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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 11:48


Cette quatrième réunion 2013 de notre club A.O.C. nous emmène au pays du Muscadet, un vignoble vraiment mal connu en Alsace, et dans le Haut-Médoc, une région que nous ne visitons que très rarement aux cours de nos sessions de dégustation.
Ce soir, ces deux négligences vont être réparées et les 13 convives sont invités à se régaler (ou non) avec deux belles séries de bouteilles choisies pour illustrer les thèmes suivants :

1. Les grands muscadets de terroir
2. Les crus du Haut-Médoc face au temps.

La série de muscadets a été proposée par François qui a profité de rencontres viniques à l’occasion de ses voyages professionnels pour dégoter une belle collection de quilles (13 références quand même !) provenant de quelques domaines en vue du vignoble nantais.
La petite série de rouges d’appellation Haut-Médoc a bien évidemment été composée par Paul, l’un de nos deux « englishmen »...retour aux sources historiques oblige !

 

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Une cartouchière bien garnie en début de réunion


Les vins blancs ont été débouchés juste avant la dégustation et servis 2 par 2 à l’aveugle.
Les rouges ont été débouchés 1 heure avant la dégustation et servis à l’aveugle.

Verres Spiegelau Authentis 01


Soirée Club AOC du 5 avril 2013 à La Wantzenau

 


Thème 1 : à la découverte de l’âme du Muscadet dans les terroirs de Sèvre et Maine.

 

 

Atmosphère – Domaine Jo Landron à La Haye-Fouassière : discret mais assez complexe le nez propose une palette sur les petits fruits rouges, le pain grillé avec une petite touche fumée, en bouche la bulle assez grosse provoque une forte sensation d’effervescence mais la mousse est peu persistante, l’équilibre est sec mais le manque de profondeur est trop flagrant.

 

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Issu à 80% de folle blanche et à 20% de pinot noir et très légèrement dosé, ce blanc mousseux est agréable par son côté direct et léger mais sa mousse assez agressive et sa matière un peu fluette laissent une impression mitigée en bouche.
Facile mais sans profondeur.

 

 

Château de la Templerie 2011 – J. Huchet à Château Thébaud : le nez est plus épanoui avec une palette agréable sur les fruits blancs, en bouche la structure manque un peu de cohérence et la finale est marquée par une petite amertume.
Château de la Bretesche 2011 – J. Huchet à Château Thébaud : le nez est très discret avec des évocations minérales et un côté eau de roche, la bouche est filiforme mais nette et précise, la finale revient sur des notes pierreuses et une pointe finement citronnée.

 

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Cette première doublette nous propose deux cuvées d’entrée de gamme produites par Jérémie Huchet et provenant de deux terroirs emblématiques du muscadet : granit pour la Templerie et gneiss pour la Bretesche.
Deux vins vifs et légers qui ne sont pas déplaisants mais qui manquent un peu de personnalité…un peu à l’image des quelques rares cuvées que j’ai dégustées jusqu’ici…mais je sens qu’on ne va pas en rester là !

 

 

Clos les Montys 2011 – Y. et J. Huchet à Château Thébaud : le nez s’ouvre sur des notes très minérales (coquille d’huitre) avant de révéler une petite pointe citronnée bien tonique, en bouche la matière se tient avec élégance, belle présence et structure très aérienne avec une belle pointe minérale en finale.
Clos les Montys 2010 – Y. et J. Huchet à Château Thébaud : le nez est plus mûr sur le miel et les agrumes, en bouche la matière riche et dense donne l’impression d’un beau volume, la finale révèle un caractère salin bien affirmé.

 

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Avec ces deux cuvées issues d’un terroir complexe de limon et de sables gréseux sur une roche mère d’amphibolite et de méta-gabro, nous sommes passés dans une catégorie de muscadets que je ne connaissais pas jusqu’ici : complexes et profondément minéraux ces deux vins séduisent par la qualité de leur équilibre et par leur présence saline en finale. J’aurais une petite préférence pour le 2010 qui malgré son étiquette tape à l’œil un peu datée est une vrai gourmandise aujourd’hui.

 

 

Amphibolite Nature 2011 – Domaine Jo Landron à La Haye-Fouassière : après une phase d’ouverture un peu difficile avec des notes poussiéreuses, l’olfaction se purifie et s’affine en livrant une très belle palette sur le citron frais et la coquille d’huitre, en bouche l’équilibre est sec sur une matière détendue et élégante, la finale revient sur t des nuances citronnées et iodées.
Château de la Fessardière Climat 2011 – A. Sauvion à Vallet : le nez est discret avec de fines notes minérales, la bouche semble plus généreuse avec un volume conséquent mais une matière qui reste assez souple, la finale est bien longue laisse se développer une minéralité puissante qui lui donne un côté presque tannique.

 

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Ces deux muscadets sont conçus à partir de raisins issus de l’agriculture bio et très peu soufrés. La cuvée de Jo Landron qui provient, comme son nom l’indique, d’un terroir d’amphibolite m’a un peu surpris à l’ouverture par une aromatique qui manquait de netteté mais par la suite je suis tombé sous le charme de ce vin équilibré et minéral. Le vin d’Alexis Sauvion qui semble un peu plus dense avec une matière riche et une intense salinité est déjà très gourmand aujourd’hui mais gagnera surement encore en finesse et en harmonie après quelques années en cave.

 

 

Domaine de l’Ecu Cuvée Classique 2011 – G. Bossard et F. Niger à Le Landreau : le nez est ouvert et flatteur sur les fruits blancs (golden, poire) et le miel d’acacia, la bouche possède une rondeur très agréable avec un toucher gras et tapissant et une structure acide souple, la finale de longueur moyenne prolonge de belles notes fruitées avec de légères nuances oxydatives.
(Terroir de sables siliceux sur roche métamorphique – élevage en cuves su lies durant 10 mois)
Domaine de l’Ecu Granite 2011 – G. Bossard et F. Niger à Le Landreau : le nez est un peu douteux (petite déviance liégeuse peut-être) avec une palette minérale discrète (silex), la bouche est précise et droite avec un équilibre sec et une minéralité affirmée, mais l’aromatique reste un peu perturbée…et perturbante.
(Terroir de granit à 2 micas – élevage en cuves su lies durant 18 mois)
Domaine de l’Ecu Gneiss 2011 – G. Bossard et F. Niger à Le Landreau : le nez est superbe de finesse livre une palette complexe avec des notes végétales (chèvrefeuille, aspérule), complétés par des nuances de fleurs blanches, d’iode et de pierre chaude, la bouche est vineuse, ample et vive et profondément minérale.
(Terroir de gneiss et de gneiss altéré – élevage en cuves su lies durant 15 mois)
Domaine de l’Ecu Orthogneiss 2011 – G. Bossard et F. Niger à Le Landreau : le nez est ouvert et flatteur sur les agrumes avec une touche végétale délicate et quelques notes épicées, la bouche possède un volume imposant et une puissance minérale encore plus marquée que sur la cuvée précédente, en finale le côté pierreux, silex domine un sillage aromatique long et racé.
(Terroir d’orthogneiss – élevage en cuves su lies durant 18 mois)

 

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Le Domaine de L’Ecu travaille ses vignes en biodynamie depuis fort longtemps et propose des cuvées élaborées avec un minimum d’intrants (pas de levurages et sulfitages très faibles).
J’ai beaucoup apprécié l’esthétique et la typicité de ces vins réalisés avec un souci évident de pureté dans l’expression du message du terroir.
La cuvée classique est un modèle de gourmandise et de buvabilité et les deux dernières cuvées de terroir brillent par leur matière juteuse et leur trame minérale intense et cristalline.
Dommage pour le granit qui promettait mais « triple MIAM » quand même !!!

 

 

Domaine de la Grange Goulaine 2009 – Domaine Luneau à Le Landreau : le nez est bien mûr, presque confit avec une palette de fruits blancs complétée par des nuances exotique et finement épicées, la bouche est souple avec un beau volume et une petite rondeur très séduisante, la finale est agréable mais manque un peu de tonus.

 

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Cette cuvée issue de vieilles vignes sur un terroir de schistes a été élevée 30 mois sur lies fines avec des bâtonnages réguliers. Charmeur et bien balancé ce muscadet a néanmoins un peu de mal à s’affirmer après la dernière doublette. Moins minéral et peut-être plus consensuel il trouvera sa place à table avec facilité, mais peut-être pas dans la gamme d’accords traditionnelle du muscadet.

 

 

Château de la Chauvinière Granit de Château Thébaud 2008 – J. Huchet à Château Thébaud : le nez est vif et précis sur le citron vert et les fleurs printanières, la bouche est droite avec une matière concentrée et une acidité noble et solidement tendue, la finale laisse un beau sillage citronné et minéral très persistant.
Château de la Chauvinière Granit de Château Thébaud 2007 – J. Huchet à Château Thébaud : le nez est complexe et raffiné sur les agrumes, les herbes aromatiques (aneth, verveine) et la pierre à feu, la bouche est puissante et volumineuse, solidement structurée par une longue acidité qui soutient une belle finale bien expressive.

 

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Issus de parcelles granitiques sur Château Thébaud et élevés durant 4 ans sur lies ces deux Muscadets conçus par Jérémie Huchet sont simplement magnifiques. Très purs et assumant une expression de terroir digne des plus grands vins blancs ces deux dernières bouteilles se posent comme une forme d’apothéose de cette série qui m’a fait découvrir le Muscadet sous un jour vraiment nouveau. Enorme MIAM !


Pour conclure :

- Suivant les conseils d’un ami œnophile, j’ai remplacé les verres Spiegelau Expert par le modèle Authentis 01 du même fabricant et j’ai constaté que les vins réagissaient beaucoup mieux dans ces contenants plus amples, surtout sur ces muscadets dégustés très jeunes. La comparaison avec des voisins équipés en « Expert » a été très parlante : les notes de réduction ont disparu beaucoup plus rapidement et les expressions aromatiques se sont ouvertes et complexifiées très facilement.
Certes le volume conséquent de ces verres (presqu’un demi-litre) risque de vous faire passer pour un frimeur – genre « c’est moi qui ai les plus gros ! » – ou plus simplement pour un boit-sans-soif, mais il n’en reste pas moins que le gain sur le plan organoleptique est vraiment significatif.

 

 

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Le club AOC au travail

 

- Je l’avoue sans honte (et pourtant !) que, malgré une carrière de picoleur déjà bien longue, je ne savais quasiment rien de cette appellation. Pour moi, le muscadet c’était le petit blanc qu’on trouvait au rayon vins à bas prix et dont je prenais une bouteille de temps en temps pour remplacer l’edelzwicker dans mes sauces.
C’était aussi le petit vin sec et léger qu’on servait dans les bars de la capitale pour réveiller les papilles des parisiens et étancher la soif de l’inspecteur Pinaud…mais à part ça !!!
- La belle série de ce soir m’a permis de combler ces lacunes impardonnables pour tout œnophile qui se respecte : j’y ai rencontré 14 flacons gorgés d’énergie et de minéralité qui ont ravi mes sens.
Produits par des vignerons qui travaillent avec courage et conviction pour faire reconnaître la valeur de leurs terroirs ces vins aux rapports qualité/prix presque inégalables méritent une large place dans toute cave d’amateur éclairé…merci François pour cette remarquable sélection.

- Pour les coups de cœur j’ai envie de mettre en avant une belle doublette : Orthogneiss 2011du Domaine de l’Ecu qui sera mon champion en valeur absolue et le Granit 2007 de Jérémie Huchet qui a montré combien ces grandes cuvées de muscadet pouvaient s’affiner et se complexifier dans le temps.



Thème 2 : des rouges du Haut Médoc face au temps qui passe…

 

 

Château Citran 2005 – Avensan : le nez est intense et très gourmand sur les fruits rouges bien mûrs et une petite note de caramel au lait, la bouche montre un très beau volume avec une matière puissante mais bien équilibrée et une trame tannique noble et soyeuse, la finale de longueur moyenne libère de discrètes nuances épicées.
(52% cabernet sauvignon + 48% merlot – élevage 12 mois en fûts dont 40% bois neuf).
Château Coufran 2005 – Saint Seurin de Cadourne : le nez est discret sur un registre un peu plus austère avec des notes de fumée, de torréfaction et de fruits noirs, la bouche est solidement charpentée avec un équilibre très droit et une finale délicatement acidulée mais un peu trop tannique à mon goût.
(85% merlot + 12% cabernet sauvignon – élevage 12 mois en fûts dont 25% bois neuf).

 

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Avec Citran qui se situe dans un secteur proche de Margaux et Coufran qui est issu de parcelles dans le canton de Pauillac, la série commence par une paire de crus bourgeois très différents : effets des terroirs probablement, mais aussi conséquence d’un encépagement inhabituel pour Coufran, largement dominé par le merlot.
Ce soir, le premier a fait une très belle impression avec son élevage parfaitement maîtrisé et sa matière joliment patinée alors que le second a montré une dureté peu engageante et une grande retenue dans son expression aromatique.
Citran semble à point mais reste encore plein de ressources, pour Coufran encore bien revêche ce soir, je serai moins optimiste…


Karolus 2001 – Château Sénéjac à Le Pian : le nez est fin et racé avec un fruité complexe, des notes d’épices et de café, la bouche est généreuse avec une matière opulente et une personnalité très expansive, la finale est longue avec un fruit encore très frais et une fine touche camphrée.
(48% cabernet sauvignon + 37% merlot + 11% cabernet franc + 4% petit verdot).
Château Camensac 2000 – Saint Laurent-Médoc : le nez mystérieux et très évolutif s’ouvre sur une petite réduction passagère avant de livrer une aromatique raffinée sur les fruits noirs (cassis, mûre) et le bois noble, la bouche est encore bien concentrée et dotée d’une structure solide mais élégante, la finale est nette, bien fraîche et finement boisée.
(60% cabernet sauvignon + 40%merlot – élevage 17 à 20 mois en fûts neufs ou de un vin).

 

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Le grand cru classé issu du mythique millésime 2000 a tenu son rang mais la cuvée Karolus 2001 produite par le Château Sénéjac lui a volé la politesse en le dominant assez facilement par la qualité de sa chair et la finesse de son expression aromatique.
Ceci dit dans les deux cas, on se trouve face à des vins dans la force de l’âge qui se tiennent parfaitement droits dans leurs bottes et qui peuvent envisager la prochaine décennie avec optimisme. Belle doublette.

 

 

Château Citran 1990 – Avensan :  le nez est assez évolué mais doté d’une belle complexité, on y trouve des notes de petits fruits rouges très mûrs et de violette sur un délicat fond épicé, la bouche est charnu, gourmande avec des tanins joliment patinés, la finale de longueur moyenne garde un équilibre très frais et une grande netteté aromatique.
(52% cabernet sauvignon + 48% merlot – élevage 12 mois en fûts dont 40% bois neuf).

 

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Même si son étiquette porte les stigmates d’une longue vie de bouteille surement très agitée, ce Haut Médoc de 23 ans étonne vraiment par la précision de sa structure et par le raffinement de sa palette aromatique. Certes, la maturité est évidente mais le déclin ne semble pas encore pour demain…voilà un bourgeois que j’enfermerai bien encore un lustre ou deux dans ma cave pour voir…


Château Sociando-Mallet 2005 – Saint Seurin de Cadourne : le nez est ouvert et épanoui avec un fruité encore très expressif et un côté vanillé-épicé délicat, en bouche la matière est dense et grenue avec une trame tannique souple et soyeuse, l’ensemble donne une belle impression de puissance et d’équilibre, en finale la rémanence fruitée et épicée est très longue.
(48% cabernet sauvignon + 57 %merlot + 5% cabernet franc – élevage 12 mois en fûts 100% bois neuf).

