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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 18:33
Pinot Noir Réserve de Bergheim 2004 – S. Spielmann à Bergheim

Robe : rouge grenat assez clair avec une frange brunissante.
Nez : riche et agréable avec des arômes complexes de fruits rouges confits, de musc et une légère touche plus végétale.
Bouche : une attaque très douce suivie d’une belle évolution avec un fruité frais et des tanins soyeux et gourmands. La finale est assez longue et associe des notes acidulées avec une légère amertume.
Un très beau pinot noir, superbement équilibré dans un millésime piégeux en Alsace. Biodynamie et vinification soignée : visiblement, Sylvie Spielmann maîtrise son sujet.
TRES BIEN


Chablis 1° Cru Monts de Milieu 2005 – Domaine du Colombier à Fleys


Robe : jaune pâle, très brillant.
Nez : discret mais d’une belle pureté avec des arômes de fleurs et de craie humide, complétées par des nuances de sous-bois.
Bouche : une attaque discrète puis le vin prend de l’ampleur en révélant de fines notes minérales. La finale est assez longue et marquée par des nuances iodées.
Sévère et austère dans sa jeunesse, ce Chablis s’est assagi et complexifié après 3 ans de garde. Avec les vins de la Meulière, gens pressés, s’abstenir…
BIEN+


Riesling Plaenzerreben 2002 – Rolli-Gassmann à Rorschwihr

Robe : très jeune, jaune clair avec des reflets argentés
Nez : complexe et très ouvert avec une attaque sur du citron confit, suivi de notes plus exotiques (ananas, mangue) et complété par de délicates évocations florales (bouillon blanc et lilas)
Bouche : un équilibre de rêve entre une légère surmaturité, une acidité très longue et une minéralité presque tannique. La finale est longue et marquée par des arômes un peu naphtés d’écorces d’agrumes.
Magnifique…rien à dire, une sensation de plénitude et d’évidence…du Mozart quoi !
EXCELLENT


Muscat 2007 – Domaine Lissner à Wolxheim

Robe : jaune très pâle avec un éclat argenté.
Nez : discret, subtil mais très pur avec des notes de fleur de sureau.
Bouche : une attaque vive et une structure solide sur un équilibre sec. L’acidité est mûre et profonde, la finale est longue et saline.
Un muscat dominé par une minéralité puissante avec une personnalité proche de celle d’un riesling. Pour la gastronomie ou pour la garde…car on oublie trop souvent que ce cépage vieillit fort bien.
BIEN+

 
Riesling Grand Cru Kanzlerberg 2002 – S. Spielmann à Bergheim

Robe : jaune profond, très brillant avec un disque épais.
Nez : élégant et complexe avec des notes florales(violette) et végétales (menthe, fenouil) suivies par des arômes d’agrumes mûrs.
Bouche : l’attaque est vive et directe, le vin s ‘épanouit avec une matière concentrée et pleine de rondeur mais avec une acidité bien en place, tendue et profonde. La finale est assez longue, bien fraîche et délicatement épicée.
Une belle expression de terroir, un riesling riche et complexe qu’il faut déguster avec application pour en saisir toutes les nuances.
TRES BIEN-


Corton Charlemagne 1997 – P. Marey à Pernand-Vergelesses


Robe : jaune profond, très brillant avec des reflets dorés.
Nez : pur et complexe avec des nuances de citron vert, de verveine, de vanille et de cannelle
Bouche : Un vin ample et plein de sève qui allie parfaitement gras et fraîcheur, la gamme olfactive s’enrichit de quelques notes miellées et la finale est très longue avec de beaux amers et un boisé très fin.
Une jeunesse insolente et un équilibre remarquable pour ce beau vin…mais peut-on attendre moins d’un Grand Cru !
TRES BIEN


Mas de Daumas Gassac rouge 2002 – A. Guibert à Aniane

Robe : rouge grenat, assez dense avec une frange pratiquement pas dégradées.
Nez : franc avec une belle intensité et une palette aux accents bourguignons où on reconnaît entre autres la griotte, la réglisse, le noyau et l’amande douce.
Bouche : une belle synergie entre densité et finesse, la matière est juteuse et gourmande. La finale n’est pas trop longue mais dotée d’une fraîcheur réjouissante.
Je crains que ça va encore déclencher une petite polémique mais en ce qui me concerne c’est un très beau vin… un des meilleurs Daumas qu’il m’ait été donné de boire !
TRES BIEN


Château Pierre-Bise Le Haut de la Garde 2007– Papin-Chevalier à Beaulieu-sur-Layon

Robe : jaune paille, très brillant avec des reflets argentés.
Nez : complexe et raffiné avec des notes d’acacia, de fruits blancs (poire, coing) et de miel.
Bouche : une attaque tout en douceur suivi d’un développement ample et large. Beaucoup de gras mais pas de lourdeur et une palette aromatique riche avec du miel, des fruits secs et un léger boisé. La finale est longue et fraîche, agrémentée par une délicate amertume.
Un anjou blanc de très haute volée avec un équilibre parfait malgré ses 14° d’alcool, la Loire comme je l’aime et une adresse incontournable (encore une… !) au prochain Salon des Vignerons Indépendants de Strasbourg.
TRES BIEN


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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 23:21



Si certaines cuvées de la maison Zoeller de Wolxheim s’appellent « Ochidées » ce n’est pas vraiment le fruit du hasard. En effet, au dessus des vignes sur la colline du Horn on trouve une espèce assez de cette prestigieuse famille végétale.
L’Altenberg de Wolxheim est vraiment un terroir particulier !
Il y a quelques jours, Bruno Schloegel me prévient qu’il vient d’en voir en fleurs juste derrière la statue du Sacré Cœur.
Il ne m’en faut pas plus pour enfourcher mon vaillant destrier à pédales et partir le long du fameux canal de la Bruche vers Wolxheim.
Il fait très beau, le chemin est plat et bien ombragé, c’est dimanche…la vie est belle !


Le long du canal de la Bruche...


Après une petite heure de plat suivie de la terrible ascension de ce Ventoux alsacien (d’accord, ça ne monte pas trop, et ça dure 1km…mais pour un gros comme moi, c’est une prouesse !), me voici à pied d’œuvre derrière la silhouette dorée du protecteur du cru…


La pelouse au sommet du Horn

Hélas, l’indigence de mes connaissances en botanique face à la profusion de fleurs de toutes sortes me laisse un peu dubitatif…pour ne pas dire complètement perdu.
Après de longues minutes à plat ventre, je trouve enfin le spécimen convoité :


 
Je demande confirmation par mail à Bruno Schloegel…
Raté c’est du sainfoin…
Pour les vraies orchidées, il va falloir que j’y retourne, avec cette fois ci les photos prises par Bruno au même endroit il y a quelques jours, pour me guider.
Deuxième essai…dimanche prochain !

                

 
ça a quand même une autre tête les vraies orchidées…


Conclusion : il faut se rendre à l’évidence, la fréquentation de forums sur internet et la réalisation de mon blog ont eu raison de mon tempérament de vieux un picoleur solitaire et sédentaire…
Me voilà devenu un dégustateur qui prend des notes sur ce qu’il boit, un VTTiste arpenteur de chemins viticoles (ceux qui me connaissent, comprendront aisément les efforts qu’un morphotype comme le mien doit consentir pour monter une côte..), un apprenti géologue, botaniste, historien…

Tout ça parce que j’ai du plaisir à partager mes expériences avec vous.
Eh bien merci à tous…tout simplement !

NB : ces vues sont prises au printemps et sans trucage dans cette Alsace où tant de personnes hésitent à venir séjourner parce qu’il y fait trop froid ou trop humide…

Amis oenophiles n’hésitez plus, je vous attends le verre à la main

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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 16:58
L’ALTENBERG DE WOLXHEIM SELON…


La troisième étape de notre voyage sur la route des vins d’Alsace nous ramène dans le Bas-Rhin, aux portes de Strasbourg, à la découverte d’un Grand Cru injustement méconnu l’Altenberg de Wolxheim.

 
Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.


 
Wolxheim, paisible cité entre vignes et collines sous-vosgiennes.

C’est vrai que le consommateur lambda a toujours du mal à s’imaginer qu’on puisse trouver des grands vins à moins de 20 kilomètres de la capitale alsacienne.
Pour tout vous dire, au début de ma déjà très longue carrière de boit-sans-soif, j’étais convaincu que la route des vins d’Alsace s’arrêtait aux environs d’Obernai…
LA HONTE !

Heureusement que, grâce à des rencontres avec quelques amateurs éclairés, j’ai franchi cette frontière imaginaire et je suis remonté vers le nord pour découvrir de réelles pépites chez des vignerons sympathiques, accueillants et surtout désireux de mettre en valeur et de faire reconnaître leurs beaux terroirs.
Ceci dit, en écoutant ce qui peut se raconter autour de moi sur cette partie du vignoble alsacien, je vois qu’il reste encore bien du chemin à parcourir…
Et pourtant, comme nous aurons l’occasion de le constater, la longue histoire de ce vignoble et la qualité des vins qu’on peut y trouver aujourd’hui, sont des éléments à même de justifier un retour au premier plan de ce village et de son Grand Cru.

