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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 14:48

 

Nos anciens voisins de palier avec qui nous avons partagé quelques moments de convivialité mémorables ont décidé de profiter du week-end prolongé du premier mai pour organiser un petit séjour en Alsace.
En compagnie de deux autres familles bruxelloises, ils ont posé leurs valises dans un hôtel au centre de vieille ville de Kientzheim et, comme ils se souvenaient parfaitement de mon incurable vinomanie, ils se sont tout naturellement adressé à moi pour leur proposer quelques haltes gourmandes dans les caveaux alsaciens.
Dans un secteur où les bonnes adresses se comptent par dizaines, j’ai choisi de leur faire découvrir le domaine Bernhardt à Katzenthal et le domaine Emile Beyer à Eguisheim.
C’est donc à la tête d’un groupe très cosmopolite (portugais, espagnol et belge) que je commence cette journée par la montée vers la Nécropole de Sigolsheim d’où on peut admirer un panorama magnifique sur le vignoble autour de Colmar avec ses nombreux terroirs classées Grand Cru, comme le Mambourg, le Furstentum, le Schlossberg ou le Kaefferkopf…désolé de le répéter mais quand j’aime, je radote !

 

 
groupe&
Un groupe international à la Nécropole de Sigolsheim

 

 

 

Domaine Jean-Marc Bernhard à Katzenthal

 

 

 

L’heure de l’apéritif approchant quelle meilleure destination que le caveau du domaine Jean-Marc Bernhard à Katzenthal, où nous sommes attendus pour cette fin de matinée !

En attendant Frédéric, encore occupé dans ses vignes, Jean-Marc Bernhard nous propose une petite visite de cave, où cuves en inox et en béton côtoient quelques foudres en bois. « Des volumes très différents pour avoir un maximum de souplesse dans la gestion de nos cuvées ».
 

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Le groupe dans la cuverie.

 


La suite se passe au caveau où nous succédons à un groupe scandinave…une matinée très internationale au domaine Bernhard !


 
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Dégustation au caveau avec Frédéric Bernhard au service.

 

 

 

Sylvaner Vignoble de Katzenthal 2011 : le nez est intense, très mûr sur un registre floral avec quelques notes grillées, en bouche l’équilibre est plutôt rond mais la finale se montre bien sapide.
Avec des vieilles vignes de plus de 40 ans, un millésime chaud et une malo faite cette cuvée décevra les amateurs de droiture mais régalera tous ceux qui cherchent un vin plaisir simple et facile d’accès…j’avoue faire plutôt partie de la deuxième catégorie.

 

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Pinot Blanc Bouquet de Printemps 2010 : le nez est très aérien avec des notes de citron et de verveine, la bouche est très verticale, l’équilibre est sec et la finale est finement mentholée
On change de millésime et on change de style avec ce pinot blanc vif et élégant qui s’offre à nous sans chichis. Voilà un superbe vin pour tablées estivales (apéritif, salades, asperges, charcuteries…)

Muscat 2011 : le nez est ouvert et très expressif avec des notes de raisin frais, de fleurs (lilas, sureau) et de tilleul, la bouche est vraiment gourmande avec une matière assez généreuse soutenue par une fine trame acidulée
Millésime après millésime, ce muscat provenant du coteau de l’Hinterburg (surement pas très loin du château du Wineck), constitue pour moi une sorte de référence personnelle de qualité…parfois égalée, très rarement dépassée.

 

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Riesling G.C. Wineck-Schlossberg 2010 : le nez finement citronné est marqué par quelques notes de pierre à feu, la bouche est tendue, très verticale et la finale se prolonge sur des évocations minérales très racées.
Ce Wineck encore très réservé, parle un peu plus qu’il y a quelques mois, malgré tout on sent qu’il commence à peine à s’ouvrir. Ceci dit, lorsqu’on considère la solidité de sa structure on se dit que, finalement, rien ne presse…

Riesling G.C. Schlossberg 2010 : complexe et expressif au nez avec des notes de fruits blancs et une touche minérale bien présente, ce vin révèle une matière dense et concentrée qui laisse une impression presque granuleuse en bouche, les arômes se développent et s’épanouissent en persistant longuement en finale.
Plus flatteur que le Wineck ce Grand Cru montre un peu ses muscles mais le granit du Schlossberg lui confère une ossature qui le soutient sans peine. Grande réussite sur ce millésime !

 

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Pinot Gris Cuvée Particulière 2010 : le fruité est complexe et l’équilibre est très gourmand en bouche, le cépage signe la finale avec une légère touche fumée.
Classique mais d’une grande précision…un pinot gris archétypique !

Pinot Gris G.C. Kaefferkopf 2010 : le nez est particulièrement séduisant sur les fruits jaunes mûrs avec quelques notes grillées, en bouche la matière est riche, puissante mais encore un peu dissociée.
Comme tout grand vin de terroir ce pinot gris est encore trop jeune pour se montrer sous son meilleur jour, les éléments qualitatifs sont bien présents mais leur coexistence est encore un peu houleuse. Prometteur en tous cas !

Gewurztraminer Vieilles Vignes 2011 : le nez est intense et plaisant sur les fleurs (rose, lavande, mauve…), la coriandre et le poivre blanc, la bouche est riche, l’équilibre résolument moelleux mais la finale marque les esprits par sa grande longueur aromatique avec un registre épicé très présent.
Voilà un gewurztraminer qui assume sans complexe sa puissance aromatique et son moelleux…MIAM !

Gewurztraminer G.C. Mambourg 2009 : le nez est bien mûr avec des notes exotiques et une touche de cannelle, la bouche est opulente avec un toucher particulièrement soyeux et une finale rendue très digeste par une belle salinité qui s’affirme de plus en plus.
Goûté, regoûté et commenté à maintes reprises, ce gewurztraminer tient toujours son rang de réussite emblématique sur ce millésime…Grand vin !

Pinot Gris V.T. 2009 : le nez est riche et ouvert sur les fruits jaunes très mûrs complétés par des notes de truffe et de cèpe, en bouche la chair se montre gourmande à souhait mais la finale soutenue par une fine acidité se montre légère et digeste.
Avec sa palette expressive déjà bien évoluée et sa matière généreuse, ce pinot gris semble déjà bien en place…à point pour être dégusté, pourquoi s’en priver !

Muscat V.T. 2007 : avec des arômes de fleurs et de raisin sec qui flattent le nez, la bouche semble presque trop simple malgré sa belle richesse et sa finale assez légère.
Avec cette suavité et cette douceur, le plaisir est immédiat mais peut-être un peu trop superficiel…une vraie friandise à boire en tant que tel.

Riesling S.G.N. 2007 : le nez est complexe sur le raisin sec, la pierre chaude, les épices et quelques notes grillées, la matière en bouche est très riche (120 g de SR) mais le soutien acide long et profond rend la finale parfaitement digeste.
Ce riesling issu de tries successives sur les Grands Crus Schlossberg et Wineck-Schlossberg fait parler la richesse du millésime tout en révélant la puissante minéralité de ses terroirs d’origine…Superbe !

- Je ne compte plus le nombre de mes visites au domaine Bernhard mais bon, l’accueil y est toujours aussi souriant et sympathique, la dégustation proposée exhaustive à souhait et la gamme de vins d’une homogénéité qualitative qui surprend à chaque fois…pourquoi chercher plus loin !


- Les vins purs et précis, toujours très fortement marqués par leur terroir d’origine, se montrent avec beaucoup de naturel et de sincérité dès le premier contact…d’ailleurs, lorsqu’on serre la main à Frédéric Bernhard et qu’on sent cette poignée énergique et ce regard franc, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a un véritable air de famille entre ce vigneron et ses vins.


- En guise de coups de cœur du jour, je choisirai évidemment le muscat 2011 qui, comme pour les précédents millésimes, constitue pour moi une sorte d’étalon qualitatif mais aussi le riesling Schlossberg 2010, ample et volumineux, alliant puissance et finesse pour notre plus grand plaisir.


- Merci à la famille Bernhard pour cette nouvelle rencontre pleinement réussie…et à la prochaine, bien sûr !


 

Domaine Emile Beyer à Eguisheim

 

 

Après un repas de midi à Turkheim et une promenade digestive dans les rues d’Eguisheim, dont j’ai récemment évoqué l’incroyable beauté ( ICI) nous sommes attendus au domaine Emile Beyer pour la seconde étape de cette journée sur la route des vins d’Alsace.

Comme prévu, nous sommes accueillis par Mme Beyer mère qui nous a préparé une belle table dans la cour du domaine : verres Spiegelau et liste de vins préparée par Christian Beyer…la dégustation peut commencer :

Pinot blanc Tradition 2010 : le nez est précis avec des nuances florales et une touche discrètement minérale, la bouche bien droite mais très aérienne donne à ce vin une personnalité d’une grande élégance.
Fin, gourmand, séducteur mais sans flagornerie, ce pinot blanc (assemblage de pinot blanc et d’auxerrois) est un pur bonheur !
Goûtez cette cuvée d’entrée de gamme et vous comprendrez très vite avec quel niveau d’exigence les Beyer conçoivent leurs vins.

 

Alsace 0539

 

Muscat Tradition 2010 : le nez est discret avec des notes de fleur de sureau et d’anis, la bouche possède un équilibre assez sec avec une présence minérale bien marquée.
Face au muscat 2011 dégusté chez J.M. Bernhard ce matin, cette cuvée laisse une impression bien plus sérieuse : avec un millésime nettement moins chaud et une minéralité plus présente on se retrouve avec un vin plus gastronomique que festif, qui trouvera sa place à table en compagnie d’asperges ou de saumon fumé.

 

Riesling G.C. Pfersigberg 2010 : le nez est encore très réservé sur le citron et la craie, la bouche est d’une grande finesse avec une matière assez puissante, une acidité longue et très profonde et une finale qui persiste longuement en révélant une très grande salinité.
Toujours pas en vente mais toujours d’une qualité exceptionnelle ce Grand Cru qui m’avait déjà bluffé lors de mon récent passage au domaine, confirme son potentiel et sa grande race...j’ai comme l’impression que ce riesling fera date sur ce millésime.

 


Alsace 0454Notre arrivée plus tardive que prévue au domaine nous a permis de croiser Christian Beyer juste rentré d’un voyage aux Etats-Unis. Comme quoi le manque de ponctualité a parfois des conséquences positives…


Pinot Gris Hohrain 2010 : le fruité est déjà bien précis sur les fruits jaunes, la bouche est très complète avec une acidité longue, un gras sensible et une belle finale saline.
Pinot Gris Hohrain 2009 : le fruité est épanoui avec de légères notes grillées, en bouche la matière est riche, le toucher gras et soyeux mais la finale fait ressortir une touche saline très noble.
Situé sur un coteau faisant partie du Grand Cru Pfersigberg mais sur un versant moins exposé au soleil, ce lieu-dit est vraiment propice à la conception de pinots gris équilibrés et digestes. Le caractère du millésime se montre sans fard à travers les palettes aromatiques et les structures acides bien différentes de ces deux vins mais la trame minérale signe l’origine commune et atteste de la qualité de ce terroir.