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Issu de parcelles de vieilles vignes situées principalement à l’est du village de Saint Sernin de Cadourne, ce Haut Médoc prestigieux a démontré que sa grande notoriété n’était pas usurpée. C’est le vin le plus puissant et le plus complet de la série.
Aujourd’hui ouvert et facile d’accès, il peut évidemment encore se bonifier avec quelques année de garde…ceci dit, pourquoi attendre !


Pour conclure :

- Cette courte série d’un très bon niveau qualitatif nous a rappelé que derrière les façades flamboyantes des grands châteaux du Médoc dont les vins deviennent de plus en plus inaccessibles au commun des mortels, on trouve de très belles maisons qui nous proposent des crus avec d’excellents rapports qualité/prix. Hormis Sociando 2005 acheté plus de 60 euros chez un caviste, les autres bouteilles se situent dans une gamme de prix tout à fait cohérente (entre 10 et 25 euros).

- Ces vins se distinguent peut-être moins par l’expression de leur terroir mais nous nous étonnent par leur texture élégante, leur équilibre évident et leur belle tenue face au temps qui passe, ce qui témoigne incontestablement d’une maîtrise absolue des processus d’élaboration mis en œuvre en cave (extractions mesurées, élevages très précis, assemblages judicieux…).

- Souvent proposé à très petit prix lors des Foires au Vin dans la Grande Distribution, Château Citran s’est imposé ce soir comme la découverte (ou la redécouverte) de la série offrant un rapport qualité/prix de tout premier ordre. Ceci dit, en valeur absolue, il faut bien admettre que Sociando 2005 a largement survolé les débats…ceux qui auront eu la bonne idée d’acheter quelques bouteilles de ce grand vin à sa sortie peuvent se frotter les mains.

- Merci à Paul de nous avoir conçu cette belle sélection, j’espère qu’il continuera à nous emmener régulièrement en promenade sur les bords de la Gironde.

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 18:00


Cette troisième réunion 2013 de notre club A.O.C. se situe dans la continuité de la précédente en proposant la dégustation de la production d’un domaine du sud de la France et la découverte d’un vignoble étranger à travers quelques flacons emblématiques.
Ce soir, les 13 convives sont invités à se régaler (ou non…) avec 16 flacons choisis pour illustrer les deux thèmes suivants :

1. Les vins d’Ardèche selon Jérôme Mazel

2. Les grands vins blancs autrichiens.

Suite à la présentation d’une cuvée du domaine Mazel lors d’une session A.O.C. consacrée aux rouges d’Ardèche, certains membres ont émis le souhait d’approfondir la visite gustative de la production de ce petit domaine de Pradons. J’ai donc profité de mon séjour estival en Ardèche pour préparer une série presque exhaustive des vins estampillés Jérôme Mazel.
Après une série de vins rouges autrichiens proposée lors d’une autre réunion A.O.C., il m’a semblé nécessaire de compléter la visite de ce pays viticole assez méconnu (surtout en France d’ailleurs…) par la dégustation de quelques pépites blanches nées sur les rives du Danube. Mon récent séjour en Autriche m’a permis de passer chez un grand caviste (Vinoribis à Kampl près d’Innsbruck) pour acheter une sélection de bouteilles suivant les précieux conseils de François, notre spécialiste en vins étrangers.

 

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Le repaire A.O.C. est prêt pour la soirée…

 

Les blancs ont été débouchés juste avant la dégustation et servis 2 par 2.
Les rouges ont été débouchés, carafés et remis en bouteille le matin et servis 2 par 2 le soir.
Les vins des deux séries sont dégustés bouteilles découvertes.

Verres Spiegelau Expert
 

 

 

Soirée Club AOC du 8 mars 2013 à La Wantzenau


Petite bulle préliminaire : Crémant Millésime 2003 – Domaine Bohn à Reichsfeld

 

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Ce crémant qui a passé 9 années sur lattes développe une palette incroyablement complexe qui allie une fine touche oxydative avec des notes de fruits jaunes bien mûrs, de fleurs de printemps, d’épices douces…en bouche la mousse est fine et crémeuse, la matière très vineuse soutient un sillage aromatique très persistant.


Thème 1 : les belles cuvées ardéchoises de Jérôme


Ribambelle 2011 : le nez est net mais assez discret, la bouche est très aérienne et bien glissante avec un fruit un peu plus expressif, la finale est délicatement acidulée.
(13° - assemblage de cépages locaux)
Nature 2011 : à l’ouverture le nez est très marqué par de puissantes notes de zan et par une touche végétale qui manque d’élégance, la bouche est bien équilibrée, le fruit se montre très timidement mais l’aromatique manque quand même de netteté, la finale est marquée par une amertume un peu trop prononcée.
(13°5 – assemblage de cépages locaux – travaillé sans SO2)

 

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La cuvée de rosé qui a arrosé copieusement nos agapes estivales 2012 a fait preuve de beaucoup de retenue ce soir : le vin est agréable, bien fait, gouleyant à souhait mais le fruité est resté beaucoup trop discret à mon goût.
Comme on pouvait s’y attendre, le vin « expérimental » de Jérôme n’a pas manqué de susciter la polémique mais il faut reconnaitre qu’il s’est montré peu à son avantage à l’ouverture. C’est le seul rouge que je n’avais pas ouvert le matin…erreur fatale, car après deux heures de carafe ce vin a vraiment pris son envol en exprimant un fruit très gourmand et en flattant le palais avec sa texture juteuse et détendue. Dommage pour ceux qui n’ont pas pris le temps de regoûter !

 

 

Cœur de Pierre 2011 : le nez s’ouvre sur des notes un peu alcooleuses avant de laisser apparaître de jolis arômes de petits fruits rouges, la bouche est assez riche mais garde une fraîcheur agréable, la fine trame tannique et une acidité bien fraîche portent la structure avec beaucoup d’aisance.
(14°5 – assemblage grenache-merlot)
Magie Noire 2011 : le nez très élégant allie des notes de torréfaction avec une palette fruitée discrète (fruits noirs, mûre, myrtille), la matière est riche et dense avec un toucher très grenu mais l’équilibre reste très gourmand, la finale est longue, fruitée et légèrement épicée.
(14° – 100% syrah)

 

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Ces deux rouges de 2011 se caractérisent par des matières assez dodues soutenues par de belles trames tanniques. Cœur de Pierre est encore un poil marqué par l’alcool mais la cuvée 100¨% syrah est pleinement réussie.
Déjà repérée pour sa belle tenue lors de notre dégustation estivale, la Magie Noire 2011 du domaine Mazel nous a véritablement ensorcelés ce soir.

 

 

Cœur de Pierre 2010 : le nez est intense et s’ouvre sur quelques notes de vernis avant de partir sur une belle palette fruitée, en bouche la chair est généreuse et gourmande, la charpente est solide et la finale encore un peu chaleureuse laisse s’épanouir un très beau fruité.
(14°5 – assemblage grenache-merlot).
Corps et Ame 2010 : le nez est puissant avec une palette complexe sur les fruits noirs, la feuille de cassis et les épices, en bouche l’équilibre est frais et tonique, la matière tannique est fine mais présente, la finale délicatement épicée est très franche et d’une belle fraîcheur
(14° – assemblage grenache-syrah).

 

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Avec un an de vieillissement supplémentaire et un millésime un peu plus frais, Cœur de Pierre commence à montrer sa vraie personnalité mais on sent qu’un peu de garde supplémentaire lui permettra de trouver une patine encore plus élégante.
J’avoue que je n’apprécie pas toujours la cuvée Corps et Ame lorsque je la déguste au domaine mais ce soir de nombreux dégustateurs ont été séduits par la finesse de l’aromatique et la fraîcheur de ce vin.


Alter Ego 2010 : le nez s’exprime avec retenue et distinction sur la croûte de pain, les fruits blancs avant de développer de très belles notes florales (après oxygénation), en bouche la matière est concentrée mais bien équilibrée, l’équilibre est vif et la finale légèrement marquée par le bois reste cependant très digeste.
(14° - 100% chardonnay)
Odyssée 2011 : le nez est étonnamment discret avec une palette classique sur l’abricot et les fleurs (violette, mauve), la bouche est très aérienne  avec une matière fine et bien glissante mais la finale montre déjà des signes de faiblesse…courte et fluette.
(14° - 100% viognier)

 

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Avec les deux blancs secs du domaine (Jérôme Mazel produit encore un viognier moelleux que je n’ai pas inclus dans cette série), c’est de nouveau le monde à l’envers pour moi : le chardonnay que je trouve trop gras et trop boisé en été se présente ce soir avec un équilibre fin et subtil qui me convient parfaitement alors que le viognier très explosif sous le soleil de juillet fait un peu grise mine dans l’hiver alsacien…Etonnant !

 

 

Pour conclure :

- Après les vins provençaux de janvier et ceux du pays des Dentelles en février cette série ardéchoise marque notre troisième incursion successive dans les vignobles sudistes…autant dire que certains palais locaux habitués à des breuvages tranchants comme des lames ont été mis à rude épreuve.
Mais les braves du club A.O.C. n’ont peur de rien !

- Jérôme Mazel fait partie de ces jeunes vignerons ardéchois qui ont fait le choix courageux de l’exigence qualitative dans la conception de leurs cuvées. Il a sélectionné les plus belles parcelles sur les hauteurs de Pradons pour les travailler avec un soin particulier afin qu’elles expriment au mieux leur potentiel. Découverts il y a quelques années, grâce aux conseils éclairés d’un ami œnophile de Vallon Pont d’Arc, les vins du domaine Mazel évoluent année après année en gagnant finesse et précision notamment au niveau des élevages. A suivre bien évidemment !

- Les vins rouges de ce soir se caractérisent par des trames tanniques présentes mais un peu moins sauvages que celles des provençaux de janvier, par une richesse évidente des jus mais sans cette chaleur excessive ressentie sur les cuvées des Beaumes de Venise de février.
Seule la cuvée nature n’a pas été appréciée à sa juste valeur…faute de préparation adéquate. Une fois de plus, mea culpa : plus que tout autre, ce vin aurait du être carafé.
Même s’ils ont un peu dérouté les dégustateurs qui connaissaient un peu les vins de Jérôme, les blancs ont été appréciés pour leur côté léger et facile d’accès.

- Le coup de cœur revient à Magie Noire 2011, réussite majeure sur ce millésime. Bravo Jérôme !

 

 

 

 

Thème 2 : au bord du Danube valsent de jolis vins blancs


Cette série de blancs nous emmène en Basse-Autriche, dans une grande région viticole située à l’ouest de Vienne sur les rives du Danube. C’est dans ce vignoble que les cépages Grüner Veltliner et Riesling engendrent de très grands vins blancs grâce au travail de quelques domaines mondialement connus et reconnus.
Notre voyage gustatif nous emmènera principalement dans la sous-région de Wachau où sont conçues quelques unes des références les plus prestigieuses du pays.

 

Scan

C’est plus simple avec une carte et des couleurs…

 

La première paire de vins est issue du cépage emblématique de l’Autriche, le Grüner Veltliner qui occupe un bon tiers de la surface viticole du pays.
Dans le Wachau les vins sont classifiés en fonction de leur degré alcoolique et de leur grammage en sucre résiduel. On distingue 3 catégories :
- les Steinfelder : vin léger et sec titrant autour de 11° d’alcool
- les Federspiel : vin sec titrant autour de 12°5 d’alcool et avec moins de 4 g/l de SR.
- les Smaragd : vin sec titrant 13° et plus d’alcool et avec moins de 8 g/l de SR.

Gruner Veltliner Donaugarten Steinfelder 2010 – Weingut F. Hirtzberger à Spitz : le nez est ouvert et très expressif sur les fruits bien mûrs (agrumes, ananas, fraise des bois…) avec une petite touche vanillée, la bouche est très gourmande avec un léger perlant qui apporte du tonus à une matière juteuse et fruitée, la finale est assez courte mais très digeste.
Gruner Veltliner Loibenberg Federspiel 2010 – Domäne Wachau à Dürnstein : le nez est frais et bien aromatique sur les agrumes (citron, pomelo), la bouche est vive et pointue avec un joli développement aromatique sur les zestes d’agrumes, la finale est légère mais très franche avec une discrète touche épicée.

 

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Le Steinfelder, issu d’une vigne trentenaire située au bord du fleuve sur un terroir alluvionnaire (« Donaugarten » se traduit par « Jardin du Danube ») est un régal de fraîcheur et de fruit. Le Federspiel qui provient de vignes situées en altitude (420 m) sur un terroir de gneiss, mica, loess et argile montre une personnalité plus raffinée et plus racée tout en restant très accessible.
En tous cas voilà une série qui commence bien !


Pour la seconde paire de vins nous retrouvons avec plaisir un cépage familier, « notre » Riesling, sur le dernier millésime mais originaire de deux sous-régions distinctes mais voisines : Wachau et Kamptal.

Riesling 1000-Eimer-Berg Federspiel 2011 – Domäne Wachau à Dürnstein : le nez est élégant, citronné et finement floral, la bouche possède une silhouette svelte, l’aromatique s’épanouit avec de belles notes de fruits à noyau, l’acidité est fine mais bien présente, la finale est d’une jolie fraîcheur mais souffre d’un léger manque de profondeur.
Riesling Heiligenstein Erste Lage 2011 – Weingut P. Dolle à Strass im Strassertale : le nez possède révèle une palette très classique sur la fleur d’oranger et les zestes d’agrumes complétées par des notes pierreuses, la bouche est ample, dense et très charnue, l’acidité est noble et mûre et la longueur finale est considérable.

 

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Le riesling de Wachau qui vient d’un coteau très pentu et pierreux (gneiss) flatte les sens par sa palette gourmande et son côté avenant en bouche, celui du Kamptal est nettement plus minéral et plus profond…peut-être plus proche d’un riesling alsacien. En tous cas, malgré une vraie différence de style ces deux vins se caractérisent surtout par leur excellent niveau qualitatif. Sehr schön !!!

 

 

Les deux derniers couples seront mixtes : un Grüner Veltliner face à un Riesling.

Gruner Veltliner Hohenberg 2011 – Weingut J. Ehmoser à Tiefental : le nez fin et délicat propose une palette complexe sur les fruits blancs et les fleurs, la bouche est élégante et racée avec une balance parfaite entre richesse (14°- 4,5 g/l de SR) et acidité (5,4 g/l), la finale est longuement aromatique et finement épicée.
Riesling Ried-Loibenberg Federspiel Lage 2011 – Weingut E. Knoll à Unterloiben : très nez est plus riche et bien mûr avec des notes d’agrumes, de fruits exotiques et de citronnelle, la bouche est puissante avec une matière dense et une acidité souple mais très profonde, la finale est longue, saline et légèrement fumée.

