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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 08:27

 


Poussés par l’envie de découvrir les mystères de l’Alsace et de ses vins, nos amis ardéchois ont enfin trouvé le courage de quitter pour quelques jours le chant des cigales et les parfums de la garrigue, pour remonter dans le grand nord, affronter la rigueur d’un climat hostile et la dureté d’une terre inhospitalière…

Aidé par la météo incroyable de cette fin septembre et par la gentillesse de nos hôtes successifs sur la route des vins, je pense sincèrement les avoir étonnés plus d’une fois au détour d’une halte dans notre belle région.
Comme j’ai l’habitude de le dire à la fin de mes chroniques sur les Grands Crus, je crois bien qu’eux non plus ne boiront plus jamais du vin d’Alsace comme avant….


La première halte s’est faite à la Nécropole de Sigolsheim, magnifique promontoire au dessus des vignes du Grand Cru Mambourg, qui offre une vision à 360° du vignoble alsacien. Ce lieu magnifique chargé d’émotion ne laissera personne indifférent (c’est là qu’a été tournée la dernière scène du film « Indigènes ») et rappellera que derrière ces paysages bucoliques et ces villages fleuris si pittoresques qui font le charme de notre région, se cache une histoire lourde de guerres et de drames.

L’étape suivante nous emmène à Niedermorschwihr, superbe village blotti au pied du Sommerberg, où nous attend Claude Weinzorn, le bon géant du vignoble alsacien.
Malgré des vendanges en cours et un pressoir en pleine action, Claude nous fait l’amitié de nous recevoir avec un grand sourire et nous propose une rapide visite de cave ainsi que la dégustation de quelques références choisies sur sa carte :

Riesling 2009 : issu des jeunes vignes sur le Sommerberg et de la parcelle Z, c’est un vin plein, rond et gourmand.

Riesling G.C. Brand 2007 : comme je l’ai déjà pu le dire à d’autres occasions, pour moi, c’est l’une des réussites exceptionnelles sur ce millésime (je le préfère au Sommerberg, c’est dire !)...mais il ne reste hélas que quelques bouteilles à vendre.

Riesling G.C. Florimont 2007 : cette cuvée très confidentielle est très expressive au nez, d’une grande densité en bouche et révèle en finale des notes crayeuses avec une belle longueur aromatique.

Après cette petite série exclusivement consacrée au riesling nous repartons un peu frustrés de n’avoir pas pu aller plus loin dans la dégustation mais le temps presse pour tout le monde car de notre côté, l’heure du prochaine rendez-vous est déjà largement dépassée et du côté du domaine de l’Oriel, la journée de vendanges est loin d’être terminée. Ceci dit, la générosité et la joie de vivre du grand Claude, qui se retrouvent toujours un peu dans ses vins, méritent toujours largement ce petit crochet par Niedermorschwihr...qu’on se le dise !
 

 

 

C’est avec une bonne demi-heure de retard que nous passons sous le porche de la maison Bernhard à Katzenthal pour nous retrouver dans la fraîcheur bienvenue du caveau de dégustation du domaine, avec comme musique d’ambiance le glou-glou des jus de 2011 qui fermentent gaillardement.
Frédéric Bernhard est au service et nous propose un choix élargi de cuvées présentes sur leur carte.
Ambiance conviviale, vins précis et gourmands…bref, cette halte au domaine Bernhard, nous permet de vivre, une fois de plus, une belle rencontre avec un vigneron et sa production.

Je ne prends que quelques notes succinctes sur certaines cuvées, la plupart d’entre-elles ayant déjà été commentées lors de mon précédent passage au cours du mois de juin.

Riesling G.C. Schlossberg 2010 : le nez est ouvert et très flatteur sur les agrumes, la bouche possède une charpente très droite enrobée par une matière juteuse et charnue.
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2010 : le nez se cherche et se fait chercher par le dégustateur mais la bouche est dotée d’une très belle matière et révèle une profonde salinité en finale…ceci dit, il faut reconnaître qu’à l’heure actuelle la structure de ce vin est encore un peu décousue.
Comme pour 2009 le Schlossberg prend beaucoup moins de temps pour se mettre en place que le Wineck mais la matière du second ne laisse aucun doute sur son potentiel…en toute confiance, comme d’habitude !

Vogelgarten 2009 : le nez est ouvert, très expressif avec un registre quelque peu surprenant mais particulièrement séduisant, la bouche est gourmande et superbement balancée MIAM !!!
Cet assemblage provient du lieu-dit « Jardin des oiseaux » situé entre les grands crus Mambourg et Furstentum et allie pinot gris et gewurztraminer dans une synergie parfaite…en tant que vieil habitué de la maison ce fut vraiment la découverte du jour !

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Gewurztraminer Vieilles Vignes 2009 : le nez est délicat sur un registre très exotique avec quelques notes florales en fond, la bouche est suave avec un moelleux délicat et une finale où on retrouver une touche de fraîcheur très agréable.

 

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Gewurztraminer G.C. Kaefferkopf 2010 : le nez est délicat sur un registre proche du précédent, la bouche est élégante, finement travaillée et avec une structure aérienne longiligne et distinguée…de la dentelle !

Gewurztraminer G.C. Mambourg 2009 : déjà « bu et approuvé » il y a quelques jours lors de la Masterclass d’automne de l’Oenothèque Alsace ce vin est un séducteur par sa palette exotique et finement poivrée mais en bouche on y perçoit une force et une énergie peu communes. Magnifique !

 

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Ces trois vins constituent en quelque sorte des interprétations idéales de ce cépage emblématique de l’Alsace avec un profil aromatique guilleret et épanoui et une bouche toujours bien équilibrée et digeste mais où la profondeur et la densité montent d’un cran à chaque fois.

 

 

Malgré le temps qui défile, Frédéric Bernhard nous propose de terminer le tour d’horizon de sa production en goûtant sa gamme de vins moelleux en compagnie de son épouse venue nous rejoindre avec quelques bretzels…c’est vrai que c’est l’heure de l’apéritif !
Nous sirotons avec délectation des liquides dorés, concentrés et richement parfumés, je ne prends plus de notes mais je tombe littéralement sous le charme des cuvées 2007 : le Jus de Jules (V.T. de riesling), le riesling S.G.N. et le muscat V.T. se montrent absolument irrésistibles à l’heure actuelle. MIAMMMMMM !


Comme d’habitude, on ressort de cette dégustation, impressionné par l’homogénéité qualitative de la production du domaine Bernhard : des cuvées d’entrées de gamme jusqu’aux plus grandes références de la carte, on y sent ce souci d’exigence absolue qui fait naître des vins nets et précis et profondément typés.
Frédéric Bernhard est un jeune vigneron qui a développé une connaissance très fine de ses terroirs et qui s’applique à concevoir des vins qui en révèlent les expressions les plus pures possibles.
Ajoutez à tout cela un accueil toujours souriant et sympathique et une carte proposant rien de moins que 6 Grands Crus avec un rapport Q/P exceptionnel…vous comprendrez aisément ma fidélité à ce domaine de Katzenthal.

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 16:47

 

Comme chaque année le week-end de Pentecôte est consacré à l’opération pique-nique chez le vigneron, qui voit de nombreux domaines viticoles ouvrir leurs portes et inviter leur clientèle à partager un grand moment de convivialité et d’échange sur le thème du vin d’Alsace.
Cette manifestation constitue une occasion rêvée pour approfondir ses connaissances sur le vin d’Alsace, pour apprendre à mieux connaitre un vigneron ou pour rencontrer des gens qui partagent votre passion.

Depuis de nombreuses années, la famille Schmitt de Bergbieten propose une version personnelle de ce pique-nique : leurs clients sont conviés le dimanche ou le lundi pour partager un repas crée par de grands chefs locaux autour de quelques vins issus de la production de ce domaine.

Inutile de préciser que c’est toujours un grand plaisir de faire partie de ces quelques 300 privilégiés qui pourront se délecter des audaces gastronomiques et des associations mets-vins proposées lors de ce beau voyage gourmand.
(Bon ça je l’ai déjà dit en 2010 mais bon c’est difficile de se renouveler chaque année).


 

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Les années se suivent et toujours la même ambiance festive sous les tonnelles dans la cour intérieure du domaine Roland Schmitt

 

Le premier vin est une cuvée exceptionnelle sélectionnée à l’occasion d’un anniversaire peu commun : d’après des sources historiques, 2011 marque les 400 ans d’existence de ce domaine viticole à Bergbieten…Santé !

