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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 10:23

 
Cette Masterclass Alsace que Thierry a programmé en plein mois d’août retrouve ses locaux habituels dans l’espace dégustation de la maison Wolfberger à Colmar.
Au dehors, la chaleur est écrasante, mais fort heureusement la salle est climatisée et les bouteilles de blanc sont bien fraîches…tout est prêt pour aborder dans les meilleures conditions les deux thèmes d’étude choisis pour cette session :

- Y-a-t’il un lien de dépendance entre terroir et concentration ?
- 9 vins pour revenir sur le millésime 2000.

Le premier thème nous permettra de comparer des vins issus du même millésime mais de terroirs différents : nous dégusterons 5 paires de vins issus des millésimes 2010, 2005, 2002 et 2000 en essayant de détecter lequel provient de l’origine la plus noble.

Le second thème nous fera remonter au début de notre siècle avec une série de 9 flacons qui nous permettrons de situer le niveau de quelques belles quilles alsaciennes après plus de 10 ans de garde.


Masterclass Alsace du 18 août 2012 à Colmar

 

Les bouteilles sont dégustées et commentées à l’aveugle, mais pour faciliter la comparaison, le millésime des vins de la première série est annoncé  – verres INAO.



Thème 1 : terroir et concentration.

 

Riesling Clos de la Folie Marco 2010 – Domaine Hering à Barr : le nez est léger et plaisant avec des notes de poire et de mirabelle, en bouche la structure est assez ondulante avec un côté très aérien, mais la finale est nette et assez nerveuse.
Riesling G.C. Schlossberg 2010 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est franc et intense sur les agrumes mûrs (orange, pomelo), la bouche possède une matière riche, l’acidité très longue donne une grande profondeur à la structure, la finale déjà bien longue continue de livrer des arômes d’agrumes.
Voilà un premier couple qui pose le problème avec beaucoup d’à propos : d’un côté un riesling subtil et presque un peu atypique (même si je l’ai trouvé un peu moins tonique que lors d’une précédente dégustation), de l’autre un monstre de puissance avec une aromatique très monolithique.
Difficile de ne pas reconnaître la différence de concentration entre ces deux cuvées mais le Schlossberg reste encore dominé par la marque du cépage. Ce grand terroir granitique aura besoin de quelques années de garde pour exprimer le message du terroir, le Clos de la Folie Marco situé au bas du Grand Cru Kirchberg montre une olfaction déjà plus affinée mais un niveau de concentration bien inférieur.

 

Copie de p 003

 

Sylvaner 2005 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est discret avec un registre très empyreumatique (fumée, conduit de cheminée), en bouche la matière est pure, la structure est bien construite et la finale est assez longue et légèrement poivrée.
Sylvaner Mittelbergheim 2005 – Domaine A. Seltz à Mittelbergheim : le nez est très discret avec des notes d’abricot confit et de fleurs, la bouche est rondouillarde, presque un peu lourde, la finales est un peu courte.
Verdict mitigé pour ces deux vins avec un premier à l’aromatique peu avenante mais montrant une très belle tenue en bouche, le second, très flatteur au nez semble particulièrement fatigué… Le terroir de galets roulés du Clos de Capucins donne davantage de structure à ce cépage que les coteaux marno-calcaires de Mittelbergheim…mais il me semble que ces deux vins ont dépassé leur apogée depuis quelques temps.


p 003

 

 
Riesling Schenkenberg-Vieilles Vignes 2002 – Domaine Seilly à Obernai : le nez est plaisant et complexe sur le miel, la résine et les fruits blancs très mûrs, la bouche est ronde mais avec une structure un peu chancelante et une finale bien courte.
Riesling G.C. Geisberg 2002 – Domaine Kientzler à Ribeauvillé : le nez est vif et précis sur les zestes d’agrumes avec une délicate touche florale, la bouche est très bien définie, l’acidité assez incisive est contrebalancée par une matière dense, la finale longue et minérale révèle quelques amers très nobles.
Le Grand Cru domine haut la main ce duel très intéressant et d’un beau niveau, sans forcément répondre à notre question : après 10 ans de garde, le style Kientzler marque surement autant ce vin que le terroir marno-calcaire du Grand Cru…mais en tous cas, aujourd’hui c’est une vraie belle quille !

Pinot blanc Zellenberg 2000 – Domaine Tempé à Zellenberg : le nez très discret garde son mystère malgré une aération énergique (crampes au poignet à force de tourner le verre…), la bouche est assez belle avec un beau gras, une matière concentrée et une finale un peu courte qui révèle quelques notes lactiques.
Auxerrois H 2000 – Domaine Josmeyer à Wintzenheim : après une légère touche de réduction, le nez livre quelques belles notes florales, la bouche est nettement plus structurée et plus tendue que celle du vin précédent mais la finale flanche très nettement avec une aromatique un peu douteuse (amertume, liège).
Issu d’une parcelle d’auxerrois située dans la plaine au pied du Mambourg, le vin de Marc Tempé tient encore le coup et domine facilement la fameuse cuvée H récoltée sur le Grand Cru Hengst, visiblement pénalisée par un défaut de bouchage.

Pinot gris Herrenweg-Cuvée Vieilles Vignes 2000 – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est flatteur et gourmand avec un registre un peu « pâtissier » sur l’abricot mûr, le miel et la noisette grillée, la bouche est ample, délicatement moelleuse et la finale assez longue possède un équilibre bien tonique.
Pinot gris G.C. Pfersigberg 2000 – Wolfberger : le nez est agréable sur le miel et les fleurs, la bouche est légère mais la finale très courte avec une amertume assez disgracieuse déçoit un peu.
Avec la dernière paire de protagonistes, le duel est facilement remporté par le Herrenweg : cette cuvée très concentrée (15° et 29g de SR) issue d’un terroir alluvial situé dans la plaine près de Colmar montre encore une très belle présence après 12 ans de garde, face à cette bouteille le Grand Cru fait une bien piètre figure et révèle un état de fatigue avancé.

 

Copie de p 004

 

 
En conclusion :

- Dans cette petite série assez parlante on se rend compte qu’en règle générale, la concentration d’un vin dépend davantage du vigneron que du terroir. Cette composante qui pèse considérablement (à tort ou à raison d’ailleurs… !) sur l’impression de qualité laissée par un vin traduit surtout l’effet de la main de l’homme dans les différentes étapes de l’élaboration de ce vin : conduite de la vigne, maîtrise des rendements, choix de la date des vendanges et pratiques œnologiques en cave.
La signature du terroir se détecte peut-être plus dans la complexité des arômes et de la structure ressentie lors de la dégustation…mais ce critère est sûrement plus difficile à noter, sans compter que certains crus demandent une longue garde avant d’exprimer la marque de leur origine.

- Pour le coup de cœur, je retiendrai sans hésiter le riesling Geisberg 2002 de Kientzler, insolent de jeunesse avec un accessit pour le Schlossberg 2010, massif mais très bien équilibré qui fera surement parler de lui dans quelques années.



Thème 2 : comment vont les 2000 ?


 

Riesling Tradition – Domaine Hugel à Riquewihr : le nez est discret, peu avenant avec des notes bizarres de caoutchouc et une touche végétale, la bouche est assez agréable mais la finale semble douteuse.
Riesling G.C. Frankstein – Domaine Beck-Hartweg à Dambach la Ville : le nez est délicatement miellé mais la bouche est assez insipide un peu aqueuse, la finale est courte et amère.
Ouch !!! Voilà une entame de série qui ne pousse pas forcément à l’optimisme !
Face au Hugel, l’assemblée est partagée : défaut de bouchage pour certains ou grave déficit de maturité pour d’autres…personnellement je penche pour la seconde hypothèse.
Pour le Frankstein, le diagnostic est unanime et sans appel : le vin est définitivement mort !

Riesling G.C.Schoenenbourg – Domaine Dopf au Moulin à Riquewihr : le nez est très élégant avec une palette florale complétée par de délicates notes de citron et d’anis, la bouche possède un équilibre sec mais avec une matière particulièrement suave, l’acidité s’élargit pour donner une belle fraîcheur à la finale.
Riesling Clos Häuserer – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est discret avec un caractère très minéral, des notes de pierre à feu et de fumée se révèlent progressivement après oxygénation, la bouche est concentrée avec une acidité mûre et puissante, la finale très saline laisse une légère impression tannique.
Cette seconde paire de rieslings à de quoi rassurer tout le monde : avec son élégance presque aristocratique le Schoenenbourg est un vrai bonheur, quant au Clos Häuserer (un clos situé sous le G.C. Hengst) sa matière concentrée et sa force minérale m’avaient emmené bien plus au sud, sur les pentes abruptes du Rangen. En tous cas, un superbe binôme avec des personnalités bien différentes mais d’un niveau qualitatif exceptionnel.

p 007

 

Pinot gris Réserve Personnelle – Domaine Trimbach à Ribeauvillé : des notes liégeuses au nez, confirmées en bouche.
Pinot gris G.C. Kitterlé – Domaine Schlumberger à Guebwiller : le nez est expressif sur un registre un peu pâtissier sur le pralin, le citron confit et la pâte de coing, la bouche est généreuse avec du moelleux et un beau gras, le toucher est onctueux et la finale bien nette et finement acidulée livre quelques notes fumées.
Avec une surmaturité évidente tant au nez qu’en bouche ce pinot gris Kitterlé a su garder une certaine élégance dans sa silhouette. Cette cuvée est vraiment une belle réussite…et qui tient encore très bien la route après 12 ans de garde.
Le Trimbach est hélas victime d’un bouchon défectueux.

Gewurztraminer G.C. Wineck-Schlossberg – Domaine V. Spannagel à Katzenthal : le nez allie un registre floral bien complexe et un fruité encore très frais, la bouche est onctueuse et délicatement moelleuse, la finale se prolonge longuement sur des notes d’agrumes et de poivre.
Gewurztraminer Altenbourg-Cuvée Laurence – Domaine Weinbach à Kaysersberg : franchement bouchonné.
Le terroir granitique du Wineck-Schlossberg étant très largement dédié au riesling, j’ai été vraiment étonné de croiser ce gewurztraminer particulièrement réussi : une jolie complexité aromatique et une tenue en bouche d’une grande distinction…Bravo !
Cette cuvée Altenbourg bien flinguée par une déviance liégeuse très prononcée clôt la série des grandes maisons victimes de bouchages défectueux.

Riesling G.C. Kastelberg S.G.N. – Domaine des Marronniers à Andlau : le nez est délicat et complexe sur le miel, les épices et les herbes aromatiques, le toucher de bouche est très velouté mais l’équilibre reste assez tonique, la finale est longue et marquée par un sillage safrané très raffiné .
La palette est riche et racée et la structure en bouche offre une belle sensation d’harmonie et de plénitude…voilà une bien belle bouteille débouchée dans sa phase de pleine maturité. MIAM !

 

p 008

 

En conclusion :

- Comme il fallait s’y attendre 2000 a été le millésime de tous les fantasmes : première année du XXI° siècle pour certains ou dernière du XX° pour d’autres, en tous cas les attentes par rapport à ce millésime étaient considérables…d’autant plus que dans le vignoble bordelais on annonçait une très belle vendange.
En Alsace l’année fut précoce avec un été très mitigé mais un retour durable du soleil en septembre-octobre. Les raisins pour le crémant on été rentrés à partir du 11-septembre et ceux pour les autres vins à partir du 21. Vendangées à partir du 2 octobre les V.T et S.G.N. sont plutôt issues de raisins passerillés, le botrytis s’est développé de façon plus ponctuelle dans certain secteurs du vignoble alsacien.

- Comme nous le montre cette série de 9 vins, 12 ans plus tard les bouteilles de ce millésime historique montrent une qualité assez hétérogène. Le tiers de la série est flingué par un problème de bouchon : manque de chance ou choix d’un bouchon non adapté à une longue garde…avec ce pourcentage de ratés, la question se pose. Mis à part le Frankstein les autres vins se tiennent très bien et se dégustent avec plaisir aujourd’hui. Ceci dit, j’avais quand même l’impression que l’apogée était dépassé pour la plupart des vins…mais je crois qu’avec l’âge j’ai du mal avec les « vieux » !!!!
 

 

- pour le coup de cœur, je choisirai le second couple de rieslings : d’un côté une élégance fragile mais pleine de séduction et de l’autre la force qui impose le respect…deux belles émotions !

- Merci à Thierry de continuer son œuvre pédagogique pour les amateurs de vins d’Alsace…et vivement ma prochaine session !

 

p 009

Le trio victime d’un bouchage défectueux...comme quoi, même les grands ne sont pas épargnés !

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 18:24

 

Le soleil brille sur la capitale alsacienne, les températures sont estivales et le quartier de la cathédrale est envahi de touristes comme en plein mois d’août mais, malgré cette ambiance vacancière, quelques amateurs de vins ont choisi de se retrouver dans la salle de dégustation située à l’étage de la maison Wolfberger de Strasbourg pour suivre une nouvelle leçon de savoir-boire auprès de Thierry Meyer.

 

CIMG4118Effervescence presque estivale dans la rue des Orfèvres à Strasbourg…

 
CIMG4120…où se trouve l’antenne strasbourgeoise de la maison Wolfberger

 

Dans ce nouvel espace, plus petit et un peu moins bien équipé que l’amphithéâtre colmarien, nous ne sommes hélas que 7 dégustateurs présents pour assister à cette Masterclass délocalisée à Strasbourg pour la première fois…et peut-être la dernière, vu le nombre de participants !
 

CIMG4121Elle est pourtant fort accueillante cette salle de dégustation… !