 

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Issus tous deux du millésime 2011 ces deux vins assument avec beaucoup de classe leur côté très généreux mais les équilibres sont absolument sublimes et leurs potentiels d’évolution sont incontestables. Absolument superbes !
Le Grüner Veltliner provient de la sous-région de Wagram située à l’est du Kamptal. Récolté sur une parcelle de vignes de 35 ans sur un terroir de loess avec un rendement de 40hl/ha, ce vin blanc a fait l’unanimité autour de la table.
Avec son étiquette improbable la cuvée de la maison Knoll a également été plébiscitée : originaire de la sous-région de Wachau, ce vin nous fait entrer dans le monde des très grands rieslings. Double MIAM géant !

 


Gruner Veltliner Urgestein Terrassen Smaragd 2008 – Weingut F.X. Pichler à Oberloiben : après quelques notes de réduction à l’ouverture, la palette olfactive se déploie tout en finesse avec des notes citronnées, fumées et légèrement tourbées, la bouche est splendide avec une silhouette svelte et déliée, un équilibre évident et une texture soyeuse et bien glissante, la finale très franche est longuement aromatique.
Riesling Kellerberg Smaragd 2011 – Weingut F.X. Pichler à Oberloiben : le nez est riche, mûr et très complexe avec des arômes de citron confit, ananas, d’épices douces sur un fond légèrement minéral, la bouche est ample, profonde avec un équilibre généreux et une aromatique qui envahit le palais pour le monopoliser pendant de longues minutes, la finale est énorme avec des notes fruitées et finement iodées.

 

2013 0081

 

Cette série se termine en apothéose avec ces deux cartouches de très gros calibre issues de la production de la maison Pichler, domaine désigné comme étant le meilleur d’Autriche par Robert Parker…rien que ça !
Sur des parcelles très caillouteuses (granit, gneiss et schistes), celui que les œnophiles locaux appellent simplement « Ef-ix », réalise des cuvées exceptionnelles avec une régularité de métronome.
Dégusté dans sa prime jeunesse le riesling nous a bluffés par sa puissance et sa classe alors que le Grüner Veltliner nous a donné une petite idée de la personnalité racée et minérale que le vieillissement révélait sur les vins issus de ce cépage.
Très grande émotion !

 


Pour conclure :

- Après un premier contact réalisé lors d’une session AOC et la découverte du domaine Pichler avec le sommelier de notre hôtel de la vallée du Stubaï, cette session consacrée aux grands vins blancs autrichiens a confirmé qu’on trouve des vins d’exception en Autriche.
Ce constat est moins surprenant lorsqu’on sait que l’histoire de la viticulture autrichienne est au moins aussi ancienne que celle de notre pays : les Celtes avaient introduit la vigne en Autriche bien avant l’arrivée des Romains, Charlemagne lui-même s’est intéressé à ces vins en édictant une règlementation spécifique pour la viticulture et en 1526 on produisait déjà des Trockenbeerenauslesen dans ce pays…

- La Basse Autriche est une terre bénite pour les cépages blancs comme le Grüner Veltliner ou le Riesling et les villages qui bordent les méandres danubiens regorgent de domaines viticoles dont la réputation a déjà largement dépassé les frontières nationales…mais c’est vrai que ces vins peinent à pénétrer le marché hexagonal et sont donc assez méconnus par la sphère œnophile française.

 

header domaene wachau

Paysage viticole du Wachau…joli non !
 

- la série de 8 flacons a marqué les esprits par leur grande homogénéité qualitative : des vins équilibrés, purs et souvent très gourmands qui témoignent d’une maîtrise technique de très haut niveau à la vigne et dans la cave…vivement les prochaines vacances de ski que je refasse le plein !

- Pour le coup de cœur, je mettrai hors concours les deux cuvées de Pichler, excellentissimes mais avec rapport Q/P pas très avantageux du fait de leur tarif très élevé (23 euros le GV 2008 et 53 euros le R 2011)…l’effet Parker sans doute !
Par contre, le Grüner Veltliner 2011 d’Ehmoser à 10,80 euros est un véritable cadeau et le Riesling 2011 de Knoll à 17,80 mérite de garnir les rayonnages de la cave de tout amateur de grands vins blancs secs (malgré l’étiquette… !).

- Evidemment, nous n’en resterons pas là…car dès la fin de la réunion, l’idée d’un prochain thème à vu le jour : match de riesling Alsace/Autriche…rendez-vous en 2014 !

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 23:49


Avec la neige qui tombe à gros flocons en ce début février, ces deux nouveaux thèmes d’étude du club A.O.C. tombent à point nommé pour nous réchauffer le corps et l’âme.
Nous voilà donc partis pour une visite œnophile dans le grand sud :

1. La première halte se fera au pays des Dentelles de Montmirail avec la découverte de plusieurs cuvées du domaine de la Ferme Saint Martin à Suzette.

2. Pour être vraiment sûrs de trouver du soleil nous descendrons  encore un peu plus vers le sud pour en dégustant quelques vins blancs ibériques entre le Pays Basque et la Galice.

La série de vins de la Ferme Saint Martin a été réalisée à partir de mes achats effectués lors de mes deux visites au domaine en 2011 et en 2012.
Les vins espagnols ont été achetés via le site internet Vinissimus : suivant les conseils avisés de l’ami Dany Jaffuel je me suis rendu sur ce site qui offre un choix exceptionnel de vins espagnols et qui propose une qualité de services irréprochable avec des prix tout à fait concurrentiels.
Ma coupable inculture en terme de vins étrangers, ne m’a évidemment pas permis de trouver des critères pertinents pour choisir les 8 bouteilles qui composeront notre série : j’ai du appeler à la rescousse deux dégustateurs un peu moins sectaires…merci à Dany et François pour leur aide.

Les vins des Beaumes de Venise ont été débouchés le matin, les bouteilles ont été conservées debout avec bouchon enfoncé, les vins blancs espagnols ont été débouchés 1 heure avant la dégustation.

Les vins des deux séries sont bus bouteilles découvertes.

Verres Spiegelau Expert


Soirée Club AOC du 8 février 2013 à La Wantzenau

 

 

Thème 1 : derrière les Dentelles se cache une ferme…

 

 

Rosé d’Entrevon 2011 – Ventoux : le nez est ouvert et très fringant avec des notes de fraise des bois et une légère touche lactée (caramel), la bouche est souple et gourmande mais s’appuie sur une belle vinosité, la finale est fraîche et digeste.

 

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Issu principalement de cinsault (95%) récolté sur un terroir de limons et de graviers ce rosé très « sexy » séduit par sa grande buvabilité mais ne nous y trompons pas, il y a vraiment une belle matière à la base et une grande maîtrise technique à la réalisation.
Sous la neige qui tombe dru, on commencerait presque  à sentir un petit rayon de soleil et les effluves d’un barbecue où grillent quelques rougets…


Les Terres Jaunes 2011 – Beaumes de Venise : le nez s’ouvre sur de discrètes notes fumée et a besoin de beaucoup de temps pour laisser apparaître de timides arômes de cerise noire et d’épices, la bouche se montre assez revêche avec un volume conséquent mais une trame tannique très serrée, la finale joliment poivrée reste un poil trop agressive à mon goût.
Les Terres Jaunes 2010 – Beaumes de Venise : le nez est plus expressif et bien typé avec un fruité mûr (fruits noirs confits) et des notes d’herbes de garrigue, la bouche est juteuse, la trame tannique est présente mais se montre beaucoup plus relâchée, la finale est un peu plus fraîche et longuement aromatique.

 

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« Terres Jaunes » qui m’a fait connaître et apprécier le domaine est une cuvée produite à base de grenaches (75%) et de syrahs (25%), égrappés et élevés exclusivement en cuves. Habituellement très épanoui et facile d’accès ce vin nous a pas montré le même visage ce soir : le 2010 complet et bien équilibré m’a semblé un peu trop sérieux et le 2011 crispé et très renfrogné n’a visiblement pas apprécié qu’on le dérange pendant son sommeil hivernal.

 

 

Costancia 2010 – Beaumes de Venise : le nez est fin et délicat avec une palette très méridionale sur la myrtille, le genévrier, le laurier et les épices douces (girofle, cannelle), en bouche on trouve une matière charnue et une fine acidité qui construisent un équilibre très tonique, la finale est longue et complexe, on y retrouve le notes perçues à l’olfaction complétées par une fine touche balsamique (camphre).
 

Costancia 2009 – Beaumes de Venise : le nez est complexe mais le fruité est plus discret et les épices dominent, en bouche, après une attaque très gourmande, la matière se durcit pour devenir franchement austère, la finale est dominée par un retour boisé particulièrement asséchant.

 

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Cette cuvée haut de gamme du domaine, issue des terroirs d’altitude de Beaumes de Venise est composée à parts égales de grenache et de syrah et élevée pour moitié en cuves et pour moitié en bois. Ce soir Costancia souffle le chaud et le froid : 2010 est superbe avec sa chair épanouie et sa palette complexe alors que le 2009 déçoit profondément : le vin semble verrouillé à double tour ce soir mais son équilibre particulièrement rustique me fait nourrir quelque inquiétude quant à son avenir…mais j’espère que je me trompe !


Fleur de Terroir 2010 – Côtes du Rhône : le nez s’exprime très spontanément sur un registre complexe et original où on reconnaît entre autre des arômes de fleurs, de gingembre frais, de fenouil et de pierre à feu, la bouche possède un équilibre qui flatte sans s’appesantir, l’acidité est présente tout en restant très souple, la finale est très glissante mais assez longuement aromatique.

 

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Exubérante et terriblement séduisante  cette « Fleur de Terroir » qui m’avait déjà particulièrement interpellé sur le millésime précédent confirme cette belle impression : issue à parts égales de grenache blanc et de roussanne plantés sur des sols argilo-calcaires du Trias, cette cuvée qui a perdu son appellation « Villages » en 2005 (l’appellation « Beaumes de Venise » n’accepte plus que les rouges et les muscats) a convaincu une bonne partie des dégustateurs de ce soir.
A titre personnel, moi qui ai parfois du mal à apprécier à leur juste valeur les blancs de cette région, je sui fan !

 

 

Pour conclure :

- J’avoue que je suis un peu déçu par l’accueil réservé par le groupe AOC à cette série de vins rhodaniens, mais il faut reconnaitre que mes amis dégustateurs n’avaient pas complètement tort car les cuvées présentées ce soir ne se goûtaient pas excessivement bien : les vins possédaient tous de belles matières mais bon nombre d’entre eux souffraient d’une présence alcoolique trop sensible et d’une structure tannique trop serrée.
Rien à voir avec ce que j’ai déjà pu ressentir lors de mes dégustations estivales…il faut croire que ces vins n’aiment pas trop l’hiver !

- Et pourtant, dans le site paradisiaque du col de Suzette entre les Dentelles de Montmirail et le Mont Ventoux, la famille Jullien travaille avec conviction et compétence pour mettre en valeur ces beaux terroirs sud-rhodaniens.
Soucieux de garder de la vie dans les sols et dans l’écosystème de leurs vignes, ces vignerons pratiquent la viticulture biologique et ont choisi de structurer leur domaine en alternant vignes et garrigue (23 hectares de vignes sur une surface totale de 36 hectares).
Au niveau des vinifications, les fermentations se font sous l’effet des levures indigènes et aucun produit œnologique n’est utilisé durant le processus de vinification. Les élevages se font en cuves ou en fûts selon les cuvées et les vins finis sont protégés par un léger sulfitage au moment de la mise.

- Avec le très beau Costancia 2010 nous avons entraperçu le potentiel des vins de ce domaine : toniques, charnus et complexes ils savent allier avec élégance la chaleur méridionale et une petite rugosité « montagnarde ».
Pour être complet il faut évidemment citer l’excellente impression laissée par le rosé 2011, qui nous a immédiatement transportés au pays de la lavande et des cigales.

- En tous cas, je pense qu’il va falloir que notre club fasse une nouvelle visite gustative à la Ferme Saint Martin…peut-être en juin ou en septembre et avec quelques millésimes plus anciens.

 

 


Thème 2 : passons les Pyrénées et goûtons si le blanc est bon

 

 

Bizkaiko Txakolina 2011 – Bodega Itsamendi à Gernika-Lumo : le nez est ouvert et bien aromatique avec une palette sur les fruits frais (groseille, blanche, ananas, pomelo), la bouche est tonique et bien droite, simple, légère mais d’une fraicheur réjouissante.
(12°5 – cépage : Hondarribi Zuri – élevage inox 100%)
Rias Baixas 2011 – Pazo de Seňorans à Meis-Pontevedra : le nez est opulent et complexe sur la groseille blanche, les agrumes mûrs, l’ananas avec une pointe anisée, la bouche est vive avec une aromatique un peu plus monolithique sur la groseille à maquereau, la finale droite et précise possède une petite amertume très digeste.
(12° – cépage : Albariňo – élevage inox 100%)

 

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La route vers la Galice étant un peu longue nous avons choisi de faire une étape dans le vignoble du Pays Basque avec ce Txakolina plein de fruit et de tonus. Issu d’un cépage local dont les qualités sont proches de celles de l’albariňo, ce premier vin constitue une très belle entrée en matière pour notre second thème
Avec la bouteille suivante nous vérifions sans peine que ces deux cépages engendrent des vins dont les personnalités sont très proches mais le Rias Baixas se distingue par un soupçon de complexité supplémentaire dans la structure.


Rias Baixas Lias 2010 – Bodega Martin Codax à Vilariňo-Pontevedra : le nez est très avenant avec des notes bien gourmandes d’agrumes et de fruits exotiques, la bouche est nette avec un registre aromatique joliment défini et un équilibre très frais, la finale est bien longue et finement citronnée.
(12° – cépage : Albariňo – élevage inox 100%, 20 mois sur lies)
Rias Baixas Pazo Piňero 2010 – Bodega Pazos de Lusco à Salveterra de Miňo-Pontevedra : le nez est plus riche mais très charmeur avec des notes d’agrumes confits et de mandarine, la bouche est moins tendue que celle du Lias mais ce vin possède incontestablement une puissance supérieure et une présence minérale bien plus marquée, la finale est longuement aromatique.
(13° – cépage : Albariňo – élevage mixte, 12 mois sur lies dont 6 mois en fûts d’origine française)

 

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Ces deux cuvées vinifiées avec beaucoup de soin et de précision ont séduit l’assemblée : les arômes sont purs et avenants, les textures sont très agréables et les équilibres sont d’une fraicheur désaltérante. MIAM !
Seuls les prix quand même un peu élevés de ces deux belles bouteilles (16,65 euros pour le premier et près de 24 euros pour le second) ont un peu refroidi les dégustateurs…le couple était presque parfait !


Rias Baixas Seleccion de Aňada 2005 – Pazo de Seňorans à Meis-Pontevedra : le nez est subtil avec une race évidente qui se décline à travers une palette complexe où on reconnaît des notes de miel et de fleurs sur un fond citronné et minéral, en bouche on retrouve une matière équilibrée, posée et empreinte d’une réelle noblesse, la finale est très longue et rafraichie par une pointe acide et minérale.
(12°5 – cépage : Albariňo – élevage en cuves inox 30 mois sur lies)

 

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Cette cuvée issue de vieilles vignes et a été élevée en cuve sur lies fines durant 30 mois. Après 7 années de garde ce Rias Baixas laisse éclater sa classe et obtient sans difficulté le titre de meilleure bouteille de la série…A ce niveau de qualité, même le prix quand même assez conséquent (31,90 euros) ne fait plus obstacle pour le gain des suffrages des dégustateurs. Grand vin !

