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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 18:00


Cette troisième réunion 2013 de notre club A.O.C. se situe dans la continuité de la précédente en proposant la dégustation de la production d’un domaine du sud de la France et la découverte d’un vignoble étranger à travers quelques flacons emblématiques.
Ce soir, les 13 convives sont invités à se régaler (ou non…) avec 16 flacons choisis pour illustrer les deux thèmes suivants :

1. Les vins d’Ardèche selon Jérôme Mazel

2. Les grands vins blancs autrichiens.

Suite à la présentation d’une cuvée du domaine Mazel lors d’une session A.O.C. consacrée aux rouges d’Ardèche, certains membres ont émis le souhait d’approfondir la visite gustative de la production de ce petit domaine de Pradons. J’ai donc profité de mon séjour estival en Ardèche pour préparer une série presque exhaustive des vins estampillés Jérôme Mazel.
Après une série de vins rouges autrichiens proposée lors d’une autre réunion A.O.C., il m’a semblé nécessaire de compléter la visite de ce pays viticole assez méconnu (surtout en France d’ailleurs…) par la dégustation de quelques pépites blanches nées sur les rives du Danube. Mon récent séjour en Autriche m’a permis de passer chez un grand caviste (Vinoribis à Kampl près d’Innsbruck) pour acheter une sélection de bouteilles suivant les précieux conseils de François, notre spécialiste en vins étrangers.

 

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Le repaire A.O.C. est prêt pour la soirée…

 

Les blancs ont été débouchés juste avant la dégustation et servis 2 par 2.
Les rouges ont été débouchés, carafés et remis en bouteille le matin et servis 2 par 2 le soir.
Les vins des deux séries sont dégustés bouteilles découvertes.

Verres Spiegelau Expert
 

 

 

Soirée Club AOC du 8 mars 2013 à La Wantzenau


Petite bulle préliminaire : Crémant Millésime 2003 – Domaine Bohn à Reichsfeld

 

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Ce crémant qui a passé 9 années sur lattes développe une palette incroyablement complexe qui allie une fine touche oxydative avec des notes de fruits jaunes bien mûrs, de fleurs de printemps, d’épices douces…en bouche la mousse est fine et crémeuse, la matière très vineuse soutient un sillage aromatique très persistant.


Thème 1 : les belles cuvées ardéchoises de Jérôme


Ribambelle 2011 : le nez est net mais assez discret, la bouche est très aérienne et bien glissante avec un fruit un peu plus expressif, la finale est délicatement acidulée.
(13° - assemblage de cépages locaux)
Nature 2011 : à l’ouverture le nez est très marqué par de puissantes notes de zan et par une touche végétale qui manque d’élégance, la bouche est bien équilibrée, le fruit se montre très timidement mais l’aromatique manque quand même de netteté, la finale est marquée par une amertume un peu trop prononcée.
(13°5 – assemblage de cépages locaux – travaillé sans SO2)

 

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La cuvée de rosé qui a arrosé copieusement nos agapes estivales 2012 a fait preuve de beaucoup de retenue ce soir : le vin est agréable, bien fait, gouleyant à souhait mais le fruité est resté beaucoup trop discret à mon goût.
Comme on pouvait s’y attendre, le vin « expérimental » de Jérôme n’a pas manqué de susciter la polémique mais il faut reconnaitre qu’il s’est montré peu à son avantage à l’ouverture. C’est le seul rouge que je n’avais pas ouvert le matin…erreur fatale, car après deux heures de carafe ce vin a vraiment pris son envol en exprimant un fruit très gourmand et en flattant le palais avec sa texture juteuse et détendue. Dommage pour ceux qui n’ont pas pris le temps de regoûter !

 

 

Cœur de Pierre 2011 : le nez s’ouvre sur des notes un peu alcooleuses avant de laisser apparaître de jolis arômes de petits fruits rouges, la bouche est assez riche mais garde une fraîcheur agréable, la fine trame tannique et une acidité bien fraîche portent la structure avec beaucoup d’aisance.
(14°5 – assemblage grenache-merlot)
Magie Noire 2011 : le nez très élégant allie des notes de torréfaction avec une palette fruitée discrète (fruits noirs, mûre, myrtille), la matière est riche et dense avec un toucher très grenu mais l’équilibre reste très gourmand, la finale est longue, fruitée et légèrement épicée.
(14° – 100% syrah)

 

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Ces deux rouges de 2011 se caractérisent par des matières assez dodues soutenues par de belles trames tanniques. Cœur de Pierre est encore un poil marqué par l’alcool mais la cuvée 100¨% syrah est pleinement réussie.
Déjà repérée pour sa belle tenue lors de notre dégustation estivale, la Magie Noire 2011 du domaine Mazel nous a véritablement ensorcelés ce soir.

 

 

Cœur de Pierre 2010 : le nez est intense et s’ouvre sur quelques notes de vernis avant de partir sur une belle palette fruitée, en bouche la chair est généreuse et gourmande, la charpente est solide et la finale encore un peu chaleureuse laisse s’épanouir un très beau fruité.
(14°5 – assemblage grenache-merlot).
Corps et Ame 2010 : le nez est puissant avec une palette complexe sur les fruits noirs, la feuille de cassis et les épices, en bouche l’équilibre est frais et tonique, la matière tannique est fine mais présente, la finale délicatement épicée est très franche et d’une belle fraîcheur
(14° – assemblage grenache-syrah).

 

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Avec un an de vieillissement supplémentaire et un millésime un peu plus frais, Cœur de Pierre commence à montrer sa vraie personnalité mais on sent qu’un peu de garde supplémentaire lui permettra de trouver une patine encore plus élégante.
J’avoue que je n’apprécie pas toujours la cuvée Corps et Ame lorsque je la déguste au domaine mais ce soir de nombreux dégustateurs ont été séduits par la finesse de l’aromatique et la fraîcheur de ce vin.


Alter Ego 2010 : le nez s’exprime avec retenue et distinction sur la croûte de pain, les fruits blancs avant de développer de très belles notes florales (après oxygénation), en bouche la matière est concentrée mais bien équilibrée, l’équilibre est vif et la finale légèrement marquée par le bois reste cependant très digeste.
(14° - 100% chardonnay)
Odyssée 2011 : le nez est étonnamment discret avec une palette classique sur l’abricot et les fleurs (violette, mauve), la bouche est très aérienne  avec une matière fine et bien glissante mais la finale montre déjà des signes de faiblesse…courte et fluette.
(14° - 100% viognier)

 

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Avec les deux blancs secs du domaine (Jérôme Mazel produit encore un viognier moelleux que je n’ai pas inclus dans cette série), c’est de nouveau le monde à l’envers pour moi : le chardonnay que je trouve trop gras et trop boisé en été se présente ce soir avec un équilibre fin et subtil qui me convient parfaitement alors que le viognier très explosif sous le soleil de juillet fait un peu grise mine dans l’hiver alsacien…Etonnant !

 

 

Pour conclure :

- Après les vins provençaux de janvier et ceux du pays des Dentelles en février cette série ardéchoise marque notre troisième incursion successive dans les vignobles sudistes…autant dire que certains palais locaux habitués à des breuvages tranchants comme des lames ont été mis à rude épreuve.
Mais les braves du club A.O.C. n’ont peur de rien !

- Jérôme Mazel fait partie de ces jeunes vignerons ardéchois qui ont fait le choix courageux de l’exigence qualitative dans la conception de leurs cuvées. Il a sélectionné les plus belles parcelles sur les hauteurs de Pradons pour les travailler avec un soin particulier afin qu’elles expriment au mieux leur potentiel. Découverts il y a quelques années, grâce aux conseils éclairés d’un ami œnophile de Vallon Pont d’Arc, les vins du domaine Mazel évoluent année après année en gagnant finesse et précision notamment au niveau des élevages. A suivre bien évidemment !

- Les vins rouges de ce soir se caractérisent par des trames tanniques présentes mais un peu moins sauvages que celles des provençaux de janvier, par une richesse évidente des jus mais sans cette chaleur excessive ressentie sur les cuvées des Beaumes de Venise de février.
Seule la cuvée nature n’a pas été appréciée à sa juste valeur…faute de préparation adéquate. Une fois de plus, mea culpa : plus que tout autre, ce vin aurait du être carafé.
Même s’ils ont un peu dérouté les dégustateurs qui connaissaient un peu les vins de Jérôme, les blancs ont été appréciés pour leur côté léger et facile d’accès.

- Le coup de cœur revient à Magie Noire 2011, réussite majeure sur ce millésime. Bravo Jérôme !

 

 

 

 

Thème 2 : au bord du Danube valsent de jolis vins blancs


Cette série de blancs nous emmène en Basse-Autriche, dans une grande région viticole située à l’ouest de Vienne sur les rives du Danube. C’est dans ce vignoble que les cépages Grüner Veltliner et Riesling engendrent de très grands vins blancs grâce au travail de quelques domaines mondialement connus et reconnus.
Notre voyage gustatif nous emmènera principalement dans la sous-région de Wachau où sont conçues quelques unes des références les plus prestigieuses du pays.

 

Scan

C’est plus simple avec une carte et des couleurs…

 

La première paire de vins est issue du cépage emblématique de l’Autriche, le Grüner Veltliner qui occupe un bon tiers de la surface viticole du pays.
Dans le Wachau les vins sont classifiés en fonction de leur degré alcoolique et de leur grammage en sucre résiduel. On distingue 3 catégories :
- les Steinfelder : vin léger et sec titrant autour de 11° d’alcool
- les Federspiel : vin sec titrant autour de 12°5 d’alcool et avec moins de 4 g/l de SR.
- les Smaragd : vin sec titrant 13° et plus d’alcool et avec moins de 8 g/l de SR.

Gruner Veltliner Donaugarten Steinfelder 2010 – Weingut F. Hirtzberger à Spitz : le nez est ouvert et très expressif sur les fruits bien mûrs (agrumes, ananas, fraise des bois…) avec une petite touche vanillée, la bouche est très gourmande avec un léger perlant qui apporte du tonus à une matière juteuse et fruitée, la finale est assez courte mais très digeste.
Gruner Veltliner Loibenberg Federspiel 2010 – Domäne Wachau à Dürnstein : le nez est frais et bien aromatique sur les agrumes (citron, pomelo), la bouche est vive et pointue avec un joli développement aromatique sur les zestes d’agrumes, la finale est légère mais très franche avec une discrète touche épicée.

 

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Le Steinfelder, issu d’une vigne trentenaire située au bord du fleuve sur un terroir alluvionnaire (« Donaugarten » se traduit par « Jardin du Danube ») est un régal de fraîcheur et de fruit. Le Federspiel qui provient de vignes situées en altitude (420 m) sur un terroir de gneiss, mica, loess et argile montre une personnalité plus raffinée et plus racée tout en restant très accessible.
En tous cas voilà une série qui commence bien !


Pour la seconde paire de vins nous retrouvons avec plaisir un cépage familier, « notre » Riesling, sur le dernier millésime mais originaire de deux sous-régions distinctes mais voisines : Wachau et Kamptal.

Riesling 1000-Eimer-Berg Federspiel 2011 – Domäne Wachau à Dürnstein : le nez est élégant, citronné et finement floral, la bouche possède une silhouette svelte, l’aromatique s’épanouit avec de belles notes de fruits à noyau, l’acidité est fine mais bien présente, la finale est d’une jolie fraîcheur mais souffre d’un léger manque de profondeur.
Riesling Heiligenstein Erste Lage 2011 – Weingut P. Dolle à Strass im Strassertale : le nez possède révèle une palette très classique sur la fleur d’oranger et les zestes d’agrumes complétées par des notes pierreuses, la bouche est ample, dense et très charnue, l’acidité est noble et mûre et la longueur finale est considérable.

 

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Le riesling de Wachau qui vient d’un coteau très pentu et pierreux (gneiss) flatte les sens par sa palette gourmande et son côté avenant en bouche, celui du Kamptal est nettement plus minéral et plus profond…peut-être plus proche d’un riesling alsacien. En tous cas, malgré une vraie différence de style ces deux vins se caractérisent surtout par leur excellent niveau qualitatif. Sehr schön !!!

 

 

Les deux derniers couples seront mixtes : un Grüner Veltliner face à un Riesling.

Gruner Veltliner Hohenberg 2011 – Weingut J. Ehmoser à Tiefental : le nez fin et délicat propose une palette complexe sur les fruits blancs et les fleurs, la bouche est élégante et racée avec une balance parfaite entre richesse (14°- 4,5 g/l de SR) et acidité (5,4 g/l), la finale est longuement aromatique et finement épicée.
Riesling Ried-Loibenberg Federspiel Lage 2011 – Weingut E. Knoll à Unterloiben : très nez est plus riche et bien mûr avec des notes d’agrumes, de fruits exotiques et de citronnelle, la bouche est puissante avec une matière dense et une acidité souple mais très profonde, la finale est longue, saline et légèrement fumée.

 

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Issus tous deux du millésime 2011 ces deux vins assument avec beaucoup de classe leur côté très généreux mais les équilibres sont absolument sublimes et leurs potentiels d’évolution sont incontestables. Absolument superbes !
Le Grüner Veltliner provient de la sous-région de Wagram située à l’est du Kamptal. Récolté sur une parcelle de vignes de 35 ans sur un terroir de loess avec un rendement de 40hl/ha, ce vin blanc a fait l’unanimité autour de la table.
Avec son étiquette improbable la cuvée de la maison Knoll a également été plébiscitée : originaire de la sous-région de Wachau, ce vin nous fait entrer dans le monde des très grands rieslings. Double MIAM géant !

 


Gruner Veltliner Urgestein Terrassen Smaragd 2008 – Weingut F.X. Pichler à Oberloiben : après quelques notes de réduction à l’ouverture, la palette olfactive se déploie tout en finesse avec des notes citronnées, fumées et légèrement tourbées, la bouche est splendide avec une silhouette svelte et déliée, un équilibre évident et une texture soyeuse et bien glissante, la finale très franche est longuement aromatique.
Riesling Kellerberg Smaragd 2011 – Weingut F.X. Pichler à Oberloiben : le nez est riche, mûr et très complexe avec des arômes de citron confit, ananas, d’épices douces sur un fond légèrement minéral, la bouche est ample, profonde avec un équilibre généreux et une aromatique qui envahit le palais pour le monopoliser pendant de longues minutes, la finale est énorme avec des notes fruitées et finement iodées.

 

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Cette série se termine en apothéose avec ces deux cartouches de très gros calibre issues de la production de la maison Pichler, domaine désigné comme étant le meilleur d’Autriche par Robert Parker…rien que ça !
Sur des parcelles très caillouteuses (granit, gneiss et schistes), celui que les œnophiles locaux appellent simplement « Ef-ix », réalise des cuvées exceptionnelles avec une régularité de métronome.
Dégusté dans sa prime jeunesse le riesling nous a bluffés par sa puissance et sa classe alors que le Grüner Veltliner nous a donné une petite idée de la personnalité racée et minérale que le vieillissement révélait sur les vins issus de ce cépage.
Très grande émotion !

