressé.
 

 

Un beau terroir et un grand vigneron pour en parler…ma longue quête des 51 Grands Crus continue, on the road again !

 

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Ambiance d’hiver en Alsace avec le coteau du Kirchberg de Barr au pied du massif du Champ du Feu.


Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

 

 

Barr est un petit bourg de 7500 habitants, situé à une quarantaine de kilomètres de Strasbourg, au pied du massif vosgien et du célèbre Mont Sainte Odile. Ce village pittoresque, au centre historique remarquablement préservé, est la capitale viticole du Bas-Rhin.


 
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Un vieux foudre peint à l’entrée de Barr qui n’oublie pas sa tradition viticole.


Même si la première trace écrite, mentionnant le village de Barr sous le nom de Barru, date de l’année 788, les historiens pensent que ce site a été occupé bien avant, comme le prouvent les nombreux vestiges préhistoriques de l’âge du fer et de l’âge du bronze découverts dans ce secteur.


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La herse du blason de Barr qui symbolise le rôle ancestral de cette cité comme ultime barrière sur le chemin vers le Mont Sainte Odile, jadis lieu sacré occupé par des Druides.

 

 

Dès le IX° siècle Barr devient le chef-lieu de la Seigneurie éponyme, qui regroupait plusieurs villages alentour. Par la suite cette Seigneurie fut intégrée au Saint Empire Romain Germanique avant d’être cédée par l’Empereur Maximilien à son secrétaire Nicolas Ziegler en 1522. A partir de 1525, Nicolas Ziegler porta le titre de Seigneur de Barr et fit prospérer ce petit bourg durant plusieurs décennies. En 1525, les habitants de Barr participèrent à la Guerre des Paysans et vers 1545, sous l’influence des fils Ziegler, la Seigneurie choisit d’épouser les thèses de la Réforme et devint protestante jusqu’à la fin du XVIII°. En 1566, les fils de Nicolas Ziegler vendirent la Seigneurie à la ville de Strasbourg, qui nomma un bailli qui fut chargé d’administrer Barr et ses villages environnants.
Le XVII° siècle fut appelé « temps des calamités » par les historiens locaux tant la période fut néfaste pour Barr et sa région : la Guerre des Evêques (fin du XVI°), la Guerre de Trente Ans, la guerre contre la Maison d’Autriche se succédèrent avec leur cortège de destructions, de misères, d’épidémies.
Le XVIII° siècle fut une période d’ordre et de prospérité. La Révolution Française mit fin à la domination de Strasbourg et, après le nouveau découpage administratif, Barr devint chef-lieu de canton.

 

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La vieille ville de Barr au pied du Kirchberg.


Le XIX° siècle vit un important développement économique (les tanneries en particulier) et même touristique, grâce au pouvoir d’attraction des sites environnants comme, le Mont Sainte Odile, le Champ du Feu ou le Hohwald.


 
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La Kirneck, la rivière des tanneurs, qui traverse Barr, en partie sous les rues de la ville.
 

 

Comme partout en Alsace, les deux guerres du XX° siècle laissèrent de profondes cicatrices à Barr et dans ses environs.
Une fois la paix revenue Barr entama une période de déclin économique et touristique ; la ville voisine d’Obernai prit progressivement l’ascendant sur sa rivale de toujours pour s’imposer comme le nouveau pôle d’attraction de cette région.

Aujourd’hui, le promeneur féru d’architecture peut flâner dans le centre historique de cette ville pour y admirer l’Hôtel de Ville datant du XII° siècle, de nombreuses maisons de style Renaissance et deux édifices religieux, le Temple Saint Martin dont le clocher date de l’époque romane et l’église catholique (XIX° siècle) qui se trouve au pied du fameux Clos Zisser.


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Des rues pavées et de vieilles maisons alsaciennes.

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Le Temple Saint Martin au pied du Kirchberg

 

 

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L’église catholique au bas du Clos Zisser.


La Folie Marco, un ancien hôtel de style Louis XV, est actuellement un Musée dédié au mobilier bourgeois alsacien : ancienne demeure du bailli Louis Félix Marco, elle fut qualifiée de Folie parce ce que sa construction a ruiné son propriétaire.

 


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Le Musée de la Folie Marco.


Le touriste plus sportif pourra profiter des magnifiques sentiers pédestres balisés dans cette région notamment autour du Mont Sainte Odile avec le célèbre Mur Païen. Grimpeurs et vététistes trouveront également de nombreux sites pour donner libre cours à leurs passions.
Même si Barr ne compte qu’une poignée de domaines viticoles, l’œnophile trouvera un nombre considérable de belles adresses sur place et dans les villages environnants : Mittelbergheim, Andlau, Heiligenstein…autant de noms qui sentent bon le bon vin ! Le sentier viticole est aménagé pour permettre une découverte in-situ de ce vignoble et du Grand Cru Kirchberg de Barr et un très intéressant sentier géologique nous fait voyager à travers l’histoire complexe de la formation de l’Alsace sur un parcours d’une quinzaine de kilomètres.

 

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Leçon de géologie in situ pour randonneurs chevronnés (15 km et 600m de dénivelée quand même…)


Le programme des festivités locales laisse une large place au vin en proposant chaque année une Foire aux Vins (durant la semaine du 14 juillet) et une Fête des Vendanges (le premier week-end d’octobre).


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Rue pittoresques, maisons typiques…et le Kirchberg à l’arrière-plan.
 

 

 

 

Le Grand Cru Kirchberg de Barr se situe à l’est du massif du Champ du Feu sur le versant d’une colline sous-vosgienne qui domine Barr. Les parcelles classées s’étendent sur un coteau abrupt (des pentes de 30° par endroits) qui tombe au pied de la ville.

 

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Dans le secteur ouest du Kirchberg, une pente à près de 30° qui plonge vers la ville.

 


Le Kirchberg de Barr possède une superficie totale est de 40,63 hectares, son altitude se situe entre 215 et 350 mètres et l’orientation générale est sud/sud-est.


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Le Grand Cru dont la limite basse arrive jusqu’aux premières maisons de la ville de Barr.
 

 

 

Le Kirchberg, qu’on traduit littéralement par « montagne de l’église » doit son nom à la Chapelle Saint Martin jadis érigée au sommet de la colline. Même si ce terroir est naturellement protégé des vents d’ouest par la barrière des Vosges et des vents du nord par la forêt qui coiffe la colline, d’aucuns continuent de penser qu’en ce lieu où le soleil brille plus qu’ailleurs le saint protecteur y serait pour quelque chose.

 

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La partie centrale du Grand Cru : des terrasses pour maîtriser la pente.

 

 

Sur le plan géologique ce Grand Cru fait partie de la famille des terroirs marno-calcaires : inscrit dans le champ de fracture de Barr, il est constitué d’une base complexe de grès calcaires, de marnes et calcaires oolithiques. Dans ses parties supérieure et centrale il est recouvert d’une couche de conglomérats calcaires du Tertiaire, sur les flancs, on trouve davantage de marnes.
Pour les spécialistes, la géologie du Kirchberg est ainsi décrite : « des sols bruns calcaires sur calcaire du Bajocien et marnes du Lias intercalées, avec en amont des sols bruns calcaires sur conglomérat de l’Oligocène » (Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacien – CIVA 1990)

 

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Le sol du Kirchberg : pentu et très caillouteux.
 

 

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Au pied d’un cep dans la partie haute du Kirchberg


Par son orientation, sa pente, son sol caillouteux, sa situation très protégée des intempéries, le Kirchberg de Barr possède un micro-climat très favorable au mûrissement lent mais régulier des différents cépages : la pluviométrie y est faible (700mm/an…proche des valeurs relevées à Toulon) et ce sol peu profond, assez caillouteux capte et emmagasine la chaleur pour créer une ceinture chaude autour des vignes.

 

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Une parcelle de vieux ceps récemment taillés au dessus du Clos Gaensbronnel.
 

 

 

Sur le plan historique, les vignes de Barr sont mentionnées dès le VIII° siècle sur un document émanant de l’Abbaye de Fulda. Cette abbaye du centre de l’Allemagne est aux vins du Rhin ce que Cîteaux est à la Bourgogne : elle a eu une influence déterminante sur la délimitation et la reconnaissance des grands terroirs alsaciens, dont le Kirchberg et bien d’autres.
Au XVI° siècle Barr était une cité viticole importante avec 600 viticulteurs qui vivaient du fruit de la vigne. Le clocheton qui surmonte l’Hôtel de Ville était jadis destiné à prévenir de l’arrivée d’un acheteur de vin dans la ville.

 

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L’Hôtel de Ville et son fameux clocheton



Le Kirchberg était un lieu-dit connu et apprécié dès 1760 mais, bien avant d’être officiellement choisi pour entrer dans le classement des Grands Crus alsaciens, ce terroir a surtout bénéficié de la réputation des 2 Clos qu’il englobe :
-    le Clos Zisser : d’une superficie de 4,5 ha., il appartient à la famille Klipfel depuis 1830.
 

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Désherbage un rang sur deux sur le Clos Zisser

 

-    le Clos Gaensbronnel : il est situé au bas du Kirchberg et doit son nom à la statue de la fontaine de l’oie (Gaensbronnel en alsacien).

 

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La partie centrale du Clos Gaensbronnel

 

 

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La fontaine Graensbronel : ne la cherchez pas près du clos éponyme, elle se trouve en face du Musée de la Folie Marco et donc près du Clos de la Folie Marco…bizarre !
 

 

En 1906, même si le nombre de viticulteurs avait bien diminué (il en restait 165), Barr faisait encore honneur à son rang de capitale vinicole du Bas-Rhin en organisant la première Foire aux Vins d’Alsace.
Au cours du XX° siècle, le nombre de vignerons à véritablement fondu comme neige au soleil dans cette ville (il en reste une petite dizaine aujourd’hui), pourtant le Kirchberg de Barr a fait partie des 25 premiers lieux-dits labellisés Grand Cru en 1982…une vraie reconnaissance de la grandeur de ce terroir.