 

Gewurztraminer Glinzberg 400 Millésimes 2010
Le nez est discret et subtil, plus fin que puissant, la bouche est d’une pureté cristalline avec une finale très aérienne et particulièrement sapide.
Il fallait trouver une cuvée d’exception pour célébrer ce 400° anniversaire du domaine et la famille Schmitt a décidé de choisir un vin issu d’un terroir non classé mais tout à fait remarquable par sa texture et sa distinction.
Avec 30g de SR mais une salinité très présente ce gewurztraminer atteint un sommet d’élégance et constitue un apéritif de choix qui prépare remarquablement le palais pour la suite du repas.

 

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Pour la suite du repas la famille Schmitt a demandé à quelques grands cuisiniers locaux de proposer des petits plats pour accompagner une sélection de 6 vins du domaine.

1. Gewurztraminer G.G. Altenberg de Bergbieten VT 2009
Le nez est plus expressif que le précédent, mais sans trop en faire, sur l’ananas mûr avec quelques notes grillées, la rose apparaît doucement après oxygénation, la bouche est généreuse avec du gras et une palette très suave sur le miel et le raisin sec, la finale offre un joli retour frais et salin.
Avec plus de 20° potentiels, ce gewurztraminer a une maturité de SGN tout en gardant un équilibre parfaitement digeste…la force de l’Altenberg sur une matière très riche !
L’accord avec le Foie gras de canard du gaveur du Kochersberg est tout à fait naturel : saveurs en harmonie, équilibre opulent mais aucune lourdeur…un premier mariage classique mais réussi !

 

2. Sylvaner Grand A du petit Léon 2010
Le nez est très pur sur les fruits blancs (groseille à maquereau), la craie, l’attaque en bouche est vive, l’équilibre est sec et droit et le salinité très particulière de l’Altenberg se révèle progressivement en donnant beaucoup d’éclat à la finale.
Ce sylvaner emblématique du domaine, issu de vieilles vignes situées sur le Grand Cru tient son rang : moins baroque que le surprenant 2009 ce vin revient vers un équilibre plus classique, tendu et minéral avec une matière très noble.
Avec le Confit de tomates et d’esturgeon aux aromates du jardin de Lise proposé par le restaurant la Cour de Lise à Willgottheim, ce vin s’accorde avec beaucoup de simplicité en créant une harmonie fraîche et tonique.


 

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Les frères Schmitt au service

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3. Riesling Ostenberg  2010
L’olfaction fine et très discrète délivre avec parcimonie de subtiles notes florales(fleur de sureau), en bouche l’équilibre est sec et cristallin, le toucher de bouche révèle un grain très charnu, la finale est fraîche, légèrement mentholée et accompagnée par des amers très distingués.
Ce coteau pentu de Westhoffen où est née une surprenante cuvée de VT en 2009, a produit en 2010 un riesling sec ample et d’une grande profondeur minérale.
Avec la Salade de lentilles et crevettes aux épices tandoori réalisée par Babette Lefebvre, la chef nouvellement étoilée du restaurant strasbourgeois La Cambuse, l’accord simplement parfait atteint une sorte d’apothéose avec la délicate amertume de la roquette et du vin qui résonnent à l’unisson au palais.

 

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Emile Jung, Babette Lefebvre…des étoiles au travail sous l’œil attentif d’Anne Marie Schmitt


4. Pinot Blanc 2010
Le nez est pur et très élégant sur des arômes de fruits blancs, la bouche est vive avec un profil acidulé très guilleret et une texture particulièrement gourmande, la finale très tonique allie une minéralité palpable et une petite rondeur avenante.
Une fois encore les enchaînements de vins proposés par la famille Schmitt surprennent par leur audace : un « tout petit » pinot blanc après quatre grands vins de terroir, il fallait oser !
Ceci dit, cette cuvée 100% auxerrois n’a pas à rougir devant ces nobles prédécesseurs, c’est un vin équilibré avec un charme un peu canaille qui a réalisé un mariage de toute beauté avec le Lapereau en fine gelée et son bibeleskäs plein sud proposé par le restaurant Belle Vue de Saulxures.


5. Riesling G.C. Altenberg de Bergbieten 2009
Le nez est net et précis mais tout en retenue, on y perçoit des arômes naissants d’agrumes mûrs, en bouche une acidité immédiate et tranchante constitue une charpente solide pour une matière assez généreuse, en finale la belle salinité très salivante laisse une empreinte très longue sur la langue.
Ce riesling Grand Cru se distingue par la puissance de sa structure minérale et cette impression de sérénité si particulière que confère ce terroir paisible et calme même dans des millésimes excessifs comme 2009…attention réussite majeure sur ce cépage !
Avec le Pâté en croûte de poularde et foie gras aux cornes d’abondance réalisé conjointement par Emile Jung et Hubert Metz (4 étoiles au total…) l’accord a été plaisant mais personnellement je l’aurai bien essayé sur le plat précédent…mais bon, je chipote !

 

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6. Pinot Gris VT 2007
Le nez est ouvert et bien complexe avec des notes de fruits jaunes bien mûrs (beaucoup d’abricot), un peu de fraise des bois et une touche discrètement fumée, la bouche assume une matière riche et bien grasse avec une belle armature acide, la finale légèrement tannique est marquée par une délicate amertume, version pomelo mûr.
Je n’aime pas trop le pinot gris et les vins surmûris me fatiguent rapidement : me voilà très mal parti pour apprécier cette cuvée…mais bon, face à une telle palette aromatique et cet équilibre dense et digeste on se laisse séduire sans trop résister.
D’autant plus qu’avec l’Assiette gourmande à base macaron et de sorbet au sureau avec un exceptionnel coulis de fruits rouges proposée par le pâtissier Jean Pierre Oppé, l’harmonie atteignait presque le divin !


Pour conclure :

- Le beau temps, l’ambiance détendue et conviviale, des plats originaux et raffinés accompagnés de vins de très haute tenue…difficile de ne pas réussir sa journée dans ces conditions !
Une fois de plus, la famille Schmitt et leurs partenaires restaurateurs ont réussi à offrir un festival gustatif à la clientèle du domaine.
Bravo et merci à tous !

- Pour cette édition 2011, les associations gastronomiques et l’ordre de service des vins ont clairement joué sur le registre de l’audace et de la créativité.
L’absence de fausse note a prouvé qu’avec des vins d’Alsace, dont la polyvalence à table est encore largement sous-estimée, on peut laisser libre cours à son inventivité sans prendre des risques exagérés…amis oenophiles lâchez-vous sans crainte !

- Les vins dégustés ont montré que sur le dernier millésime, le domaine Schmitt a réussi des cuvées d’un équilibre sec, très classique mais avec des matières pures et bien concentrées…à cet égard, le magnifique pinot blanc 2010 est assez emblématique de cette qualité…en plus, à moins de 6 euros, il constitue une aubaine à ne rater sous aucun prétexte !
Pour les 2009, il est remarquable de constater à quel point l’Altenberg a montré sa vraie nature : pas de maturités explosives ou exagérées mais des matières charnues et élégantes avec une trame saline terriblement présente…des équilibres terriens et racés issus d’un superbe terroir !

- Pour les coups de cœur… difficile de choisir entre ces 7 vins tellement bien mis en valeur !
Je me contenterai donc de relever que, depuis le millésime 2010, les vins du domaine Schmitt ont droit au label BIO et que ce pinot blanc que je suis en train de siroter en terminant la rédaction de cet article est vraiment génial !

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 08:30

PORTES OUVERTES AU DOMAINE SCHOENHEITZ A WIHR AU VAL
Conférence sur la minéralité


 

En cette fin de printemps, ce domaine situé à Wihr-au-Val organise des journées « Portes Ouvertes » pour les professionnels (restaurateurs et cavistes) et, à cette occasion, les Schoenheitz ont eu la très bonne idée d’inviter David Lefebvre pour une conférence-débat sur le thème de la minéralité dans les vins.

Les notes de dégustation des cuvées présentées lors de cette opération ont été publiées dans un autre article.

Cette petite contribution est entièrement consacrée à l’intervention de David Lefebvre sur un sujet qui déclenche depuis quelques années des débats passionnés dans le monde des œnophiles.

Nous nous retrouvons autour d’une table dans un coin de l’espace de stockage du domaine aménagé pour l’occasion en salle de visio-conférence pour passer près de 2 heures en compagnie de David Lefebvre, chimiste diplômé, œnologue-conseil et actuellement journaliste spécialisé pour un certain nombre de publications professionnelles, qui étudie depuis des années le concept de minéralité dans le vin.

Je n’ai pas pris énormément de notes durant cet exposé très interactif et solidement documenté, mais j’ai quand même retenu certaines idées susceptibles de donner un contenu plus clair et plus scientifique au terme de minéralité.

