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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 18:31


Cette soirée organisée de main de maître par Stéphane (comme d’habitude !) nous proposait de découvrir les vins de Vouvray en nous intéressant exclusivement à la production d’un domaine précis.
Le choix du vigneron qui allait fournir la matière liquide pour illustrer notre thème d’étude fut chose aisée : avec ses pratiques culturales exigeantes, ses beaux terroirs, sa carte très complète et sa notoriété affirmée, le Domaine Huet s’imposait tout naturellement.

Au programme 12 cuvées choisies dans la gamme très fournie de ce domaine, qui propose des vins secs, demi-secs ou moelleux sur 3 terroirs biens distinct :
- Le Mont : 8 ha avec un sous-sol composé d’argiles vertes, de silice et de cailloux
- Le Haut Lieu : 9 ha avec un sous-sol argilo-calcaire profond
- Le Clos du Bourg : 6 ha avec un sol peu épais qui recouvre la roche calcaire.

Les vins sont servis dans des verres Spiegelau à température de cave (alsacienne en hiver…donc environ 8 à 10 degrés) mais la dégustation ne s’est pas faite à l’aveugle.

Soirée club AOC du 5 mars 2010 à Reichstett



Première série : les vins secs.


Le Mont 2007

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Le nez est discret mais très pur, dominé par le citron frais, la bouche possède un joli gras, une acidité pointue et des SR bien intégrés (près de 9 g). La finale est nette et digeste avec des arômes de pamplemousse fins et persistants.
Une belle entrée en matière avec un équilibre gourmand et un profil aromatique simple mais précis.


Le Mont 2006


Le nez est marqué par des notes de fumé et de fruits blancs, au palais l’équilibre semble plus sec que pour le 2007 (il y a en effet 3 g de SR en moins), la minéralité est affirmée, le milieu de bouche est un peu en creux mais la finale est de toute beauté avec du fruit (pomme) et de la longueur.
Un profil aromatique qui s’oriente nettement vers des accents de terroir, une belle présence en finale mais un petit manque de cohérence au niveau de la structure… ce vin a du potentiel mais est encore bien jeune aujourd’hui.


Le Haut Lieu 2006

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Le nez est ouvert et expressif, miel, fruits blancs (pomme verte) et silex en finale composent une belle palette. La bouche est tonique et ample, l’équilibre est raffiné avec une acidité longue, des SR présents sans être dominants (8g) et quelques nuances finement boisées. Une fine amertume rend la finale fraîche et digeste.
Même millésime mais terroir différent pour ce vin complet et assez flatteur qui semble plus ouvert que le précédent.



Deuxième série : les vins demi-secs


Le Haut Lieu 2008


Le nez est intense et complexe avec des arômes de fruits blancs (pomme, banane) et quelques nuances plus exotiques (sucre de canne, épices douces). La bouche est ronde, le toucher est soyeux et l’équilibre entre les SR (30 g) et l’acidité se construit progressivement à partir du milieu de bouche. La finale est droite et longue avec de délicats arômes de coing frais.
Un vin avec une matière riche et gourmande, qui doit encore harmoniser sa structure mais qui possède déjà de beaux arguments pour séduire.

Le Haut Lieu 2007


Le nez est discret avec des arômes de miel et quelques nuances pierreuses, la bouche est puissante, volumineuse et profondément minérale, la finale est fraîche avec une légère amertume et quelques notes de pamplemousse et de levure de bière.
Un très bel équilibre avec une richesse contenue (21 g de SR) et une structure minérale affirmée.


Le Mont 2006


Le nez est discret sur les agrumes frais et la pierre chaude, l’attaque en bouche est franche et agréable, le vin possède un équilibre en demi-corps très élégant, la finale est marquée par un joli retour minéral agrémenté de délicates notes d’épices.
Une matière mûre et magnifiquement équilibrée avec une palette qui révèle une belle complexité aromatique…ce vin commence à s’ouvrir avec beaucoup de classe.


Le Mont 2005


Bouchonné


Le Mont 1999


Le nez est un peu surprenant avec des notes fumées, iodées et presque caoutchouteuses, la bouche est très bien équilibrée mais le profil aromatique suscite quelques doutes…la finale fortement tourbée et un peu amère évoque certaines cuvées oxydatives.
Le vin de la série qui a le plus divisé l’assemblée…mais il faut reconnaître qu’il y avait de quoi être dérouté. Personnellement c’est le profil olfactif qui m’a vraiment perturbé… Mystère !


Suite au débat sur le dernier vin Stéphane nous propose un intermède sur le même thème, histoire de remettre les papilles d’équerre. Je ne vous parlerai pas de la bouteille de chenin vietnamien qu’il nous a infligée (surement pour nous punir d’avoir discuté un vin qu’il avait trouvé vraiment bon, mais passons…) mais de l’autre flacon sorti de sa réserve personnelle :


Vouvray Domaine de Vaufuget 1985 – A. Chambert à Vouvray


Le nez est surprenant mais assez agréable avec des notes d’infusion, de menthe poivrée (un peu comme un vieux muscat d’Alsace), la bouche possède une structure droite avec une acidité tonique, les notes végétales restent bien présentes, la finale est fraîche mais assez courte.
Un quart de siècle bien tapé que ce chenin assume sans faiblesse…ça manque un peu de complexité mais la tenue en bouche est remarquable.



Dernière série : les vins moelleux


Le Haut Lieu 2008


Le nez est d’une pureté impeccable et offre une palette séduisante sur le coing frais et le citron vert, en bouche, après une attaque assez vive avec une acidité franche et longue, l’équilibre se réalise sur un registre d’une grande suavité, la finale est très longue.
Un futur moelleux d’anthologie avec ses 53 g de SR et son acidité profonde… ceci dit, il se goûte si bien en ce moment qu’il sera peut-être difficile d’attendre !


Le Clos du Bourg 2007

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Le nez se livre avec retenue et élégance sur des notes florales, réglissées et légèrement boisées, la bouche est ample et sphérique, la finale révèle une minéralité puissante et très profonde.
Un équilibre digeste sur une matière riche et concentrée (46 g de SR), un moelleux ligérien dans toute sa splendeur !


Le Clos du Bourg  Première Trie 2006

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Le nez est aérien avec une palette évoquant la citronnelle et les fleurs, l’équilibre en bouche est fin, l’acidité longue et pure répond à une sucrosité parfaitement intégrée. La finale est longue avec de belles fragrances épicées et minérales.
La matière est puissante mais la structure joue sur le registre de la subtilité et de l’élégance…une très belle bouteille !


Le Mont  Première Trie 1996


De fugaces notes de réductions font rapidement place à une belle palette sur les fruits blancs, le sous-bois et quelques notes torréfiées, la bouche est sphérique et gourmande avec une acidité puissante, une minéralité presque tactile, qui enrobent une matière très mûre (67 g de SR). La finale est très longue sur les fruits blancs mûrs et les épices.
Une grande bouteille de 14 ans avec un plateau de maturité qui semble atteint mais dont on ne mesure pas l’étendue dans le temps…il est bâti pour séduire les générations futures.


Pour conclure :

Ces Vouvray du domaine Huet m’ont bluffé par leur structure et par leur tenue face au temps qui passe :
- les équilibres complexes entre acidité/sucre/alcool construisent des vins à nul autre pareils…on entre vraiment dans un monde particulier fait de douceur et de puissance minérale.
- ces vins ne semblent pas être affectés par le temps qui passe, qu’ils soient secs, demi-secs ou moelleux, ils semblent nés pour vivre une perpétuelle jeunesse.
Pour les coups de cœur, le choix s’avère difficile tant la qualité des vins a été homogène ce soir. Grand amateur de vins secs, j’ai été sensible à l’esthétique des 3 premiers vins de la série, même si je suis persuadé qu’ils seront encore bien plus grands dans 5 à 10 ans. Mais, comme je l’ai déjà évoqué plus haut, les cuvées plus riches m’ont complètement séduit, en particulier :
- le Haut Lieu demi-sec 2008 pour la perfection de son équilibre
- Le Clos du Bourg 1° Trie moelleux 1996 pour sa structure généreuse et sa jeunesse qui a des accents d’éternité.
Mille mercis à Stéphane pour cette initiative – qui osera encore l’accuser d’alsaco-centrisme – cette soirée impeccablement organisée nous a permis de faire un tour d’horizon dans un autre grand terroir à vins blancs.

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 08:55

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Des coteaux prestigieux près de Strasbourg : à gauche, l'Altenberg de Wolxheim, au centre, le Silberberg et à droite, le Scharrachberg.



Chablis 2008 – Domaine du Colombier à Fontenay

Robe : jaune pâle avec des reflets verts et des éclats argentés.
Nez : vif et fringant, il s’ouvre sur la poire verte et la groseille blanche. Les notes de silex complètent cette palette tout en fraîcheur.
Bouche : la structure est tendue avec une acidité minérale très pointue mais bien ample. La groseille blanche revient en finale accompagnée de quelques nuances délicatement amères.
Un chablis archétypique à la jeunesse fougueuse avec un équilibre très sec… pour amateurs avertis !


Puligny Montrachet 1° Cru Les Champs Canet 1996 – Domaine Carillon à Puligny

Robe : jaune vif avec des reflets presque fluorescents.
Nez : mystérieux et pénétrant avec une palette discrète mais complexe sur le foin, le citron mûr, la pierre chaude et de petites notes épicées.
Bouche : l’attaque est puissante et directe, un gras intense et une minéralité profonde construisent une structure phénoménale. Le vin envahit le palais pour y régner en maître absolu pendant de longues minutes.
Le rapport entre la présence au nez et la présence en bouche est surprenant mais il n’en reste pas moins que ce 96 est remarquable de jeunesse et de concentration… un vin immense !