 

 

 

Au programme du jour, deux thèmes très originaux :

·    A quel âge faut-il boire le muscat ?
·    Les vins d’Alsace sont-ils compétitifs dans le monde des vins moelleux français ?

Hoppla jetzt geht’s loos !


Masterclass Alsace du 28 avril 2012 à Strasbourg

Tous les vins sont dégustés et commentés à l’aveugle – verres INAO


Thème 1 : le muscat face au temps.

Muscat Les 3 Demoiselles 2011 – M. Pfister à Dahlenheim : le nez d’intensité moyenne est encore marqué par sa jeunesse avec des notes amyliques (bonbon) et fermentaires (mie de pain), la bouche flatte par sa belle rondeur et son équilibre, la finale manque un peu de profondeur mais possède un petit caractère minéral fort agréable.
Muscat 2010 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est très discret mais d’une grande pureté sur un registre floral assez complexe, la bouche est droite, ample, la finale légèrement amère possède une longueur aromatique intéressante.
Cépage et millésime impriment leur marque sur ces deux muscats forts différents mais très plaisants. Le 2011, tiré sur cuve le matin à Dahlenheim, se montre très prometteur, séduisant malgré son caractère encore très primeur, le 2010 tendu et très pur avec une aromatique bien complexe fait déjà rêver à de beaux accords gastronomiques.

Muscat 2008 – Domaine Schoech à Ammerschwihr : le nez est intense et expressif avec une palette riche sur les herbes aromatiques (estragon), le buis et la feuille de cassis, en bouche, il y a de l’ampleur, une acidité bien large et un joli développement aromatique qui laisse un sillage persistant en finale malgré une matière qui va rapidement perdre sa tenue.
Muscat G.C. Kirchberg de Barr 2008 – Domaine Klipfel à Barr : le nez est plus discret sur un registre floral bien complexe et quelques notes d’agrumes, la bouche est riche et charnue, l’équilibre très rond et la finale qui manque un peu de tonus confirme ce caractère un poil trop mou pour mon goût.
Récolté en grande partie sur le coteau granitique du Sonnnenberg le muscat de Schoech est frais et relativement bien structuré mais le caractère aromatique particulier, qui révèle peut-être une maturité un peu juste, peut surprendre…moi j’ai bien accroché ! A l’inverse le Grand Cru possède une olfaction plus mûre et plus classique mais souffre d’un manque de nervosité en bouche…néanmoins il garde un beau potentiel de séduction.

Muscat Collection 2007 – Domaine Kuentz-Bas à Husseren les Châteaux : le nez est discret avec une palette végétale d’une belle finesse complétée par des notes de citron et un léger grillé, la bouche ample et la matière très souple donnent un aspect très rondouillard au milieu de bouche, la finale est un peu plus nerveuse et d’une jolie longueur, discrètement poivrée et minérale
Muscat Cuvée du Banni 2005 – Domaine Fritsch à Marlenheim : le nez est fin, complexe et très pur, sur la menthe sèche, le citron, les herbes à tisane et le raisin mûr, la bouche est très bien équilibrée, charnue et très gourmande avec une finale longue et aérienne rafraîchie par une délicate touche mentholée.
Les vignes en lyre sur le calcaire du Steinklotz ont permis à Romain Fritsch de réussir un superbe muscat qui aura très bien résisté dans le temps en gagnant en complexité tout en gardant une structure assez solide, le 2007 qui provient d’une parcelle calcaro-gréseuse située au dessus de la limite du Pfersigberg, flatte les sens par son aromatique très pure mais se montre un peu moins « punchy » en bouche, même si les sensations en finale laissent penser qu’il peut encore évoluer.

Muscat Andlau 2003 – Domaine des Marronniers à Andlau : le nez d’intensité moyenne révèle des notes de résine et de raisin sec, la bouche est agréable avec son toucher soyeux, sa matière généreuse et son équilibre étonnant de vivacité, la finale est rafraîchie par des arômes finement mentholés.
Le coté solaire du millésime marque le vin tant au niveau de l’olfaction qu’au niveau de la présence en bouche, mais l’équilibre tient sans faillir…c’est une très belle réussite !

Muscat Herrenweg 2002 – Domaine Zind-Humbrecht à Turkheimn : le nez est moyennement intense avec des notes de tisane et de poivre blanc, la bouche légère et bien équilibrée est fort agréable malgré une finale un peu courte.
Muscat Cuvée Exceptionnelle 2001 – Domaine Bott frères à Ribeauvillé : le nez, sur le raisin sec et l’abricot confit comme la bouche avec sa matière très généreuse révèlent une très belle maturité mais l’ensemble reste fin et équilibré avec une finale légère marquée par des notes de tisane discrètement mentholée.
Ces deux vins qui ont atteint la décennie ont gardé une belle fraîcheur avec la marque du terroir pour le premier (une certaine légèreté due aux sols d’alluvions de la plaine de la Fecht) et l’influence du millésime pour le second (récolté à la limite de le V.T.).

Muscat 1981 – Domaine Klipfel à Barr : le nez est intense et très complexe sur la menthe poivrée, la citronnelle et une touche finement anisée qui rappelle l’estragon, la bouche est en cohérence avec le nez, car après une attaque en douceur la présence aromatique s’affirme progressivement pour finir en beauté sur la menthe et les épices.
Récolté sur le coteau du Freiberg situé dans le prolongement du Kirchberg de Barr, ce muscat trentenaire est somptueux : raffiné, complexe et frais…je vais peut-être revoir ma politique de gestion de cave en commençant à garder quelques flacons de ce cépage !


 

CIMG4126
30 ans séparent la première de la dernière bouteille…


Pour conclure :

- Le muscat est depuis toujours l’un de mes cépages préférés en Alsace ; je l’aime pour ses arômes charmeurs de raisin frais et de fleurs et pour leur silhouette légère et juvénile. Pour moi, c’est avant tout un vin de plaisir simple et immédiat dont je n’ai que très rarement évalué le potentiel de garde. Pourtant, comme nous l’a rappelé Thierry dans son introduction, le muscat sait se tenir dans le temps et évolue en passant par 4 étapes :
=> lors de la première année il se goûte comme un vin primeur présentant un caractère fruité et amylique
=> jusqu’à 3 ans, le fruit s’épanouit et la salinité commence à pointer dans les vins issus de grands terroirs.
=> entre 4 et 10 ans, le fruité devient plus mûr, les notes de tisane font leur apparition et les grands vins de terroir arrivent à pleine maturité.
=> après 10 ans, le fruit s’estompe, les notes de tisane et d’herbes sèches dominent avec l’expressivité des terroirs.
Cette belle série nous a permis de vérifier, verre en main et papilles en éveil, la pertinence de ces allégations…Superbe leçon !


- Néanmoins, malgré la claque reçue en buvant le 81, mon goût personnel reste en faveur des vins jeunes : même si je suis très sensible à l’élégance des palettes aromatiques des muscats évolués, je suis moins convaincu face à leur présence en bouche qui a quand même tendance à s’étioler dans le temps. Certes tous les vins présentés dans cette série se tenaient tous très bien, mais dès les cuvées du millésime 2008 je n’ai pas pu m’empêcher de penser que j’aurais surement eu encore plus de plaisir à les boire quelques années plus tôt…


- Pour les coups de cœur c’est le grand écart : le muscat 3 Demoiselles 2011 a montré un profil conforme à mes attentes face à ce cépage (le 2010 dégusté récemment était également superbe !) mais à l’autre bout de la série il y a l’incroyable 1981 dont la finesse et la jeunesse m’ont bouleversé…Dilemme !


Thème 2 : les alsaces moelleux sont-ils de bonnes affaires pour l’amateur ?


Sainte Croix du Mont 2010 – Pierre Chanau (Auchan) : le nez est assez agréable avec des notes de tabac brun, de fruits jaunes mûrs et de pain grillé, la bouche est moelleuse, facile d’accès mais la finale est bien courte.
Coteaux du Layon Elysis 2010 – Caves de la Loire à Brassac : le nez est assez plaisant sur le miel et le champignon blanc, la bouche est très dissociée avec un côté acidulé et un côté moelleux qui cohabitent sans grande harmonie.
La série ne commence pas trop mal avec un premier moelleux honnête au charme consensuel mais superficiel, hélas, avec la seconde bouteille c’est un peu la punition…un vin brouillon sans intérêt.

Gewurztraminer 2010 – H. Eberhard négociant à Ammerschwihr pour Leclerc : le nez est complexe et fin sur la rose, la violette et le bois de réglisse, l’équilibre moelleux/acidité ne manque pas d’élégance, la finale séduit par sa belle fraîcheur mais déçoit un peu par sa faible longueur.
Château Valentin - Loupiac 2007 – Caves de Loze à Gabarnac : bouchonné, imbuvable.
Ne cherchez pas le domaine Rebmann (qui se traduit par « homme des vignes ») en Alsace, à l’instar du « grand » Pierre Chanau qui fournit des vins à Auchan, c’est également un vigneron virtuel crée par Leclerc. Malgré tout, il faut reconnaître que ce gewurztraminer bien typé et joliment balancé se déguste avec beaucoup de plaisir…avec un peu de profondeur en plus, il pourrait revendiquer une place parmi les beaux vins d’Alsace.

Blanc moelleux du Comté Tolosan – S.A. Trilles à Maureilhan : le nez assez franc est dominé par des notes de sauvignon, en bouche c’est Trafalgar : complètement dissocié, rachitique et aqueux en finale…reste une vague impression sucrée, mais c’est une bien maigre consolation !
Pinot Gris V.T. 2007 – Domaine Eblin-Fuchs à Zellenberg : le nez est discret sur les fruits jaunes avec une petite touche lactée, en bouche l’équilibre est rond, confortable et très consensuel, la finale marquée par des notes de caramel manqque un peu de longueur.
Inutile de s’étendre sur le cas du premier vin, un breuvage tout bonnement indigne qui nous a fait apprécier le second avec une certaine indulgence… Ceci dit, ce pinot gris, vinifié avec le souci de plaire au plus grand nombre, reste à un niveau de qualité tout à fait honorable.
 

 

Fonduroc - Côtes de Bergerac moelleux 2007 – U.C.V.D.A.F. : bouchonné, imbuvable.
Gewurztraminer V.T. 2009 – Bestheim : le nez est net mais assez discret avec des notes de fruits secs, de grillé et de fleurs, la bouche est onctueuse, l’équilibre est franchement liquoreux et la finale assez longue révèle de délicates nuances fumées et poivrées.
Après un deuxième bouchon défectueux sur cette série (ça commence à faire beaucoup !), cette bouteille de gewurztraminer nous propose une version classique mais bien séduisante de ce cépage en surmaturité…ouf, on commençait à désespérer !

Gewurztraminer V.T. 2005 – Cave Viticole de Turkheim : le nez est ouvert et très complexe avec une palette florale (lavande, rose) et exotique, la bouche est ample, moelleuse et solidement structurée avec un agréable goût de raisin sec, la finale est pure mais de longueur moyenne.
Enfin un moelleux complet et complexe à souhait…mais placé hors concours à la fin cette série somme toute un peu tristounette…une récompense bien méritée pour les dégustateurs du jour qui ont bien voulu se prêter à ce jeu de comparaison mettant en compétition des bouteilles d’un niveau qualitatif d’une faiblesse inhabituelle dans les sélections de l’Oenothèque


 

CIMG4129
Les sucrettes assez tristounettes…



Pour conclure :

- L’étalonnage du goût est un exercice parfois ingrat pour un dégustateur amateur. Cette série de bouteilles que Thierry a volontairement collectées dans la grande distribution avait comme objectif de situer les moelleux alsaciens dans l’offre française d’entrée de gamme : j’ai joué le jeu en classant tous les vins à l’aveugle.
    
1 : Gewurztraminer 2010 - 5,45 euros     
2 : Gewurztraminer VT 2009 - 17 euros    
3 : Sainte Croix du Mont 2010 - 4,59 euros    
4 : Pinot Gris VT 2007 - 16,15 euros    
5 : Coteaux du Layon 2010 - 6,79 euros     
6 : Blanc du Comté Tolosan - 1,49 euros     
Non évaluables : Loupiac 2007 -  4,11 euros (50 cl) et Côtes de Bergerac 2007 - 2,43 euros    

- L’analyse de ce petit tableau fait apparaître quelques évidences :
=> les moelleux alsaciens s’en sortent très bien en se classant au sommet de la hiérarchie (classement largement partagé par l’ensemble des dégustateurs présents) d’autant plus qu’il y a un réel fossé qualitatif entre le 4° et le 5° vin.
=> les moelleux alsaciens d’entrée de gamme sont chers : on ne trouve aucune bouteille libellée V.T. en dessous de 15 euros les 75 cl.
=> en terme de rapport Q/P, c’est le gewurztraminer 2010 qui remporte la palme suivi par le surprenant Sainte Croix du Mont qui, malgré sa simplicité, offre la possibilité d’entrer dans l’univers des vins moelleux à peu de frais.

- Ceci dit, comme tout œnophile convaincu qu’il vaut mieux boire moins et boire bien, je militerai évidemment en faveur de l’achat de V.T. alsaciennes…
à bon entendeur !

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 15:57

 

 

LE HOMARD DANS TOUS SES ETATS
DÎNER AU RESTAURANT « LA VIGNETTE »



Organisé pour la deuxième année consécutive par Thierry Meyer ce repas autour du homard s’est déroulé au restaurant « La Vignette » à Strasbourg-Koenigshoffen (à ne pas confondre avec son homonyme – fort recommandable d’ailleurs – qui se trouve à Strasbourg-Robertsau).
Le menu qui proposait 3 plats mettant en valeur ce prestigieux crustacé a permis à une joyeuse tablée de becs fins de déguster quelques belles quilles sorties de leur caves personnelles.