1. Les minéraux sont des composés stables sur le plan thermodynamique, ils sont inaltérables dans le temps. Le vin est constitué de 85% de minéraux dont l’eau, le gaz carbonique et les sels (NaCl, Ca, K, Mg….comme dans les eaux minérales).

 

 

2. La minéralité se perçoit surtout au goût : les sels sont des exhausteurs de saveurs (un peu comme en cuisine) leur présence modifie la perception que l’on peut avoir de l’acidité, du sucre, de l’alcool ou des tanins.

Pour illustrer ce propos nous faisons une expérience de dégustation avec deux verres d’eaux minérales différentes – l’une fortement minéralisée (Evian) l’autre faiblement minéralisée (Celtic) : en ajoutant de l’alcool (10°) à ces eaux on remarque que l’alcool laisse une impression de chaleur moindre dans l’Evian que dans la Celtic, en ajoutant des tanins de pellicule à ces eaux on remarque que le mélange semble plus sec et plus astringent avec l’eau la moins minéralisée.

Ces expériences peuvent aussi être réalisées avec le sucre (nous l’avons faite lors d’une dégustation AOC) ou l’acide…dans tous les cas on peut sentir que la présence de sels minéraux favorise l’harmonisation des composants gustatifs d’une boisson.

 

 

3. La minéralité vient du sol mais les sels minéraux contenus dans un vin ne sont pas forcément en rapport avec la géologie de leur terroir : jusqu’à aujourd’hui, aucune corrélation entre minéralité et terroir n’a pu être établie. La vigne avec son système racinaire et ses réactions chimiques internes constitue un premier filtre, les réactions fermentaires en sont un autre.
La fermentation est un phénomène de décomposition d’une matière organique vers un élément plus stable, c’est une réaction de minéralisation.
Elle n’intervient pas que dans le vin, en Alsace nous avons l’exemple de la choucroute ou du fromage de Munster. Dans tous les cas, cette réaction chimique a pour effet de libérer des minéraux séquestrés dans les molécules organiques.

Comme travaux pratiques David Lefebvre nous invite à déguster une part de fromage de Munster fraîchement caillé et le cœur d’un Munster affiné (la croûte étant salée artificiellement a été otée pour l’expérience) : le verdict est sans appel, la pâte du fromage affiné dégage une sensation saline évidente.

 

 

4. La minéralité d’un vin dépend des pratiques agronomiques : si on favorise le système aérien de la plante le système racinaire s’atrophie. Au niveau des fruits, de telles pratiques favorisent l’augmentation de la matière organique (rendements, sucres) au détriment de la matière minérale. On obtient des vins riches mais dépourvus de squelette. Une agronomie qui favorise l’équilibre aérien/racinaire de la plante permet l’élaboration de vins plus équilibrés.

 

 

5. La minéralité d’un vin dépend du millésime : une année sèche ne favorise pas l’apport minéral par les racines. L’ensoleillement profite au système aérien de la vigne et génère le synthèse de sucre dans les raisins, l’absence d’eau dans le sol limite les échanges sol/racine et réduit considérablement la présence minérale dans la vigne et dans les fruits.

Le dernier exercice de travaux pratiques n’est pas le plus désagréable car il nous offre la possibilité de déguster comparativement des rieslings issus des trois grands terroirs de Wihr-au-Val (Linsenberg, Herrenreben, Holder) dans deux millésimes très différents : 2003 et 2008.
Il faut dire avant tout que tous ces vins se goûtent très bien à l’heure actuelle…ceci dit, en se concentrant sur les sensations laissées au palais on dégage très rapidement deux profils très distincts : les 2008 sont secs toniques et très salins (salivants avec une présence marquée sur la langue), les 2003 sont très ronds mais avec des structures moins définies (charmeurs et glissants).

 

 

 

Voilà donc les éléments que j’ai pu retenir après cette intervention de David Lefebvre…j’espère avoir été fidèle à son discours même si, mes carences en connaissances scientifiques m’ont parfois conduit vers des approximations ou des raccourcis abusifs…

En tous cas, j’ai eu la chance de rencontrer un scientifique passionné, partageant son savoir avec plaisir et simplicité. Ce militant pour une viticulture qui replacerait la plante au centre des préoccupations préconise aussi une nouvelle approche de la dégustation qui donnerait plus de place à la dimension minérale et saline qu’à la dimension organique (sucre, alcool)…

Merci à David Lefevbre et à la famille Schoenheitz de m’avoir permis de vivre cette expérience hautement formative.

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 12:34


 

 

visite

Wihr-au-Val

 

 

Wihr-au-Val est un charmant village situé aux portes de la vallée de Munster, bien loin du parcours touristique de la Route des Vins d’Alsace : autant vous dire qu’une visite au domaine Schoenheitz n’est jamais le fruit du hasard. C’est par la qualité de leur gamme de vins issus des beaux terroirs un peu méconnus de cette vallée que Dominique et Henri Schoenheitz réussissent à attirer de plus en plus d’oenophiles dans leur beau caveau de dégustation.
Avec une viticulture extrêmement exigeante et des vinifications précises ces vignerons mettent en valeur les trois grands terroirs granitiques de Wihr-au-Val :
-    le Linsenberg, un coteau très caillouteux, exposé au sud
-    le Herrenreben, un coteau sableux et caillouteux, exposé au sud
-    le Holder, un coteau plus argileux, exposé au sud.

En cette fin de printemps, le domaine organise des journées « Portes Ouvertes » pour les professionnels (restaurateurs et cavistes) et, à cette occasion, les Schoenheitz ont eu la sympathique idée de convier quelques blogueurs alsaciens. Bravo pour cette initiative !

 

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  Le caveau du domaine Schoenheitz aménagé pour la journée Portes Ouvertes
 

 

Accueillis par le charmant sourire d’Aude Olive nous sommes très rapidement pris en charge par Henri Schoenheitz qui nous invite à découvrir ses cuvées de pinot noir :

Classique 2010 : le nez s’ouvre sur des notes un peu lactiques mais le fruit sous-jacent est très élégant, la bouche se distingue par un toucher joliment velouté.
(12°8 – 0,5 g/l de SR – 3,39 g/l AT – élevage en cuve)

Saint Grégoire 2010 : le nez est très agréable sur les fruits blancs et l’herbe fraîche, en bouche on retrouve cette grande précision dans la structure.
(en cours d’élevage en barriques – jeunes vignes (25 ans) en bas de coteau)

Herrenreben 2010 : le nez est plus expressif, toujours un peu lactique au début mais sur un fruité très gourmand par la suite, la bouche a un style très bourguignon (ce n’est vraiment pas un reproche…) avec une matière étonnamment mûre pour le millésime.
(en cours d’élevage en barriques – vignes de 40 ans)

Linsenberg 2010 : le nez est marqué par un élevage très raffiné, boisé fin et épices, la bouche est soyeuse, concentrée avec un registre aromatique complexe et long…grand tout simplement !
(en cours d’élevage en barriques 100% neuves – jeunes vignes de 8 ans

Ces pinots noirs 2010 nous ont littéralement mis sur le c... : quelle densité, quelle richesse et quel équilibre final !
Et pourtant il y a le millésime, il y a l’altitude exceptionnelle des vignes…mais il y a surtout les Schoenheitz, vignerons amoureux des beaux pinots noirs, ils mettent tout en œuvre pour réussir de très grands vins sur ce cépage. Leurs pratiques viticoles sont très strictes : une baguette taillée court, un ébourgeonnage sévère (6 bourgeons maximum par baguette), une recherche de la maturité optimale des fruits…avec au bout du compte des rendement moyens très bas (autour de 40 hl/ha).
En cave ces vins sont traités avec soin et méticulosité : pressurage doux de raisins entiers, cuves thermorégulées, transfert des jus par gravité et élevage dans une futaille haut de gamme (chêne de l’Allier ou des Vosges)…autant vous dire que la qualité ne doit rien au hasard, mais par contre les quantités sur 2010 seront très contingentées. A bon entendeur… !


Saint Grégoire 2009 : le nez s’ouvre sur des notes empyreumatiques assez prononcées (torréfaction, moka) avant de céder peu à peu la place aux arômes de fruits rouges mûrs, la bouche est ronde, équilibrée et la finale possède une belle longueur aromatique sur la cerise noire.
(13°5 – 0,1g/l SR – 3,46 g/l AT – élevage en barriques de 4 vins et plus)

Herrenreben 2009 : le nez est encore discret, la bouche est charnue avec un grain tannique fin et serré et une finale fraîche et très soyeuse.
(14°3 – 0 g/l SR – 3,92 g/l AT – élevage en barriques 1/3 neuves, 1/3 moyennes, 1/3 vieilles).