Savennières Le Clos du Grand Beaupréau 2006 – Château Pierre Bize à Beaulieu sur Layon

Robe : jaune clair, lumineuse.
Nez : élégant et plein de délicatesse avec des notes florales d’une rare suavité (acacia, tilleul… et peut-être même un peu de jasmin)
Bouche : l’impression générale évoque l’harmonie parfaite… c’est rond, ample et pourtant très frais. Le toucher de bouche finement grenu et des arômes délicatement épicés nous rappellent la profonde minéralité de ce terroir. La persistance aromatique est longue avec une discrète amertume qui apporte la touche finale à ce vin magnifique.
Un grand séducteur, né sur un terroir de schistes et de grès et vinifié à la perfection par Claude Papin. Irrésistible !


Côtes du Rhône Domaine des Hautes Cances 2006 – A.M. et J.M. Astard à Cairanne

Robe : rubis brillant, moyennement intense.
Nez : franc et très flatteur il présente un fruité riche (cerise acidulée, pèche jaune…) complété par de fines notes d’herbes de garrigue (le thym notamment).
Bouche : la structure est suave et charnue, le grain tannique est fin et soyeux, les fruits secs et de fines nuances boisées complexifient la palette, la finale est de longueur moyenne mais d’une fraîcheur acidulée réjouissante.
Un assemblage classique de syrah, grenache, mourvèdre, carignan et cinsault, une vendange manuelle sévèrement triée et entièrement égrappée, aucun levurage et un élevage de 15 mois en barriques bourguignonnes de 2, 3 ou 4 vins sans collage ni filtration… voilà la recette pour réussir une magnifique cuvée générique dans une appellation où on trouve hélas encore trop souvent du picrate de bas de gamme.
Ce domaine produit également de belles cuvées de CDR Villages Cairanne avec un rapport Q/P exceptionnel…BRAVO !



Irouleguy Arretxea 2006 – T. et M. Riouspeyrous à Irouleguy

Robe : rouge sombre, mate et assez épaisse.
Nez : l’olfaction est complexe et originale, d’intenses notes de fumé dominent un peu tout au début, mais elles laissent rapidement la place à des arômes de cassis très purs, la finale s’agrémente de délicates évocations florales (violette) et épicées.
Bouche : la structure est riche et gourmande avec une mâche agréable, les tanins sont présents mais n’accrochent pas, le cassis revient en force jusqu’en finale.
Une très belle richesse aromatique et une trame tannique assouplie par quelques années de garde…cet Irouleguy est vraiment friand et bien typé.


Riesling 2005 – A. Bursin à Westhalten

Robe : jaune clair, avec des reflets argentés et une nuance vert pâle sur le bord du disque.
Nez : mûr et séduisant, le sucre de candi, les fruits jaunes et quelques notes de craie humide composent une palette complexe et raffinée.
Bouche : l’attaque est douce avec une structure grasse et onctueuse, l’acidité se manifeste en milieu de bouche pour équilibrer une finale de longueur moyenne mais dotée d’une belle fraîcheur.
Une première rencontre réussie avec un vin d’Agathe…c’est très riche mais doté d’un potentiel de séduction incontestable. Les puristes qui recherchent des rieslings droits et tendus seront un peu déboussolés face à cette friandise… moi j’ai vraiment bien aimé !
Merci Stéphane.


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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 09:49

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Jean Robert Pitte nous raconte la passionnante histoire de notre breuvage favori, depuis ses lointaines origines jusqu’à nos jours.
Des premières vignes sauvages - dont on a retrouvé des traces datant de l’ère des dinosaures - à la viticulture moderne, l’auteur nous relate durant plus de 300 pages les étapes marquantes de ce véritable phénomène culturel.
D’abord breuvage sacré, puis compagnon fidèle des religions monothéistes (même l’Islam à ses débuts…), le vin s’est progressivement imposé comme le symbole du raffinement de la civilisation gallo-romaine pour devenir notre boisson nationale : le peuple y puisera la vigueur et le réconfort et les élites y trouveront un moyen d’exercer leur sens critique et de prouver la finesse de leur goût. Comme disait Talleyrand « avant de porter un verre de bon vin à ses lèvres il faut d’abord le mirer, puis le humer longuement… après on repose le verre sur la table et on en parle ».
Aujourd’hui le vin français connaît une période charnière : subissant les attaques des prohibitionnistes nationaux et la concurrence des produits des vignobles du Nouveau Monde et d’ailleurs, sa consommation baisse régulièrement et bien des régions viticoles sont en grande difficulté. Mais pour Jean-Robert Pitte le pessimisme n’est pas de mise : cette situation n’est pas une fatalité car avec une mise en avant de la richesse des terroirs et l’exigence d’un haut niveau qualitatif le vignoble français a de solides arguments pour rayonner dans le monde.

Je ne résiste pas au plaisir de citer quelques passages du livre :
- à propos du terroir l’auteur nous dit :
« Loin d’être constitué uniquement d’éléments physiques, il est aussi riche d’une reconnaissance ancienne de leurs potentialités et de leurs vertus, d’une longue série d’améliorations, de savoir-faire transmis, de choix culturaux et de vinifications. »

- à propos de la dégustation chez le vigneron l’extrait suivant exprime parfaitement ma propre conception de la rencontre avec un vin :
« Pour qui a bu un vin dans son cadre géographique et en compagnie de ses auteurs, toute dégustation éveille des souvenirs d’atmosphères, de rencontres, de partages et de paysages. Se remémorer les coteaux viticoles qui ont vu naître le vin que l’on promène devant ses yeux, sous son nez et sur ses papilles, c’est partir en voyage et cela augmente considérablement le plaisir. »

Le livre est passionnant et richement documenté…bref, une lecture obligée pour se convaincre une fois encore que le vin ne sera jamais une boisson comme les autres.

« Le vin est un langage qui vient des profondeurs de notre environnement autant que de l’âme ; il permet donc, quand il est franc et généreux, de vivre la condition humaine avec intensité »…Que dire de plus ?
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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 18:03

Mes nombreuses visites dans le vignoble de la Couronne d’Or m’ont permis de prendre la mesure de la richesse et de la complexité de cette partie du vignoble alsacien : il y évidemment a les terroirs classés Grands Crus qui commencent à faire parler d’eux mais aussi d’autres lieux-dits pleins de ressources, que certains vignerons choisissent de mettre en avant dans leur gamme de vins.
L’Obere Hund (qu’on peut traduire par « le chien d’en haut ») fait partie de ceux-ci.
C’est un coteau pentu orienté ouest-sud-ouest au dessus du village de Soultz les Bains.

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Le coteau de l’Obere Hund entre la carrière au sommet et le village en bas.


Le sous-sol est calcaire, de l’époque Muschelkalck avec une couche superficielle très légère, riche en fer et plus limoneuse qu’argileuse.

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Une parcelle en haut de l’Obere Hund

La forte pente (entre 28 et 40%) permet une belle exposition au rayons du soleil jusque très tard dans la journée et les vents d’ouest dominants en été garantissent une bonne aération des rangs de vigne.
 
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Une parcelle vers le bas de l’Obere Hund

Le domaine Pfister y possède une parcelle de gewurztraminer et y a réalisé une magnifique cuvée de SGN en 2007.

Jean-Marie Bechtold a choisi le muscat et le pinot noir pour exprimer la richesse de ce terroir. J’ai goûté ces 2 cuvées et leur qualité m’a subjugué :

Pinot noir Obere Hund 2007

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Robe : rubis sombre avec une frange mauve.
Nez : le registre olfactif est pur et délicat, griotte, amande douce et boisé subtil
Bouche : l’attaque est souple mais le vin s’épanouit en bouche avec une structure ample, un grain tannique serré mais soyeux et une finale longue et puissamment fumée.
Une vendange matinale pour rentrer des raisins frais et faire une macération pré-fermentaire à froid, une macération de 12 jours avec pigeages et remontages et un élevage en foudres et barriques jusqu’en août… résultat : un très beau vin rouge d’Alsace, précis et séduisant à la fois… avec un potentiel d’évolution évident.

Muscat Obere Hund 2008

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Robe : jaune clair avec des reflets vert pâle.
Nez : l’olfaction est très précise et très pure avec une palette d’une suavité rare : le raisin mûr ouvre le festival aromatique, puis viennent des notes florales très complexes, enfin, les évocations pierreuses sous jacentes nous rappellent que c’est aussi (et peut-être avant tout) un vin de terroir
Bouche : l’attaque est douce avec une maturité affirmée mais une structure minérale qui vient progressivement construire un équilibre d’une grande fraîcheur. La persistance des arômes fruités est magnifique de longueur et de complexité.
Un assemblage de 90% de muscat ottonel et de 10% de muscat d’Alsace, une matière première mûre, rentrée à 13° potentiels et une fermentation qui s’est arrêtée en laissant 18 g de SR... résultat : l’un des meilleurs muscats que j’ai bu ces derniers temps, une sorte de combinaison idéale entre expression gourmande (un peu comme chez Bernhard) et terroir (un peu comme chez Lissner). MAGNIFIQUE !

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 12:22
L’ENGELBERG SELON…


Pour ceux qui auraient raté la première partie de cette visite de l’Engelberg, n’hésitez pas à vous rendre ICI : vous pourrez y retrouver les informations générales sur ce Grand Cru ainsi que le point de vue d’un autre vigneron, Jean-Marie Bechtold.


…MELANIE PFISTER

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Comme Jean Marie Bechtold, André Pfister, le papa de Mélanie, est un ardent défenseur de l’Engelberg et il n’est pas illégitime d’affirmer que sans l’énergie déployée par ces 2 vignerons au cours des dernières décennies ce Grand Cru ne serait pas reconnu aujourd’hui comme l’un des meilleurs terroirs du Bas-Rhin.