Au niveau de la viticulture, ce Grand Cru, est présenté par S. Dubs comme « spontanément productif » et la nouvelle garde vigneronne de la région s’est rapidement mise d’accord sur l’absolue nécessité de pratiques viticoles rigoureuses et respectueuses de la nature. C’est ainsi qu’une charte de production a été instaurée depuis 2004 pour optimiser les conditions de culture de la vigne : une viticulture raisonnée et plus naturelle pour produire des raisins avec un état sanitaire irréprochable et une maturité complète, tant au niveau des sucres qu’au niveau de la matière végétale (peaux, pépins et rafles).

 

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Une parcelle à l’extrême est du Kirchberg…juste avant une averse de neige.



Les observations effectuées lors d’une longue promenade sur le coteau du Kirchberg révèlent des conduites de la vigne encore très diversifiées : désherbage un rang sur deux chez Klipfel, culture biologique avec travail intégral du sol chez Kleinknecht ou Stoeffler, travail intégral du sol selon la charte Tyflo pour le domaine Hering
En tous cas chaque parcelle est parfaitement soignée par des vignerons qui savent que la réussite de grands vins sur ce terroir demande beaucoup de travail et d’attention.


 
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Un travail du sol plus ou moins profond, toujours un rang sur deux.

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Le gewurztraminer est le cépage emblématique du Kirchberg de Barr : il paraît que c’est sur ce coteau que fut planté le premier pied de gewurztraminer en Alsace. Aujourd’hui encore il reste le cépage le plus répandu sur ce Grand Cru : il occupe 14 hectares et produit des vins opulents, puissamment bouquetés avec des notes de litchis, de roses et d’épices « des vins qui donnent la pleine expression de ce cépage » dira S. Dubs.
Avec une surface de 7 hectares le riesling reste dans l’ombre du gewurztraminer mais a une belle carte à jouer surtout dans les parcelles du haut et du centre du coteau. Les vins produits dans ces secteurs possèdent des olfactions très complexes (fleurs, agrumes confits, fougère, épices…) et un corps gracile qui s’étoffe avec l’âge.
Le pinot gris occupe quelques rares parcelles (5 hectares) où il produit des vins alertes et charpentés qui feront d’excellents compagnons de table.

Le Kirchberg de Barr est un terroir apte a produire des crus d’exception, capiteux et généreux mais souvent fermés dans leur jeunesse, ce sont des vins de garde par excellence « Nous avons des gewurztraminer de 1937 qui sont un véritable régal » affirme Jean-Louis Lorentz-Klipfel, qui sait de quoi il parle puisque les caves du domaine Klipfel abritent une impressionnante oenothèque où reposent quelques vénérables bouteilles des meilleurs millésimes du siècle dernier.


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Un domaine dont les caves recèlent des trésors cachés…


Il est évident qu’un passé aussi prestigieux constitue un défi permanent pour cette dizaine de vignerons qui portent sur leurs épaules le poids de plusieurs siècles d’histoire viticole. Garder la mémoire mais aller de l’avant vers plus d’exigence et de qualité…tout un programme pour la jeune garde barroise…Courage !

 

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Sur les pentes du Kirchberg, un monument en mémoire des grands vignerons de Barr : la reconnaissance pour les hommes qui on œuvré en faveur de la reconnaissance du Kirchberg…quel joli carnet d’adresses !




 



…JEAN-DANIEL HERING

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Le domaine Hering occupe un bel ensemble de maisons alsaciennes entre l’Hôtel de Ville et le Musée de la Folie Marco.


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Le caveau donne sur la route et attire le regard du passant par ses voûtes en grès et ses vitrines où s’exposent quelques unes des prestigieuses références du domaine.


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Jean Daniel Hering me reçoit dans ce bel espace dédié au vin en compagnie de son épouse qui s’occupe en permanence de l’accueil de la clientèle au caveau : une présence capitale lorsqu’on sait que près de 50% de la production du domaine est vendue à une clientèle de particuliers.
« On va profiter du beau temps pour se promener sur le Kirchberg…on sent mieux l’esprit du Grand Cru lorsqu’on s’y trouve »…et me voilà obligé de remettre en cause mon mode opératoire parfaitement rodé depuis 10 visites !
Le questionnement et la prise de notes s’effectue donc in-situ en plein air…je sens que la relecture et la retranscription de mes gribouillages va être compliquée.

 

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Au milieu du Kirchberg, au dessus du « Mairehisel » (la maisonnette du maire), une parcelle de vieux sylvaners (à droite) et de pinots noirs (à gauche) du domaine Hering : un décor splendide pour évoquer le Grand Cru.



Comment définir ce terroir ?

Le premier élément qui définit le Kirchberg est la présence massive de pierres calcaires dans le sol : ce sont des blocs de calcaire oolithique plus ou moins gros que les vignerons sont obligés de sortir de leurs rangs de vigne pour rendre la terre cultivable. Sur ce coteau on trouve partout des « Steinrössel » (des pierrets) véritables murets formés par des fragments de roches empilés entre les différentes parcelles.
 « Mais la définition d’un terroir ne se limite pas simplement à des caractéristiques géologiques », Jean Daniel Hering évoque trois autres paramètres qui ont une importance déterminante dans l’identité du Kirchberg :
-    la forte pente qui permet une bonne captation des rayons du soleil et une évacuation très rapide des eaux de pluie.
-    l’exposition aux vents qui permet de réguler un peu la chaleur et de sécher rapidement l’humidité. « Même si le Kirchberg est protégé des vents trop forts par le relief et les forêts qui le bordent, il y a toujours un peu d’air sur ce coteau ».
-    la très faible pluviométrie « l’Ungersberg est un véritable verrou pour les influences océaniques souvent porteuses de pluies ». Cette montagne qui culmine à 900 mètres constitue un obstacle presque infranchissable pour les nuages venus de l’ouest « en général, les masses nuageuses se déchirent et s’en vont vers Molsheim au nord et vers Epfig au sud »

Bref, avec un sol calcaire « un élément qu’on retrouve dans la plupart des grands terroirs », peu acide « les équilibres des vins se construiront autour de la salinité » et un micro-climat chaud et sec, le Kirchberg de Barr offre « des conditions optimales pour élaborer des vins puissants, charpentés et taillés pour une longue garde ».

Ce Grand Cru a également la particularité d’englober deux clos réputés qui ont fait beaucoup pour le développement de ce terroir :
« le clos Zisser pentu et orienté sud/sud-ouest et le Clos Gaensbronnel moins pentu et orienté sud/sud-est ».
Jean Daniel Hering connaît bien le Clos Gaensbronnel où il récolte son fameux gewurztraminer : « situé dans la partie basse du Grand Cru, le Clos Gaensbronnel possède une terre plus fertile et surtout une source souterraine qui descend du Kirchberg, passe sous le Clos pour faire sa résurgence au niveau de la fontaine un peu plus bas » (voici l’explication de la fontaine Gaensbronnel…). Cette présence d’eau en profondeur constitue un élément de régulation hydrique et thermique mais aussi une réserve d’humidité favorable au développement du botrytis. « un terroir exceptionnel pour le gewurztraminer ».

 

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Le Clos Gaensbronnel en forme de triangle au bas du coteau…plus loin, enclavé entre les maisons on distingue une partie du Clos de la Folie Marco.
 

 

 

Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Contrairement à certaines idées reçues, il n’y pas que le gewurztraminer qui réussit sur ce terroir « Le Kirchberg est très polyvalent, on y produit aussi bien de grands vins secs que de très beaux liquoreux ».
Le domaine Hering possède une parcelle « historique » de vieux sylvaners derrière le Mairehisel, des rieslings, des pinots gris, des gewurztraminers et même une parcelle de pinots noirs depuis 1990. « Nous étions les premiers à planter ce cépage sur le Grand Cru, mais avec ce micro-climat chaud et la présence de calcaire, ce choix était évident »

 

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Une parcelle de rieslings du domaine sur le Grand Cru


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Comme tout terroir calcaire le Kirchberg marque surtout les vins en bouche « sur ce Grand Cru, les vins laissent en bouche une incomparable sensation saline qui transcende chaque cépage ». Quel que soit le profil aromatique ou la nature de son équilibre un cru du Kirchberg se reconnaîtra par sa grande sapidité et ses amers nobles et élégants qui surprennent parfois mais qui laissent au palais une sensation de pureté cristalline et de fraîcheur.
Au niveau aromatique il faut un peu de temps pour que les rieslings et les pinots gris s’expriment pleinement par contre le gewurztraminer parle haut et fort dès son plus jeune âge avec un registre olfactif floral et épicé qui atteint des sommets de complexité après une dizaine d’années de garde.
Le marquage du Kirchberg domine souvent celui du le millésime : « C’est souvent dans les années difficiles, trop sèches ou trop humides, que ce Grand Cru montre sa puissance en produisant des vins qui restent davantage marqués par le terroir que par le millésime ».
 

 

 

Y-a-t-il dans votre mémoire de vigneron le souvenir d’un vin mythique sur ce Grand Cru ?

Thierry Meyer va encore être déçu, mais une fois de plus, nos vignerons ne remonteront pas très loin dans l’histoire du domaine pour trouver leur cuvée coup de cœur : ce sera un gewurztraminer Clos Gaensbronnel 1985 pour madame et un gewurztraminer Clos Gaensbronnel 1998 pour monsieur…
« Un vin abouti qui a atteint sa phase de plénitude aujourd’hui et qui s’exprime avec suavité et élégance ».
Jean Daniel Hering cite également les vins des millésimes 2003 et 2006 qui ont su garder une identité forte malgré des conditions climatiques très délicates : « des 2003 frais et équilibrés, des 2006 mûrs et non dilués…le Kirchberg a justifié son rang ! »


Quelles perspectives pour ce terroir ?