Comme son nom l’indique, le Grand Cru Altenberg de Wolxheim se trouve sur le ban communal de Wolxheim, une petite bourgade d’environ 800 habitants, qui fait partie du vignoble de la Couronne d’Or.


La Couronne d’Or  regroupe 19 communes viticoles situées au pied des Vosges à une petite vingtaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg.

Cité dès l’année 742 sous le nom de Folcolfersheim, ce village changera maintes fois de nom durant le moyen-âge et c’est en 1453, qu’on lui attribuera le nom de Wolxheim.
L’origine de ce nom est incertaine mais on suppose qu’il se réfère aux loups (Wolf en allemand ou en alsacien), comme l’atteste le blason de Wolxheim qui représente un double crochet à loup utilisé jadis comme un piège. Les forêts vosgiennes de cette époque devaient être bien moins paisibles qu’aujourd’hui !

Le blason de Wolxheim : pas de Zorro à l’époque…mais des loups qu’il fallait chasser.
 
En observant sa situation et son histoire on constate que Wolxheim a toujours été en relation privilégiée avec Strasbourg.
Grâce à l’ancien chemin des Celtes entre Strasbourg et le Donon, passant par Wolxheim, cette modeste commune a constitué durant de longues années un important cellier de la capitale alsacienne.
Dès le moyen-âge, l’Evêché et l’Hôpital de Strasbourg possédaient une grande partie du vignoble de Wolxheim.
Au XVII° siècle, Vauban fit construire le canal de la Bruche pour permettre l’acheminement des matériaux (le grès notamment) vers les chantiers de fortification de Strasbourg.


Le canal de la Bruche et son chemin de halage : un paradis pour cyclistes.



Le canal de la Bruche et au second plan, la colline du Horn.

Cette voie fluviale a permis aux vignerons locaux d’amener facilement leurs vins vers le port de Strasbourg, d’où ils pouvaient être exportés dans toute l’Europe.


Les carrières royales reconverties en vignoble…


dont une parcelle porte le nom de « Clos Philippe Grass » en hommage au célèbre sculpteur originaire de Wolxheim (la statue de Kléber sur la place du même nom à Strasbourg, c’est lui)

Malheureusement, le début du XX° siècle marqua la fin de la prospérité du vignoble de Wolxheim. La politique de production quantitative qui a fini par dénaturer les vins, les ravages du phylloxéra et le drame de la Première Guerre Mondiale ont constitué autant d’éléments négatifs qui, en se conjuguant, ont provoqué la ruine de la plupart des vignerons du village. Ces tristes circonstances ont poussé les villageois à pratiquer la polyculture ou a quitter les exploitations familiales pour travailler en ville. La proximité avec Strasbourg, si bénéfique au cours des siècles précédents, s’est peu à peu transformée en menace pour la survie de la viticulture à Wolxheim.
Heureusement que les lois sur les Grands Crus, qui ont intégré l’Altenberg de Wolxheim parmi les terroirs élus, ont tiré les vignerons du village de leur torpeur et les ont remis sur le chemin des pratiques viticoles recherchant la qualité.

Le coteau de l’Altenberg de Wolxheim
s’étend sur une superficie de 31,20 hectares sur les flancs de la colline dominée par le rocher du Horn (la corne).


L’Altenberg avec au fond le fameux rocher du Horn.



Le Rocher et sa statue du Sacré Cœur érigée en 1912, pour veiller sur le Grand Cru ?




Le village de Wolxheim vu de l’Altenberg.

Les parcelles assez peu pentues sont situées entre 175 et 200 mètres d’altitude et bénéficient d’une exposition sud-ouest, sud et sud-est.

Sur le plan géologique l’Altenberg de Wolxheim fait partie des terroirs Grands Crus à dominante calcaire, implantés sur les collines sous-vosgiennes.
Il est situé dans le champ de fracture de Saverne et possède un sous-sol de Lias et de Dogger (du Jurassique pour faire simple…) de nature marno-calcaire, riche en cailloutis mais aussi en limons et en argiles.
Les sols sont plus argileux et plus profonds en bas de pente et plus squelettiques et riches en cailloutis oolithiques sur les versants. En allant vers l’ouest le terroir devient marno-calcaro-gréseux.

La particularité de ce terroir peur se comprendre en considérant l’influence de plusieurs facteurs :
-    une exposition large, en particulier sur des orientations sud-ouest assez rares pour des Grands Crus.
-    une richesse en argiles, qui lui donne un tempérament productif que les vignerons doivent absolument maîtriser.
-    un micro-climat, très doux et très sec, que Serge Dubs n’a pas hésité à qualifier de « méditerranéen »





Des pieds de vignes sur la partie supérieure de l’Altenberg : calcaire et argiles.

Sur le plan historique, on trouve de nombreux documents d’archives médiévales qui révèlent l’intérêt des congrégations religieuses pour le vignoble de Wolxheim.



La chapelle Saint Denis au pied de l’Altenberg : elle date du XIV° siècle mais la légende dit qu’elle serait édifiée sur l’emplacement d’un temple dédié à Bacchus à l’époque romaine.

La plupart des parcelles très convoitées de la fameuse colline du Horn sont la propriété de l’Eglise : le couvent du Hohenbourg (aujourd’hui c’est le couvent du Mont Sainte Odile), l’abbaye Saint Etienne de Strasbourg et surtout l’Evêché de Strasbourg se partageaient la plus grande partie de ces vignes.
On apprend également que, dès le XVI° siècle, les vins de ce vignoble étaient réputés pour leur aptitude au vieillissement : des chroniques de l’époque relatent le fait que le vin nouveau de Wolxheim se vendait 25 florins le foudre alors que 10 ans plus tard ce vin pouvait se négocier à plus de 120 florins le foudre.
C’est aussi à cette période que les cépages nobles sont sélectionnés pour être plantés sur les pentes de la colline du Horn : on y recommandait particulièrement le « Gentil aromatique, vulgairement appelé Riesling » et le « Muskateller » (le muscat).
Cette prospérité a atteint son apogée dans la deuxième moitié du XIX° siècle. Les crus de Wolxheim se retrouvent sur les tables des grands d’Europe : Napoléon III se fait livrer régulièrement du vin de l’Altenberg, Guillaume II en fera servir pour l’inauguration du Palais Impérial à Strasbourg (Palais du Rhin aujourd’hui).
En 1865, l’historien Jacques Baquol écrit : « à Wolxheim on trouve les meilleurs vins du Bas-Rhin » que dire de plus…
Hélas, comme nous l’avons déjà évoqué plus haut, la conjoncture du début du XX° siècle est extrêmement défavorable à la viticulture dans cette région. A la veille de 1914 , l’Altenberg est dépouillé de ses vignes pour recevoir les batteries de l’artillerie allemande (eh oui, Wolxheim était en Allemagne à cette époque !). A la fin de la guerre, on retrouve une viticulture complètement sinistrée qui se reconstruit petit à petit, avec des producteurs qui vendent leurs récoltes en vrac au négoce.
Il faudra attendre les années 80 et les lois sur les Grands Crus d’Alsace pour que les vignerons locaux reprennent conscience des vertus de ce noble terroir et de la richesse des vins qu’il peut engendrer.
Aujourd’hui, l’Altenberg de Wolxheim semble bel et bien reparti sur le chemin de l’excellence, à la reconquête de sa renommée d’antan.

Au niveau de la viticulture, l’encépagement privilégie largement le riesling : près des 2/3 de la surface du Grand Cru est occupée par ce cépage. Ce choix n’est pas déterminé par des raisons d’ordre économique mais bien parce que c’est avec le riesling que ce terroir exprime le mieux son originalité et sa grande qualité.
Le gewurztraminer vient en deuxième position et occupe environ 8 hectares.
Les pratiques culturales sont encore très hétérogènes : la lutte contre le ver de grappe par confusion sexuelle est généralisée sur le coteau mais pour le reste…


Les petites capsules brunes sont partout..



 

mais aussi ça…

 


et parfois ça !

En tous cas, pour canaliser la prolixité naturelle de l’Altenberg des vignerons comme Clément Lissner ont vite compris qu’il fallait adapter leur viticulture à ces conditions particulières « on ne fait pas un Grand Cru comme un vin quelconque, il faut conduire la vigne avec sagesse et savoir-faire et ne pas hésiter à tailler court ».
En ce qui concerne la vinification il semble qu’il y ait un certain consensus de la profession pour définir le style de vin à rechercher sur l’Altenberg : ce Grand Cru est propice à la conception de superbes vins de garde.
Robert Muhlberger qui est un peu prophétique lorsqu’il affirme que « les vins blancs qui auront de la notoriété à l’avenir, seront ceux qui présentent une bonne aptitude au vieillissement » ou Auguste. Zoeller, un peu plus réaliste lorsqu’il dit que « la renommée reviendra même si elle se fait attendre…ils ont bien mis 50 ans en Bourgogne pour faire connaître leurs Grands Crus… », comptent parmi les références locales qui ont déterminé la voie à suivre pour leur Grand Cru.
En tous cas, force est de constater que la référence à la prestigieuse histoire de ce terroir constitue une puissante source d’inspiration et de motivation pour tous ces vignerons désireux de redonner à l’Altenberg de Wolxheim la place qu’il mérite dans la hiérarchie alsacienne.
Comme quoi le vin restera toujours une affaire de culture… !