 


Plat 1 : Bisque de homard – Chantilly de cerfeuil tubéreux et croûtons persillés


p 002  


Pour accompagner :

Savennières Roche aux Moines 2009 – Domaine Pierre Bise : ce vin fin et complexe flatte l’olfaction avec des arômes de miel, de fleurs et de coing frais. En bouche il se révèle très droit, presque austère, avec une structure alliant gras et salinité et une acidité vive qui monopolise la finale.
Gewurztraminer G.C. Rangen-Clos Saint Urbain 1990 – Domaine Zind-Humbrecht : ce vin raffiné possède une palette complexe sur les fleurs (rose, lilas, guimauve…) et le truffe, en bouche il se caractérise par du gras, un léger moelleux et une puissante minéralité, le volume et la longueur sont impressionnantes.
Chablis 1°Cru Mont de Milieu 1979 – Domaine Albert Pic : le nez est bien typé avec des notes de mie de pain et une minéralité très présente (craie humide), la bouche est encore vive et tendue, la finale discrètement iodée révèle malheureusement quelques notes liégeuses.
La bisque qui affirme une personnalité très « homardine » particulièrement forte en goût a lancé un défi difficile à relever pour ces trois bouteilles :
- le Savennières encore un peu jeune a tranché sans faiblesse avec les arômes du plat, créant une association basée sur un contraste très dynamique.
- le Rangen m’a étonné parce que je n’attendais pas un gewurztraminer sur ce plat mais ces deux éléments très « forts en gueule » ont chanté ensemble en parfaite harmonie…superbe !
- l’alliance Chablis-bisque s’est illustrée par l’exacerbation du côté minéral : à réserver aux amateurs de saveurs maritimes et iodées dont je ne fais hélas pas partie.
 

 

p 007
Le premier trio en bouteilles…


 
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…et dans les verres.

 

 

En attendant la suite :

Montlouis sur Loire Les Choisilles 2008 – Domaine François Chidaine : le nez est ouvert et bien expressif sur les fruits blancs (pomme golden, poire), la bouche est très gourmande avec beaucoup de gras et de soie malgré la pointe acidulée qui soutien vaillamment l’ensemble.
Un peu plus aimable que le Savennières ce beau Montlouis nous régale avec une version très conviviale du chenin. Voilà une belle bouteille à savourer pour elle-même…un très beau choix pour attendre la suite !

 

 

p 013

 

 

 
Plat 2 : Pinces en tartare aux fruits de la passion – Râpée de radis noir à l’orange sanguine.

 

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Pour accompagner :

Puligny Montrachet 1°Cru Les Perrières 2006 – Domaine Louis Carillon : le nez est discret avec des notes de tilleul, de pierre et d’herbes aromatiques, en bouche le vin séduit par son caractère gras, sa texture raffinée et son acidité franche mais bien souple.
Riesling G.C. Hengst 2007 – Domaine Josmeyer : le nez est pur et expressif sur les agrumes frais, la pierre chaude et un fond miellé très agréable, après une attaque vive et pointue, la matière s’élargit pour occuper la bouche avec une chair gourmande et une texture très grenue, presque tannique, la finale est très longue.
Chassagne Montrachet 1°Cru Les Caillerets 1997 – Domaine Marc Colin : le nez est bien évolué avec des notes de beurre et de noisette grillée, en bouche la structure est avenante mais l’équilibre final un peu chancelant trahit un apogée déjà largement dépassé.
Face à un plat au goût riche et puissant le Puligny qui s’est bien tenu, tout en distinction et en droiture, aurait eu besoin d’un peu plus de fantaisie pour s’accorder idéalement, le second bourgogne de la sélection a rendu les armes sans vraiment pouvoir livrer bataille quant au Hengst, il a été unanimement reconnu comme le compagnon idéal sur les arômes exotiques et complexes de cette préparation.

 

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En guise de bonus :

Riesling G.C. Florimont 2008 – Domaine de l’Oriel : le nez est assez proche de celui du Hengst avec quelques très belles notes florales et miellées qui viennent encore complexifier la palette, en bouche l’équilibre entre cette acidité bien large et cette matière très puissante est simplement magnifique.
J’ai déjà souvent dégusté ce Grand Cru chez Claude Weinzorn et jamais il n’a réussi à me séduire face aux exubérants Brand et Sommerberg…mais il s’avère qu’à table, il s’impose comme une référence et nous offre le plus bel accord de la soirée avec ce second plat.

 

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Plat 3 : Sabayon de homard au champagne – Héliantis et Oca du Pérou juste poêlés à l’huile d’olive citronnée.

 

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Pour accompagner :

Crémant d’Alsace Clos Saint Landelin-Cuvée Oenothèque Alsace 2005 – Domaine René Muré : la bulle est très fine mais la mousse est dense et persistante, le nez est discret sur les fruits blancs et la bouche très vineuse s’appuie sur une solide charpente, la finale reste un peu austère.
Riesling G.C. Florimont 2007 – Domaine de l’Oriel : le nez est flatteur dominé par une palette florale bien épanouie, la bouche est généreuse, très gourmande mais la finale laisse parler le terroir en livrant de très belles notes salines.
Vouvray sec 1961 – Domaine Clovis Lefèvre : le nez est marqué par l’évolution et s’ouvre sur un registre un peu fermentaire (pâte à pain) avant de révéler quelques discrètes notes florales, en bouche les arômes s’affinent quelque peu mais la matière semble un peu fluette et la finale relativement courte peut faire penser que ce vin à largement dépassé son apogée.
Ce plat aux senteurs un peu plus discrètes a permis d’associer avec facilité ces trois vins forts différents :
- le crémant 2005 dégorgé en 2010 et non dosé s’est montré très à l’aise pour créer une rupture très tonique avec les textures moelleuses de cette préparation
- un peu moins abouti que son cadet de 2008 (mais si peu…) le Florimont 2007 s’est montré très à l’aise dans un accord presque ton sur ton.
- âgé de plus d’un demi-siècle le vouvray n’a pas vraiment convaincu face au verdict des papilles mais avec des vins de cet âge il faut sûrement rentrer dans un autre référentiel pour les évaluer comme ils le méritent…respect !

 

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Dessert : Carpaccio de mangue à l’huile d’olive vanillée et au poivre de Java – Granité d’ananas au rhum.

 


Pour accompagner :

Riesling Vendanges Tardives 2007 – Domaine Louis Hauller : délicatement aromatisé de notes d’agrumes confits et de mandarine ce vin charme avec simplicité et aisance tant sa matière est harmonieuse et gourmande.
Muscat Clos Saint Landelin Vendanges Tardives 2007 – Domaine René Muré : le nez est intense et surprenant sur la fumée, le cigare et un soupçon de menthe poivrée, la bouche est dense et concentrée avec une palette toujours dominée par des arômes de fumée et de tabac, la finale est très longue.
Pinot Gris Altenbourg Quintessence de Grains Nobles 2008 – Clos des Capucins : le nez est intense sur la mangue et l’abricot mûr, en bouche la matière riche et résolument liquoreuse une extraordinaire impression de puissance et d’équilibre. 10°5, 180g de S.R., 7,8g d’A.T., voilà les mensurations de la « bête » qui se laisse déjà apprivoiser très facilement malgré son jeune âge…
      

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Bouquet final en bouteilles…

 

 

 

 

Sur un dessert très raffiné dédié aux fruits exotiques les trois vins trouvent des registres harmoniques différents mais bien réussis :
- avec son profil avenant et relativement simple le riesling V.T. cohabite paisiblement avec le plat
- la forte personnalité du muscat ne se prête surement pas facilement à des mariages culinaires mais là, la résonnance se fait grâce au fond épicé que l’on retrouve aussi bien dans l’assiette que dans le verre
- avec la mangue comme point commun le mariage du pinot gris et de ce dessert paraissait évident mais à mon sens la force du vin domine un peu trop le plat pour pouvoir parler de réelle harmonie. Cette cuvée est peut-être un peu too much pour être appréciée autrement que pour elle-même…Egoïste !

 

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…et dans les verres.
 

 

 

Pour conclure :

- C’est toujours un plaisir de se retrouver en bonne compagnie autour d’une table garnie de mets raffinés et de belles bouteilles. Grâce aux talents d’organisateur de Thierry Meyer et à la qualité de l’accueil des restaurateurs nous avons passé une très bonne soirée…Merci à tous !

- Le divin crustacé était mis à l’honneur et le chef Michaël Levi nous a montré sa force créatrice en livrant 3 préparations très originales sur le thème du homard. Il n’aura cependant pas réussi à me faire oublier la version Guggenbuhl de 2010, peut-être moins sophistiquée mais tellement plus « homardine »

- Au niveau des vins ce repas m’a permis de vérifier une fois encore que les blancs alsaciens se tenaient véritablement très bien face à des préparations gastronomiques : sur le homard, ils dominent même les blancs de Bourgogne, surtout lorsque les préparations font la part belle à des saveurs exotiques et épicées.

- Pour déterminer les coups de cœur pas de suspense, même si l’Altenbourg 2008 des Weinbach se pose tout naturellement comme la star de la série, pour moi, le Florimont 2008 du domaine de l’Oriel s’est montré le plus grand sur la table de ce soir…

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 11:11

 

Pour cette dernière Masterclass de 2011, une petite dizaine d’amateurs de vins d’Alsace se sont retrouvés dans l’espace dégustation de la maison Wolfberger à Colmar pour écouter la bonne parole vinique de Thierry Meyer avant les festivités de fin d’année.
Les quelques vignerons membres de l’Oenothèque Alsace et habituellement fidèles à ce rendez-vous manquent à l’appel : ils ont choisi de rester dans leurs caveaux pour accueillir une clientèle saisonnière attirée dans notre région par la fameuse « Magie de Noël ». Dommage !

Comme l’année passée les 2 thèmes du jour sont de circonstance :

·    Qu’en est-il de l’apogée des gewurztraminers 2004 ?
·    Des vins de fête pour chaque circonstance.
 

Tous les vins sont dégustés et commentés à l’aveugle – verres INAO


Masterclass Alsace du 10 décembre 2011 à Colmar

 

 

 

Thème 1 : gewurztraminers 2004.

 

 

Kaefferkopf – J.M. Bernhard à Katzenthal : le nez d’intensité moyenne flatte les sens par des notes d’eau de rose, la bouche est équilibrée, harmonieuse mais sans grande profondeur, la finale révèle de beaux arômes floraux et épicés.
Ce duettiste contraint de jouer en solo par un partenaire qu’un goût de bouchon a rendu infréquentable, se montre encore bien à son avantage : sphérique, harmonieux et finement bouqueté. Certes on n’a ni la concentration, ni l’ampleur d’un grand vin mais le bougre est diablement séduisant !

G.C. Eichberg – P. Ginglinger à Eguisheim : le nez est assez discret sur un registre complexe alliant fleurs et fruits jaunes, la bouche ronde et suave laisse une sensation de gras qui tapisse bien la bouche, la finale bien glissante est relevée par de fins amers.
G.C. Pfersigberg – P. Ginglinger à Eguisheim : le nez est intense avec un profil épicé bien affirmé et une touche légèrement fumée, la bouche est solidement structurée, un peu anguleuse mais avec un très beau volume, la finale est assez longue et soutenue par une délicate amertume.
Même producteur, même millésime sur deux terroirs géographiquement très proches et au bout du compte deux vins qui se tiennent encore très bien mais qui nous montrent des personnalités complètement différentes…à croire qu’avec le temps la signature de chaque Grand Cru devient de plus en plus lisible.

G.C. Altenberg de Bergbieten – F. Mochel à Traenheim : le nez est troublé par des notes cartonneuses peu élégantes, la bouche garde une belle générosité avec une acidité bien large mais la finale se montre à nouveau très sèche avec une amertume un peu rude et des notes de gentiane.
G.C. Furstentum – Clos des Capucins à Kaysersberg : le nez est fin et très aérien avec des notes exotiques très pures et une touche minérale encore perceptible, la bouche est superbe, richesse, suavité et une finale longue, bien digeste et délicatement fumée.
L’Altenberg porte la marque d’un défaut de bouchage en plus de celle du millésime…dommage car sa présence en bouche ne laisse pas de doute sur la qualité de la cuvée. Ceci dit, même en pleine forme il n’aurait pas pu rivaliser avec la classe absolue du Furstentum qui a montré qu’on pouvait réussir de très grands vins en 2004…Chapeau !

G.C. Zinnkoepflé V.T. – A. Bursin à Westhalten : le nez est fin et peu intense mais offre une palette complexe sur les fruits et les fleurs jaunes, la bouche se livre sans retenue avec un fruité charnu et épanoui, la finale marquée par des notes de raisins secs n’a pas une longueur exceptionnelle mais reste très sapide.
Patinée par le temps la matière de ce vin a gagné en distinction pour nous laisser entrevoir quelques beaux accords gastronomiques. Ce gewurztraminer nous démontre que le moelleux qui impressionne au début peut se révéler un élément structurant pour dans le temps.

 

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Pour conclure :

-    Comme nous l’a rappelé Thierry, 2004 fut un millésime assez difficile en Alsace : après un été très pluvieux et un mois de septembre sec et ensoleillé les dates des vendanges ont été repoussées au 30 septembre pour les vins d’appellation « Alsace » et au 11 octobre pour les « Alsace Grand Cru ».
Dans ces conditions beaucoup de vins secs ont souffert d’un manque de maturité mais les cuvées moelleuses issues de fruits surmûris sont généralement plus réussies. Comme souvent dans ces millésimes où le soleil s’est montré trop rarement ce sont les terroirs précoces qui ont produit les plus beaux vins.