 

rias

Les rias de la pointe nord-ouest de l’Espagne : des bras de mer qui rentrent dans les terres. Les rias baixas (basses) se trouvent dans la partie sud, juste au dessus de la frontière portugaise.

 

 

Rioja Blanco 2010 – Bodega Izadi à Villabueno de Alava : le nez est très agréable sur les fruits blancs avec une touche fumée et délicatement boisée, la bouche est nette avec une matière en demi-corps équilibrée par une belle vivacité, la finale est minérale et délicatement épicée.
(12°5 – cépages : Viura 80% + Malvoisie 20% – fermentation et élevage 4 mois en barriques neuves d’origine US et F)
Rioja Organza 2010 – Viňedos dos Sierra Cantabria : le nez est opulent, très mûr avec un registre balsamique prononcé, des notes d’épices et un boisé assez présent, la bouche est généreuse mais il y a une jolie trame acide en réponse, la finale reste trop marquée par le fût et la chauffe (torréfaction, café).
(12°5 – cépages : Viura 58% + Malvoisie 22% + Grenache blanc 20% – fermentation et élevage 6 mois en barriques neuves d’origine Vosges)

 

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Avec ces deux flacons issus de cette prestigieuse région entre Ebre et Monts Cantabriques nous changeons complètement de style pour retrouver des vins opulents et chaleureux qui flirtent avec une certaine lourdeur sans jamais basculer complètement dans l’excès : les matières sont dodues, les élevages un peu forcés mais l’ensemble reste assez séduisant. Nous avons généralement préféré la première cuvée pour son côté plus léger et plus digeste, mais la seconde qui assumait avec une certaine arrogance son côté sudiste n’a pas démérité.

 

 

Rioja Reserva 1997 – Bodega Lopes de Heredia-Vina Tondonia à Haro : le nez s’ouvre sur un registre très oxydatif mais gagne en raffinement et en complexité après oxygénation, une belle trame minérale pointe avec discrétion, la bouche est élégante avec une acidité bien verticale mais la finale nous ressert un registre aromatique très (trop) évolué complété par une petite nuance liégeuse.
(12° – cépages : Viura 90% + Malvoisie 10% – fermentation et élevage 6 ans en barriques d’origine US)

 

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La « grande quille » de la série a été malheureusement victime d’un problème de bouchage (oxydation + liège léger) et nous a contraints à faire preuve d’imagination pour entrevoir la qualité et le potentiel de ce vin. Je suis d’autant plus déçu, que lors de notre session Rioja en 2011 nous avons eu l’occasion d’apprécier cette cuvée sur le millésime 1993…Dommage !


Pour conclure :

- Malgré la finale un peu ratée cette série de blancs espagnols nous a permis de réaliser quelques belles découvertes viniques.
Les vins de la Rioja ont tenu leur rang tout en assumant leur style généreux et solaire.
Les Rias Baixas furent une véritable révélation : cette appellation complètement inconnue pour moi jusqu’ici, recèle de véritables pépites et pourra constituer un nouveau terrain d’exploration pour tout amateur devins blancs secs et racés. Les vins jeunes brillent par leur énergie et leur fraîcheur et le flacon de 2005 nous a montré que face au temps qui passe un Rias Baixas de bonne facture pouvait rivaliser d’élégance et de complexité avec nos meilleures appellations françaises.

- Les prix très élevés des Rias Baixas peuvent effectivement surprendre et dissuader certains amateurs de vins français dans la mesure où ils seront forcément amenés à comparer ces cuvées avec des appellations françaises les plus prestigieuses. C’est vrai qu’à plus de 30 euros on approche quelques belles quilles bourguignonnes et on touche l’élite blanche alsacienne…ça fait réfléchir !

- Le coup de cœur est attribué sans surprise au magnifique Rias 2005 avec un accessit pour le Rioja Izadi 2010 qui pour 7,90 euros offre un rapport Q/P absolument imbattable.

- En tous cas, cette série m’a semblé bien courte et m’a donné une furieuse envie de retourner prochainement au-delà des Pyrénées vers de nouvelles aventures viniques.

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 11:16


Après une session de décembre consacrée à une bombance collective avec magret fumé, foie gras, rillettes et fromages fins, le tout arrosé de quelques flacons extraits des caves personnelles des membres participants, notre club l’A.O.C. repart vers une nouvelle saison et reprend ses bonnes habitudes de fonctionnement en proposant l’étude de deux thèmes :

1. Quelques grands rieslings issus des terroirs prestigieux de notre région : il fallait bien ça pour repartir du bon pied en 2013…non mais !

2. Découverte du domaine Dupéré-Barrera : quelques flacons qui sentent bon le chant des cigales et la garrigue pour nous faire oublier les rigueurs de l’hiver continental…

Eric a eu la lourde tâche de composer une série de 7 rieslings pour ouvrir la nouvelle saison A.O.C. : les bouteilles proviennent des caves particulières des membres.
La série de Dupéré-Barrera qui a été concoctée lors de mon passage au domaine en 2011, attendait son heure dans ma cave…

La plupart des rieslings ont été débouchés le matin mais les vins provençaux n’ont été ouverts que 2h30 avant leur dégustation.
Les rieslings sont dégustés à l’aveugle par deux pour les 4 premières bouteilles et en solo pour les 3 dernières.
Les crus de Dupéré-Barrera sont bus bouteilles découvertes dans la même configuration que les rieslings : 2 couples et 3 solitaires.

Verres Spiegelau Expert


Soirée Club AOC du 11 janvier 2013 à La Wantzenau

 

 

Thème 1 : quelques grands rieslings pour bien commencer l’année !

 


Sylvaner Z 2008 – Domaine Kubler à Soulzmatt : le nez est très flatteur avec un fruité bien mûr, des notes de caramel au lait et de foin coupé, en bouche l’attaque présente une acidité fine et tendre qui tient une matière souple et élégante, la finale révèle de belles notes minérales.
Riesling Grand Cru Kastelberg 2006 – Domaine Gresser à Andlau : le nez s’ouvre sur d’avenantes notes florales rapidement accompagnées par de belles nuances minérales (pierre à feu, fumée), la bouche est assez flatteuse avec une petite douceur équilibrée par une acidité solidement tendue, la finale est d’une longueur confortable et montre un côté tannique bien marqué.

 

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Une série de rieslings de terroir qui commence par un sylvaner ! On reconnaît bien là le caractère facétieux de notre ami Eric…mais, même si l’aromatique de ce  premier vin m’a un peu dérouté à l’aveugle sa tenue en bouche s’est montrée à la hauteur d’un Grand Cru. Le Zinnkoepflé est un coteau pentu très calcaire qui réussit très bien au gewurztraminer…et souvent mieux au sylvaner qu’au riesling.
Cette belle quille montre d’une part que la qualité d’un beau terroir s’exprime aussi bien sur des cépages moins réputés et d’autre part que le sylvaner alsacien peut engendrer de très beaux vins…mais ça je le dis depuis longtemps !
Sur le second vin, les schistes marquent assez nettement la palette (silex, fumée) mais le Kastelberg imprime sa marque tannique en finale. Issu du délicat millésime 2006, ce vin a trouvé aujourd’hui un équilibre d’une grande élégance…Superbe !


Riesling Grand Cru Schlossberg 2008 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est exubérant mais bien complexe avec un fruit très pur (citronnelle, ananas frais) agrémenté de délicates nuances vanillées, la bouche est toute en finesse et en élégance avec une matière charnue équilibrée par une acidité très mûre, la finale sapide et salivante se prolonge avec des notes d’herbes aromatiques.
Riesling Clos Windsbuhl 2008 – Domaine Zind-Humbrecht à Turkheim  : le nez tarde un peu à se mettre en place et présente des notes un peu fermentaires et une marque d’élevage sensible, après une oxygénation conséquente l’ensemble se purifie pour composer une palette fort agréable sur les fleurs, le citron frais et une touche finement torréfiée, en bouche l’attaque très vive est soutenue par un léger perlant mais le vin se pose peu et déploie une acidité profonde, une matière ample et généreuse avec un très beau gras et une finale très longue où on sent un élevage de grande qualité.

 

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Issus de l’excellent millésime 2008 ces deux rieslings sont en quelque sorte des archétypes pour définir l’influence d’un terroir granitique et solaire et celle d’un terroir calcaire et froid sur un riesling : le Schlossberg absolument magnifique nous régale avec son caractère ouvert, épanoui et puissamment salin en finale et le Windsbuhl nous interpelle avec sa personnalité complexe, secrète, très longue à se mettre en place mais qui révèle une densité et une profondeur hors du commun.
Un duo de très haut niveau, bravo !


Riesling Grand Cru Altenberg de Bergbieten-Cuvée Henriette 1997 – Domaine Mochel à Traenheim : le nez suave et raffiné révèle des notes de fruits blancs et de verveine, en bouche les arômes de groseille blanche s’intensifient progressivement, la structure est svelte et très élégante et la finale nette et délicatement aromatique possède une longueur moyenne.

 

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Issu d’une parcelle plantée dans les années 50 sur ce Grand Cru riche en marnes à gypse, ce riesling se tient avec beaucoup de classe après plus de 15 ans de garde. Le côté « tisane » du nez ne me plaît pas forcément mais la présence en bouche étonne et séduit par sa pureté et sa grande fraîcheur. Très belle réussite !


Riesling Grand Cu Rangen 2004 – Domaine Zind-Humbrecht : le nez est puissant et épanoui sur les fruits blancs très mûrs, le raisin sec et les épices, la bouche est ample, riche et très concentrée, de fins amers apportent un côté sapide à une finale très longue qui révèle des notes de fumée.
Le terroir volcanique du Rangen marque la finale et donne une puissance un peu hors norme à la présence en bouche de ce riesling. Le côté très opulent de la matière peut surprendre – et peut-être même fatiguer – mais la complexité de la structure et la persistance aromatique signent la noble origine de ce vin.

Riesling Grand Cru Mambourg 2000 – Domaine Tempé à Zellenberg : le nez est intense et flatteur sur les agrumes mûrs, la marmelade d’orange et les épices, ample et gras en bouche ce vin impose sa puissance très démonstrative et prolonge une belle finale longue, épicée et finement boisée.
Après quelques années de garde, on ressent très nettement que le terroir marno-calcaire du Mambourg et le travail particulier de Marc Tempé (élevages très longs) ont marqué profondément ce riesling.
Comme pour la cuvée précédente, je suis impressionné par la force qui se dégage de ce vin mais je ne me sens pas trop en phase avec le style qu’il revendique…

 

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Pour conclure :

- Y a pas à dire, cette nouvelle année commence en fanfare avec une série alsacienne de très haut vol : les styles de ces différentes cuvées ont balayé largement le champ des possibles sur ce cépage tout en affirmant des niveaux qualitatifs irréprochables.
- Entre l’exubérance d’un Schlossberg vraiment parfait, la retenue pleine de profondeur du Clos Winsbuhl et les personnalités très baroques du Rangen ou du Mambourg nous avons été confrontés à cette diversité d’expressions qu’on ne retrouve peut-être nulle part ailleurs…Hoppla ça c’est dit, une fois !
- Pour le coup de cœur personnel, aucune hésitation, je suis tombé corps et âme sous le charme du Schlossberg…quel vin !
Mais il ne faut pas oublier de citer l’Altenberg de Mochel qui a bien surpris tout le monde par sa belle tenue face au temps.
La petite déception viendrait plutôt du Rangen, vraiment très particulier…et peut-être aussi un peu cher par rapport aux autres vins de la série qui offraient tous un rapport prix/plaisir bien plus avantageux.

 

 

 

Thème 2 : Dupéré-Barrera…un peu de Provence dans nos verres.

 

 

Côtes de Provence En Caractère Rosé 2010 : le nez est ouvert et engageant sur les petits fruits rouges, l’anis et le bonbon anglais, la bouche affirme une belle puissance et une présence aromatique très suave, la finale trouve un bel équilibre entre douceur et fine amertume.

 

2013 0001

 

Issu des terroirs argilo-calcaires du bassin littoral de production du Bandol, « En Caractère » rosé est un assemblage de mourvèdre, cinsault, syrah et vermentino. Léger et aérien à l’ouverture, il prend progressivement de l’épaisseur et de la vinosité dans le verre…j’ai regoûté cette cuvée en fin de soirée et je me suis retrouvé face à un vin complexe et richement aromatique…Très belle surprise !

Côtes de Provence En Caractère Rouge 2008 : le nez s’ouvre sur quelques notes de réduction qui laissent rapidement la place à une palette fruitée et finement réglissée, la bouche possède un joli volume et un équilibre bien frais mais la finale accroche un peu avec des tanins encore très austères.
Côtes de Provence Clos de la Procure Rouge 2009 : le premier nez est marqué par une petite réduction (comme le vin précédent) mais en s’ouvrant il propose une palette plus riche et plus complexe avec des notes de fruits noirs, de cacao et d’épices, la bouche est ample et très sphérique avec une fine trame tannique qui structure l’ensemble, la finale est longue, finement acidulée et agrémentée d’un sillage aromatique sur la réglisse et la vanille.

 

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« En Caractère » rouge est un assemblage de grenache et de cinsault complété par de petits volumes des autres cuvées produites au domaine (Nowat, Procure et TLM notamment) mais le « Clos de la Procure » est issu exclusivement des vieilles vignes (grenache et mourvèdre complétés par un peu de cinsault, syrah et carignan) de la propriété des Dupéré-Barrera située à Carnoules.
Le premier est d’un abord franc et agréable mais se montre un peu revêche en bouche. Le second offre un plaisir plus complet avec son aromatique très racée et son côté dense et velouté en bouche…MIAM !


Côtes de Provence Très Longue Macération 2008 : le nez est raffiné et complexe avec des notes de résine, de fruits noirs et un fumé discret, la bouche est volumineuse avec une grande concentration et une trame tannique serré mais mûre, la finale est joliment tendue et longuement aromatique.
Côtes de Provence Très Longue Macération  2001 : le nez est moins démonstratif, un peu mystérieux, on y décèle des évocations d’herbes aromatiques et quelques notes fumées très délicates, la bouche possède une structure en demi-corps avec un équilibre bien frais mais la trame tannique sèche et serrée donnent un côté austère et presque agressif à la finale.

 

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Réalisé à base de cabernet sauvignon et de syrah et élevé en barriques (avec un faible pourcentage de bois neuf) « TLM » s’est fait une place de choix parmi le gotha des grands vins de Provence : le Guide Vert ou le BD ne tarissent d’éloges à propos de cette cuvée qu’ils classent régulièrement au même niveau que les vins de Tempier ou de Trevallon.
Le 2008 a impressionné par sa matière dense et tonique et sa persistance aromatique, mais je pense qu’il aurait mérité un oxygénation plus conséquente avant la dégustation (mea culpa !) pour lui permettre de s’ouvrir encore plus.
Le 2001 (qui doit être le premier millésime de TLM si je ne m’abuse…) a montré une palette très raffinée mais a déçu en bouche : le boisé a un peu séché la finale…Dommage !


Bandol India Rouge 2003 : le nez est complexe et expressif sur la figue, les herbes de garrigue sur un fond légèrement fumé et minéral (pierre chaude), en bouche, après une attaque très harmonieuse la matière se déploie avec une jolie texture juteuse et concentrée, la finale se resserre un peu et laisse une impression tannique trop rustique.