Gewurztraminer L’Hostellerie 2010 : le nez est intense et complexe avec des arômes de cône de houblon, le lys, le poivre blanc…, la bouche est onctueuse mais avec un équilibre très fin et une palette qui s’enrichit encore en rétro-olfaction, l’élégante finale laisse un long sillage aromatique sur le poivre blanc.
Un registre aromatique d’une richesse inouïe et une présence pleine de vie et de fantaisie en bouche…pour moi c’est l’un des gewurztraminers les plus intéressants que j’ai pu goûter des derniers temps…MIAM !

 

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Gewurztraminer G.C. Pfersigberg 2008 : le nez est plus discret sur le raisin mûr, les épices douces (cannelle, cumin…) et quelques notes très timides de fruits exotiques, la bouche commence à révéler sa puissance mais le toucher reste très caressant et la finale longue et fortement épicée est rafraîchie par une minéralité qui s’affirme.
Voilà encore une bouteille qui confirme la belle impression ressentie il y a quelques semaines : l’aromatique est complexe et raffinée et la tenue en bouche est d’une grande classe. Superbe !

Gewurztraminer V.T. 2007 : le nez est discret mais d’une grande finesse avec des arômes de raisin confit et de rose, en bouche la matière très concentrée est tenue par une ligne acide bien marquée qui apporte une touche de fraîcheur en finale tout en exacerbant la présence aromatique.
Ce vin moelleux qui, avec 65g de SR et une trame acide très solide allie des éléments constitutifs puissants, commence à trouver son expression idéale…MIAM !

 

Alsace 0541

 

- Avec des atouts touristiques majeurs, Eguisheim est une destination de choix pour faire apprécier l’Alsace à des visiteurs et s’impose donc comme une seconde étape évidente pour mon petit groupe.
Après avoir pleinement apprécié la richesse architecturale et historique de cette petite bourgade, nous avons terminé cette belle journée au domaine Emile Beyer où nous avons été accueillis avec beaucoup de prévenance et de sympathie.
En plus, comme je n’avais pas eu le temps de déguster tous les vins de la gamme, lors de mon entretien avec Christian Beyer à propos du Grand Cru Pfersigberg, ce fut une bonne occasion de faire d’une pierre deux coups !

 

- Complets, profonds et élégants, les vins du domaine Beyer montrent des personnalités bien complexes et parfois un peu secrètes: beaucoup de cuvées dégustées en cette fin d’après-midi demandent qu’on les appréhende avec un peu de patience et de réflexion avant d’entrer dans leur univers et de mesurer leur niveau de qualité souvent exceptionnel.


- En guise de coups de cœur du jour, je choisirai sans hésiter le gewurztraminer L’Hostellerie 2010 qui m’a subjugué par la complexité et l’originalité de sa palette et par sa suavité et sa fraîcheur en bouche, mais il faut également citer le pinot blanc Tradition 2011 pour son rapport Q/P exceptionnel. Un peu plus de 5 euros pour un vin de ce niveau, c’est un cadeau !


- Merci à la famille Beyer pour ces beaux moments d’échanges viniques.

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 09:35



L’édition 2012 de l’opération caves ouvertes de Mittelbergheim baptisée « Hinter’m Kallerladel » (« derrière le volet de la cave ») qui s’est déroulé sous un magnifique soleil printanier a offert aux visiteurs, la possibilité de découvrir des expositions artistiques dans des ambiances insolites. Avec des cuves, des foudres et des piles de bouteilles comme cadre pour exposer des œuvres d’art, cette initiative des vignerons du village réserve chaque année sont lot de belles surprises.

 

p 009La cave du domaine Wittmann, colonisée par des sculptures


En surface, des musiciens et des artisans assurent l’animation et les caveaux de dégustation des domaines viticoles sont presque tous ouverts.

 

p 008Artisans, artistes et dégustation de vins dans la cour du domaine Wittmann.
 

 

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Des foudres pour accrocher des créations artistiques…
p 016
 

p 005…mais avec leurs verrous sculptés ils peuvent devenir des œuvres d’art à part entière !
 

 

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Exposition photographique sur cuves inox au domaine Rietsch


 
p 012Piles de bouteilles comme support ou comme toile de fond pour exposition de sculptures
p 011
 
Comme pour les éditions précédentes cette manifestation qui nous permet de visiter les caves des domaines viticoles de Mittelbergheim nous fait découvrir des œuvres artistiques dans un contexte inhabituel. Bien évidemment, le vin est omniprésent durant cette journée et des dégustations sont proposées chez la plupart des vignerons du village.
Dans des lieux chargés d’une histoire vigneronne souvent très ancienne parfumés par de délicieuses effluves viniques, les œuvres d’art baignent dans des ambiances qui les mettent en valeur d’une façon très originale…Superbe !

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 10:54

Z 

 

Cette visite au domaine de l’Oriel avait comme but principal de chercher le vin qui allait arroser le banquet organisé par l’ami Martial en l’honneur de sa promise avec qui il a décidé de convoler en juste noce au début de l’été.

Souvent goûté et très largement approuvé depuis sa sortie le riesling Tradition 2009 sera le vin blanc du mariage : son côté gourmand et généreux en fera un superbe compagnon pour buffet festif…je me lèche déjà les babines !

 

Bouteilles 0400

 

Comme promis lors de notre prise de rendez-vous, le grand Claude nous invite à le suivre dans sa cave pour effectuer un tour petit d’horizon sur 2011.

 

Les vins séjournent en cuves (bois ou inox) et nous ne dégustons que les cuvées qui ont fini de fermenter :

Sylvaner : un vin qui se montre déjà charmeur équilibré et gouleyant.
Frais et « sexy », ce sylvaner sera un peu moins droit mais tout aussi séduisant que le superbe 2010. MIAM !

Pinot blanc 1 : un vin proche du sylvaner avec un équilibre plus rond.
Pinot blanc 2 : un vin riche mais plus fumé et plus minéral que le précédent.
Ces deux cuves bien différentes mais qui semblent bien complémentaires sont prévues pour être assemblées et composer la cuvée de pinot blanc du domaine. Encore un beau vin d’entrée de gamme en perspective.

Pinot blanc Barrique : le boisé reste léger mais la structure du vin est plus large et plus grasse.
Ce pinot blanc effectue sa fermentation en barriques puis repart en cuve en attendant la mise. Le passage en bois marque d’avantage la bouche que le nez…je reste néanmoins circonspect, mais ce vin connaît un large succès public, alors…

Muscat : un vin aux arômes puissants et purs et à la chair gourmande.
Voilà un muscat comme je les aime, une olfaction flamboyante et une matière confortable mais digeste.

Pinot gris : le fumé habituel du cépage est déjà présent, l’équilibre opulent est contrebalancé par une belle salinité en finale.
Issu d’une parcelle granitique près du village de Niedermorschwihr, ce pinot gris classique et généreux porte la marque minérale de son terroir.

Riesling Grand Cru Sommerberg : un registre exotique et acidulé (lime et carambole) au nez, un fruité profond, toujours très exotique et une belle salinité en finale.
Ce riesling prélevé sur la seule cuve qui a fini de fermenter se montre déjà très « Sommerberg » dans son équilibre et dans sa minéralité…attention, belle cuvée en perspective !

Muscat V.T. : encore perturbé au nez par des notes fermentaires mais de toute beauté en bouche : moelleux, riche avec une finale nette et fraîche.
Issu d’une parcelle plantée par Claude il y a une dizaine d’années, cette V.T. 100% muscat d’Alsace est une grande première au domaine de l’Oriel et le vigneron en est particulièrement fier…on le comprend !

Pinot gris Grand Cru Sommerberg-Les Terrasses : marqué au nez par des arômes fermentaires, mais généreux, riche et bien équilibré en bouche avec une palette plus nette sur les fruits jaunes.
Bâti sur l’impétuosité du Sommerberg et le côté très solaire de ce millésime, ce pinot gris en étonnera plus d’un par sa puissance.

Gewurztraminer : épicé et généreux avec un corps un peu massif et une finale poivrée.
Cette cuvée « Tradition » provient d’une parcelle assez argileuse qui lui confère une olfaction intense et un équilibre très riche.

Gewurztraminer Cuvée Claire : un profil aromatique et une structure en bouche proche du vin précédent mais une finale nettement plus persistante.
Récoltés sur les pentes du lieu-dit Heimbourg ce gewurztraminer se démarque par une présence en bouche d’une concentration et d’une longueur étonnantes.

Pour conclure :

- Je suis persuadé qu’au domaine de l’Oriel, plus qu’ailleurs, il y a une congruence marquée entre la personnalité du vigneron et celle de ses vins : ces jeunes cuvées dégustées aujourd’hui s’expriment toutes avec générosité et exubérance.
C’est vrai que les terroirs granitiques et le climat autour de Niedermorschwihr associés aux effets de ce millésime chaud y sont sûrement pour quelque chose mais je reste persuadé que le caractère jovial et chaleureux du grand Claude se retrouve dans les vins qu’il élabore…

- Au domaine de l’Oriel, les cuvées de 2011 seront riches et aromatiques et devront chercher leur équilibre dans leur structure minérale : il faudra que les terroirs granitiques avec leur salinité si particulière se montrent à la hauteur de leur réputation pour répondre à ces matières très généreuses.
Sur ce plan, les deux premières cuves de Sommerberg dégustées aujourd’hui laissent envisager ce nouveau millésime avec sérénité.

 

ALa partie ouest du Sommerberg au début du printemps…toujours aussi magique !

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 23:13



Je connais un peu les vins signés « Paul Blanck » parce qu’ils font régulièrement partie des séries sélectionnées par Thierry Meyer pour les dégustations organisées sous l’égide de l’Oenothèque Alsace (Masterclass ou dîners thématiques), en revanche je n’ai encore jamais eu l’occasion de visiter ce domaine.
Bien évidemment lorsque Stéphane m’a proposé de me joindre à lui pour passer une après-midi à Kientzheim en compagnie de Philippe Blanck je n’ai pas hésité une seconde…malgré un emploi du temps familial un peu chargé (comme souvent le week-end) j’ai pensé qu’il ne fallait pas rater pareille occasion !
Grand bien m’en a pris car le programme prévu pour cette séquence de dégustation était somptueux : une horizontale sur le millésime 2011 en cours d’élevage, une verticale de riesling Schlossberg et une verticale de pinot noir « F »…comment résister !