-    Trouver des gewurztraminers issus de ce millésime compliqué qui tiennent encore après 7 ans fut un pari osé mais si on oublie les deux victimes d’un défaut de bouchon, cette série fut d’un très bon niveau qualitatif et nous a permis de constater que le temps apporte une patine intéressante à ces vins en les rendant beaucoup plus gastronomiques.

-    Aucune hésitation pour le coup de cœur, le Furstentum 2004 du domaine Weinbach est superbe de pureté et d’équilibre et semble encore avoir des réserves pour continuer d’évoluer positivement durant quelques temps.



Thème 2 : vins de fête pour toutes les occasions.

 

Série 1 : les beaux vins pour un déjeuner gastronomique.

Riesling Clos Saint Landelin 2009 – Domaine Muré à Rouffach : le nez est typé riesling avec des notes pierreuses et citronnées complétées par une touche épicée, la bouche est précise, cristalline avec une acidité droite et profonde et une finale longue et minérale.
Issu du Grand Cru Vorbourg ce riesling a un peu trompé son monde par son côté droit et pointu qui nous a orienté vers des millésimes moins chauds que 2009. Passé l’effet de surprise, cette cuvée se livre avec beaucoup d’agrément en révélant la force minérale de ce terroir…Très belle bouteille !

Gewurztraminer Seigneurs de Ribeaupierre 2000 – Domaine Trimbach à Ribeauvillé : le nez est discret, assez mystérieux sur un registre floral et légèrement fumé, la bouche est élégante, finement acidulée, la finale est fraîche et longuement aromatique.
Ce gewurztraminer plein de retenue et de distinction a pu développer un caractère subtil et raffiné durant une décennie de garde…Voilà un vin très gastronomique !

Gewurztraminer Prestige 1989 – Domaine P. Buecher à Wettolsheim : le nez est dominé par des notes très pâtissières de brioche grillée et de pralin mais aussi de discrètes évocations odorantes de sous-bois, la bouche est charnue, profondément aromatique avec un finale à nouveau dominée par des notes de torréfaction (café).
Ce vin marqué davantage par le botrytis que le cépage a trouvé un très bel équilibre aujourd’hui…comme le précédent le temps lui a apporté une grande aptitude à passer à table.

Muscat Bollenberg V.T. 2009 – Domaine V. Zusslin à Orschwihr : le nez révèle une magnifique palette florale, la bouche suave et structurée avec beaucoup de finesse développe d’intenses arômes de fleur d’oranger qui persistent longuement en finale.
Ce muscat exceptionnel se montre onctueux et très aromatique tout en restant élégant et digeste…Superbe réussite !

 

 

Série 2 : les vins simples et conviviaux pour un repas du soir.

Auxerrois Vieilles Vignes 2008 – Domaine P. Blanck à Kientzheim : le nez est léger, peu intense avec un profil assez difficile à cerner, la bouche est bien digeste avec du gras et de la salinité, la finale est un peu amère.
Cet auxerrois issu en grande partie d’une parcelle sur le Grand Cru Furstentum est certainement bien fait mais n’offre que peu d’agrément à la dégustation aujourd’hui…ceci dit, pas facile de succéder à un muscat V.T. !

Pinot Noir Gaensbrunnen 2002 – Cave de Pfaffenheim : le nez est très évolué et s’exprime sur une palette tertiaire peu avenante, la bouche est plate avec une matière famélique…trop vieux, sans aucun doute !
Un pinot noir qui se laisse boire sans plus…mais est ce bien suffisant pour ne pas être tenté de se rabattre sur une Badoit bien fraîche ?

Pinot Gris Rotenberg 2002 – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est mûr mais reste très fin avec de belles notes de citron confit, la bouche se distingue par son équilibre très cohérent entre acidité et moelleux, la finale bien fraîche laisse une petite impression tannique.
Ce pinot gris étonne par sa jeunesse et séduit par son équilibre très digeste.


Série 3 : les vins de méditation à siroter dans la chaleur douillette d’un feu de cheminée

Gewurztraminer Cuvée Christine 1990 – Domaine Schlumberger à Guebwiller : la robe est surprenante, jaune brillant avec des reflets presque fluo, le nez est assez évolué mais agréable sur une palette empyreumatique, pain grillé, torréfaction et tabac blond, la bouche est onctueuse, bien charnue mais sans lourdeur, la finale trahit enfin le cépage par ses notes poivrées et pimentées.
Récolté sur le Grand Cru Kessler, ce gewurztraminer qui porte vaillamment ses deux décennies a perdu une grande partie de ses notes variétales pour se présenter à nous comme un vin plein de complexité et de distinction…à siroter à petites gorgées au coin du feu, un peu comme une eau-de-vie.

Riesling G.C. Schlossberg- L’Epicentre 2009 – Domaine A. Mann à Wettolsheim : le nez est discret mais très pur sur le citron mûr et la pierre chaude, en bouche l’attaque est vive, la richesse est évidente mais l’ensemble est déjà bien fondu, la pêche jaune s’invite pour compléter la palette aromatique et la finale est très longue tenue par une puissante salinité.
Récolté sur le Schlossberg avec une maturité S.G.N. et un équilibre un peu « mosellan » 10° - 133 g de SR – 8g AT) ce riesling est simplement grandiose !
Hélas, avec 350 demi-bouteilles produites, ce vin sera quasiment introuvable sur le marché.
 

 

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Les vins de fête…


 
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…et la star de la série !

 

 

 

Pour conclure :

 

- Cette série très variée avec des vins d’origines et de millésimes forts différents nous a rappelé que le caractère polymorphe de nos crus alsaciens leur conférait un potentiel gastronomique incomparable.
Les grandes bouteilles qui ont illustré le premier sujet nous ont fait rêver d’un réveillon tout en blanc avec un sublime muscat en guise de vin de dessert ou plus simplement de vin-dessert…
Les petites bouteilles pour l’en-cas du soir ont eu beaucoup de mal à s’exprimer après les crus de la série précédente…mais bon, après les copieuses agapes de midi, on peut aussi se contenter de diner avec soupe et eau de Vichy.
Les vins de méditation au coin du feu sont un peu mes préférés : entouré de quelques amis connaisseurs, déboucher une bouteille, la siroter avec recueillement et partager ses sensations et ses émotions…quelle plus belle circonstance pour rendre honneur à un grand vin !

- Pour le coup de cœur, moi qui ne suis pas trop sensible à des équilibres sucrés dans des vins, je dois me rendre à l’évidence que sur cette série ce sont les deux cuvées les plus moelleuses qui m’ont bluffé : la première mention sera pour le muscat Bollenberg et son incomparable finesse aromatique mais le choix ultime sera pour le riesling Epicentre, qui est simplement parfait et que je place sans hésiter parmi les plus grands vins que j’ai bus cette année.

- Comme c’est la fin de l’année j’en profite pour souhaiter un maximum de bonnes choses pour 2012, à tous les membres de l’Oenothèque Alsace, à son infatigable animateur et à tous ceux qui viennent me lire sur ces espaces virtuels.

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 18:13

 

Initialement prévue le 10 septembre, cette nouvelle Masterclass à été programmée deux semaine plus tard et pour le coup elle porte vraiment bien son nom puisque elle a lieu 2 jours après le début officiel de l’automne…jolie coïncidence !
Les vendanges n’étant toujours pas terminées dans le vignoble alsacien les vignerons qui participent habituellement à ces séances manquent à l’appel, c’est donc devant un auditoire restreint (une petite douzaine de passionnés) que Thierry Meyer va traiter 2 thèmes particulièrement alléchants :

·    2009, un grand millésime pour les pinots noirs alsaciens : l’année de la sagesse et de la maîtrise.

·    2009, un millésime complexe pour les blancs : la difficile équation pour gérer l’équilibre entre maturité physiologique et richesse alcoolique.

Voilà des sujets qui sentent bon la belle quille…je sens que j’ai bien fait de venir me mettre à l’ombre sur les bancs de la salle de dégustation de la maison Wolfberger !

 

 

Masterclass Alsace du 24 septembre 2011 à Colmar

 

 

Tous les vins sont dégustés et commentés à l’aveugle – verres INAO


Thème 1 : les grands pinots noirs 2009

Bourgogne Vieilles Vignes – J. Voillot à Volnay : le nez est superbement fruité, cerise noire et cassis, la bouche est souple, soyeuse avec une fruit de grande qualité et une finale fraîche et digeste.
Un pinot noir pur, élégant qui révèle un fruit superbe, quel plaisir ! En plus, avec un prix ultra-sage cette bouteille offre sans conteste le meilleur rapport Q/P de la série.

Pinot Noir XXC – V. Stoeffler à Mittelbergheim : le nez est fortement torréfié à l’ouverture mais le fruit se manifeste avec l’aération pour devenir très expressif et très gourmand, la bouche est acidulée avec des tanins souples et un fruité qui ressort davantage, la finale est longue mais un peu marquée par l’alcool.
Une cuvée avec une matière conséquente mais qui cherche encore son équilibre optimal : un pinot noir dont les éléments constitutifs ont encore besoin de quelques années pour trouver leur cohérence.

Pinot Noir – R. Fritsch à Marlenheim : le nez s’ouvresur des notes végétales peu élégantes qui dominent les arômes de fruits rouges bien trop discrets, la bouche est très austère avec des tanins accrocheurs et une acidité très présente.
Suspectant un problème de bouteille, Thierry ouvre un second flacon de la même référence : ce vin se montrera un peu plus net au nez, plus corsé et avec une belle finale en bouche…mais quand même assez décevant au bout du compte.
Issu du G.C. Steinklotz, cet assemblage de pinot noir avec un petit pourcentage de gewurztraminer ne se présente pas sous son meilleur jour aujourd’hui…de plus, la palette aromatique très végétale et la structure très austère ne plaident pas en faveur d’un gros potentiel de garde…Perplexe !


Pinot Noir Cœur de Bollenberg – F. Schmitt à Orschwihr : le nez est finement torréfié (pain grillé, café) mais on sent facilement une belle présence fruitée (framboise, cerise burlat), la bouche possède une chair pleine de gourmandise, un très beau fruité et une finale agréablement boisée et épicée.
Voilà une très belle expression de pinot noir sur un terroir qui lui va comme un gant…encore un peu turbulent dans sa jeunesse ce vin possède un très beau potentiel de garde et réservera de belles émotions aux chanceux qui l’auront oublié en cave.

Pinot Noir Clos Saint Landelin – R. Muré à Rouffach : le nez est empyreumatique avec des notes de grillé, de fumée et une pointe de vanille, la bouche révèle une grande finesse aromatique sur les fruits noirs tout en déployant une charpente imposante et une matière concentrée, la finale est longue et revient sur des nuances épicées.
Ce clos situé sur le G.C. Vorbourg a produit un pinot noir corsé, charnu, concentré…une classe évidente qui me séduit à chaque rencontre. Superbe bouteille !

Pinot Noir Grand P – A. Mann à Wettolsheim : le nez est complexe avec des notes de torréfaction et de griotte, la bouche est équilibrée, fraîche et soutenue par une trame tannique veloutée, la finale très digeste se distingue par une grande persistance aromatique.
Récolté sur le G.C. Pfersigberg, ce beau pinot noir se livre déjà avec beaucoup de charme aujourd’hui mais ne nous emballons pas, ce vin est conçu pour la garde et mérite qu’on lui donne un peu de temps pour se révéler pleinement.

Pinot Noir – L. Barth à Bennwihr : le nez très discret semble vraiment fermé mais la bouche laisse apparaître une structure parfaite, une sorte de triangle équilatéral entre richesse, tanins et acidité, la finale tient longuement au palais.
Issu du G.C. Markrain ce « nourrisson » est de la race des plus grands…qu’on se le dise !

 


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La série au complet avec la bouteille sans étiquette de L. Barth (un vin pas encore en vente).
 

 

 

Pour conclure :

- Cette série de pinots noirs 2009 avait comme but annoncé de vérifier si après 2003 et 2005 les vignerons alsaciens avaient su tirer les leçons de ces millésimes chauds assez proches de 2009 par certains aspects, pour mieux maîtriser ce cépage. Les équilibres constatés sur ces 6 cuvées alsaciennes prouvent qu’il y a eu un vrai retour vers plus de mesure et de sagesse dans la conception des pinots noirs 2009…bravo messieurs !
- Le petit jeu du jour proposé par Thierry consistait à classer les vins par ordre de préférence et à démasquer l’intrus bourguignon.

Pour isoler un coup de cœur ce ne fut pas trop difficile : à chaque fois que je rencontre le Clos Saint Landelin dans un série, je tombe sous son charme…dense et complet comme la plupart des vins de cette sélection il gagne ce duel en se montrant plus ouvert et plus causant que ses voisins…MIAM !
Pour trouver le « pirate » j’ai hésité entre 2 flacons : le premier vin de la série s’imposait à moi comme une évidence, son style et son registre aromatique me rappelaient indubitablement mes récentes visites bourguignonnes mais, après réflexion, j’ai choisi de désigner le « Cœur de Bollenberg ».
Erreur coupable, car en matière de vin il faut souvent se fier davantage aux messages sensoriels et émotionnels qu’aux conclusions issues d’un raisonnement, mais erreur excusable lorsqu’on connaît les conceptions de Fréderic Schmitt en terme de vinifications des pinots (blancs, gris et noirs), très en phase avec les méthodes bourguignonnes…en plus je suis sûr que ma bévue aurait fait grand plaisir à ce sympathique vigneron !