 


Pour conclure :

- Après un premier contact réalisé lors d’une session AOC et la découverte du domaine Pichler avec le sommelier de notre hôtel de la vallée du Stubaï, cette session consacrée aux grands vins blancs autrichiens a confirmé qu’on trouve des vins d’exception en Autriche.
Ce constat est moins surprenant lorsqu’on sait que l’histoire de la viticulture autrichienne est au moins aussi ancienne que celle de notre pays : les Celtes avaient introduit la vigne en Autriche bien avant l’arrivée des Romains, Charlemagne lui-même s’est intéressé à ces vins en édictant une règlementation spécifique pour la viticulture et en 1526 on produisait déjà des Trockenbeerenauslesen dans ce pays…

- La Basse Autriche est une terre bénite pour les cépages blancs comme le Grüner Veltliner ou le Riesling et les villages qui bordent les méandres danubiens regorgent de domaines viticoles dont la réputation a déjà largement dépassé les frontières nationales…mais c’est vrai que ces vins peinent à pénétrer le marché hexagonal et sont donc assez méconnus par la sphère œnophile française.

 

header domaene wachau

Paysage viticole du Wachau…joli non !
 

- la série de 8 flacons a marqué les esprits par leur grande homogénéité qualitative : des vins équilibrés, purs et souvent très gourmands qui témoignent d’une maîtrise technique de très haut niveau à la vigne et dans la cave…vivement les prochaines vacances de ski que je refasse le plein !

- Pour le coup de cœur, je mettrai hors concours les deux cuvées de Pichler, excellentissimes mais avec rapport Q/P pas très avantageux du fait de leur tarif très élevé (23 euros le GV 2008 et 53 euros le R 2011)…l’effet Parker sans doute !
Par contre, le Grüner Veltliner 2011 d’Ehmoser à 10,80 euros est un véritable cadeau et le Riesling 2011 de Knoll à 17,80 mérite de garnir les rayonnages de la cave de tout amateur de grands vins blancs secs (malgré l’étiquette… !).

- Evidemment, nous n’en resterons pas là…car dès la fin de la réunion, l’idée d’un prochain thème à vu le jour : match de riesling Alsace/Autriche…rendez-vous en 2014 !

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 14:32



Des obligations familiales m’ayant conduit du côté du sud de l’Alsace je n’ai pas résisté à l’envie de faire une petite halte sur la route des vins pour faire quelques photos et saluer l’un ou l’autre vigneron.
Comme je savais qu’entre Thann et Colmar l’offre d’escapades viniques était vraiment pléthorique, je suis parti de Strasbourg avec déjà une petite idée derrière la tête qui m’a conduit à programmer mon escapade œnophile du côté d’Eguisheim.
La cité du Pape alsacien, que j’ai visitée à plusieurs reprises en 2012 garde toujours pour moi un fort pouvoir d’attraction…c’est parti pour une petite séquence photo sur l’Eichberg, une prise de contact avec Michel Gingliger (Domaine Paul Ginglinger), un nouveau passage sur le Pfersigberg pour voir l’évolution du Clos Lucas conçu par Christian Beyer (Domaine Emile Beyer) et une rapide visite chez ce dernier vigneron afin de récupérer les quelques bouteilles de riesling Grand Cru Pfersigberg 2010 réservées l’année passée.

eguisheimEguisheim vu d’en haut…on ne s’en lasse pas (merci gogol earth)


Avec une météo assez terne et une carte du vignoble qui manque cruellement de précision je suis rapidement contraint d’abandonner mon projet de prises de vues sur le second Grand Cru d’Eguisheim…je reviendrai faires des photos de l’Eichberg sous le soleil !

 

2013 0067Au dessus de l’Eichberg, le village de Husseren les Châteaux dans les nuages

 

 

Malgré la faible luminosité ambiante je décide quand même d’aller faire une tour sur le Pfersigberg voisin pour voir comment a évolué le Clos Lucas depuis ma dernière visite.
Je suis content de constater que le projet de Chistian Beyer a bien avancé : le portail est en place, les délimitations du clos sont nettement dessinées et les jeunes vignes semblent aller pour le mieux au sortir d’un hiver assez rigoureux.
Tout est mis en œuvre pour que, sur ce coteau calcaire aux pentes régulières exposées au sud situé dans le secteur nord du Grand Cru, ce nouveau clos alsacien nous offrira quelques très grandes cuvées…Patience !

 

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Le portail est en place…

 

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…les jeunes vignes se portent bien…

 

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…et les murets de pierres sèches qui étayent les terrassent sont splendides.

 

De retour dans les rues de la vieille ville, où il fait bon se promener, même en hiver, je m’arrête quelques minutes dans le caveau du domaine Paul Ginglinger, histoire de saluer Michel Ginglinger qui me servira de guide dans mon futur travail sur le Grand Cru Eichberg.
Ce jeune vigneron semble particulièrement intéressé par les terroirs d’Eguisheim… c’est tout bon pour moi, vivement notre prochaine rencontre.

A quelques pas du domaine Ginglinger se trouve la maison Emile Beyer avec son caveau flambant neuf, clair, moderne et très accueillant…voilà une restructuration particulièrement réussie !
Comme mes rieslings sont encore stockés dans la nouvelle cave située à la périphérie du village, Christian Beyer me propose de le rejoindre sur place pour « goûter quelques trucs ».
Je ne dispose pas de beaucoup de temps et je n’ai pas de quoi prendre des notes (c’est le problème avec les visites improvisées…) mais les trois vins dégustés en cours d’élevage en cuves inox sont pleins de belles promesses :

Pinot gris Hostellerie 2012 : pur et discret au nez ce vin se montre parfaitement sec en bouche avec du gras du volume et une jolie minéralité en finale.
Sur cette cuvée, Christian Beyer a cherché une expression épurée et droite du pinot gris…personnellement je partage pleinement ce choix car je suis de plus en plus convaincu que ce cépage peut engendrer de grands vins secs en Alsace.
Il ne reste plus qu’à changer les repères d’une clientèle habituée à goûter des pinots gris demi-secs ou moelleux…vaste chantier en perspective !

Riesling Grand Cru Pfersigberg 2012 : l’aromatique est assez fermée avec un fruité très léger et des notes de craie humide déjà bien sensibles, la bouche est verticale avec un équilibre très frais et une finale tendue et minérale.
Riesling Grand Cru Pfersigberg 2011 : le nez est fin et suave avec une expression fruitée qui s’ébauche doucement et toujours ces notes crayeuses en fond, la bouche est assez proche de celle du 2012 avec une charpente acide ciselée et une matière élégante mais très droite.
Le choix de l’équilibre sec exprimé dans la conception du pinot gris se confirme sur ces deux jeunes rieslings : que ce soit le premier qui vient d’être filtré récemment ou le second qui va être mis en bouteilles prochainement, ces Grands Crus affirment fièrement leur style : un équilibre tonique, un caractère épuré mais une race évidente…deux belles cartouches !

 

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De retour at home, je ne résiste pas au plaisir de déboucher un Riesling Pfersigberg 2010, histoire de compléter mon tiercé de Grands Crus : la robe d’un jaune éclatant annonce la couleur…attention les papilles ! Le nez franc et précis livre une palette classique mais parfaitement définie sur les agrumes (citron, mandarine) avec un fond crayeux et finement balsamique, en bouche, après une attaque vive et pointue, l’acidité très large glisse sur les bords de la langue et structure une matière assez riche, le fruité citronné est très pur et la finale longue et salivante distille de fines notes minérales.
Que dire de plus ? Plein de fougue et d’énergie positive, malgré sa jeunesse, ce 2010 est déjà très grand !
Malheureusement la cuvée est très rare (elle risque d’être épuisée avant d’apparaître sur le tarif du domaine) ceci dit, les millésimes suivants s’annoncent tout aussi réussis…avis aux amateurs !

Malgré ce triste hiver qui n’en finit pas, je me suis régalé en me promenant dans le vignoble alsacien : à l’ombre des trois châteaux perdus dans la brume, les coteaux de l’Eichberg et du Pfersigberg possèdent un charme indéniable et l’enroulement des rues de la vieille ville d’Egusiheim garde sa magie même dans la grisaille.
Les quelques vins dégustés au domaine Emile Beyer se sont montrés particulièrement fins et racés et Michel Ginglinger m’a confirmé qu’il était prêt à m’aider dans le décryptage des mystères de l’EIchberg…qui a dit qu’il faisait froid en Alsace !

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 22:12


Après une bonne journée dans la poudreuse nous avons pour habitude de nous retrouver dans notre chambre d’hôtel pour partager un petit apéritif vinique avec des amis qui, comme nous, ont choisi de profiter de la qualité de l’offre touristique autrichienne pour réussir leurs vacances à la neige.
Dans cette ambiance cosy et conviviale, je ne suis que moyennement porté sur la prise de notes pendant la dégustation mais il y a eu 2 bouteilles qui ont mérité que je leur consacre quelques lignes.

Lumière de Feu 2004 – Domaine B. Bohn à Reichsfeld
Robe : jaune moyen avec des reflets dorés.
Nez : très discrète à l’ouverture, l’olfaction se montre de plus en plus volubile avec l’aération et nous offre un registre très complexe où on reconnaît entre autres des arômes d’agrumes mûrs, d’épices (safran, curry), de pierre à feu, de guimauve, de vanille avec une petite pointe de rancio.
Bouche : la matière s’épanouit et déploie un beau volume, rondeur agréable, toucher gras mais toujours soutenu par une acidité fraîche et finement citronnée, la finale est longuement aromatique.
(assemblage de gewurztraminer (70%), de pinot gris (20%) et de riesling (10%) élevé 5 ans sur lies sans ouillage).

 

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Je goûte toujours avec beaucoup d’intérêt ces cuvées spéciales qui nous proposent une vision du vin un peu décalée par rapport aux canons esthétiques de leur appellation. Certain me déçoivent, d’autres m’émeuvent et quelquefois je rencontre une bouteille vraiment enthousiasmante. Ce fut le cas ce soir avec cette « Lumière de Feu » qui nous a tous littéralement éblouis.

 

 

Château Lynch-Bages 1988 - Pauillac
Robe : presque noire et très dense avec des bords purpurins à peine dégradés.
Nez : fin, discret mais offrant une palette complexe et raffinée sur les fruits noirs bien mûrs, la violette, un fumé discret et une légère touche balsamique.
Bouche : parfait dans sa balance entre la matière en demi-corps, la fine acidité et la structure tannique joliment satinée, le vin impose sa classe avec beaucoup d’aisance, la finale est fraîche, bien aromatique mais avec une longueur assez moyenne pour un grand cru.

 

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Malgré la petite réserve sur la persistance finale ce très beau Pauillac nous parle d’un temps que les dégustateurs de moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, celui où les grands bordeaux n’avaient pas encore cédé aux chants des sirènes de la spéculation mondialisée et restaient à la portée de la bourse d’un fonctionnaire de l’E.N.
Ce Lynch Bages 88 bien ouvert qui possède une beauté et une noblesse indiscutables est encore d’une jeunesse stupéfiante mais au bout du compte il me laisse quand même un petit goût amer en travers de la gorge…

 

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Notre terrain de jeu pour évacuer les effluves viniques de la veille…mais non maman ce n’est pas du hors piste !

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 15:03


Chablis 2011 – Domaine W. Fèvre à Chablis

Robe : jaune très clair avec une frange vert pâle.
Nez : très discret mais net et frais, on y décèle des notes de groseille blanche, de feuille de cassis sur un fond légèrement pierreux.
Bouche : l’équilibre est sec et droit avec une acidité qui éclate dès l’attaque, la matière est fine et légère, l’aromatique reste bien franche et la finale de longueur moyenne apporte une petite touche de complexité avec quelques nuances de craie et d’iode et une fine amertume.
Je l’avoue sans honte, j’ai choisi cette bouteille chez un caviste parce qu’elle était gainée d’une chaussette isotherme qui m’avait tapé dans l’œil…il n’en reste pas moins que la dégustation de ce Chablis m’a très agréablement surpris.
Classique mais précis et sapide…une jolie bouteille tout simplement.


Fleurie Chapelle des Bois 2011 – Domaine de la Grand’Cour à Fleurie

Robe : rouge carmin, avec une frange bien dense et une légère turbidité.
Nez : discret et très pur, il révèle de belles notes de fruits (cerise et pèche de vigne) avec une touche florale très charmeuse.
Bouche : la matière est charnue, le grain tannique d’une grande souplesse et la palette fruitée très épanouie, la finale se prolonge et se complexifie en laissant apparaître une fine trame minérale à côté d’un fruit de plus en plus expressif
Issue d’une parcelle de jeunes vignes (20 ans) qui jouxte le domaine cette cuvée « Nature » ni collée, ni filtrée et sans ajout de sulfites est un vrai bonheur…la belle émotion ressentie sur place se confirme quelques mois plus tard.
Un Fleurie juteux et plein d’énergie positive montre qu’il est possible de réussir de beaux vins avec ce procédé qui soulève régulièrement la polémique. Chapeau M. Dutraive !


Riesling Thalberg 2009 – Domaine Schmitt à Bergbieten

Robe : jaune clair, très brillant avec des reflets vert pâle.
Nez : classique mais très agréable, on y reconnaît facilement plein d’arômes d’agrumes (citron, pomelo) mais aussi une délicate touche d’herbes aromatiques (thym, mélisse, aneth).
Bouche : l’attaque est vive et pointue avec une acidité qui s’élargit pour structurer une matière en demi-corps qui ne manque pas d’élégance, la finale est particulièrement sapide avec sa belle tension complétée par des amers très fins.
Situé sur le flanc ouest de la colline de l’Altenberg de Bergbieten, le Thalberg est un terroir très proche du Grand Cru dont l’exposition au couchant permet à la famille Schmitt de produire de beaux rieslings secs, notamment dans les millésimes chauds. Ce 2009 expressif et bien droit illustre parfaitement le style…Superbe !


Pouilly Vinzelles Les Quarts 2006 – Domaine de la Soufrandière à Vinzelles

Robe : jaune clair avec des reflets argentés.
Nez : très réservé à l’ouverture le vin a besoin de quelques longues minutes d’oxygénation pour nous servir un registre aromatique extrêmement raffiné sur les écorces d’agrumes, le bâton de réglisse et la craie humide.
Bouche : suave et superbement équilibrée la matière flatte les papilles et dévoile peu à peu une trame minérale qui donne une belle allonge à la finale.
Après plus de 6 années de garde ce Pouilly Vinzelles issu du terroir le plus prestigieux de cette petite appellation commence à révéler sa personnalité et son statut de très grand vin.
Quelle classe !
 

 

 

Chambolle Musigny 2007 – Domaine Castagnier à Morey Saint Denis.