« Aujourd’hui le Kirchberg de Barr est bien mis en valeur par les vignerons locaux mais nous souffrons d’un déficit de notoriété parmi les Grands Crus alsaciens ».
Jean Daniel Hering représentera le Kirchberg au Salon des Grands Crus à Paris en mars mais comme il le regrette « la clientèle qui vient déguster des Grands Crus d’Alsace ne vient pas spontanément vers les vins du Kirchberg de Barr ».
Et pourtant ce terroir a fait la preuve de sa grande valeur depuis des siècles et les vignerons qui le travaillent aujourd’hui ont fait véritablement le choix de la production qualitative en adoptant des pratiques viticoles exigeantes et respectueuses de l’environnement : « Sur le Kirchberg nous nous sommes entendus pour choisir une viticulture propre…Un Grand Cru c’est vivant ! »

 

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Les pentes du Kirchberg vues du bas, près du Clos Gaensbronnel (au premier plan)
 

 

 

Les vins du domaine : quelle conception ?


Crée en 1858 par Emile Gustave Hering, fils d’un pharmacien de Barr, le domaine est aujourd’hui exploité par Pierre Hering et son fils Jean Daniel, représentants de la 4° et 5° génération de la famille fondatrice.
Le domaine exploite 10 hectares sur le vignoble de Barr et environs avec des terroirs remarquables comme le Kirchberg et son Clos Gaensbronnnel mais aussi d’autres lieux-dits qui méritent qu’on s’y intéresse comme :


- le Clos de la Folie Marco : une propriété de la Ville de Barr enclavée entre les maisons de la ville « c’est un terroir dans le prolongement du Kirchberg avec des caractéristiques proches du Grand Cru mais avec une terre un peu plus fertile et un microclimat très protégé des vents qui le rend particulièrement précoce ».


 
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Les rangs de sylvaners du Clos de la Folie Marco
 

Malgré la pression immobilière qui s’accentue de jour en jour, Jean-Daniel Hering continue de défendre son carré de vigne avec ses rangs de sylvaners et de rieslings qui produisent de belles cuvées de vins de fruit qui portent le nom du clos.


- le Rosenegert : une parcelle située en altitude entre des bosquets et des prairies à orchidées entretenues par le Conservatoire des Sites Alsaciens. Défrichée et mise en culture en 1998 elle est complantées avec 5 cépages (50% riesling, 20% de pinot gris, 20% de gewurztraminer, 7% de muscat et 3% d’auxerrois). « C’est un terroir plus tardif avec une belle régulation thermique du fait de l’altitude et de l’environnement boisé ». Cette cuvée est vendue sous le nom du lieu-dit depuis le millésime 2008, « il a fallu laisser le temps à la vigne de s’adapter pour trouver son rythme de croisière et exprimer pleinement ce terroir particulier ».


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Le Rosenegert

 

 

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  A côté du Rosenegert, les techniciens du Conservatoire des Sites Alsaciens défrichent une parcelle que le domaine Hering a mise à leur disposition.
 

 

Au niveau de la viticulture, en tant que membre de l’association  Tyflo, le domaine Hering met en œuvre des pratiques respectant le milieu naturel de la vigne dans une philosophie de développement durable : respect des sols, de la faune utile et des paysages…tout un programme !
En ce qui concerne la viticulture biologique, Jean-Daniel Hering émet encore quelques réserves « le cuivre y est autorisé à des doses trop importantes ; avec Tyflo nous ne refusons pas forcément toutes les molécules de synthèse mais nous limitons l’usage du cuivre à 3kg/ha et par an ».


A niveau des vinifications, les pratiques sont traditionnelles : vendange manuelle, pressurage doux, fermentation sous l’effet de levures indigènes et élevage en foudres pour près de 80% de la récolte. Jean Daniel Hering est un adepte des contenants en bois « le bois permet une micro-oxygénation des vins, très intéressante pour leur équilibre (…) De toutes façons nous les garderons tant que je pourrai me glisser dedans pour les nettoyer »…Enfin une vrai motivation pour garder la ligne !
Le soufre est utilisé sans excès « je fais des allergies pulmonaires au soufre, ça ne m’encourage pas à en abuser dans ma cave (…) mais je considère que c’est un produit nécessaire pour permettre à ma clientèle de garder mes vins quelques années »
 

 

Le domaine Hering propose une gamme de 26 références classées en 5 grandes familles :
 

 

- les vins en litres pour le service au pichet ou la cuisine
 

 

- les vins tradition qui reflètent avant tout l’expression du cépage comme les cuvées « Les Coteaux » ou « Le Clos de la Folie Marco »


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Une des cuvées emblématiques du domaine Hering


- les crémants avec une cuvée traditionnelle et une cuvée prestige « blanc de noirs » élevée 18 mois.
 

- les vins de terroir avec les Grands Crus et le Rosenegert


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La triplette de grands crus

 

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Récemment mise en bouteilles 2010 est le troisième millésime de cette cuvée issue d’une  complantation

 

 

- les vins de collection qui proviennent  du Kirchberg mais sont issus de parcelles sélectionnées ou de vendanges surmûries ou botrytisées.
 

 

Comme nous l’avons déjà vu plus haut cette production s’écoule pour moitié auprès d’une clientèle particulière, 30% part à l’étranger (Europe du Nord, Japon, Etats Unis), les 20% restants se retrouvent dans quelques restaurants locaux et chez des cavistes de la région.


Et dans le verre ça donne quoi ?

Nouvelle incartade dans mon protocole habituel…voilà que mon hôte me propose la dégustation à l’aveugle de 3 références prélevées dans la réserve du domaine.
Je me retrouve donc  face à trois verres mystère avec trois vins à la robe étincelante et dorée…concentration maximale !


Vin 1 : le nez discret s’ouvre sur des notes végétales (gentiane) qui évoluent peu à peu vers de délicats arômes de zestes d’agrumes, la bouche est droite et élégante, les arômes de pomelo se manifestent timidement, la finale est profondément minérale, marquée par de très beaux amers sapides et salivants.
Le millésime signe le nez à l’ouverture mais le cépage et la salinité du grand cru s’imposent progressivement pour construire un très beau vin de terroir. J’ai rapidement reconnu le millésime et le cépage mais j’ai été étonné par l’intensité de la  présence minérale en bouche qui témoigne vraiment de la force du Kirchberg :
Riesling G.C. Kirchberg de Barr 2004

Vin 2 : le nez est intense, complexe, évolutif avec une attaque franche et précise sur la rose suivie d’un festival d’arômes suaves et raffinés, bergamote, girofle, menthe poivrée…, la bouche se montre caressante au début et le registre aromatique gagne encore une peu en richesse mais la finale est marquée par une vibrante minéralité avec des amers nobles qui font saliver et des notes poivrées qui persistent longuement.
Un vin qui allie de façon remarquable puissance et élégance, l’intensité est présente tant au nez qu’en bouche mais la structure minérale confère un équilibre et une race inouïe à cette cuvée dont je reconnais aisément le cépage mais où je me fourvoie lamentablement sur le millésime : 2007 pour la générosité ou peut-être 2008 pour la trame de fond très vive…je suis loin du compte, mais c’est tout à l’honneur de ce vin qui a vraiment gardé une superbe énergie :
Gewurztraminer G.C. Clos Gaensbronnel – Cuvées des Frimas 1998

Vin 3 : le nez est intense et très agréable avec des notes toastées, de froment, de malt et de miel, la bouche est grasse, charnue et puissamment aromatique, le registre du nez se retrouve avec un léger goût fumé en plus, la salinité du Kirchberg vient apporter une touche de fraîcheur et de minéralité en finale ;
Riche mais parfaitement équilibré ce pinot gris est absolument superbe avec cette palette entièrement dédiée aux céréales torréfiées et cette texture riche où le terroir s’impose pour ne laisser aucune place à la lourdeur. Le cépage était facilement identifiable mais l’année est restée un mystère pour moi…une belle impression de jeunesse pour ce vin  vraiment étonnant :
Pinot Gris G.C. Kirchberg de Barr 2001

 

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Jean Daniel Hering qui prépare la dégustation à l’aveugle
 

 

La dégustation se poursuit avec deux vins (très) jeunes :

Gewurztraminer G.C. Clos Gaensbronnel – Cuvées des Frimas 2008 :
le nez est pur, moyennement intense avec un fruité direct et séduisant et quelques touches épicées, la bouche est un modèle d’élégance qui intègre un moelleux très suave et une puissante salinité qui soutient la longue finale.
Un gewurztraminer encore très jeune mais qui s’exprime déjà avec une classe inouïe même si sa structure le destine à une longue garde. Récolté sur le Clos en surmaturité mais sans botrytis ce vin qui se situe dans la lignée du magnifique 98…avis aux amateurs !

 

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Pinot Gris G.C. Kirchberg de Barr VT 2008 : le nez est assez fermé avec de discrètes notes briochées, la bouche est exceptionnelle de densité et d’équilibre, un gras imposant, une présence ample et longue et une salinité finale vraiment sidérante en finale.
Face à la sensation laissée par ce pinot gris on ne peut vraiment qu’être convaincu par la puissance minérale hors norme du Kirchberg : « voilà une preuve de plus de la polyvalence de ce Grand Cru » s’exclame Jean Daniel Hering qui considère ce vin comme une référence qui fera date dans la production du domaine.
La bouteille n’est pas encore au tarif…il va falloir guetter sa sortie pour ne pas rater cette superbe cuvée !

 

 

Pour conclure, un petit bilan sur cette onzième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :


- J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Kirchberg de Barr comme avant !


- Les crus du Kirchberg de Barr se distinguent par leur texture puissamment minérale qui peut parfois leur conférer un toucher de bouche légèrement tannique. La dégustation de 3 vieux millésimes et de 2 vins dans leur prime jeunesse a montré la permanence d’une concentration saline peu commune : la preuve par les papilles que la signature de ce Grand Cru se révèle surtout au palais, sur la finale. Ce caractère nous aide à comprendre comment  un cépage comme le riesling engendre des vins un peu secrets qui s’expriment vraiment après quelques années de garde et surtout comment les gewurztraminers et pinots gris construisent leur équilibre autour de cette exceptionnelle trame minérale.
   