Nous débutons notre visite par une petite sortie à la périphérie du village, au pied des Vosges et face aux coteaux du Schlossberg, du Furstentum et du Mambourg. Dans un froid polaire, Philippe Blanck nous propose une brève leçon de géologie vosgienne pour nous présenter les prestigieux terroirs autour de Kientzheim que sa famille travaille depuis plusieurs siècles. A l’aide d’une carte nous repérons les différents secteurs du Schlossberg, l’Altenbourg et le Fustentum qui jouxtent le village, enfin le Mambourg coiffé de son cimetière militaire (c’est là que fut tournée la scène finale du film « Indigènes » d’ailleurs).

 

img041

Mes doigts étant trop engourdis par le froid pour manipuler un appareil photo vous devrez vous contenter d’un plan pour situer quelques uns des les différents terroirs travaillés par la famille Blanck.


Avant de regagner le caveau de dégustation situé au centre de Kientzheim, le vigneron nous invite à le suivre dans ses vastes locaux professionnels situés à l’extérieur de la vieille ville pour découvrir une partie des différentes cuvées produites en 2011.
Avec une surface totale de 36 hectares dont 12 de Grands Crus et 12 sur des lieux-dits non-classés mais hautement qualitatifs, ce domaine de possède un superbe patrimoine de terroirs. Pour les mettre en valeur, les pratiques viticoles sont très exigeantes et éco-responsables : enherbement depuis 1980, travail intégral du sol, pas de pesticides et pas d’engrais.
Après des vendanges 100% manuelles les raisins sont pressés en douceur et restent sur lies fines jusqu’à la mise. Les Crus (lieux-dits non-classés) et Grands Crus du domaine Blanck séjournent en foudres durant une année.
Les Crus et les Grands Crus sont gardés durant deux ans en bouteille avant d’être commercialisés.

Les cuvées classiques 2011 sont élevées en cuve inox pour garder leur expression fruitée ; cette gamme constitue la plus grande partie du volume à l’export.
La cuvée de pinot blanc originaire des vignes de Kientzheim encore nettement fermentaire au nez (banane) possède une chair très gourmande, la cuvée issue des vignes de Katzenthal se montre plus vive. Voilà deux vins qui vont parfaitement se compléter dans l’assemblage final.
Le pinot noir  révèle une robe brillante et bien colorée, son premier nez est marqué par une petite réduction mais s’ouvre très rapidement sur un fruité expressif , la bouche est légère et particulièrement gourmande.
Le riesling se montre droit, précis et bien frais en finale.
Le chasselas possède un nez bien ouvert sur la pomme golden mais reste un peu serré et austère en bouche.
Le muscat est remarquable de fruit et d’équilibre : cet assemblage de 60% de muscat ottonel et de 40% de muscat d’Alsace qui provient pour 2/3 du volume de parcelles situées en coteau allie une structure très verticale avec un profil aromatique complexe et aérien…superbe !

Constatant que le froid commence à avoir raison de notre résistance physique (il fait à peine 0° dans la cave) Philippe Blanck nous propose de déguster rapidement quelques vins de terroir avant de rejoindre le caveau.
Le riesling G.C. Sommerberg déjà bien expressif au nez surprend par sa présence minérale très tactile en bouche.
Le gewurztraminer Altenbourg livre une palette aromatique primaire très intense et développe une structure ample et charnue en bouche.
Le pinot gris Patergarten est riche et gourmand tout en gardant une finale bien verticale.
Le riesling Patergarten encore très retenu sur le plan olfactif est particulièrement tendu en bouche mais développe de beaux arômes de pamplemousse en finale.
Le riesling G.C. Schlossberg 1 développe un registre complexe et raffiné sur les agrumes, la fumée, la pierre à feu, en bouche minéralité et gourmandise cohabitent paisiblement…un potentiel évident !
Le riesling G.C. Schlossberg 2 semble plus ouvert au nez mais reste plus austère en bouche malgré un fond fruité pur et discret.
Face à ces deux crus si différents dans leur prime jeunesse, les frères Blanck s’interrogent sur la possibilité de proposer deux cuvées distinctes sur le Schlossberg 2011…wait and see !
 

 

Ce tour d’horizon forcément incomplet (la gamme compte près de 30 références) nous donne un aperçu assez précis des caractéristiques de ce millésime au domaine Paul Blanck : des arômes purs et charmeurs sur des matières amples mais toujours bien droites dans leur équilibre...Grand MIAM général !


Même si les cuvées 2011 dégustées dans la cave avait un joli goût de revenez y, le retour au caveau fut unanimement apprécié : la chaleur douillette et les deux impressionnants alignements de bouteilles nous ont très vite fait baigner dans une ambiance vinique très conviviale.

 

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Comme sur un rayon de bibliothèque, les rieslings Schlossberg (avec un prestigieux intrus…) de 1978 à 2008 attendent d’être choisies pour la dégustation.


 
Blanck 0298
 

 

Même Philippe Blanck semble dubitatif face à cette longue série…

 

Finalement ce fut Stéphane qui eut la lourde charge de sélectionner les vins qui constitueront la série du jour et qui seront dégustés en partant du plus vieux pour arriver au plus jeune.

 

Blanck 0300

 

Le groupe au travail...

 

 

 

Riesling Schlossberg 1979 : issu d’une année assez chaude ce vin flatte l’odorat par de délicats arômes de miel, de résine et quelques évocations pierreuses, en bouche l’équilibre est sec avec un joli gras et une finale fraîche qui se prolonge avec des notes de thé vert et de verveine.

 

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Riesling Schlossberg 1984 : issu d’une année froide sauvée par un bel automne ce riesling exhale des notes de pierre à feu, de citron frais et de pomme granny, en bouche la structure est large avec une légère amertume au milieu et une finale marquée par une superbe salinité.

 

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Riesling Schlossberg 1986 : issu d’une année froide mais d’une vendange bien mûre avec des raisins un peu botrytisés, ce vin a gardé une fraîcheur absolument parfaite avec une palette raffinée qui révèle des arômes de zestes d’agrumes complétés par de discrètes notes terpéniques. En bouche, la structure est très verticale enrobée par un gras encore bien présent, la finale très profonde se prolonge longuement avec des notes d’herbes aromatiques et de miel.


Riesling Clos Saint Hune 1986 : placé par le maître de cérémonie pour « étalonner le palais » cette grosse cartouche tient son rang. Discret mais complexe au nez, ce vin droit et parfaitement équilibré possède une structure large, un gras presque « bourguignon » et une finale longue sur le citron et l’infusion (verveine, mélisse).


Riesling Schlossberg 1987 : voilà encore un riesling issu d’un « petit millésime » qui se tient remarquablement bien après près de 25 ans de garde. La robe est éclatante, le nez s’ouvre sur des notes de pétrole avant de s’épanouir sur une palette florale très primesautière, en bouche on retrouve un équilibre frais et aérien avec un toucher qui reste soyeux et un joli développement aromatique, la finale sur le citron frais est longue et digeste.


Riesling Schlossberg 1989 : sur cette année chaude avec botrytis, la maison Blanck a produit un Grand Cru à la robe d’un jaune éclatant (presque fluo) et au fruité bien mûr sur les zestes d’agrumes confits. En bouche ce vin donne une impression de plénitude avec sa structure sphérique, équilibre parfait entre matière concentrée et minéralité profonde.

 

Riesling Schlossberg 1990 : issu d’un millésime chaud, sans botrytis mais avec du passerillage, ce riesling met quelques temps à s’ouvrir pour remplacer les notes de réduction par une superbe palette aromatique sur les agrumes mûrs et juteux, la bouche est constituée d’un bloc assez massif qui se déploie sans faiblir de l’attaque jusqu’en finale…quelle jeunesse !


Riesling Schlossberg 1995 : issu d’une vendange avec botrytis, ce riesling joue la séduction avec une robe bien colorée, un nez fin et pur sur le miel et la bergamote, en bouche l’attaque est d’une rondeur agréable mais très vite l’acidité franche et droite tend la structure. Le toucher de bouche reste bien gras mais l’équilibre est résolument sec, la finale étonne par sa très grande longueur.

Le Schlossberg est un coteau granitique exposé plein sud avec des pentes souvent très fortes qui contraignent les vignerons à une culture en terrasses. Ce fut le tout premier Grand Cru classé en Alsace, en 1975.

Pour essayer de comprendre l’interprétation de ce terroir par la famille Blanck nous avons dégusté une première série de bouteilles regroupant des millésimes du siècle dernier en laissant une belle place aux années réputées difficiles en Alsace.
Le verdict est sans appel : avec près de 17 ans de garde pour le plus jeune de la série et plus de 30 ans pour le plus ancien, ces vins possèdent des registres aromatiques particuliers, marqués par le millésime et l’âge, mais sont restés frais et équilibrés ; la plupart d’ailleurs ne montrent aucun signe avant coureurs d’un futur déclin
Une remontée dans le temps sans fausse note…Chapeau !

La patine du temps apporte à ces rieslings une touche de complexité supplémentaire au niveau des arômes et un surplus de finesse et de raffinement dans leur présence en bouche. Le domaine Blanck a opté pour la conception de vins de terroirs destinés à la garde…voilà une preuve éclatante de la pertinence de ce choix !

Pour le coup de cœur personnel je choisirai sans hésiter le 1986, qui a tenu la dragée haute au célèbre Clos de Hunawihr…une référence !

 


Blanck 0318
L’étiquette actuelle et le millésime en vente en ce moment


Stéphane fut également invité à sélectionner la série des pinots noirs provenant du terroir classé Grand Cru Furstentum. Suivant les conseils de notre hôte les rouges seront dégustés en partant du plus jeune pour arriver au plus vieux :

 

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  Les pinots noirs F : une série un peu moins longue mais u choix tout aussi difficile…
 

 

Pinot Noir F 2005 : le nez pur, expressif séduit facilement avec ses arômes de griotte, de cassis, de mûr, la bouche vineuse, gourmande et finement tannique possède une finale longue et fruitée.


Pinot Noir F 1998 : confit, mûr et légèrement torréfié au nez, ce vin se montre robuste et vineux en bouche avec un fruit bien défini relevé par quelques notes un peu sanguines, l’acidité longue et profonde et la trame tannique fine mais présente soutiennent vaillamment la structure.


Pinot Noir F 1993 : le nez est très agréable sur la confiture de myrtilles mais on ressent à nouveau ce côté sanguin déjà perçu sur 98, la bouche se tient bien droite avec un fond acidulé et un fruit plus discret complété par des nuances plus terriennes (terre humide), les tanins sont fins et serrés mais sèchent un peu en finale.