- Ceci dit, on peut affirmer sans trop se tromper que 2009 est un très beau millésime pour les rouges d’Alsace…ces vins sélectionnés en sont des preuves manifestes, sans compter que la série aurait pu être bien plus longue avec un niveau qualitatif tout aussi élevé.
Il reste encore quelques bouteilles à vendre dans bien des domaines…à bon entendeur, salut !

 

 

Thème 2 : une sélection de grands blancs 2009

Série 1 : vins issus de terroirs drainants.

RieslingG.C. Sommerberg-Cuvée Eckberg – Domaine A. Boxler à Niedermorschwihr : le nez est fin et complexe sur le citron mûr et les fleurs blanches, la bouche séduit par son fruité épanoui autour d’une acidité très verticale qui laisse une belle sensation de fraîcheur en finale.
Ce grand cru granitique associe le caractère solaire de son climat et une grande minéralité issue de son terroir…l’équilibre est impeccable, c’est un grand vin tout simplement !

Pinot Gris G.C. Muenchberg – Domaine Ostertag à Epfig : le nez est plus discret mais très pur avec de délicates évocations florales, l’équilibre en bouche est aérien mais tenu par une belle vivacité, la finale est sapide avec des amers nobles très agréables.
Sur ce terroir principalement gréseux, ce pinot gris étonne par la pureté de sa matière et l’élégance de sa silhouette…du travail d’orfèvre !

Riesling G.C. Rangen-Clos Saint Urbain – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est discret mais très complexe avec des arômes de groseille blanche, d’agrumes frais et de pierre à feu, la bouche impressionne par sa chair, sa concentration et sa salinité ultra-puissante, la finale est très longue, sapide et délicatement fumée.
Je ne peux que m’incliner devant tant de force et de race…Je crains qu’il n’y aura que peu de suspense pour la désignation du coup de cœur de l’après-midi !

Riesling S.G.N. – Domaine Hugel à Riquewihr : le nez est bien expressif avec des arômes intenses d’ananas mûr et de pomelo, la bouche possède une liqueur concentrée mais avec un équilibre subtil et une finale qu’une pointe acide relève avec bonheur.
La matière est impressionnante (220g de SR et 8,4 g d’AT) et l’équilibre très moelleux bien construit sur cette cuvée SGN de la maison Hugel exceptionnellement issue de raisins récoltés sur un terroir granitique (l’Engelsreben) parce qu’il n’y a pas eu de botrytis sur le Schoenenbourg en 2009.
Et pourtant je reste perplexe devant ce vin qui me semble plus taillé pour impressionner dans des sessions de dégustation que pour vraiment se trouver une place à table…

 

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Série 2 : vins issus de terroirs complexes.

Riesling G.C. Osterberg – Domaine L. Sipp à Ribeauvillé : le nez est discret, pierreux et légèrement floral, la bouche est équilibrée mais un peu austère, la finale fraîche et très saline marque le palais et persiste longuement.
Après la matière surréaliste de la SGN précédente ce riesling a quelque peu heurté nos sens par sa droiture et sa verticalité, ceci dit, goûté dans d’autres circonstances ce cru ne m’a jamais déçu mais aujourd’hui c’était un peu austère-berg !

Sylvaner Eminence – Domaine A. Bursin à Westhalten : le nez est bien ouvert avec des arômes très élégants de fruits jaunes, la bouche est délicatement moelleuse avec une structure bien large et une finale légère et sapide.
Avec 60g de SR c sylvaner est tout à fait atypique mais au bout du compte on tombe facilement sous son charme et on le déguste avec un plaisir évident.

Schoenenbourg – Domaine Deiss à Bergheim : le nez est flatteur et généreux sur un registre exotique bien affirmé, après une attaque assez vive, la bouche s’épanouit pour laisser s’exprimer une matière dense avec une acidité très large et une finale saline et longue.
Un vin juste à la limite du démonstratif…un joli travail d’équilibriste sur ce terroir plein de fougue. Bravo !

Gewurztraminer G.C. Altenberg de Bergbieten-V.T. – Domaine R. Schmitt à Bergbieten : le nez est bien expressif avec des arômes agréables de miel de fleurs et de rose, la bouche est gourmande et très suave avec un fruité confit et une belle salinité qui rend la finale particulièrement digeste.
Le caractère paisible de l’Altenberg agit sur la puissance du cépage et du millésime pour réaliser une V.T. très riche (une maturité de SGN en fait) mais parfaitement équilibrée. Visite prévue prochainement au domaine…ça tombe bien !

 

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Série 3 : vins issus de terroirs marno-calcaires.

Sylvaner Brandstatt – Domaine Otter à Hattstatt : le nez est discret et complexe avec des notes de froment, de malt, de citron et de fleurs blanches, la bouche très charnue révèle une minéralité affirmée et palpable, en finale une petite amertume confère une belle digestibilité à l’ensemble.
Déjà goûté au printemps ce sylvaner étonne toujours autant par sa complexité même si sa position dans la série ne l’a pas particulièrement avantagé lors de cette dégustation.

Pinot Gris Côtes de Rouffach – Domaine Rieflé à Pfaffenheim : le nez est mûr avec des notes de grillé et de fleurs séchées, en bouche le vin est assez long à se mettre en place mais la structure est bien balancée et la finale se prolonge avec de belle sensations minérales et une petite touche fumée.
Assemblé sur un ensemble de lieux-dits à dominante calcaire situés au pied des Vosges, ce pinot gris demande un peu de temps pour se révéler, mais lorsqu’il s’exprime on est rapidement conquis et on se plait à rêver à de beaux accords gastronomiques.

Gewurztraminer G.C. Mambourg – Domaine J.M. Bernherd à Katzenthal : le nez est magnifique avec ses arômes de rose et de jasmin soutenus par de fines touches épicées, la bouche est ample et large, sans trop de moelleux mais avec une matière grasse et charnue et une finale profonde et longuementaromatique.
Il n’y a pas à dire, les Bernhard tiennent vraiment bien ce Mambourg ! Splendide !

Riesling G.C. Pfoeller-V.T. – Domaine Meyer-Fonné à Katzenthal : le nez est bien expressif avec des arômes de citron confit et d’abricot, la bouche se montre douce et suave à l’attaque avent de déployer une trame acide très large et bien mûre, la finale est très saline et finement aromatique.
Alliant une matière concentrée et une structure vive et fringante ce riesling est déjà particulièrement séduisant…preuve s’il en fallait que 2009 aura produit quelques V.T. d’anthologie sur ce cépage.

 

p 006

 


Pour conclure :

- après un peu de recul, il s’avère que 2009 ne fut pas un millésime si simple que cela en Alsace : précocité et chaleur ont obligé les vignerons à opérer des choix difficiles mais cruciaux à chaque étape de la conception de leurs crus pour trouver des équilibres évitant le piège de la richesse excessive…dur métier !

- la série concoctée par Thierry a témoigné d’un niveau qualitatif vraiment exceptionnel et la décision de l’organiser en 3 sous-ensembles homogènes au vu des terroirs d’origine a indiscutablement contribué à augmenter la lisibilité de cette dégustation…même si le passage du moelleux vers le sec a parfois demandé un temps d’adaptation et a surement un peu nui a l’évaluation des premières bouteilles des derniers quatuors.

- Pour le coup de cœur, aucun suspense, je reste évidemment sur le choix du grandiose Rangen même si, au bout du compte, je serai prêt sans hésiter à faire une petite place dans ma cave à n’importe quel vin de cette sélection.

Une fois de plus maître Thierry nous a régalé par un ensemble de quilles d’une qualité rare…Mille mercis pour ce beau moment et vivement la prochaine session de l’Oenothèque Alsace!

 


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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 12:43

 

 

Organisée comme d’habitude par Thierry Meyer cette Masterclass expérimentale hors du programme officiel de l’Oenothèque Alsace se propose d’aborder un thème complexe et assez pointu :


« A la recherche de l’excellence du vin par la maturité physiologique ».

Qu’est-ce qui nous permet de dire qu’un vin est grand ?
Sa concentration, son équilibre, la qualité de son acidité, sa minéralité, sa longueur en bouche… ?
Le tout à la fois…et peut-être plus encore ?
En tous cas une chose apparaît comme une évidence : même si on ne trouve pas toujours les mots pour l’exprimer un grand vin laisse toujours une impression de plénitude et d’aboutissement en bouche…et c’est vrai que souvent les mots pour décrire une belle quille sont souvent les plus difficiles à trouver.
Un bon « P…. qu’est ce que c’est bon » (citation empruntée à un pote Dcien ardéchois) constitue parfois le commentaire le plus adapté et le plus réaliste pour décrire les sensations laissées par une rencontre avec un grand vin.

Evidemment, en bon scientifique désireux de tout comprendre, notre ami Thierry a poussé sa réflexion un peu plus loin en essayant de vérifier la probabilité d’une corrélation entre maturité physiologique des raisins et réussite d’un grand vin.

Face à la courbe presque immuable de la maturation du raisin et la courbe beaucoup plus irrégulière de la météo et de ses avatars, le vigneron est contraint d’opérer des choix agronomiques pour aider la vigne à faire coïncider le plus possible la période de maturité physiologique avec celle de la richesse optimale en sucre de ses raisins.
La réussite d’un grand vin dépend en grande partie de cet enjeu.

 

 

Après un exposé théorique où les données du problème ont été détaillées, Thierry nous propose une série de travaux pratiques avec la dégustation de vins d’Alsace issus de millésimes difficiles comme 2004 et 2002.

Masterclass Alsace du 19 mai 2011 à Colmar

 

 

La plupart des vins sont servis par paire, dégustés et commentés à l’aveugle – verres INAO


1 : une série de 2004 alsaciens

Pinot Gris Cuvée Spéciale 2004 – Domaine Schoepfer à Wettolsheim : le nez est marqué par la gentiane avec quelques notes de céréales et un peu de pamplemousse, la bouche est droite avec un équilibre très sec et une finale assez amère.
Sylvaner 2004 – Domaine A. Boxler à Niedermorschwihr : le nez possède un fruité bien mûr quelques notes de miel et une touche de botrytis, la matière en bouche est assez dense, l’acidité est large mais la finale est marquée par une pointe d’amertume un peu âcre.
Deux vins qui déclinent le millésime de façon bien différente : un pinot gris visiblement rentré avec une maturité très juste et un sylvaner plus mûr mais sûrement un peu botrytisé. Le premier vin est assez typique des 2004 avec tous ces petits défauts qui rendent facilement reconnaissables la plupart des crus de cette année, le second fait illusion au nez mais ne résiste pas au verdict du palais : le cas assez typique d’un vin issu d’une matière concentrée mais physiologiquement loin du terme.

 

 

Pinot Gris Cuvée Sainte Catherine 2004 – Clos des Capucins à Kaysersberg : le nez est mûr sur le pain grillé, la confiture d’abricot et quelques notes d’humus, la bouche possède une matière riche, beaucoup de gras et un moelleux sensible, la finale est légèrement plus fraîche avec une belle persistance aromatique
Ce pinot gris récolté sur l’Altenbourg et le Schlossberg est généreux…peut-être un peu trop. En tous cas, le cépage et le terroir ont effacé la marque du millésime sans pour autant générer un grand vin.

 

 

Riesling Burg 2004 – Domaine G. Lorentz à Bergheim : le nez est franc et puissant sur la résine et le camphre, la bouche est très tendue par une acidité qui se manifeste dès l’attaque en donnant un équilibre bien austère à l’ensemble.
Riesling Clos Hauserer 2004 – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est racé et complexe sur l’écorce d’agrumes, le cuir et quelques épices, l’attaque en bouche est acidulée, le développement tout en largeur et en rondeur laisse un impression légèrement moelleuse, la finale est puissante, saline et de belle longueur.
Deux rieslings sur 2004 et toujours deux choix différents dans la gestion du millésime : le premier vin est très (trop ???) sec le second s’éloigne des caractéristiques du cépage par un excès de maturité. Personnellement je reste quand même sous le charme opulent du second…

 

 

En guise de transition Thierry nous propose un flacon mystère :

Auxerrois Les Lutins 2007 – Domaine Josmeyer : le nez est frais, engageant, miellé et délicatement floral, l’équilibre en bouche est légèrement gras mais reste très élégant, la finales est équilibrée et de belle longueur.
Récolté sur le terroir du Rosenberg, ce « simple » auxerrois se présente comme un exemple parfait de vin accompli qui impose sa classe avec une évidence qui rend sa description difficile…et peut-être inutile. P… c’est bon !


2 : une expérience originale au domaine Sipp en 2004

Etienne Sipp, un des viticulteurs qui participe régulièrement aux manifestations de l’Oenothèque Alsace a profité de l’occasion pour nous relater une expérience réalisée sur ce millésime complexe au domaine Louis Sipp de Ribeauvillé.
« D’abord on goûte, ensuite on explique »…il n’y a pas à dire, ces vignerons maîtrisent vraiment bien la pédagogie de la mise en situation !