- Comme je m’y attendais un peu, cette nouvelle étape sur mon long périple m’a permis de découvrir un vigneron exemplaire qui travaille sa terre avec passion et respect et conçoit des vins pour qu’ils nous livrent l’expression la plus pure de chaque terroir. La gamme de vins du domaine couvre l’étendue des possibles dans le vignoble alsacien : du simple au complexe, du sec au liquoreux, l’amateur le plus exigeant trouvera à coup sûr de quoi se régaler. Pour être complet il faut également citer le superbe rapport qualité/prix des vins du domaine Hering : avec de délicieux vins de terroir entre 5 et 7 euros, des grands crus sublimes entre 10 et 13 euros et des cuvées d’exception entre 16 et 23 euros toute résistance devient impossible. Vous êtes prévenus !


- Comme je m’y attendais un peu la famille Hering m’a permis de vérifier une fois de plus que la convivialité et la disponibilité des vignerons alsaciens ne sont pas une légende. Mille mercis pour cette belle après-midi !


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Barr, le Kirchberg et sa maisonnette.

 

Vous trouverez deux articles absolument passionants sur ce Grand Cru derrière les liens suivants :

CLIC1 et CLIC2

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 11:29

CHÂTEAU BORDEAUX Tome 1 Le Domaine  – CORBEYRAN ET ESPE



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Enfin une BD française sur le monde du vin !


Après la série des Gouttes de Dieu (à vrai dire je n’ai lu que les 8 premiers…) je suis content de pouvoir feuilleter dans le bon sens un album qui parle de notre breuvage favori.


Dans ce premier opus, où une intrigue complexe est en train de se nouer j’ai particulièrement apprécié la qualité et la précision du graphisme qui fait de chaque vignette une petite œuvre d’art et qui me change des lignes épurées du manga.
Les textes sont de qualité avec çà et là quelques contenus plus pédagogique sur Bordeaux et son vignoble. Bref, même si le thème principal – la jeune et belle novice qui va se démener seule contre tous ses méchants voisins pour redresser un domaine à la dérive – n’est pas d’une grande originalité, je mes suis plongé avec un énorme plaisir dans la lecture de cette bande dessinée…et je guetterai avec impatience la sortie du second volume.

Ce château Bordeaux se déguste avec gourmandise…vivement la seconde cuvée !

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 10:09

Côtes du Ventoux Les Amidyves 2007 – Olivier B à Méthamis

Robe : noire, épaisse et opaque…attention, sommeliers tremblotants et nappes blanches prohibées !!!
Nez : charmeur et évolutif, il séduit à chaque phase depuis l’ouverture sur l’Amaretto jusqu’à son épanouissement sur la violette et le poivre en passant par les fruits rouges confits.
Bouche : la chair est juteuse et gourmande avec une belle mâche mais une trame tannique soyeuse et un élevage qui se manifeste beaucoup plus au niveau de la structure qu’au niveau de la palette aromatique qui reste très pure, la finale est longue et sapide.
Un vin très riche, généreux, solaire qui parvient cependant à garder une belle fraîcheur en bouche tout en offrant une complexité aromatique de très grande classe.
Seul problème : la rencontre avec un charmeur impénitent qui titre 15° peut s’avérer dangereuse…à bon entendeur salut !

     
Riesling Grand Cru Engelberg 2008 – Domaine Bechtold à Dahlenheim

Robe : jaune clair, bien brillant.
Nez : pur et très fin, on y trouve des arômes de pulpe de pamplemousse et des notes de citronnelle sur un fond minéral très puissant.
Bouche : l’attaque est énergique avec un acidité vive, très large qui tend une structure verticale et très solide, comme le nez le laissait présager la finale est longue et profondément saline.
Le millésime et la minéralité de l’Engelberg imposent leurs caractéristiques à ce riesling droit et sérieux…les puristes seront ravis les âmes sensibles devront patienter un peu pour que le temps calme la fougue de ce vin.

 

 

Sancerre La Moussière 2009 – Domaine Mellot à Sancerre

Robe : jaune clair avec des éclats argentés.
Nez : délicate et très élégante, la palette présente de beaux arômes de pêche blanche et de fleurs printanières.
Bouche : l’attaque se montre très caressante sur le gras et une certaine rondeur, l’acidité large du cépage se révèle en milieu de bouche en même temps que les classiques notes de groseille blanche, la finale est citronnée, légèrement vanillée et délicatement minérale.
Un Sancerre avec un équilibre très gourmand où on sent le millésime mais aussi un style privilégiant une expression raffinée de ce cépage…un très beau vin qui se déguste remarquablement bien dans sa jeunesse.


Nuits Saint Georges 1° Cru Les Pruliers 1999 – Domaine Duband à Chevannes

Robe : grenat, moyennement profonde avec des bords orangés.
Nez : beaucoup de classe dans cette palette complexe et évolutive où on passe de notes poudrées, vers des arômes bien épanouis de fruits à noyaux et d’épices (cannelle) complétés par une petite pointe de torréfaction.
Bouche : la matière est opulente mais la charpente est très solide avec une acidité mûre et large et une trame tannique au grain serré et soyeux, le fruité bien expressif est complété par une touche de café fraîchement moulu, la finale longue et finement acidulée est magnifique.
Un vin rare qui dégage une impression de plénitude absolue…un instant de perfection qui vous met presque à genoux. Divin !

 

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Une vigne fraîchement taillée sur les pentes du Kirchberg à Barr

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 20:06

 


La Source des Sens est un superbe hôtel-restaurant situé à Morsbronn, une petite cité thermale au nord de Haguenau, connue des alsaciens pour son parc d’attraction (Didiland) que j’ai beaucoup fréquenté lorsque mes deux enfants étaient plus jeunes.
Prévenu in-extremis par Bruno Schloegel, j’ai réussi à trouver une petite place autour de la table en compagnie de quelques amateurs de vin, de Bruno Schloegel, vigneron  du domaine Lissner à Wolxheim et de François Wilhelm, ambassadeur de la Maison Trimbach de Ribeauvillé.
Le thème de ce repas dégustation proposait d’associer des plats crées par le chef Pierre Weller et des couples de rieslings provenant de ces 2 domaines : le genre de petite compétition bien sympathique à laquelle n’importe quel dégustateur rêve d’assister un jour.

 

 

A l’apéritif :

Crémant brut – Domaine Lissner : le nez est fin et complexe, fruits blancs et petites fleurs avec une petite touche de noix en fond, la bouche est fraîche et bien équilibrée avec une bulle fine, dense et persistante qui donne une texture bien crémeuse au palais, la finale est digeste et légèrement marquée par des notes de fruits secs (noisette, noix).
Resté 10 ans sur lattes et dégorgé il y a environ 2 ans ce crémant est superbe aujourd’hui, avec sa tenue exceptionnelle en bouche, malgré cette petite touche oxydative qui peut déranger les puristes mais qui, pour moi, participe à l’harmonie de l’ensemble.


Pour accompagner les Gambas poêlées à la livèche servies comme en un pot au feu en papillote :

Riesling Rothstein 2007 – Domaine Lissner : le nez est vif et fringant sur les agrumes, le citron vert, la bouche est pointue avec une minéralité raffinée et une profonde salinité en finale.
Riesling Réserve 2009 – Domaine Trimbach : le nez subtil se situe sur un registre floral, l’attaque en bouche est souple, le vin prend son temps pour mettre en place sa structure, la finale possède une belle persistance aromatique.
Le Rothstein s’exprime avec force et sans complexe là où le Réserve reste tout en retenue .. réservé le Réserve ???
Avec le premier vin l’accord se réalise parfaitement dans un équilibre basé sur le contraste avec les saveurs douces et complexes du plat. Le second vin se montre plus complaisant et résonne harmonieusement avec le plat…les deux associations fonctionnent superbement même si personnellement je préfère le premier style.

 


Pour accompagner les Saint Jacques de Saint Brieuc snackées, jus de coques au lait de coco, pomelos et rattes au thym :

Riesling Wolxheim 2008 – Domaine Lissner : le nez assez fermé livre progressivement de délicats parfums d’agrumes et d’herbes aromatiques, la bouche est très vive, la structure est virile, l’équilibre très tonique développe une belle minéralité.
Riesling Cuvée Frédéric Emile 2005 – Domaine Trimbach : le nez est ouvert, complexe et extrêmement raffiné sur le sucre d’orge, la mandarine confite et quelques épices douces, la bouche est sphérique avec un joli gras, une opulence très charmeuse et une finale longue et minérale.
Cette deuxième rencontre avec le Frédéric Emile 2005 confirme l’impression ressentie la première fois…c’est un vin splendide qui s’exprime parfaitement à l’heure actuelle. Le Wolxheim est resté dans l’ombre de ce grand vin…trop jeune mais avec une structure en bouche qui promet.
Sur le plat, les deux vins fonctionnent à merveille : agrumes, épices et aromates, tout est là pour répondre à ce mets extrêmement raffiné…même si je choisirai de déguster le Trimbach seul car dans sa forme actuelle j’estime qu’Il se suffit à lui-même !


Pour accompagner le Bar sauvage en soupe crémeuse au gingembre et citronnelle, nuage de lait de noisettes :
 
Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2005 – Domaine Lissner : le nez est fin et séduisant sur le miel de forêt, la marmelade d’orange, la bouche est joliment posée avec son équilibre bien gras et sa longue finale dont les nuances légèrement caramélisées trahissent une certaine maturité.
Riesling Clos Sainte Hune 2005 – Domaine Trimbach : le nez est racé et d’une grande pureté avec de délicates notes de miel de fleurs, la bouche est droite et ample avec un équilibre très sec et une longue finale saline, un peu tannique.
Le Saint Hune est encore très jeune alors que l’Altenberg semble dans la force de l’âge…en tous cas ces deux vins se ressemblent à l’heure actuelle et entrent tout naturellement en synergie avec ce plat aux nuances extrême-orientales.