Robe : rouge vermillon très clair avec belle brillance et une frange légèrement orangée.
Nez : suave et complexe il régale les sens par des effluves fruitées (framboise, fraise) et florales très distinguées soutenues par un boisé très discret mais qui apporte vraiment un supplément d’âme à l’olfaction.
Bouche : après une attaque bien franche la matière se pose en bouche avec volupté, la silhouette est svelte mais parfaitement proportionnée, l’équilibre bien tonique est assuré par une acidité fine et longue et par une trame tannique veloutée, la finale est de longueur moyenne mais le fruit revient avec une grande netteté complété par une touche légèrement torréfiée.
Ce magnifique chambolle continue sa route en gardant son côté gourmand et glissant qui me fait chavirer. La légendaire féminité de l’appellation s’exprime avec beaucoup de spontanéité et de naturel : la matière toute en élégance est soutenue par un élevage maîtrisé à la perfection.
Plus de 18 mois après la première claque, j’en reprends un seconde avec le même plaisir…Chapeau M. Castagnier !

 


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Mer de nuages dans la vallée et soleil à 3000 mètres sur le glacier su Stubaï : février est le mois de l'Autriche pour notre famille.

Ce pays connu pour la qualité de son hôtellerie et pour la beauté de ses stations de sports d'hiver commence aussi à produire des vins de grande qualité...ce sera d'ailleurs l'un des thèmes de notre prochaine dégustation AOC.

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 23:49


Avec la neige qui tombe à gros flocons en ce début février, ces deux nouveaux thèmes d’étude du club A.O.C. tombent à point nommé pour nous réchauffer le corps et l’âme.
Nous voilà donc partis pour une visite œnophile dans le grand sud :

1. La première halte se fera au pays des Dentelles de Montmirail avec la découverte de plusieurs cuvées du domaine de la Ferme Saint Martin à Suzette.

2. Pour être vraiment sûrs de trouver du soleil nous descendrons  encore un peu plus vers le sud pour en dégustant quelques vins blancs ibériques entre le Pays Basque et la Galice.

La série de vins de la Ferme Saint Martin a été réalisée à partir de mes achats effectués lors de mes deux visites au domaine en 2011 et en 2012.
Les vins espagnols ont été achetés via le site internet Vinissimus : suivant les conseils avisés de l’ami Dany Jaffuel je me suis rendu sur ce site qui offre un choix exceptionnel de vins espagnols et qui propose une qualité de services irréprochable avec des prix tout à fait concurrentiels.
Ma coupable inculture en terme de vins étrangers, ne m’a évidemment pas permis de trouver des critères pertinents pour choisir les 8 bouteilles qui composeront notre série : j’ai du appeler à la rescousse deux dégustateurs un peu moins sectaires…merci à Dany et François pour leur aide.

Les vins des Beaumes de Venise ont été débouchés le matin, les bouteilles ont été conservées debout avec bouchon enfoncé, les vins blancs espagnols ont été débouchés 1 heure avant la dégustation.

Les vins des deux séries sont bus bouteilles découvertes.

Verres Spiegelau Expert


Soirée Club AOC du 8 février 2013 à La Wantzenau

 

 

Thème 1 : derrière les Dentelles se cache une ferme…

 

 

Rosé d’Entrevon 2011 – Ventoux : le nez est ouvert et très fringant avec des notes de fraise des bois et une légère touche lactée (caramel), la bouche est souple et gourmande mais s’appuie sur une belle vinosité, la finale est fraîche et digeste.

 

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Issu principalement de cinsault (95%) récolté sur un terroir de limons et de graviers ce rosé très « sexy » séduit par sa grande buvabilité mais ne nous y trompons pas, il y a vraiment une belle matière à la base et une grande maîtrise technique à la réalisation.
Sous la neige qui tombe dru, on commencerait presque  à sentir un petit rayon de soleil et les effluves d’un barbecue où grillent quelques rougets…


Les Terres Jaunes 2011 – Beaumes de Venise : le nez s’ouvre sur de discrètes notes fumée et a besoin de beaucoup de temps pour laisser apparaître de timides arômes de cerise noire et d’épices, la bouche se montre assez revêche avec un volume conséquent mais une trame tannique très serrée, la finale joliment poivrée reste un poil trop agressive à mon goût.
Les Terres Jaunes 2010 – Beaumes de Venise : le nez est plus expressif et bien typé avec un fruité mûr (fruits noirs confits) et des notes d’herbes de garrigue, la bouche est juteuse, la trame tannique est présente mais se montre beaucoup plus relâchée, la finale est un peu plus fraîche et longuement aromatique.

 

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« Terres Jaunes » qui m’a fait connaître et apprécier le domaine est une cuvée produite à base de grenaches (75%) et de syrahs (25%), égrappés et élevés exclusivement en cuves. Habituellement très épanoui et facile d’accès ce vin nous a pas montré le même visage ce soir : le 2010 complet et bien équilibré m’a semblé un peu trop sérieux et le 2011 crispé et très renfrogné n’a visiblement pas apprécié qu’on le dérange pendant son sommeil hivernal.

 

 

Costancia 2010 – Beaumes de Venise : le nez est fin et délicat avec une palette très méridionale sur la myrtille, le genévrier, le laurier et les épices douces (girofle, cannelle), en bouche on trouve une matière charnue et une fine acidité qui construisent un équilibre très tonique, la finale est longue et complexe, on y retrouve le notes perçues à l’olfaction complétées par une fine touche balsamique (camphre).
 

Costancia 2009 – Beaumes de Venise : le nez est complexe mais le fruité est plus discret et les épices dominent, en bouche, après une attaque très gourmande, la matière se durcit pour devenir franchement austère, la finale est dominée par un retour boisé particulièrement asséchant.

 

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Cette cuvée haut de gamme du domaine, issue des terroirs d’altitude de Beaumes de Venise est composée à parts égales de grenache et de syrah et élevée pour moitié en cuves et pour moitié en bois. Ce soir Costancia souffle le chaud et le froid : 2010 est superbe avec sa chair épanouie et sa palette complexe alors que le 2009 déçoit profondément : le vin semble verrouillé à double tour ce soir mais son équilibre particulièrement rustique me fait nourrir quelque inquiétude quant à son avenir…mais j’espère que je me trompe !


Fleur de Terroir 2010 – Côtes du Rhône : le nez s’exprime très spontanément sur un registre complexe et original où on reconnaît entre autre des arômes de fleurs, de gingembre frais, de fenouil et de pierre à feu, la bouche possède un équilibre qui flatte sans s’appesantir, l’acidité est présente tout en restant très souple, la finale est très glissante mais assez longuement aromatique.

 

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Exubérante et terriblement séduisante  cette « Fleur de Terroir » qui m’avait déjà particulièrement interpellé sur le millésime précédent confirme cette belle impression : issue à parts égales de grenache blanc et de roussanne plantés sur des sols argilo-calcaires du Trias, cette cuvée qui a perdu son appellation « Villages » en 2005 (l’appellation « Beaumes de Venise » n’accepte plus que les rouges et les muscats) a convaincu une bonne partie des dégustateurs de ce soir.
A titre personnel, moi qui ai parfois du mal à apprécier à leur juste valeur les blancs de cette région, je sui fan !

 

 

Pour conclure :

- J’avoue que je suis un peu déçu par l’accueil réservé par le groupe AOC à cette série de vins rhodaniens, mais il faut reconnaitre que mes amis dégustateurs n’avaient pas complètement tort car les cuvées présentées ce soir ne se goûtaient pas excessivement bien : les vins possédaient tous de belles matières mais bon nombre d’entre eux souffraient d’une présence alcoolique trop sensible et d’une structure tannique trop serrée.
Rien à voir avec ce que j’ai déjà pu ressentir lors de mes dégustations estivales…il faut croire que ces vins n’aiment pas trop l’hiver !

- Et pourtant, dans le site paradisiaque du col de Suzette entre les Dentelles de Montmirail et le Mont Ventoux, la famille Jullien travaille avec conviction et compétence pour mettre en valeur ces beaux terroirs sud-rhodaniens.
Soucieux de garder de la vie dans les sols et dans l’écosystème de leurs vignes, ces vignerons pratiquent la viticulture biologique et ont choisi de structurer leur domaine en alternant vignes et garrigue (23 hectares de vignes sur une surface totale de 36 hectares).
Au niveau des vinifications, les fermentations se font sous l’effet des levures indigènes et aucun produit œnologique n’est utilisé durant le processus de vinification. Les élevages se font en cuves ou en fûts selon les cuvées et les vins finis sont protégés par un léger sulfitage au moment de la mise.

- Avec le très beau Costancia 2010 nous avons entraperçu le potentiel des vins de ce domaine : toniques, charnus et complexes ils savent allier avec élégance la chaleur méridionale et une petite rugosité « montagnarde ».
Pour être complet il faut évidemment citer l’excellente impression laissée par le rosé 2011, qui nous a immédiatement transportés au pays de la lavande et des cigales.

- En tous cas, je pense qu’il va falloir que notre club fasse une nouvelle visite gustative à la Ferme Saint Martin…peut-être en juin ou en septembre et avec quelques millésimes plus anciens.

 

 


Thème 2 : passons les Pyrénées et goûtons si le blanc est bon

 

 

Bizkaiko Txakolina 2011 – Bodega Itsamendi à Gernika-Lumo : le nez est ouvert et bien aromatique avec une palette sur les fruits frais (groseille, blanche, ananas, pomelo), la bouche est tonique et bien droite, simple, légère mais d’une fraicheur réjouissante.
(12°5 – cépage : Hondarribi Zuri – élevage inox 100%)
Rias Baixas 2011 – Pazo de Seňorans à Meis-Pontevedra : le nez est opulent et complexe sur la groseille blanche, les agrumes mûrs, l’ananas avec une pointe anisée, la bouche est vive avec une aromatique un peu plus monolithique sur la groseille à maquereau, la finale droite et précise possède une petite amertume très digeste.
(12° – cépage : Albariňo – élevage inox 100%)

 

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La route vers la Galice étant un peu longue nous avons choisi de faire une étape dans le vignoble du Pays Basque avec ce Txakolina plein de fruit et de tonus. Issu d’un cépage local dont les qualités sont proches de celles de l’albariňo, ce premier vin constitue une très belle entrée en matière pour notre second thème
Avec la bouteille suivante nous vérifions sans peine que ces deux cépages engendrent des vins dont les personnalités sont très proches mais le Rias Baixas se distingue par un soupçon de complexité supplémentaire dans la structure.


Rias Baixas Lias 2010 – Bodega Martin Codax à Vilariňo-Pontevedra : le nez est très avenant avec des notes bien gourmandes d’agrumes et de fruits exotiques, la bouche est nette avec un registre aromatique joliment défini et un équilibre très frais, la finale est bien longue et finement citronnée.
(12° – cépage : Albariňo – élevage inox 100%, 20 mois sur lies)
Rias Baixas Pazo Piňero 2010 – Bodega Pazos de Lusco à Salveterra de Miňo-Pontevedra : le nez est plus riche mais très charmeur avec des notes d’agrumes confits et de mandarine, la bouche est moins tendue que celle du Lias mais ce vin possède incontestablement une puissance supérieure et une présence minérale bien plus marquée, la finale est longuement aromatique.
(13° – cépage : Albariňo – élevage mixte, 12 mois sur lies dont 6 mois en fûts d’origine française)

 

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Ces deux cuvées vinifiées avec beaucoup de soin et de précision ont séduit l’assemblée : les arômes sont purs et avenants, les textures sont très agréables et les équilibres sont d’une fraicheur désaltérante. MIAM !
Seuls les prix quand même un peu élevés de ces deux belles bouteilles (16,65 euros pour le premier et près de 24 euros pour le second) ont un peu refroidi les dégustateurs…le couple était presque parfait !


Rias Baixas Seleccion de Aňada 2005 – Pazo de Seňorans à Meis-Pontevedra : le nez est subtil avec une race évidente qui se décline à travers une palette complexe où on reconnaît des notes de miel et de fleurs sur un fond citronné et minéral, en bouche on retrouve une matière équilibrée, posée et empreinte d’une réelle noblesse, la finale est très longue et rafraichie par une pointe acide et minérale.
(12°5 – cépage : Albariňo – élevage en cuves inox 30 mois sur lies)

 

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Cette cuvée issue de vieilles vignes et a été élevée en cuve sur lies fines durant 30 mois. Après 7 années de garde ce Rias Baixas laisse éclater sa classe et obtient sans difficulté le titre de meilleure bouteille de la série…A ce niveau de qualité, même le prix quand même assez conséquent (31,90 euros) ne fait plus obstacle pour le gain des suffrages des dégustateurs. Grand vin !

 

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Les rias de la pointe nord-ouest de l’Espagne : des bras de mer qui rentrent dans les terres. Les rias baixas (basses) se trouvent dans la partie sud, juste au dessus de la frontière portugaise.

 

 

Rioja Blanco 2010 – Bodega Izadi à Villabueno de Alava : le nez est très agréable sur les fruits blancs avec une touche fumée et délicatement boisée, la bouche est nette avec une matière en demi-corps équilibrée par une belle vivacité, la finale est minérale et délicatement épicée.
(12°5 – cépages : Viura 80% + Malvoisie 20% – fermentation et élevage 4 mois en barriques neuves d’origine US et F)
Rioja Organza 2010 – Viňedos dos Sierra Cantabria : le nez est opulent, très mûr avec un registre balsamique prononcé, des notes d’épices et un boisé assez présent, la bouche est généreuse mais il y a une jolie trame acide en réponse, la finale reste trop marquée par le fût et la chauffe (torréfaction, café).
(12°5 – cépages : Viura 58% + Malvoisie 22% + Grenache blanc 20% – fermentation et élevage 6 mois en barriques neuves d’origine Vosges)

 

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Avec ces deux flacons issus de cette prestigieuse région entre Ebre et Monts Cantabriques nous changeons complètement de style pour retrouver des vins opulents et chaleureux qui flirtent avec une certaine lourdeur sans jamais basculer complètement dans l’excès : les matières sont dodues, les élevages un peu forcés mais l’ensemble reste assez séduisant. Nous avons généralement préféré la première cuvée pour son côté plus léger et plus digeste, mais la seconde qui assumait avec une certaine arrogance son côté sudiste n’a pas démérité.

 

 

Rioja Reserva 1997 – Bodega Lopes de Heredia-Vina Tondonia à Haro : le nez s’ouvre sur un registre très oxydatif mais gagne en raffinement et en complexité après oxygénation, une belle trame minérale pointe avec discrétion, la bouche est élégante avec une acidité bien verticale mais la finale nous ressert un registre aromatique très (trop) évolué complété par une petite nuance liégeuse.
(12° – cépages : Viura 90% + Malvoisie 10% – fermentation et élevage 6 ans en barriques d’origine US)

 

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La « grande quille » de la série a été malheureusement victime d’un problème de bouchage (oxydation + liège léger) et nous a contraints à faire preuve d’imagination pour entrevoir la qualité et le potentiel de ce vin. Je suis d’autant plus déçu, que lors de notre session Rioja en 2011 nous avons eu l’occasion d’apprécier cette cuvée sur le millésime 1993…Dommage !