Vin 1 : le nez s’ouvre sur des notes caractéristiques de « Suze » pour se développer avec de jolis arômes floraux et légèrement pierreux, la bouche possède un équilibre sec et une palette qui revient sur des notes de gentiane, la finale est très stricte.
Vin 2 : le nez est discret et très élégant sur le miel et le pomelo mûr, la bouche présente une matière bien équilibrée entre gras et vivacité, la finale puissamment minérale est légèrement marquée par le millésime (gentiane, aspérule).
Vin 3 : le nez est discret sur le citron avec quelques touches de grillé (botritys), la bouche est ample et délicatement moelleuse avec un gras opulent et une acidité tendue et longue qui relève la belle salinité finale.
L’histoire originale de ces 3 échantillons nous est racontée par Etienne Sipp.
Les 3 proviennent d’une même parcelle de riesling sur le Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé : vu l’état très hétérogène des raisins, les vendangeurs ont été invités à trier les fruits botritysés dès la coupe. Les raisins sains ont été vinifiés à part et ont produit le vin du premier échantillon, les raisins botritysés ont été vinifiés à part et ont produit le vin du second échantillon. Le vin n°3 a été réalisé en assemblant les 2 premiers (2/3 du premier et 1/3 du second) et a été commercialisée en tant que riesling G.G. Kirchberg de Ribeauvillé 2004 au domaine Louis Sipp.
Cette petite séquence extrêmement intéressante nous montre que le métier de vigneron peut s’avérer vraiment très compliqué surtout sur certains millésimes comme 2004 où la conception de grands vins exige une bonne dose de créativité.

Pour finir avec ce millésime un peu « maudit » Etienne Sipp nous offre une dernière bouteille :
Pinot Gris G.C. Kirchberg 2004 – Domaine L. Sipp à Ribeauvillé : le nez est fin avec de discrets arômes de miel de fleurs, la bouche possède un équilibre vraiment superbe, gras, charnu, très gourmand et pourtant sec et tendu en finale.
Voilà une bouteille qui se tient vraiment très bien, sans le marquage aromatique des 2004 et avec une matière superbe en bouche…comme quoi, lorsqu’on cherche des certitudes, ce n’est peut-être pas du côté de la viticulture qu’il faut aller voir !

En tous cas mille mercis à Etienne Sipp de nous avoir fait partager ce moment d’histoire du domaine avec cette intervention illustrée par ces 4 jolies bouteilles.


3 : 3 vins de 2002.

Riesling Wintrange Felsberg 2002 – Domaine Schumacher-Knepper : le nez est franc et discret sur la mélisse et la citronnelle, la bouche est plaisante avec une attaque très vive et un bel équilibre sec et tendu.
Riesling G.C. Kanzlerberg 2002 – Domaine S. Spielmann à Bergheim : le nez est marqué par des notes de noisettes grillées évoluant rapidement vers des arômes de sous-bois et de champignon blanc, le toucher de bouche est assez gras et l’équilibre très fragile s’appuie sur une structure acide présente et une légère amertume en finale.
Sancerre La Grande Chatelaine 2002 – Domaine J. Mellot à Sancerre : le nez est discret sur la groseille blanche et le miel, la texture en bouche est bien grasse mais l’équilibre de l’ensemble est également un peu vacillant.
2002 a aussi été un millésime difficile en ce qui concerne la problématique de la maturité physiologique des raisins : cette petite série très éclectique n’a pas fait émerger un profil commun mais nous a réservé quelques surprises…
Le premier vin, un modeste cru luxembourgeois récolté du côté de Schengen a nettement dominé le trio par son équilibre et sa pureté, le second semblait très fatigué (une autre bouteille regoûtée quelque jours plus tard a fait bien meilleure impression) et le troisième avait perdu beaucoup de sa vivacité.
Bref, un camouflet pour un oenophile alsaco-franco centrique comme moi…je ne vous remercie pas Monsieur Meyer !


4 : pour la bonne bouche...

Altenberg 2001 – Domaine Deiss à Bergheim : le nez est discret et complexe sur le froment et les épices, la bouche est puissante, avec des arômes de raisins secs et d’épices et un équilibre superbe alliant un joli gras et une grande salinité en finale.
Ce vin issu d’une complantation sur le Grand Cru Altenberg de Bergheim possède une matière riche (100g de SR) mais garde une vraie élégance grâce à cette belle sapidité qui laisse une sensation de plénitude au palais.
2001 confirme son statut de grand millésime en Alsace.

Gewurztraminer G.C. Mambourg S.G.N. Cuvée Or 2008 – Clos des Capucins à Kaysersberg : le nez est puissant et complexe sur les fruits jaunes très mûrs complété par des notes grillées et botritysées, la bouche très liquoreuse a un toucher est un peu huileux mais la matière possède une densité inouïe et la longueur finale est phénoménale.
Personne ne peut pas rester insensible devant ce vin aux caractéristiques exceptionnelles (240g SR et 9g AT)…même si le sentiment de too much n’est pas loin.
Pour moi, cette nouvelle rencontre avec cette référence mythique ne m’a toujours pas transporté sur les sommets que son prix exorbitant devrait pourtant faire atteindre…Hélas !


Pour conclure

- Cette Masterclass expérimentale nous a aidé à prendre conscience de la complexité du travail du vigneron ainsi que toutes les péripéties qui accompagnent souvent la naissance d’un grand vin. Le millésime 2004 avec ses avatars climatiques a été un thème d’étude ardu mais très formateur et l’intervention d’Etienne Sipp qui nous a invités à revivre une expérience grâce à des flacons-témoins prélevés dans l’oenothèque du domaine a donné un relief tout à fait particulier à cette séquence.
Mille mercis messieurs pour cette dégustation pédagogique.

- Comme cette série n’avait pas comme objectif principal de nous présenter une sélection de vins choisis pour leur haut niveau qualitatif, je ne vais pas parler de coup de cœur aujourd’hui, mais plutôt de bouteilles marquantes, comme cet auxerrois de Josmeyer, la perfection dans la simplicité, le pinot gris G.C. 2004 de Sipp, un joli pied de nez à un millésime périlleux, ou encore le riesling luxembourgeois, qui montre une fois de plus que l’excellence n’a pas vraiment de frontière géographique.

- En tous cas, cette après-midi a été l’occasion d’un véritable enrichissement personnel au niveau de mes connaissances sur le monde du vin…vivement la prochaine leçon !

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 12:03

 

Avec ce printemps précoce et chaud bien installé sur l’Alsace depuis quelques semaines, l’occasion de savourer quelques asperges, légumes primeurs, morilles et fraises accompagnés par une série de belles flûtes locales était bien trop belle…direction la Taverne Alsacienne à Ingersheim où nous attendent Jean-Philippe Guggenbuhl et Thierry Meyer pour un nouveau repas dégustation de l’Oenothèque Alsace.

 

 

L’assemblée du soir très cosmopolite, est invitée à se délecter des plats préparés par le chef, qui comme à son habitude, s’est fait un point d’honneur à préparer de beaux produits dans des compositions simples et précises et à tester la qualité des associations viniques pensées par Thierry.


Apéritif :


Pinot blanc Mise du Printemps 2010 – Domaine Josmeyer : au nez, des arômes frais et aériens, un peu cône de houblon, la bouche allie ampleur et tension dans une structure parfaitement équilibrée.
Une superbe entrée en matière avec ce vin élégant et très sapide…un apéritif idéal qui se boit avec plaisir et facilité, sans monopoliser le palais pour la suite.

 

 

Foie gras de canard poêlé, fraises et jus réduit :


Pinot Gris Altenbourg-Cuvée Laurence 2005 – Clos des Capucins : au nez, des arômes frais et gourmands sur l’abricot et la vanille, la bouche est généreuse mais l’association du moelleux et de l’acidité bien longue dessine une silhouette svelte et raffinée.
Pinot Gris G.C. Furstentum 1991 – Domaine P. Blanck : au nez, les arômes sont purs mais assez évolués (cire, épices), la bouche est très belle avec un grain soyeux et gras et une grande longueur finale.
Face à un 2005 parfaitement épanoui, le 1991 qui avoue son âge sans faux-semblant a un peu de mal à se faire sa place…
Ceci dit, ces deux vins tiennent parfaitement leur rang avec des structures riches et équilibrées en bouche : l’Altenbourg confirme que les grands vins de 2005 commencent à sortir de leur torpeur et se goûtent admirablement aujourd’hui, le Furstentum prouve une fois de plus que 20 ans de garde ne font pas peur à des Grands Crus alsaciens.
Avec le plat, deux accords bien différents : le premier vin joue sur une harmonie au niveau des textures alors que le second crée une belle synergie sur le plan aromatique.

 

 

Fricassée d’asperge aux morilles fraîches :


Muscat G.C. Altenberg de Bergbieten 2007 – Domaine F. Mochel : au nez, les arômes floraux sont exubérants, presque entêtants, l’attaque en bouche est puissamment aromatique mais la structure ne tient pas sur la longueur, l’ensemble manque un peu de corps et la finale est particulièrement abrupte.
Riesling G.C. Steingrubler 2000 – Domaine Barmes-Bucher : la bouteille s’avère défectueuse, oxydation prématurée.
Riesling Rorschwihr-Cuvée Yves 2000 – Domaine Rolly-Gassmann : au nez, des notes très pures d’agrumes confits, la bouche est riche et gourmande avec un moelleux sensible mais une grande salinité finale.
Décidément, la cuvée G.C. de Mochel me laissera toujours un peu sur ma faim : ce vin reconnu et apprécié par beaucoup de dégustateurs ne correspond vraiment pas à ce que j’attends d’un muscat…en plus, sur cette bouteille, le différentiel entre la puissance des arômes et la fragilité de la structure en bouche m’a vraiment dérangé.
Il en est tout autrement des vins de Rolly-Gassmann dont j’aime de façon presque inconditionnelle cette matière toujours très opulente sous tendue par une charpente solidement minérale qui se révèle de plus en plus précisément avec quelques années de garde. Superbe !
Avec le plat, l’accord attendu avec le muscat s’est réalisé assez naturellement, mais j’ai nettement préféré le riesling 2000 qui, face à ces asperges cuites à la perfection et ces morilles goûteuses à résonné joliment en répondant avec beaucoup de finesse à la pointe amère des légumes.


Gigot d’agneau de lait des Pyrénées, jus à l’ail et légumes primeurs :


Pinot noir M 2009 – Domaine Laurent Barth : au nez, de belles notes de fruits rouges (surtout de la framboise), la bouche est très agréable avec un toucher soyeux et une fine acidité qui rafraîchit la finale.
Pinot noir Vieilles Vignes 2002 – Domaine A. Hurst : au nez, après de fugaces notes de réduction, la palette s’offre avec richesse et complexité, un fruité un peu confit et un léger fumé, la présence en bouche est très plaisante, dense, charnu et d’une belle finesse aromatique.
Pinot noir F 1996 – Domaine P. Blanck : au nez, expressivité et franchise avec des arômes de cerise mûre, la bouche est corpulente avec une acidité présente qui s’impose progressivement en donnant un caractère assez austère à la finale.
Récolté sur des terroirs classés Grand Cru ces trois vins se sont comportés en très bons compagnons de table sans pour autant me procurer de grande émotion.
Le 2009 (récolté sur le G.C. Markrain) est beau mais je dois dire que j’ai déjà rencontré quelques références superbes sur ce millésime…là je serai moins enthousiaste.
Le 2002 (récolté sur le G.C. Brand) est vraiment étonnant pour le millésime et confirme le potentiel des terroirs granitiques pour les pinots noirs alsaciens…la bonne surprise de la série.
Le 1996 (récolté sur le G.C. Furstentum) a joliment patiné ses arômes mais la bouche est restée bien trop stricte à mon goût.
Avec le plat, ça marche sans plus pour les trois vins, mais l’agneau aurait supporté un poil de générosité en plus dans le verre. On aurait pu descendre vers la Méditerranée…bien que je sois sûr que sur 2009 il y avait moyen de trouver par chez nous.


Compotée de rhubarbe à la vanille :


Riesling G.C. Zinnkoepflé VT 2009 – Domaine A. Bursin : agrumes mûrs au nez et un équilibre pointu en bouche malgré une matière très ronde…une VT superbement minérale !
Gewurztraminer VT 2005 – Domaine P. Spannagel : le nez est très mûr avec des arômes confits et grillés et une touche de rose fanée, la bouche gentiment rondouillarde devient un peu lourde en finale.
Gewurztraminer G.C. Zinnkoepflé VT 2002 – Domaine E. Rominger : le nez est riche avec des notes de torréfaction, de fruits cuits et d’épices, la bouche se caractérise par une présence suave et bien équilibrée.
Voilà un trio moelleux qui montre une fois de plus que ce type de vin d’Alsace a une vraie place en fin de repas : la jeunesse du riesling 2009 s’impose dans un accord immédiat, presque ton sur ton, mais le gewurztraminer 2002, plus raffiné et plus complexe crée un mariage plus subtil basé sur le dialogue entre les saveurs de chaque élément.

 

 

Pour conclure :


- ce repas printanier préparé avec sa maestria habituelle par Jean-Philippe Guggenbuhl et arrosé avec une sélection alsacienne composée par Thierry a une nouvelle fois tenu ses promesses.


Face à des produits très goûteux les vins d’Alsace ont prouvé que leur place à table à côté de plats de haute gastronomie était tout à fait légitime.


- au niveau des accords j’ai particulièrement apprécié le mariage très surprenant entre le riesling de Rolly-Gassmann et les asperges…je n’aurai jamais osé tenté un tel sacrilège, mais dorénavant je n’hésiterai plus !


- pour le coup de cœur liquide j’aimerai revenir tout simplement sur le pinot blanc 2010 de Josmeyer, un vin qui se livre avec simplicité et franchise et qui laisse une impression de plénitude rare en bouche.
2010 sera un millésime compliqué mais les quelques premiers vins que j’ai pu goûter chez les « bons » me font penser que ce n’est pas encore cette année que ma consommation de vins d’Alsace va diminuer…


Bravo et merci à Thierry et Jean-Philippe pour cette soirée !