Linsenberg 2009 : le nez est discret sur les fruits rouges, la bouche impressionne par sa matière puissante et son ampleur, la finale révèle de beaux arômes de fruits mûrs et de torréfaction en laissant une légère impression de chaleur.
(14°5 – 1g/l SR – 3,85 g/L AT – élevage en barriques neuves à 50%)


J’avais déjà entendu parler de la qualité des pinots noirs produits par ce domaine et j’ai été content de pouvoir vérifier le verre à la main que cette réputation était amplement méritée. Après des 2010 en cours d’élevage (sauf la cuvée « Classique ») qui m’ont bluffé par la qualité de leur matière, ces 2009 séduisent par leur élégance et leur raffinement. Avec des rouges alsaciens de ce niveau on commence vraiment à entrer dans le cour des grands pinots noirs…amis bourguignons vous voilà prévenus !

 

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  Atelier pinot noir avec Henri Schoenheitz


Avant de passer à la série de blanc nous faisons un petit intermède pétillant :

Crémant Brut Blanc de Blancs 2008 : le nez est léger et séduisant sur les fruits blancs et la fraise des bois, la mousse est crémeuse mais l’équilibre reste droit et très frais.
(11,1° - 0,5 g/l SR – 4,89 g/l AT)
Réalisé à partir de raisins d’auxerrois (100%) vendangés à maturité, non dosé et gardé 2 ans sur lattes, ce crémant est splendide : le fruit mûr donne du gras et de la richesse aromatique mais l’équilibre reste parfaitement sec…un petit miracle dû essentiellement à l’altitude des vignes du domaine Schoenheitz.

 

 

La suite de notre tour d’horizon est consacrée aux vins blancs tranquilles pour une première rencontre avec les cuvées de 2010 dont la plupart sont encore en cours d’élevage, suivies par des vins des millésimes antérieurs qui sont actuellement au tarif. La série est impressionnante (une quarantaine de références)…j’avais oublié que c’était une journée « professionnels ». C’est dans ce type de situation, où je me rends compte que je ne suis et ne resterai probablement qu’un amateur : too much pour moi, il va falloir choisir !
Hélas, Henri Schoenheitz ne l’entend pas de cette oreille, il nous accompagne à la table suivante et nous invite à découvrir la totalité de sa production, on respire un grand coup…et c’est parti !

Pinot blanc Val Saint Grégoire 2010 : le nez est léger, fruité avec de jolies notes de fraise des bois et de bonbon acidulé, la bouche est simple, aérienne avec une vivacité très fringante.
(brut de cuve – 51 hl/ha – vignes de 25 ans)
Une cuvée 100% auxerrois marquée par la vivacité du millésime…frais et charmeur.

Muscat 2010 : le nez est pur, délicieusement floral, la bouche est fraîche et gouleyante avec une finale bien fruitée.
(12°4 – 2,9 g/l SR – 4,45 g/l AT)
Avec un assemblage 2/3 ottonel et 1/3 alsace à petits grains ce muscat est particulièrement réussi. Le dosage des 2 cépages permet au vigneron de s’adapter au millésime : en 2010 c’est l’ottonel plus précoce et moins acide qui domine et qui donne cet équilibre très gourmand.

Riesling Classique 2010 : le nez est très réservé, la bouche est vive avec une acidité longue et pointue et une finale où le fruit commence à se révéler.
(11°7 – 4,7 g/l SR – 6,57 g/l AT)

Riesling Linsenberg 2010 : le nez est typé et fin sur le citron frais et les zestes d’agrumes, la matière est assez concentrée mais l’acidité très large mais particulièrement virulente domine encore l’équilibre, la finale très longue révèle de belles notes d’agrumes.
(brut de cuve – vignes de 18 ans)

Riesling Herrenreben 2010 : la palette olfactive est proche de celui du Linsenberg mais la bouche toujours très vive possède plus de gras et de concentration.
(brut de cuve – vignes de 40 ans)

Riesling Holder 2010 : le nez est plus épanoui avec déjà une belle complexité sur un registre floral et agrumes frais, la bouche est ample et grasse mais toujours marquée par cette acidité longue et pointue.
(12°7 – 4,3 g/l SR – 7,01 g/l AT)

2010 sera un millésime où les rieslings se reconnaîtront à leur charpente acide puissante. Avec l’influence du terroir particulier de Wihr au Val cette caractéristique est vraiment centrale dans l’identité de ces vins…les amateurs de grands rieslings droits et secs vont être ravis !
Sur les 4 cuvée dégustées on sent l’influence conjuguée du millésime et de l’altitude mais on perçoit aussi un fond riche et concentré, résultant d’une matière première de grande qualité avec des fruits rentrés à pleine maturité phénolique.

Pinot Gris Classique 2010 : le nez est discret, l’équilibre en bouche semble sec, la matière est équilibrée avec un beau gras et une finale longue et délicatement fruitée.
(13° - 11,4 g/l de SR – 4,62 g/l AT)

Pinot gris Val Saint Grégoire 2010 : le nez est réservé, la bouche se rapproche de celle de la cuvée classique mais avec un pue plus de chair et une finale marquée par des arômes de fruits blancs et un léger fumé.
(brut de cuve – vignes de 12 ans)

Pinot Gris Herrenreben 2010 : le nez est discret, minéral avec une petite pointe fumée, en bouche la matière est généreuse et bien équilibrée.
(brut de cuve – vignes de 12 ans)

Pinot gris Linsenberg 2010 : le nez est très délicat sur les fruits blancs et toujours une légère touche fumée, la bouche très élégante se goûte sec et possède déjà un très bel équilibre.
(brut de cuve – vignes de 9 ans)

Pinot gris Holder 2010 : le nez est très pur, un peu plus expressif que sur les vins précédents, la bouche révèle une matière équilibrée et gourmande avec une finale bien longue.
(brut de cuve – vignes de 30 ans)

Henri Schoenheitz a particulièrement insisté pour nous faire découvrir cette série de pinots gris dont il est visiblement très fier : ce sont des vins très complets dont l’équilibre bien sec va en faire des vins de belle garde et d’excellents compagnons de table.


Gewurztraminer 2010 : le nez est pur et précis sur la rose, la bouche est ronde et ample avec une finale finement épicée.
(13,1° - 23,8 g/l SR – 3,58 g/l AT)

Gewurztraminer Holder 2010 : le nez est encore discret sur un registre exotique, en bouche la matière est ample et généreuse, la finale est longue et puissamment épicée.
(brut de cuve – vignes de 30 ans)

Gewurztraminer Linsenberg 2010 : le nez est discret, plutôt floral avec quelques notes d’épices douces, la bouche est onctueuse avec du soyeux, de la générosité et une pointe acide qui donne beaucoup d’éclat à la matière, la finale est très longue.
(brut de cuve – vignes de 15 ans)

Voici 3 gewurztraminers un peu archétypiques avec une cuvées générique facile et séduisante, un Holder précis mais tout en retenue et un Linsenberg impressionnant de puissance…de quoi contenter chaque type d’amateur, que demander de plus !

 


Après cette série presque exhaustive sur 2010, la fatigue commence à se faire sentir…mais je ne résiste pas au plaisir de découvrir quelques références sur les millésimes précédents :

Muscat 2009 : le nez est expressif sur le bourgeon de cassis, le buis et la menthe fraîche, la bouche est légère et souple avec une finale un peu plate.
(12,5° - 3,7 g/l SR – 3,08 g/l AT – vignes de 28 ans)
Le muscat d’Alsace qui domine dans cet assemblage marque bien le nez mais ne réussit pas à apporter assez de fraîcheur à l’ensemble…un vin facile et agréable mais un poil mollasson en bouche

Pinot gris Linsenberg 2009 : le nez est ouvert mais marqué par des notes très grillées de froment et de torréfaction, la bouche est ronde et opulente avec une belle persistance aromatique en finale.
(14,3° - 7,1 g/l SR – 3,64 g/l AT – vignes de 10ans)
Ce pinot gris aux formes généreuses est assez caractéristique de ce millésime…pour amateurs de vins riches

Riesling Linsenberg 2008 : le nez est fin et précis sur les agrumes frais, la bouche dégage une belle impression de puissance par sa droiture, sa chair et sa salinité affirmée en finale.
(12,2° - 7,8 g/l SR – 5,67 g/l AT – rendement 59 hl/ha)

Riesling Linsenberg 2007 : le nez est plus discret avec toujours des arômes d’agrumes complétées pars des notes légèrement torréfiées, la bouche est très plaisante, acidité très mûre, beaucoup de gras et une finale sur le pamplemousse frais.
(12,7° - 2 g/l SR – 3,9 g/l AT – rendement 69 hl/ha)

Deux grands rieslings réussis dans des millésimes très différents : la preuve que le Linsenberg est un très beau terroir…et Henri Schoenheitz un très bon vigneron !