Pour accompagner le Sot l’y laisse et Pata Negra sur des gnocchis de charlottes au romarin et émulsion de parmesan :

Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2008 – Domaine Lissner : le nez est pur et discret sur le miel et les agrumes, la bouche est très verticale, peu loquace sur le plan aromatique mais puissamment saline en finale.
Riesling Clos Sainte Hune 2004 – Domaine Trimbach : le nez est élégant et complexe sur le miel, les fruits blancs et quelques épices, la bouche est magnifique, une structure sphérique mais un équilibre sec, une richesse aromatique difficile à décrire et un finale interminable à laquelle de très beaux amers apportent une fraîcheur bienvenue.
Le Frédéric Emile 2004 dégusté récemment avait été décevant, le Saint Hune de ce même millésime est éblouissant…il exprime une forme de plénitude absolue. L’Altenberg jeune et plein de belles potentialités n’a pas résisté face à cette pointure. Le mariage de ce plat avec des rieslings était risqué mais cet accord original a fonctionné correctement avec les deux vins avec un net avantage cependant pour le Saint Hune dont la complexité aromatique a parfaitement répondu aux riches saveurs de cette composition gastronomique.



Pour accompagner la Variation de 3 fromages de chèvre de la ferme d’Obersteinbach :

Riesling Wolxheim 2005 – Domaine Lissner : le nez est bien expressif sur le miel et le coing frais, la bouche est droite avec un équilibre sec et une finale minérale.
Riesling Cuvée Frédéric Emile 1997 – Domaine Trimbach : le nez est discret  mais plein d’harmonie sur les fruits jaunes mûrs, la bouche est très franche avec de jolis arômes de groseille blanche et une finale tendue par une longue acidité.
Le sommelier sert généreusement, les crachoirs sont très loin de moi sur la table et ma voisine est une grande bavarde…mes notes deviennent de plus en plus lapidaires…ces deux vins sont beaux mais face à cet assortiment de fromages aucun accord ne m’a marqué outre mesure.


Pour accompagner les Fruits exotiques en bavarois et carpaccio, sorbet à la grenade :

Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2003 – Domaine Lissner : le nez est expressif sur les agrumes confits, la bergamote, la bouche associe vivacité et rondeur dans un équilibre moelleux léger, la finale est très saline et de belle longueur.
Riesling Cuvée Frédéric Emile VT 2001 – Domaine Trimbach : le nez est torréfié, mûr et très raffiné, la bouche est ample et ronde avec un équilibre construit autour d’une puissante minéralité.
Avec ce dessert qui proposait une véritable bibliothèque aromatique pour rieslings en surmaturité l’accord s’est réalisé sans aucune difficulté. Là ou la cuvée FE s’exprime avec classe et distinction l’Altenberg offre une palette exubérante et gourmande de toute beauté… c’est magique !

 

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Portrait de groupe des victimes de la soirée…

 

Pour conclure :

- Ce retour sur cette belle soirée riche en émotions gustatives intenses m’invite avant tout à redire ma gratitude aux organisateurs : le chef Pierre Weller, son sommelier François Machi et les ambassadeurs des deux domaines viticoles, Bruno Schloegel et François Wilhelm, qui se sont prêté avec beaucoup de simplicité et de générosité à ce petit jeu de du duel amical entre leurs vins.

- Une fois encore le riesling a montré sa grande plasticité gastronomique : la diversité de ses expressions est tellement riche, qu’il peut s’harmoniser avec presque tous les mets…de l’entrée jusqu’au dessert, c’est un compagnon de table idéal !

- Pour les coups de cœur viniques je choisirai dans l’ordre l’Altenberg 2003 pour son équilibre original, le Frédéric Emile 2005 parfait à l’heure actuelle et le Saint Hune 2004 qui a été sans conteste le grand vin de la soirée.

- Enfin, pour revenir sur cette mise en parallèle de vins provenant de 2 domaines que bien des choses séparent (taille, renommée, conception des vins et de la viticulture…), j’ai trouvé l’entreprise osée voire risquée mais au bout du compte, les bouteilles présentées ont bien tiré leur épingle du jeu : les vins de Trimbach ont tenu leur rang face à un challenger contre qui ils avaient finalement tout à perdre, les vins de Lissner ont défendu vaillamment leur identité avec néanmoins pour eux l’avantage d’un rapport Q/P bien plus intéressant (le Saint Hune c’est quand même 10 fois le prix d’un Altenberg…ça fait réfléchir !!!!).

Mille merci à tous !

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 23:22




Pour cette deuxième réunion de la saison 2011 du club AOC nous avons choisi d’associer les 2 thèmes suivants :
- Thème 1 : 7 sylvaners pour réhabiliter un cépage injustement méprisé.
- Thème 2 : 7 crus pour une première visite dans le vignoble des Côtes du Rhône septentrionales.

La blanche plèbe alsacienne suivie de la rouge aristocratie nord-rhodanienne, un programme apparemment très contrasté, à moins que…. !

Les vins de la première série sont servis bouteilles cachées et 2 par 2 et son dégustées et notées à l’aveugle.
Les vins de la deuxième série ont été débouchés 2 heures avant la dégustation et sont servis en carafe 2 par 2, l’appellation est connue des dégustateurs.

Verres INAO.

Soirée Club AOC du 4 février 2011 à La Wantzenau



Thème 1 : 7 sylvaners pour découvrir la vraie nature de ce cépage.


Sylvaner 2008 – A. Metz à Marlenheim : le nez s’ouvre sur des notes de levure, de pâte à pain crue avant de laisser apparaître un fruité discret, la bouche est simple, assez plate et un peu insipide au bout du compte.
Un vin pas désagréable produit par une grosse maison de négoce…sans défaut rédhibitoire mais finalement sans grand intérêt.

Sylvaner Vérité 2009 – E. Loew à Westhoffen : le nez est net et bien expressif sur les fruits blancs (poire fraîche) et le froment, la bouche est charnue avec du fruit, un joli gras mais une finale un poil trop chaude même si quelques beaux amers laissent deviner un beau marquage minéral.
Cette cuvée a surpris les habitués du domaine Loew…l’équilibre trop chaud ne semble pas correspondre au style de la maison. Personnellement j’ai bien aimé la franchise du registre olfactif mais en bouche l’ensemble manquait une peu d’équilibre… riche, trop riche pour un sylvaner (14°, 2g de SR).

Sylvaner Vieilles Vignes 2008 – J.L. et F. Mann à Eguisheim : le nez est fin et bien complexe avec des notes briochées et légèrement fumées, la bouche est ample, élégante et dotée d’une belle persistance aromatique.
Beaucoup de finesse et d’équilibre pour ce sylvaner rudement bien balancé…difficile de résister à son charme direct et juvénile (12°5, 4g de SR).

Sylvaner Grand A du petit Léon 2009 – R. Schmitt à Bergbieten : le registre et l’exubérance du nez font immédiatement penser au sylvaner de Loew avec un soupçon de complexité supplémentaire et quelques notes minérales qui pointent en fond, la bouche est ample avec du gras et une puissante minéralité, la finale est très belle avec des arômes de pamplemousse et une salinité qui persistent longuement.
Vendangé sur le Grand Cru Altenberg de Bergbieten sur un millésime très chaud ce sylvaner impressionne par sa puissance et son équilibre : un peu hors norme, ce sylvaner est très loin du modèle classique et demandera des mets plus élaborés comme compagnon de table…mais au bout du compte, quel régal !

Sylvaner 2008 – Clos des Capucins à Kaysersberg : le nez est discret et élégant sur la pomme et les fleurs blanches, la bouche est droite et tendue par une belle acidité, la finale longue et profondément minérale révèle quelques amers très raffinés.
Moins baroque et plus typé sylvaner que le précédent, ce vin possède néanmoins une personnalité affirmée et une grande noblesse…La classe !

Sylvaner Sono Contento 2008 – A. Seltz à Mittelbergheim : le nez est discret avec d’élégantes notes végétales (herbe coupée, foin), la bouche est bien nette avec du gras, de l’ampleur et une vraie tension, la finale est puissante et épicée (poivre blanc).
Incontournables dans toute série de sylvaners qui se respecte les vins d’Albert Seltz sont un peu à son image : hauts en couleurs et forts en gueule. Cette cuvée pleine de fougue ne déroge pas à la règle…Jolie bouteille !

Sylvaner Bollenberg 2009 – F. Schmitt à Orschwihr : le nez est intense mais le registre est étrange, on y rencontre des notes de café, de cuir, de sueur…qui dominent longtemps un fond délicatement exotique, la bouche est très ronde avec un moelleux très présent, la finale est plus fringante et plus pure sur le plan aromatique avec un joli fruité exotique et une délicate amertume.
Un vin avec une matière très généreuse mais qui cherche encore son équilibre (et peut-être son style) à l’heure actuelle. Après un 2008 époustouflant dans sa prime jeunesse ce sylvaner 2009 nécessitera quelques années de garde pour exprimer sa vraie personnalité.

 

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La série de sylvaners au complet.
 

 

Pour conclure :

- Originaire d’Europe centrale et issu d’un métissage entre le traminer et l’autrichien blanc, le sylvaner dont le nom est associé au pays de Dracula (la Transylvanie) occupe moins de 10% de la surface du vignoble alsacien. Habituellement planté sur des terroirs peu prestigieux ce cépage donne souvent des vins dilués sans personnalité et sans grand intérêt pour l’œnophile. Mais lorsqu’un vigneron décide de travailler ce cépage sur de belles parcelles en appliquant des méthodes culturales et des pratiques œnologiques exigeantes, il peut réussir des sylvaners qui teindront leur rang au milieu des grands vins blancs de la région.