Après un cursus de formation riche et complet, Mélanie Pfister a rejoint le domaine familial en 2006 pour venir travailler avec son père. L’avis de cette jeune vigneronne issue d’une famille dont la tradition viticole remonte à l’Ancien Régime me semblait indispensable pour compléter mon approche de l’Engelberg. Il faut dire aussi que lorsque son emploi du temps le lui permet, elle nous fait le plaisir de se joindre à notre groupe de dégustateurs lors des soirées de l’A.O.C.
La visite était donc doublement indispensable !


Nous débutons le tour du propriétaire en saluant André Pfister qui surveille les deux alambics en pleine distillation de marc de gewurztraminer et de marc de muscat puis nous visitons les imposants locaux professionnels du domaine : espace de réception de la vendange, pressoir, cuverie, stockage…jusqu’à la dernière étape, le magnifique caveau de dégustation alliant subtilement modernité et tradition…assez représentatif de l’esprit du domaine en fait.

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Tout est prêt pour recevoir dignement les amateurs de vin.

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C’est devant un verre de riesling Silberberg 2008 que nous démarrons notre entretien.
Ouh la la ! Déguster, noter des commentaires, poser des questions, noter des réponses… comme elle il va la jeunette ! Se rend-t-elle bien compte que les quelques neurones valides qui me restent, accusent un demi-siècle bien tapé ?
Enfin, je vais essayer…


Comment définir ce terroir ?

L’Engelberg doit une grande partie de son originalité au Scharachberg dont il occupe une partie du versant sud. Dès la sortie de Strasbourg cette colline posée au milieu d’un large champ de fracture attire le regard. C’est l’un des hauts lieux vibratoires de cette région « on y ressent de puissantes forces telluriques ». La végétation y est particulièrement riche et diversifiée même si le sous-sol riche en calcaire oolithique a très rapidement été repéré pour ses qualités hautement propices à la culture de la vigne.


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?


Le riesling et le gewurztraminer sont les cépages qui se plaisent sur les pentes de l’Engelberg « le riesling vers le carrière et vers l’ouest où le sol est plus léger et le gewurztraminer vers l’ouest où les terrains sont un peu plus argileux ».


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

L’Engelberg produit des vins raffinés « des vins de dentelle » qui jouent sur le registre de la finesse sans jamais devenir évanescents. Au niveau aromatique ce terroir permet de magnifier le cépage tout en conférant à ses vins une structure acide rectiligne et profonde « même les gewurztraminers restent d’une extrême fraîcheur sur l’Engelberg ».
En vieillissant, la puissance minérale du terroir se manifeste « mais toujours avec une grande finesse…on ne retrouve que très rarement des notes d’hydrocarbure ou de caoutchouc dans de vieux Engelberg »


Quelles perspectives pour ce terroir ?

La question ne pouvait pas mieux tomber « ce soir (c’était le 4 février) je succède à Jean-Marie Bechtold à la Présidence de la gestion locale ». Comme nous l’avons déjà évoqué, il reste encore du chemin à parcourir pour faire reconnaître l’Engelberg à sa juste valeur. Mélanie évoque 3 projets qui lui tiennent particulièrement à cœur :
- la création d’une œnothèque dans les caves sous l’ancien presbytère.
- la réflexion pour définir rapidement (pour fin mars) « le lien au terroir pour l’Engelberg » afin de répondre aux nouvelles normes européennes.
- la mobilisation des viticulteurs, notamment des coopérateurs, pour qu’ils rentrent dans le syndicat du Grand Cru : « on est trop peu nombreux à revendiquer cette appellation, il faut absolument convaincre plus de vignerons de faire de l’Engelberg ».


Les vins du domaine : quelle conception ?

Mélanie représente la 8° génération de Pfister cultivant la vigne sur les terroirs de Dahlenheim. L’histoire du domaine remonte à la fin du XVIII° siècle mais c’est André Pfister qui a choisi d’abandonner la polyculture pour se consacrer uniquement au métier de vigneron. Autodidacte passionné, il construit la structure actuelle du domaine tout en expérimentant des méthodes culturales novatrices :
- il choisit très tôt la viticulture intégrée et raisonnée
- il expérimente l’enherbement naturel maîtrisé et l’engrais vert avant tout le monde
Pour perfectionner sa maîtrise des vinifications il se dote dès le début des années 80 d’une cuverie thermorégulée.

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La cuverie du domaine Pfister

Au niveau de la viticulture, Mélanie a décidé de garder la ligne de conduite de son père : « la lutte raisonnée me laisse le choix… car sur nos parcelles le bio reste un pari risqué ». Les traitements se limitent au strict minimum
: « nous avons donné des échantillons pour une recherche de pesticides dans les vins et les analyses se sont révélées négatives »

Le domaine s’étend sur 10 hectares, avec des parcelles situées sur les coteaux autour de Dahlenheim :
- 1 ha sur l’Engelberg, uniquement dans la partie est.
- 3 ha sur le Silberberg, tout près de l’Altenberg de Woxheim.
- une parcelle de gewurztraminer sur l’Obere Hund, un coteau pentu vers Soultz les Bains.
Les maturités sont contrôlées par l’analyse et surtout par la dégustation régulière des baies « le taux de sucre n’est pas le seul critère pour déterminer le niveau de maturité ».
La maison Pfister recherche des vins secs et choisit ses dates de vendanges pour obtenir des jus mûrs mais pas trop riches.

Les vinifications se font avec un minimum d’interventions :
- après un pressurage très doux les fermentations se font en cuve inox thermorégulée.
- les levurages sont rares « ils sont parfois nécessaires dans certains millésimes »
- les vins restent sur leurs lies jusqu’au printemps et les mises se font juste avant la récolte suivante.

Le domaine Pfister vend ses vins à une solide base de clients particuliers et auprès de restaurateurs locaux. Le marché international est surtout européen.


Et dans le verre ça donne quoi ?

Riesling Silberberg 2008 
: le nez est franc et direct sur la pomme verte, la bouche est droite avec des arômes très purs d’agrumes frais, la finale est ample et tendue.
Un riesling sec, frais et délicieusement fruité.

Riesling GC Engelberg 2007 : le nez est discret et raffiné avec de belles notes florales, la bouche est riche et citronnée avec un équilibre sec (malgré 7 g de SR), la finale est d’une grande longueur.
Une charpente solide et un registre aromatique tout en finesse... un paradoxe certes, mais surtout un grand vin en devenir.

Riesling GC Engelberg 2006
 : le nez est précis et élégant, toujours sur un registre floral, la matière en bouche est riche, le cépage interprète sa partition avec quelques notes terpéniques discrètes et une acidité longue et vibrante.
Le premier millésime vinifié par Mélanie : à l’instar de son père qui a fait son premier vin en 1972, cette jeune vigneronne a dû affronter les affres d’une année terrible pour la vigne. Le résultat final est superbe…un riesling d’une grande pureté. Chapeau bas !

Riesling GC Engelberg 2001
 : le nez est riche et très complexe (bergamote, orange, herbes aromatiques, épices), la bouche est mature avec une acidité posée et détendue, une structure large et une belle salinité en finale.
Un riesling plein, savoureux, épanoui…9 ans est peut-être l’âge de raison pour un Engelberg ?

Riesling GC Engelberg 1995
 : le nez est fin et d’une belle complexité avec des aromes floraux très suaves et des notes d’herbes aromatiques. L’attaque en bouche est souple, le vin prend son temps pour exprimer sa structure ample, large et pleine de saveurs (infusion d’herbes aromatiques), la finale est fraîche et bien minérale..
Un vin élégant et bien équilibré qui se trouve sur son plateau de maturité…et qui semble pouvoir y rester un certain temps encore.

Gewurztraminer GC Engelberg 2007 : le nez est fin et complexe avec un palette marquée par les herbes aromatiques et les épices (muscade et poivre blanc), la bouche est grasse mais sans aucune lourdeur avec une finale longue et épicée.
Un gewurztraminer jeune mais déjà fortement typé par son terroir : svelte et racé.

Gewurztraminer GC Engelberg 2006 : le nez est plus discret mais toujours d’une grande finesse avec un registre aromatique proche du 2007, la bouche ronde et détendue possède une texture bien glissante, la finale est longue avec une salinité perceptible.
Le nez est en retrait mais le terroir exprime pleinement sa puissante minéralité en bouche.

Gewurztraminer GC Engelberg 2000 : le nez d’une finesse rare est fait de petites touches aromatiques… une toile expressionniste ! La bouche toute en élégance et en distinction a su garder sa légèreté et son côté glissant. La finale est longue mais toujours très fraîche.
Un vin un peu paradoxal avec une palette dont la complexité pousse à la méditation mais dont la structure gourmande appelle plutôt de copieuses libations.

Gewurztraminer GC Engelberg 1998 : la rose et la bergamote composent un nez de dentelle, la bouche est fluide, aérienne et élégante avec une finale fraîche sur des notes de guimauve et de bois de réglisse.
Une finesse peu commune se dégage de ce grand vin arrivé à pleine maturité… un nectar !

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Pour terminer nous goûtons encore quelques références de la carte actuelle du domaine Pfister :

Cuvée 8 2007 : le nez est pur et très frais, l’olfaction révèle des notes de raisin frais et de citron, après une attaque en souplesse, le vin prend progressivement de l’ampleur en bouche pour révéler une structure équilibrée avec une acidité mure et une finale franche et sapide.
Cette cuvée marque l’arrivée de Mélanie au domaine - 2007 est le second millésime - et 8 symbolise la 8° génération de Pfister incarnée par cette jeune vigneronne. C’est lors de son stage au Château Cheval Blanc que Mélanie a eu l’idée de créer une cuvée haut de gamme issue d’un assemblage de cépages nobles. La proportion de riesling, pinot gris, gewurztraminer et muscat est secrète mais le résultat final est vraiment intéressant. Le vin se livre facilement avec un profil résolument gastronomique mais gageons que quelques années de garde révèleront la complexité de cette cuvée 8 et réserveront de très belles émotions au dégustateur patient…

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La cuvée à 2 ans mais la signature est celle de l’aïeul…tout un symbole !