Riesling Holder 2007 : le nez est très franc sur les agrumes, la bouche splendide allie équilibre, densité et fraîcheur pour finir sur une minéralité profonde et racée.
(13,3° - 6,6 g/l SR – 4,72 g/l AT – rendement 57 hl/ha))

Riesling Holder 2005 : le nez est fin et complexe avec des arômes d’agrumes bien mûrs et d’épices douces, la bouche est ample et riche mais la finale reste très digeste.
(13° - 25 g/l SR – 4,51 g/l AT – rendement 43 hl/ha)

Ces superbes rieslings qui naissent dans la partie granitique la plus aride du Holder sont travaillés pour devenir de grands vins de garde. Le domaine Schoenheitz les laisse mûrir dans ses caves pendant quelques années avant de les commercialiser…actuellement c’est le 2004 que l’on trouve au tarif.

 

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Petite verticale de riesling Holder de 2010 à 2004…j’avoue ne pas avoir réussi à la terminer.

 

 

Pour souffler un peu nous sommes invités à nous rendre dans la cave de stockage aménagée en espace de visio-conférence afin de parler de minéralité avec David Lefebvre…un sujet passionnant et admirablement bien traité qui fera l’objet d’un CR à part (pourvu que j’arrive à relire mes notes…).

 

 

Près de deux heures plus tard, nous retournons dans le caveau pour se laisser tenter par quelques ultimes flacons :

Riesling Herrenreben VT 2007 : le nez est pur et précis sur le raisin sec avec quelques touches épicées, la bouche est puissante avec du gras, du moelleux et un fruité épanoui, l’acidité profonde et très longue se fait sentir progressivement en donnant beaucoup d’éclat à la finale.
(12,3° - 59 g/l SR – 5,01 g/l AT – rendement 30 hl/ha)
Une matière dense et concentrée et une belle acidité qui structure solidement la charpente…un aboutissement pour une V.T. !

Riesling Herrenreben SGN 2005 : le nez fin mais tout en retenue contraste avec une matière en bouche d’une puissance et d’une ampleur peu communes, une acidité mûre apporte une belle tension pour créer un équilibre très tonique, la longueur finale est impressionnante.
C’est cette bouteille qui m’a fait connaître le domaine après une session de dégustation avec l’Oenothèque Alsace et c’est avec grand plaisir que j’ai regoûté ce nectar : réservé au nez (ma muqueuse olfactive est peut-être un peu saturée…) mais très explosif en bouche avec une persistance aromatique inouïe. Du très haut niveau !


Un coup d’œil à ma montre…presque 19 heures, ma permission de sortie est largement dépassée, en plus il faut compter plus d’une heure pour retourner à Strasbourg…direction la sortie !
Henri Schoenheitz s’inquiète « mais vous n’avez pas tout goûté… ! », nous avons beau lui expliquer le voyage retour, la famille…le voilà qui s’éclipse quelques instants pour revenir avec quelques bouteilles de sa collection personnelle…
Qui peur résister à çà ?


Pinot gris Herrenreben 2000 : le nez s’ouvre sur des notes un peu lactées avant de révéler de beaux arômes de fruits blancs mûrs et de vanille, la bouche est volumineuse avec une matière concentrée, très grasse et une finale complexe et bien longue.
Vinifié en barriques neuves, élevé longuement sur lies fines ce pinot gris me fait penser à la Cuvée Maréchal de F. Schmitt…une vision particulière du vin d’Alsace ! Je suis quand même impressionné par la tenue de ce vin dans le temps.

Gewurztraminer Holder 1990 : le nez pur et charmeur est dominé par des arômes de litchis, la bouche est bien équilibrée et gourmande, la finale avec du fruit, un peu d’épice et de réglisse, persiste longuement.
Après 21 ans le fruit s’est épuré, la structure s’est un peu affinée…une bouteille élégante et raffinée à savourer avec respect et admiration !

 

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Riesling Herrenreben VT 1998 : pas de mots…plus de mots, un vin splendide, d’une jeunesse incroyable, des gouttes d’éternité !
Un vin qui me cloue le bec…ça tombe bien, c’est vraiment l’heure d’y aller !


Pour conclure :

- ce domaine exploite 15 hectares de vignes situées pour la plupart sur des coteaux granitiques situées en altitude (jusqu’à 500 mètres pour certaines parcelles). Cette situation demande des pratiques viticoles et œnologiques de très haut niveau pour valoriser pleinement ces terroirs particuliers du Val Saint Grégoire. Le tour d’horizon très complet effectué sur les cuvées issues du délicat millésime 2010 montre que Henri et Dominique Schoenheitz maîtrisent parfaitement leur sujet : les vins sont ciselés avec une grande précision et laissent une impression de plénitude bien aboutie.
Les pinots noirs sont à tomber, les rieslings marqués par de puissantes acidités demanderont un peu de patience pour être appréciés, les pinots gris et les gewurztraminers se caractérisent par des équilibres très gastronomiques.

- avec un espace d’accueil chaleureux et convivial, une sélection de plus de 40 références à déguster, une conférence-débat et plein de petites attentions fort sympathiques…cette opération portes a été une grande réussite.
Un grand merci aux vignerons et à leur équipe !
Mon seul regret aura été de constater que bien trop peu de personnes ont répondu à cette invitation, quel dommage !

- difficile d’isoler l’un ou l’autre coup de cœur dans une série aussi fournie mais j’ai été fortement impressionné par la qualité des pinots noirs…des vins qui prouvent une fois de plus que les terroirs granitiques alsaciens peuvent générer de très grands vins rouges.
Le crémant est une réussite absolue…amis champenois accrochez-vous !
Les vins blancs de 2010 sont encore bien jeunes pour séduire vraiment mais quelle pureté !
Le riesling Herrenreben SGN 2005 est égal à lui-même…grandiose !

Mille merci à l’équipe du domaine Schoenheitz

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 08:35

 

 

 

A la recherche de quelques références à exporter sur le marché d’outre-atlantique, mon pote François me propose de l’accompagner dans le vignoble alsacien pour lui présenter quelques domaines que j’apprécie particulièrement. Bien évidemment, face à une telle requête émanant d’un membre très actif du club AOC, un incorrigible boit-sans-soif comme moi ne peut que se laisser embarquer pour une nouvelle tournée de dégustation en Alsace…quand on aime, on ne compte pas, c’est bien connu !

La première étape a lieu à Niedermorschwihr, au Domaine de l’Oriel dont j’ai déjà longuement parlé récemment. En l’absence de Claude et de Sandrine Weinzorn qui participaient au premier Salon des Vignerons Indépendants à Nice, c’est la maman du vigneron qui nous reçoit pour une dégustation de la gamme en vente actuellement.
Je ne reviendrai pas en détail sur une production déjà bien commentée à d’autres occasions mais je voudrais quand même relever une nouvelle fois la qualité des cuvées génériques, des pinots noirs (en attendant l’exceptionnel 2009) et certains Grands Crus de très haut niveau comme le Riesling Brand 2007 ou le Pinot Gris Sommerberg-Terrasses 2008 dont il reste encore quelques rares flacons…


Pour rejoindre notre seconde étape il suffit de passer le petit col sur la faille vosgienne entre le Sommerberg et le Florimont, pour nous retrouver à Katzenthal chez Jean-Marc Bernhard.
Dans le caveau du domaine nous dégustons une bonne partie de la longue liste des références proposées à la vente en ce moment :

Edelzwicker Cuvée des Chasseurs : un vin net, discrètement aromatique et très précis dans son équilibre.
Surtout destiné à la vente au pichet dans la restauration locale, cet assemblage où dominent le sylvaner et le pinot blanc se livre avec simplicité et naturel.

Sylvaner Vignoble de Katzenthal 2009 : le nez est très agréable sur les fruits blancs et l’herbe fraîche, en bouche on retrouve cette grande précision dans la structure.
Un vin simple qui séduit par son équilibre impeccable. Comme je le dis souvent, le sylvaner est une sorte de révélateur de l’exigence du vigneron…nous pouvons attaquer avec confiance la suite de la gamme.