Pour conclure :

- Malgré la finale un peu ratée cette série de blancs espagnols nous a permis de réaliser quelques belles découvertes viniques.
Les vins de la Rioja ont tenu leur rang tout en assumant leur style généreux et solaire.
Les Rias Baixas furent une véritable révélation : cette appellation complètement inconnue pour moi jusqu’ici, recèle de véritables pépites et pourra constituer un nouveau terrain d’exploration pour tout amateur devins blancs secs et racés. Les vins jeunes brillent par leur énergie et leur fraîcheur et le flacon de 2005 nous a montré que face au temps qui passe un Rias Baixas de bonne facture pouvait rivaliser d’élégance et de complexité avec nos meilleures appellations françaises.

- Les prix très élevés des Rias Baixas peuvent effectivement surprendre et dissuader certains amateurs de vins français dans la mesure où ils seront forcément amenés à comparer ces cuvées avec des appellations françaises les plus prestigieuses. C’est vrai qu’à plus de 30 euros on approche quelques belles quilles bourguignonnes et on touche l’élite blanche alsacienne…ça fait réfléchir !

- Le coup de cœur est attribué sans surprise au magnifique Rias 2005 avec un accessit pour le Rioja Izadi 2010 qui pour 7,90 euros offre un rapport Q/P absolument imbattable.

- En tous cas, cette série m’a semblé bien courte et m’a donné une furieuse envie de retourner prochainement au-delà des Pyrénées vers de nouvelles aventures viniques.

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 09:00


Avec ce mois de janvier froid et gris qui se termine doucement, mon moral qui flanche un peu me fait penser qu’il est grand temps d’aller respirer un peu d’air frais dans mon vignoble préféré : direction Mittelbergheim (pour changer… !) pour une petite promenade hivernale dans le village avec quelques étapes dans des caveaux vignerons…il faut bien se réchauffer de temps en temps !

 

Mittelbergheim-13 0019Le coteau du Moenchberg et Eichhoffen en janvier


La première halte se situe au domaine Rietsch, où j’ai fait une récente visite lors de la journée « Portes Ouvertes » sans avoir eu le temps de déguster les nouvelles cuvées. De plus, j’ai une commande ardéchoise à assurer sur le riesling Stein 2011 et le sylvaner Nature 2011 : la livraison n’est prévue qu’en avril mais certaines cuvées du domaine ne sont pas disponibles très longtemps…des mesures de prudence s’imposent !

 

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La maison Rietsch est en vue…vite au caveau pour se réchauffer un peu !
 

En l’absence de Jean-Pierre qui participe à une journée de formation professionnelle, c’est sa sœur Annelise qui m’accompagne au caveau de dégustation pour me faire déguster quelques références proposées sur la carte du moment :

Sylvaner Nature 2011 : le nez est assez discret mais révèle progressivement des arômes de fruits blancs bien mûrs complétés par de fines notes de tabac blond, la bouche est ample avec un joli gras et une structure acide qui ondule voluptueusement, la finale révèle une présence saline bien marquée et quelques amers nobles.
(13°2 – SR : 1,8 g/l – AT : 4,3 g/l)

 

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Sylvaner Vieilles Vignes 2011 : le nez bien complexe développe des arômes de fruits blancs et de foin coupé avec une légère patine oxydative, en bouche l’attaque est vive et pointue, la structure bien tendue équilibre une matière très gourmande, la finale minérale et finement tannique possède un caractère sapide bien agréable.
(13°4 – SR : 1,6 g/l – AT : 5,9 g/l)


Issue de plusieurs parcelles situées sur Mittelbergheim et sur Heiligenstein, la cuvée « Nature » travaillée sans aucun intrant a été élevée en cuves durant 9 mois sur lies totales. La cuvée « Vieilles Vignes » provient de vieilles parcelles situées à Mittelbergheim et a été élevée en foudres durant 9 mois sur lies totales.
Malgré une petite graisse passagère qui épaissit sa texture le premier sylvaner séduit par sa matière pure et détendue qui lui confère une exceptionnelle buvabilité. Le côté discrètement oxydatif du second me déroute un peu sur ce millésime mais il n’en reste pas moins que ce sylvaner est vraiment superbement constitué en bouche…mais j’avoue que pour la première fois j’ai une prédilection pour le version nature de ce cépage.

 

 

Riesling Stein 2011 : le nez est pur et précis sur les agrumes avec une discrète pointe épicée, la bouche est bien droite mais avec une silhouette très élégante et une finale longue et aromatique sur le pamplemousse et les épices douces.
(13°1 – SR : 0,9 g/l – AT : 6,4 g/l)

 

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Issu de ce beau coteau très calcaire, exposé au sud et situé au bas de la maison Rietsch, ce riesling a été élevé durant 9 mois en foudres et très légèrement sulfité à la mise (SO2 total : 11 mg/l).
Ce vin que j’ai dégusté pour la première fois sur le millésime 2005 s’est fait une place de choix parmi les grandes cuvées de terroir du domaine en imposant son style très gourmand et son énergie débordante : un succès pleinement justifié…qu’on se le dise !

 

 

Pinot Gris 2011 : le nez est discrètement floral, la bouche possède une matière pure et assez généreuse mais l’équilibre reste parfaitement sec, la minéralité et un grain tannique léger confèrent un côté particulièrement sapide à la finale.
(12° - SR : 2,6 g/l – AT : 5,9 g/l)
Issu de la colline du Zotzenberg, ce pinot gris élevé en foudres durant 9 mois sur lies totales, est un très beau vin élégant et très droit qui prouve que ce cépage est capable de produire de grandes cuvées en Alsace pour peu qu’on le vinifie en sec. J’ai déjà dégusté quelques très belles cuvées sur le millésime précédent et ce 2011 se situe dans la même ligne…l’opération de réconciliation avec ce cépage continue !

 

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Ma seconde étape me conduit à quelques centaines de mètres plus loin (eh oui, il fait très froid !) au domaine Rieffel.

 

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La maison Rieffel…à quelques enjambées du domaine Rietsch.

 

En l’absence de Lucas, qui s’occupe de ses vignes, c’est Mme Rieffel qui assure la permanence au domaine et qui me reçoit dans le caveau de dégustation pour me présenter quelques cuvées de leur gamme actuelle :

Pinot blanc Gebreit 2011 : le nez est précis, vif et finement floral, en bouche l’équilibre est très sec mais l’ensemble reste d’un abord très agréable, la finale est franche avec quelques notes épicées et de fines évocations minérales.

 

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Issu du secteur granitique qui se trouve derrière le sommet du Kastelberg, cet assemblage de pinot blanc et d’auxerrois a été élevé durant une dizaine de mois en barriques. C’est un vin sérieux avec une matière tendue qui a parfaitement digéré son élevage et qui possède un grand potentiel gastronomique. Belle surprise !

 
Sylvaner G.C. Zotzenberg 2011 : le nez s’ouvre sur quelques notes fumées mais très vite on découvre une belle palette de fruits blancs, de foin coupé et de fleurs, la bouche est dense, volumineuse et tenue par une acidité très tonique, la finale longue et très saline laisse un sillage aromatique floral particulièrement charmeur.

 

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Face à une cuvée de cet acabit on ne peut que se féliciter de la persévérance des vignerons de Mittelbergheim qui ont permis au sylvaner de s’imposer dans l’appellation Zotzenberg. Pur, vif, ciselé et pourtant gourmand en diable…un régal !

 
Riesling G.C. Wiebelsberg 2009 : le nez est ouvert et séduisant avec de fines notes de fleurs printanières, de citron, d’écorces d’agrumes complétées par une petite touche résineuse, en bouche on perçoit une structure ovale avec une acidité très verticale enrobée d’une matière longiligne, la finale révèle une fine amertume et laisse persister longuement les arômes d’agrumes et d’herbes aromatiques (romarin)

 

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Issu d’une parcelle d’un seul tenant située en plein cœur du Grand Cru, ce riesling nous offre une expression archétypique de la finesse incomparable de ce terroir gréseux. Antoine Kreydenweiss m’avait largement vanté la qualité de cette cuvée vinifiée par Lucas Rieffel, j’ai voulu vérifier et j’ai été pleinement conquis…c’est un très grand vin !


Pinot Noir Nature 2011 : le fruité croque littéralement dès le premier coup de nez, la cerise est présente, voire omniprésente, en bouche l’équilibre est vif, la matière charnue et la finale fraîche et sapide nous remet du fruit plein les papilles.

 

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Issu de plusieurs parcelles autour de Mttelbergheim ce pinot noir a été vinifié sans aucun intrant à partir de 50% de vendange entière et 50% de vendange égrappée. Pur, juteux et plein de fruit ce joli vin rouge séduit par son côté guilleret et son exceptionnelle buvabilité…MIAM !


Pour conclure :

- Je n’ai nullement l’habitude de passer chez des vignerons sans prendre rendez-vous avant, mais en cette après-midi hivernale, le côté impromptu de cette escapade m’a conduit à déroger à cette règle. C’est vrai qu’en Alsace ces impulsions œnophiles sont rendues possibles car la plupart des domaines disposent de caveaux de dégustation ouverts pratiquement toute l’année : ce n’est pas pour rien que de nombreuses exploitations alsaciennes réalisent plus de la moitié de leur chiffre avec leur clientèle particulière.

- Mes visites expresses chez ces deux vignerons de Mittelbergheim m’ont permis de déguster quelques vins très stylés avec des personnalités bien marquées : Jean-Pierre Rietsch et Lucas Rieffel travaillent dans un souci permanent de restituer le plus fidèlement possible l’expression du terroir dans leurs vins. Ceci dit, même si ces deux vignerons se connaissent bien et partagent largement des idées communes sur leur métier et la façon de concevoir des vins de qualité, leurs productions respectives gardent une vraie identité. Chez Lucas Rieffel, les vins se caractérisent par leurs expressions pures, ciselées et assez classiques alors que chez Jean-Pierre Rietsch la lecture du message vinique est parfois plus complexe mais tout aussi passionnante.
S’il fallait tracer un parallèle avec le monde de la poésie, le style du premier s’apparente à celui d’un Parnassien alors que celui du second ferait plutôt penser à Prévert à Desnos.
On peut choisir, ou décider comme moi de mettre les deux auteurs dans sa bibliothèque…ou dans sa cave.

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 22:57


Mâcon Chardonnay 2010 – Bret Brothers à Vinzelles

Robe : jaune assez marqué avec des éclats dorés.
Nez : fin et tonique, il évolue sur un registre très gourmand entre citron, pêche blanche et notes légèrement épicées.
Bouche : l’acidité fine mais tendue se manifeste dès l’attaque et structure une matière juteuse et pleine d’énergie, la finale nette et très fraîche se prolonge sur un joli sillage minéral.
Issu d’une parcelle riche en calcaire actif située près du village de Chardonnay ce vin blanc élevé principalement en cuves (90% du volume) nous régale à chaque étape de la dégustation. Comme de nombreux vins élaborés par les frères de Vinzelles, ce Mâcon Villages se boit avec facilité et plaisir et se recrache que très difficilement…attention danger !

 

 

Pouilly Vinzelles 2008 – Domaine de la Soufrandière à Vinzelles

Robe : jaune franc avec des reflets dorés.
Nez : pur, précis mais très complexe, il nous propose une palette très séduisante sur le cake au citron, la mandarine, le tilleul sur un fond de craie humide.
Bouche : en attaque on est surpris par une acidité immédiate et envahissante mais l’équilibre se fait grâce à une matière concentrée et juteuse, la finale particulièrement sapide et salivante laisse persister un sillage aromatique très long sur les agrumes.
Avec son olfaction suave et gourmande ce Pouilly Vinzelles peut surprendre en bouche par son côté énergique et très tendu…un vin qui réveille les papilles et qui supportera encore quelques années de cave.
Ceci dit, la bouteille n’a pas fait long feu…mais bon avec les cuvées des frères Bret c’est toujours la même chose !
 

 

Pouilly Fuissé Les Petites Bruyères 2004 – Larochette-Manciat à Chaintré

Robe : jaune clair avec des reflets argentés et une frange très claire.
Nez : très pur et d’une jolie complexité le registre olfactif révèle des notes de beurre frais, de cake au citron avec une fine touche terpénique.
Bouche : suave et superbement équilibrée la matière flatte les papilles et dévoile peu à peu une trame minérale qui donne une belle allonge à la finale.
Comme à chaque fois que je déguste un vin de 2004 je m’attends à trouver les fameux arômes végétaux de gentiane, persil et autres…mais là j’ai beau chercher, ce Pouilly est d’une netteté absolue, en plus il nous régale en bouche par son côté mûr gourmand et sapide.
Cette cuvée travaillée uniquement en cuve n’était pas forcément destinée à une longue garde (le domaine propose aussi des vins élevés en demi-muids et en barriques) mais là je suis vraiment étonné par l’énergie qui se dégage de ce vin !

 

 

Meursault Tessons 2007 – Buisson-Charles à Meursault

Robe : jaune clair, très vif avec des reflets vert pâle.
Nez : complexe et très racé, il se montre très réservé à l’ouverture avant de déployer une palette noble et évolutive, agrumes frais, vanille, herbes aromatiques, craie...
Bouche : l’équilibre est absolument parfait avec une acidité mûre qui s’installe tout en largeur et qui s’étire progressivement pour tenir une matière bien charnue, la finale est longue, délicatement épicée et accompagnée par une fine amertume.
Je sais que je suis un peu monomaniaque avec les chardonnays bourguignons et mon épouse m’en fait souvent le reproche lorsque je lui propose un verre…mais là je dois dire que mon choix a recueilli un assentiment sans réserve de sa part « c’est vraiment bon…je reprendrai bien un autre verre ».
Evident de classe et irrésistiblement gourmand ce Tessons 2007 qui commence sa phase d’apogée est un pur bonheur…Quel vin !

 

 

Côte Rôtie Maestria 2005 – Domaine Levet à Ampuis

Robe : dense et très foncée avec une fine frange rubis
Nez : la palette très réservée à l’ouverture évolue d’un registre torréfié (cacao) et réglissé vers des notes de myrtille confite et d’épices qui se manifestent après une très longue oxygénation.
Bouche : l’attaque est assez vive, le corps est volumineux mais l’acidité et la belle trame tannique forment un squelette solide qui équilibre l’ensemble, la finale fraîche et sapide révèle une fine amertume.
Ce petit domaine familial (4ha) d’Ampuis produit 3 cuvées de Côte Rôtie sur des parcelles de très vieilles vignes (plus de la moitié des vignes du domaine datent des années 50…). Issu du coteau de la Landonne, Maestria est surement la cuvée la moins « sauvage » élaborée par ces vignerons qui travaillent encore de façon très traditionnelle. Après 7 années de garde ce vin rouge a gardé son côté puissant mais la structure s’est considérablement assouplie pour laisser une belle impression de force tranquille.


Sylvaner Grand A du Petit Léon 2009 – Domaine Schmitt à Bergbieten

Robe : jaune clair, très brillant.
Nez : ouvert très franc, il livre généreusement des notes de fruits jaunes mûrs avec une fine touche épicée.
Bouche : très dense et avec beaucoup de gras dans la texture ce vin très opulent construit un équilibre bien gourmand avec une acidité qui reste très discrète et une salinité qui s’impose avec beaucoup de force en finale.
Récolté bien mûr sur le Grand Cru Altenberg de Bergbieten, ce sylvaner qui se montrait particulièrement exubérant il y a un an, s’est un peu « calmé » aujourd’hui. La matière reste ronde mais le vin a vraiment gagné en élégance…à revoir dans 5 ans et peut-être même plus, si j’arrive à garder la dernière bouteille qui me reste. Mais là, rien n’est moins sûr !