…BRUNO SCHLOEGEL

14h30, j’arrive au domaine comme prévu et Bruno Schloegel m’accueille en m’annonçant qu’il est en train de terminer sa conversation téléphonique avec une journaliste du magazine « Vins et Spiritueux ». Je l’accompagne jusque dans son caveau de dégustation et je patiente quelques minutes dans la fraîcheur ambiante… après 4 heures à cuire sur un stade ça fait vraiment du bien !
L’histoire de ce domaine est intéressante : les Lissner sont des immigrés d’origine polonaise qui se sont installés à Wolxheim vers le début du XIX° siècle : ils sont vignerons, mais aussi un peu artistes, poètes, musiciens, intellectuels…des villageois vraiment atypiques pour l’époque !
En digne héritier de cette tradition, notre interlocuteur du jour a également une trajectoire et un profil particulièrement riches : ingénieur-agronome, expert-comptable, enseignant puis directeur d’un Centre de Gestion Agrée dans le Haut-Rhin…et bien sûr un peu musicien et artiste mais surtout vigneron hors pair.
C’est en 2001 qu’il a commencé à  travailler avec son oncle Clément Lissner et depuis la disparition de ce dernier en 2002, il gère les 8 hectares de vignes du domaine avec sa tante Marianne Lissner.

Nous commençons notre entretien avec les traditionnelles questions relatives au Grand Cru.

Comment définir ce terroir ?

C’est un terroir très précoce. Il se trouve dans une sorte de cuvette qui concentre la chaleur et qui fait mûrir les raisins beaucoup plus rapidement qu’ailleurs. « Ici, la vigne a souvent 10 jours d’avance par rapport aux villages voisins ».
C’est un terroir très riche. La vigne ne connaît pratiquement jamais de stress hydrique : la présence d’argile fixe l’eau et la structure karstique du sol permet aux racines de plonger très profondément.
C’est un terroir « facile » sur le plan sanitaire. La pression au niveau des maladies est très faible sur le coteau de l’Altenberg. Même le botrytis ne s’y développe que très peu : les V.T. et S.G.N. sur le Grand Cru sont obtenus dans la plupart des cas avec des baies passerillées par la surmaturité.
C’est un sous-sol à dominante calcaire mais lorsqu’on en approfondit un peu son étude on constate une grande complexité géologique : c’est une véritable mosaïque de terroirs où se mélangent des marnes, des argiles, du calcaire oolithique, du calcaire coquiller, du grès…
C’est un terroir avec un passé historique d’une grande richesse. Comme nous l’avons déjà vu plus haut, les Celtes, les Romains, l’Eglise, l’Hôpital de Strasbourg avaient développé une relation privilégiées avec cette colline. Cependant, comme le souligne Bruno Schloegel, l’histoire oublie souvent que les armées (françaises ou allemandes) ont, elles aussi, largement contribué à la renommée de l’Altenberg. Ce lien qui s’est crée avec la construction du Canal de la Bruche et des fortifications de Strasbourg (au XVII° siècle) a été un puissant vecteur de communication pour la renommée de ce cru. Cela explique aussi comment Napoléon III et Guillaume II ont pu connaître et apprécier l’Altenberg.
Il n’y a pas si longtemps d’ailleurs, Clément Lissner recevait encore des consommateurs locaux qui venaient acheter le fameux « riesling Napoléon »

 

L’aigle napoléonien ou l’Adler allemand ? L’histoire jusque sur les étiquettes…

Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

La richesse et la précocité de terroir les rendent particulièrement favorable au riesling qui y mûrit très facilement. L’Altenberg également des atouts intéressants pour la réussite de beaux gewurztraminer.
Au domaine Lissner, la proportion est de 60% de riesling pour 40% de gewurztraminer.
Cependant, la référence à l’histoire (ENCORE !!!) et une belle parcelle plein sud sur ce terroir précoce a conduit Bruno Schloegel à replanter une parcelle avec du muscat d’Alsace (le Muskateller des temps anciens)… sûrement une belle cuvée en vue !

Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Au nez, on trouve des marqueurs aromatiques assez surprenants que Bruno Schloegel qualifie de « méditerranéens », avec beaucoup d’épices (poivre blanc notamment), des herbes provençales (thym, marjolaine, menthe, basilic) et des agrumes mûrs ou confits.
En bouche, les vins de l’Altenberg se reconnaissent par leur structure large, ample et très ouverte de l’attaque jusqu’à la fin. Ce sont des vins volumineux, avec des acidités profondes et des salinités très puissantes qui envahissent le palais sans partage.
En ce qui concerne les possibilités de vieillissement, Bruno Schloegel n’a pas encore un recul énorme par rapport à ses vins, mais il affirme avec prudence et réalisme : « Les vins de l’Altenberg peuvent très bien vieillir mais leur potentiel de garde est conditionnée par la qualité de la vendange. Les raisins doivent être rentrés mûrs, sains et non oxydés sinon le vin ne résistera pas au temps ».

Quelles perspectives pour ce terroir ?

Bruno Schoegel est résolument optimiste quant à l’avenir de ce Grand Cru.
Il est intimement convaincu de la grande qualité intrinsèque du terroir de l’Altenberg de Wolxheim, même si de nombreux vignerons s’interrogent encore : 31,4 hectares sont classés Grand Cru alors qu’à l’heure actuelle, seuls 14 hectares sont revendiqués. Fausse modestie ou peur de se remettre en question ?
Ceci dit, l’interprofession fonctionne plutôt bien : pour le Grand Cru, les vignerons s’accordent sur la date des vendanges et sur l’interdiction de chaptaliser. Les pratiques culturales commencent à s’homogénéiser doucement : la lutte contre le ver de la grappe par confusion sexuelle, l’enherbement qui se généralise peu à peu… mais il reste encore du chemin à parcourir notamment en ce qui concerne la maîtrise des rendements.
Au niveau de la communication collective, il y a pratiquement tout à faire, mais avec un site doté d’une histoire aussi dense, un terroir aussi riche, un magnifique sentier viticole…et surtout des vignerons de la trempe de Bruno Schloegel, on peut être résolument optimiste. L’Altenberg de Wolxheim est presque condamné à prospérer !

Les vins du domaine : quelle conception ?

Bruno Schloegel est très attaché à son village, il a choisi dès l’âge de 25 ans de s’y installer en rachetant la maison de sa grand-mère. A la tête du domaine Lissner depuis 2002, il reconnaît volontiers l’influence de son oncle dans sa conception du métier de vigneron et lui rend un hommage posthume en concrétisant son projet de grande cave, qui verra le jour dans les prochains mois.
Clément Lissner était un pépiniériste de formation « il portait un regard presque clinique sur a vigne, un peu comme un médecin observe son patient ». Tous les vignerons locaux venaient lui demander des conseils en cas de problème. Il n’est pas étonnant qu’avec une formation en agronomie et un mentor amoureux des plantes, Bruno Schloegel soit devenu un expert en botanique. Bien évidemment ces connaissances et ces convictions se retrouvent dans sa conception de la viticulture.
Les vignes sont enherbées complètement avec la recherche d’une biodiversité maximale dans chaque parcelle : il y a plus de 15 variétés de légumineuses qui prolifèrent dans les vignes du domaine Lissner.


Une touffe de trèfle en fleurs dans une parcelle de jeunes vignes de riesling

La roto-herse est utilisée pour travailler le cavaillon et l’intervalle entre les rangs si la vigne le demande : si la vigne est jeune ou fatiguée (après quelques années de V.T. par exemple) Bruno Schloegel traite un rang sur 2.

Une parcelle de gewurztraminer un peu fatiguée par 3 millésimes de V.T. est stimulée par des rangs travaillés à la roto-herse.