Riesling Silberberg SGN 2007 : le nez est magnifique d’élégance et de pureté, la palette est richement fleurie avec de belles notes de citron confit, la bouche possède un équilibre mûr et tonique, les notes d’herbes aromatiques envahissent le palais (sauge, origan), la finale est très longue tout en gardant une belle fraîcheur.
Une merveille d’équilibre et de finesse !

Muscat Les 3 Demoiselles SGN 2007 : le nez est intense, richement aromatique sur un registre floral, la bouche est puissante et opulente, les notes de raisin sec marquent une finale très longue.
Une matière très mûre (105 g) et une structure bien large : un muscat fort en gueule à manipuler avec précaution.

Pinot Gris Silberberg SGN 2007 :
le nez est discret mais très agréable sur les fruits blancs légèrement caramélisés, la bouche possède un équilibre remarquable, la matière concentrée évoque la pulpe de raisin mûr mais une fraîcheur délicate apparaît progressivement pour accompagner la finale légère et digeste.
Malgré mon goût personnel pas trop en phase avec les pinots gris, je dois reconnaître que ce vin est grand… peut-être le plus grand de la série des SGN goûtés aujourd’hui !

Gewurztraminer Obere Hund SGN 2007 : le nez est discret avec des notes de botrytis assez présentes qui dominent la finesse des arômes de raisin mûr, la bouche est remarquable de densité et de concentration. La palette se complexifie et la finale est d’une longueur exponentielle.
Le nez est un peu fatigué (la bouteille était ouverte depuis assez longtemps) mais la bouche est celle d’un très beau vin sans aucun doute.

Pour conclure, un petit bilan sur cette septième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

- Une fois de plus, j’ai pu vérifier que la convivialité et la disponibilité des vignerons et des vigneronnes alsaciens ne sont pas une légende. Encore mille mercis à Mélanie pour son accueil.

- J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Engelberg comme avant !

- Les Pfister voient l’Engelberg comme un terroir capable de produire de très grands vins blancs secs, mais dont les potentialités ne sont pas encore exploitées pleinement. Gageons que la jeunesse et l’énergie de Mélanie sauront mobiliser les vignerons locaux pour qu’ils se remettent à croire en l’avenir de leur Grand Cru.

- la dégustation de riesling et de gewurztraminer d’âges différents nous a permis de comprendre un peu la subtilité de ce terroir : les vins qui y naissent sont élancés mais bien charpentés, l’élégance est une constante et la palette aromatique joue une partition tout en nuances et en complexité avec des notes finement florales comme leitmotiv…

- Mélanie Pfister est une jeune vigneronne dont le discours et les pratiques témoignent déjà d’une très belle maturité. Il faut dire qu’avec la richesse des expériences accumulées lors de son cursus de formation et les conseils avisés de son père, toujours présent à ses côtés, cette demoiselle bénéficie de conditions idéales pour réussir à hisser ses vins au plus haut niveau…
C’est bien évidemment tout le mal que nous lui souhaitons !


Photo 032
 
Vue sur le bas du Scharrachberg dans la partie ouest
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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 21:08

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Le coteau de l'Obere Hund au dessus de Soultz les Bains



Riesling Grand Cru Frankstein 2006 – Beck-Hartweg à Dambach


Robe : Jaune clair avec des éclats argentés.
Nez : pur et très distingué avec une palette complexe où on reconnaît le citron mûr, le fenouil, le romarin, la menthe fraîche et quelques nuances pierreuses.
Bouche : l’attaque est vive, l’acidité est longue, le gras est présent… bref, l’équilibre est magistral. La finale nous rappelle la profonde minéralité du terroir avec des notes puissamment salines.
Ce vin me séduit de plus en plus avec l’âge…ce « jeunot » qui cherche la quintessence de l’expression du Frankstein est vraiment sur la bonne voie.


Riesling Réserve 2004 – Trimbach à Ribeauvillé

Robe : jaune clair brillant.
Nez : la pureté et la précision d’horloger sont remarquables sur cette palette classique associant le pamplemousse et quelques évocations terpéniques.
Bouche : l’équilibre est sec et tendu, mais l’acidité reste pourtant très diplomate avec des notes un peu miellées très agréables. La finale est longue et marquée par cette délicieuse amertume que je retrouve assez régulièrement dans les cuvées de cette grande maison…
Un 2004 net, propre et d’une finesse incontestable. Un modèle dont la perfection peut presque devenir un peu ennuyeuse…


Givry Champs Lalot 2002 – Sarrazin à Jambles


Robe : grenat tendre avec des bords brunissants.
Nez : fin, délicat et complexe avec des notes de cassis qui s’enrichissent de multiples évocations florales.
Bouche : svelte et pleine d’élégance avec des arômes de fruits rouges et de torréfaction légère qui s’épanouissent et se complètent.
Une beauté fragile mais un charme émouvant… une certaine idée de la Bourgogne que j’apprécie plus que tout !


Riesling Grand Cru Schlossberg 2006 – Bernhard à Katzenthal


Robe : Jaune clair, étincelante.
Nez : pur et précis avec une olfaction complexe où se succèdent des arômes de pêche blanche, d’agrumes frais, quelques notes grillées et de l’ananas frais qui se révèle à l’aération.
Bouche : la structure est sphérique et ample avec un toucher onctueux malgré une acidité pointue et une minéralité qui laisse une sensation presque tannique en finale.
Les pentes granitiques du Schlossberg ont produit un riesling doté d’une structure solidement charpentée mais magistralement équilibrée. Proche du Wineck Schlossberg à plus d’un titre mais tellement différent au bout du compte… magie du terroir !


Domaine du Jas La Chèvre d’Or 2007 – Pradelle à Suze la Rousse
 
Robe : cerise foncé, dense mais brillant.
Nez : riche et diablement flatteur : violette, fruits rouges confits, épices douces et boisé très délicat.
Bouche : l’attaque est souple mais le vin se développe progressivement et se pose en bouche avec une structure soyeuse et un registre aromatique d’une grande suavité. La finale est longue avec une belle fraîcheur acidulée.
100% syrah en bio, la cuvée prestige de ce domaine des Côtes du Rhône est une réussite exceptionnelle en 2007. Pour un prix autour des 10 euros c’est un must absolu


Chablis 1° Cru Fourchaume 2003 – Domaine du Colombier à Fontenay

Robe : Jaune paille avec des reflets dorés.
Nez : discret mais plein d’élégance, une olfaction complexe à souhait et légèrement marquée par la surmaturité : fruits blancs puis ananas pour finir sur des notes plus pâtissières (tarte au citron).
Bouche : l’attaque est très souple, le milieu de bouche un peu fuyant mais la finale est de toute beauté : saline, fumée, iodée avec de beaux amers.
Un chablis atypique mais terriblement séduisant, qui peut dérouter les amateurs qui recherchent la droiture et la tension dans cette appellation.


Pinot gris Grand Cru Altenberg de Bergbieten 2003 – Domaine Schmitt à Bergbieten


Robe : Jaune clair, très lumineuse.
Nez : séduisant mais distingué, le nez possède une palette qui « chardonne » un peu, fruits jaunes, brioche et petites notes vanillées.
Bouche : le toucher est gras et onctueux, la matière bien mûre est équilibrée par une acidité fine et salivante, la finale est digeste avec une longueur moyenne.
Un vin qui a su garder sa tonicité malgré un cépage naturellement porté vers une certaine opulence et un millésime solaire. Le temps a tempéré la générosité naturelle de ce pinot gris pour en faire un excellent compagnon de table.


Muscat Obere Hund 2008 – Domaine Bechtold à Dahlenheim

Robe : jaune clair avec des reflets vert pâle.
Nez : l’olfaction est très précise et très pure avec une palette d’une suavité rare : le raisin mûr ouvre le festival aromatique, puis viennent des notes florales très complexes, enfin, les évocations pierreuses sous jacentes nous rappellent que c’est aussi (et peut-être avant tout) un vin de terroir
Bouche : l’attaque est douce avec une maturité affirmée mais une structure minérale qui vient progressivement construire un équilibre d’une grande fraîcheur. La persistance des arômes fruités est magnifique de longueur et de complexité.
Un des meilleurs muscats que j’ai bu ces derniers temps une sorte de combinaison idéale entre expression gourmande (un peu comme le chez Bernhard) et terroir (un peu comme chez Lissner). MAGNIFIQUE !


Pinot noir Obere Hund 2007 – Domaine Bechtold à Dahlenheim

Robe : rubis sombre avec une frange mauve.
Nez : le registre olfactif est pur et délicat, griotte, amande douce et boisé subtil.
Bouche : l’attaque est souple mais le vin s’épanouit en bouche avec une structure ample, un grain tannique serré mais soyeux et une finale longue et puissamment fumée.
Un très beau vin rouge d’Alsace, précis et séduisant à la fois… avec un potentiel d’évolution évident.


Maranges – Côte de Beaune 2003 – Domaine Sarrazin à Jambles


Robe : rubis très sombre avec une densité qui la rend presque opaque.
Nez : intense et directe, l’olfaction réjouit le dégustateur avec des notes de fruits rouges mûrs et d’épices douces..
Bouche : la matière est grasse et soyeuse avec un fruité riche et juteux. Les tanins sont ronds, la trame reste bien serrée, la finale est de longueur moyenne mais laisse un goût acidulé d’une grande fraîcheur.
Quelques années de garde ont eu raison de cette cuvée à la jeunesse fougueuse, marquée par le millésime et un peu par l’élevage. Aujourd’hui restent l’harmonie et, bien sûr, le plaisir…MIAM !