Pinot Blanc Bouquet de Printemps 2009 : le nez est plus discret mais la structure en bouche possède un équilibre très aérien qui donne au vin une grande buvabilité.
Voilà un pinot blanc qui s’exprime sans complexe dans son registre de compagnon de table convivial et polyvalent.

Riesling Vieilles Vignes 2009 : un nez est finement citronné et la bouche possède un équilibre assez pointu avec une finale longuement aromatique et bien fraîche.
Une vigne de 40 ans produit ce riesling archétypique mais très gourmand.

Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2009 : toujours discrètement citronné au nez et d’une structure fine, longiligne et tendue en bouche ce vin sérieux mais d’un abord franc et direct séduit toujours autant.
Pointu et précis…un Wineck ciselé, d’une pureté cristalline…à moi les derniers flacons !!!

 

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Riesling Grand Cru Schlossberg 2009 : le nez est généreusement dédié aux agrumes et la bouche se présente avec du gras et de l’ampleur et une finale vive et précise.
Si proche du Wineck par bien des aspects ce riesling gardera toujours une structure plus opulente que son voisin tout en gardant cette belle minéralité propre aux grands terroirs granitiques.

Muscat Tradition 2010 : le nez est ouvert et d’une grande franchise, le raisin croque encore sous la dent en bouche, l’équilibre est sec mais reste très gourmand.
Ce vin issu d’un assemblage à parts quasiment égales de muscat d’Alsace et de muscat ottonel me laisse toujours la même impression de finesse sans chichis et de plénitude…pour moi une des références incontournables sur le cépage.

 

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Pinot Noir Tradition 2008 : le nez est très marqué par de beaux arômes de fruits rouges, la bouche est droite mais d’un équilibre léger très plaisante.
Un rouge avec une matière mûre et assez gourmande…joli pour 2008 !


Pinot Noir Tradition 2009 : le nez est encore très discret mais bien net, la bouche est plus épanouie avec du gras, de la rondeur et une palette qui se révèle un peu avec de belles notes de cerise et de noyau.
Une tenue de grande classe avec cette texture riche et soyeuse et cette belle finesse aromatique…ces pinots noirs 2009, irrésistibles vous dis-je !

Pinot Noir Barrique 2008 : le nez est gourmand et raffiné avec un fruité très expressif, la bouche est charnue avec un boisé discret et parfaitement intégré.
Un très beau vin rouge où tout est bien en place, dosé avec une grande maîtrise…Miam !!!

Crémant : le nez est flatteur avec un fruité bien expressif, en bouche la mousse est fine et légère, l’équilibre est simple mais précis.
Issu principalement d’auxerrois (70%) complété par 20% de chasselas et de 10% de riesling, cet assemblage de vins de 2008 et 2009 se déguste facilement avec un plaisir direct et immédiat…encore un joli crémant !

Pinot Gris Cuvée Particulière 2009 : un vin charnu, ouvert avec un fruit bien épanoui et un bel équilibre en bouche.
Un pinot gris qui a gardé une belle élégance dans un millésime où le risque de lourdeur par excès de matière est réel, surtout sur ce cépage…Joli travail !

Gewurztraminer Vieilles Vignes 2009 : le nez est délicat sur un registre floral, la bouche est ronde, onctueuse mais toujours sapide, la finale est très longue sur des notes finement poivrées.
Plus rond que le pinot gris mais dans le même esprit de recherche d’élégance, ce gewurztraminer est un modèle de gourmandise !

Le temps passe vraiment vite lorsqu’on se trouve en bonne compagnie et un rapide coup d’œil sur notre montre nous indique qu’il est largement temps de prendre congé de la famille Bernhard…la dégustation des cuvées de prestige sur les gewurztraminer et les pinots gris attendra. Dommage !
De la plus modeste référence aux crus prestigieux, les vins du domaine Bernhard se distinguent par leur grande pureté et leur équilibre toujours maîtrisé : même dans un millésime piègeux comme 2009, les expressions des cépages et des terroirs sont bien définies et les structures en bouche sont restés sveltes et élégantes. Du travail d’orfèvre !


Pour le coup de cœur, je ne vais pas donner dans l’originalité : je balance entre l’expression cristalline du riesling Wineck-Schlossberg 2009 et l’irrésistible gourmandise du muscat 2010 et je n’ai pas l’intention de choisir…


Nous prenons le repas de midi à « La Cocotte de Grand-Mère », un sympathique « Bistrorant » dans le vieux Colmar, où l’on peut se régaler avec de la cuisine simple mais très créative utilisant exclusivement des produits frais et où on peut déguster quelques vins originaux soigneusement sélectionné par un jeune sommelier passionné par la chose vinique…ne manquez pas cette adresse !
 www.lacocottegrandmere.com

 

 

La dernière étape de la journée nous ramène dans le Bas-Rhin, au Domaine des Marronniers à Andlau.


Nous sommes reçus par Martha Wach et comme ce matin, nous tentons de passer en revue la totalité de la gamme du domaine.


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Le coin dégustation entièrement conçu et réalisé par Guy Wach…artiste, artisan et vigneron !


Sylvaner Duttenberg 2009 : le nez est ouvert, un peu de fruit, quelques notes florales, la bouche est légère et très digeste.
Tout ce qu’on demande à un sylvaner…pas trop de fantaisie mais beaucoup de franchise !

Sylvaner Séduction 2009 : le nez est gourmand avec des notes très pures de raisin frais, la bouche est ronde, ample et bien croquante, en finale la petite pointe acidulée apporte une fraîcheur bienvenue.
Ces sylvaners issus d’une parcelle de très vieilles vignes (65 ans) ont produit un vin complètement atypique en 2009, pas de souci, au domaine des Marronniers on assume pleinement : bouteille bleue et étiquette spéciale…nous voilà prévenus !

 

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Clevner 2009 : le nez est fin et précis sur les fruits blancs, la bouche est assez charnue mais sans lourdeur, la finale révèle de beaux amers très désaltérants.
Un vin 100% pinot blanc qui se joue un peu du millésime avec son équilibre tonique et gourmand.

Riesling Tradition 2009 : le nez est net et typé sur la citronnelle et les agrumes frais, l’équilibre en bouche est très digeste avec une acidité longue et profonde et une finale bien pointue.
Un riesling droit et pourtant très séduisant…une bouteille pour s’initier à l’esthétique de ce cépage.

 

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Riesling G.C. Wiebelsberg 2009 : le nez est discret mais finement ciselé, la bouche possède une matière puissante, déjà particulièrement marquée par la minéralité, la finale est longue et délicatement épicée.
Encore un peu sur la retenue, ce riesling est déjà bien imprégné de la minéralité de ce terroir gréseux. Belle réussite !

Riesling G.C. Moenchberg 2009 : le nez est fin et délicatement floral, la bouche est charnue avec une finale très vive.
Un vin déjà bien ouvert qui se livre très facilement…à savourer en attendant les 2 autres Grands Crus.

Riesling G.C. Kastelberg 2009 : le nez est très discret avec quelques notes de fruits blancs, la bouche s’épanouit avec une chair généreuse et grasse, la finale est longue et puissamment minérale.
Malgré sa matière imposante ce riesling ne pèse pas du tout au palais et recèle un beau potentiel de garde même s’il s’ouvrira plus rapidement que les millésimes précédents...pour attendre 2008 et 2007 sans mourir de soif !

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Riesling G.C. Kastelberg VT 2006 : le nez est intense et complexe sur des agrumes mûrs (mandarine, bergamote), en bouche le moelleux est palpable, la matière est puissante et la finale très longue nous dévoile de belles notes d’infusion.
Maturité, équilibre, concentration et complexité aromatique…un grand Kastelberg !

Pinot Gris Duttenberg 2009 : le nez est discret et joliment typé avec cette pointe fumée très caractéristique, en bouche l’attaque est douce mais la structure se révèle très généreuse, il faut attendre la pointe minérale finale pour percevoir une fraîcheur bienvenue.
Comme le sylvaner ce pinot gris est récolté sur le lieu-dit Duttenberg situé sur le versant est de la colline du Moenchberg…un vin dont la personnalité commence à s’affirmer au delà de la marque du millésime.

Gewurztraminer Andlau 2009 : le nez est floral et discrètement épicé, la bouche est large, ample et équilibrée, la finale bien poivrée est soutenue par une belle tension qui redresse la structure.
Le classicisme interprété sur une partition de gewurztraminer…rien à dire !

Crémant : le nez est pur et net, joliment fruité, la bulle est fine et dense, le toucher de bouche est très crémeux, l’équilibre est frais et désaltérant.
Un assemblage de chardonnay (80%) et de pinot blanc (20%) sur des vins de 2008, plus de 2 ans sur lattes…un crémant parfaitement dans son rôle de vins festif, direct, facile d’accès mais avec une tenue irréprochable. Superbe !