- Même si certaines cuvées très typées ont un peu déstabilisé les dégustateurs de ce soir on peut néanmoins affirmer que le groupe a été séduit par le haut niveau de qualité de cette série. Ceci dit, méfiance… un sylvaner de terroir ne rentre plus forcément dans le registre du vin de soif, léger et désaltérant, qui se plaît en compagnie de poissons grillés, de fruits de mer ou de choucroute.
La plupart des vins de cette série sont à réserver pour des associations gastronomiques plus raffinées : poissons cuisinés, viandes blanches…

- Pour ce qui est du coup de cœur personnel : le couple Grand A 2009 du domaine Schmitt et Sylvaner 2009 du Domaine Weinbach a montré les deux visages de ce cépage dans des expressions proches de la perfection…Bravo !

- Comme le dit le père d’Agathe Bursin le sylvaner et un révélateur de terroir hors pair « si tu veux connaître la valeur d’un terroir, plante du sylvaner. Si le vin est grand, c’est un grand terroir, sinon laisse tomber… »…
Comme je le dis depuis pas mal de temps, si on veut connaître la valeur d’un vigneron il faut jauger la qualité de ses crus d’entrée de gamme : en Alsace le sylvaner est pour moi un repère incontournable pour étalonner le niveau d’une gamme dans un domaine viticole…pensez-y quand vous irez déguster des vins chez un vigneron, ne vous précipitez pas sur les grandes étiquettes mais laissez vous le temps de vous imprégner de l’esprit de la maison en vous intéressant de près aux noms moins prestigieux…c’est imparable !
 

 

 

 

Thème 2 : petit parcours de découverte des Côtes du Rhône septentrionales.


Crozes Hermitage 2008 – Domaine des 7 chemins à Pont de l’Isère : le nez est ouvert et séduisant sur les fruits noirs mûrs (cassis, griotte), la vanille et les épices douces, la bouche est charnue, gourmande avec un fruité puissant, une touche boisée très fine et une finale longue et savoureuse.
Ce vin flatteur au nez et caressant en bouche est issu de vieilles vignes de syrah (plus de 30 ans) et élevé un an en barriques de 1 à 4 vins…une entrée très réussie dans cette grande région viticole. Si la suite est du même tonneau, on va se régaler !

Saint Joseph Cuvée du Prieur 2008 – Domaine Novis et Chapas à Saint Pierre de Boeuf : le nez est ouvert et très complexe avec des notes de fruits noirs, de violette et d’épices, la bouche est ronde et soyeuse, la texture est très charnue et la finale possède une belle richesse aromatique.
Saint Joseph 2007 – Domaine Souhaut à Arlebosc : le nez intense sur les fruits rouges très mûrs et le fumé évolue doucement vers un registre plus animal (cuir), en bouche la matière est agréable avec une structure équilibrée et un grain tannique très fin mais la finale est un peu fluctuante.
Le millésime est différent certes, mais c’est surtout la conception de ces deux vins qui fait leur identité : d’un côté un Saint Joseph classique très séduisant par son équilibre et son registre très gourmand de l’autre un Saint Joseph plus « nature » (viticulture nature, pas de levures, pas de filtration, peu de SO2…) qui se présente avec un profil plus sauvage…personnellement je suis plus sensible à l’esthétique du premier, mais Il en faut pour tous les goûts !

Cornas Les Grands Mûriers 2008 – Domaine Ferraton à Tain : le nez est riche, très élégant et bien évolutif, on y reconnaît tour à tour des arômes de griotte, de cacao, de pain d’épices, la bouche possède une structure charnue et généreuse avec un fruit très présent, une trame tannique serrée et soyeuse et une grande longueur finale.
Cornas Renaissance 2005 – Domaine Clape à Cornas : les notes de cuir et d’épices donnent à l’olfaction un caractère bien trempé, un peu rustaud mais non dénué de charme, la bouche est en harmonie avec le nez, dense, charpentée et puissamment tannique avec une finale profonde sur la violette et les épices.
« Les Grands Muriers » de Ferraton est un vin issu de vignes en biodynamie et travaillé de façon « moderne », le « Renaissance » de Clape est issu de jeunes vignes (20 ans quand même…) et vinifié de façon très traditionnelle pour une longue garde. Même si le très beau niveau qualitatif de ces 2 Cornas est indiscutable je reste sous le charme du premier : avec le « Renaissance » on sent bien l’enracinement dans le terroir mais avec l’irrésistible gourmandise des « Grands Mûriers » on décolle !

Côte Rôtie Madinière 2005 – Domaine Cuilleron à Chavanay : le nez possède la finesse des vins de noble extraction, fruits rouges frais, épices douces et léger fumé, en bouche la matière est riche et concentrée mais la trame acide et les notes minérales confèrent un équilibre très élégant à l’ensemble, la finale est longue, sapide et d’une fraîcheur réjouissante.
Côte Rôtie 2004 – Domaine Gaillard à Malleval : une bouteille marquée par des notes liégeuses, impossible à déguster ou à évaluer…dommage !
Avec un partenaire non évaluable, le Côte Rôtie de Cuilleron a eu la lourde responsabilité de représenter seul cette grande appellation. Cette cuvée 100% syrah provenant d’un terroir de schiste et élevée 18 mois en barriques est certainement encore bien jeune mais elle se distingue des autres par un surplus de finesse et par cette structure à la fois dense et très aérienne…Mission accomplie !

 

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La série de syrahs du Rhône…la vilaine bouchonnée a été privée de photo !

 

 

Pour conclure :

- cette série laisse une belle impression de plénitude et d’équilibre : ces terroirs des collines qui bordent le Rhône au nord de Valence sont une bénédiction pour la syrah. Ce cépage qui à tendance à produire des vins souvent « too much » dans des contrées plus méridionales trouve ici des conditions géologiques et climatiques qui lui permettent d’exprimer son incomparable finesse : le niveau de cette série a été vraiment superbe et nous a bien sûr donné une irrésistible envie de reprogrammer une prochaine visite dans ce vignoble.

- pour les coups de cœur personnels je retiendrai 2 bouteilles : le Cornas 2008 de Ferraton pour sa tenue irréprochable malgré sa jeunesse et le Crozes-Hermitage 2008 pour son rapport prix/plaisir inégalable (autour de 12 euros la bouteille)…et pour m’avoir réconcilié avec une appellation où l’on commercialise malgré tout pas mal de vins sans grand intérêt.

- ce premier voyage au pays des syrahs rhodaniennes a été une vraie réussite même si cette courte série de bouteilles manquait peut-être un peu de cohérence au niveau des millésimes.
Ce premier point de vue très incomplet nous a cependant donné une furieuse envie d’y revenir bientôt…le programme AOC pour la prochaine saison a déjà trouvé un thème.

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 14:19



Cruel dilemme ce vendredi soir : soutenir notre équipe nationale de handball lors de sa demi-finale des championnats du monde contre la Suède ou accompagner mon pote Jean-Claude à une soirée de dégustation de vins de Hongrie et de Roumanie ?
Calcul rapide, la France joue à 18H et la soirée œnologique se déroule à 19H30 dans un petit village à 20 mn de Strasbourg…ça me laisse le temps de voir une bonne partie de la rencontre, grâce aux chaînes de télévision allemandes d’ailleurs, France Télévision ayant brillé une fois de plus par son absence dans la couverture de cet évènement. Notre service public persiste et signe dans la médiocrité de sa programmation, c’est désespérant !
Mais je m’emporte et je m’éloigne du sujet…
Revenons donc à Schaeffersheim un petit village près d’Erstein où Christophe Lasvigne attend les membres du club des « Hydropathes » dans son « Théâtre du Vin ».


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Lorsqu’on ouvre la vieille porte en bois qui coince pour rentrer dans cet espace de dégustation on se rend immédiatement compte que l’appellation n’a pas été choisie par hasard : notre hôte a vraiment transformé une ancienne salle de spectacle en petit caveau où il présente et fait déguster les vins qu’il commercialise.

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La scène du Théâtre du Vin

 

 

Christophe Lasvigne est un infatigable arpenteur des vignobles du monde, toujours à la recherche du produit qui saura le séduire par sa qualité et son originalité.
Il explique sa démarche très simplement : « j’aime bien les moutons à 5 pattes…je recherche des vins de qualité mais avec une personnalité forte et je suis particulièrement intéressé par les cépages autochtones de chaque région viticole ».
Son discours sur le vin est riche et solidement documenté, l’auditoire est rapidement captivé par sa verve et son enthousiasme…nous voilà partis en sa compagnie vers l’Europe centrale.

 

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Christophe Lasvigne en pleine séance de dégustation commentée.


La dégustation débute par 2 vins blancs secs, se poursuit par 2 vins rouges et se termine par une série de 5 vins moelleux.


Les blancs secs :


Terra Romana Milenium 2007 : un vin blanc clair, discrètement citronné, léger et agréable à boire même s’il manque un peu de chair en bouche.
Ce domaine situé en Roumanie, au nord-est de Bucarest, régi par des viticulteurs corses, produit de nombreuses cuvées dans les 3 couleurs. Cette entrée de gamme en blanc, issue d’un assemblage de sauvignon et de riesling se déguste sans déplaisir…mais manque vraiment de caractère à mon goût !

Tokaji Dry 2009 – Chateau Dereszla à Tokaj : une cuvée au nez expressif et gourmand sur les agrumes avec une bouche ample, bien équilibrée et une finale assez longue, délicatement amère et finement aromatique sur le citron et les épices.
Un très beau vin blanc avec une chair mûre et savoureuse, issu d’un assemblage des 3 cépages principaux de cette célèbre région viticole hongroise : furmint, muskotaly et harslevelü.
Ce grand domaine situé au cœur de l’appellation Tokaji produit un nombre impressionnant de cuvées et constitue le fournisseur attitré de vins hongrois de Christophe Lasvigne.
 

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Les 2 premiers vins blancs secs et le 1/2sec qui va débuter la 3° série.