Bruno Schloegel entretient et développe cette saine émulation naturelle entre plantes dont les cycles végétatifs sont décalés dans le temps.
Il pratique une taille très courte, ne rogne que très peu et refuse les vendanges en vert. « Je mets la plante dans les meilleures conditions possibles et je récolte ce qu’elle me donne ».
Au domaine Lissner, le rendement moyen se situe aux environs de 40 à 50hl/ha et sur le Grand Cru c’est plutôt de l’ordre de 30 à 40hl/ha. Bruno Schloegel projette d’augmenter sensiblement la densité de plantation sur ses parcelles classées pour diminuer naturellement la charge par pied de raisin tout en montant le rendement à 45hl/ha.
Les vinifications se font le plus naturellement possible : les moûts sortent du pressoir pneumatique et fermentent sans aucun intrant, ni levures, tannins, acides, sucres, pas de collage, pas de bentonite et un sulfitage minimal.
Les élevages se font en foudres sur lies pour les Grands Crus, les rieslings du Rothstein et les pinots gris. Les barriques de chêne sont mises à contribution pour certaines cuvées de pinot noir et le reste de la production est élevée dans des cuves inox.
Bruno Schloegel attend avec impatience la loi sur les vins biologiques prévue en 2009 pour revendiquer la certification « vin biologique » dès le millésime 2010.
Le domaine Lissner vend 60 à 70% de sa production en direct (salons des vins et passage au domaine), 15% à des cavistes et le reste au négoce.

Et dans le verre ça donne quoi ?

 
La gamme terroir du domaine Lissner

Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2008 : un vin sec (S.R. 4g) doté d’un nez gourmand sur des fruits jaunes et des épices douces, une bouche ample, large avec des arômes de bergamote et une finale profondément saline

Riesling G.C.
Altenberg de Wolxheim 2007
 : un nez marqué par les épices et une puissante minéralité (craie, silex), une bouche avenante (7g de S.R.) mais avec une belle ampleur et une finale saline et richement aromatique (poivre, bergamote)

Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2005 : un nez naphté, minéral avec des arômes d’écorce d’orange et de basilic, un vin sec (2g de S.R.) doté d’une grande profondeur et d’une très belle longueur.

Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2004
 : un nez un peu surprenant de pain (trop) grillé mais une bouche pleine de rondeur malgré une acidité puissante et longue (2g de S.R.).

Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim 2002
 : un nez riche et complexe avec des arômes d’agrumes très mûrs, la bouche est agréable et riche malgré une acidité un peu moins mure. La finale est longue avec de subtiles notes d’aspérule odorante.

Riesling G.C. Altenberg de Wolxheim Vendange Tardive 2007 : un nez discret et très fin avec de délicates notes épicées . La bouche est ample et large avec une attaque marquée par des S.R. mais une superbe finale saline et poivrée.

Gewurztraminer G.C. Altenberg de Wolxheim 2007 : un nez fin et subtil avec des notes de fruits jaunes et d’épices douces, le vin est pratiquement sec, gras et équilibré avec une finale longue et poivrée.

Gewurztraminer G.C. Altenberg de Wolxheim 2005
: un nez déjà profondément marqué par le terroir avec des notes d’herbes aromatiques provençales (thym, origan, basilic) et une bouche puissante, équilibrée avec une finale longue et poivrée.

Gewurztraminer G.C. Altenberg de Wolxheim 1999
: un nez très délicat avec des notes de bergamote et de menthe, la bouche est un peu diluée mais joue sur le registre de la suavité avec de beaux arômes d’agrumes.

Gewurztraminer G.C. Altenberg de Wolxheim 1985 : un nez complexe avec des arômes de cire, d’encens et de menthe. La bouche est légère mais agréable avec une belle finale épicée et réglissée.

Gewurztraminer Vendange Tardive 2002 : un nez riche et séduisant avec des arômes de pain d’épice, de cannelle, d’écorce d’orange confite. La bouche est ample avec une acidité très large qui équilibre la suavité des S.R.

Riesling Rothstein 2007 : aérien et floral avec une acidité fine et une minéralité délicate. Un vin équilibré, digeste et plein de charme, une belle expression de la subtilité d’un riesling sur terroir gréseux.
 
Riesling Wolxheim 2007
: un riesling sec classique avec un nez d’écorce d’agrume et de naphte et une bouche bien structurée dotée d’une acidité verticale et profonde. Un archétype sur terroir calcaire pour adeptes de rieslings sans concession.

Pinot Noir Les sommelières 2007 : des arômes de boisé fin et de fruits rouges gourmands, une bouche juteuse et riche avec une longue finale encore un peu monopolisée par l’élevage.
Un pinot noir vendangé en surmaturité et élevé 12 mois en barriques : frais et équilibré malgré ses 13,5 degrés d’alcool mais ce vin a encore besoin de temps pour s’harmoniser et digérer son bois.

Certains vins dégustés ont été sortis pour l’occasion de la réserve personnelle de Bruno Schloegel et ne sont plus en vente aujourd’hui, mais la carte actuelle est riche d’une trentaine de références, proposant un rapport qualité/prix exceptionnel.
Vous trouverez plein d’informations complémentaires (dont un tarif régulièrement actualisé) sur le site du domaine CLIC

Pour conclure, un petit bilan sur cette troisième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque encore de me répéter…) :
-    Je suis plus que jamais convaincu qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais de l’Altenberg de Wolxheim comme avant !
-    L’Altenberg de Wolxheim est un terroir d’une puissance incroyable : il marque profondément les vins dans leur structure et dans leur registre aromatique. Lorsqu’il est servi par des vignerons comme Bruno Schloegel, qui savent l’écouter et le faire parler, ce Grand Cru peut se hisser sans coup férir au sommet de la hiérarchie alsacienne.
-    Wolxheim est à 18 kilomètres de Strasbourg (20 minutes chrono en voiture, en respectant toutes les limitations de vitesse…) avec des vignerons qui proposent des vins extraordinaires…qu’attendez-vous pour les dévaliser ? Si ça se trouve, ils vous recevront avec le sourire et vous laisseront faire.
-    Enfin, je tiens à remercier chaleureusement mon hôte pour la qualité de son accueil : j’ai passé 3 heures de pur plaisir face à un interlocuteur cultivé et passionnant, profondément amoureux de son métier et de ses vignes.

C’est comme ça et pour ça que j’aime l’univers du vin !

Wolxheim vue de l’Altenberg (une parcelle de Bruno, d’après les fleurs)

@+



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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 09:19


 

Nouvelle soirée de notre club A.O.C. avec un invité de marque en la personne du cépage blanc le plus planté (plus de 80 000 hectares) et sûrement le plus connu dans le monde : sa majesté le chardonnay.

Ce cépage vigoureux et naturellement productif s’adapte à peu près partout mais exige des conditions très précises pour engendrer de grands vins. Il faut notamment veiller à réfréner la générosité naturelle de cette vigne par un travail de maîtrise des rendements. L’implantation sur des terroirs argilo-calcaires semble également être un des facteurs déterminants pour la réussite de grand vins de chardonnay.
Ce cépage supporte très bien le bois : les vinifications et les élevages de ces vins se font très souvent en barriques, même si on peut trouver de magnifiques chardonnays vinifiés et élevés en cuves (dans le chablisien ou dans le mâconnais).
C’est en Bourgogne que ce cépage a pris ses lettres de noblesse en donnant naissance à des vins qui figurent régulièrement au palmarès des plus grands vins blancs secs du monde.

J’ai donc préparé un petit tour d’horizon national pour voir comment ce cépage pouvait se décliner dans les diverses régions viticoles françaises.

Les vins étaient servis aux alentours de 10° sans carafage. La dégustation, les commentaires et l’évaluation se sont faits à l’aveugle sauf pour moi

Soirée du 7 mai 2009 à Schiltigheim
Verres INAO.


1. Crémant d’Alsace Chardonnay 2000 – Domaine Lissner à Wolxheim (67)

Un nez sur des fruits blancs et du miel avec un soupçon de pomme blette, une bouche bien équilibrée avec une acidité profonde et une mousse un peu légère.
Une belle entrée en matière avec ce crémant 100% chardonnay dégorgé en 2005 et dosé à 8g. Il est marqué par son âge mais procure encore un grand plaisir à la dégustation.
TRES BIEN

2. V.P. du Jardin de la France Le Pré Fleuri 2005 – S. Batard à St Léger les Vignes (44)
Un nez mêlant des notes florales et herbacées et un boisé discret. La bouche est ronde mais avec peu d’ampleur et une finale marquée par une légère amertume.
Simple, assez agréable mais sans personnalité.
BOF

3. V.P. de l’Hérault Domaine de Moulines 2007 – Saumade et fils à Mudaison (34)
Un nez bien net de fleurs blanches et de craie humide. Une bouche fraîche et bien équilibrée avec une finale très courte.
Bien vinifié et somme toute un peu atypique pour cette région, ce vin se laisse boire sans déplaisir…et à moins de 5 euros ce n’est vraiment pas si mal !
BIEN

4. Saint Véran 2007 – Domaine Larochette-Manciat à Chaintré (71)
Un nez délicat et complexe avec des notes de citronnelle, de beurre frais et un boisé assez fort, qui s’estompera après oxygénation pour laisser place à de beaux arômes de fruits blancs (poire). La bouche est encore un peu déstructurée mais la matière est belle.
Un vin encore bien jeune qui cherche sa cohérence mais qui a bien évolué après l’ouverture (il se goûtait vraiment mieux lors du deuxième tour).
BIEN +