 

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Issue principalement d’une parcelle de vieux mourvèdres, exposée au nord-est sur le terroir argilo-calcaire de l’appellation Bandol, India 2003 s’en sort correctement dans un millésime très difficile dans ce secteur (sécheresse, chaleur et blocages de maturité). L’olfaction est fort plaisante et la matière en bouche se présente avec un certain charme mais la finale est rude et somme toute assez courte pour ce niveau d’appellation.

 

 

Côtes de Provence Nowat Blanc 2010 : le nez est ouvert et très gourmand sur les fruits blancs mûrs, la vanille et les épices douces, après une attaque très France la matière se pose voluptueusement en bouche, la structure est très sphérique avec un toucher finement grenu et une finale très longue sur les épices et avec un boisé délicat.

 

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Le procédé Nowat (No Watt) est mis en œuvre sur certaines cuvées vinifiées par les Dupéré-Barrera : Nowat blanc et rouge mais aussi les vins de la Procure.
Le principe consiste à travailler le vin sans utiliser d’électricité donc pour les rouges, foulage à l’ancienne (avec les pieds) et pour les blancs, pressurage avec un pressoir manuel à axe vertical. Le jus fermentent sans aucun intrant et ne sont jamais pompés : tous les entonnages se font par gravité.
Elaboré à partir du cépage rolle complété par un peu de sémillon et d’ugni blanc, ce vin est un vrai bonheur : riche, exubérant et d’une tenue en bouche exemplaire…Magnifique tout simplement !


Pour conclure :

- après avoir eu le plaisir de rencontrer Laurent Barrera à deux reprises, j’étais particulièrement impatient de présenter ces vins aux membres du club A.O.C. Ces vins provençaux dont la qualité a été reconnue par la presse spécialisée dès les premiers millésimes ont rapidement conquis certains marchés internationaux comme le Canada, les Etats Unis ou le Japon mais restent encore assez peu connus en France…et en Alsace, n’en parlons pas !

- la gamme très conséquente proposée par ce domaine propose des cuvées dans les trois couleurs, avec des personnalités originales et bien affirmées. Dans la série de ce soir les rouges ont tous montré un côté pur, juteux et solidement charpenté, le rosé dont l’immédiate gourmandise fait presque oublier la profondeur de sa structure a été une belle découverte.
Proposé en fin de soirée à des palais alsaciens calibrés par une série de rieslings qui impose le respect, Nowat blanc a montré sa classe en forçant l’admiration des plus chauvins de nos dégustateurs…Coup de cœur indiscutable pour moi !
La cuvée rouge Procure 2009 est également sortie du lot : classée à l’unanimité meilleur vin rouge de la série…Bravo !

- ceci dit, malgré ces breuvages pleins de soleil et d’effluves méridionales, il fait toujours aussi froid en Alsace…il va quand même falloir que j’aille me réchauffer du côté de Carnoules ce printemps. 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 20:00



Malgré sa taille relativement modeste le vignoble de Sancerre offre au dégustateur un panel très large de vins blancs ou rouges : ces sauvignons et pinots noirs ligériens constitueront donc le thème unique mais bicolore de cette réunion d’octobre de notre club A.O.C.
Les séries de rouges et de blancs ont été constituées par François notre « pro », qui a pu accéder à certaines cuvées rares produites par des grands noms de ce vignoble.
Voilà une soirée qui s’annonce bien !

Les vins ont été débouchés le matin, puis carafés et remis dans leurs bouteilles pour le soir.
Les vins rouges sont dégustés à l’aveugle et 2 par 2.
Les blancs sont séparés en deux séries distinctes et dégustés bouteilles cachées : l’une nous présentera des 5 vins provenant exclusivement du domaine Alphonse Mellot, l’autre nous proposera 3 couples provenant d’autres vignerons.

Verres Spiegelau Expert

Soirée Club AOC du 16 novembre 2012 à La Wantzenau

 

 

En attendant nos comparses coincés dans les bouchons :

Schiefferberg Eternel 2007 – Domaine B. Bohn à Reichsfeld : le nez est intense et bien complexe avec un registre floral complété par des notes de fruits blancs très frais et de miel de sapin, en bouche l’attaque est souple et le milieu très gouleyant précède une finale acidulée, bien glissante avec une longueur modeste mais finement aromatique.
Cet assemblage de 3 cépages nobles (Riesling, pinot gris et pinot noir) récolté sur les pentes schisteuses du Schiefferberg a largement convaincu les dégustateurs présents : son côté charmeur et accessible le rend immédiatement aimable mais en poussant un peu plus loin l’analyse on se rend compte que c’est un vin qui possède un vrai fond minéral…très belle surprise !

 


Thème : rouges ou blancs on Sancerre avec plaisir !


1. Pinots noirs de Sancerre

Sancerre La Moussière 2010 – Domaine A. Mellot à Sancerre : le nez choque par son côté réduit, disgracieux et tenace (odeur d’écurie très intense…), le côté fruité apparaîtra en toute fin de soirée, la bouche paraît assez fluette avec un côté vert et rustique vraiment peu engageant.
Sancerre 2010 – Domaine G. Boulay à Chavignol : le nez s’ouvre sur de discrètes notes d’élevage avant de libérer une palette sur les fruits rouges et le cacao, la bouche possède un équilibre tonique, le toucher est finement granuleux et la finale laisse une impression de fraîcheur avec quelques notes épicées.

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Malgré une longue aération, la bouteille de Mellot n’a réussi à convaincre personne ce soir. L’ultime dégustation en fin de soirée m’a permis de découvrir ce vin avec un profil un peu plus avenant mais au bout du compte il n’aura servi que de faire valoir pour le second vin de ce duo : la belle cuvée élaborée par Gérard Boulay nous a offert une expression gourmande et précise du pinot noir qui nous a immédiatement rassurés pour la suite de la série.

Sancerre Cuvée Maxime-Vieilles Vignes 2009 – Domaine G. Delaporte à Chavignol : le nez est agréable mais peu intense, finement torréfié avec de belles notes de cassis, la bouche est équilibrée, fraîche et discrètement aromatique, la finale est marquée par une légère présence tannique.
Hautes Côtes de Nuits Les Herbues 2010 – Domaine H. Murat à Concoeur  : le nez est très discret avec de délicates notes florales, la bouche est très austère avec une acidité incisive et des tannins bien agressifs qui assèchent la finale.

 

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Le pirate bourguignon n’a pas été repéré mais son côté particulièrement agressif a déplu à tous les dégustateurs…pour l’heure nous mettrons ça sur le compte de la jeunesse, mais je reste dubitatif, il faut croire que 2010 fut difficile sur les Hautes Côtes… L’autre pinot noir s’est révélé bien plus facile d’accès, issu d’un millésime plus favorable, ce Sancerre encore un peu réservé dans son expression, ne nous ouvre pas encore les portes du paradis mais fait l’unanimité autour de son équilibre et de son joli toucher de bouche.

 

 

Sancerre La Demoiselle 2007 – Domaine A. Mellot à Sancerre : le nez s’ouvre facilement sur un fruité croquant (cerise) avec quelques belles notes de pêche de vigne, la bouche est charnue et soyeuse mais l’équilibre reste frais et la finale possède une allonge aromatique tout à fait respectable.
Sancerre En Grands Champs 2007 – Domaine A. Mellot à Sancerre : le nez est discret et raffiné sur les fruits noirs avec une légère touche boisée, la bouche est ample et concentrée, la finale révèle une trame tannique serrée encore un peu austère.


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Ces deux cuvées haut de gamme du domaine Mellot sont issues de terroirs bien différents (Demoiselles sur argiles à silex et Grands Champs sur calcaire) mais se présentent à nous ce soir avec beaucoup d’agrément.
Après ces quelques années de garde, ces deux Sancerre affirment leur personnalité qui commence à se dessiner avec des matières généreuses et très bien équilibrées, mais il me semble que leur apogée est loin d’être atteint.


2. Les blancs du domaine Mellot

Sancerre La Moussière 2011 : le nez est pur et bien intense sur les fruits blancs avec une petite touche fumée, la bouche est vive et tendue avec de très beaux arômes de groseille à maquereaux et de feuille de cassis.
Issue du terroir emblématique du domaine Mellot cette cuvée élevée pour 50% en cuve et pour 50% en barriques neuves nous propose une aromatique d’un classicisme parfait et une présence en bouche fraiche et tonique…archétypique.

Sancerre La Demoiselle 2010 : le nez est séduisant avec de belles notes de fleurs, de miel et de craie, la bouche allie un très beau gras avec une fine acidité et une minéralité qui marque la texture, la finale est assez longue.
Sancerre Les Romains 2010 : le nez est complexe, on y décèle des arômes de miel, de résine et de pierre chaude, la bouche est ample et charnue avec une texture un peu plus fine et une finale très franche et d’une longueur considérable.
Avec une Demoiselle qui montre ses formes généreuses et des Romains qui jouent sur le registre de la finesse et du raffinement, on découvre avec bonheur ce couple de vins qui s’expriment de très belle façon en révélant des personnalités fort différentes. Superbe !

Sancerre Satellite 2011 : le nez est pur et cristallin avec une palette discrète, la bouche est très sphérique avec une acidité large et un côté crayeux bien marqué, le toucher reste malgré tout d’une grande suavité et la finale se prolonge sur une jolie impression de fraîcheur.
Sancerre Génération 2011 : le nez est pointu mais complexe sur les fruits blancs, les fleurs et une fine touche vanillée, la bouche reste marquée par des arômes variétaux mais la structure qui allie avec beaucoup de précision rondeur et tension est splendide.
Issue des vielles vignes de la Moussière, la cuvée Génération est encore bien jeune pour être évaluée à sa juste mesure mais la générosité de sa matière ne laisse aucun doute sur sa nature, c’est un grand vin. La cuvée Satellite se montre déjà plus à son avantage aujourd’hui et se livre avec beaucoup d’allant et de spontanéité, même si je pense que ce vin gagnera encore en harmonie et en complexité avec le temps.

 

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La série Mellot de ce soir…une jolie quintette sans fausse note
 

 

 

3. Quelques maîtres du sauvignon.

Sancerre Harmonie 2008 – Domaine V. Pinard à Sancerre : le nez est ouvert et flatteur avec des arômes de coing frais, de fleurs blanches et de vanille, la bouche est ample avec une structure très large et une longue finale où on ressent une fine amertume compétée par quelques notes mentholées et discrètement pierreuses.
Sancerre Caillottes 2010 – Domaine F. Cotat à Chavignol : le nez est intense et fortement réduit avec une palette peu agréable sur l’iode, le camphre…et d’autres évocations de nature très « chimique », la bouche est très puissante mais son équilibre est d’une rigueur particulièrement austère, la finale est longue et profondément minérale.

 

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Malgré un carafage et une très longue oxygénation, le Sancerre de François Cotat est resté trop agressif pour pouvoir être apprécié ce soir. Je pense que pour l’heure, il y a trop de fougue (je dirais presque de la sauvagerie) dans ce vin qui aura besoin d’une bonne décennie en cave pour se calmer. A côté de cette « furie » le Sancerre de Vincent Pinard n’aura jamais aussi bien porté son nom…Serein et vraiment harmonieux !

 

 

Sancerre Les Monts Damnés 2007 – Domaine G. Boulay à Chavignol : le nez est discret, finement exotique mais bien frais, en bouche on sent une petite richesse à l’attaque mais une acidité très large et un développement aromatique sur le citron et la groseille blanche se montrent progressivement pour donner un côté frais et tonique à l’ensemble.
Sancerre Les Monts Damnés 2008 – Domaine F. Cotat à Chavignol : le nez est expressif et très complexe avec une minéralité marquée et une petite touche fumée, la bouche est ample avec un toucher très grenu qui accentue encore la sensation minérale, la finale révèle quelques beaux amers et une puissante salinité.

 

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Issus de cette célèbre côte de marnes kimméridgiennes situées près de Chavignol, ces deux Sancerre nous livrent des expressions très différentes de ce grand terroir : concentration minérale extrême pour Cotat, finesse et distinction pour Boulay…ne me demandez pas de choisir, je prends les deux sans hésiter !


Blanc Fumé de Pouilly 2007 – Domaine D. Dagueneau à Pouilly sur Loire : le nez est pur et cristallin sur les fruits blancs et le bourgeon de cassis, la bouche droite et profondément minérale révèle de puissantes notes de groseille blanche qui s’étirent longuement en finale.
Sancerre Les Monts Damnés 2007 – Domaine D. Dagueneau à Pouilly sur Loire : le nez est discret, floral avec des notes de grillé et de silex, la bouche est quelque peu atypique par son côté opulent, dense et gras mais en finale on sent une minéralité puissante et très longue.

 

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En guise d’apothéose, l’ami François nous a dégoté deux splendide flacons du regretté Didier Dagueneau (le dernier millésime qu’il a vinifié d’ailleurs…) : pureté absolue et concentration minérale sur les deux appellations…du bonheur à l’état pur !


Pour conclure :

- grâce à des séries riches et gustativement très intéressantes, j’ai appris à mieux connaître cette région dont j’apprécie les vins blancs depuis bien longtemps mais dont je ne mesurais vraiment pas la diversité et la complexité des expressions de ses grands terroirs. Les cuvées rouges que je n’attendais pas forcément à un très haut niveau qualitatif m’ont agréablement par leur distinction et leur gourmandise. Hormis « Caillottes » 2010, ouvert bien trop jeune, les vins blancs m’ont simplement régalé avec leurs arômes frais et expressifs et leurs matières profondément minérales…coup de cœur général !

- Mellot fait presque un sans faute (dommage pour le premier rouge !) sur les 8 cuvées qu’on a dégustées ce soir, les vins de Cotat m’ont surpris par l’intensité de leur présence minérale et les bouteilles-testament de Didier Dagueneau feront à coup sûr partie de ma sélection personnelle des grandes bouteilles rencontrées cette année. Dans cette liste de grands noms, le rouge et le blanc méritent largement une citation spéciale pour leur excellent rapport qualité/prix.

- pour cette première visite dans le sancerrois notre ami François nous a gratifié d’une tournée vraiment royale…Bravo et merci !
Vivement notre prochaine incursion gustative dans ce vignoble !

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 13:06

Après une session de reprise festive et détendue, notre club se recentre sur des thèmes plus sérieux – même si certains membres s’obstinent à ne pas l’être – avec un programme classique, associant deux thèmes bien alléchants :

- Les syrahs du domaine Ferraton
- Les muscats d’Alsace.

Nous avons découvert le Cornas Grands Mûriers 2008 du domaine Ferraton lors d’une précédente réunion, ce qui m’a donné l’idée de programmer une visite à Tain l’Hermitage au printemps dernier. Après avoir dégusté une grande partie des vins produits par ce domaine, j’ai eu envie de faire découvrir ces rouges charmeurs et concentrés à mes amis du club : nous goûterons donc quelques flacons emblématiques sélectionnés dans la large gamme de crus rhodaniens élaborés par ces producteurs.

Pour traiter le second thème, Guy et Stefan se sont concertés et ont prélevé dans leur cave un certain nombre de flacons pour constituer une série capable de nous donner un aperçu des personnalités multiples du muscat d’Alsace.

Hoppla, jetzt geht’s loos !

 

Les deux séries de bouteilles sont dégustées 2 par 2, étiquettes découvertes après une courte présentation orale des vins proposés.