Pinot Gris G.C. Moenchberg 2009 – Domaine Kreydenweiss à Andlau

 

Robe : jaune assez appuyé avec des reflets dorés très brillants.
Nez : complexe et très raffiné on y découvre des notes d’abricot, de vanille, de pomelo mûr complété par une touche oxydative discrète mais persistante.
Bouche : la matière est généreuse avec un joli gras et une acidité très large, bien salivante qui rafraîchit une finale de toute beauté longuement aromatique et finement tannique.
Après ma visite chez Antoine Kreydenweiss, je brûlais d’envie de redécouvrir cet étonnant pinot gris.qui m’avait impressionné par sa texture et sa densité.
Dégusté sur deux jours ce Moenchberg a montré un petit côté oxydatif que je n’avais pas remarqué la première fois mais qui n’a en aucun cas entamé le plaisir gustatif…bien au contraire. Par contre, au niveau de la présence en bouche, l’impression de volume et de puissance laissée par ce vin me semblait encore bien plus affirmée…MIAMMMMM !

 

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Les coteaux du Kastelberg et du Wiebelsberg sous la neige de janvier

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 11:16


Après une session de décembre consacrée à une bombance collective avec magret fumé, foie gras, rillettes et fromages fins, le tout arrosé de quelques flacons extraits des caves personnelles des membres participants, notre club l’A.O.C. repart vers une nouvelle saison et reprend ses bonnes habitudes de fonctionnement en proposant l’étude de deux thèmes :

1. Quelques grands rieslings issus des terroirs prestigieux de notre région : il fallait bien ça pour repartir du bon pied en 2013…non mais !

2. Découverte du domaine Dupéré-Barrera : quelques flacons qui sentent bon le chant des cigales et la garrigue pour nous faire oublier les rigueurs de l’hiver continental…

Eric a eu la lourde tâche de composer une série de 7 rieslings pour ouvrir la nouvelle saison A.O.C. : les bouteilles proviennent des caves particulières des membres.
La série de Dupéré-Barrera qui a été concoctée lors de mon passage au domaine en 2011, attendait son heure dans ma cave…

La plupart des rieslings ont été débouchés le matin mais les vins provençaux n’ont été ouverts que 2h30 avant leur dégustation.
Les rieslings sont dégustés à l’aveugle par deux pour les 4 premières bouteilles et en solo pour les 3 dernières.
Les crus de Dupéré-Barrera sont bus bouteilles découvertes dans la même configuration que les rieslings : 2 couples et 3 solitaires.

Verres Spiegelau Expert


Soirée Club AOC du 11 janvier 2013 à La Wantzenau

 

 

Thème 1 : quelques grands rieslings pour bien commencer l’année !

 


Sylvaner Z 2008 – Domaine Kubler à Soulzmatt : le nez est très flatteur avec un fruité bien mûr, des notes de caramel au lait et de foin coupé, en bouche l’attaque présente une acidité fine et tendre qui tient une matière souple et élégante, la finale révèle de belles notes minérales.
Riesling Grand Cru Kastelberg 2006 – Domaine Gresser à Andlau : le nez s’ouvre sur d’avenantes notes florales rapidement accompagnées par de belles nuances minérales (pierre à feu, fumée), la bouche est assez flatteuse avec une petite douceur équilibrée par une acidité solidement tendue, la finale est d’une longueur confortable et montre un côté tannique bien marqué.

 

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Une série de rieslings de terroir qui commence par un sylvaner ! On reconnaît bien là le caractère facétieux de notre ami Eric…mais, même si l’aromatique de ce  premier vin m’a un peu dérouté à l’aveugle sa tenue en bouche s’est montrée à la hauteur d’un Grand Cru. Le Zinnkoepflé est un coteau pentu très calcaire qui réussit très bien au gewurztraminer…et souvent mieux au sylvaner qu’au riesling.
Cette belle quille montre d’une part que la qualité d’un beau terroir s’exprime aussi bien sur des cépages moins réputés et d’autre part que le sylvaner alsacien peut engendrer de très beaux vins…mais ça je le dis depuis longtemps !
Sur le second vin, les schistes marquent assez nettement la palette (silex, fumée) mais le Kastelberg imprime sa marque tannique en finale. Issu du délicat millésime 2006, ce vin a trouvé aujourd’hui un équilibre d’une grande élégance…Superbe !


Riesling Grand Cru Schlossberg 2008 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est exubérant mais bien complexe avec un fruit très pur (citronnelle, ananas frais) agrémenté de délicates nuances vanillées, la bouche est toute en finesse et en élégance avec une matière charnue équilibrée par une acidité très mûre, la finale sapide et salivante se prolonge avec des notes d’herbes aromatiques.
Riesling Clos Windsbuhl 2008 – Domaine Zind-Humbrecht à Turkheim  : le nez tarde un peu à se mettre en place et présente des notes un peu fermentaires et une marque d’élevage sensible, après une oxygénation conséquente l’ensemble se purifie pour composer une palette fort agréable sur les fleurs, le citron frais et une touche finement torréfiée, en bouche l’attaque très vive est soutenue par un léger perlant mais le vin se pose peu et déploie une acidité profonde, une matière ample et généreuse avec un très beau gras et une finale très longue où on sent un élevage de grande qualité.

 

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Issus de l’excellent millésime 2008 ces deux rieslings sont en quelque sorte des archétypes pour définir l’influence d’un terroir granitique et solaire et celle d’un terroir calcaire et froid sur un riesling : le Schlossberg absolument magnifique nous régale avec son caractère ouvert, épanoui et puissamment salin en finale et le Windsbuhl nous interpelle avec sa personnalité complexe, secrète, très longue à se mettre en place mais qui révèle une densité et une profondeur hors du commun.
Un duo de très haut niveau, bravo !


Riesling Grand Cru Altenberg de Bergbieten-Cuvée Henriette 1997 – Domaine Mochel à Traenheim : le nez suave et raffiné révèle des notes de fruits blancs et de verveine, en bouche les arômes de groseille blanche s’intensifient progressivement, la structure est svelte et très élégante et la finale nette et délicatement aromatique possède une longueur moyenne.

 

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Issu d’une parcelle plantée dans les années 50 sur ce Grand Cru riche en marnes à gypse, ce riesling se tient avec beaucoup de classe après plus de 15 ans de garde. Le côté « tisane » du nez ne me plaît pas forcément mais la présence en bouche étonne et séduit par sa pureté et sa grande fraîcheur. Très belle réussite !


Riesling Grand Cu Rangen 2004 – Domaine Zind-Humbrecht : le nez est puissant et épanoui sur les fruits blancs très mûrs, le raisin sec et les épices, la bouche est ample, riche et très concentrée, de fins amers apportent un côté sapide à une finale très longue qui révèle des notes de fumée.
Le terroir volcanique du Rangen marque la finale et donne une puissance un peu hors norme à la présence en bouche de ce riesling. Le côté très opulent de la matière peut surprendre – et peut-être même fatiguer – mais la complexité de la structure et la persistance aromatique signent la noble origine de ce vin.

Riesling Grand Cru Mambourg 2000 – Domaine Tempé à Zellenberg : le nez est intense et flatteur sur les agrumes mûrs, la marmelade d’orange et les épices, ample et gras en bouche ce vin impose sa puissance très démonstrative et prolonge une belle finale longue, épicée et finement boisée.
Après quelques années de garde, on ressent très nettement que le terroir marno-calcaire du Mambourg et le travail particulier de Marc Tempé (élevages très longs) ont marqué profondément ce riesling.
Comme pour la cuvée précédente, je suis impressionné par la force qui se dégage de ce vin mais je ne me sens pas trop en phase avec le style qu’il revendique…

 

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Pour conclure :

- Y a pas à dire, cette nouvelle année commence en fanfare avec une série alsacienne de très haut vol : les styles de ces différentes cuvées ont balayé largement le champ des possibles sur ce cépage tout en affirmant des niveaux qualitatifs irréprochables.
- Entre l’exubérance d’un Schlossberg vraiment parfait, la retenue pleine de profondeur du Clos Winsbuhl et les personnalités très baroques du Rangen ou du Mambourg nous avons été confrontés à cette diversité d’expressions qu’on ne retrouve peut-être nulle part ailleurs…Hoppla ça c’est dit, une fois !
- Pour le coup de cœur personnel, aucune hésitation, je suis tombé corps et âme sous le charme du Schlossberg…quel vin !
Mais il ne faut pas oublier de citer l’Altenberg de Mochel qui a bien surpris tout le monde par sa belle tenue face au temps.
La petite déception viendrait plutôt du Rangen, vraiment très particulier…et peut-être aussi un peu cher par rapport aux autres vins de la série qui offraient tous un rapport prix/plaisir bien plus avantageux.

 

 

 

Thème 2 : Dupéré-Barrera…un peu de Provence dans nos verres.

 

 

Côtes de Provence En Caractère Rosé 2010 : le nez est ouvert et engageant sur les petits fruits rouges, l’anis et le bonbon anglais, la bouche affirme une belle puissance et une présence aromatique très suave, la finale trouve un bel équilibre entre douceur et fine amertume.

 

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Issu des terroirs argilo-calcaires du bassin littoral de production du Bandol, « En Caractère » rosé est un assemblage de mourvèdre, cinsault, syrah et vermentino. Léger et aérien à l’ouverture, il prend progressivement de l’épaisseur et de la vinosité dans le verre…j’ai regoûté cette cuvée en fin de soirée et je me suis retrouvé face à un vin complexe et richement aromatique…Très belle surprise !

Côtes de Provence En Caractère Rouge 2008 : le nez s’ouvre sur quelques notes de réduction qui laissent rapidement la place à une palette fruitée et finement réglissée, la bouche possède un joli volume et un équilibre bien frais mais la finale accroche un peu avec des tanins encore très austères.
Côtes de Provence Clos de la Procure Rouge 2009 : le premier nez est marqué par une petite réduction (comme le vin précédent) mais en s’ouvrant il propose une palette plus riche et plus complexe avec des notes de fruits noirs, de cacao et d’épices, la bouche est ample et très sphérique avec une fine trame tannique qui structure l’ensemble, la finale est longue, finement acidulée et agrémentée d’un sillage aromatique sur la réglisse et la vanille.

 

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« En Caractère » rouge est un assemblage de grenache et de cinsault complété par de petits volumes des autres cuvées produites au domaine (Nowat, Procure et TLM notamment) mais le « Clos de la Procure » est issu exclusivement des vieilles vignes (grenache et mourvèdre complétés par un peu de cinsault, syrah et carignan) de la propriété des Dupéré-Barrera située à Carnoules.
Le premier est d’un abord franc et agréable mais se montre un peu revêche en bouche. Le second offre un plaisir plus complet avec son aromatique très racée et son côté dense et velouté en bouche…MIAM !


Côtes de Provence Très Longue Macération 2008 : le nez est raffiné et complexe avec des notes de résine, de fruits noirs et un fumé discret, la bouche est volumineuse avec une grande concentration et une trame tannique serré mais mûre, la finale est joliment tendue et longuement aromatique.
Côtes de Provence Très Longue Macération  2001 : le nez est moins démonstratif, un peu mystérieux, on y décèle des évocations d’herbes aromatiques et quelques notes fumées très délicates, la bouche possède une structure en demi-corps avec un équilibre bien frais mais la trame tannique sèche et serrée donnent un côté austère et presque agressif à la finale.

 

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Réalisé à base de cabernet sauvignon et de syrah et élevé en barriques (avec un faible pourcentage de bois neuf) « TLM » s’est fait une place de choix parmi le gotha des grands vins de Provence : le Guide Vert ou le BD ne tarissent d’éloges à propos de cette cuvée qu’ils classent régulièrement au même niveau que les vins de Tempier ou de Trevallon.
Le 2008 a impressionné par sa matière dense et tonique et sa persistance aromatique, mais je pense qu’il aurait mérité un oxygénation plus conséquente avant la dégustation (mea culpa !) pour lui permettre de s’ouvrir encore plus.
Le 2001 (qui doit être le premier millésime de TLM si je ne m’abuse…) a montré une palette très raffinée mais a déçu en bouche : le boisé a un peu séché la finale…Dommage !


Bandol India Rouge 2003 : le nez est complexe et expressif sur la figue, les herbes de garrigue sur un fond légèrement fumé et minéral (pierre chaude), en bouche, après une attaque très harmonieuse la matière se déploie avec une jolie texture juteuse et concentrée, la finale se resserre un peu et laisse une impression tannique trop rustique.

 

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Issue principalement d’une parcelle de vieux mourvèdres, exposée au nord-est sur le terroir argilo-calcaire de l’appellation Bandol, India 2003 s’en sort correctement dans un millésime très difficile dans ce secteur (sécheresse, chaleur et blocages de maturité). L’olfaction est fort plaisante et la matière en bouche se présente avec un certain charme mais la finale est rude et somme toute assez courte pour ce niveau d’appellation.

 

 

Côtes de Provence Nowat Blanc 2010 : le nez est ouvert et très gourmand sur les fruits blancs mûrs, la vanille et les épices douces, après une attaque très France la matière se pose voluptueusement en bouche, la structure est très sphérique avec un toucher finement grenu et une finale très longue sur les épices et avec un boisé délicat.

 

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Le procédé Nowat (No Watt) est mis en œuvre sur certaines cuvées vinifiées par les Dupéré-Barrera : Nowat blanc et rouge mais aussi les vins de la Procure.
Le principe consiste à travailler le vin sans utiliser d’électricité donc pour les rouges, foulage à l’ancienne (avec les pieds) et pour les blancs, pressurage avec un pressoir manuel à axe vertical. Le jus fermentent sans aucun intrant et ne sont jamais pompés : tous les entonnages se font par gravité.
Elaboré à partir du cépage rolle complété par un peu de sémillon et d’ugni blanc, ce vin est un vrai bonheur : riche, exubérant et d’une tenue en bouche exemplaire…Magnifique tout simplement !


Pour conclure :

- après avoir eu le plaisir de rencontrer Laurent Barrera à deux reprises, j’étais particulièrement impatient de présenter ces vins aux membres du club A.O.C. Ces vins provençaux dont la qualité a été reconnue par la presse spécialisée dès les premiers millésimes ont rapidement conquis certains marchés internationaux comme le Canada, les Etats Unis ou le Japon mais restent encore assez peu connus en France…et en Alsace, n’en parlons pas !