5. Chablis 2006 – Domaine du Colombier à Fontenay (89)
Un nez très pur avec des notes d’agrumes et de craie. La bouche est ample mais dotée d’une fraîcheur désaltérante avec une belle salinité en finale.
Un beau Chablis générique, facile d’accès mais bien marqué par son terroir.
BIEN +

6. Pouilly Vinzelles 2006 – La Soufrandière à Vinzelles (71)

Un nez complexe et très pur avec des notes de citron, de vanille, de craie évoluant progressivement vers des nuances plus exotiques (ananas frais). Une bouche ample, gourmande et juteuse avec une belle tension et une finale longue et délicatement épicée.
Les frères Bret au sommet de leur art, rien à redire !
TRES BIEN +

7. Auxerrois Barriques 2005 – Domaine Kleinknecht à Mittelbergheim (67)

Un nez marqué par les agrumes et un boisé noble mais un peu trop présent. La bouche est plus intéressante avec un bel équilibre, une acidité profonde et une palette très riche alliant des arômes de citron, de pomme et de cannelle.
L’OVNI de la dégustation, un chardonnay bio élevé 18 mois en barriques (un peu borderline au niveau de la législation sur l’AOCmais…). C’est intéressant, bien fait mais faut-il vraiment se lancer dans cette voie en Alsace ?
BIEN +

8. Pouilly Fuissé Vieilles Vignes 2005 – Domaine Larochette-Manciat à Chaintré (71)
Un nez juteux avec de belle notes de fruits jaunes (abricot), de vanille et un boisé bien fondu. La bouche puissante et pleine de vivacité se prolonge longuement en finale.
Une belle matière, un boisé bien intégré, un registre aromatique complexe,, ce Pouilly Fuissé est à point.
TRES BIEN

9. Puligny Montrachet 2005 – L. Carillon et fils à Puligny (21)
Une entrée en matière surprenante sur des notes végétales et presque terpéniques. Après quelques minutes d’oxygénation, la palette s’assagit quelque peu avec des arômes de silex et de menthe poivrée. La bouche est austère mais puissante avec une allonge remarquable.
Trop jeune pour être pleinement apprécié à sa juste valeur, mais la matière est impressionnante… Patience !
TRES BIEN -

10. Meursault Vieilles Vignes 2006 – Domaine Buisson-Charles à Meursault (21)
Un nez somptueux de beurre frais, d’amande, de miel et de poire. La bouche est tout en équilibre et en rondeur mais dotée d’une puissance imposante. LA finale est longue et profondément minérale.
Un grand chardonnay tout simplement !
TRES BIEN +

11.Puligny Montrachet 1° Cru Les Referts 2000 – L. Carillon et fils à Puligny (21)
Des notes métalliques pour une entrée un peu étonnante rapidement suivie par des arômes plus classiques de fruits jaunes, de pierre chaude et de menthe. La bouche est ample, sphérique, dotée d’une puissance majuscule et la finale est très longue et d’une grande richesse : citron, boisé fin, vanille et notes salines et iodées en farandole.
La patine des ans a commencé à faire son œuvre, c’est très beau et encore, je pense qu’on a un peu brusqué la bête ce soir !
TRES BIEN +

12. L’étoile 2003 – Domaine Rolet à Arbois (39)

Un nez fin et délicat avec de belles notes de gelée de coing et une bouche suave, opulente malgré un caractère sec affirmé. La finale est belle marquée par de discrets arômes de noix fraîche.
Un beau chardonnay jurassien, qui met du temps à dénoncer son origine. Surprenant, même s’il a un peu souffert de l’ombre portée par les deux bombes qui ont explosé avant lui.
BIEN +

Conclusions

·    Une sélection dominée par des bourgognes (8 sur 12), un parti pris que j’assume pleinement et que je ne regrette pas : le chardonnay y est à son aise et entre Chablis et Chaintré, il nous a enchanté avec des vins aux personnalités bien marquées et bien différenciées.
·    Certaines bouteilles auraient mérité un carafage pour se livrer davantage : ce n’est pas la première fois que cela m’arrive avec des chardonnays bourguignons notamment, il va quand même falloir que je prenne cette bonne habitude !
·    Quelques coups de cœur personnels :
- Le Crémant 2000 du domaine Lissner, comme une très belle alternative à un blanc de blanc champenois. Je suis impatient de goûter ses dernières mises.
- Le Pouilly Vinzelles 2006 des frères Bret, rien à faire, je craque à chaque fois !
- Le Meursault 2006 de B.C., il a séduit l’assemblée des dégustateurs et me permet une fois de plus de dire du bien de ce domaine que vous connaissez peut-être…


@+

Pierre

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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 00:02


Toujours rien à voir avec le vin...
mais cet artiste me coupe le souffle à chaque fois que je le vois peindre.

C'est presque de la magie mais c'est surtout d'une poésie absolue. Si l'aventure émotionnelle vous tente...
suivez moi ICI
@+

Pierre

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 23:47

Ne cherchez pas de rapport avec le vin.
Ne pensez pas que j'entreprends une reconversion dans le monde de la danse...
mais régalez vous tout simplement.
C'est vivifiant et tellement plein d'humanité, moi ça me fiche une patate d'enfer
Alors suivez moi ICI

@+

Pierre
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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 18:03

Tenir 6 jours sans voir un pied de vigne…Tel fut le défi de cette deuxième semaine de vacances scolaires, bravement relevé par votre serviteur, lors d’un séjour historico-culturel au pays des « vaches rousses, blanches et noires sur lesquelles tombe la pluie… »

 
Une belle éclaircie du côté d’Arromanches

Un périple familial sur des plages et dans le bocage normand pour visiter des sites chargés de la douloureuse mémoire du débarquement allié de juin 1944.

   
La Pointe du Hoc et Omaha Beach.



C’est vrai qu’on y trouve des alignements d’un type bien différent de ceux que je recherche habituellement, mais le souvenir de ces p’tits gars venus offrir leurs vingt ans à un idéal de liberté, c’est bouleversant.

 
Vue sur un secteur du Cimetière Américain de Colleville sur Mer (plus de 10000 tombes)

Dorénavant je ne pourrai plus m’empêcher d’y penser lorsque je pesterai contre ces amerloques qui essaient de copier nos vins ou ces englishs qui dévalisent nos chais bordelais…

Mais trêve de digressions historiques, revenons à nos moutons…
La Normandie c’est aussi la région de la pomme dans tous ses états : jus, cidre, pommeau et calvados. C’est donc tout naturellement que nous avons décidé de faire une petite parenthèse hédoniste en prenant rendez-vous à la Ferme de Billy à Rots, un petit village entre Caen et Bayeux.

La Ferme de Billy qui date du milieu du 17° siècle, appartient actuellement à la famille Vauvrecy.
C’est une exploitation qui compte environ 10 000 pommiers, avec 16 variétés de pommes (acides, douces, douces-amères) réparties en plusieurs vergers et cultivées selon 2 méthodes :
-    la taille en tige haute, qui laisse le tronc se développer normalement et qui demande un écartement d’une dizaine de mètres entre chaque arbre.
C’est le mode de culture traditionnel qui est encore exigé pour 20% dans l’A.O.C.
-    la taille en tige basse, qui limite la hauteur du tronc (entre 50 cm et 1 m) et qui permet une plus grande densité de plantation (3 à 4m entre chaque arbre). Ce mode de culture facilite les travaux et permet aux arbres d’être productifs plus tôt. En revanche, elle réduit la durée de vie des pommiers.

 

Dans la propriété : une chapelle du XIII° siècle entourée de pommiers.

La récolte s’étale sur une période très longue en automne et en hiver selon le cycle végétatif de toutes les variétés de pommiers.
Les pommes sont ensuite lavées, broyées et pressées. Les fermentations se déroulent dans des cuves en inox ou en fibre de verre. Chaque variété de pomme est brassée séparément. Les assemblages se font par la suite en fonction des goûts recherchés.
Les cidres sont embouteillés sans liqueur de dosage lorsque le degré d’alcool recherché est atteint : 4 à 5 degrés pour des cidres ½ sec ou brut.
Pour les calvados, les fermentations sont menées à terme (10 à 11 degrés) avant distillation et vieillissement en barrique de 250 litres.

La visite guidée se termine dans un beau caveau de dégustation avec le passage en revue de toute la production.

 
Cidres et calvados sur le bar du caveau

Jus de pomme 1
(assemblage d’un jus issu d’une variété acide et d’un jus issu d’une variété douce) : jaune très clair, limpide avec un nez intensément fruité. Une attaque très vive, des notes de pomme acidulée qui remplissent la bouche et une finale très fraîche.


 
Jus de pomme 2 (assemblage de 2 jus issus de variétés douces) : une robe dorée et légèrement trouble, un nez de pomme mûre et une bouche pleine de rondeur avec une finale légèrement acidulée où on détecte des notes un peu vanillées.