Verres Spiegelau Expert

 

Soirée Club AOC du 5 octobre 2012 à La Wantzenau

   

En attendant l’arrivée de tous les participants, nous dégustons un Chinon rosé Cuvée Mathilde 2011 du Domaine B. et P. Lambert à Cravant les Coteaux : le nez est intense et charmeur sur la framboise écrasée, la bouche est très aérienne avec une matière détendue et une finale très fraiche et finement fruitée.
Ce rosé issu d’une vigne en biodynamie et travaillé sans intrants est un pur régal...presque un vaccin pour un allergique au cabernet franc comme moi ! Le fond de bouteille regouté le lendemain laissait la même impression suave et fruitée. Un MIAM spécial dédicace à François.

 

2012 0198

 

 

 

Thème 1 : petite promenade parmi les syrahs du domaine Ferraton.
 

 

Côtes du Rhône blanc Samorëns 2011 : le nez est assez expressif sur la poire verte, la pomme granny et les fleurs blanches, la bouche est droite, précise avec une aromatique qui révèle un côté végétal pas désagréable, la finale bien fraîche est marquée par une discrète amertume.
Cet assemblage de grenache blanc (60%) et de clairette (40%) est le vin blanc d’entrée de gamme du domaine Ferraton. Frais, aromatique et bien équilibré il offre un rapport Q/P particulièrement avantageux et constitue une entrée en matière très prometteuse pour la suite…son homonyme rouge tout aussi réussi aurait mérité de figurer dans la série.

 

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Crozes Hermitage La Madinière 2009 : le nez est surprenant avec un côté fumé très puissant et des notes de griotte et de tabac brun, en bouche le toucher est très velouté et la présence fruitée se définit un peu plus, la finale est très joliment équilibrée avec une longueur moyenne.
Crozes Hermitage Les Pichères 2009 : le nez est discret avec un style très épicé, la bouche est ample et concentrée mais un peu plus stricte et plus fermée, la finale est tenue mais encore un peu marquée par l’élevage.
La Madinière et Les Pichères sont des cuvées provenant de vignes situées sur des terroirs de graviers et de galets roulés autour de Mercurol et de Beaumont-Monteux. Les deux vins sont issus d’une vendange de syrah 100% égrappée et sont élevés pendant un an en fûts de chêne et le Crozes Les Pichères porte le label BIO.
Curieusement ces deux vins se goûtent moins bien ce soir que lors de ma visite au printemps : le premier qui m’avait particulièrement séduit a dérouté l’assemblée par son aromatique très particulière et le second s’était vraiment replié sur lui-même.
Il n’en reste pas moins qu’avec ces deux premières cuvées, on ressent en bouche cette structure ronde et suave qui constitue un peu le leitmotiv de la production Ferraton.

 

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Saint Joseph La Source 2010 : le nez met du temps à s’ouvrir et livre des arômes assez rustiques de poudre à canon et de couenne de lard, la bouche développe une belle rondeur et flatte le palais par sa texture très soyeuse mais en finale on assiste au retour d’une certaine austérité avec un côté rocailleux très dominateur.
Cornas Les Grands Mûriers 2008 : le nez est flatteur et épanoui sur les fruits noirs bien mûrs (griotte, cassis) et les épices (muscade et cardamome), la bouche possède un très bel équilibre avec une matière dense et charnue et une acidité bien tonique et des tanins fins et souples, la finale est longue et délicatement réglissée.
Pur vin de granit, ce Saint Joseph à qui le millésime a conféré une grande droiture montre une minéralité très affirmée qui peut heurter certains palais trop sensibles.
Le Cornas issu de deux parcelles distinctes – l’une de granit décomposé (gore) et l’autre plus argilo-calcaire – a gardé ce fruité gourmand et cette structure caressante qui en font un séducteur presque irrésistible. La troisième rencontre avec ce vin confirme mes précédentes impressions, c’est une très belle réussite !

 

2012 0189

 

Hermitage Les Miaux 2007 : le nez est discret et complexe avec des notes poudrées, fruitées (cerise bigarreau) et épicées, en bouche il y a une matière charnue et gourmande, du fruit, des tanins soyeux et une finale longue et délicatement réglissée.
Ermitage Les Dionnières 2006 : le nez est ouvert, expressif et complexe, il évoque un panier de fruits bien mûrs (petits fruits rouges et noirs, fruits à noyau), la vanille et les épices douces, la bouche est profonde, ample, suave et la finale laisse persister longuement des notes de pêche de vigne et d’épices.
Issue d’un assemblage de syrahs provenant du Méal et des Dionnières cette cuvée a été élevée durant 16 mois en fûts de chêne (10% de fûts neufs). Avec son aromatique raffinée et sa structure dense et racée l’Hermitage Les Miaux est un superbe vin, plaisant dès aujourd’hui mais avec un remarquable potentiel d’évolution.
Avec l’Ermitage Les Dionnières on change de monde…pour s’approcher d’une forme de perfection qui me ferait presque croire en l’au-delà !
D’ailleurs, après le plébiscite obtenu au niveau du groupe (un vin noté « excellent » par tous les dégustateurs présents) je crois que je n’ai pas été le seul à faire une petite crise de foi ce soir !

 

2012 0190

 

Pour conclure :

- Ces 6 bouteilles du domaine Ferraton, nous ont permis d’apprécier la belle diversité d’expression des syrahs nord-rhodaniennes, si bien mises en valeur par ce domaine viticole de Tain.

- Quels que soient l’appellation ou le millésime, je reste admiratif face à la qualité du travail de ces vignerons : chaque vin à son niveau m’a vraiment régalé en particulier avec sa texture très suave en bouche. Les matières sont riches et équilibrées et les élevages d’une grande finesse…Chapeau !
- l’Ermitage qui fait partie des cuvées haut de gamme du domaine toutes travaillées en biodynamie, fut la superstar de la soirée…et a pris une place de choix dans le palmarès des grandes quilles débouchées au sein de notre club.

- ma déception personnelle fut occasionnée par la réaction du groupe face au Crozes Madinières : très peu apprécié ou très mal compris, ce vin qui m’avait vraiment convaincu au printemps dernier s’est montré un peu plus revêche ce soir et n’a pas séduit grand monde…votre serviteur mis à part. Dommage !
 

 

 

Thème 2 : le muscat d’Alsace dans tous ses états.


Muscat 1986 – Cave de Pfaffenheim : le nez est évolué mais assez expressif avec des notes de tisane, camomille et verveine, perturbées par une pointe un peu liégeuse, la bouche est très légère, pour ne pas dire rachitique et la finale est flotteuse et courte.
Muscat 1990 – Domaine Runner à Pfaffenheim : le nez est plus discret, torréfié et finement épicé, la matière en bouche est plus conséquente mais l’ensemble reste déséquilibré par un manque de vivacité, la finale est très molle mais la longueur aromatique est respectable.
Avec plus de deux décennies au compteur ces deux muscats ont très largement dépassé leur apogée. Le 86 fait illusion par son aromatique avec une pureté douteuse mais une intensité qui en envoie, par contre le corps complètement désossé évacue tout doute possible sur son état de décrépitude avancée…un vin ectoplasmique !
Le 90, qui devait être bien mûr dans sa jeunesse a un peu mieux résisté, mais le verdict du palais est sans appel, lourdaud et mou il semble avoir perdu toute charpente…un vin moribond !

 

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Muscat Réserve Bergheim 2011 – Domaine S. Spielmann à Bergheim : le nez est ouvert et épanoui avec de belles notes de fleurs et d’eau de rose, la bouche est agréable avec un côté charnu très rondouillard qui devient hélas un peu pesant en finale.
Muscat 2009 – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est discret avec des notes florales et un peu pierreuses, la bouche est assez sévère avec une acidité très présente, un perlant léger et une finale assez longue mais peu aimable.
Le muscat de Sylvie Spielmann possède une palette de toute beauté mais souffre d’un léger manque de fraîcheur, celui de Zind-Humbrecht est vraiment trop austère à mon goût. Bref, deux vins honnêtes qui pourtant ne rentrent pas dans mon cadre de référence pour l’expression de ce cépage alsacien.

 

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Muscat 2011 – Domaine Sipp-Mack à Hunawihr : le nez est fin et élégant avec un registre bien complexe qui associe le raisin frais et les fleurs, la bouche est avenante, il y a un léger moelleux mais l’équilibre reste bien frais, la finale est très aérienne avec un jolie touche mentholée.
Muscat 2009 – Domaine Rieflé à Pfaffenheim : le nez trahit un début d’oxydation mais garde une palette assez agréable avec des notes florales et une petite touche grillée, la bouche possède un équilibre sec et une matière dont l’opulence finit par dominer l’ensemble, la finale est longue, toujours marquée par des arômes grillés mais un peu trop lourde à mon goût.
Ouvert, facile d’accès et très guilleret le muscat de Jacky Sipp me fait penser celui de Jean-Marc Bernhard qui constitue pour moi une des références sur ce cépage. Le vin de Jean Claude Rieflé surprend par son niveau d’évolution : son aromatique et sa structure semblent déjà bien fatiguées après quelques années de vieillissement…et pourtant la matière devait être très belle dans sa prime jeunesse !

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Muscat Moenchreben de Rorschwihr V.T. 1997 – Domaine Rolly-Gassmann à Rorschwihr : le nez est intense et complexe avec un registre tisanier du plus bel effet (mélisse, verveine, menthe…), la bouche est superbe avec une silhouette d’une élégante rondeur et une aromatique très fine qui se développe et se prolonge longuement en finale.
Muscat Bollenberg V.T. 2009 – Domaine Zusslin à Orschwihr : le nez est charmeur et très complexe, on y sent en premier un fruité très frais suivi par de belles évocations florales et une discrète pointe minérale, la bouche est généreuse, l’équilibre est moelleux mais on ne sent aucune lourdeur dans la structure, la finale n’est pas trop longue mais séduit par sa finesse et sa précision.
Cela fait la troisième fois que je rencontre le muscat V.T. du domaine Zusslin et c’est toujours le même bonheur : un vin fin, complexe, équilibré et d’une grande buvabilité…une vraie friandise !
La cuvée des Rolly-Gassmann est surprenante avec une aromatique qui trahit son âge avancé mais la avec une présence en bouche dont la tenue force le respect…la classe !


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Muscat Kaefferkopf V.T. 2000 – Domaine Binner à Ammerschwihr : le nez est complexe et assez intense sur les agrumes confits, la bouche est généreuse avec un joli gras et une réelle puissance, la finale est fraîche sur le pomelo.
Très attendu au tournant par les « naturo-sceptiques » le muscat V.T. des Binner nous a vraiment cloué le bec : pur, plaisant et avec une très belle structure, après 12 de garde ce vin se porte comme un charme…Etonnant !

 

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Pour conclure :

- En réfléchissant bien, je m’aperçois que le muscat se trouve sur la seconde marche du podium de mes vins d’Alsace préférés, après le riesling et avant le gewurztraminer. J’aime son côté frais, aromatique, guilleret, facile d’accès et je me laisse séduire sans résister à chaque fois que je rencontre une version bien « canaille » de ce cépage. En revanche, je suis beaucoup moins sensible à l’esthétique des muscats d’Alsace plus vieux : lorsque le fruit et la fleur « sèchent » pour livrer des notes de tisane, mes papilles s’enthousiasment plus difficilement. Comme en plus, je pense que dans la majeure partie des cas ce vin n’est pas vinifié pour tenir trop longtemps dans le temps, lorsqu’on attend trop longtemps on risque de retrouver en bouche, des charpentes vacillantes et des matières faméliques, qui parlent plus à l’intellect qu’au sens.

- Sur cette série de 9 bouteilles, ma position face à ces vins n’a pas été remise en question : j’ai adoré le muscat 2011 de Jacky Sipp (qui me fait beaucoup penser à celui de Jean-Marc Bernhard) et, dans un autre style, j’ai également très bien goûté la version moelleuse 2009 du domaine Zusslin.
Ceci dit, après une quinzaine d’années de garde, le Moenchreben 1997 de Rolly-Gassmann reste un très beau vin qui ne montre aucun signe de fatigue en bouche : la surmaturité est surement l’un des éléments qui permettent à ce cépage de bien résister dans le temps…mais bon, je reste dubitatif !

- Merci aux organisateurs d’avoir réussi à construire cette série de vins aussi riche et diversifiée.

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 10:42



Depuis l’année passée nous avons choisi de donner un caractère un peu plus festif à la réunion de rentrée de notre club AOC : en ce mois de septembre 2012 les papilles des notre vénérable assemblée vont donc être flattées par des associations gustatives entre :

des fromages et des vins, mais pas que...

Grand amateur de fromages, Eric a coordonné la composition des divers mariages aromatiques à tester et s’est également chargé de la création de la petite assiette rassemblant quelques pépites de la production fromagère nationale, complétées par un Cheddar rapporté directement de la Great Britain par Jamie.

 

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MIAMMMM !!!!

 

Les vins ont été prélevés dans les caves personnelles de plusieurs membres du club.

Les fromages sont présentés par Eric, les vins sont d’abord dégustés seuls, étiquette découverte, puis regoûtés avec les fromages.
 

 

Les notes prises sont assez succinctes…eh oui, la soirée festive c’est pour tout le monde, que diable !

Verres Spiegelau Expert


Soirée Club AOC du 7 septembre 2012 à La Wantzenau
 

 

 

Thème : fromage et vins…mariages et divorces dans une même soirée.

 

 

1. Fromage frais de brebis du sud-ouest et Crottin de Chavignol

Muscat 2011 – Domaine Bernhard à Katzenthal : le nez est floral, la bouche est facile et gouleyante avec une finale bien vive.


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Sancerre Clos de la Néore 2009 – E. et A. Vatan à Chavignol : le nez est discret mais typé sur la groseille blanche bien mûre complété par de belles notes pierreuses, la bouche est solidement charpentée avec une puissance inhabituelle, la finale possède un volume très généreux qui laisse une petite sensation de lourdeur.

 

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Assez neutre en goût le brebis frais laisse s’exprimer pleinement l’aromatique des deux vins mais au niveau de la bouche j’ai préféré la vivacité du muscat pour trancher avec le gras du fromage.
Avec le crottin la sensation est presque identique car c’est le muscat qui propose le plus bel accord…mais bon, reconnaissons que ce Sancerre est quand même un peu atypique pour

réaliser cette harmonie régionale très classique.
 

 

 

2. Chaource et Camembert fermier

Cidre brut Héritage 1900 millésime 2003 – F. Goussin à Pâlis : le nez est peu aromatique, en bouche l’équilibre est sec et la finale délicatement acidulée.
Cidre brut Héritage 1900 – F. Goussin à Pâlis : le nez est un peu plus expressif avec un fruit encore bien présent, la bouche est finement perlante et légèrement tannique en finale.
Bière allemande Edelsteiner : le nez est très céréalier, la bouche propose une bulle assez fine et une amertume bien marquée.
Avec son équilibre frais et son aromatique très discrète, l’étonnant cidre millésimé (presque 10 ans de garde) constitue le plus bel accord avec les deux fromages. Plus jeune et plus virulent dans son expression le cidre jeune fonctionne très bien avec le chaource mais réagit de façon peu élégante avec les arômes puissants du camembert. L’essai avec une bière allemande ne fut pas concluant : l’amertume de la bière a exacerbé celle des fromages.