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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 13:34

La première soirée du club AOC en cette nouvelle année promettait d’être mémorable...et ce fut chose faite grâce à Eric, Yannick et Stéphane qui se sont dévoués corps et âme pour collecter quelques flacons prestigieux auprès des grands noms de la viticulture alsacienne.

Au programme 14 grands vins, souvent prélevés dans la réserve personnelle des vignerons, proposés à notre petit groupe de dégustateurs.


Les vins sont servis dans des verres INAO à température de cave (alsacienne en hiver…donc environ 8 à 10 degrés) et dégustés à l’aveugle.

En guise d’échauffement :

Crémant d’Alsace  Cuvée Prestige Blanc de Blancs 2007 – Boeckel à Mittelbergheim

Robe : jaune pâle avec une bulle moyenne et une mousse abondante.
Nez : le miel et la pomme ouvrent une palette agréable et assez complexe, l’aération révèle de belles notes de petits fruits rouges.
Bouche : l’attaque est vive avec une mousse un peu virulente et une finale fraîche.
Un crémant sec et digeste, avec une structure un peu agressive à mon goût.



Première série :

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Riesling G.C. Altenberg de Bergbieten Cuvée Henriette 2004 – Mochel à Traenheim

Robe : jaune clair avec des bords transparents.
Nez : la groseille blanche domine au début puis les fruits blancs murs et des notes de miel et de résine viennent compléter cette palette qui évolue progressivement vers une belle complexité.
Bouche : l’attaque est vive, la structure possède une acidité large, mûre et pénétrante. La finale légèrement fumée est de longueur moyenne.
Un riesling droit, charpenté, puissant et d’une pureté admirable, une belle réussite dans un millésime compliqué… ça commence fort !


Riesling G.C. Zotzenberg 1995 – Boeckel à Mittelbergheim

Robe : jaune paille avec des reflets dorés et des bords clairs.
Nez : le nez s’ouvre sur des notes végétales délicates, l’aération fait évoluer le registre vers des arômes de miel et de petites fleurs blanches.
Bouche : l’attaque est souple, le vin se pose doucement en bouche avec une acidité qui prend possession du palais et de fins arômes de chlorophylle qui se prolongent longuement en finale.
Un riesling à maturité qui prend son temps pour s’installer en bouche mais qui offre un profil aromatique d’une complexité réjouissante.


Riesling Clos des Capucins V.T. 1990 – Faller à Kaysersberg

Robe : jaune assez prononcé avec des éclats dorés.
Nez : le nez est d’une grande distinction avec des arômes complexes de citron confit et de fleurs.
Bouche : la maturité est bien perceptible à l’attaque, le milieu de bouche semble un peu mou mais la finale est magnifique, salinité puissante et longueur superlative.
Dans l’absolu, je suis un peu moins réceptif à l’esthétique des rieslings très mûrs, mais le défi que ce vin vient de lancer au temps qui passe force le respect : presque 20 ans et un équilibre de jeune premier, c’est stupéfiant !


Riesling G.C. Rosacker 1990 – Sipp-Mack à Hunawihr

Robe : jaune paille, assez profond.
Nez : le profil est pur et d’une grande élégance avec des notes florales particulièrement séduisantes.
Bouche : l’équilibre est sec, l’acidité large et profonde soutient la structure, les arômes floraux s’épanouissent avec des notes de lavande qui persistent longuement en finale.
Un vin qui se tient remarquablement, tout en finesse et en élégance classieuse, même si on peut supposer que l’apogée est dépassé aujourd’hui.



Deuxième série :

Photo 003



Riesling Clos Windsbuhl 1994 – Zind Humbrecht à Turckheim


Robe : jaune profond avec des reflets dorés
Nez : la palette est mûre et avenante avec des notes de fruits jaunes et de raisins secs.
Bouche : une structure impeccable avec une belle acidité, du gras, de l’ampleur, de la densité et une longue finale citronnée et iodée.
Un vin qui a divisé l’assemblée… surtout du fait d’un profil olfactif qui manquait un peu de pureté par moments, mais en ce qui me concerne j’ai trouvé que la structure et l’équilibre en bouche de ce riesling étaient proches de la perfection ce soir.


Riesling Fréderic Emile 1985 – Trimbach à Ribeauvill
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Robe : jaune clair avec des éclats argentés.
Nez : un registre fin et aérien sur les fleurs, les agrumes et avec quelques notes fumées.
Bouche : la structure est puissante, l’acidité est ample et profonde, la minéralité est presque tactile et la longueur finale est exceptionnelle.
D’une jeunesse insolente et d’un équilibre taillé au cordeau...même si l’austérité classique de ce vin peut ennuyer, sa tenue après un quart de siècle laisse pantois.


Riesling G.C. Hengst - Cuvée Samain 2000 – Josmeyer à Wintzenheim

Robe : jaune clair, brillante.
Nez : l’olfaction est discrète et raffinée avec du citron mûr et du zeste d’agrumes.
Bouche : l’équilibre est opulent mais sans aucune lourdeur, le développement aromatique se complexifie progressivement et la finale très longue offre de magnifiques notes salines.
Une cuvée ciselée et précise avec une harmonie absolue et une présence en bouche d’une longueur exceptionnelle… presqu’une œuvre d’art !


Pinot gris G.C. Rangen – Clos St Théobald 1996 – Schoffit à Colmar

Robe : jaune profond et dense.
Nez : la richesse et la surmaturité s’imposent d’emblée avec la suavité des notes de raisin sec et de confiture de coing.
Bouche : la matière concentrée et mûre trouve son équilibre grâce à une trame acide longue et tendue. La persistance aromatique est très longue.
Un grand vin qui est en train de trouver son harmonie mais qui semble encore avoir pas mal de ressources pour faire face au temps qui passe.


Riesling Vin de Glace 1996 – Sipp-Mack à Hunawihr

vin de glace

 
Robe : topaze avec des reflets vieil or.
Nez : la palette est complexe mais très mûre avec des notes de raisins de Corinthe, de fruits secs et d’épices.
Bouche : l’attaque est d’une vivacité surprenante, la puissante acidité construit un équilibre tonique malgré la richesse de la matière, la longueur est exponentielle avec un retour aromatique sur le pain grillé et les fruits secs.
Un vin rare et impressionnant… tant de force et de jeunesse après près de 15 ans, çà laisse songeur !



Dernière série :


Série 3

 

Riesling V.T. 1987 – Hugel à Riquewihr

Robe : jaune clair, très jeune…en apparence.
Nez : l’olfaction est assez intense avec un registre classique et typé, terpènes et zeste d’agrumes.
Bouche : l’attaque est relativement douce, puis l’acidité se révèle progressivement en donnant de l’ampleur à la structure. Les nuances révélant la surmaturité apparaissent assez tardivement et se prolongent en accompagnant les notes réglissées de la finale.
Un vin issu d’une vendange tardive sur le Schoenenbourg, qui déroute un peu lorsqu’on l’approche de façon analytique mais qui, au bout du compte, possède une harmonie absolue.


Riesling Burg 1990 – Deiss à Bergheim


Robe : jaune prononcé mais très brillante.
Nez : le nez est suave, délicat, engageant…mais avec une telle complexité, que l’identification des arômes devient extrêmement difficile.
Bouche : la matière est superlative, puissance, équilibre parfait, gras et minéralité en parfaite synergie. La finale est du même acabit : longueur, fraîcheur et quelques beaux amers pour conclure… nous évoluons dans les plus hautes sphères viniques !
Un riesling de 20 ans à la jeunesse insolente et avec un niveau de qualité rarissime. Un vin énorme !


Altenberg 1995 – Deiss à Bergheim

Robe : jaune profond avec des éclats dorés
Nez : malgré une relative discrétion le nez est complexe, élégant et d’une grande finesse avec une attaque un peu végétale (houblon) et un développement aromatique sur le miel et les fruits mûrs.
Bouche : une structure ample, opulente, sphérique avec une matière concentrée qu’une acidité longue et pénétrante équilibre parfaitement. Des notes de cuir et de fruits blancs murs persistent longuement en finale.
Un vin d’anthologie avec un équilibre et une présence en bouche remarquables… seul bémol, le prix très élevé de cette petite merveille peut constituer un réel obstacle pour le commun des mortels… Dommage !


Gewurztraminer S.G.N. 1981 – Hugel à Riquewihr

Robe : jaune paille avec une belle brillance.
Nez : la palette pure et classique s’ouvre sur de délicieuses notes de rose avec un botrytis très présent, l’ensemble évolue vers les fruits jaunes très mûrs.
Bouche : l’attaque surprend par sa vivacité, la matière est ample et très riche avec une finale élégante agrémentée par quelques beaux amers.
Récolté sur le Grand Cru Sporen ce vin possède une élégance d’aristocrate qui a eu quelques difficultés à succéder à la fougue un peu sauvage du vin précédent, mais, au bout du compte, on tombe sous le charme de ce trentenaire en pleine forme, qui a encore des ressources pour évoluer.


Gewurztraminer Clos Zisser 1964 – Klipfel à Barr

Robe : topaze mais assez brillante.
Nez : le registre aromatique est très évolué, des notes herbacées et mentholées se révèlent timidement à l’ouverture. L’ensemble s’enrichit avec des nuances de tabac blond et d’iode.
Bouche : la structure repose sur un équilibre fragile, parfois fuyant malgré une acidité encore perceptible.
Les jeunes prétendront que ce vin est mort…les vieux (comme moi) resteront sous le charme un peu désuet de ce vieillard qui essaie encore de nous raconter son histoire. Comme toujours, face à un flacon d’âge vénérable, mes émotions prennent le pas sur la rigueur d’une analyse organoleptique… mais j’assume !