Cidre demi-sec Douceur (mélange de variétés douces et douces amères, titrant 4,5°) : une robe paille, un nez assez discret de pomme mûre et de céréales, la mousse est fine mais abondante en bouche, un peu acidulé en attaque l’ensemble devient très rond en se développant. Les tanins sont très souples et la finale est marquée par une délicate amertume.
Pour déguster avec des desserts, de la charcuterie ou des fromages légers.

Cidre demi-sec Fraîcheur
(mélange de variétés acidulées titrant 4,5 degrés) : la robe et le nez sont très proches du précédent mais la bouche est un peu différente avec une mousse un peu plus légère, un équilibre plus frais et des tanins très doux.
Pour déguster avec des fruits de mer, des Saint Jacques au cidre…

Cidre brut
(5°) : une robe un peu plus ambrée, un nez puissant alliant notes fruitées et notes fermentaires, en bouche la bulle est plus grossière et les tanins un peu plus puissants mais la finale est très longue.
A réserver pour des plats forts en goût ou pour des fromages puissants.

Calvados VSOP
(assemblage d’eaux de vie de 5 à 6 ans) : une robe ambrée claire, un nez délicat de pomme cuite et d’épices douces. La bouche est ronde et soyeuse avec un boisé fin et une finale légèrement réglissée.


Calvados Hors d’âge (assemblage d’eaux de vie de 8, 9 et 10 ans) : une robe un peu plus foncée avec des reflets vieil or, un nez intense de pomme mûre et d’épices complétées par quelques notes boisée discrètes. La bouche est somptueuse avec une attaque très douce et ronde, un développement ample et une finale longue sur des arômes très nobles de tabac blond.


Quelle jolie rencontre avec de beaux produits dotés d’une vraie identité et d’une vraie personnalité, si loin de ce que j’ai pu trouver et goûter par chez nous…c’est finalement pas si mal la Normandie !
@+
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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 00:21
 
Sancerre 2007 Domaine de Saint Pierre – P. Prieur à Verdigny en Sancerre      
Robe : Jaune très pâle avec une frange presque transparente.      
Nez : Une attaque intense et un peu monolithique sur la groseille blanche, il faut de la patience et de la persévérance pour déceler des notes plus subtiles de feuille de cassis et d’épices.      
Bouche : L’acidité claque, le fruité est puissant et croquant la finale est marquée par le pamplemousse.      
Le sauvignon interprète sa partition haut et fort et domine encore trop ce vin d’une belle pureté mais que l’on devra attendre encore un peu pour lui permettre de se complexifier.      
BIEN pour le moment.     
 
Riesling G.C. Sommerberg 2005 – Domaine de l’Oriel à Niedermorschwihr      
Robe : Jaune pâle avec des reflets argentés.      
Nez : Une attaque discrète sur un registre floral (sureau) suivie par de puissantes notes exotiques (ananas frais et litchi).      
Bouche : Ample et plein de vivacité avec de beaux arômes de bergamote et d’écorce d’agrumes. Une salinité puissante et longue soutient une finale longue et aromatique.      
Un vin certes encore jeune mais qui procure un plaisir immédiat et entier. Un riesling harmonieux, élégant, à la fois simple d’accès et plein de mystères…une vraie réussite tout simplement !      
TRES BIEN     
 
Pinot blanc Barriques 2005 – Domaine Sipp-Mack à Hunawihr 
     
Robe : Jaune clair brillant.      
Nez : Fin et délicat avec une attaque florale très aérienne suivie de notes plus fruitées d’abricot frais.      
Bouche : Sec avec du gras et une belle ampleur, l’acidité est longiligne et très pure. Le boisé est subtil et très bien intégré, la structure du vin est réellement enrichie sans que le registre aromatique ne soit trop marqué.      
Une approche un peu bourguignonne peut faire oublier un instant l’origine de ce vin, mais ce pinot blanc a de la classe…ne boudons pas notre plaisir.      
TRES BIEN     
 
Riesling Grand Cru Moenchberg 2003 – Domaine des marronniers à Andlau      
Robe : Jaune clair brillant.      
Nez : Intense et complexe avec beaucoup du fruit (agrumes et pêche blanche) et des notes de basilic et d’iode.      
Bouche : Gras et équilibré avec des arômes d’orange, une légère surmaturité et une finale iodée présentant une délicate amertume.      
Après 5 années de garde, les arômes sont épanouis, les marqueurs iodés du terroir sont très nets, mais l’ensemble manque un peu de nerf…le millésime n’a pas encore dit son dernier mot.      
BIEN +     
 
Pinot Noir Cuvée Tradition 2005 – R. Fritsch à Marlenheim              
Robe : Rouge rubis très profond avec une frange mauve.      
Nez : une attaque franche sur des notes torréfiées (café) suivies par des arômes de griotte et de mûre.      
Bouche : charnu et velouté malgré une belle concentration tannique et un fruit très présent qui s’agrémente de nuances réglissées. La finale assez ample laisse apparaître une petite amertume un peu dérangeante.      
Un pinot noir alsacien vinifié en rouge avec un beau profil aromatique et une structure solide en bouche, qui manque encore un peu de rondeur à l’heure actuelle. Semble encore devoir vieillir un peu.      
BIEN +     
 
Echézeaux 1998 – D. Duband à Chevannes
     
Robe : Rouge grenat avec une densité moyenne et une frange légèrement dégradée.      
Nez : une palette racée et complexe avec des arômes de cerise, de rose fanée, de frangipane, d’épices (girofle, poivre vert) et de pin.      
Bouche : un toucher incomparable avec un grain tannique gourmand et suave, une fraîcheur réjouissante et une finale d’une longueur exceptionnelle.      
Un vin somptueux, avec un équilibre qui frise la perfection absolue…il s’impose de façon évidente comme un moment d’exception pour tout dégustateur. Je ne sais pas qui peut rester insensible devant ce nectar…Moi il m’a bouleversé, merci Monsieur David !      
EXCELLENT     
 
Quincy Le Petit Paul 2007 – J. Rouze à Quincy 
     
Robe : Jaune pâle avec des reflets gris argentés.      
Nez : Franc et typé avec des arômes de pèche blanche, de craie et de silex frotté.      
Bouche : Une attaque en souplesse avant de révéler de belles notes de groseille blanche et de laisser s’épanouir une acidité longue et tendue.      
Une cuvée issue de parcelles sélectionnées, plus élaborée et plus subtile que le générique 2008. Le vin est plus rond et plus gras mais l’âme de Quincy est encore bien présente.      
BIEN +     
 
Muscat Cuvée du Banni 2007 – R. Fritsch à Marlenheim
      
Robe : Jaune très clair pâle avec des reflets argentés.      
Nez : Puissant et direct avec des arômes fortement musqués, complétés par des nuances de pèche blanche et de sauge.      
Bouche : Un équilibre sec avec une palette plutôt florale (sureau) et une finale dense et profondément minérale.      
Muscat Ottonel et muscat d’Alsace se retrouvent à parts égales dans ce vin de caractère. Une version plus sérieuse et plus complexe du muscat : plus gastronomique que gouleyant…une aubaine  pour cette saison où les asperges sont charnues et juteuses à souhait par chez nous.      
BIEN +     
 
Corbières Château Haut Gléon Blanc 1994 – Villesèque les Corbières 
    
Robe : Jaune doré avec une belle densité mais très brillant      
Nez : Complexe et d’une grande suavité avec de petites notes oxydatives très rapidement submergées par une palette riche et agréable : miel, brioche, épices, marmelade d’oranges, un boisé très léger…      
Bouche : Une attaque en douceur, un milieu très rond et charnu, richement aromatique, avec une trame acide bienvenue qui se tend progressivement vers une finale bien fraîche.      
Une bouteille datant de mes premières incursions dans ces contrées éloignées…je me souviens d’avoir été ébloui par la beauté des Corbières et d’avoir été impressionné par la qualité des infra-structures de ce domaine.
Cet assemblage classique (grenache, roussane, marsanne) un peu démonstratif dans sa prime jeunesse (fût neuf) s’est assagi (presque 15 ans quand même !) et nous montre un visage serein et plein de charme. Un beau moment !      

TRES BIEN     
 
Corbières Château Haut Gléon Rouge 1993 – Villesèque les Corbières   
Robe : rouge grenat un peu terne avec une densité moyenne et une frange brunissante.      
Nez : agréable et discrète avec des notes de fruits rouges compotés, des épices douces et un léger boisé.      
Bouche : un ensemble gourmand avec des tanins bien mûrs, des notes un peu cacaotées et une belle finale très fraîche.      
Le grand frère rouge de la précédente, un assemblage grenache, mourvèdre, carignan étonnant de fraîcheur et d’équilibre malgré son grand âge.      
BIEN +     
 
Riesling 2007 – Domaine de l’Oriel à Niedermorschwihr 
     
Robe : Jaune clair avec des reflets argentés.      
Nez : Pur et racé avec des arômes de poire, des fleurs blanches et de pierre à feu.      
Bouche : Gras et ample avec une trame acide profonde et une belle salinité. La finale est longue et parfumée aux zestes d’agrumes.      
Une médaille d’or au riesling du monde pour cette magnifique cuvée, un générique qui pourrait jouer dans la cour des Grands Crus sans dénoter. Bravo Claude !      
TRES BIEN     

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 00:15



Jacques Vivet, expert en vins auprès de la Chambre d’Appel de Paris et animateur d’un centre de dégustation réputé depuis plus de 20 ans, nous propose un livre plein de bon sens et de passion.