 

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La série a encore été écourtée par des impératifs d’emploi du temps, en nous obligeant à laisser de côté quelques belles références proposées sur la carte du domaine. Pour la sélection des cuvées à déguster j’ai laissé l’initiative à François qui n’a pas les mêmes critères de choix que moi : pour se faire une place sur le marché U.S. ce sont les vins d’entrée de gamme qui constituent la première clé. Un pinot blanc ou un riesling, basiques mais très bien conçus sont les sésames incontournables pour attirer l’attention des américains sur notre région viticole.
Ceci dit, je suis volontiers mon partenaire du jour dans cette démarche car, comme je l’ai déjà souvent dit, je suis convaincu que la qualité de la production d’un domaine se repère très facilement à travers leurs vins d’entrée de gamme.
Pour Guy Wach (comme pour les Bernhard d’ailleurs) ce type d’examen n’est qu’une formalité : leurs premières cuvées sont impeccables, typées, précises et facilement accessibles dès leur plus jeune âge.
 

 

Le coup de cœur évident va à l’incomparable riesling Kastelberg 2009 plein de belles promesses pour l’avenir…et peut-être aussi à l’originale vision du sylvaner proposée par la cuvée Séduction 2009.

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 19:26

SORTIE SCOLAIRE AU DOMAINE LISSNER

 

 

Lorsque j’ai proposé aux professeurs de physique et de biologie du lycée Kléber d’organiser une sortie avec leurs élèves pour compléter leur formation scientifique basée sur la thématique du raisin par une visite sur le terrain, j’ai immédiatement pensé à solliciter la contribution de Bruno Schloegel.
Malgré un emploi du temps très chargé, ce vigneron de Wolxheim a accepté d’accueillir nos élèves pour leur expliquer in-situ les notions abordées durant leurs cours de M.P.S. (Méthodes et Pratiques Scientifiques).

 

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Le raisin quelques jours avant la fleur.


Le premier chapitre de la leçon a été abordé devant une parcelle de sylvaners au pied du Grand Cru Altenberg de Wolxheim, juste devant la « Dyonisuskapelle ».
Au programme : le pied de vigne et le cycle physiologique de la plante.

 

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Bruno Schloegel expliquant le fonctionnement complexe de la vigne.

 

Le deuxième chapitre sera consacré à l’étude de la biodiversité dans une parcelle travaillée en viticulture biologique.
Au programme : cueillette des plantes qui poussent entre les rangs de vigne et inventaire des espèces trouvées.

 


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Les élèves à la cueillette…


 
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…et de beaux bouquets à la clé.


Après l’identification de la quarantaine d’espèces trouvées – Bruno Schloegel est l’un des experts en botanique de l’I.N.A.O. – nous partons pour une promenade sur les flancs de l’Altenberg pour nous rendre près d’une parcelle de jeunes vignes.
Pour cette troisième étape les élèves auront comme thème d’étude, la densité de plantation. Après des comptages, des mesures de distances inter-ceps et un peu de calcul mental, le résultat confirmé par le vigneron est de 6000 pieds à l’hectare.
 

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Dernières questions avant les mesures et le comptage sur la parcelle de jeunes vignes


De retour au village, les élèves sont invités à visiter le nouveau chai bio-climatique du domaine et à assister à certaines expériences de physique régulièrement pratiquées par les vignerons : évaluation de la densité d’un moût avec un mustimètre, mesure avec un réfractomètre et calcul du degré alcoolique d’un vin avec un ébulliomètre.

 

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Atelier physique en compagnie de Mme Lissner et des professeurs du lycée
 

 

La chimie ne sera pas oubliée au cours de cet après-midi puisque la dernière étape de la visite se déroule dans la cave à foudres avec Bruno Schloegel pour l’étude des processus de fermentation du vin.

 

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Une petite leçon de chimie dans la cave.


Pour conclure :

- C’est avec un grand sens de la pédagogie que Bruno Schloegel a mené cette intervention sur le terrain pour permettre à nos élèves de seconde de vérifier comment leurs connaissances théoriques peuvent être mises en application dans le cadre d’une exploitation viticole. Bravo !

- Ce vigneron, défenseur d’une viticulture propre et respectueuse de son environnement, militant pour des pratiques œnologiques les plus naturelles possibles, a également profité de cette occasion pour partager avec son jeune public ses convictions sur la nécessaire harmonie de la relation de l’Homme avec la Nature. Un peu de science et beaucoup de sagesse !

- Voilà un article où il n’est presque pas question de vin mais que j’ai eu envie de publier ici pour montrer le sens du partage de certains vignerons alsaciens…
Mille mercis Monsieur Schloegel !

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:16




En ce premier samedi du printemps la famille Kreydenweiss a décidé d’ouvrir les portes du domaine aux œnophiles pour une visite guidée de leurs installations et une dégustation élargie de leur production alsacienne et méridionale. Comme d’habitude, j’ai encore pas mal du jongler avec mon emploi du temps pour trouver un petit créneau de liberté…mais bon, Andlau n’est qu’à une petite demi-heure de Strasbourg et le nom de Kreydenweiss sonne aux oreilles de tout amateur de vin d’Alsace comme une référence pratiquement incontournable…c’est reparti pour un tour !


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Au dessus d’Andlau, le moine du Moenchberg nous salue…derrière lui les deux autres Grands Crus du village, le Wiebelsberg à droite et le Kastelberg à gauche



Le domaine Kreydenweiss se trouve en face de la basilique Saint Pierre et Saint Paul, c’est un ensemble complexe de bâtiments traditionnels, adossé au coteau du Kastelberg juste au bord de la rivière Andlau, qui descend du massif vosgien vers la plaine du Rhin…un emplacement déjà symbolique en quelque sorte !


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A l’arrière du domaine Kreydenweiss, l’Andlau et la partie ouest du Kastelberg


La visite commence par la cave où les vins de 2010 reposent dans des foudres fraîchement traités à l’huile de lin : ici on est resté fidèle à la tradition des contenants en bois « l’inox est certes plus pratique à l’entretien mais lorsqu’on hérite d’une cuverie bois, ce n’est pas évident de changer, ceci dit, je pense que les vins évoluent plus harmonieusement dans des foudres » me confiera Antoine Kreydenweiss.


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La cave du domaine avec d’anciens foudres fraîchement huilés et une série de foudres neufs fabriqués sur mesure par un tonnelier local.

 

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Détail du pilier en grés de la cave : il date du XII° siècle et serait le seul vestige restant de la chapelle du Kastelberg.

 
Le passage par la cave nous donne l’occasion de déguster 2 vins du dernier millésime : Pinot Gris Clos Rebberg 2010 et Riesling Andlau 2010.
Les 2 cuvées sont encore en cours de fermentation mais on peut d’ores et déjà apprécier leurs matières riches, équilibrées par une acidité longiligne et très profonde…on pourrait presque y déceler l’esprit des 2008, en tous cas, ils feront de très beaux vins.
Moi qui attendais un millésime moyen pour désengorger les rayons de ma collection alsacienne…je sens que ce ne sera pas pour cette année !

La visite du stockage bouteilles nous permet d’admirer les œuvres originales qui ont illustré les étiquettes de chaque millésime du domaine depuis 1984 : une belle preuve de confiance dans la qualité de ces crus estampillés dans l’esprit de Mouton-Rothschild !

 

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Une petite partie de la collection avec la série d’étiquettes de 1996 à 1992

 

 

De retour dans la cour, sous la tonnelle, la gamme complète des bouteilles au tarif actuel du domaine est proposée à la dégustation. Le temps commence à manquer un peu et mon aptitude à déguster correctement un grand nombre de vins reste toujours aussi limitée…de plus, la visite prévoit une ultime étape dans la salle de dégustation en compagnie de vieux millésimes, je suis contraint de limiter mon choix à quelques références. Parmi les vins goûtés j’ai beaucoup apprécié :


- le Riesling Andlau 2009 : issu des terroirs gréseux autour d’Andlau ce vin séduit par sa grande gourmandise aromatique et son équilibre frais et tonique.
- le Pinot Blanc La Fontaine aux Enfants 2008 : provenant d’une parcelle granitique au dessus du Kastelberg, cet assemblage à parts égales d’auxerrois et de pinot blanc se présente comme un très beau vin de terroir avec une olfaction très aérienne, florale et discrètement mentholée et une présence en bouche charnue et profondément minérale.