Que dire de plus après une telle soirée ?

Encore mille mercis aux organisateurs qui nous ont offert une série de vins véritablement hors du commun.

Les grands domaines alsaciens ont tous contribué à la réussite de notre dégustation en fournissant gratuitement ces bouteilles, le plus souvent prélevées sur leur réserve personnelle. Merci pour cette profonde marque de respect à l’encontre des amateurs oenophiles.

Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, je suis plus que jamais convaincu que les grands Alsace méritent amplement leur place dans le gotha des meilleurs vins blancs de la planète. L’idée commence à prendre mais quand je parle de ça en dehors des cercles oenophiles (même en Alsace), je constate hélas qu’il reste encore pas mal de chemin à parcourir…

Pour les coups de cœur personnels je citerai :
- le riesling Burg 1990 de Deiss proche de l’idée que je me fais de la perfection
- le riesling Hengst 2000 de Josmeyer, dont la classe me séduit une fois de plus, alors que j’ai parfois du mal à apprécier les vins plus jeunes de ce domaine.
- tous les autres…ou presque !

Série complète



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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 21:19
L’ENGELBERG SELON…

Cap au nord pour cette septième étape, en direction de l’autre extrémité du vignoble alsacien, à Dahlenheim, où nous essayerons de décoder les mystères du Grand Cru Engelberg.

Photo 042

La partie est de l’Engelberg en automne.

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.



A l’opposé de l’Ollwiller de Wuenheim ce Grand Cru est, après le Steinklotz de Marlenheim, le terroir classé le plus septentrional d’Alsace.

Photo 008
 
La majeure partie du Grand Cru Engelberg se trouve sur son ban communal de Dahlenheim, un charmant village vigneron de quelque 600 âmes, situé aux portes de Strasbourg, dans la vallée de la Mossig. Le village voisin de Scharrachbergheim revendique quelques hectares sur l’appellation.

Photo 043 (1)

Près de Dahlenheim, la Mossig et au fond le Scharrachberg.


L’histoire de Dahlenheim est celle d’un village rural paisible avec, comme le dit Serge Dubs « une atmosphère calme, sereine, une simplicité heureuse qui a du se fondre dans le tempérament de ses vignerons ».

Photo 006

Dahlenheim


En fait, à travers les quelques références historiques disponibles sur cette petite bourgade adossée au Scharrachberg, on constate que la destinée de Dahlenheim est intimement liée à celle de son vignoble. Ce sont des écrits sur la tradition viticole qui évoquent ce village pour la première fois en 884 : à cette époque Dahlenheim appartenait à l’abbaye Saint Michel de Honau et les pentes abruptes du Scharrachberg étaient exploitées par des serfs locaux.
Au début du XII° siècle, le grand Chapitre de Strasbourg a fait main basse sur cette abbaye et ses propriétés : Dahlenheim devient peu à peu une véritable cave pour les institutions ecclésiastiques strasbourgeoises. Par la suite, l’évêque de Strasbourg cède le village à la noblesse locale, dont les familles vont se disputer la propriété de ce village durant près de deux siècles. En 1516, l’évêché de Strasbourg récupère son bien en l’intégrant au baillage épiscopal de Dachstein.
Au XIV° siècle, le Prince-Evêque de Strasbourg et l’abbaye Saint Etienne perçoivent une dîme en vin sur la production de Dahlenheim et les Chapitres des grandes églises de la capitale alsacienne y possèdent des vignes.
Au XVII° siècle ce village est incendié lors de la Guerre de Trente Ans.
Sur une carte ancienne datant de 1750 on peut constater que Dahlenheim s’appelait alors Dahlheim, ce qui peut expliquer l’actuel nom alsacien de ce village : « Dahle ».

dahlenhe
 
Les armoiries de Dahlenheim, dont l’origine reconnue remonte au XVI° siècle : une patte d’oie sur fond rouge, qui nous rappelle que ce volatile fait partie intégrante de la culture alsacienne : la célèbre Gaenseliesel est peut-être originaire de ce village ?


A la fin du XIX° siècle, avec 150 ha de surface viticole, Dahlenheim est la 48ème commune du vignoble alsacien par sa superficie. Après les deux guerres qui ont marqué la première moitié du XX° siècle, la surface viticole de ce village a considérablement diminué : en 1955 il restait à peine 40 ha de vignes en culture à Dahlenheim.
Depuis lors, les vignerons locaux, travailleurs infatigables et convaincus de la valeur de leur terroir ont tout mis en œuvre pour reconstruire leur vignoble : en quelques décennies la superficie à plus que doublé pour atteindre 121 ha en 2006.
Chapeau bas !

Aujourd'hui, Dahlenheim a retrouvé cette sérénité si particulière à ces petits villages alsaciens qui permettent au touriste de se ressourcer à quelques kilomètres de l’agitation des grands ensembles urbains.
L’église Saint Blaise reconstruite au XVIII° siècle abrite quelques sculptures datant du XVI° siècle, œuvres d’art exceptionnelles par leur finesse et leur rareté.
Classé parmi les Villages Fleuris d’Alsace, Dahlenheim et ses villageois mettent un point d’honneur à entretenir le fleurissement de leurs maisons et des belles fontaines anciennes dont l’une a été classée Monument Historique.

Photo 004
 
La Mairie et ses traditionnels géraniums.


fontaine

La fontaine classée datant de 1563.

Les oenophiles pourront arpenter le sentier viticole qui grimpe sur le Scharrachberg autour du Grand Cru avant de se retrouver dans la fraîcheur de l’un des nombreux caveaux où les vignerons locaux leur feront découvrir leur production.

Photo 033

Le sentier viticole au milieu de l’Engelberg… bonnes chaussures conseillées



Le Grand Cru Engelberg s’étend sur le versant méridional du mont Scharrach en couvrant une superficie totale de 14,80 hectares situés entre 250 et 300 mètres d’altitude.

Photo 020
 
Des parcelles dans le secteur ouest du Grand Cru Engelberg

La partie sud du Scharrachberg est une côte irrégulière, souvent pentue, entrecoupée de talus, de buissons et coupée en son milieu par une carrière où se dresse une impressionnante falaise calcaire.

Photo 018
 
La carrière au centre du Grand Cru


Le dessin des parcelles et l’orientation des rangs de vigne témoignent de l’extrême variété des pentes et des reliefs de cette colline.

engelberg vue

Les parties est et ouest de l’Engelberg séparées par la carrière


carrière engelberg

La vue rapprochée du secteur de la carrière avec son relief torturé.


Sur le plan géologique
ce Grand Cru, implanté sur une colline fracturée par trois failles, fait partie de la famille des terroirs marno-calcaires, avec des sols très pauvres, peu profonds mais très homogènes même si les âges géologiques des différents secteurs sont très différents. Comme le prouvent les nombreux fossiles dans la partie ouest (Muschelkalk), ce relief calcaire est un vestige datant d’un temps où la mer recouvrait notre région.

Photo 017
 
Un pied de vigne dans les cailloux calcaires du Grand Cru.


Photo 036

Une coupe géologique naturelle à la hauteur de la carrière de l’Engelberg : le combat des racines contre la roche


La vigne pousse sur des sols arides, caillouteux et bien drainés, sur des parcelles qui, grâce aux fortes pentes et à leur exposition plein sud, bénéficient d’un long ensoleillement.

Photo 034

Les pentes de l’Engelberg dans le secteur ouest du Grand Cru

Photo 030

 

Sur le plan historique
, les quelques sources à notre disposition mettent toutes l’accent sur l’importance du vignoble dans la destinée de Dahlenheim. De tous temps, l’intérêt porté à ce village par les instances de pouvoir venait assurément de l’excellente qualité des vins qu’on y produisait. Les vins de cette région sont connus depuis plus de mille ans : les bénédictins de l’abbaye de Honau avaient repéré ce terroir dès le IX° siècle. Ce sont d’ailleurs des moines pèlerins qui auraient ramené à Dahlenheim de nouveaux cépages destinés à la production de vins de qualité supérieure : c’est ainsi qu’au début du XIII° siècle, les vignerons de Dahlenheim produisaient déjà du Vinum Nobile.
Un ensemble de documents fiscaux datant du XVI° siècle font mention précise de terroirs hauts en qualité, sur le vignoble de Dahlenheim : l’Engelberg et le Silberberg sont identifiés et délimités à cette époque.
Le secteur des « Jardins de Strasbourg » a connu une belle période de prospérité, jusqu’au début du XX° siècle, où la renommée des vins du Haut-Rhin a relégué presque tout le vignoble bas-rhinois au rang de fils illégitime de la viticulture alsacienne. Les vignerons de Dahlenheim ont tenu tête, sans céder à la tendance à la normalisation du goût : leurs vins sont restés fidèles à leur terroir et à leur tradition. Secs et de longue garde, ils commencent à reconquérir les marchés locaux, nationaux et internationaux… et ce n’est que justice !


Au niveau de la viticulture
, l’encépagement est dominé par le riesling et le gewurztraminer. Malgré la pauvreté du sol l’enherbement est très répandu sur le Grand Cru : entre les effets positifs de lutte contre l’érosion et le stress engendré par cette concurrence végétale le choix n’a pas du être simple !

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Enherbement quasi généralisé sur l’Engelberg…


Photo 013

...le labourage inter-ceps est plus rare.