Tout au long des 300 pages de cet ouvrage, l’auteur nous explique sa façon de concevoir la dégustation d’un vin.
Il développe et justifie des convictions profondes à ce sujet :
- la dégustation doit être un acte réfléchi destiné à analyser les différentes propriétés d’un vin,
- la dégustation exige de la tempérance, une certaine hygiène de vie, de la concentration et surtout beaucoup d’entraînement,
- apprendre à déguster doit avoir comme premier objectif l’augmentation du plaisir pour l’amateur de vin.
  
Le texte est structuré, fonctionnel, richement argumenté et truffé d’exemples. Les définitions précises et facilement compréhensibles permettent de clarifier les termes et concepts utilisés dans l’univers de la dégustation des vins.
La seconde moitié du livre est entièrement dédiée à des commentaires de dégustation et à quelques pages d’annexes très pratiques.

Edité en 2006, « Le vin mode d’emploi » constitue un choix prioritaire pour tout oenophile désireux de construire ou de consolider son socle de connaissances théoriques au sujet du vin.
Se former pour pouvoir aimer davantage...n’hésitez pas à suivre Jacques Vivet sur ce chemin.


@+
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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 14:57
LE WINECK-SCHLOSSBERG SELON…


Pour la seconde étape de mon voyage sur la route des vins d’Alsace j’ai décidé de mettre le cap au sud et de passer dans le Haut-Rhin pour une petite halte à Katzenthal à la découverte de son Grand Cru le Wineck-Schlossberg.

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.


Le grand cru Wineck-Schlossberg se trouve sur les bans communaux de Katzenthal et d’Ammerschwihr (pour une toute petite partie)

 
Au pied des collines vosgiennes, Katzenthal et son château.


La légende veut que le Wineck ait été, à l'aube du Moyen Age, le repaire d'un baron franc appelé Kaze qui aurait transmit son nom à la petite vallée de Katzenthal.
Les historiens situeraient plutôt l’origine du nom de ce village au XII° siècle : le premier habitant venu s’installer dans ce vallon se nommait Chazzo et l’endroit prit le nom de Chassindale. Puis, comme très souvent, avec le jeu conjugué des altérations linguistiques et de l’étymologie populaire le « vallon de Chazzo » s’est transformé en « vallon aux chats », traduction littérale actuelle de Katzenthal.

 
Le blason de Katzenthal : une croix sur un quartier de lune, mais pas de chats…

Ce village qui compte environ 500 habitants a été reconstruit presque intégralement après la deuxième guerre mondiale : les terribles combats de la poche de Colmar avaient détruit 90% des habitations. Il se situe à quelques kilomètres de Colmar, adossé au massif vosgien entre Ammerschwihr et Niedermorschwihr.
Inutile de vous préciser que le site est magnifique…

 
Katzenthal et son clocher reconstruit après la dernière guerre, au second plan le château et le coteau du Wineck-Schlossberg.

Le coteau du Wineck-Schlossberg s’étend à flanc de la colline qui domine le côté nord du village. Les parcelles classées occupent une superficie totale de 27,40 hectares entre 270 et 420 mètres d’altitude et bénéficient d’une exposition sud-sud-est.

 


Sur le plan géologique, ce Grand Cru fait partie de la petite famille des granitiques alsaciens (il y en a 9 en tout). La vigne est plantée sur les flancs du massif vosgien à l’ouest de la ligne de faille qui sépare les terroirs granitiques des autres terroirs alsaciens plus calcaires. Le sous-sol est composé presque exclusivement de granit de Turckheim à 2 micas fortement désagrégé.

 
Des pieds de vigne sur des parcelles du haut du coteau : le granit est omniprésent dans la maigre couche de terre arable.

Cette terre bien drainée qui retient bien la chaleur est évidemment parfaitement adaptée à la production de raisins de qualité, mais ce qui caractérise vraiment le Wineck-Schlossberg c’est son micro-climat particulier.
N’oublions pas que le terroir prend en compte d’autres éléments que la géologie : pour le Wineck-Schlossberg c’est bien la situation géographique particulière qui lui confère une identité bien spécifique. Par rapport à ses illustres voisins proches issus de la même famille (comme le Sommerberg, le Schlossberg, le Kaefferkopf ou le Brand), ce Grand Cru se trouve dans un secteur protégé des vents dominants par 3 collines : ici la vigne fleurit plus tôt qu'ailleurs et les conditions climatiques un peu moins tourmentées permettent au raisin d'atteindre une maturité exceptionnelle dès le début de l'automne.


Sur le plan historique, les premières traces écrites évoquant le vin de Katzenthal datent de plus de 750 ans, on y apprend qu’en ce temps là, les vins du Cuttenthal étaient connus et recherchés.
Le nom Schlossberg apparaît pour la première fois dans des documents écrits datés de 1706 pour évoquer les parcelles situées sur ce coteau.
Une autre particularité vient du fait que l’histoire de ce grand cru est intimement lié à celle de son château, une ruine féodale avec un impressionnant donjon haut de 21 mètres, qui trône au milieu des vignes.        


Le Wineck vu du village...

...et vu du sommet de la colline.

Edifié vers le milieu du XIII° siècle il porte un nom qui souligne la pérennité d’un lieu dédié à la viticulture depuis longtemps : le Wineck, ce qui peut se traduire par « coin du vin ». Très rapidement l’existence du vignoble devient indissociable de celle des chevaliers qui détiennent et occupent le château, témoignant de cette étroite relation qui existait alors entre la puissance des gens de pouvoir et la possession des meilleurs vignobles. Par la suite, le château fut rapidement abandonné (il est signalé en ruine au début du XVI° siècle), faute d’intérêt stratégique suffisant, mais le lien entre le Wineck et son coteau était solidement établi. Pour montrer leur fierté de posséder le seul grand cru de la région avec un château au milieu des vignes, les vignerons de Katzenthal ont installé, dans le fossé creusé dans le roc sous le donjon, une vinothèque destinée à conserver vivante la mémoire des meilleurs millésimes.

Le Wineck, une « ruine » qui ne se porte pas si mal que ça…


…grâce à l’association des Amis du Wineck qui a fait un gros travail de restauration.


Au niveau de la viticulture, l’encépagement privilégie largement le riesling : le roi des cépages alsaciens s’y plaît particulièrement en y prenant la vivacité et la fraîcheur propres aux terroirs granitiques tout en y rajoutant l’élégance et la sérénité issues de ce climat particulièrement protégé. Le gewurztraminer, qui occupe 20% de la surface, se retrouve surtout dans les parcelles un peu moins arides et produit des vins friands, fruités qui se laissent facilement approcher dans leur jeunesse.
Le travail dans la vigne est difficile : la raideur des pentes du Wineck-Schlossberg rend toute mécanisation problématique et, très souvent, dans ce climat serein et apaisé où la vigne se plaît le vigneron sue sang et eau pour y travailler.

 
L’extrême ouest du coteau.



Des vignes sur le Wineck-Schlossberg le 24 avril…vous avez dit précoce !

En ce qui concerne la vinification il y a deux écoles qui s’affrontent.
D’un côté, les tenants de la tradition qui revendiquent le droit de laisser s’exprimer naturellement la typicité de ce terroir, en produisant des vins plaisants à boire jeunes. D’un autre côté, une jeune génération plus ambitieuse et désireuse de valoriser pleinement les potentialités de ce Grand Cru, en contrôlant davantage les rendements et en prolongeant les élevages sur lies. Leur ambition serait de parvenir à conserver cette grâce juvénile aux vins jeunes tout en leur donnant les moyens d’exprimer la profondeur de leur terroir avec l’âge.
Quadrature du cercle ou vin de rêve ? Un beau challenge en tous cas !


…FREDERIC BERNHARD



 
Le domaine Bernhard se situe au centre du bourg sur l’artère principale qui traverse Katzenthal pour buter contre le massif vosgien (le village est un cul-de-sac)
 

Le village vu du Wineck-Schlossberg, avec la maison Bernhard en jaune

C’est une exploitation familiale de 10 hectares avec des parcelles sur 6 Grands Crus (Wineck-Schlossberg, Schlossberg, Kaefferkopf, Mambourg, Fürstentum et Florimont). Les Bernhard sont vignerons à Katzenthal depuis plus de 2 siècles. Leur production est dominée par le riesling (25%), le gewurztraminer (25%) et le pinot gris (20%), le dernier tiers est partagé entre tous les autres cépages alsaciens.