Pinot Noir F 1990 : le premier nez évoque la forêt au printemps avec ses senteurs d’ail des ours, puis viennent de belles notes de fruits bien mûrs (prune, quetsche) et de noyau, la bouche est splendide, riche, fruitée avec un grain tannique serré mais très soyeux.


Pinot Noir F 1989 : le nez riche et généreux annonce une vinosité qui s’exprimera pleinement en bouche, le fruit est présent et la matière opulente est contrebalancée par un mâche tannique solide, la finale reste cependant un peu trop austère à mon goût.


Pinot Noir F 1988 : le nez très mûr offre de belles notes de confiture de fruits rouges avec une pointe de torréfaction, la bouche est très gourmande avec un toucher soyeux et une finale de longueur moyenne mais d’une fraîcheur bien  agréable.


Pinot Noir F 1983 : le nez se rapproche du précédent par son côté très mûr mais les notes torréfiées sont moins sensibles, la fraise s’épanouit au nez et au palais, en bouche, la structure est tenue mais l’équilibre reste assez léger, la finale qui n’en impose pas trop a su garder une belle vivacité.

Le Furstentum est un terroir classé Grand Cru situé sur un coteau assez pentu exposé plein sud. Son sous-sol qui associe calcaire, grès et marnes ferrugineuses est favorable à la production de vins puissants.
Les Blanck y ont vu un terroir d’élection pour réussir de grands vins rouges : millésime après millésime cette cuvée F en fournit la preuve incontestable.

Cette série de 9 bouteilles nous a montré avec force que ce cépage exclu de l’appellation Alsace Grand Cru méritait largement sa place parmi l’élite alsacienne. Après une remontée dans le temps sur plus de 20 ans nous n’avons rencontré que des vins en bonne forme avec des palettes aromatiques pleines de charme et des équilibres encore très toniques.
A vrai dire, j’ai commencé à m’intéresser vraiment au pinot noir alsacien après 2003 mais cette sélection de jolies bouteilles me fait prendre conscience que j’ai peut-être eu tort…

Pour le coup de cœur personnel je choisirai le 1990, étonnant de jeunesse et de raffinement : simplement un très grand vin rouge !

 

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F 2008 au tarif du domaine actuellement.



Riesling Schlossberg V.T. 1988 : pour finir en beauté cette petite délicatesse qui embaume les agrumes confits ravit nos papilles par son équilibre riche et sa finale légèrement pointue et longuement aromatique.


Cette superbe bouteille de riesling, qui semble commencer sa phase de pleine maturité, met un point final à notre visite qui restera dans ma mémoire comme une belle rencontre avec de grands vins et un vigneron ouvert et généreux.

Le domaine Blanck produit une gamme de vins ciselés avec une précision d’orfèvre :
- la gamme « classique », dont une bonne partie part à l’export, regroupe des vins qui magnifient la pureté de l’expression des différents cépages.
- la gamme « vins de terroir » propose des cuvées aux personnalités marquées par une trame minérale très profonde et dont nous avons pu éprouver, verre en main, l’exceptionnelle tenue dans le temps.
- la gamme « nectars » comprend tous les vins moelleux que le domaine produit et dont le remarquable dernier flacon nous a donné un petit aperçu…
Bref, voilà une maison sérieuse qui travaille ses vignes et ses vins avec le souci d’associer authenticité et qualité sur chaque cuvée…que demander de plus !

Mille mercis à Philippe Blanck de nous avoir consacré une après-midi pour nous faire partager son amour du vin…et vivement notre prochaine rencontre, car je crois bien qu’il reste quelques bouteilles à déboucher.

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 14:13



Chers visiteurs œnophiles et néanmoins attirés par la fameuse « Féerie de Noël strasbourgeoise » (sans commentaire… !), s’il y a un endroit où je vous conseille de  passer en ces temps de festivités aussi artificielles qu’ennuyeuses, c’est au Marché de Noël de la Place d’Austerlitz. Cachés dans quelques chalets en bois entre deux marchands de « Bredele » alsaciens, quelques très bons vignerons indépendants de la « Couronne d’Or » (Anstotz, Brand, Bechtold, Fritsch, Loew et Schmitt…pour ne citer qu’eux) se relaient durant un mois pour faire déguster leurs vins aux visiteurs.
J’y ai rencontré Jean-Marie Bechtold par deux fois et, tout en me régalant avec un riesling Engelberg 2009, notre discussion a dérivé vers la qualité du dernier millésime : « si tu veux tu viens prochainement à Dahlenheim, on fera un tour de cave pour voir comment se portent mes  cuvées 2011 »…voilà le type d’invitation que j’ai beaucoup de mal à décliner !

C’est ainsi qu’une petite semaine à peine après le réveillon je me retrouve en compagnie de Philippe  « l’oenophil » chez Jean-Marie Bechtold pour un retour vinique sur 2011. Voilà une année qui commence plutôt bien !

 

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La gravure de la « Nef des Folles » est présente sur toute les cuvées du domaine

 

 

Armés de nos INAO nous nous retrouvons tous les trois dans le chai où, entre cuves inox, foudres et barriques nous passons en revue les jus du dernier millésime. Je ne prends pas de notes détaillées mais j’essaie de mémoriser quelques sensations pour les retranscrire une fois de retour chez moi : exercice difficile, forcément imprécis mais qui laisse la place à des échanges plus conviviaux lors de la dégustation.

Le blanc de base pour le Crémant d’Alsace est déjà bien en place, précis, frais et fruité, il se boirait très bien sans bulles, le rosé qui servira pour fabriquer la cuvée crémant rosé est un peu léger et se montre assez impersonnel, en voilà un qui aura bien besoin de quelques bulles pour se construire !

 

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Assemblage de pinot noir et de chardonnay et très peu dosé…un crémant très « champenois »



Les cuvées génériques ont presque toutes terminé leurs fermentations et présentent des matières agréables, sans trop de volume mais avec un fruit délicat et des acidités très franches…une belle série de vins guillerets et gourmands en perspective.

Sur les terroirs autour de Dahlenheim, Jean-Marie a rentré quelques pépites, notamment sur le Sussenberg avec une cuvée de riesling vraiment flatteuse qui se montre déjà presque prête à boire et sur le Silberberg avec un gewurztraminer tout en délicatesse. Comme chaque année l’Obere Hund a produit un muscat exceptionnel, sec et profondément aromatique, et un pinot noir dense et charnu avec une trame tannique fine et serrée.

On trouve aussi beaucoup de concentration et d’équilibre sur les trois cuvées du Grand Cru Engelberg. Le riesling droit et sec se situe dans la lignée des belles réussites du domaine et le gewurztraminer est étonnant parce qu’il allie une grande fraîcheur (il est quasiment sec) avec une chair dense et ferme et une grande finesse aromatique…voilà un vin dont on reparlera surement !

Avec un hiver long et froid, un printemps estival et sec, un été frais et humide et un début d’automne chaud et ensoleillé, le millésime 2011 a obligé les vignerons a effectuer des choix stratégiques lors de chaque étape de la conception de leurs vins.
Au domaine Bechtold, les risques d’attaque de pourriture durant l’été ont été considérablement limités par un contrôle des rendements qui a bien équilibré la vigne et par un travail du sol bien dosé qui a permis à la plante de s’épanouir et se fortifier malgré des conditions climatiques complexes. Pour les vendanges Jean-Marie Bechtold  a pris l’option de ramasser dès que la maturité physiologique était atteinte « on a attendu que les peaux et les pépins soient mûrs et on a vendangé sans essayer de gagner des degrés supplémentaires ».
Depuis quelques millésimes ce vigneron recherche a concevoir des vins plutôt secs «  mais ce n’est pas facile dans chaque millésime car lorsqu’on travaille pour contrôler les rendements, on a les degrés qui montent facilement ». Pourtant, après ce rapide tour de cave, il y a de quoi être confiant. A  l’heure actuelle, la plupart des cuvées ont terminé leurs fermentations et commencent à révéler leur style sur ce millésime : les matières bien mûres et les équilibres frais et toniques de ces vins  en gestation laissent voir l’avenir avec une bonne dose d’optimisme…
 

 

Nous remontons dans le caveau de dégustation avec un vigneron qui vient de faire un tour dans sa réserve personnelle de bouteilles et qui nous invite à goûter en sa compagnie une série de flacons couverts de poussière.
Les vins qui nous sont proposés sont tous issus du millésime 1983 : le débouchage de plusieurs de ces bouteilles s’avère extrêmement problématiques et annoncent d’inévitables déviations liégeuses…dommage car aucun de ces vins ne semblait véritablement souffrir de son grand âge. Il n’en reste pas moins que dans la série nous avons rencontrés 2 superbes vins : un Sylvaner 1983, complexe et d’une fraîcheur incroyable et un très grand Pinot gris Silberberg V.T. 1983 qui se goûtait pratiquement sec mais qui possédait une palette très racée et une structure où le gras et la tension résonnaient en une parfaite harmonie…Superbe émotion !

Ces vieux flacons confirment que les terroirs de Dahlenheim sont aptes à produire de grands vins de garde : après près de 30 ans de vieillissement  toutes ces cuvées se tenaient encore très bien dans nos verres même si des altérations liégeuses ont gâché notre plaisir sur plusieurs échantillons : « en 83 les vignerons alsaciens  étaient souvent servis en dernier par les bouchonniers, avec des qualités de liège plutôt médiocres »…espérons que ces pratiques discriminatoires n’ont plus cours aujourd’hui !
Le pinot gris 83 était splendide « une V.T. qu’on avait essayé de vinifier en sec car à l’époque on n’avait pas l’habitude de concevoir des cuvées moelleuses au domaine… »
Etrange et atypique, peut-être…mais il n’en reste pas moins  qu’après 3 décennies en cave, ce vin s’exprime avec une grande plénitude. Une jolie claque !

 

 

L’heure étant déjà bien avancée, Jean-Marie nous sort une dernière cartouche sélectionnée sur sa carte actuelle, c’est le Muscat Obere Hund 2010 : un fruité irrésistible et une présence en bouche qui répond bien à l’exubérance du nez…le muscat comme je les aime…MIAM !


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Après trois heures dans une cave à parler vin, viticulture, vinifications et de bien d’autres sujets d’ailleurs je me dis que ce premier week-end de 2012 commence plutôt bien…voilà une après-midi bien remplie !

La dégustation de vins nouveaux reste toujours très compliquée pour un profane comme moi mais l’exercice me plaît de plus en plus : taster des matières brutes et souvent perturbées par de récentes réactions chimiques pour imaginer la personnalité d’une future cuvée demande une compétence que seule une longue expérience pratique peut construire. Guidé par le vigneron on essaie de prélever quelques indices pertinents dans ce vin en devenir : équilibre de la structure, nature de l’acidité, sensations salines…
Le verdict dépend essentiellement des sensations en bouche et je me rends compte qu’il me reste encore bien du chemin à parcourir avant de pouvoir décrypter ces breuvages avec précision et pertinence…mais je ne désespère pas, j’ai bien l’intention de continuer à m’entraîner !