- la gamme très conséquente proposée par ce domaine propose des cuvées dans les trois couleurs, avec des personnalités originales et bien affirmées. Dans la série de ce soir les rouges ont tous montré un côté pur, juteux et solidement charpenté, le rosé dont l’immédiate gourmandise fait presque oublier la profondeur de sa structure a été une belle découverte.
Proposé en fin de soirée à des palais alsaciens calibrés par une série de rieslings qui impose le respect, Nowat blanc a montré sa classe en forçant l’admiration des plus chauvins de nos dégustateurs…Coup de cœur indiscutable pour moi !
La cuvée rouge Procure 2009 est également sortie du lot : classée à l’unanimité meilleur vin rouge de la série…Bravo !

- ceci dit, malgré ces breuvages pleins de soleil et d’effluves méridionales, il fait toujours aussi froid en Alsace…il va quand même falloir que j’aille me réchauffer du côté de Carnoules ce printemps. 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 12:21


Meursault Vieilles Vignes 2007 – Buisson-Charles à Meursault

Robe : jaune clair, très lumineux.
Nez : timide et réservé, il a besoin de temps pour nous livrer une palette très élégante où se succèdent des notes de pamplemousse, de miel de châtaignier, de pierre chaude sur un fond légèrement terpénique.
Bouche : l’attaque est franche et assez aigüe puis la matière prend du volume avec une large minéralité et une tension bien verticale qui redresse la structure, la finale laisse persister un beau sillage aromatique soutenu par une fine amertume.
Après avoir repris toutes mes notes de dégustation au sujet des vins de 2011 de ce domaine, je n’ai pas résisté à l’envie de déboucher ce Meursault 2007 qui attendait dans ma cave d’appartement. L’olfaction encore un peu discrète me dit que ce vin est encore bien jeune et sa structure solide et si justement équilibrée me dit qu’il était armé pour tenir encore bien des années avant de faiblir… mais bon, j’ai passé un très bon moment en compagnie de cette bouteille, n’est-ce pas là l’essentiel ? « Carpe Diem » !


Château Fougas Maldoror 1999 – J.Y. Bechet à Lansac

Robe : rubis sombre encore très dense
Nez : intense et évolutif, il s’ouvre avec quelques notes fumées très légères puis se complexifie avec une ribambelle d’arômes comme la myrtille, la violette, la réglisse, bois de cèdre…
Bouche : la matière est équilibré et suave, la trame tannique mûre et bien patinée fait patte de velours, la finale est franche, longuement aromatique et très sapide.
Marquée par une prise de bois un peu forte dans ses jeunes années cette cuvée a atteint son optimum aujourd’hui : avec un élevage complètement intégré et une matière qui a parfaitement tenu dans le temps, ce Côtes de Bourg est un vrai régal. La palette extrêmement raffinée et la texture en bouche noble et caressante signent le caractère d’un très grand vin !
Ce domaine en conversion vers la culture bio-dynamique depuis 2010, se positionne comme l’un des leaders de cette appellation où on peut encore trouver des bouteilles avec des rapports Q/P vraiment exceptionnels…qu’on se le dise !


Riesling Nature 2010 – Domaine Rietsch à Mittelbergheim

Robe : jaune citron avec une belle brillance.
Nez : assez réservé mais très pur avec un registre complexe sur les agrumes, les fleurs blanches et la pierre chaude qui se montre progressivement après oxygénation.
Bouche : après une attaque précise et assez incisive, la matière se pose en bouche avec beaucoup d’élégance, soutenue par une acidité vive et très profonde, la finale particulièrement saline et délicatement amère donne un côté sapide et salivant à l’ensemble.
Cette cuvée de riesling issue exclusivement du Grand Cru Zotzenberg a été élevée 10 mois sur lies totales et travaillée sans ajout de SO2. J’ai débouché cette bouteille pour voir comment se portait ce vin…et j’ai été absolument conquis par sa fraîcheur et sa pureté : voilà un vin « Nature » qui en surprendra plus d’un…MIAM !!!!
(13°2 – SR 1,5 g/l – AT 7,3 g/l).



Riesling Grand Cru Engelberg 2010 – Domaine Bechtold à Dahlenheim

Robe : jaune clair avec beaucoup d’éclat, frange argentée.
Nez : vif et bien expressif il développe une jolie palette sur le citron, la craie humide et les herbes aromatiques.
Bouche : l’attaque est assez pointue, mais la matière présente une belle ampleur et un côté charnu très gourmand, la structure est tendue par une acidité longue et rectiligne qui donne beaucoup de tonus à la finale.
Aromatique et plein d’énergie ce superbe riesling se goûte avec facilité et plaisir aujourd’hui mais possède un potentiel de garde conséquent. Sur ce millésime qui est en train de s’imposer comme l’une des références de ce début de siècle, Jean-Marie Bechtold a réussi un Engelberg de très haute expression... hélas cette cuvée, produite en très petite quantité est déjà épuisée. Il va falloir venir la déguster chez moi !

 

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Ambiance hivernale près de l'Engelberg

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 10:20

LES GRANDS CRUS D'ANDLAU SELON...

 

 

Après 14 étapes sur la longue route des Grands Crus alsaciens un constat s’impose : j’avance beaucoup trop lentement pour espérer arriver au bout de mon projet d’étudier tous les terroirs classés de notre vignoble.
Je vais donc profiter de mon arrivée à Andlau pour accélérer l’allure : après Mittelbergheim et son Zotzenberg la descente nord-sud de la route des vins d’Alsace me conduit dans ce petit village qui ne possède pas moins de 3 Grands Crus sur son ban communal.
L’occasion était vraiment trop belle pour ne pas âtre exploitée…me voilà donc pour la première fois face à un vigneron pour décrypter les mystères de 3 Grands Crus d’Alsace : c’est parti pour une quête complexe mais passionnante en compagnie d’Antoine Kreydenweiss face au Wiebelsberg, au Kastelberg et au Moenchberg

1Les coteaux du Kastelberg et du Wiebelsberg vus du sommet du Moenchberg.

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

 

Cachée au pied du massif vosgien, Andlau est une bourgade au charme discret qui compte aujourd’hui près de 1900 habitants et qui sur le plan administratif fait partie du canton de Barr.

 

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Ce village est situé dans la vallée de l’Andlau, une petite rivière qui prend sa source près du Champ du Feu et qui se jette dans l’Ill à quelques kilomètres au sud de Strasbourg. 

 

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Andlau, un village blotti au pied des Vosges
 

Malgré ses dimensions relativement modestes, Andlau est un village dont la richesse architecturale et historique en étonnera plus d’un.
Bien que facile à prononcer (pour une fois…) le nom du village a une origine très complexe, mais tout le monde s’accorde à penser qu’il est lié à celui de la rivière éponyme. 

 

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L’Andlau qui serpente entre les maisons du village.
 

Jusqu’à la fin du IX° siècle la vallée de l’Andlau s’appelait le « Val d’Eléon » par la suite la rivière et le village changèrent de nom à maintes reprises. Dans « La Grande Encyclopédie des lieux d’Alsace », M.P. Urban répertorie plusieurs toponymes avérés : le premier, Andelacum, fut germanisé en Andelaha en 886 par la suite la mémoire historique comporte une bonne dizaine de noms plus ou moins vérifiés comme Andeloha en 999, Andelach en 1126 ou Andela en 1257.
En 1857, pour se distinguer d’une commune de Haute-Marne nommée Andelot, Andlau s’est appelé Andlau-au-Val et il faudra attendre le début du XX° siècle pour que ce village prenne son nom actuel. 

 

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Le blason de la ville.
 

La plupart des historiens sont convaincus que le site de ce village était déjà occupé à l’époque gallo-romaine, mais ce dont on est sûr c’est que l’origine réelle d’Andlau est liée à une personnalité marquante de l’histoire alsacienne : Richarde de Souabe, fille du comte d’Alsace Erchangar 1° de Souabe, devenue impératrice Carolingienne d’Occident après avoir épousé Charles le Gros.

 

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Sur la place de la mairie, la statue de la fondatrice du village en compagnie de l’ourse légendaire.

 

Vers l’an 880. Selon la légende, l’impératrice Richarde était au Mont St Odile où elle vit en rêve un ange lui dire : « à l’endroit où tu verras une ourse gratter la terre, tu élèveras une abbaye dédiée à la Vierge ». C’est en passant par la forêt du Val d’Eleon que Richarde vit une ourse gratter la terre puis venir se coucher à ses pieds ; Richarde repéra ce lieu et y fit édifier une abbaye qui prospéra rapidement : la bonne réputation de cette institution attira en grand nombre les jeunes filles de la noblesse d’Alsace et d’Allemagne.

 

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Statue de Sainte Richarde dans la nef de l’abbatiale Saint Pierre et Paul.
 

L’empereur Charles le Gros étant trop faible pour gouverner son royaume c’est à Richarde que revint cette délicate fonction, qu’elle exerça jusqu’au jour où les nombreux courtisans jaloux convainquirent l’empereur de répudier son épouse. Elle se retira dans son abbaye où elle finit ses jours dans la prière et les bonnes œuvres ; elle mourut en l’an 900 et fut canonisée en 1049 par le pape Léon IX (dont nous avons évoqué la mémoire lors de la précédente étape de notre route des Grands Crus).
 

 

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L’abbatiale vue du coteau du Kastelberg.
 

En souvenir de cette légende, l’ours est omniprésent à Andlau : dans l’église, dans les bâtiments conventuels, dans les cours et les jardins où il surmonte puits et fontaines.

 

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L’ours sur le puits de l’ancien cloître et sur la place centrale du village.


Au cours des siècles, l’abbaye dont l’église fut consacrée par le pape Léon IX, devient un lieu de pèlerinage dédié à la Vierge auquel se rajoute le culte à Sainte Richarde. Cet afflux de pèlerins a nécessité la construction de nouvelles maisons et c’est ainsi que se développa peu à peu le village autour de ce lieu sacré. La noblesse de robe et d’épée ainsi que des ordres chevaleresques comme les Templiers ou les Chevaliers Teutoniques, séduits par la beauté du lieu et peut-être aussi par le charme des gracieuses pensionnaires de l’abbaye, libres de tout serment religieux, s’installèrent dans la cité. 

 

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La Commanderie (XVIII° siècle) est édifiée sur le site d’une ancienne maison appartenant à l’Ordre Teutonique.

 

Notre Dame de la crypte d’Andlau est un des plus anciens pèlerinages d’Alsace et l’église abbatiale Saint Pierre et saint Paul est un des monuments les plus importants de l’art roman dans notre région.

 

12Le porche roman de l’abbatiale…

 

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…et la crypte du XI° siècle où on trouve un reliquaire et un ours…évidemment !


En 1364, l’abbesse de l’abbaye donna cette petite ville en fief à l’une des familles nobles les plus illustres d’Alsace : la famille d’Andlau.
Cette lignée dont les origines remontent au bas Moyen-Age est l’une des plus anciennes de la noblesse française : liés à de nombreux personnages de l’histoire de France les sires d’Andlau ont dirigé cette cité jusqu’à la Révolution. Ils sont à l’origine de l’édification et des châteaux qui dominent la vallée (durant le XIII° siècle) et de la fortification de la ville au XV° siècle.
 

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La vieille ville avec le majestueux bâtiment de la Seigneurie, ancien hôtel noble des comtes d’Andlau


Pour pourvoir aux besoins de tous ces pèlerins des vignes sont replantées sur les versants ensoleillés tout autour du Val d'Eleon. Depuis ce temps, la tradition de la vigne ne s’est jamais démentie à Andlau.
La proximité de la rivière favorisa l’implantation de moulins et, même s’il n’en reste plus qu’un seul aujourd’hui, on n’en dénombrait pas moins de 21 au milieu du XIX° siècle.

 

 

Comme je l’ai déjà évoqué plus haut, Andlau et ses environs regorgent de richesses historiques et architecturales qui combleront les visiteurs les plus exigeants :
- dominant le village d’Andlau, le château du Spesbourg, construit en 1247 a été classé monument historique en 1967

15Le Spesbourg vu du Kastelberg
 

- véritable citadelle granitique à deux tours le château du Haut-Andlau, construit en 1246 a été classé monument historique en 1926. Racheté en 1818 par le comte Antoine d’Andlau pour le sauver de la destruction ce château appartient toujours à la famille d’Andlau qui continue d’œuvrer pour son entretien par l’intermédiaire de l’Association des Amis du Château crée par le comte Guillaume d’Andlau
 

 

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Le Haut-Andlau vu de Mittelbergheim
 

 

- l’abbatiale Saint Pierre et Paul, liée à l’histoire originelle du village, regroupe les styles roman, gothique et classique

 

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La nef de l’abbatiale et sa chaire sculptée de style baroque.
 

- la chapelle Saint André dont l’édifice primitif remonte à l’époque carolingienne.
 

 

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La chapelle au milieu des vignes.
 

- la Seigneurie datant du XVI° siècle fut la résidence des comtes d’Andlau jusqu’à la Révolution. Aujourd’hui, ce superbe bâtiment accueille le « Centre d’Interprétation du Patrimoine ».
 

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La Seigneurie sous le regard de l’ours.
 

 

- la tour des Sorcières qui date du XV° siècle est un vestige des anciennes fortifications

 

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- le centre historique d’Andlau où on pourra admirer des maisons de vignerons construites entre le XV° et le XVIII° siècle.

 

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Une rue d’Andlau.
 

Le touriste plus sportif pourra évidemment profiter des nombreuses possibilités de randonnées et de circuits VTT entre vignes, forêts et châteaux au départ de ce village si proche de la montagne vosgienne…attention ça grimpe sec !

Avec pas moins de 3 Grands Crus, des terroirs très originaux, un sentier viticole et une série de vignerons réputés qui attendent les œnophiles dans leurs caveaux, on pourrait presque dire qu’en plus d’être un lieu de pèlerinage chrétien, Andlau pourrait légitimement revendiquer la reconnaissance comme haut-lieu du culte bachique.

 

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A y regarder de plus près on constate que le moine jovial du Moenchberg ne courbe pas l’échine par dévotion mais bien sous le poids d’un tonnelet de vin…d’Andlau sans doute.
 

 

 

Le travail sur la première partie concernant le village d’Andlau fut particulièrement intéressant, tout en respectant néanmoins une routine maintenant bien installée depuis 14 étapes effectuées sur cette longue route des Grands Crus d’Alsace.
La seconde partie relative à l’étude des terroirs s’annonce plus compliquée :
3 Grands Crus d’un coup, il va falloir travailler dur et changer un peu de méthode !

Après une étude documentaire et une première visite approfondie in-situ, j’ai pu me rendre compte que les Grands Crus d’Andlau partagent plusieurs points communs :


1. Leur petite taille : avec une superficie de 5,82 hectares le Kastelberg est le deuxième plus petit terroir classé d’Alsace (après le Kanzlerberg), le Moenchberg (11,83 hectares) se trouve à la cinquième place et le Wiebelsberg (12,52 hectares) occupe le sixième rang du classement par ordre de taille des 51 Grands Crus.
En y regardant de plus près la surface totale des 3 terroirs est plus de 2 fois plus petite que le Pfersigberg que j’ai étudié lors de ma précédente étape.
 

 

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Le Kastelberg et ses terrasses, au fond le château du Spesbourg

 

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Le Wielbelsberg et sa coiffe sylvestre.