Les rouges :


Portugieser 2007 – Gere Attila à Villany : un nez intense et charmeur avec un fruité mûr bien expressif et quelques notes d’épices douces, la bouche est équilibrée et bien fraîche mais manque un peu de corps et de tenue.
Moins réputée que Tokaj, Villany est une région viticole de Hongrie située au sud, près de la frontière croate. Gere Attila qui possède 45 ha de vignes dans la région est une référence reconnue par tous. Cette cuvée d’entrée de gamme, issue du cépage « blauer portugieser » (le portugais bleu, originaire d’Europe centrale comme son nom l’indique !!!), flatte le nez mais ne tient pas ses promesses en bouche…facile et gouleyant, pourquoi pas ?


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Terra Romana Feteasca Neagra 2008 : un nez intensément fruité et bien complexe où on reconnaît la griotte, les épices et un peu de violette, la bouche est riche et charnue, la finale fraîche et discrètement poivrée possède une longueur appréciable.
Complexe au nez et bien velouté en bouche ce rouge complet et plein de charme est une belle réussite…en plus, il se vend à moins de 10 euros… là c’est difficile de résister !


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Les vins blancs moelleux :


Tokaji Napos 2007 – Château Dereszla à Tokaj : le nez est richement fruité et la bouche possède un équilibre frais et une finale délicatement acidulée.
Ce vin blanc qualifié de demi-sec (11°5 et 17g de SR), issu d’un assemblage de furmint et de muskotaly se montre plaisant et facile d’accès…en plus, à moins de 7 euros, le rapport Q/P est remarquable.

Tokaji Muskotaly 2007 – Château Dereszla à Tokaj : le nez est discret et raffiné avec un fruité léger et de belles notes florales, la bouche d’une rondeur avenante avec un gras très présent mais la finale manque de vivacité.
Le cépage s’exprime dans un registre bien connu des palais alsaciens dans ce vin demi-sec (13° et 20g de SR) qui brille par une belle palette aromatique mais qui manque un peu de structure.

Tokaji Furmint V.T. 2003 – Château Dereszla à Tokaj : le nez est puissant et complexe sur les agrumes confits, le miel, la gelée de coing et un léger fumé, la bouche est large, agréablement moelleuse avec un joli gras mais sans lourdeur aucune, la finale est fraîche et finement amère.
La vendange tardive est un procédé inhabituel dans le vignoble de Tokaj…dommage car ce blanc moelleux (11°5 et 35g de SR) est un véritable régal !

Tokaji Aszu 3 Puttonyos 2006 – Château Dereszla à Tokaj : le nez est discret, complexe, chargé de mystère, il y a des épices, du sous-bois et un fumé délicat, la bouche est très franche avec une attaque vive, un beau volume et un gras sensible, les arômes assez réservés au nez s’expriment ici avec force et longueur, le retour acide laisse une belle impression de fraîcheur en finale.
Ce vin séduit par sa complexité aromatique et son équilibre qui reste tonique malgré une belle richesse (12° et 90g de SR)…la signature d’un grand vin !

Tokaji Aszu 5 Puttonyos 2000 – Château Dereszla à Tokaj : le nez est exubérant et charmeur sur le raisin de Corinthe, les agrumes confits et les épices, la bouche offre un toucher très glycériné mais l’acidité pleine et longue soutient parfaitement la structure de ce vin dont la palette puissante et complexe s’étire longuement en finale.
Noté 95 par Bob et cité dans les 100 meilleurs vins du monde, ce petit bijou d’une richesse aromatique rare, sait allier une matière riche et grasse (12°5 et 150g de SR) et une structure acide bien droite et bien présente…Remarquable !


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Un quatuor bien sympathique…



Pour conclure :

- cette séquence parfaitement orchestrée (ou mise en scène, puisqu’on se trouvait dans un théâtre…) par Christophe Lasvigne m’a permis de faire mes premiers pas dans des régions viticoles que je ne connaissais que très peu : j’ai appris, le verre à la main,  qu’on produisait des vins tout à fait honnêtes en Roumanie et que le vignoble hongrois recelait de véritables trésors.

- la dégustation des crus du domaine Terra Romana a révélé des vins simples mais francs et celle des vins du Château Dereszla nous a montré une gamme dont la qualité pourra convaincre l’amateur le plus exigeant.

- pour les coups de cœur de cette série je choisirai le rouge de Terra Romana pour sa simplicité bonhomme et sa gourmandise et bien évidemment l’incontournable Azsu 5 Puttonyos du Château Dereszla, un élixir qui transforme toute dégustation en instant inoubliable…

- en terme de vin, je dois reconnaître un coupable penchant pour les produits français : effet d’un certain chauvinisme, peut-être…conséquence d’un manque de connaissances, sûrement ! Ceci dit, avec la richesse et la diversité de notre vignoble, il y déjà de quoi bien remplir la vie (et la cave) d’un honnête homme.
Pourtant, lorsqu’on se trouve en présence d’un guide de la trempe de Christophe Lasvigne, on lâche facilement nos repères hexagonaux pour l’accompagner dans d’autres contrées viticoles et découvrir la vraie universalité de la culture du vin. Ce fut un très beau voyage…Merci !
Bravo et merci à tous ceux qui ont œuvré pour nous régaler ce soir.

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 08:13


Côte Rôtie 2003 – Domaine Levet à Ampuis

Robe : pourpre dense, quasiment opaque avec des bords légèrement orangés.
Nez : riche et complexe il évolue entre réglisse, café, violette pour se fixer sur une belle palette sur les fruits rouges à l’eau de vie et l’amande douce.
Bouche : l’attaque est très pointue mais dès le milieu de bouche le vin s’épanouit avec une structure ample et un toucher très velouté, la finale très longue est marquée par un joli fruit qui répond à une minéralité bien présente.
Un vin riche mais très digeste qui offre une palette aromatique d’une complexité rare…un beau Côte Rôtie !


Gewurztraminer Grand Cru Ollwiller 2007 – Domaine Brucker à Wuenheim

Robe : jaune prononcé, bien brillant.
Nez : épanoui et très franc il est entièrement dominé par de puissants arômes de litchis à l’ouverture, l’aération apporte davantage de complexité à la palette avec des notes de raisin sec et d’épices (cumin, poivre blanc).
Bouche : la matière est généreuse, les arômes de raisins secs et de tabac blond se développent, une fine acidité se manifeste en finale mais l’équilibre général reste un poil trop chaud à mon goût.
On sent vraiment le potentiel de ce Grand Cru sur ce gewurztraminer mais l’ensemble manque encore un peu d’élégance pour prétendre intégrer la famille des très grands vins d’Alsace.


Meursault Vieilles Vignes 2008 – Domaine Buisson-Charles à Meursault

Robe : jaune pâle avec beaucoup d’éclat.
Nez : peu causant à l’ouverture, il se livre peu à peu avec de discrets arômes floraux complétés par de belles évocations minérales sur la pierre à fusil et la craie.
Bouche : l’acidité se manifeste de façon assez tranchante dès l’attaque mais le gras et la soie de cette matière bien riche donnent à la structure un équilibre très gourmand dès le milieu de bouche, la finale est longue et complexe avec des notes de miel et d’abricot frais.
Evidemment jeune, trop jeune…mais cette bouteille me faisait de l’œil depuis le retour de mon périple estival en Bourgogne. En ce début d’année, j’ai cédé à la tentation et je n’ai pas été déçu : ce vin sera plus expressif dans quelques années mais il se boit déjà avec grand plaisir à l’heure actuelle…Bonne pioche au bout du compte !


Riesling Z 2008 – Domaine de l’Oriel à Niedermorschwihr

Robe : jaune franc, très brillant.
Nez : pur et direct avec un fruité juvénile et charmeur sur l’ananas frais et les agrumes biens mûrs.
Bouche : l’attaque est souple, le vin se montre caressant avec du gras, de la richesse et un fruité d’une exceptionnelle gourmandise, la belle acidité caractéristique du millésime se manifeste dès le milieu de bouche et la minéralité du Sommerberg pointe discrètement en finale.
Issue d’une très jeune vigne sur la partie sommitale du Grand Cru Sommerberg (une vigne trop jeune pour prétendre à l’appellation G.C.), cette cuvée me fait littéralement craquer à chaque dégustation. Même si le terroir reste très discret, presque inaudible le cépage est véritablement magnifié…une sorte de quintessence de riesling.


Saint Véran Climat La Côte Rôtie 2008 – Bret Brothers à Vinzelles

Robe : jaune clair étincelant.
Nez : fin et bien ouvert, il livre de jolis arômes de citron, de zestes d’agrumes complétés par une pointe exotique avec de l’ananas frais et quelques notes vanillées.
Bouche : l’attaque surprend par son acidité tranchante, le gras se manifeste progressivement pour construire un équilibre tonique et gourmand, la longue finale revient sur le fruité accompagné de notes de craie et de pierre.
Quoique fidèle à son millésime par une structure très droite, ce Saint Véran se montre déjà très avenant aujourd’hui…j’ai comme le pressentiment qu’il ne vieillira pas trop longtemps dans ma cave !!!!

 

 

Pinot Noir Barrique 2007 – Domaine JM Bernhard à Katzenthal

Robe : rubis assez clair avec une frange qui trahit une certaine évolution.
Nez : ouvert et complexe il évolue d’un fruité mûr (fruits rouges confits) avec quelques notes florales sous-jacentes vers une palette plus tertiaire sur le jus de viande épicé.
Bouche : la structure est assez virile mais pas austère, la mâche est fine, la chair généreuse et la finale pas trop longue a su garder une belle fraîcheur.
Récolté sur les pentes granitiques du coteau Hinterburg ce pinot noir séduit par sa belle matière, son élevage tellement bien intégré qu’il en est devenu imperceptible (il n’y plus que l’étiquette qui le rappelle…). Gourmand sans chiqué…miam !

 

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Deux très vieux ceps en hiver sur le Kirchberg de Barr : la nature au repos...

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 17:04

 

 

 

A peine une semaine après les festivités de fin d’année nous voilà à nouveau réunis pour célébrer la dive bouteille… pas de répit pour les braves du club AOC !