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 17:14

 

Pour cette première session 2011 des Masterclass Alsace, une petite quinzaine d’oenophiles passionnés ont été invités à déguster :
« Les vins qu’il faut avoir bu en ce début 2011 pour comprendre le vignoble alsacien ».

Un sujet aussi vaste qu’ambitieux que Thierry Meyer nous propose de traiter à travers 6 thèmes différents, illustrés par 2 à 3 flacons judicieusement sélectionnés.
Hoppla jetzt geht’s loos…

 

 

Masterclass Alsace du 19 mars 2011 à Colmar


Tous les vins sont dégustés et commentés à l’aveugle – verres INAO


Thème 1 : les ambassadeurs du vin d’Alsace à l’étranger

Gentil 2008 – Domaine Hugel à Riquewihr : le nez est discret sur les fruits blancs, la bouche est simple et gouleyante mais avec un joli volume et une finale assez persistante.
Riesling 2008 – Domaine Trimbach à Ribeauvillé : le nez est vif, citronné et légèrement terpénique, la bouche possède une acidité longue mais tranchante, la finale révèle de beaux arômes de citron frais.
La capacité de fournir de gros volumes est le premier sésame pour ouvrir les portes du marché international à un vin : ce Gentil produit à 500 000 cols et ce riesling produit à 340 000 cols ont le mérite de pouvoir relever ce défi. En terme de dégustation, le « gentil assemblage » est consensuel et facile à boire mais le riesling est un peu caricatural avec son acidité mordante et son équilibre vraiment austère. Ceci dit, ces vins sont nets et bien vinifiés…même s’ils demeurent sans grand intérêt pour nous autres œnophiles vivant dans cette région bénie où le bon vin coule à flots…


Thème 2 : les vins secs du millésime 2009

Muscat 2009 – Domaine B. Hertz à Eguisheim : le nez s’ouvre sur des notes un peu exotiques puis évolue vers des nuances plus florales, la bouche est dotée d’un joli gras et d’un fruité bien gourmand, la finale est un peu lourde à mon goût.
Sylvaner Vieilles Vignes 2009 – Domaine H. Fuchs à Ribeauvillé : le nez est discret et très pur sur le citron et la pomme acidulée, la bouche est légère, longiligne mais avec une très belle salinité finale.
Riesling G.C. Schoenenbourg 2009 – Domaine Bott-Geyl à Beblenheim : le nez est discret et racé avec des notes de miel et une minéralité déjà bien présente, la bouche est ample et charnue avec une structure puissante et une belle finale longue et saline.
2009 est un millésime chaud où les fruits ont été rentrés avec une grande maturité mais avec des taux d’acidité faibles : le risque de faire des vins chauds, lourds et déséquilibrés était réel… ce muscat très sec (0,4 g de SR) avec une structure surprenante et une palette aromatique raffinée, ce sylvaner qui se présente comme le vin de soif et de convivialité par excellence avec un rapport Q/P exceptionnel (4,40 euros au domaine) et ce riesling très jeune mais déjà plein de force sont 3 exemples de vins techniquement secs (moins de 4 g de SR) avec des acidités présentes (dans l’ordre : 6,36g, 7,33g, 6,75g) qui ont pu construire leurs équilibres grâce à la minéralité de leurs terroirs.


Thème 3 : le retour parmi l’élite du vignoble alsacien des grandes maisons historiques.

Riesling G.C. Schoenenbourg 2008 – Domaine Dopf au Moulin à Riquewihr : de vilaines notes liégeuses masquent un peu la joli palette exotique de ce vin (ananas, mangue et un peu d’abricot frais), en faisant abstraction du défaut de bouchage, on découvre une bouche qui possède un très beau volume et une présence saline et minérale très puissante en finale.
Riesling G.C. Kirchberg de Barr 2008 – Domaine Klipfel à Barr : le nez est direct et assez intense, dominé par des notes de torréfaction et de fumée, la bouche élégante, longiligne possède une finale bien fraîche.
Riesling G.C. Zotzenberg 2009 – Domaine E. Boeckel à Mittelbergheim : le nez est gourmand et frais sur les fruits exotiques avec quelques notes minérale, la bouche est équilibrée, peut-être un peu légère et marquée par une petite déviance liégeuse, la finale revient sur la belle minéralité évoquée à l’olfaction.
2 bouteilles sur 3 avec un défaut…pour prouver la renaissance qualitative des grands domaines, c’est un peu court comme argumentaire !
Ceci dit, le Schoenenbourg a été reconnu par l’ensemble des dégustateurs (moi y compris) comme un très grand vin, le Kirchberg est encore bien jeune pour livrer toute sa complexité et le Zotzenberg allie expression aromatique et minéralité…finalement c’est pas si mal !
Mais il va quand même falloir une petite série supplémentaire du même type pour me convaincre. A bon entendeur…


Thème 4 : Après les excès de barrique neuve, l’élevage des grands pinots noirs gagne en élégance.

Pinot Noir Geissberg 2009 – Domaine F. Bleger à Saint Hippolyte : le nez est très gourmand sur la cerise rouge, la framboise confite, l’attaque en bouche est ronde avec un joli fruit mais la finale est un peu austère avec des tanins denses et un peu secs.
Pinot Noir Rittersberg - Réserve Personnelle 2009 – Domaine J.P. Schmitt à Scherrwiller : le nez s’ouvre sur des arômes épicés, torréfiés et légèrement boisés et se développe avec de belles notes d’orange sanguine, la bouche est très caressante avec un fruit profond et une finale fraîche et très longue.
Pinot Noir Strangenberg 2008 – Domaine A. Bursin à Westhalten : le nez est empyreumatique avec des notes de torréfaction, de moka et de cacao amer, la bouche possède une chair très gourmande avec un fruit bien expressif et une belle finale.
Avec ce Geissberg (un « s » de plus que le G.C.) un peu jeune mais joliment fruité, ce Rittersberg superbe avec une structure impeccable et une palette subtile et raffinée, ce Strangenberg très sexy avec son profil bourguignon pleinement assumé, nous avons là, 3 exemples de pinots noirs très différents mais d’un niveau qualitatif exceptionnel. L’Alsace possède de très grands terroirs pour les rouges mais il fallait des vignerons engagés dans une démarche d’excellence pour les mettre en valeur ; depuis quelques années (pour moi 2003 a eu un effet déclencheur…) ils sont de plus en plus nombreux et c’est très bien ainsi !


Thème 5 : le gewurztraminer, seul cépage typique d’Alsace, peine encore à faire sa place à table.

Gewurztraminer Cuvée Laurence 2008 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est assez mystérieux avec de discrets arômes d’agrumes et quelques notes surprenantes qui font penser à des céréales (blé, orge, pain frais), la bouche est très sphérique, l’équilibre est moelleux mais la finale est bien fraîche et longuement aromatique.
Gewurztraminer Turckheim 2002 – Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim : le nez est bien complexe mais avec des arômes surprenants de morille sèche, de truffe et d’épices douces qui écrasent un peu le fruité subtil (bergamote), la bouche est charnue, dense et puissante, la finale très longue révèle une belle salinité et quelques notes poivrées.
Gewurztraminer G.C. Pfersigberg 2009 – Wolfberger : le nez est charmeur avec un fruité bien complexe (banane, litchi, mangue) relevé par des notes épicées, la bouche est agréable avec un moelleux confortable et une finale équilibrée.
Les grands vins secs ont une sorte de monopole dans la grande gastronomie d’aujourd’hui : effet de mode ou manque d’imagination de nos chefs, la question se pose…Placé parfois à l’apéritif où il risque de casser le palais pour la suite ou au dessert où il subit souvent des mariages contre nature, le gewurztraminer, cépage unique et vraiment emblématique de l’Alsace, reste toujours encore le parent pauvre à table.
Pourtant, avec cette Cuvée Laurence, complexe et festive, ce Zind-Humbrecht déjà bien évolué et d’une puissance remarquable et ce jeune Pfersigberg frivole et aérien, il a quand même de quoi stimulet la créativité culinaire !
En sortant des sentiers battus de la tradition alsacienne pour aller voyager du côté des tajines aux fruits secs ou de la cuisine thaïe avec ses effluves épicées, le gewurztraminer s’imposera comme une évidence…il suffit d’essayer pour s’en convaincre.

 

CIMG3087
Les quatre premiers chapitres de la leçon…

 

 

Thème 6 : l’élevage long sur lies pour rechercher la minéralité optimum : le cas des vins de Marc Tempé.

Auxerrois Vieilles Vignes 2005 : le nez est étrange, il s’ouvre sur des notes de mousse de bière et de farine avant de laisser apparaître quelques arômes discrets d’agrumes mûrs, la bouche est d’un abord agréable, ronde et gourmande avec une finale très aérienne.
Pinot Gris Rimelsberg 2003 : le nez est intense et très complexe sur la noix de coco, le caramel, la vanille avec de belles notes fruitées (fraise, fruits jaunes), la bouche possède un beau volume avec du gras, une structure très sphérique et une chair encore bien fruitée, la finale est longue et profondément aromatique.
Riesling G.C. Mambourg 2003 : le nez est racé et complexe avec des arômes très purs de cire (encaustique), d’écorce d’agrumes et un boisé délicat, la bouche est splendide, l’équilibre est sec, de jolies notes épicées viennent compléter la palette, la finale est longue et sapide…en un mot, superbe !
Des raisins récoltés à maturité physiologique complète ont généré ces 3 belles cuvées que Marc Tempé a élevé longtemps avec un minimum d’intervention : 4 ans en barriques pour les 2 pinots et 3 ans pour le riesling. Ces vins sont atypiques avec des personnalités très affirmées et pas forcément consensuelles : l’auxerrois ne m’a pas forcément convaincu mais je suis tombé sous le charme du Rimelsberg, un peu baroque mais parfaitement équilibré et j’ai apprécié par dessus tout la classe hors norme du Mambourg…pour moi le plus grand vin de la série !

 

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Le trio final.



Pour conclure

- Avec son nouveau protocole de séance, cette Masterclas, à l’intitulé un brin provocateur, nous a permis d’aborder 6 thématiques différentes illustrées par une dégustation commentée de plusieurs vins. J’ai beaucoup apprécié cette variété qui a conféré un joli rythme à la dégustation sans pour autant altérer la qualité des contenus de formation : un beau travail de pédagogue…bravo maître Thierry !
 

 

- La leçon sur les contraintes économiques du marché mondial constituait une mise au point nécessaire sur le rôle important des grandes maisons de négoce, même s’il faut reconnaître que leurs vins n’ont qu’un intérêt limité pour l’amateur.
La série sur 2009 aura démontré que les vins élaborés dans le souci de valorisation du terroir n’auront aucune difficulté à trouver leur équilibre dans ce millésime : comme pour 2003, le dégustateur averti trouvera de très grands vins en Alsace.
Les 3 vins provenant de grandes maisons alsaciennes n’ont pas complètement rempli leur mission : les bouteilles dégustées dans cette série n’étaient pas au mieux de leur forme…Dommage !
En revanche, les pinots noirs et les gewurztraminers ont constitué un argumentaire gourmand extrêmement convaincant : voilà de grands vins qui méritent une place d’honneur en gastronomie.
La découverte d’une approche particulière du vin d’Alsace par un vigneron est une très belle idée (à reconduire…d’autant plus que les vins présentés étaient vraiment superbes.

- Pour les coups de cœur de l’après-midi, le riesling Mambourg 2003 s’impose tout naturellement comme premier choix suivi par le pinot noir Rittersberg 2009 que seul son prix un peu élevé à mon sens (22 euros…mais je ne veux pas relancer le débat !) me conduit à placer en second.

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 10:26




Après avoir entendu que le cours du homard avait fortement baissé en cette fin de mois d’août, Thierry Meyer a sauté sur l’occasion pour demander à son ami Jean-Philippe Guggenbuhl s’il lui serait possible de concevoir un menu autour de ce noble crustacé.
Bien évidemment, le chef cuisinier de la Taverne Alsacienne n’a pas hésité à relever le défi.
C’est ainsi, qu’à peine remis de mes émotions bourguignonnes, je me retrouve en compagnie d’une dizaine de membres de l’Oenothèque Alsace pour un nouveau festival gustatif arrosé par une sélection de belles bouteilles sorties pour la plupart des caves personnelles des convives.


Pour l’apéritif et pour accompagner la bisque de homard maison :

Ermitage Ex Voto 2001 – Guigal : le nez s’ouvre sur des notes oxydatives assez tenaces mais après cette première impression un peu inquiétante le vin se révèle dans toute sa beauté : des arômes de fruits jaunes, de génoise vanillée, de miel, une bouche onctueuse qui prend progressivement un beau volume et une allonge remarquable.

Corton Charlemagne 2001 – Matray-Dubreuil : le nez est discret, fin et très pur sur la noisette et le miel, la bouche joue plutôt sur un registre fin et élégant que sur le volume et la puissance…un dandy plein de classe !

Clos Windsbuhl Chardonnay 1994 – Zind-Humbrecht : le nez est expressif bien qu’un peu déroutant par son registre qui s’ouvre sur des notes de sardine à l’huile et le beurre frais avant de prendre une allure un peu plus conventionnelle avec des fruits jaunes et un léger vanillé, la bouche est puissamment aromatique, l’acidité est longue et pointue et la longueur assez étonnante.

Gewurztraminer G.C. Furstentum 1991 - Blanck : le nez est aérien et très élégant avec une belle palette sur les fleurs et le pomelo bien mûr, la bouche est dotée d’une belle puissance, le moelleux et la fraîcheur sont en harmonie, la longue persistance signe la qualité de ce beau vin.