Frédéric Bernhard me reçoit dans le caveau de dégustation du domaine et se prête avec beaucoup de patience et d’à-propos au jeu des questions-réponses sur le sujet du jour.


Comment définir ce terroir ?

La jeune génération des vignerons de Katzenthal se concerte régulièrement pour débattre de la question de l’identité de ce Grand Cru.
Ils ont retenu 3 mots clés pour définir le Wineck-Schlossberg :

GRANIT – SOLAIRE – PRECOCITE.

Pour être un peu plus complet, Frédéric précise que le sous-sol granitique du Wineck-Schlossberg est un peu plus argileux que celui de ses illustres voisins Sommerberg et Schlossberg et que les parcelles nord qui jouxtent le Kaefferkopf sont un peu plus gréseuses.
Pour rentrer encore un peu plus dans le détail, il faut noter que la configuration de ce Grand Cru est vraiment spécifique : en plus de sa situation protégée du vent, la nature de son relief très accidenté fait que ce coteau offre des expositions extrêmement variées entre sud-est et sud-ouest ainsi qu’une différence d’altitude non-négligeable entre les parcelles près du village et celles du sommet.

 
Le coteau vu de la route vers Niedermorschwihr, ça penche de partout…

Ces conditions particulières obligent le vigneron à surveiller attentivement toutes ses parcelles pour contrôler au plus près les niveaux de maturité. En revanche, cette diversité permet d’effectuer une forme de régulation qualitative d’un millésime à l’autre : il n’est pas étonnant de constater que la plupart des domaines de Katzenthal possèdent depuis toujours des parcelles précoces et des parcelles plus tardives sur le Wineck-Schlossberg.


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Là, aucune hésitation, pour le Wineck-Schlossberg, c’est le riesling : ce cépage occupe 80% du Grand Cru. Chez les Bernhard, il y règne en monarque absolu, sur 100% de la surface.
« Un sol très pauvre, du granit et du riesling, c’est une association naturelle ».
Les gewurztraminers se retrouvent dans le secteur plus gréseux vers le Kaefferkopf.


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?


Les rieslings sont aériens avec de beaux arômes floraux, un fruité délicat (agrumes) et une minéralité importante (notes de silex, de pierre chaude…).
Des analyses scientifiques révèlent que ce terroir de granit très décomposé marque la composition chimique de ces vins en les enrichissant de nombreux sels minéraux comme la silice, le manganèse, le fer…
En vieillissant les rieslings du Wineck-Schlossberg gardent très souvent le fruité de leur jeunesse - « pas de notes de pétrole sur ce terroir » - mais il se complexifient en bouche en affirmant davantage leur côté salin et pierreux.


Quelles perspectives pour ce terroir ?


Frédéric Bernhard est optimiste quant au possibilités de développement de ce cru, surtout parce que les jeunes vignerons de Katzenthal ont pris pour habitude de s’associer pour partager des réflexions, des expériences ou des opérations de communication vers l’international (récemment dans le Valais suisse, par exemple).
Pour le Wineck-Schlossberg, ils sont unanimes pour affirmer que ce Grand Cru doit produire des vins secs, fruités et aromatiques. Pour ceci, ils savent qu’il est impératif de ne ramasser que des raisins sains et parfaitement mûrs.
En ce qui concerne les vinifications, la tendance est à l’allongement de la durée d’élevage sur lies : « avant, tout le monde soutirait au mois de janvier, aujourd’hui la plupart des domaines soutirent au mois de juin et certains autres attendent la fin août, comme nous ».
L’image du château est emblématique pour le cru mais il reste encore bien des pistes à explorer à ce sujet pour augmenter son impact au niveau de la communication ; notamment en renouant des liens plus directs avec l’Association des Amis du Wineck, afin de remettre en avant l’idée de cette oenothèque si particulière.


Les vins du domaine : quelle conception ?


Frédéric, qui assiste son père Jean-Marc depuis 10 ans, a des idées bien claires sur la manière de concevoir ses vins :
-    il prône une viticulture respectueuse de l’environnement, avec une démarche bio sur la plupart des vignes en coteau
-    il pratique l’enherbement pour des raisons surtout pratiques (travail simplifié et limitation de l’érosion) un rang sur deux pour 80% des vignes ; le reste est enherbé à 100% ou entièrement labouré selon la nature de la parcelle. Sur le Wineck-Schlossberg la concurrence hydrique très rude entre végétaux l’a conduit opter pour des plants semés (trèfle ou fétuque), un peu moins gourmands en eau.
-    les vendanges se déroulent dans la seconde moitié du mois d’octobre selon la maturité des baies. Sur le Wineck-Schlossberg, les rieslings sont rentrés avec des densités de 1095 à 1100 maximum, afin de pouvoir les vinifier en vin sec.
-    les fermentations se font de façon naturelle, avec des levures indigènes et sans intrants. Elles se déroulent à leur rythme et sont menées à bout. Les malos se font parfois mais « on ne les sent pas parce qu’un vin issu d’une vendange mûre ne contient que très peu d’acide malique »
-    les élevages se font en foudre pour les rieslings, les pinots gris et les pinots noirs, les autres cépages sont en cuves inox thermorégulées.

Le domaine met en bouteilles 100% de sa production et en exporte 20%, principalement dans des pays européens (Danemark, Grande Bretagne, Italie, Belgique) et aux Etats Unis.


Et dans le verre ça donne quoi ?

Sylvaner Vignoble de Katzenthal 2007  : des arômes élégants sur un registre très floral et une belle pureté en bouche.
Issu de vieilles vignes, ce sylvaner situe parfaitement le niveau d’exigence des vins de ce domaine.

Pinot blanc 2007  : un nez très aérien de fruits blancs, une bouche légère mais bien équilibrée et une finale avec une fine amertume.
Une alternative un peu plus ronde que le sylvaner mais toujours avec le même niveau qualitatif.

Muscat 2008 
: un nez très flatteur de raisin frais et de sureau, une bouche redoutable de suavité et de fraîcheur avec quelques 12 g de S.R. équilibrée par une acidité puissante.
Un muscat somptueux, qui ne se contente pas d’être aromatique mais qui possède une réelle profondeur en bouche. Un coup de cœur absolu !

Riesling Vieilles Vignes 2007  : un nez précis et délicatement citronné, une belle vivacité et un équilibre idéal.
Un riesling très pur récolté sur des parcelles de plus de 40 ans, classique mais parfaitement réalisé.

Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2007 
: un nez très aérien de fleurs blanches et une bouche finement marquée par le terroir avec des notes pierreuses et une finale fraîche sur le pomelo.
Un cas d’école : déjà terriblement séduisant mais doté d’un beau potentiel. Le plus dur va être de le laisser vieillir…

Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2008 (en cours d’élevage sur lies) : le nez est encore un peu perturbé par des arômes fermentaires mais la bouche est ample, délicatement citronnée et dotée d’une minéralité puissante.
Une très belle cuvée sans aucun doute, avec une matière concentrée et noble.

Riesling Grand Cru Schlossberg 2007 
: une palette classique nettement sur les agrumes et une bouche ample et sphérique.
Un riesling sec mais avec une personnalité plus extravertie.

Gewurztraminer Grand Cru Kaefferkopf 2007
 : un nez bien défini avec des notes de fruits très mûrs et d’épices douces ; la bouche est ample, opulente, marquée par la surmaturité tout en restant digeste.
Un gewurztraminer classique, version solaire mais sans lourdeur.

Gewurztraminer Grand Cru Mambourg 2006 
: un nez riche et très fin alliant des arômes de fleurs et d’épices douces, la bouche est gourmande avec des notes d’écorce d’agrumes, l’équilibre entre S.R. et trame acide frise la perfection, la finale est agréablement saline.
Je n’ai pas pu m’empêcher de regoûter ce vin qui avait déjà séduit les dégustateurs de la soirée AOC consacrée au gewurztraminer : confirmation, c’est un grand !


A noter les prix très sages : les GC entre10 et 13 euros, c’est cadeau…

Pour conclure, un petit bilan sur cette seconde expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :
-    Une fois de plus, j’ai pu vérifier que la convivialité et la disponibilité des vignerons alsaciens ne sont pas une légende. Encore mille mercis à Frédéric pour son accueil.
-    J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Wineck-Schlossberg comme avant !
-    Le Wineck-Schlossberg est vraiment l’archétype du terroir granitique propice à l’élaboration de grands rieslings fins et minéraux. Le cépage est magnifié dans le registre de la pureté et de l’élégance absolue.
-    Avec des domaines ambitieux comme celui de J.M. Bernhard mais aussi des frères Klee et autres Spannagel on peut résolument optimiste sur l’avenir du vignoble de Katzenthal.



Juste pour le plaisir : au pied des rangs de vigne, des fleurs de printemps.

Et un de plus…plus que 49 !
Retour dans le Bas-Rhin pour notre prochaine étape avec l’Altenberg de Wolxheim.


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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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