Pour les vins d’un âge vénérable comme cette série de quasi-trentenaires du millésime 83, j’ai pris pour habitude de changer de logiciel d’analyse pour les apprécier : lorsque je reste sur un registre purement organoleptique j’avoue préférer très souvent l’expression des vins un peu plus jeunes…mais face à ces témoins de l’histoire, je n’hésite plus à partir dans des univers moins rationnels faits de souvenirs et d’émotions…et le plaisir est toujours au rendez-vous.

Je crois que j’ai beaucoup de la chance d’avoir des vignerons comme Jean-Marie Bechtold dans le cercle de mes relations œnophiles.
Merci à lui, pour ces instants précieux.

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 14:57

 

Déjà un an passé depuis la dernière édition de la « Dégustation musicale aux chandelles » au domaine Louis Sipp !
Mais qu’importe…la perspective de revivre cette belle expérience me fait rapidement oublier l’inéluctable défilement du temps, toujours trop rapide pour les gens de mon âge.
Après quelques pas dans les rues de Ribeauvillé, sous une pluie fine et pénétrante, nous nous retrouvons au premier étage de la maison Sipp, dans la chaleur douillette de la « Stube » où nous attendent Etienne, son équipe et les deux artistes qui vont animer la soirée.

 

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  La rue principale de Ribeauvillé en décembre.


Comme l’année dernière, pour cette soirée à la lumière des chandelles, notre vigneron mélomane nous propose de combler nos sens par quatre nouvelles associations musico-viniques.
L’altiste Anne-Irène Kempf qui nous avait gratifié d’un très beau concert en 2010 est accompagnée ce soir par la violoniste Claire Monjauze : voilà une belle occasion pour alterner des pièces pour instrument seul et des duos, à la recherche d’une synergie sensorielle avec quelques vins du domaine Sipp.
 

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  Claire Monjauze et Anne-Irène Kempf.

 


Le verre de Crémant d’Alsace Rosé proposé à l’apéritif est illustré par le Madrigal pour violon et alto de Bohuslav Martinu :
Ce crémant issu du millésime 2007 possède un cordon de bulles fin et persistant et une robe rose pâle qui donnent immédiatement un côté festif à la table. Son nez est agréable sur le pain grillé et les petits fruits rouges et sa bouche est vive et fruitée avec une finale où on sent un petit côté tannique très subtil.
Cette musique énergique et inventive a résonné presqu’à l’unisson avec la pétillance de ce vin…la soirée est bien lancée !

 

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  Une table qui sent bon la fête…

 


Le Riesling Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 2009 a été accompagné par la Troisième partita pour violon seul, en mi majeur BWV 1006 de Jean-Sébastien Bach :
Ce riesling précis et pointu dont le nez s’ouvre sur des arômes de citron, de citron vert et de craie avant de livrer quelques belles notes florales, possède une structure droite et minérale et une finale très agréable où on décèle une petite douceur et quelques notes fumées.
La musique de Bach qui nous emmène dans un monde où cohabitent rigueur classique et inventivité sans fin, sied parfaitement à ce vin très vertical au premier abord mais qui se révèle de plus en plus charmeur lorsqu’on le côtoie assez longtemps pour en saisir toute les subtilités.


La Sonate pour alto seul opus 25 N°1 de Paul Hindemith qui nous emmène presque aux antipodes par rapport à la pièce précédente se déguste en compagnie du Pinot Gris Grand Cru Osterberg 2007 :
Ce vin au nez charmeur avec un fruité presque confit possède une bouche ample et charnue avec du gras et un moelleux bien intégré, la finale est fraîche et délicatement acidulée.
Cette pièce en 4 mouvements de ce compositeur ouvertement iconoclaste nous emporte dans une musique qui alterne des moments assez sauvages avec des parties très poétiques…comment trouver un vin qui s’harmonise avec cette œuvre ?
Etienne Sipp a parié sur le côté « enraciné et terrien » de ce vin pour accompagner les envolées parfois dissonnantes de ce morceau. Habile et très réussi, chapeau !

 

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  Le pinot gris 2007.



Le Gewurztraminer Grand Cru Osterberg 2007 et le Duo en sol majeur pour violon et alto K. 423 de Wolfgang-Amadeus Mozart ont été choisis comme le dernier couple musico-vinique de cette belle soirée :
Issu d’une vieille parcelle au cœur du Grand Cru, ce vin est étonnant de complexité aromatique (fruits exotiques, rose, violette, épice) et nous séduit complètement avec une bouche suave et élégante. Le bouquet est bien complexe sur les fleurs et la craie humide, la finale revient longuement sur des notes de rose.
La perfection de Mozart et celle d’un gewuztraminer où tout semble être à la juste place avec la juste mesure…que dire de plus ?
 

 

Rien……………juste un silence mozartien !


Pour conclure :

- Penser à associer des vins et des mets est une démarche naturelle, réfléchir à d’éventuelles synergies positives entre vin et musique est un peu plus rare…saluons avant toutes choses l’initiative d’Etienne Sipp qui nous a permis de réaliser cette seconde expérience sur ce thème.

- Avec des morceaux de musique savamment choisis et brillamment interprétés dans une ambiance sereine et intimiste, les vins du domaine Sipp ont été servis dans des conditions de dégustation plutôt inhabituelles. Mais goûter des vins comme des œuvres musicales, et vice-versa nous emmène dans un univers sensoriel insoupçonné…quel beau voyage !

- La mise en scène inhabituelle de cette dégustation m’a soumis à un monde de sensations gustatives et auditives d’une rare densité : de la musique, des arômes, des goûts, très peu de paroles…une expérience rare !
Vivement la prochaine édition !

- Les esprits chafouins me traiteront de fainéant mais qu’importe, j’ai relu ma conclusion rédigée à l’occasion de l’édition 2010 et je n’ai rien de mieux à dire en 2011…cette soirée était simplement parfaite !

Bravo et merci à tous ceux qui ont œuvré pour nous régaler ce soir.

 

p 009 Ouverte dès notre retour à Strasbourg pour prolonger encore un peu la soirée…Très grande bouteille !

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 09:59

 
Comme chaque année à l’approche de la Saint Nicolas, le domaine Rietsch invite sa clientèle à une journée « Portes Ouvertes » où le vin et l’art sont à l’honneur.
Malgré ma toute récente visite pour parler du Zotzenberg avec Jean-Pierre, je ne résiste pas au plaisir de retourner chez lui pour humer l’ambiance des caves en regardant quelques œuvres d’art un verre à la main.
Cette année les œuvres de deux plasticiennes, Odile Ligier et Ilana Isehayek étaient mises à l’honneur et avaient colonisé les espaces professionnels du domaine entre cuves et foudres…toujours aussi étonnant !

 

Odile Ligier a choisi les murs :
 

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  Quelques sourires au dessus des demi-muids où fermentent des cuvées 2011.

 

p 013   Dans la cuverie béton, l’exposition continue…

 

  p 019   Les œuvres s’invitent sur tous les supports

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Ilana Isehayek préfère visiblement les espaces moins conventionnels :
  p 015   …comme le sol devant la vinothèque du domaine que tapissent de drôles de vagues en bois…

 

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  …ou le vieux puits au fond de la cave d’où surgit un monstre ligneux.

  p 020   …même les allées entre les fûts sont envahies par d’étranges mobiles qui défient les lois de l’équilibre.

   

Bien évidemment le vin n’est pas oublié : comme chaque année les Rietsch lui ont dédié les trois points de rendez-vous habituels : l’un pour quelques cuvées du dernier millésime en cours de fermentation, l’autre pour une sélection de vieux millésimes et le dernier pour les vins actuellement au tarif.

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  Dégustation de vins nouveaux dans la cave à foudres du domaine.

 

Face aux vins de 2011, qui se présentent encore comme des liquides troubles et mystérieux, j’ai toujours autant de difficultés à me projeter dans l’avenir pour percevoir avec précision le futur profil de ces cuvées, mais c’est un exercice que je commence à apprécier de plus en plus. Les éléments sont encore bien dissociés mais on se plaît à rêver des possibles synergies qui vont se construire dans le temps pour faire naître de belles cuvées.

 

En 2011, on sent des matières riches et pures assises sur une base saline toujours très expressive à ce stade.

Cette année, 6 vins étaient proposés à la dégustation :

- Pinot noir (12°5, rendement 53 hl/ha) : du fruit, de la légèreté et un bel équilibre.


- Auxerrois Entre Chien et Loup (12°3 potentiels, rendement 67 hl/ha) : un joli nez de fruits blancs et un équilibre tonique.


- Muscat (12°7 potentiels, rendement 47 hl/ha) : une très belle définition aromatique et une grande finesse dans la structure.


- Sylvaner Vieilles Vignes (13° potentiels, rendement 64 hl/ha) : une palette discrète mais très pure et une matière gourmande qui nous avait déjà impressionné lors de notre visite d’octobre.
- Riesling Stein (13°2 potentiels, rendement 54 hl/ha) : une chair riche et une salinité puissante.


- Riesling Zotzenberg (13°2 potentiels, rendement 52 hl/ha) : très proche du Stein par sa profonde minéralité.


- Gewurztraminer V.T. Weinberg (18°4, rendement 41 hl/ha) : une très grande richesse et déjà un caractère épicé et pimenté en finale.
 

p 021   La série complète de 2011, dans l’ordre de dégustation de gauche à droite.


Avant de passer au caveau pour regoûter quelques vins en vente actuellement nous nous rendons à l’atelier « histoire » pour effectuer une petite remontée dans le temps avec quelques flacons prélevés dans la réserve du domaine.
Cette année nous avions la possibilité de déguster le Pinot Noir 2006, le Sylvaner V.T. Zotzenberg-Sacré Sylvaner 2005, le Sylvaner Zotzenberg 2003, le Pinot Noir Les Quatre Eléments 2003 et le Riesling Brandluft 2000.
 

p 023   De 2000 à 2006…une remontée vers le début de ce millénaire.


Comme pour la dégustation des vins jeunes, l’ambiance chaleureuse et conviviale de cette manifestation ne se prête pas trop à la prise de notes…et malgré quelques impressions griffonnées sur un papier après mon retour at home je me sens un peu démuni pour rédiger un C.R. précis.
Parmi ces vénérables quilles offertes ce jour, j’ai quand même envie de relever deux superbes cuvées : le Quatre Eléments 2003 qui a gardé son type un peu sudiste mais à qui les années de garde ont apporté une patine très agréable et le Sacré Sylvaner 2005 qui a construit un équilibre particulièrement réussi entre richesse et salinité.
 