La bisque goûteuse à souhait et les morceaux de homard qui y nageaient se sont parfaitement entendus avec le Corton Charlemagne, un allié naturel pour ce plat, mais également avec l’Ermitage qui, après des débuts difficiles (Thierry a failli le mettre à l’évier…) a affirmé une classe tout à fait remarquable.
Pour moi, le Clos Windsbuhl avait trop de personnalité pour être servi avec un repas et le gewurztraminer, bien que très beau, n’était pas à sa place sur ce plat.


Pour accompagner la petite salade homard et cèpes :

 

 

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Côtes du Jura Chardonnay 2007 – Ganevat : le nez est fin, pur et précis sur les fruits blancs frais, la bouche est fraîche, droite avec une grande profondeur.

Pinot Gris Letzenberg 2006 – Adam : le nez s’ouvre sur le sous-bois et le champignon blanc mais de jolies notes de citron confit s’imposent progressivement, la bouche est riche, volumineuse et bien équilibrée.

Clos du Zahnacker 2007 – Cave de Ribeauvillé : le nez est pur, complexe et séduisant avec des notes de froment, des nuances un peu biscuitées et quelques touches florales, la bouche est parfaitement équilibrée, la finale est longue et agréablement fraîche.

Puligny Montrachet 1°Cru Les Referts 2000 – Carillon : quelques notes de réduction très fugaces laissent rapidement la place à une belle palette associant citron confit et notes pierreuses (silex, craie), la puissance en bouche est impressionnante, beaucoup de gras, une acidité droite et profonde et longueur aromatique remarquable.

Chignin Bergeron La Cigale 2005 – Quénard : le nez est agréable et très direct sur les fruits jaunes (mirabelle, abricot), la bouche est bien balancée, équilibre tonique et très jolie longueur aromatique.

5 très beaux vins face à un plat exceptionnel : le splendide Puligny dans la force de l’âge joue l’harmonie absolue, l’étonnant Clos du Zahnacker donne plutôt dans le contre-chant mais le duo fonctionne superbement…dommage pour les autres bouteilles qui restent un peu dans l’ombre des 2 précédentes, notamment le chardonnay de Ganevat qui mérite pleinement sa place parmi l’élite des vins blancs.
 

 

Pour accompagner le demi homard rôti sur légumes en ratatouille :

 

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Schoffweg 2005 – Deiss : le nez est assez agréable avec des arômes de confiture de coing qui évoluent peu à peu vers un profil franchement oxydatif, la bouche est ronde et suave avec un moelleux qui monopolise la finale.

Pinot Gris Jubilée 1995 – Hugel : le nez est marqué par les petits fruits rouges (fraise des bois notamment), des notes grillées et légèrement fumées apportent une belle complexité à l’ensemble, l’équilibre en bouche est très fin, la finale est longue et élégante.

Riesling Kappelweg V.T. 2000 – Rolli-Gassmann : le nez est superbe avec un fruité très gourmand sur les agrumes confits et l’ananas, complété par une touche vanillée, la bouche allie maturité, fraîcheur et grande profondeur aromatique.

Puligny Montrachet 1°Cru Sous le Puits 1995 – Leflaive : le nez trahit l’oxydation, la bouche très fatiguée confirme hélas le diagnostic…ce vin est passé.

L’incroyable riesling Kappelweg 2000 a subjugué l’assistance et a écrasé la concurrence (certes un peu diminuée) sur ce met succulent. Cette bouteille, qui n’est pas encore en vente au domaine, nous a offert un véritable festival gustatif sur ce crustacé rôti…un grand moment !


Pour accompagner la salade de fruits exotiques :

Gewurztraminer Ostenberg SGN 2007 – Loew : le nez est pur, élégant et déjà bien ouvert sur un fruité charmeur, la bouche est onctueuse mais la finale garde une belle fraîcheur minérale.
Une pépite de la Couronne d’Or dans sa prime jeunesse :déjà séduisant mais avec un très grand potentiel d’évolution.
 

 

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Pêle-mêle, les bouteilles de la soirée…

 

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Mille mercis à Thierry Meyer pour sa géniale initiative et bravo à Jean-Philippe Guggenbuhl pour sa créativité culinaire.

 

Merci à Eric pour les photos.

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 10:08



A l’occasion de cette nouvelle Masterclass de l’Oenothèque Alsace, une petite vingtaine d’œnophiles avait choisi d’oublier pendant quelques heures la belle météo estivale de cette fin juin pour se retrouver sur les bancs de la salle de dégustation de la maison Wolfberger à Colmar : les leçons de savoir-boire alsacien de Thierry Meyer demandent parfois des sacrifices…

Comme pour les sessions précédentes le principe des 3 thèmes d’études a été reconduit :
- Thème 1 : 3 vins pour se faire une petite idée du millésime 2009.
- Thème 2 : comment se portent les pinots gris 2005 ?
- Thème 3 : les gewurztraminers GC 2008, une grande réussite !

Alléchant non… ?

 

 

 

Thème 1 : 3 vins

Riesling Le Kottabe 2009 – Josmeyer à Wintzenheim : un nez pur et très agréable sur le raisin frais et les fruits blancs, la bouche est finement acidulée avec une structure ample tout en gardant un caractère désaltérant.
Les aficionados du style Josmeyer sont quelque peu déroutés par le caractère charmeur et gourmand de ce riesling… moi j’ai beaucoup aimé ce mélange de facilité et d’élégance !

Sylvaner 2009 – G. Lorentz à Bergheim : le nez s’ouvre sur des notes de champignon blanc avant de livrer quelques délicats arômes floraux, la bouche est désaltérante avec un équilibre sec et une finale très austère, un peu piquante et amère.
Un vin très serré, dont la structure ferait presque penser à un déficit de maturité… étonnant pour ce millésime !

Gewurztraminer Cuvée Saint Léon IX – Wolf berger à Eguisheim : le nez est intense avec un profil aromatique classique sur l’eau de rose, la bouche allie gras et ampleur tout en restant bien équilibrée, le marquage floral s’intensifie jusqu’en finale.
Un gewurztraminer élégant et festif, très marqué par le cépage mais avec une structure bien balancée.


2009 est un millésime chaud qui réservera de nombreuses surprises, bonnes ou mauvaises. Ce riesling et ce gewurztraminer tiennent leur rang : les matières sont puissantes et concentrées mais l’équilibre est parfaitement assuré. Le sylvaner déçoit car il y avait assurément mieux à faire sur ce millésime : le « grand A » du Domaine Schmitt ou les sylvaners du domaine Lissner goûtés récemment se sont montrés pleins de belles promesses…



Thème 2 : 6 vins

Pinot Gris K 2005 – Paul Kubler à Soultzmatt : le nez est fin et discret sur un registre floral que quelques notes de vanille et de noisette enrichissent agréablement, la bouche est ample avec un beau gras et une finale marquée par le bois.
Malgré le caractère un peu bourguignon de cette cuvée qui peut dérouter le puriste, ce pinot gris procure un réel plaisir à la dégustation.

Pinot Gris Tradition 2005 – Hugel à Riquewihr : le nez est dominé par de puissantes notes de réduction (charcuterie, rillettes…), l’aération révèle une palette un peu plus avenante sur le miel et les fleurs, la bouche est plus flatteuse avec une belle ampleur, un profil aromatique plus pur et quelques notes fumées en finale.
Un nez vraiment peu agréable qu’une bouche plus avenante ne peut faire oublier…regoûté une heure plus tard l’olfaction ne s’était guère améliorée. Déception !

Pinot Gris Tradition 2005 – Domaine de l’Oriel à Niedermorschwihr : le nez ressemble au précédent avec les mêmes notes charcutières mais l’intensité et la persistance sont moindres : des notes fumées (couenne de lard) et presque un peu iodées s’imposent assez rapidement. La bouche est ronde agréable, bien glissante.
Une personnalité très forte au nez et un caractère plus consensuel en bouche… un pinot gris déjà bien évolué qui surprend par sa palette olfactive très particulière.

Pinot Gris Tradition 2005 – Domaine Pfister à Dahlenheim : le nez est fin et très agréable avec des notes de farine, de froment, de mie de pain, la bouche possède un beau volume, une acidité large, un gras conséquent, la finale est longue, bien fraîche, délicatement citronnée et fumée.
Un pinot gris à maturité avec une matière équilibrée et un profil aromatique très intéressant. Une très belle réussite !

Pinot Gris Cuvée Terroir 2005 – Cave de Ribeauvillé : le nez est très mûr avec des notes de raisin sec et d’abricot, la bouche est légèrement moelleuse, le fruité reste très gourmand avec une belle touche acidulée, la finale est marquée par des arômes de fruits confits.
Un équilibre assez tonique malgré une richesse évidente… une version opulente du cépage bien réussie.

Pinot Gris Cuvée Sainte Catherine 2005 – Domaine Weinbach à Kaysersberg : le nez est intense et agréable sur les fruits mûrs et la noisette, l’équilibre en bouche se réalise entre une acidité bien vive et un gras imposant, la finale est ample et concentrée avec quelques touches fumées.
Une cuvée sérieuse et concentrée, un pinot gris terriblement bien vinifié, qui peut surement encore gagner en complexité avec l’âge.


2005 fut une très belle année pour le vignoble alsacien : des matières premières riches et saines ont permis la réalisation de très grands vins secs ou moelleux.
Cette série de pinots gris « terroir » (récoltés sur des parcelles sélectionnées mais non classées G.C.) nous a permis de faire un petit état des lieux sur ce cépage après 5 années de bouteille.
Pour remplacer le traditionnel exercice d’évaluation des vins selon l’échelle « meyerienne », Thierry nous propose une hiérarchisation de 1 à 6 des bouteilles dégustées.
Pour moi, comme pour la majorité des dégustateurs présents, ce fut la cuvée de Pfister qui a remporté la palme devant le pinot gris du Clos des Capucins. Deux très beaux vins sans conteste et une différence qui s’est faite sur l’harmonie : le Weinbach semblait encore en phase de construction alors que le Pfister avait atteint la phase de plénitude… match retour dans quelques années ?


Thème 3 : 6 vins.

Gewurztraminer G.C. Altenberg de Wolxheim 2008 – Domaine Lissner à Wolxheim : le nez est délicat et très complexe sur un registre floral qui fait penser à des senteurs d’arbres fruitiers en fleurs, les notes épicées pointent en filigrane, la bouche est ample, opulente mais équilibrée, la guimauve et la réglisse viennent enrichir la palette aromatique, la finale est longue, un peu tannique et fortement épicée.
Un joli festival aromatique pour ce gewurztraminer techniquement sec mais qui laisse une belle impression de richesse.

Gewurztraminer G.C. Steingrubler 2008 – Domaine Mann à Wettolsheim : le nez est discret mais très pur, les notes florales sont magnifiques (rose et jasmin), la bouche est équilibrée, élégante, la finale légèrement tannique révèle les classiques arômes d’épices douces.
Un gewurztraminer de dentelle avec un équilibre presque gouleyant mais avec une personnalité très raffinée.

Gewurztraminer G.C. Rangen-Clos Saint Théobald 2008 – Domaine Schoffit à Colmar : le nez est direct et de belle intensité sur le fruit exotique et les épices, la bouche est concentrée, riche et corsée, marquée par d’intenses aromes épicés, la finale acidulée et fraîche est d’une longueur exceptionnelle.
Avec un cépage exacerbé par le terroir et une structure aussi imposante, ce vin ne peut laisser personne indifférent…incroyable Rangen !

Gewurztraminer G.C. Marckrain 2008 – Domaine Barth à Bennwihr : un fruité pur et concentré qui se complexifie avec l’aération par l’apparition de belles notes florales (violette), la bouche possède une texture remarquable, charnue, croquante, avec une finale délicatement acidulée et profondément aromatique.
Terroir et cépage en synergie parfaite : une magnifique expression de gewurztraminer !

Gewurztraminer G.C. Kessler 2008 – Domaine Dirler à Bergholtz : le nez se présente avec quelques notes de réduction qui laissent rapidement la place à une palette fruitée très fraîche, en bouche l’attaque est finement acidulée, la matière est généreuse s’exprime progressivement, la finale est longue, saline et puissamment épicée.
Un gewurztraminer qui donne l’impression d’une grande force, encore contenue à l’heure actuelle, mais qui atteindra des sommets qualitatifs dans quelques années.

Gewurztraminer G.C. Kirchberg de Barr-Clos Gaensbronnel 2008 – Domaine Hering à Barr : une petite pointe de volatile n’altère que très peu la très belle olfaction sur les épices et la torréfaction, la bouche est ample, opulente avec une chair croquante et riche, la finale est longue, aromatique et discrètement fumée.
Un gewurztraminer qui apporte 3 certitudes, le Kirchberg est un très grand terroir, Hering est un très grand vigneron et 2008 est un très grand millésime… que demander de plus !


6 flacons délicieux pour nous convaincre que 2008 a permis de réussir de très beaux Grands Crus de gewurztraminer : un fruit magnifique et un support minéral d’une intensité exceptionnelle, les synergies terroir/cépage nous entraînent vers des sommets qualitatifs.
Pour les coups de cœur : le Marckrain, le Steingrubler et l’Altenberg se goûtent déjà merveilleusement bien aujourd’hui, mais les autres cuvées sont tellement pleines de belles promesses que le choix est quasiment impossible… Je trouverai donc une place dans ma cave pour chaque référence, c’est dit !

Et encore une partie de l’argent du ménage qui va se transformer en liquide… bravo et merci Thierry !

(PS ma femme, mes enfants et mon banquier ne s’associent pas à mes remerciements…)

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Présentation

  • : Vins, vignobles et vignerons.
  • : Récits liés à des rencontres viniques et oenophiliques.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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