Il reste cependant une bonne moitié des parcelles classées qui ne sont pas revendiquées en Alsace Grand Cru par leur propriétaire : manque de confiance dans l’avenir de ce terroir ou persistance de quelques mauvaises habitudes productivistes… la question reste ouverte. Gageons que la suite de mon enquête auprès de vignerons, ardents défenseurs de l’Engelberg, nous apporterons des éléments de réponse…

Photo 029

Fin octobre : les raisins sont beaux mais les charges sont conséquentes sur certaines parcelles de l’Engelberg.


Les vins de l’Engelberg
sont des vins de gastronomie, droits, secs et de longue garde : les vignerons du cru n’ont pas cédé à la tentation des vins gentils, flatteurs et doucereux qui séduisent facilement. Ils sont dotés d’une forte salinité et d’une belle structure acide et grasse mais savent rester digestes et aériens. Comme le dit, Maurice Heckmann (vigneron à Dahlenheim) les vins de l’Engelberg nous rappellent « que les anges ont des ailes ».

Photo 041
 
Le Scharrrachberg et l’Engelberg




…JEAN MARIE BECHTOLD


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« Tu ne peux pas parler de l’Engelberg sans avoir vu Jean Marie Bechtold »… tel fut le cri du cœur de Philippe Bon (blogueur sur oenophil) lorsqu’il a appris que j’allais mener ma petite enquête sur le Grand Cru de Dahlenheim.
Me voilà donc contraint de modifier mon mode opératoire en passant d’une vision uni-focale d’un terroir à la mise en parallèle de l’avis de 2 vignerons emblématiques :
Mélanie Pfister et Jean Marie Bechtold.


Jean- Marie Bechtold est à la tête d’un domaine familial relativement jeune : l’arrière-grand-père s’est installé à Dahlenheim, le grand-père, grand amoureux du bon vin, exploitait un petit hectare de vigne mais ce sont ses parents qui ont réellement développé l’activité viticole.

Le caveau de dégustation est moderne, lumineux et accueillant, le poêle à bois diffuse une chaleur réconfortante…nous voilà dans d’excellentes conditions pour démarrer notre entretien.

Phot 008
Le  « bar » est ouvert 6 jours sur 7 au domaine Bechtold…


Photo 007
 
…et les visiteurs sont accueillis au coin du feu.



Comment définir ce terroir ?


« L’Engelberg possède une structure géologique d’une rare complexité… la base est marno-calcaire mais d’un secteur à l’autre la composition du sous-sol change, le grès s’invite dans les parcelles ouest près du village alors que vers le Sussenberg à l’ouest tout se complexifie ».
La carrière offre une vue imprenable sur les strates qui composent la géologie de ce terroir et partage le Grand Cru en deux zones assez différentes : « à l’est l’origine jurassique est avérée alors qu’à l’ouest le sous-sol est bien plus jeune (20 millions d’années quand même !) avec une présence importante de calcaire oolithique ».
L’autre point remarquable de l’Engelberg est peut-être son histoire qui, aux dires de Philippe Bon confirmés par Jean Marie Bechtold, remonterait jusqu’à l’époque celte. Des fouilles sur le Scharrachberg ont mis à jours un certain nombre de vestiges dont des armes mais surtout des poteries contenant des restes fossilisés de raisins : la vigne existait probablement sur le Grand Cru avant la période romaine.


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?


Pour Jean Marie Bechtold, la réponse est claire « le riesling et le gewurztraminer sont les alliés naturels de ce terroir calcaire ». Ces deux cépages génèrent des vins amples qui jouent plus sur le registre de l’élégance que de la puissance.


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

« Je ne suis pas assez poète pour inventer des mots qui pourraient définir les vins de l’Engelberg en les différenciant des autres terroirs marno-calcaires… »
Me voilà bien aidé…moi qui étais venu chercher des informations pour briller dans les cercles œnophiles !!!
Pour Jean Marie Bechtold, les vins sont évidemment marqués par leur terroir mais c’est le vigneron, avec sa culture, sa viticulture et peut-être même sa philosophie, qui signe leur carte d’identité.
On pourra quand même retenir que l’Engelberg engendre des vins droits avec une élégance distinguée sans extravagance ni ostentation, que de longues années de garde n’effraient aucunement.
« Les riesling vieillissent admirablement ». Ceci dit Jean Marie Bechtold avoue sa préférence pour des vins de plus en plus jeunes « sûrement parce que les vins ont évolué avec les progrès de la viticulture… mais peut-être aussi parce que mon goût personnel a changé avec la cinquantaine qui approche… ».


Quelles perspectives pour ce terroir ?


Jean Marie Bechtold est l’actuel responsable de la gestion du syndicat local de l’Engelberg et sûrement le plus ancien défenseur du Grand Cru « à la fin des années 70, le domaine vinifiait déjà une cuvée spécifique sur l’Engelberg ». Jusqu'à la fin du siècle dernier ce terroir était défendu par 2 vignerons : André Pfister et Jean Marie Bechtold…c’est bien peu pour se faire entendre !
Aujourd’hui les perspectives sont à l’embellie : les domaines Heckmann, Loew et Schmitt se sont investis sur ce terroir qui reste, malgré tout, encore largement sous-exploité (la moitié de la surface du Grand Cru n’est toujours pas revendiquée).
L’Engelberg est en train d’évoluer mais les avancées sont timides : même si on discute beaucoup durant les réunions du syndicat local les accords se font trop souvent à minima « on arrive à s’entendre sur le rendement mais pour le P.L.C. c’est impossible (…) la plupart des vignerons ont choisi l’enherbement mais une attitude commune au niveau de l’ensemble des pratiques culturales est inconcevable à l’heure actuelle »
En bref, les défenseurs de ce Grand Cru auront encore besoin de beaucoup de temps et d’énergie pour arriver à faire reconnaître ce terroir à la place qui lui revient dans le paysage viticole alsacien.


Les vins du domaine : quelle conception ?

Jean Marie Bechtold associe un pragmatisme paysan et une philosophie profondément humaniste pour définir sa vision du métier de vigneron.
Le respect de la nature est un dogme absolu à chaque étape de la conception de ses vins.

Au niveau de la viticulture, le domaine est en conversion bio depuis 2007 (label en 2010) mais dans la pratique Jean-Marie Bechtold applique la charte bio depuis 2002.
Les 12 hectares du domaine sont répartis sur de très belles parcelles enherbées à 100% :
- 2 ha sur l’Engelberg, uniquement dans la partie ouest.
- 1,5 ha sur le Sussenberg, le prolongement ouest de l’Engelberg.
- 3 ha sur l’Obere Hund, un coteau pentu vers Soultz les Bains propice au muscat, gewurztraminer et pinot noir.
- 1,5 ha sur le Silberberg
- 2 ha sur des parcelles en coteau vers Odratzheim.
« J'ai peu de vignes dans les champs » nous confie Jean Marie Bechtold « il faut reconnaître que ces terroirs sont particulièrement propices à la viticulture bio »
Récemment le domaine a acquis une parcelle sur le Steinklotz « une belle vigne où je vais planter du pinot noir : le cépage le mieux adapté à ce terroir, même si, pour l’instant, il est exclu de l’appellation Grand Cru ».
Les rendements sont sévèrement contrôlés et pour éviter des maturités trop grandes les dates des vendanges sont déterminées avec grand soin en fonction du degré de sucrosité des fruits. « Je récolte souvent mes rieslings assez tôt pour éviter des équilibres trop riches dans ces vins ».

Les vinifications se font évidemment le plus naturellement possible :
-  les fermentations se font exclusivement avec l’action des levures indigènes
- les vins restent longtemps sur lies avec très peu de soutirages
- en règle générale il n’y a qu’une seule filtration légère à la mise en bouteilles
- les fermentations malo-lactiques se font presque systématiquement en même temps que les fermentations alcooliques. Conformément à ses principes Jean Marie Bechtold laisse faire les choses « c’est une situation périlleuse, il faut surveiller ses cuves et goûter très souvent pour réagir rapidement en cas de souci… »
- le sulfitage est minimal et les mises en bouteilles débutent chaque année fin mai.

Phot 004
Une cuverie sur mesure pour vinifier séparément chaque parcelle.


Le discours et les pratiques sont en parfaite cohérence à la cave comme dans les vignes : « le terroir ne doit pas être faussé par des méthodes culturales ou œnologiques trop interventionnistes (…) il faut que l’homme moderne réapprenne à accepter le fait que la nature le dépasse ».

Le domaine écoule 80% de sa production (environ 40000 bouteilles) auprès d’une fidèle clientèle de particuliers, le reste est distribué par quelques restaurants et cavistes locaux.


Et dans le verre ça donne quoi ?

La dégustation commence dans le chai pour un tour d’horizon complet du millésime 2009, avec des vins qui se présentent à nous à des stades d’évolution différents mais dont le profil actuel laisse entrevoir de très belles perspectives.

Les cuvées de vins secs possèdent une matière grasse et puissante avec une acidité large.
Les cuvées de vins moelleux sont remarquables d’équilibre et de concentration.

Le pinot noir prélevé sur foudre est profondément fruité et celui prélevé sur une barrique est plus serré et plus complexe. Ces 2 vins seront assemblés et se complèteront à merveille.
Sur ce millésime Jean Marie Bechtold a utilisé la technique allemande de la Teilung (division en allemand) pour contrôler le rendement et pour garantir le bon état sanitaire des grappes en aérant artificiellement les baies : « un boulot de c… qui consiste à couper la moitié de la jeune grappe juste après la fleur ».

Photo 003
 
3 barriques, un demi-muid et un petit foudre pour le pinot noir du domaine.


Retour dans le caveau de dégustation pour un aperçu de la production en bouteilles :

Riesling GC Engelberg 2008 : le nez est discret présente des notes d’herbes aromatiques, la bouche possède un équilibre sec (4g de SR), une matière relâchée mais ample et une finale longue avec des amers d’une grande finesse.
Un riesling évidemment très jeune mais la qualité du millésime transparaît et le style si particulier du domaine est déjà bien perceptible.