 

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3. Saint Nectaire et Epoisses

Pommard Le 19 Vingt 2007 – Domaine Cyrot-Buthiau à Pommard : le nez est bien marqué par des notes de fruits rouges très mûrs, la bouche est solidement charpentée mais les tannins sont d’une grande souplesse, la finale est longuement aromatique.
Fleurie Chapelle des Bois 2010 – Domaine de la Grand’Cour à Fleurie : le nez est fin et ouvert sur la prune, la pêche de vigne et la pivoine, la bouche est charnue et joliment acidulée en finale.
Sans sa croûte le Saint Nectaire s’accorde parfaitement avec ces deux vins rouges mais face au tonitruant Epoisses, le pommard tient en début de relation mais se trouve écrasé en finale par les puissants arômes du fromage. Le Fleurie résiste un peu mieux grâce à sa finale plus acide mais on n’ira pas jusqu’à parler de mariage réussi.
Ceci dit, voilà deux cuvées particulièrement intéressantes qui se sont goûtées superbement ce soir…mais toutes seules.

 

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4. Comté

Vin de Savoie Les Alpes 2010 – Domaine Belluard à Ayse : le nez est d’une grande élégance avec des notes florales et finement briochées, la bouche est avenante, très bien équilibrée et la finale est longue et bien fraîche.
Château Châlon En Beaumont 1997 – Domaine Grand à Passenans : le nez est très intense et bien typé sur la noix fraîche et les épices, la bouche est extrêmement puissante, il y a du volume, de l’onctuosité et une finale très longue.
Issu du cépage gringuet, le vin des Belluard fut pour moi la révélation de la soirée en offrant une alternative de très belle facture au majestueux Château Châlon face au comté. Bien évidemment, le mariage régional entre le vin jaune et le fromage s’est montré à la hauteur des attentes : simplement parfait.
Mais pour les papilles rétives à la force aromatique du cru jurassien le blanc savoyard s’est montré tout à fait convaincant.
Les deux vins et le comté se rencontrent et s’épanouissent mutuellement. Superbe !


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5. Roquefort

Banyuls Rimage muté sur grains mise précoce 2006 – Cornet et Cie – Cave de l’abbé Rous à Banyuls : le nez est expressif avec un registre très flatteur où les notes de cerise noire et d’amande font penser à l’amaretto, la bouche est vineuse avec une trame tannique assez présente et une finale fruité et finement  cacaotée.
Château Filhot 2009 - Sauternes : le nez est ouvert, épanoui et complexe sur l’ananas rôti, la vanille et les épices, la bouche est onctueuse avec un gras très distingué, un équilibre sans lourdeur aucune et une finale d’une très grande longueur aromatique.
Malgré des effluves fromagères très intenses libérées par ce roquefort, particulièrement affiné, les deux vins ont tenu sans faillir : avec le Rimage ce fut un mariage évident, avec Sauternes aussi, mais ce dernier s’est offert le luxe de dominer le fromage par sa puissance aromatique…Bluffant !

 

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6. Cheddar

Ce cru fromager d’Outre-Manche fut un invité surprise délicieux qui a épaté l’assemblée par ses qualité gastronomiques et par la facilité avec laquelle il s’est accordé avec les vins de la soirée. Thanks a lot Jamie !
 


Pour conclure :

- cette soirée de reprise fut une vraie réussite puisqu’elle nous a permis de vivre un beau moment de convivialité tout en testant quelques associations fromago-viniques intéressantes.

- pour moi, le plus beau mariage fut réalisé par le couple Roquefort-Banyuls Rimage et le plus surprenant fut réalisé par le couple Crottin-Muscat…à croire que ce cépage alsacien (qui sera en vedette dans notre prochaine réunion AOC) possède une polyvalence gastronomique dont on n’a pas encore mesuré l’étendue.

-le vin qui m’a vraiment scotché par sa puissance et sa complexité fut le Château Filhot…et pourtant je ne suis pas un grand fan des liquoreux, c’est dire !

- le cheddar et sa propension à s’accorder avec beaucoup de vins m’a donné l’idée d’une nouvelle expérience : tester un ou deux fromages sur une douzaine de vins ce qui permettrait de comparer vraiment la qualité des associations gustatives…et peut-être de faire quelques découvertes. A voir…

- en tous cas, mille mercis aux organisateurs de nous avoir concocté cette belle séance de reprise.

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 11:43

 
Notre ami Martial, membre émérite du club A.O.C. a choisi le jour de sa fête pour convoler en justes noces avec sa bien-aimée.
Après la cérémonie officielle à la mairie de Brumath menée par un adjoint au Maire avec un sens de l’humour et de la répartie particulièrement aiguisé, nous nous sommes retrouvés dans une salle décorée avec un grand souci du détail sur le thème du rouge et noir.

 

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Beau travail de déco…


 

CIMG4237Même le buffet apéritif était dans le thème.

 

 

Ce souci du détail a bien évidemment dirigé le choix des vins qui allaient accompagner ces différents buffets. Il fallait trouver des cuvées susceptibles de flatter des palais très diversifiés allant de ceux bien éduqués des connaisseurs du club A.O.C. à ceux un peu plus frustes des autres convives moins intéressés par la chose vinique mais au courant de la passion œnophile de Martial…autant dire que tout le monde attendait le jeune marié au tournant…

 

 

Pour l’apéritif le choix fut facile : une branche de la famille de la mariée ayant quelques racines en champagne c’est donc avec des bulles que s’ouvrira la fête.
Brut Tradition Premier Cru – Champion-Rifflard à Vertus : l’aromatique est classique mais d’une grande finesse avec des notes de beurre frais et de cake au citron, en bouche la bulle est fine et vive mais la mousse ne se fait pas envahissante, l’équilibre reste bien frais et la finale longue et digeste laisse le palais frais et dispos pour la suite…

 

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Sous le soleil de cette fin de mois de juin, ce champagne premier cru issu d’un assemblage de chardonnay et de pinot noir, très raffiné mais particulièrement désaltérant fut une véritable bénédiction…et il a fallu faire preuve de continence pour ne pas tomber dans l’abus et risquer de rater la suite des évènements…


Pour le repas il a fallu faire quelques essais pour trouver les vins qui allaient se laisser approcher facilement par le profane tout en gardant une personnalité assez typée pour interpeller les amateurs plus éclairés…une forme de quadrature du cercle que nous avons essayé de résoudre avec quelques membres du club A.O.C. lors du Salon des Vignerons Indépendants de Strasbourg.

Le choix vin blanc ce fut assez facile : le riesling 2009 du domaine de l’Oriel s’est imposé comme une évidence. Avec sa palette aromatique bien mûre, gourmande mais complexe et sa structure en bouche où le côté rond et juteux était contrebalancé par une salinité fine et très profonde, ce vin a parfaitement répondu aux attentes et fut largement plébiscité.

 

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Provenant en grande partie de jeunes vignes sur le Sommerberg ce riesling flatteur mais digeste a séduit les convives. Avec un buffet d’entrée très marin il s’est montré bien à son aise sur des préparations de crustacés et de Saint Jacques un peu exotiques mais a beaucoup souffert face au saumon et au flétan.

 

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Le choix du vin rouge fut un peu plus complexe mais après pas mal d’essais nous Martial s’est fixé sur le Cairanne Cuvée Vieilles Vignes 2008 du domaine des Hautes Cances : le nez complexe et très pénétrant est marqué par le noir (mûre, myrtille, réglisse), la bouche possède une matière fruitée très juteuse et une trame tannique assez dense mais bien mûre qui confère un côté velouté au toucher, la finale est fraîche et finement boisée.

 

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Avec son côté flatteur et particulièrement gourmand et sa palette aromatique tout à fait raccord avec le dress-code de la soirée, ce Cairanne issu d’un assemblage dominé par le grenache (70%) complété par 15% de syrah et 15% de mourvèdre, s’est imposé avec une grande facilité. Face à la galantine de pintade ce vin rouge séduisant mais quand même assez puissant s’est montré un peu dominateur mais l’accord  fonctionné.


Pour conclure :

- Trouver des vins capables de plaire à un public aussi hétérogène que celui d’un banquet de mariage n’est pas chose aisée d’autant plus que, comme je l’ai déjà signalé plus haut, la plupart des convives connaissent la réputation d’œnophile du jeune marié et s’attendaient à une belle sélection de bouteilles.

- Les trois cuvées proposées ont parfaitement rempli leur mission en s’accordant joliment avec les plats proposés et avec l’ambiance festive et détendue de la soirée.

- En plus, si jamais quelques flacons de blanc et de rouge ont survécu à la fête, les jeunes mariés pourront commémorer le jour de leur union durant quelques années car je pense que ce riesling et ce Cairanne possèdent un réel potentiel de garde.

 

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Vive les mariés !

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 09:18

 

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Cette dernière réunion avant les grandes migrations estivales sera l’occasion de tester une formule inédite jusqu’ici au club A.O.C. puisqu’elle sera consacrée exclusivement à la découverte de la production d’un domaine viticole du Bergeracois : le Château Moulin Caresse qui propose une large gamme de vins de la région avec des blancs secs et moelleux, un rosé et des rouges.

Thème unique  : tendres Caresses de Montravel et d’ailleurs…

La série a été constituée par Martial et Frantz, lors d’une visite organisée au Château Moulin Caresse pendant leur séjour dans le Périgord en avril dernier : des souvenirs de vacances passées pour en préparer de futures…bonne idée non ?

Les vins sont servis bouteilles découvertes, seuls ou 2 par 2.

Verres Spiegelau Expert.


Soirée Club AOC du 15 juin 2012 à La Wantzenau


 

Caresses tricolores du Moulin.

 

 

Cuvée Perle d’Ecume – Brut Méthode Traditionnelle : le nez est agréable avec des notes de froment et de fruits blancs, en bouche la mousse se montre un peu envahissante, la présence aromatique reste très discrète et la finale fraîche et légère donne un caractère assez guilleret à l’ensemble

 

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Issu de cabernet franc et d’ugni blanc ce vin simple et techniquement bien élaboré constitue une mise en condition tout à fait agréable…des bulles festives avec une énergie très juvénile !


Montravel Cuvée Cépages-Sauvignon 2010 : le nez est intense sur la groseille à maquereaux et la feuille de cassis, la bouche est simple et assez légère avec un milieu un peu fluctuant au niveau de la tenue mais une finale qui se montre très franche et bien vive.
Montravel Cuvée Magie d’Automne 2010 : le nez s’ouvre sur une touche un peu lactée avant de livrer de belles notes de fruits blancs et de fumé, la bouche présente un très beau gras et une structure très solide, la finale est nette avec une aromatique bien fruitée et très légèrement marquée par l’élevage.
Montravel Cuvée Cent pour 100 2010 : le nez est fin et raffiné, le fruité est bien net avec une pointe minérale dessinée avec précision, la bouche est ample, le volume est conséquent et un joli gras donne un côté très caressant à la texture, la finale est délicatement anisée et se prolonge avec de beaux amers.

 

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Issu d’un assemblage dominée par le sauvignon (60%, complété par 10% de sémillon et 30% de sauvignon gris) la cuvée « Cépages » est un peu simple mais séduit par sa franchise aromatique et sa nervosité très guillerette. Avec un assemblage plus équilibré et un élevage plus travaillé « Magie d’Automne » est aujourd’hui le vin le plus séduisant du trio (70% de sauvignon, 15% de sémillon et 15% de muscadelle, vinifié et élevé en fûts). La cuvée « Cent pour 100 » est un vin abouti et racé qui garde encore un peu de mystère ce soir mais dont le potentiel d’évolution est vraiment assuré (80% de muscadelle et 20% de sauvignon vinifié et élevé en fûts). En tous cas cette triplette blanche du domaine Moulin Caresse se déguste avec beaucoup de plaisir !

 

 

Bergerac rosé Cuvée Cépages-Cabernet Sauvignon 2010 : le nez est très flatteur avec des notes de fruits rouges (fraise des bois) et de fleurs, en bouche l’ensemble se montre aérien et très gourmand sur un registre fruité très agréable.

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Issu de cabernet sauvignon ce rosé croquant et frais possède une structure souple et déliée qui lui donne un côté amical et plaisant…voilà une belle bouteille qui trouvera une place de choix sur les tables estivales.


Bergerac rouge Cuvée Cépages-Merlot 2010 : le nez est agréable et frais sur les fruits noirs (mûre) avec une petite pointe fumée, la bouche se trouve dans la même ligne avec de la souplesse et de la fraîcheur, la finale est marquée par une légère amertume.
Bergerac rouge Cuvée Magie d’Automne 2008 : le nez est plus complexe avec ces arômes fruités (cerise, mûre), épicés et une fine touche boisée, la bouche est ronde, joliment balancée avec une finale assez longue mais un peu asséchante.
La première cuvée propose une expression simple et gourmande de ce cépage bordelais, la seconde qui est issue d’un assemblage (50% de merlot, 20% de cabernet sauvignon, 20% de cabernet franc et 10% de malbec) se montre plus complexe et plus complet avec un style très bordelais.

Montravel Cuvée Cent pour 100 2008 : le nez est complexe et ouvert sur la croûte de pain grillée, le cassis et l’orange sanguine, la bouche est riche, ample avec une matière juteuse soutenue par une fine trame tannique, la finale est longue et aromatique.
Montravel Cuvée Cent pour 100 2004 : le nez plus évolué associe des notes tertiaires avec un fond de fruits noirs, après une attaque assez souple, une trame tannique puissante et assez astringente s’impose pour donner à l’ensemble un côté très austère.
Avec un assemblage proche de celui de la cuvée Magie d’Automne mais issue des meilleurs terroirs du domaine, cette cuvée cent pour 100 est le grand vin du domaine. Sur 2008, on retrouve un vin complet au fruité expressif et à la structure puissante et racée (dans la série « mariages étonnants » ce vin a fait merveille récemment sur un pavé de saumon grillé), sur 2004, le vin est nettement moins flatteur…maturité limite et apogée surement dépassé.

 

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Montravel Cuvée Cœur de Roche 2009 : le nez est classieux avec des notes de fruits noirs confits et une fine touche vanillée, la bouche est sphérique avec une matière ample et veloutée, une mâche serrée mais très gourmande et une finale profonde et longuement aromatique où on sent une petite pointe de chaleur.

 

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Après le grand vin du domaine voici le cru d’exception : une cuvée qui n’est produite que dans des années exceptionnelles à partir d’un tri des meilleurs raisins sur les plus belles parcelles, vinifiés et élevés dans des barriques de 400 litres.
Cœur de Roche est un vin concentré et puissant (15°5 au compteur…) qui s’apprécie déjà bien aujourd’hui mais qui gagnera encore en distinction après quelques années de garde.


Haut Montravel Cuvée Cépages-Sémillon 2010 : le nez est frais et flatteur sur les fruits à chair blanche et la groseille à maquereau, la bouche et simple, la matière est fluette et l’équilibre légèrement moelleux, la finale est fraîche mais très courte.
Haut Montravel Cuvée Magie d’Automne 2010 : le nez est plus intense avec des notes de fruits mûrs et un boisé perceptible mais très fin, la bouche est très élégante avec un moelleux plus affirmé et une finale bien fraîche et aérienne avec un sillage aromatique qui sauvignonne agréablement.
Haut Montravel Cuvée Cent pour 100 2009 : le nez est fin sur les fruits blancs confits (poire, coing), en bouche le moelleux est présent mais pas dominateur, mais l’ensemble est encore un peu étriqué, la finale est nette, un peu miellée mais relativement courte.