Le club restructuré comprend maintenant 10 membres permanents dont 9 sont présents ce soir pour étudier les 2 thèmes choisis :


- Thème 1 : 6 rieslings 2005 – retour sur un grand millésime
- Thème 2 : 7 beaujolais 2009 – un premier voyage parmi quelques crus réputés

Les vins de la première série ont été débouchés une heure avant la dégustation et sont servis 2 par 2, bouteilles cachées.
Les vins de la deuxième série sont également servis à l’aveugle.

Verres INAO.

Soirée Club AOC du 8 janvier 2010 à La Wantzenau



Thème 1 : retour sur des rieslings 2005


Riesling Muhlforst – V. Stoeffler à Barr : le nez est discret et très mûr avec des notes de citron, de verveine, légèrement biscuitées, la bouche est charnue, ronde et gourmande, une acidité bien large s’impose et se conjugue à une belle salinité pour offrir une finale fraîche et salivante.
Vincent Stoeffler a son domaine viticole à Barr mais exploite quelques belles parcelles de vignes à Ribeauvillé, comme le Muhlforst. Ce terroir marno-calcaire a généré un beau riesling de terroir qui a profité de ces quelques années de garde pour gagner en complexité et en minéralité.

Riesling Brandluft – Rietsch à Mittelbergheim : le nez est vraiment bizarre sur des agrumes très (trop) mûrs, des notes végétales d’humus et de sous-bois, du poivre blanc…, la bouche est dans la même ligne, une acidité pointue, pas mal d’amertume, un milieu de bouche un peu aqueux et une finale très poivrée.
Même s’il montrait déjà une personnalité originale, ce riesling issu d’un terroir argilo-calcaire, se tenait plutôt correctement il y a deux ans…aujourd’hui ce vin a raté son examen de passage : problème de bouteille ou vraiment trop évolué, en tous cas très peu de plaisir à la dégustation, dommage !

Riesling Grand Cru Rosacker – Sipp-Mack à Hunawihr : le nez est assez discret mais très fin, on y sent de belles notes florales et une certaine maturité, la bouche est ronde, agréablement aromatique, le manque de tension qui marque le milieu de bouche est rapidement rattrapé par une finale bien longue, saline agrémentée de nuances épicées et légèrement fumées.
Un petit excès de richesse donne l’impression d’un milieu de bouche un peu trop mou mais la qualité des arômes et le retour minéral en finale compensent largement cette petite faiblesse…un bien beau riesling au bout du compte !

Riesling Jubilée Hugel - Hugel à Riquewihr : le nez est discret sur les fleurs et les herbes aromatiques, la vivacité en bouche donne un équilibre viril voire rustique à la l’ensemble mais la finale est belle et racée, avec une salinité qui signe sans conteste une noble origine.
Issu du GC Schoenenbourg ce vin pur mais sans grande fantaisie est à réserver aux adeptes de rieslings droits et austères…trop monolithique pour moi !

Riesling Grand Cru Engelberg – Pfister à Dahlenheim : le nez est superbe de finesse et de complexité, citron mûr, fleurs blanches avec des notes biscuitées et poudrées…la gamme aromatique est impressionnante, la bouche n’est pas en reste avec son acidité citronnée bien droite, ses nuances d’herbes aromatiques et sa belle salinité finale.
Un riesling exceptionnel à maturité…quand on arrive à saisir cet instant la magie opère et le moment est inoubliable. Une grande réussite !

Riesling Steinacker – L. Sipp à Ribeauvillé : le nez est pur et fin avec de subtiles notes d’agrumes frais, d’herbes aromatiques et de miel, la bouche possède une structure souple mais bien, la finale est fraîche et délicatement saline.
Issu d’une parcelle très caillouteuse ce riesling n’a pas du tout démérité face au précédent…le signe évident qu’il y a encore bien des terroirs prestigieux à mettre en valeur dans notre région.


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La série de rieslings 2005 dans l’ordre de dégustation.



Pour conclure :

- comme j’ai déjà pu le vérifier au cours des derniers mois avec quelques 2005 qui m’ont fait une très belle impression, les crus alsaciens de ce millésime semblent parfaitement épanouis en ce moment. Les vins ont vraiment gagné en expressivité et en qualité de structure depuis la première dégustation sur ce thème il y a 2 ans.

 - La seule fausse note de la série a été jouée par le riesling Brandluft : le mystère autour de cette cuvée s’est encore un peu épaissi avec ce flacon…je vais aller me renseigner auprès de son concepteur pour trouver les clés et comprendre…peut-être ?

- Pour ce qui est du coup de cœur personnel, ce sera sans hésiter l’Engelberg de Pfister : ce vin qui a séduit l’assemblée (c’est rassurant !), m’a particulièrement impressionné par la richesse de sa palette aromatique et par la perfection de sa structure…Chapeau !




Thème 2 : premiers pas parmi les crus du Beaujolais.



Brouilly 2009 – Château Thivin à Odenas : le nez est ouvert et expressif, avec des fruits rouges bien mûrs, la bouche est avenante, de la chair, de la souplesse et une légère rondeur, la finale n’est pas très longue mais sa délicate touche acidulée rend ce vin vraiment gouleyant.
Un Bojo vraiment archétypique qui appelle le saucisson, les rillettes, le pain de campagne et la tablée de copains...un Brouilly qui exprime l’esprit guilleret du gamay comme nulle part ailleurs : flatteur, coulant, d’une amicale simplicité…j’aime !

Côte de Brouilly Clos Bertrand 2009 – Chateau Thivin à Odenas : le nez est un peu mystérieux, un peu réduit à l’ouverture puis discrètement floral (violette) et réglissé, avec quelques notes plus minérales (glaise humide), la bouche est corpulente, la matière est dense et les tannins fins tapissent le palais mais l’équilibre reste bien frais, la finale est longue et délicatement poivrée.
Ce cru dégusté en parallèle avec le précédent montre la puissance du terroir du Mont Brouilly : conçus par le même vigneron et d’appellations voisines ces deux vins n’ont que très peu de points communs sur le plan gustatif. Le Clos Bertrand provient de parcelles situées autour du domaine (partie basse du Mont Brouilly), il est encore très jeune mais sa concentration et sa texture pleine de sève et de soie lui garantissent un bel avenir et des perspectives de jolis accords gastronomiques.

Juliénas Les Crots 2009 – P. Aufranc à Chénas : le nez est discret sur les fruits rouges et la pêche mûre, la bouche possède un équilibre léger et acidulé avec une fine trame tannique et une finale bien longue.
Un Juliénas agréable à déguster sur le fruit dont la svelte silhouette peut faire oublier le millésime…il me semble cependant que ce vin manque un peu de densité pour un cru.

Beaujolais Villages Domaine des Vignes des Jumeaux 2009 – P. Janin à Romanèche : le nez est assez fermé, légèrement réduit à l’ouverture il développe progressivement une palette complexe de fruits noirs (surtout cassis) et de moka, la bouche est opulente et charnue, avec une finale réglissée et fumée, légèrement marquée par l’alcool.
La vigne des Jumeaux est une parcelle située derrière la maison des Janin sur la commune de Romanèche, en 2009 elle a produit un vin atypique par son expression aromatique et sa puissance…un vin qui tient largement sa place parmi au milieu d’une série de crus.

Moulin à Vent Les Thorins 2009 – L. Lardy à Fleurie : le nez discret, un peu végétal à l’ouverture (feuille de cassis) il développe de belles notes de fleurs après aération, la bouche présente une texture soyeuse qui rend le toucher de bouche très agréable, l’équilibre reste léger et aérien, la finale est acidulée et peut-être un peu sèche.
Un Moulin à Vent plutôt sur la dentelle dont la personnalité plus sensible a un peu été écrasée par la générosité exubérante du Morgon auquel il avait été associé…A regoûter avec un partenaire plus conciliant !

Morgon Javernières 2009 – J.M. Burgaud à Morgon : le nez possède la finesse te la classe des grands vins, les fruits noirs, la griotte, quelques épices et une petite touche boisée, la bouche est énorme de concentration, matière généreuse et charnue, trame tannique fine et longue avec une finale qui dure mais dont le caractère légèrement acidulé laisse une jolie sensation de fraîcheur.
Ce Morgon plein d’énergie et de fougue a subjugué l’assemblée par sa grande classe… sur ce lieu-dit situé dans la partie basse de la célèbre Côte du Py, Jean-Marc Burgaud a réussi un vin d’anthologie en 2009. Bravo !

Fleurie Vieilles Vignes 2007 – A. Chambard à Emeringes : le nez est fin, complexe offrant des senteurs florales et quelques notes d’épices raffinées, la bouche est parfaitement équilibrée, gourmande, élégante, profondément aromatique, la finale est longue et bien fraîche.
Une erreur de casting dans une série de 2009 (suite à une erreur d’expédition) bien vite oubliée tant la qualité de ce Fleurie était irréprochable.
Rencontre avec un très beau vin et petit aperçu des possibilités d’évolution de ces crus…une bévue salutaire en quelque sorte !

 

Photo 004-copie-1


La série beaujolaise dans l’ordre de dégustation.


Pour conclure :

- je me suis réconcilié avec le beaujolais depuis le millésime 2007 et la rencontre avec certains grands vignerons cette région. L’immense millésime 2009 a renforcé encore un peu plus mes convictions sur les potentialités de cette région où j’ai commencé à apprendre le vin…il y a bien longtemps hélas !

- sur 2009 les crus du Beaujolais restent d’une approche facile malgré leur densité et leur caractère de vins de garde. J’aime beaucoup l’idée qu’un grand vin puisse se livrer avec simplicité à tous les âges. Ce soir nous étions en présence d’un certain nombre de flacons dont la dégustation appelait plutôt le second verre que le commentaire alambiqué…c’est vous dire l’effort fourni par votre serviteur pour vous livrer ces quelques impressions !

- Pour les coups de cœur : le Fleurie qui a gagné en trichant sur son âge…mais ça n’enlève rien à sa grande qualité et le Morgon de Burgaud qui a montré un niveau et un potentiel hors norme.

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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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