 

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Le Moenchberg en pente douce dominant les premières maisons d’Eichoffen.


  2. Leur découpage assez simple : délimités par des chemins nettement dessinés ils forment des arcs plus ou moins bombés sur le versant sud/sud-est d’une colline. Le Kastelberg est très arrondi, le Wiebelsberg un peu moins et le Moenchberg est plutôt allongé.
 

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Le Kastelberg

 

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Le Wiebelsberg

 

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Le Moenchberg
 

3. Leur enracinement très profond dans l’histoire de la viticulture en Alsace : l’origine de la culture de la vigne sur les coteaux autour d’Andlau remonte probablement aux temps de l’occupation romaine mais on sait avec certitude que les versants sud de la vallée d’Andlau étaient complantés de vignes dès le VII° siècle. Les premières traces écrites relevant l’extrême qualité de ces terroirs datent du XI° siècle, grâce notamment au pape alsacien Léon IX qui s’approvisionnait directement à Andlau pour remplir les caves du Vatican.
Par la suite ce sont les abbayes qui ont rationalisé et développé la production des vins de cette vallée : l’abbaye d’Andlau pour le Kastelberg et le Wiebelsberg et l’abbaye d’Altdorf pour le Moenchberg. La mainmise des religieux sur ces Grands Crus transparaît même dans le nom de deux d’entre eux :
- le Moenchberg se traduit par « mont des moines », un nom qui fait directement allusion aux bénédictins d’Altdorf.
- le Wiebelsberg, « mont des femmes » (Wieb signifie femme en alsacien), tiendrait son nom des demoiselles de l’abbaye Sainte Richarde, ou peut-être de l’église Saint Michel qui surplombait la colline autrefois (Wiebelsberg serait alors la déformation de Michelsberg).
- le Kastelberg est le seul dont le toponyme a gardé un caractère profane car ce coteau anciennement appelé Castelberg fait référence aux « Caschte », (« terrasses » en alsacien), taillées dans ses pentes abruptes. Le Kastelberg est donc le « mont des terrasses ».
Dans son ouvrage « Alsace, une civilisation de la vigne », l’historien Claude Muller signale que dans la première moitié du XVI° siècle, les abbayes d’Andlau développent un commerce de vin particulièrement florissant.
Curieusement, ces vignobles situés à quelques kilomètres de la capitale alsacienne ne sont jamais tombés dans l’escarcelle des Princes-Evèques de Strasbourg pourtant omniprésents dans l’histoire de notre vignoble.

 

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Vue du Moenchberg, la flèche de la Cathédrale de Strasbourg (au centre de l’image).
 

Amoureux d’Andlau et du Kastelberg, Jean-Louis Stoltz (1777-1869), un officier de santé des armées, s’est établi dans ce village au moment de sa retraite et, après avoir rédigé sa célèbre « Ampélographie des vins d’Alsace » (1852) il recensa et classifia les meilleurs terroirs viticoles alsaciens.
Ce travail a été utilisé plus d’un siècle plus tard pour établir la liste des Grands Crus d’Alsace : sachant cela, on ne s’étonnera plus de voir que le Kastelberg, le Moenchberg et le Wiebelsberg figurent parmi les premiers terroirs classés en 1983. 

 

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L’ouvrage de J.L. Stoltz toujours disponible…

 

 

Ce passé commun ne doit pourtant pas nous faire oublier que, malgré leur proximité géographique, les Grands Crus d’Andlau ont des caractéristiques propres particulièrement marquées : l’identité très forte de chaque terroir justifie pleinement leur différenciation légale.

Sur le plan géologique la diversité des sols autour d’Andlau est un modèle parfait de cette mosaïque complexe qui rend le vignoble alsacien tout à fait unique.

Le Kastelberg est délimité sur un coteau extrêmement pentu (déclivité de 45% dans certains secteurs sommitaux) à une altitude comprise entre 240 et 315 mètres.
 

 

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Pentes impressionnantes dans le secteur central du Kastelberg.
 

Le sol du Kastelberg est unique en Alsace : taillé d’un bloc dans des schistes de Steige ce terroir présente une unité géologique quasi-parfaite.
Cette roche dure et noire datant de l’ère primaire (silurien – 430 millions d’années) a été cuite au contact du magma granitique pour former un assemblage compact de grains de quartz de lamelles de mica et de chlorite.
 

 

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Un pied de vigne au centre du Kastelberg…l’image parle d’elle-même !
 

 

Dans la partie haute du Kastelberg, il y a quelques affleurements de granit par endroits et le sol en bas de coteau est un peu plus riche avec une pente plus douce.

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Le bas du Kastelberg…

34Avec un sol un peu plus riche…à peine !
 

 

Séparé du Kastelberg par un chemin qui matérialise la faille géologique, le Wiebelsberg, situé à une altitude entre 227 et 320 mètres, apparaît comme la continuité géographique du Kastelberg tout en se distinguant sur le plan géologique.

 

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L’est du Kastelberg et le Wiebelsberg séparés par une petite route.
 

Ce Grand Cru fait partie de la famille des terroirs gréseux : reposant sur un socle de grès vosgien supérieur composé de grains de quartz cimentés par une matrice siliceuse et ferrugineuse, le sol du Wiebelsberg est léger, sableux et de couleur brun-rose.
 

 

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Un jeune pied de vigne sur le Wiebelsberg.

La couche de sable gréseux est assez profonde sur la partie amont très pentue mais dans les secteurs en aval où la pente est moins forte, le sol devient sablo-argileux avec une présence importante de cailloux de grès colluvionnés au Quaternaire.
 

 

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Des rangs de vigne dans la partie supérieure du Wiebelsberg…

 

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…et une jeune vigne du domaine Kreydenweiss dans sa partie inférieure.

 

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Un pied de vigne en bas du Wiebelsberg.
 

Pour arriver au Moenchberg il faut sortir d’Andlau par la départementale qui passe à côté de la chapelle Saint André et qui mène vers Eichoffen. Situé à une altitude comprise entre 220 et 261 mètres, ce coteau aux pentes plus douces est classé parmi les terroirs marno-calcaires par Serge Dubs (Les grands crus d’Alsace).
 

 

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Les pentes douces du Moenchberg.
 

Sur le Moenchberg les sols fins et sableux sont assez profonds et constitués exclusivement de matériaux soliflués à l’ère quaternaire : la matrice est limono-argileuse avec une présence accrue de calcaire vers la crête et davantage de limon et d’argile dans les parcelles en bas de coteau.

 

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Un pied de vigne à mi-coteau sur le Moenchberg.
 

Le sol de ce grand cru comprend également une proportion variable de cailloux (10 à 30%) et de sables gréseux qui lui donnent un aspect brun-rose par endroits.
 

 

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Un pied de vigne dans un secteur plus gréseux du Moenchberg.
 

 

Au niveau du microclimat les trois grands crus présentent beaucoup de points communs mais également quelques différences. Les trois terroirs sont classés comme étant chauds et secs, grâce à leur exposition dominante au sud et à la protection des montagnes environnantes qui les préservent des vents glaciaux venus du nord et des précipitations venues de l’ouest. L’Andlau qui coule au pied du Kastelberg est considéré comme un régulateur thermique pour ce grand cru et peut-être aussi un peu pour le Wiebelsberg voisin, mais il est fort probable que ce dernier bénéficie également de l’effet rafraîchissant des nombreuses sources qui naissent dans la forêt qui coiffe.
 

 

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Le Wiebelsberg coiffé de sa forêt thermo-régulatrice.
 

 

Au niveau de la viticulture, le riesling est le cépage roi sur les 3 terroirs : locataire quasi-exclusif sur le Kastelberg et le Wiebelsberg, il partage la surface avec le pinot gris et le gewurztraminer sur le Moenchberg. Sur ce dernier, le riesling trouve son terrain d’élection dans les parties plus calcaires (conglomérats du Muschelkalk), le pinot gris s’épanouit dans les secteurs limoneux-marneux alors que le gewurztraminer se plaît davantage dans la zone plus argileuse en bas de coteau.
Malgré les pentes souvent très impressionnantes, de nombreuses parcelles sont enherbées et labourées et travaillées selon des méthodes biologiques ou bio-dynamiques. Comme le dit Remy Gresser « Notre rôle consiste à entretenir un environnement sain, où l’équilibre entre la faune et la flore permet à la vigne de réguler ses échanges avec le milieu naturel, le sol, l’eau et l’espace, qui participent au cycle de la vie ».
 

 

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Environnement un peu sauvage sur le Kastelberg…

 

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…plus « civilisé » sur le Moenchberg…

 

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…et la sentinelle du Wiebelsberg dérangée par ma présence.
 

Militant convaincu pour la mise en valeur des terroirs d’Andlau et actuel président du C.I.V.A., Rémy Gresser ne cache pas ses ambitions : loin des vins techniques et faciles d’accès qui « répondent à une demande à un moment donné » il est convaincu que ces grands crus sont avant tout des vins « culturels » qui constituent « le socle de l’histoire sur lequel se bâtit l’avenir ».
Les rieslings du Kastelberg sont des aristocrates qui ne se donnent pas au premier venu :  « Ce sont de grands vins pour de grands connaisseurs » selon Remy Gresser. Ce terroir schisteux que Claude Sittler qualifie comme étant « riche en minéraux fertilisants » confère à ces vins des personnalités uniques. Leurs palettes regorgent d’épices et d’herbes aromatiques et leurs structures viriles sont d’une noblesse incomparable.
Les rieslings du Wiebelsberg donnent dans l’élégance et le raffinement avec une silhouette svelte et une olfaction délicate où on peut retrouver des notes fruitées (raisin muscaté, pèche, pamplemousse…) et florales (acacia, rose). Les épices douces auront besoin d’un peu de vieillissement pour se révéler et compléter le registre aromatique.
Sur le Moenchberg, les rieslings sont plus flatteurs avec un fruité très avenant (groseille à maquereaux, rhubarbe) et des notes de fleurs printanières. Plus gras et plus gourmands en bouche avec une acidité agréable, leur générosité peut les faire paraître un peu arrogants dans leur jeunesse. Les pinots gris sont riches, amples et puissamment aromatiques (miel, coing…) et les gewurztraminers développent des arômes classiques de rose et de fruits exotiques avec une empreinte minérale discrète qui de définit après quelques années de bouteille.
Bien évidemment les Grands Crus d’Andlau demandent à vieillir pour s’exprimer pleinement : les Kastelberg ne devraient pas être ouverts avant 3 ou 4 ans mais leur optimum qualitatif se situe plutôt entre 10 et 15 ans.
Les Wiebelsberg peuvent s’apprécier jeunes pour leur côté juvénile et aérien mais, comme tout vin de terroir, ces crus gagneront en profondeur et en complexité avec l’âge.
Malgré leur côté séducteur très spontané, les Moenchberg sont de grands vins de garde, leurs puissants éléments constitutifs garantissent leur bonne tenue dans le temps… l’amateur patient pourra se régaler avec leurs expressions minérales subtiles et raffinées qui se seront révélées au vieillissement.

 

47Le kiosque au sommet du Kastelberg avec mon vaillant destrier (enfin, surtout vaillant dans les descentes…hélas !)
 

 

…ANTOINE KREYDENWEISS

 

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Les bâtiments du domaine Kreydenweiss sont situés au pied du Kastelberg, en face de l’imposante Abbatiale Saint Pierre et Paul et au bord de la rivière Andlau. C’est un ancien moulin édifié au XVII° siècle par les ascendants de cette famille, à la fois viticulteurs et meuniers.

 

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La maison Kreydenweiss
 

Dès le milieu du XIX° siècle, Alfred Gresser commença à pratiquer les premières mises en bouteille au domaine. Environ 100 ans plus tard, René Kreydenweiss épousa Denise Gresser et c’est ce couple de vignerons qui instaura et développa la vente directe de leurs vins au domaine.
En 1971, Marc Kreydenweiss prend la relève de ses parents et 10 ans plus tard il choisit de s’orienter vers la production de vins d’Alsace haut de gamme en baissant drastiquement ses rendements (à partir de 1983 le rendement moyen du domaine est passé à 40 hl/ha) et en développant la qualité de son travail en cave.
En 1989, Marc Kreydenweiss s’engage vers la biodynamie pour prolonger sa recherche d’exigence qualitative tout en inscrivant sa viticulture dans une démarche de développement durable et éco-responsable.
En 2004, Antoine Kreydenweiss, rejoint le domaine : après une solide formation en Bourgogne il commence à travailler en collaboration avec son père avant de prendre seul les rênes de son exploitation en 2008.

Que ce fut difficile de trouver un créneau compatible dans nos agendas respectifs pour pouvoir enfin organiser cette rencontre avec Antoine Kreydenweiss, qui me permettra de mettre la touche finale à mon article sur la quinzième étape de ma tournée parmi les terroirs classés alsaciens.
Mais au bout du compte on y est arrivé et je me retrouve avec grand plaisir en compagnie de ce jeune vigneron pour lui demander de nous faire partager sa vision personnelle de ces trois grands crus d’Andlau.

 

 

Comment définiriez-vous ces terroirs ?

« Le Kastelberg est un terroir très homogène » : pentu avec une grande unité géologique sur l’ensemble de la surface.
« Avec son orientation au sud et son sol recouvert de pierres noires, c’est un terroir très sensible aux effets du millésime » : en règle générale si l’année est chaude les vins seront amples et généreux mais si l’année est froide les vins seront particulièrement tendus.
Antoine compare le Kastelberg au Rangen qui selon lui exprime le millésime avec la même force.
« Les vins du Kastelberg demandent des élevages longs et se sentent mieux lorsqu’ils sont travaillés dans le bois…leur puissance leur permet même de digérer le bois neuf ».
Comme nous le verrons par la suite, Antoine Kreydenweiss a choisi d’augmenter considérablement la durée d’élevage de ses vins…il n’est pas impossible que ce terroir si particulier ait exercé une certaine influence sur ce vigneron dans le choix de ses modes de vinification.

Pour Antoine le Wiebelsberg se caractérise également par sa belle homogénéité géologique « c’est un sol de sable gréseux qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas spécialement pauvre et ne craint particulièrement pas la sécheresse si les sols ne sont pas nus en été  ».
Sur ce Grand Cru les meilleures parcelles sont situées dans la partie la plus sableuse en haut du coteau mais les parties plus basses peuvent également se révéler très qualitatives.
« Sur ce terroir le choix du végétal est important » : pour la jeune vigne au bas du Wiebelsberg Antoine a utilisé des plants issus d’une sélection massale sur un porte-greffe riparia et le résultat s’est montré tout à fait satisfaisant.