Comme à l’accoutumée, le temps a passé plus vite que prévu et nous arrivons au caveau de dégustation avec une juste petite demi-heure devant nous avant de penser au retour vers Strasbourg. Pierre Rietsch (le papa de Jean-Pierre) nous propose de goûter quelques cuvées en vente actuellement : je ne résiste pas au plaisir de me refaire une petite lichette des superbes rieslings Stein et Nature 2010 avant de finir par la gourmandise de son assemblage Coup de Cœur 2010.

Comme chaque année cette journée d’animation qui fait cohabiter le vin et l’art au domaine Rietsch fut une belle réussite.
La dégustation des vins de 2011 nous révèle des jus équilibrés, bien concentrés avec une minéralité naturelle étonnamment présente malgré l’extrême jeunesse des cuvées…d’après Jean-Pierre l’évolution des pratiques culturales vers le bio depuis 2007 a permis de mettre davantage en valeur la salinité des terroirs de Mittelbergheim dans ses vins.
Placée sous le signe de la chaleur humaine et de l’ouverture d’esprit cette après-midi passée entre tonneaux et œuvres d’art me procure toujours un beau sentiment de sérénité…à l’heure des bousculades dans les magasins et sur les marchés de Noël pour répondre à l’appel d’une consommation frénétique programmée, c’est une parenthèse que j’apprécie de plus en plus…RV en 2012.

 


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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 08:33

 

 

Poussés par l’envie de découvrir les mystères de l’Alsace et de ses vins, nos amis ardéchois ont enfin trouvé le courage de quitter pour quelques jours le chant des cigales et les parfums de la garrigue, pour remonter dans le grand nord, affronter la rigueur d’un climat hostile et la dureté d’une terre inhospitalière…

Aidé par la météo incroyable de cette fin septembre et par la gentillesse de nos hôtes successifs sur la route des vins, je pense sincèrement les avoir étonnés plus d’une fois au détour d’une halte dans notre belle région.
Comme j’ai l’habitude de le dire à la fin de mes chroniques sur les Grands Crus, je crois bien qu’eux non plus ne boiront plus jamais du vins d’Alsace comme avant….

La fin du séjour alsacien des ardéchois approche et, pour cette dernière escapade, nous partons vers un autre endroit qui me tient particulièrement à cœur : Mittelbergheim et ses environs. La visite de ce village, que je considère comme l’un des plus beaux de la Route des Vins, est presque un passage obligé, sans compter qu’on trouve dans les environs immédiats, plein d’autres sites à ne pas rater comme la superbe route vers Andlau, au pied des Grands Crus Wiebelsberg et Kastelberg ou les villages fleuris (Itterswiller notamment) qui sont un ravissement pour les yeux.
Bref, c’est une après-midi qui s’annonce bien…avec comme destination finale le domaine Beck-Hartweg à Dambach où Florian (enema) nous attend à la fin de sa journée de vendanges pour présenter son domaine à son correspondant virtuel, sur lequel il va enfin pouvoir mettre un visage.

Nous commençons par une petite promenade dans les rues de Mittelbergheim où nous croisons Jean-Pierre Rietsch qui nous invite évidemment à passer le voir dans sa cave…de toute façon, je ne quitte jamais ce village sans avoir salué ce sympathique vigneron.

 

 
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Mittelbergheim (au printemps)…comment ne pas s’arrêter.

 


Après quelques pas sur le coteau du Zotzenberg où des brigades de vendangeurs s’activent encore nous nous retrouvons donc en compagnie de Jean-Pierre Rietsch, entre les foudres et les cuves pleines des jus de 2011 qui fermentent bruyamment. Nous dégustons les vins en cours de formation et constatons que les matières sont riches et gourmandes avec des sucrosités naturelles conséquentes, des acidités bien présentes et toujours ces superbes sensations salines qui m’avaient déjà fortement impressionné sur 2010.
 

 

La visite se poursuit dans le caveau de dégustation où les groupes de clients de passage se succèdent sans discontinuer.
 

Jean-Pierre nous présente quelques une de ses cuvées emblématiques en nous expliquant ses conceptions actuelles au sujet de la vinification et de l’élevage de ses vins : être à l’écoute des vins et les accompagner au mieux pour qu’ils se réalisent pleinement. Cette philosophie très « nature » pousse notre vigneron à sortir chaque année des cuvées sans intrants ou d’autres encore plus expérimentales, lorsqu’il s’oriente vers des élevages oxydatifs.
Parmi les vins dégustés lors de cette visite je retiendrai tout particulièrement :

 

- le Muscat nature Murmure 2010 que j’avais déjà goûté sur foudre en décembre et qui se révèle plein de charme et de mystère.
- le Riesling nature 2010, provenant du grand cru Zotzenberg, il impressionne par son caractère cristallin et sa tenue impeccable en bouche…Grand MIAM !

 

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- le Riesling Stein 2010, malgré son olfaction à l’expressivité un peu baroque, il montre beaucoup de classe en bouche avec une matière riche et solidement structurée qui répond parfaitement à l’exubérance du nez…Très grand MIAM !

 

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- la cuvée oxydative (dont je n’ai hélas pas noté le nom mais qui est épuisée depuis quelques temps) s’est vraiment montrée à son avantage et m’a particulièrement interpellé par sa personnalité originale mais diablement séduisante…le genre de cuvée qui vous ouvre d’autres horizons dans le paysage viticole alsacien !

Avec des notes minimales ou souvent inexistantes je n’ai pu tracer qu’une petite esquisse des crus dégustés durant cette visite mais j’aurai l’occasion très prochainement de m’entretenir plus longuement avec Jean-Pierre Rietsch puisque l’étude du Zotzenberg en cours passera par son domaine…

Après cette nouvelle rencontre avec ce vigneron de Mittelbergheim, je suis plus que jamais convaincu qu’avec son esprit créatif un peu artiste et son amour passionné du vin, Jean Pierre n’est pas près de s’arrêter de concevoir des cuvées novatrices et originales pour nous livrer sa vision parfois décalée mais toujours sincère du vin d’Alsace.


 

 

La dernière halte de la demi-journée à lieu à Dambach la Ville où, après le traquenard de Mittelbergheim, nous arrivons évidemment bien trop tard pour assister à la fin de la journée de vendanges au domaine Beck-Hartweg.
Mais qu’à cela ne tienne…ce sera déjà l’occasion de faire se rencontrer deux avatars de DC (cyra et enema) et bien sûr d’aller visiter la cave du domaine.


D’ailleurs la journée est loin d’être terminée pour cette famille vigneronne : le pressoir est chargé de la vendange du jour et le jus des gewurztraminers s’écoule doucement sous les yeux vigilants de Michel, le papa de Florian, alors qu’Yvette, la maman s’occupe d’un couple de clients attablés dans la cour…ça turbine sec chez les Beck-Hartweg en cette fin de semaine !

Florian nous invite à goûter le jus de raisin qui s’écoule dans le pressoir : c’est brunâtre, très sucré et légèrement acide en finale « un gewurztraminer vraiment magnifique ! » s’exclame ce jeune vigneron visiblement très content de sa récolte du jour…pour nous c’est franchement illisible mais bon, c’est là qu’on prend conscience des limites d’un dégustateur amateur.


Pour continuer nous nous rendons dans cave parmi les vieux foudres où fermentent les vins du dernier millésime pour goûter quelques cuvées 2011 : il y a notamment un sylvaner étonnant de densité et de beaux Frankstein qui laissent déjà entrevoir leur trame minérale.

La dégustation se poursuit à l’entrée de la cave mais le temps nous est compté puisque l’heure du dîner approche – en plus, comme c’est la veille du départ, ce sera tarte flambée au restaurant – nous sommes donc obligés de faire une sélection drastique parmi la quinzaine de références à la vente actuellement chez les Beck-Hartweg. Malgré le peu de temps disponible pour apprécier pleinement les vins (et prendre des notes exploitables…), j’ai été sensible au charme de plusieurs ciuvées comme :


- le Riesling Cuvée Prestige 2010, franc, précis, sec et tendu.
- le Riesling G.C. Frankstein 2009, discret au nez mais long et profondément minéral en bouche.
- l’Auxerrois Vieilles Vignes 2010, étonnamment complexe au nez et finement miellé en bouche…MIAM !

 

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- le Pinot Gris G.C. Frankstein 2009, épanoui au nez mais harmonieux et très profondément minéral en bouche. J’aime…et pourtant c’est du pinot gris !

 

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- le Gewurztraminer G.C. Frankstein 2007, très aérien et sensuel au nez avec ses arômes de fleurs, il repose sur une solide base minérale en bouche…encore un 2007 qui se goûte parfaitement aujourd’hui !

 

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- le Gewurztraminer S.G.N. 2007, issu exclusivement de raisins passerillés, il garde la pureté du fruit surmûri, mais se montre un peu too mutch pour moi en bouche…belle réussite quand même (Bettanisé en 2011).


Florian a repris à son compte l’exploitation familiale et signe ses cuvées avec son nom et son prénom depuis le millésime 2009. Ses parents restent cependant très présents sur l’exploitation en lui apportant leur force de travail et leur expérience. Malgré la construction d’un espace plus volumineux pour les réceptions de vendange et le stockage, Florian est resté très fidèle aux espaces professionnels chargés de l’histoire du domaine : c’est ainsi qu’on sent une vraie âme dans la vieille cave à foudres située sous la maison des Beck-Hartweg.

Avec des parents fervents militants de la Charte Tyflo, Florian n’a eu aucune difficulté pour passer à la viticulture biologique. C’est ainsi qu’il laisse s’exprimer ses solides convictions sur la nécessité de respecter le sol, la plante et l’écosystème dans son travail de vigneron. Pour avoir participé deux fois déjà à des journées de vendanges au domaine je peux témoigner de la qualité exceptionnelle des raisins récoltés dans les vignes conduites par Florian et ses parents.

Elevés principalement dans de vieux foudres en bois, les vins du domaine sont précis et typés, notamment les Frankstein, dotés d’une minéralité très particulière, tout à fait différente de celles des terroirs granitiques du sud tels que les Brand, Sommerberg ou Wineck-Schlossberg.
Le pinot gris 2009 équilibré et gourmand est presque à point, le riesling 2009 cache encore bien des secrets mais le gewurztraminer 2007 a commencé sa phase de plénitude et nous a offert un véritable récital gustatif en fin de dégustation.

Cette tournée alsacienne des ardéchois se termine donc par une rencontre entre internautes…comme pour rappeler que les forums de dégustateurs permettent également de tisser de vrais liens d’amitié en dehors des échanges virtuels sur la chose vinique.