Riesling GC Engelberg 2007 : le nez commence à s’ouvrir, le profil aromatique est très pur et bien typé (agrumes frais), après une attaque assez timide le vin envahit progressivement le palais pour exprimer une matière concentrée, ample mais bien détendue. La finale est longue et délicatement épicée.
Plus expressif que le précédent, un vin qui se pose avec beaucoup de classe et qui joue la partition d’un séducteur sans flagornerie.

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Riesling Sussenberg 2007 : le nez est discret, frais et très pur, la bouche possède un équilibre droit, remarquable d’élégance et de distinction. Du gras, de la soie et une finale longue… un modèle du genre.
Ce terroir qui prolonge l’Engelberg vers l’ouest et qui, selon Jean Marie Bechtold, aurait mérité d’être intégré au Grand Cru, a produit un riesling exceptionnel en 2007.

Photo 009

Riesling Sussenberg VT 2007 : le nez est frais et riche, plein de fruits (pêche de vigne, fruits exotiques), la bouche s’équilibre parfaitement entre une forte maturité et une acidité pointue et longue, la finale est belle et marquée par de beaux amers.

Riesling Sussenberg SGN 2007 : le nez est plus fermé que pour le vin précédent mais le registre aromatique reste identique, la bouche est plus riche mais la présence minérale est tout aussi puissante. L’équilibre est déjà plein de gourmandise mais il est évident que ce vin prendra du volume et de la personnalité si on lui laisse le temps de vieillir un peu.

Deux moelleux superbement équilibrés encore bien jeunes, récoltés sur ce terroir que Jean Marie  Bechtold affectionne particulièrement avec une cuvée classique de VT et une SGN issue d’un secteur où le botrytis a fait monter la maturité à 18°5 potentiels


 
          

Pour conclure, un petit bilan sur cette septième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

- Une fois de plus, j’ai pu vérifier que la convivialité et la disponibilité des vignerons alsaciens ne sont pas une légende. Encore mille mercis à Jean-Marie pour son accueil.

- J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Engelberg comme avant !

- L’Engelberg est un terroir solidement ancré dans l’histoire du vignoble alsacien. L’arrivée récente sur ce Grand Cru de quelques jeunes vignerons prometteurs est de bon augure pour l’avenir : l’Engelberg mérite d’être défendu et reconnu.

- Jean Marie Bechtold est un vigneron qui a choisi de mettre ses pratiques en cohérence avec sa conception du monde. Il n’a pas l’arrogance du démiurge qui fabrique son vin pour flatter et séduire le consommateur. Il est à l’écoute d’une nature qu’il aime et respecte profondément et à qui il essaie de rendre hommage en produisant des vins authentiques et fidèles à leurs terroirs. Ses cuvées possèdent des personnalités complexes et parfois mystérieuses mais elles sont un peu à l’image de l’homme : il faut savoir les approcher avec patience et sans préjugés pour entrer dans leur monde et découvrir la profondeur de leur âme…

Photo 023
 
Le haut de la partie est de L’Engelberg et Dahlenheim… et la brume automnale qui nous cache la flèche de la cathédrale de Strasbourg à l’horizon.
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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 18:49


Copie de Photo 004



Sur les collines du vignoble de la Couronne d’Or en cette fin décembre il y a cet et arbre et ces rangs de vigne qui attendent leurs feuilles, leurs fleurs et leurs fruits…

… et qui nous rappellent que la fin d’une année est toujours le commencement d’une autre pleine de promesses et d’espoirs.

C’est avec cette idée de la vie que je vous souhaite de commencer la seconde décennie du XXI° siècle.

Cordialement

Pierre
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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 18:00

Photo 004

Le vignoble de Balbronn en décembre

Riesling Grand Cru Bruderthal 2005 – G. Neumeyer à Molsheim

Robe : Jaune clair étincelant.
Nez : franc et direct avec une palette d’une pureté classique marquée par le pamplemousse et les herbes aromatiques (sauge, basilic…)
Bouche : l’attaque est vive et pointue puis l’acidité s’élargit en bouche pour s’équilibrer magistralement avec une matière charnue. La finale est longue et offre un bouquet complexe (infusion d’herbes, zeste d’agrume…) avec une minéralité affirmée.
La structure acidité/gras de ce très beau riesling me rappelle certains équilibres bourguignons. Le plaisir est déjà au rendez vous mais on sent un tel potentiel dans ce vin qu’on se dit qu’il faudrait encore patienter quelques années pour le retrouver à son optimum… mais ça risque d’être difficile !



Riesling Grand Cru Altenberg de Bergbieten Cuvée Henriette 2002 – F. Mochel à Traenheim

Robe : jaune franc avec des éclats dorés.
Nez : incroyablement riche et complexe : agrumes , pierre à fusil, épices et quelques légères évocations terpéniques en fond.
Bouche : un équilibre magnifique avec une acidité gourmande et profonde, un gras presque palpable et une finale longue, aromatique et salivante.
Un roi dans son expression la plus aboutie !
Ni le saumon en croûte d’épices, ni la choucroute aux baies de genièvre n’ont réussi à en domestiquer la puissance. Une belle claque !




Riesling Stein 2007 – J.P. Rietsch à Mittelbergheim

Robe : Jaune profond avec des éclats d’or clair.
Nez : Profond et pénétrant avec un fruit complexe, des notes de fumée et de craie humide.
Bouche : l’attaque légèrement moelleuse laisse rapidement s’épanouir une acidité puissante mais très mûre, l’équilibre est gourmand, plein d’énergie et la longue finale sur les agrumes possède une salinité presque hors norme.
La maturité face à la puissance d’un grand terroir de Mittelbergheim (encore un qui mériterait un classement…) : ce riesling d’une opulence un peu baroque (14° quand même) possède une matière exceptionnelle dont le temps devra dompter l’ardeur. Mais comment résister lorsqu’on rencontre ce séducteur aujourd’hui ?



Château Chalon 1985 – D. et P. Chalandard à Le Vernois


Robe : Jaune topaze, avec un éclat vieil or.
Nez : intense et évolutif, le bouquet profond et racé passe de la noix verte assez brute à des notes plus raffinées de fruits secs (figue, noisette), d’épices (muscade, cumin) et de sous-bois.
Bouche : l’attaque vive révèle une acidité virulente qui soutient la structure sur toute sa longueur, le toucher de bouche est onctueux, la palette aromatique s’épanouit pleinement et la finale est évidemment très longue.
Typé, fidèle à son appellation ce « petit jeune » de près d’un quart de siècle est en pleine forme avec un équilibre plein de tonus qui ne laisse aucun doute sur sa longévité… un flacon qui va défier le temps !



Auxerrois Moenchreben 2005 – Rolli-Gassmann à Rorschwihr


Robe : Jaune clair très brillant.
Nez : pénétrant et riche avec un registre complexe : agrumes confits (mandarine), épices douces, vanille, craie…
Bouche : le moelleux est présent mais l’équilibre est magistral grâce à une acidité profonde et une minéralité intense, qui rend le toucher de bouche presque granuleux. La finale est savoureuse et dotée d’une persistance peu commune pour ce cépage.
Le Moenchreben est un terroir argilo-marneux où les Rolli-Gassmann font naître un auxerrois haut de gamme. La maturité et poussée (comme d’habitude) mais le vin reste sapide et digeste (comme d’habitude)… un modèle du genre pour plaider en faveur de la légitimité des SR dans certaines cuvées alsaciennes. Avis aux amateurs et aux sceptiques !



Morgon Côte du Py 2008 – J.M. Burgaud à Morgon


Robe : rubis moyen avec des bords mauve clair.
Nez : discret et bien typé avec des arômes de prunelle et quelques notes très minérales (terre humide).
Bouche : charnue et pleine de tonus, les tanins sont perceptibles mais mûrs et la finale un peu astringente nous offre un retour aromatique d’une belle longueur.
Encore jeune mais très plaisant… il m’est toujours difficile de résister à la pétulance d’un vrai cru du Beaujolais, surtout en hiver : quand le Morgon chante la grisaille de décembre s’éclaircit toujours.


Châteauneuf du Pape 1990 Domaine du Haut des Terres Blanches – Diffonty à CNP

Robe : pas trop évoluée, de teinte rouge sombre, assez dense avec une frange orangée
Nez : une palette riche et complexe qui évolue continuellement : figue, datte, résine, menthe, épices et vanille…
Bouche : une attaque en douceur avec une matière qui tapisse progressivement le palais, sans devenir trop envahissante cependant. Des arômes plus évoluées de bouillon de viande et de laurier se révèlent progressivement, la finale de longueur moyenne est marquée par notes de cacao amer
Ce Châteauneuf acheté il y a quelques années sur place, dans un domaine qui possède une belle réserve de vieux millésimes est très séduisant : oubliée la richesse un peu démonstrative et parfois ennuyeuse des CNP trop jeunes… place à la finesse d’un répertoire aromatique fin et mature.



Pouilly Fuissé En Carementrant 2006 – Bret Brothers à Vinzelles

Robe : jaune clair avec de beaux éclats dorés.
Nez : riche et flatteur avec une palette complexe : fruits blancs frais (poire), beurre, vanille et une légère touche de gingembre.
Bouche : une acidité large et très minérale, beaucoup de gras et une finale de longueur moyenne avec une délicate amertume… harmonie et élégance.
Un très beau vin, complet, dense et à maturité… séducteur sans esbroufe mais au charme quasiment irrésistible. Comme pour la plupart des vins des frères Bret, cette bouteille se vide pratiquement toute seule !




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  • : Vins, vignobles et vignerons.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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