Très différent des deux terroirs précédents le Moenchberg ne possède pas de véritable unité géologique « c’est un dépôt glaciaire suite à glissement de terrain ». Ce Grand Cru est généralement assimilé à la famille des terroirs marno-gréseux, mais pour Antoine les sols y sont plus complexes « il y a finalement assez peu de marnes mais on y trouve pas mal de grès dans certains secteurs ».
Contrairement aux apparences, les sols du Moenchberg sont assez pierreux : « Lorsqu’on creuse un peu on trouve vraiment beaucoup de cailloux et ils sont plus gros que sur le Wiebelsberg ».
C’est un terroir très précoce « Nous rentrons les raisins du Moenchberg dès les premiers jours de vendanges », malgré ceci, Antoine est convaincu que ce Grand Cru possède un terroir idéal pour élaborer des cuvées moelleuses (V.T. ou S.G.N.) : « Le Moenchberg produit des vins fruités avec une acidité mordante, incisive qui nécessite une présence de sucres résiduels pour s’équilibrer » .


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Dans les faits, c’est le riesling qui domine largement sur ces trois terroirs classés mais d’après Antoine, les raisons qui ont conduit à ce choix d’encépagement sont très diversifiées d’un Grand Cru à l’autre.

- Sur le Kastelberg le riesling règne sans partage : « à ma connaissance ce cépage occupe 100% de la superficie du Grand Cru ». L’origine de ce choix radical est avant tout historique «  Jean-Louis Stoltz, qui a mis en valeur les terroirs d’Andlau dès le XIX° siècle, possédait une grande partie du Kastelberg et adorait le riesling… ». Par la suite la tradition s’est perpétuée « comme il s’est avéré que ce cépage engendrait de très grands vins sur le Kastelberg, les vignerons d’Andlau ont continué dans cette voie ».

- Sur le Wiebelsberg le riesling occupe presque toute la superficie aujourd’hui (95%). La raison principale de cet état de fait est liée à la nature du terroir qui convient nettement moins aux autres cépages « il reste quelques ares de muscat mais les vins issus de ce cépage sur ce Grand Cru ne me convainquent pas vraiment…le pinot gris occupe quelques parcelles et produit des vins très fins mais qui manquent un peu de personnalité ».

- Sur le Moenchberg le riesling a gagné beaucoup de terrain depuis quelques décennies, aujourd’hui il représente près de 70% de l’encépagement. « C’est un effet du classement de ce coteau en Grand Cru, car avant on y trouvait beaucoup de sylvaner »
Aujourd’hui, on peu regretter que les vignerons d’Andlau n’aient pas eu la même attitude que ceux de Mittelbergheim qui ont choisi le combat pour faire accepter ce cépage dans le cahier de charge de leur Grand Cru.
Au domaine Kreydenweiss par contre, le seul cépage planté sur le Moenchberg est le pinot gris « c’est mon père qui, après quelques dégustations comparatives de rieslings et de pinots gris issus du Moenchberg, a choisi le pinot gris pour exprimer au mieux ce Grand Cru ». Les deux parcelles très gréseuses situées, l’une à la limité supérieure du Moenchberg et l’autre à mi-coteau, permettent généralement l’élaboration d’une cuvée classée en Grand Cru et d’une cuvée de V.T. ou de S.G.N.

Pour conclure il est intéressant de relever le fait que le choix des cépages sur un Grand Cru ne répond pas exclusivement à une réflexion par rapport au terroir mais dépend également du poids de l’histoire et surtout d’impératifs commerciaux « la loi sur les Grands Crus a eu pour effet collatéral d’accélérer cette logique commerciale, mais aujourd’hui de nombreux vignerons commencent à se recentrer sur l’adéquation cépage/terroir et c’est une bonne chose ».


Quels caractères spécifiques ces terroirs transmettent-ils aux vins ?

Antoine Kreydenweiss n’aime pas trop parler de marqueurs olfactifs pour caractériser un vin « l’expression aromatique d’un vin est déterminée davantage par le millésime et le travail du vigneron que par le terroir ».
Hoppla, encore un vigneron qui ne va pas m’aider à progresser dans ma carrière de dégustateur…ça commence à bien faire !
« La nature du terroir imprime surtout sa signature dans la structure du vin » :

- les vins du Kastelberg possèdent « une colonne vertébrale acide solide et droite, un volume très large et un grain tannique très marqué ».
C’est un terroir très puissant dont on ressent la marque dès le pressurage « les jus du Kastelberg sont déjà si tanniques qu’ils sont vraiment peu agréables à goûter ».
Une des caractéristiques essentielles des vins nés sur ce Grand Cru est l’absence d’expression variétale « leur palette n’exprime que très peu le fruit mais plutôt des notes de plantes » (anis, menthe, camphre…)
Bien entendu, les Kastelberg sont des vins de garde par excellence « austères dans leur jeunesse, ils vieillissent très lentement », d’ailleurs Jean-Louis Stoltz prétendait qu’ils pouvaient se garder durant un siècle…

 

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- les vins du Moenchberg se distinguent par leur corpulence souvent imposante : une ossature épaisse et une chair généreuse qui ne donnent pourtant pas l’impression de lourdeur car « l’acidité très incisive issue du terroir apporte une fraîcheur à l’ensemble même dans les millésimes solaires comme 2009 ».
Face au temps les Moenchberg sont assez polyvalents : équipés pour défier les années avec facilités ils sont déjà très flatteurs dès leur prime jeunesse.

 

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- les vins du Wiebelsberg sont « accessibles et friands » même si l’acidité peut être très forte et la matière volumineuse l’ensemble donne toujours une impression d’élégance « du fruit, des fleurs et un corps finement dessiné ».
Antoine reconnaît être très sensible au charme des rieslings du Wiebelsberg « des vins qui remplissent la bouche tout en gardant une structure raffinée comme de la dentelle ».
Ces vins « plus accessibles et plus faciles à comprendre » que ceux du Kastelberg ne craignent pourtant pas le vieillissement « les Wiebelsberg peuvent être gardés 20 ans sans problème ».
 

 

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Sur le Wiebelsberg à la fin de l’automne…ambiance vaporeuse.
 

 

 

Y-a-t’il dans votre mémoire de dégustateur des vins qui vous ont aidé à vous faire une image de ce que devait être un Grand Cru ?

La nouvelle formulation de cette question qui avait bien inspiré Chistian Beyer lors de ma visite à Eguisheim, ne connaît pas le même succès auprès d’Antoine Kreydenweiss qui n’aime pas trop le concept de « modèle » lorsqu’on parle de vin. Il reconnaît volontiers que durant sa formation au Lycée Viticole de Beaune et chez Pierre Morey ou Jean-Louis Trapet, il a été influencé par les méthodes de vinification bourguignonnes « j’ai notamment compris à quoi servait l’élevage des vins ».
Mais il a aussi compris que le modèle bourguignon ne peut pas être appliqué tel quel aux vins d’Alsace « je ne cherche pas à reproduire un type de vin mais j’essaie de mettre mes connaissances en œuvre pour comprendre au mieux mes terroirs et pour les aider à exprimer pleinement leur potentiel et leur personnalité ».
Ce jeune vigneron est convaincu que dans son monde les certitudes sont très souvent un frein au progrès « je fais partie d’un groupe de vignerons (avec J.P. Rietsch, L. Rieffel ou P. Meyer entre autres) qui partagent leurs expériences pratiques pour continuer d’améliorer leurs vins ».
En résumé, Antoine Kreydenweiss considère que l’image de chaque Grand Cru est à dessiner chaque année et que ce sont plutôt les expériences partagées avec d’autres vignerons que le souvenir de bouteilles dégustées qui l’aident à évoluer et à progresser dans l’élaboration de ses vins.

 

 

Les vins du domaine : quelle conception ?

Au niveau de la viticulture, le domaine Kreydenweiss applique les principes de la biodynamie depuis l’année 1989 : « En suivant des conseils de François Boucher, mon père a fait partie de la seconde vague des vignerons qui se sont orienté vers cette philosophie ».
Les vignes demandent une présence humaine très soutenue : labour (au treuil sur le Kastelberg), binage, taille, ébourgeonnage, effeuillage…la plupart de ces opérations ne sont pas mécanisées.
Avec ces pratiques très exigeantes le rendement moyen du domaine Kreydenweiss se situe autour de 40 hl/ha.
Au niveau des vinifications, Antoine a fait le choix des élevages longs en contenants bois : foudres alsaciens, muids, demi-muids ou barriques.

 

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Une partie de la cave du domaine Kreydenweiss avec ses contenants en bois entourant un pilier en grès datant du XVII° siècle.


Influencé par sa formation bourguignonne et par ses échanges avec Jean-Pierre Rietsch, Antoine élève toutes ses cuvées durant au moins 11 mois. Ce procédé rend les structures acides plus raffinées (malo systématique) et stabilise naturellement les vins ce qui permet de réduire l’ajout de SO2 à la mise « Mes vins ont entre 40 et 80 mg/l de SO2 total après la mise ».
La production du domaine est exportée à 50%, 40% est distribuée par des cavistes ou des restaurateurs et le reste (10%) est vendu au caveau à la clientèle particulière.


Et dans le verre ça donne quoi ?

En guise de travaux pratiques pour illustrer ses propos Antoine me propose la dégustation de deux millésimes différents sur chacun des 3 Grands Crus.

Riesling Wiebelsberg :

2009 : le nez est encore très réservé, mystérieux et complexe il délivre avec parcimonie quelques notes de fleurs et de fruits blancs, la bouche est généreuse mais l’équilibre reste bien sec, la finale laisse une belle impression d’élégance et de distinction.
Elevée durant 2 ans sur lies, cette cuvée montre une certaine retenue au nez mais se libère en bouche pour nous régaler avec une matière puissante et gourmande. Très agréable à goûter aujourd’hui, ce vin mérite néanmoins qu’on l’attende encore un peu…je pense qu’il n’exprime pas encore tout ce qu’il a à dire !
(14° - SR 5,2 g/l – AT 6,9 g/l)


2008 : le nez est fin et délicat avec des notes de fleurs et d’épices sur un fond minéral assez marqué (le côté pierreux et salin se devine déjà à l’olfaction), la bouche est très élégante avec une matière longiligne, une acidité bien présente mais très « posée » et une finale qui possède une belle allonge saline.
Avec sa minéralité très profonde, ce vin garde cependant un caractère très aérien…un peu comme s’il s’appuyait sur son côté terrien pour mieux s’élever.
Un Wiebelsberg encore bien jeune mais déjà très abouti.
(13° - SR 4,6 g/l – AT 7,2 g/l)

 

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Pinot Gris Moenchberg :

2009 : le nez est délicat avec des notes de fruits blancs bien mûrs, en bouche l’équilibre est sec avec une matière puissante soutenue par une solide trame acide, la finale est finement tannique et rafraîchie par quelques beaux amers.
Ce vin surprend pas son équilibre bien tendu mais comble les sens par la finesse de son aromatique et la complexité de sa texture…Un pinot gris de haute gastronomie !
(14° - SR 4,4 g/l – AT 6 g/l)

2008 : le nez est très mûr avec des notes grillées et un fruité discret et légèrement confit, en bouche, l’attaque est très douce, la matière ample et joliment fruitée s’épanouit avec une belle harmonie, la finale est longue et sapide.
Sur ce Grand Cru, l’équilibre entre la richesse issue du terroir du Moenchberg et l’acidité particulière de ce millésime est splendide. Ce vin présente une cohésion et une plénitude d’une perfection rare.
(14° - SR 25,5 g/l – AT 6,1 g/l)
 

 

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Riesling Kastelberg :

2009 : le nez est pur mais très réservé, la bouche est concentré et très solidement structurée par une trame acide et tannique particulièrement puissante, la finale est très longue et profondément minérale.
Ce monstre endormi qui a suivi sans aucune difficulté l’exubérant Moenchberg 2008 est un très grand vin de garde « Il ne faudrait vraiment pas ouvrir cette bouteille avant 5 ans… »...la fête des papilles demande souvent un peu de patience !
(14° - SR 4,2 g/l – 6,2 g/l)

2008 : le nez s’ouvre su quelques notes de croûte de pain grillée avant de laisser la place à une palette d’une pureté confondante, eau de roche et discrètes nuances d’herbes aromatiques, la bouche possède une acidité mûre et profonde entourée par une matière très raffinée, la finale est bien longue et finement tannique.
Ce vin magnifique m’a fait immédiatement penser au superbe Meursault Goutte d’Or 2010 dégusté récemment au domaine Buisson-Charles : pureté cristalline, matière dense, équilibre vertical et tenue en bouche d’une noblesse absolue. Avec ce vin, on comprend pourquoi le Kastelberg est parfois assimilé à un Montrachet alsacien…
(12°5 – SR 3,5 g/l – AT 7,6 g/l)

 

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Comme d’habitude je conclurai cet article par un petit bilan sur cette quinzième expérience de visite approfondie de terroirs classés Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

- J’ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Grands Crus d’Andlau comme avant !

- Relevée depuis bien longtemps par le professeur Claude Sittler, la complexité géologique des terroirs d’Andlau constitue le modèle parfait pour expliquer l’incroyable diversité des sols du vignoble d’Alsace. Ce village du piémont vosgien possède non seulement une grande richesse architecturale et historique mais représente une étape irremplaçable pour tout amateur de vin désireux de comprendre un peu plus la subtile logique des terroirs alsaciens.

- Les vins qui naissent dans ce secteur traduisent à merveille les multiples expressions de nos cépages nobles sur ces coteaux géologiquement si différents : il y a les crus du Kastelberg, fougueux et profondément minéraux, ceux du Wiebelsberg, plus élégants mais également appuyés sur de solides bases minérales et ceux du Moenchberg, assez faciles à approcher mais puissants et complexes. A ces noms connus il faut également ajouter d’autres coteaux avec une identité bien marquée notamment celui où les Kreydenweiss produisent le remarquable riesling Clos Rebberg (Schistes gris de Villé).

- Antoine Kreydenweiss qui a une profonde conscience de la valeur du patrimoine que ses parents lui ont confié s’investit avec force et conviction dans son travail de vigneron pour continuer leur œuvre et porter encore plus haut la qualité des vins issus des terroirs andlaviens.
Il est très attaché au Kastelberg, Grand Cru mythique qu’il connaît parfaitement et dont l’exploitation lui demande des efforts parfois surhumains, mais qui est capable de générer des vins exceptionnels « Avec l’âge, les vins du Kastelberg dominent toujours les autres crus par un surcroit de complexité ».
Il n’est cependant pas insensible aux charmes des vins du Wiebelsberg, si séduisants dans leur jeunesse mais qui tiennent solidement leur place face au temps qui passe.
Pour le Moenchberg, il se montre très confiant car ce Grand Cru qui vit un peu dans l’ombre de ses deux prestigieux voisins est un terroir prometteur : la qualité des vins du Moenchberg est de mieux en mieux reconnue grâce à certains vignerons qui défendent ce Grand Cru avec ferveur « Philippe Maurer à Eichhoffen effectue un travail remarquable sur ce coteau ».
Promis, dès que j’aurai mis un point final à mon dernier article sur les Grands Crus d’Alsace, je referai une nouvelle tournée…il y a encore tant de grands vignerons à voir !

- Pour des renseignements complémentaires vous pouvez visiter le site du domaine et si vous voulez vous rendre sur place vous pouvez profiter de la journée « Portes Ouvertes » organisée chaque année au printemps.

- Merci à Antoine Kreydenweiss pour son accueil.

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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