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 23:24

 

Poussés par l’envie de découvrir les mystères de l’Alsace et de ses vins, nos amis ardéchois ont enfin trouvé le courage de quitter pour quelques jours le chant des cigales et les parfums de la garrigue, pour remonter dans le grand nord, affronter la rigueur d’un climat hostile et la dureté d’une terre inhospitalière…

Aidé par la météo incroyable de cette fin septembre et par la gentillesse de nos hôtes successifs sur la route des vins, je pense sincèrement les avoir étonnés plus d’une fois au détour d’une halte dans notre belle région.
Comme j’ai l’habitude de le dire à la fin de mes chroniques sur les Grands Crus, je crois bien qu’eux non plus ne boiront plus jamais du vins d’Alsace comme avant….

Après une première journée dans le Haut-Rhin, ce vendredi essentiellement consacré à des flâneries dans Strasbourg se termine tout naturellement par une petite escapade dans la « Couronne d’Or ». Comme chacun sait, ce secteur viticole également appelée « vignoble de Strasbourg » à cause de sa proximité géographique et historique avec la capitale alsacienne, constitue l’une de mes destinations viniques de prédilection, d’autant plus que depuis une bonne dizaine d’années les vignerons de grande qualité s’y sont multiplié.
Pour la suite de mon périple avec nos amis ardéchois ce sera donc cap à l’est en direction de Bergbieten pour une visite au domaine Roland Schmitt.

Malgré une petite demi-heure de retard (dur de sortir de Strasbourg un début de week-end !), Julien et Bruno, les deux frères qui cogèrent l’exploitation avec leur maman, nous accueillent avec le sourire et nous invitent à nous installer dans le caveau pour faire un petit tour d’horizon de leur production actuelle.

 

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Quand un vigneron débouche, l’ardéchois sourit…Pavlov n’est pas loin !
 

 

Crémant d’Alsace Les Bulles de Noémie : le nez est fin et précis sur un registre floral, la bouche est très élégante avec une bulle régulière, des arômes citronnés bien désaltérants et une finale qui laisse le palais frais et dispos.
Victime de son succès cette cuvée issue d’un assemblage à parts égales de pinot noir et d’auxerrois est presque toujours en rupture…pas étonnant, car au vu du rapport prix/plaisir c’est un must !

 

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Sylvaner Grand A 2010 : le nez est franc et précis sur les fruits blancs, la bouche vive et tendue et se prolonge avec de belles notes salines qui trahissent l’origine particulière de cette cuvée issue du grand cru.
Pinot blanc 2010 : le nez est fin mais plus réservé que le sylvaner mais la bouche possède un équilibre parfait, gourmand et sapide, ce vin descend tout seul…
L’emblématique Grand A tient son rang par sa structure minérale qui s’impose en bouche mais sur ce millésime le pinot blanc (100% auxerrois) lui tient tête par son côté gourmand et digeste…entre les deux mon cœur balance, mais il me semble que le sylvaner est déjà épuisé…

Riesling Glinzberg 2010 : le nez est vif et marqué par les zestes d’agrumes, en bouche l’attaque est pointue mais la matière se montre charnue et profondément fruitée, la finale est bien minérale.
Riesling Ostenberg 2010 : le nez très fin révèle des notes de groseille blanche, la bouche est plus relâchée avec une acidité moins anguleuse mais plus profonde et toujours une belle sensation minérale en finale.
Riesling Thalberg 2009 : l’olfaction se développe sur un registre terpénique avec des notes de résine, de zestes et d’herbes aromatiques, en bouche, la belle colonne vertébrale acide soutient une matière gourmande, fruitée et finement saline.

 

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Riesling G.G Altenberg de Bergbieten 2009 : le nez est très complexe mais bien ouvert sur le miel, les fleurs de printemps et la résine, en bouche le gras est palpable mais l’équilibre est parfait, la finale révèle une intense sensation saline.
Ces 4 très beaux rieslings proposés sur la carte du domaine Schmitt, possèdent des personnalités bien différentes avec le millésime qui marque les équilibres et une minéralité bien particulière à chaque terroir. Les 2009 déjà bien ouverts se dégustent avec beaucoup de bonheur aujourd’hui, les 2010 gardent encore un peu de mystère mais sont résolument construits pour la garde.

Pinot Gris 2010 : le nez est encore sur la retenue mais on y décèle d’élégantes notes fruitées, la bouche est aimable avec un moelleux léger et une finale particulièrement digeste.
Pinot Gris G.C. Altenberg de Bergbieten 2010 : le nez est discret, précis et très élégant, la bouche associe une matière puissante avec du gras et une trame acide très solide qui construisent un équilibre bien vif, la finale est longue, minérale et discrètement fumée.
Voilà deux pinots gris qui jouent la carte de la finesse avec bonheur et qui renforcent ma conviction que 2010 est décidément un très beau millésime pour ce cépage.
Cela fait quelques années que les pinots gris alsaciens ne me parlent plus trop, mais avec ce générique très séduisant et ce grand cru vraiment magnifique, je suis prêt à reconsidérer ma position…

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Pinot Noir 2009 : le nez est vraiment explosif sur les fruits rouges et le noyau de cerise, la bouche est juteuse, fruitée, mûre et finement acidulée en finale.
Avec un fruit épanoui qui croque sous la dent le dégustateur craque sans résister !
Ce pinot noir vinifié et élevé en cuve inox est une gourmandise absolue et constitue une vraie surprise chez les Schmitt qui avouent ne pas être de grands spécialistes de ce cépage généralement utilisé pour le crémant (comme en 2010). Ceci dit, la réussite de ce 2009 a peut-être donné quelques idées à Julien qui envisage de replanter sa parcelle sur l’Ostenberg avec des pieds de pinot noir…à suivre.

 

Gewurztraminer Glinzberg-400 Millésimes 2010 : le nez est expressif et séduisant sur le litchi et l’ananas frais, la bouche se présente avec une élégance presque aristocratique, équilibre subtil, grande finesse aromatique et jolie longueur…MIAM !!!

 

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Gewurztraminer G.C. Altenberg de Bergbieten 2010 : le nez semble plus réservé (surtout après le vin précédent…) mais se montre pur et très fin, la bouche possède une matière sphérique, ample et équilibrée, la finale se montre longue et sapide et révèle une délicate touche fumée.
Le premier gewurztraminer est un pur vin-plaisir issu d’une vendange minuscule (18 hl/ha) et qui a été choisi à juste titre pour marquer l’année du 400° millésime du domaine. Le second possède la distinction et la retenue d’un grand cru…laissons lui un peu de temps, sa remarquable structure le permettra sans aucun doute.


Riesling Ostenberg V.T. 2007 : le nez est puissant sur les agrumes confits avec quelques notes épicées, la bouche généreuse et bien équilibrée s’épanouit sur des arômes gourmands de marmelade d’oranges qui persistent longuement en finale.
Gewurztraminer G.G. Altenberg de Bergbieten V.T. 2009 : déjà « bu et approuvé » il y a quelques jours lors de la Masterclass d’automne de l’Oenothèque Alsace (encore !!! On va vraiment croire que je me laisse influencer par les choix de Thierry Meyer…), ce vin se montre très plaisant avec son nez sur l’ananas et l’abricot mûr et sa bouche riche, moelleuse et puissamment saline en finale.
Le surprenant Ostenberg dégusté l'année dernière possède toujours son charme un peu démonstratif mais assez envoûtant, le G.C. rentré avec une maturité S.G.N. est en passe de devenir un moelleux de référence sur 2009...voilà une finale apothéotique comme je les aime !

 

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Je suis fidèle au domaine Roland Schmitt depuis de longues années et leur fameux pique-nique du week-end de Pentecôte a même fait l’objet de l’une de mes premières contributions sur la toile (en juin 2006…comme le temps passe vite !). J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt l’évolution de cette exploitation familiale de Bergbieten qui propose, millésime après millésime, une sélection de crus de la Couronne d’Or de très haut niveau à des prix encore tout à fait raisonnables.
Ayant découvert quelques vins de ce domaine à l’occasion de matches viniques alsaco-ardéchois, nos amis du sud avaient vraiment envie de rencontrer ces vignerons lors de leur passage en Alsace…je crois qu’ils n’ont pas été déçus !
D’un naturel calme et affable Julien explique son métier et ses vins avec simplicité, clarté et sincérité…passionné mais toujours très lucide, il a conscience de la qualité de ses terroirs et de son outil de travail et se consacre pleinement, millésime après millésime, à tirer le meilleur parti de ce précieux héritage.
L’ensemble des références proposée témoigne d’une grande homogénéité qualitative : les vins se présentent sans trop d’exubérance et de folklore tape à l’œil mais toujours avec une belle matière, une grande profondeur et une trame minérale saline qui se manifeste même dans certaines cuvées d’entrée de gamme.
Comme je le dis et le redis depuis longtemps : « goûtez toujours le sylvaner et le pinot blanc chez un vigneron alsacien , vous saurez rapidement comment il travaille… ». Chez les Schmitt vous ne serez pas déçus…et si, par pur plaisir ou par vice (comme moi d’ailleurs) vous remontez la gamme vous verrez comment ils arrivent à rendre palpable cette substance minérale si particulière au secteur de l’Altenberg et de ses terroirs contigus (Thalberg et Glinzberg).

 

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La série presque complète sur le bar du caveau.

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 13:45

 


Poussés par l’envie de découvrir les mystères de l’Alsace et de ses vins, nos amis ardéchois ont enfin trouvé le courage de quitter pour quelques jours le chant des cigales et les parfums de la garrigue, pour remonter dans le grand nord, affronter la rigueur d’un climat hostile et la dureté d’une terre inhospitalière…

Aidé par la météo incroyable de cette fin septembre et par la gentillesse de nos hôtes successifs sur la route des vins, je pense sincèrement les avoir étonnés plus d’une fois au détour d’une halte dans notre belle région.
Comme j’ai l’habitude de le dire à la fin de mes chroniques sur les Grands Crus, je crois bien qu’eux non plus ne boiront plus jamais du vin d’Alsace comme avant….

Après une belle matinée entre Niedermorschwihr et Katzenthal, la pause de midi se fait évidemment à la Taverne Alsacienne d’Ingersheim, chez J.P. Guggenbuhl, cuisinier hors pair et œnophile passionné. Prenez le temps de lire sa magnifique carte de vins, vous comprendrez…
 

 

La suite de notre périple nous emmène vers le sud, direction Guebwiller et ses 4 Grands Crus pour remonter en direction d’Orschwihr et rendre visite au domaine François Schmitt.
Frédéric Schmitt nous accueille dans son caveau alors que ses vendangeurs viennent de couper la dernière grappe du millésime 2011 et qu’une petite fête se prépare du côté du Bollenberg…La classe !

 

 
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Le Bollenberg fin septembre…c’est pas beau çà !
 