 

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Ces trois cuvées moelleuses laissent une impression d’ensemble un peu mitigée : la première issue principalement de sémillon (90%) et complétée par de la muscadelle possède une aromatique séduisante mais se montre vraiment trop famélique en bouche. Le Haut-Monravel moelleux 2010 est issu d’un assemblage plus complexe (60% de sémillon, 30% de muscadelle et 10% de sauvignon) et se révèle le plus abouti des 3, sans toutefois atteindre le niveau général des vins secs du domaine. La cuvée liquoreuse 2009 issue d’un assemblage à parts égales de sémillon, de sauvignon et de muscadelle s’est goûtée assez difficilement ce soir et a constitué la seule déception de la série…Dommage !
 

 

Pour conclure :

- Cette première expérience de visite approfondie d’un domaine fut unanimement appréciée par le groupe de dégustateurs présents lors de cette réunion du club A.O.C. Il faut dire qu’avec sa gamme de vins très diversifiée le Château Moulin Caresse constituait un thème d’étude idéal.
Merci à Frantz et à Martial d’avoir « sacrifié » une demi-journée de leurs vacances de printemps pour nous préparer cette belle soirée.

- Implanté depuis le milieu du XVIII° siècle au cœur de l’aire d’appellation Montravel, le Château Moulin Caresse est dirigé aujourd’hui par Jean-François Defarge et sa famille. Les 52 hectares de vignes du domaine se partagent entre coteaux argilo-calcaires et plateau plus sablonneux de boulbènes ; les coteaux sont des terroirs de prédilection pour vins rouges alors que le plateau est réservé aux blancs.
Avec des citations multiples dans tous les guides (Hachette, Bettane, RVF, Gault et Millau…) le Château Moulin Caresse est reconnu de façon presque unanime comme l’une des exploitations les plus performantes de la région.


- La qualité générale des vins dégustés témoigne d’une grande rigueur dans le travail à la vigne et en cave. Les blancs secs s’expriment avec beaucoup de franchise et d’énergie, les rouges nous ont régalés par leur fruité très gourmand et leur texture soyeuse et élégante en bouche, seuls les moelleux et liquoreux ont un peu déçu : la distorsion entre leurs palettes aromatiques flatteuses et leur présence en bouche vraiment trop simple était trop grande.


- Pour le coup de cœur, le Montravel rouge « Cent pour 100 » s’impose tout naturellement comme premier choix : c’est un pur bonheur…en plus avec un prix de vente entre 10 et 15 euros le rapport Q/P est vraiment exceptionnel. « Magie d’Automne » blanc 2010 mérite amplement sa place sur le podium : peut-être encore un poil trop jeune mais extrêmement prometteur voilà un vin pour lequel je serrerai volontiers quelques flûtes alsaciennes pour pouvoir en coincer quelques bouteilles dans ma cave.

 


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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 10:42

 

La 4° réunion annuelle de notre club se propose d’aborder deux thèmes qui ne me tentent pas forcément…mais je ne demande pas mieux que de me faire convertir par les deux séries de vins proposées ce soir.
Allez, j’abandonne tous mes préjugés et je pars à la découverte de ces régions qui, jusqu’à aujourd’hui, ont gardé pas mal de mystères pour moi.
A.O.C. c’est aussi « Amitié-Ouverture-Convivialité » que diable !

- Thème 1 : il paraît qu’il y a de grands blancs en pays bordelais…
- Thème 2 : peut-on atteindre les sommets lorsqu’on vient du Piémont ?

Pour la série bordeaux, Paul, notre ami britannique, a réuni quelques pépites blanches issues de cette région historiquement très lié à son pays…soirée nostalgie pour l’English !
Pour les rouges italiens c’est notre « Flying François » qui a profité d’un séjour aux Etats-Unis pour constituer une série représentative de cette grande région viticole.


Les vins des deux séries sont servis à l’aveugle, seuls ou 2 par 2.

Verres INAO.

Soirée Club AOC du  mai 2012 à La Wantzenau


Thème 1 : les grands blancs de Bordeaux…Myth or Reality ?

 


Château de Chantegrive Cuvée Caroline 2010 : le nez est vif et fringant sur les fleurs et la pêche blanche, la bouche est bien grasse avec un joli volume et une légère amertume qui s’invite en finale en compagnie de quelques notes de groseille blanche.
Château Pont de Brion 2010 : le nez très discret à l’ouverture demande une longue aération pour exprimer sa palette complexe sur la pêche blanche, la résine et l’ananas frais, en bouche l’attaque est pointue, la structure ample et révèle progressivement un très beau fruit, la finale épicée et finement boisée persiste longuement.
La série commence par deux blancs d’appellation « Graves » très plaisants : le premier issu de vignes trentenaires sur terroir sablo-argilo-calcaire est composé à parts égales de sémillon et de sauvignon et a été élevé durant 9 mois en fûts neufs, le second issu d’une vigne plus âgée (45 ans) sur un terroir sablo-argilo-graveleux est dominé par le sémillon (65%).
« Caroline » procure un plaisir simple et très immédiat, « Pont de Brion » demande un peu de patience pour montrer sa très belle personnalité…nous commençons cette dégustation par deux vins particulièrement séduisants et accessibles avec un rapport Q/P très avantageux.

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Château Larrivet Haut-Brion 2007 : le nez est intense sur la groseille à maquereaux, les fleurs blanches et les écorces d’agrumes, la bouche fraîche et élégante s’épanouit sur une palette longue et complexe où on reconnaît des notes de fruits blancs, de zestes et de citron mûr.
Château Carbonnieux 2006 : à l’ouverture, le nez est dominé par une forte marque oxydative mais la palette s’affine progressivement pour laisser apparaître de belles notes de fruits jaunes mûrs, de grillé, de pralin et de miel, la bouche possède une chair un peu molle avec un équilibre assez lourd, la finale livre des arômes de fruits secs.
La première paire d’appellation « Pessac Léognan » est très contrastée : l’un est d’une grande pureté et d’un très haut niveau qualitatif mais l’autre se montre très décevant, touché par une oxydation prématurée qui perturbe fortement dégustation.
Acheté sur un linéaire de GD le Carbonnieux est visiblement très fatigué mais le Larrivet est vraiment magnifique : une belle définition aromatique sans trace d’élevage (100% bois neuf pourtant…) et une structure volumineuse mais très fraîche en bouche.

 

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Domaine de la Solitude 2005 : le nez est très douteux avec des notes liégeuses qui couvrent les arômes de miel et de fruits blancs, la bouche est droite mais le défaut constaté au nez s’impose complètement en polluant définitivement l’ensemble.
Y du Château d’Yquem 2005 : le nez est fin, complexe et très raffiné avec une palette qui développe des arômes de craie, de fruits jaunes mûrs et de fleurs blanches, la matière en bouche est riche avec un toucher très gras et un équilibre qui semble légèrement moelleux, la finale est très longue et toujours bien complexe avec une pointe vanillée très agréable.
Comme prévu Y s’impose de façon magistrale comme le grand vin de la série avec son élégance et sa tenue très aristocratique. Rien à redire, la « star » tient son rang, ceci dit, à l’annonce du prix pour cette bouteille (200 et plus actuellement) l’enthousiasme général à considérablement baissé. Certes lorsqu’on s’approche du saint des saint bordelais il ne faut plus réfléchir en terme que qualité/prix ou de prix/plaisir, mais quand même…
Avec le blanc du Domaine de la Solitude (dirigé par la famille Bernard qui dirige aussi le Domaine de Chevalier) il y a eu un réel souci : les deux bouteilles ouvertes présentaient le même défaut : un liège perceptible au nez et en bouche.
Problème, les bouteilles étaient bouchées au « Nomacorc »…Mystère ou (probablement) contamination au TCA.
J’ai soumis la question au domaine de la Solitude ; trois semaines ont passé et j’attends toujours une réponse…j’ai comme l’impression qu’elle ne viendra jamais !

 

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Domaine de Chevalier 1983 : le nez est discret mais d’une belle fraîcheur, on y décèle des notes d’herbes aromatiques et une minéralité très expressive, la bouche est volumineuse mais sa vivacité lui laisse un côté très fringant, la rétro-olfaction révèle des nuances de thé et de craie, la finale est longue et d’une incroyable fraîcheur.
Tel Saint Georges face au dragon ce Chevalier vient de terrasser un Y pourtant somptueux. Quelle jeunesse, quelle beauté !
On en oublierait presque que Solitude 2005 a été conçu sous la même égide que ce vin…


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Pour conclure :

- Comme beaucoup de citoyens de sa gracieuse majesté, notre ami Paul a gardé un amour particulier pour les vins de cette région bordelaise que leur royaume insulaire a possédé dans le temps. Il suggère régulièrement des visites gustatives dans ce vignoble et nous concocte des séries qui nous emmènent vers des vins que je ne goûte plus aussi souvent qu’au début de ma longue carrière d’ivrogne…Thank you very much !

- Dans cette série les très belles surprises ont côtoyé les déceptions mais les ratages (que j’ai fourni personnellement d’ailleurs…) ne doivent pas faire oublier les réussites vraiment magnifiques qui prouvent que le bordelais est aussi une belle terre à blancs
Lorsque le sémillon partage l’encépagement avec le sauvignon on obtient très souvent des cuvées qui se dégustent remarquablement bien : l’aromatique est fine et complexe et la bouche parfaitement équilibrée et d’une grande suavité nous rappelle que les bordelais possèdent une vraie maîtrise dans l’élevage de leurs vins.
Reste hélas le problème de surévaluation tarifaire un peu endémique dans cette région…dommage !

- Pour le coup de cœur, Chevalier 1983 s’impose tout naturellement et restera dans le « top ten » des grands vins bus cette année au club…hélas, pour en mettre en cave il faudra lâcher plus de 100 euros la quille, ça fait réfléchir ! Pont de Brion 2010, très réservé le soir mais qui s’est montré beaucoup plus épanoui le lendemain est sans aucun doute et de loin le meilleur rapport Q/P de la série (11,50 euros au domaine).
 

 

 

 

Thème 2 : ma que bella Italia…

 

 

 

Dolcetto di Diano d’Alba 2008 – S. Farina à Diano d’Alba : le nez est expressif avec un registre très flatteur sur les fruits rouges et la pivoine, la bouche est ronde et gourmande et, malgré une finale un peu courte, l’ensemble reste très plaisant.
La série commence par une vraie bonne surprise : issu du cépage dolcetto sur un terroir argilo-calcaire, ce vin rouge juteux et fruité possède un charme simple et direct. MIAM !

 

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Baccanera-Langhe Rosso 2006 – Cascina Lo Zoccolaïolo à Barolo : nez est expressif sur les fruits rouges mûrs (framboise, cerise) avec une touche un peu champignonnée, la bouche est ample et charnue, la palette reste fruitée mais des notes de sous-bois refont leur apparition en finale.
Gavarini-Langhe Rosso 2009 – Elio Grasso à Monforte d’Alba : le nez est intense et bien franc sur la cerise très mûre et le noyau, la bouche est simple mais assez bien équilibrée ; même si l’alcool marque un peu le milieu, la finale est rafraîchie par une belle acidité et une fine présence tannique.
Issus du terroir de Barolo mais provenant de coteaux non-classés dans cette appellation ces deux rouges ont des identités très différentes : Baccanera est un assemblage de barbera, cabernet et nébiolo qui possède un équilibre très gourmand malgré un marquage « champignonesque » un peu douteux, Gavarini est une cuvée100% de nebiolo qui n’est pas encore tout à fait en place mais qui affirme un beau potentiel.


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Carema Classico 2007 – Cantina del Produttori à Nebiolo di Carema : le nez s’ouvre avec des notes de torréfaction et de terre humide avant de partir sur un registre plus fruité marqué par la griotte, la bouche est très joliment balancée avec un équilibre très dynamique entre une chair gourmande et une belle fraîcheur acidulée, en finale le retour aromatique est très long.
Carema Riserva 2003 – Cantina del Produttori à Nebiolo di Carema : le nez s’ouvre sur un registre tertiaire très évolué (notes animales), après oxygénation un fruité agréable se manifeste (cerise rouge et noyau de cerise), la bouche est bien équilibrée, la matière est juteuse avec un toucher est très agréable, la finale souffre d’une présence alcoolique et tannique dont la virulence donne une impression de sécheresse peu avenante.
Ces deux vins de coopérative 100% nebiolo sont très différents mais somme toute assez plaisants : la cuvée classique 2007 est a maturité et se goûte avec facilité et plaisir aujourd’hui, la cuvée réserve 2003 affirme sa classe à travers une palette aromatique complexe à souhait mais déçoit en bouche par son côté un peu excessif.

 

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Barbaresco Ovello 2006 – Cantina del Pino à Barbaresco : le nez est intense sur le caramel, l’amande douce et la cerise, en bouche la chair est veloutée et l’aromatique devient plus intense, la finale marquée par des tanins virulents et une présence alcoolique très puissante laisse une impression de chaleur et de sécheresse.
Barolo 2004 – Eraldo Viberti à La Morra : le nez est puissant avec des notes de fruits rouges et d’épices mais aussi une touche alcoolique assez prononcée, la bouche est sphérique et très massive, la finale possède une longueur aromatique considérable mais souffre d’une présence tannique excessive qui rend l’ensemble sec et austère.
Ces deux vins 100% nebiolo, issus des terroirs prestigieux du Piémont flattent les sens par des palettes aromatiques nobles et complexes et par une présence intense et veloutée en bouche…s’il n’y avait pas eu ces finales excessives, j’aurai volontiers accordé un plébiscite à ces deux bouteilles.

 

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Pour conclure :

- Cette série somme toute assez plaisante nous a permis de découvrir quelques une des multiples facettes de cette région viticole. En jouant sur l’altitude des parcelles, les vignerons piémontais arrivent à contrôler les excès de maturité et produisent des vins somme toute assez bien équilibrés. Les cuvées d’entrée de gamme ou de gamme intermédiaire possèdent de réels atouts pour séduire l’amateur : fruitées, gourmandes et digestes, elles offrent en plus un rapport Q/P vraiment intéressant.
Je serai beaucoup plus réservé sur les vins plus prestigieux dont le caractère excessif me dérange toujours un peu : les matières concentrées et très extraites ont une virulence tannique dont j’ai du mal à croire qu’elle se patinera avec le temps…et les prix vraiment très élevés à mon sens ne m’encourageront pas forcément à passer les Alpes pour enrichir ma collection de bouteilles…

-Comme coup de cœur, je choisirai sans hésiter le Carema Classico 2007 de la Coopérative de Nebiolo di Carema, un vin séduisant, frais et facile d’accès avec un prix tout à fait cohérent (autour de 10 euros)…une belle découverte !
Si j’avais besoin de compléter ma cave en vin de garde (mais ce n’est pas trop le cas en ce moment…) je n’hésiterai pas à acquérir quelques Langhe rosso 2009 de Grasso, pour leur potentiel évident et leur rapport Q/P encore acceptable (autour de 20 euros quand même…)

- En tous cas, merci à François d’essayer sans relâche d’ouvrir l’esprit à vieil œnophile bougon et chauvin comme moi.

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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