 

 

Confortablement installés autour d’une table nous prenons le temps de faire un tour presque exhaustif de la production du domaine :

Pinot Noir Rouge d’Alsace 2010 : simple et gourmand, ce rouge flatte par ses arômes de fruits rouges frais mais reste assez anguleux en bouche.
Pinot Noir Cœur de Bollenberg 2009 : encore une cuvée déjà « bue et approuvée » à la Masterclass d’automne de l’Oenothèque Alsace, mais je ne boude pas mon plaisir face à ces arômes finement toastés, ce fruit bien profond et cette bouche qui allie une chair élégante et soyeuse et dont les arômes fruités et discrètement boisés persistent longuement.
Pinot Noir Cœur de Bollenberg 2010 : le nez est dominé par l’élevage mais la matière en bouche est étonnante de densité, la finale revient sur une fraîcheur très guillerette.
Frédéric Schmitt qui possède un solide savoir-faire en terme de vinification de vins rouges et qui, avec le Bollenberg, dispose d’un terroir propice à l’élaboration de beaux pinots noirs, assume pleinement ses ambitions en nous proposant des cuvées raffinées et racées sur ce cépage dont le potentiel reste encore sous-estimé en Alsace. Ses cuvées Cœur de Bollenberg, résolument travaillées comme des vins de garde commencent à faire parler d’elles…et ce n’est que justice !
Les 2009 et 2010 ne sont pas encore à la vente, il faudra se « consoler » avec le 2008 « hachettisé », « bettanisé » et dégusté lors de mon précédent passage au domaine.

Crémant Blanc de Noir Brut : le nez est discret avec un fruité bien net et quelques notes briochées, la bouche est droite, la mousse bien onctueuse et l’équilibre reste très aérien.
Vinifié en barrique, élevé 36 mois et non dosé, ce crémant présente un profil sérieux mais très élégant, voilà un beau vin de gastronomie

Sylvaner Bollenberg 2010 : le nez est franc et agréable sur les fruits blancs, la bouche est légère et bien fraîche.
Auxerrois Bollenberg 2010 : le registre est complexe, toujours sur les fruits blancs mais avec de délicates notes florales en plus, la bouche possède une matière très gourmande et finement citronnée tout en restant bien tendue et marquée par une minéralité peu habituelle sur ce cépage.
Voilà un sylvaner classique, simple et bien fait et un auxerrois vraiment splendide…comme sur 2009, mais vraiment pas pour les mêmes raisons, j’ai encore craqué pour cette cuvée !

 

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Auxerrois Croix du Sud 2009 : le nez reste encore bien marqué par l’élevage avec des notes boisées, toastées et épicées, la bouche flatte par sa structure rondouillarde somme toute assez agréable.
Auxerrois Croix du Sud 2010 : le nez est plus fin avec de belles notes florales soutenues par un boisé plus discret, l’équilibre en bouche  est superbe, ce vin étonne par sa tension et sa longueur.
Diablement flatteur, le 2009 est conçu pour séduire mais il reste un peu trop moelleux à mon goût, le 2010 par contre est impeccable d’équilibre et de classe…mon premier MIAMMMMM sur cette cuvée !

Riesling 2010 : le nez est très discret, la bouche est droite sans grande fantaisie mais avec une finale assez longue où se dévoilent de belles notes de fruits blancs.
Riesling Bollenberg 2010 : il y a toujours beaucoup de discrétion au nez mais avec un registre plus typé riesling (zestes d’agrumes), la bouche se distingue par une matière très puissante encore un peu fougueuse aujourd’hui (SR : 10g – AT : 11,2g) mais ce vin a de l’avenir.
Riesling G.G Pfingstberg 2009 : le nez est généreusement dédié au pamplemousse, la bouche est très bien structurée avec une trame très verticale enrobée par une matière élégante et charnue, la finale est marquée par de beaux amers.
Riesling G.G Pfingstberg-Paradis 2009 : le nez est fin et distingué sur les zestes d’agrumes, la bouche se tient magnifiquement et révèle une minéralité très puissante, la finale est longue et bien aromatique.
Riesling G.G Pfingstberg-Paradis 2010 : le nez est expressif mais complexe avec des notes de citron, de zeste d’agrumes et de pierre chaude, la structure en bouche est vive et tranchante mais la matière est d’une grande pureté, la finale est longue et très fraîche.
Riesling G.G Pfingstberg 2001 : le nez est très épanoui sur le miel de fleurs et la bergamote, la bouche est large, équilibrée et finement aromatique, la finale bien longue revient sur des évocations florales.
Ces 6 rieslings permettent de comprendre la philosophie du domaine sur ce cépage, pas d’expressivités démonstratives mais de solides charpentes acides et salines qui en font des vins de belle garde. Dans leur version « Paradis » (la parcelle historique du domaine au coeur du Grand Cru) les Pfingstberg se distinguent par leur élégance presque aristocratique. La version 2010 embouteillée avec une malo non réalisée est une vraie réussite (peut-être une piste pour l’élaboration des futurs millésimes…), quant au 2001 sorti par Frédéric de la réserve familiale, c’est de la dentelle !

 

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Pinot Gris Le Maréchal 2010 : le nez est très fin, légèrement toasté il s’épanouit avec de beaux arômes de fruits jaunes, la bouche est généreuse, le gras est présent mais l’équilibre tient remarquablement bien, la finale soutenue par une profonde acidité se prolonge longuement en révélant de belles notes épicées.
Cette cuvée travaillée à la bourguignonne se présente avec une matière exceptionnellement puissante mais équilibrée par  la superbe acidité du millésime 2010. Comme pour l’auxerrois cette tension rend l’élevage moins sensible et beaucoup plus subtil que sur le millésime précédent…Très réussi !

Gewurztraminer Bollenberg 2010 : le nez est élégant, sur un registre exotique, la bouche est bien ronde mais l’équilibre reste plutôt sec, la palette aromatique s’épanouit et se complexifie pour révéler de jolies notes fruitées et discrètement mentholées.
Gewurztraminer Cuvée Marie-France 2010 : le nez est puissamment aromatique et marqué par des fruits exotiques bien mûrs, la bouche est riche et opulente avec une finale sapide et délicatement épicée.
Gewurztraminer G.C. Pfingstberg 2010 : le nez est ouvert, joliment expressif sur les fruits exotiques et les épices, la bouche dessine une silhouette longiligne très élégante et la finale très longue révèle une belle salinité.
Les deux premiers gewurztraminers proviennent du Bollenberg et expriment bien la générosité de ce très beau terroir d’Orschwihr, le vin du Grand Cru est étonnamment ouvert (surtout lorsqu’on les compare aux rieslings G.C. du même âge…) mais possède en bouche une charpente minérale qui le place un cran au dessus des autres…bon sang ne saurait mentir !

 

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Riesling V.T. 2007 : le nez évoque littéralement un panier de fruits exotiques mûrs, la bouche est puissante avec une chair dodue et moelleuse, une fraîcheur très élégante apparaît dès le milieu de bouche et soutient la belle finale où les arômes s’épanouissent et persistent longuement.
Pinot Gris S.G.N. 2010 : le nez est pur et précis sur le miel, les raisins de Corinthe et quelques notes grillées, la bouche possède une matière énorme avec une structure très sphérique, la finale est marquée par de beaux arômes de miel et par une acidité pointue qui équilibre la puissante sucrosité.
Gewurztraminer S.G.N.2010 : le nez surprend par sa timidité mais dévoile peu à peu une palette très complexe, la bouche est pleine d’harmonie et de délicatesse avec un fruité profond dont l’intensité monte progressivement, la finale est nette et très élégante.
Ces trois cuvées en surmaturité ont des personnalités très différentes mais possèdent un pouvoir de séduction absolu. Comme le gewurztraminer goûté lors de notre précédent passage, le riesling 2007 commence à dévoiler son beau potentiel et ravit nos papilles par son expressivité et son équilibre tonique. Les 2 cuvées 2010 sont sans conteste de très belles réussites mais se présentent avec des profils diamétralement opposés : le pinot gris issu d’une jeune vigne assume sa puissance en faisant voir ses muscles avec ostentation et le gewurztraminer récolté sur le même terroir mais sur une très vieille vigne (80 ans), arrive sur la pointe des pieds et demande le verdict du palais pour révéler sa classe et sa profondeur.

Frédéric Schmitt nous a ouvert sa cave et consacré deux heures de son temps –sûrement précieux en cette période – pour nous expliquer sa manière de comprendre ses terroirs et de concevoir ses vins. Même s’il a déjà  vinifié une douzaine de millésimes, ce jeune vigneron continue de s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour générer des vins qui donnent la meilleure interprétation possible de leur terroir tout en restant accessibles à sa clientèle de particuliers, dont certains sont fidèles au domaine depuis fort longtemps.
Il nourrit une ambition fort justifiée pour ses deux lieux-dits de prédilection, le Grand Cru Pfingstberg et le Bollenberg, où il travaille sans relâche pour y produire de très grands vins d’Alsace reconnus à leur juste valeur.
Fidèle à la tradition de la maison il ne néglige pas pour autant les cuvées d’entrée de gamme, des vins simples, précis et réguliers avec un exceptionnel rapport Q/P. d’où émergent quelquefois de vraies pépites comme le Sylvaner Bollenberg 2008 (épuisé depuis longtemps, hélas) ou l’auxerrois Bollenberg 2010…
Le Pfingstberg est un terroir assez complexe dont Frédéric Schmitt pense ne pas encore avoir encore percé tous les mystères : son expérience de vinification des rieslings 2010 sans malo s’avère intéressante puisque cette cuvée se goûte merveilleusement bien aujourd’hui…Ceci dit, il fait vraiment preuve de perfectionnisme parce que son « petit coin de Paradis » nous régale maintenant depuis quelques millésimes…mais si ça peut encore être meilleur, je suis évidemment preneur !

 

 
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Le Pfingstberg…avec la parcelle « Paradis » au centre (à G de l’inscription)
 

 

 

Le Bollenberg est un terroir qui inspire visiblement Frédéric Schmitt, il y laisse libre cours à sa créativité en y concevant des vins haut de gamme souvent très originaux : le versant est du coteau lui fournit des pinots (blancs, gris et noirs) de premiers choix pour ses vinifications à la bourguignonne, le versant ouest est presque exclusivement dédié à la conception de ses précieuses cuvées moelleuses.
En tous cas, en sortant du caveau du domaine Schmitt on a le sentiment d’avoir vécu une belle expérience oenophile et on se dit que des rencontres de cette qualité donnent vraiment envie de continuer à aimer le vin et à respecter profondément ceux qui le font.
Merci Frédéric…et bonne chance pour 2011 !


 


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Un ardéchois perplexe en train de choisir des bouteilles de la série dégustée…offertes par notre hôte du jour pour regoûter...beau geste !

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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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