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- le Riesling GC Wiebelsberg 2008 : le grand cru gréseux d’Andlau s’offre à nous tout en élégance et en distinction avec son nez frais et délicatement floral, sa structure finement ciselée et sa belle présence saline en finale.
- le Riesling GC Kastelberg 2008 : ce terroir unique de schistes de Steige a produit sur ce millésime un vin d’anthologie ; même si le nez reste encore un peu fermé, la présence en bouche est exceptionnelle, faite d’une matière puissante avec une acidité profonde et une minéralité vibrante qui laisse une légère sensation tannique en finale.
- le Pinot Gris Moenchberg 2009 : ce grand cru marno-calcaire, que le domaine réserve exclusivement au pinot gris a produit en 2009, un vin très gourmand et déjà bien ouvert avec des notes fruitées et légèrement miellées au nez et une matière concentrée mais bien équilibrée en bouche.


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La triplette de Grands Crus du domaine.

 

 

La fin de la visite se passe à l’étage dans un espace moderne et lumineux avec une grande baie vitrée qui donne sur le coteau du Kastelberg et une bonne dizaine de « trouvailles » sorties de la réserve du domaine proposées à la dégustation…comment résister !
Parmi les vins goûtés j’ai beaucoup apprécié :


- le Riesling Clos Rebberg 2000 : encore un riesling sur schistes (des schistes gris de Villé pour cette cuvée) qui manifeste sa minéralité par des notes terpéniques très fines à côté d’un fruit encore bien frais, la bouche est équilibrée et parfaitement en place.
- le Riesling GC Wiebelsberg 1998 : le nez est fin et racé avec sa palette complexe sur les agrumes et les épices douces, la bouche est d’une pureté cristalline avec une finale équilibrée mais tonique.
- le Riesling GC Kastelberg 2003 : le millésime signe la palette avec de belles notes d’agrumes confits et d’épices (cannelle, girofle), la bouche est généreuse avec beaucoup de gras et une jolie rondeur, il faut attendre la finale pour entendre le message du terroir et ressentir la puissante minéralité qui tend la structure.

Là il est vraiment l’heure de partir…mais un dernier traquenard m’attend à la sortie : les vins méridionaux du domaine.
Je connais un peu ces vins et notamment Ansata que je goûte depuis quelques années lorsque je suis en vacances du côté de Port Camargue et de sa maison des vins. « Oui mais il y a de nouvelles cuvées qu’il faut absolument déguster » me répond Antoine Kreydenweiss.
J’aurais essayé de résister mais bon, une fois de plus je me laisse faire…il y  a des moments où je suis d’une faiblesse navrante :


- KA 2009 : des carignans centenaires ont produit cette cuvée d’une gourmandise absolue avec un fruité intense et une chair suave et goûteuse en bouche, en plus, la longueur finale est surprenante…cela aurait été dommage de passer à côté de ça !
- Châteauneuf du Pape 2007 : le nez est charmeur et déjà bien épanoui sur les fruits noirs et les épices, la bouche est savoureuse, parfaitement équilibrée et avec une belle persistance aromatique. C’est un vin issu de raisins centenaires (surtout des grenaches) cultivés en bio-dynamie sur un terroir plutôt sablonneux…une vraie réussite et une belle découverte !

Pour conclure :

- Je n’avais jamais eu l’occasion de faire une visite au domaine Kreydenweiss même si je connais et apprécie leurs vins depuis bien longtemps... cette première journée portes ouvertes tombait à point nommé pour combler cette impardonnable lacune. Malgré certaines contraintes de temps qui m’ont obligé à faire mon tour au pas de charge, j’ai quand même pu apprécier pleinement la qualité de l’organisation, la disponibilité et la gentillesse d’Antoine Kreydenweiss et de son équipe et surtout les grands vins proposés généreusement à la dégustation…mille merci à tous !

- L’esprit des vins du domaine est marqué par la pureté et la fidélité aux terroirs : la profonde minéralité de ces sols gréseux ou schisteux est toujours mise en avant et confère des personnalités uniques et authentiques à toutes les cuvées. Ici, la culture biodynamique n’est pas qu’un choix idéologique mais une condition fondamentale pour permettre aux raisins et aux vins de transmettre le plus précisément possible le message du terroir.

- Pour les coups de cœurs personnels, j’ai été particulièrement sensible à la qualité exceptionnelle du pinot blanc de « La Fontaine aux Enfants », un vrai grand vin de terroir et, au risque d’énoncer une banalité, je suis resté bouche bée devant la grandeur du riesling Kastelberg 2008…la comparaison de ce Grand Cru avec le prestigieux Montrachet n’a peut-être jamais été aussi légitime…


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Le Kastelberg vu du village

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 12:32

 


Après avoir assumé mes obligations professionnelles le matin (eh oui, il m’arrive de travailler… !) et mes obligations familiales en début d’après midi (accompagnement du fiston handballeur dans le Haut-Rhin…ça tombait plutôt bien !), j’ai mis le cap sur Orschwihr afin de rejoindre un groupe de dégustateurs, composé de membres de deux clubs œnophiles (AOC et un club haut-rhinois), pour une visite au domaine François Schmitt.

En l’absence de Frédéric Schmitt et de son épouse qui sont en charge de l’exploitation aujourd’hui, c’est François, le papa et fondateur du domaine, qui nous accueille en nous proposant de débuter la visite par un tour dans la cave avant de nous installer dans le magnifique caveau de dégustation rénové en 2010.

 

Au domaine François Schmitt on travaille le vin essentiellement dans des cuves inox « un contenant moderne qui permet de contrôler facilement l’évolution de chaque cuvée (…) par contre si un vin est raté, le vigneron ne pourra s’en prendre qu’à lui-même ».

 


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La cuverie du domaine Schmitt

 


Depuis quelques années le domaine cherche à pénétrer le marché international avec des cuvées particulières haut de gamme. « Sur le marché du vin d’Alsace traditionnel, il n’y que peu de place pour les vignerons indépendants qui ne tiennent pas face à la concurrence des coopératives ».
C’est dans cette perspective que Frédéric Schmitt a conçu 3 cuvées de pinots (auxerrois, gris et rouge) vinifiées et élevées à la bourguignonne avec des fermentations et des élevages sur lies en barriques de chêne.


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La cave « bourguignonne » du domaine Schmitt

 

 

Le domaine qui écoule près de 80% de sa production auprès d’une clientèle de particuliers a rénové le caveau de dégustation en 2010 pour pouvoir accueillent leurs visiteurs dans un espace moderne, lumineux et convivial.


 
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Une partie du caveau du domaine

 

Sur le mur en pierre au fond de cette salle les vignerons ont eu la bonne idée de mettre en valeur leurs trois terroirs emblématiques…des carottages du Bollenberg et du Pfingstberg présentés comme des œuvres d’art…un bel hommage !
      
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Les sols du Grand Cru Pfingstberg et des deux secteurs du Bollenberg

 

 

Le domaine exploite 12 hectares de vignes dont une partie sur le Grand Cru Pfingstberg (clcaro-gréseux) et sur la colline du Bollenberg (marno-calcaire à l’ouest et argilo-calcaire à l’est) et décline sa production en 24 cuvées différentes.
 

 

Pour des raisons de temps et de fatigue légitime (les autres membres du groupe sont sur la brèche depuis ce matin…) nous choisissons de déguster une douzaine de références de la carte.


 
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François Schmitt dirige la dégustation face à notre groupe d’oenophiles…dont certains membres paraissent un peu marqués par les « efforts » de la journée (Hello Paul !)


Crémant Blanc de noirs : le nez est pur et net sur des fruits blancs (pomme, poire), la mousse est fine, crémeuse et persistante et l’équilibre est d’une agréable fraîcheur.
Une cuvée avec une palette aromatique charmeuse et une belle présence en bouche…à 7 euros c’est un vrai cadeau !

 

Crémant Rosé : la robe est d’un rose très pâle, le nez est discret, légèrement fruité et la bulle est vive, serrée mais un brin envahissante en bouche.
Franc et bien net ce crémant suit la mode des « bulles roses » mais avec sa palette aromatique très discrète et sa mousse un peu agressive cette cuvée ne me séduit pas outre mesure.

Pinot noir Rosé 2009 : le nez est franc et direct avec de belles notes florales et une nuance de bonbon anglais, la bouche est simple mais dotée d’un équilibre très aérien et d’une persistance finale de belle longueur.
Une cuvée séduisante qui tient très bien son rang de vin de convivialité…sans oublier qu’avec son prix très sage (5 euros), ce rosé croquant constitue un must absolu pour nos futures tablées estivales.

Pinot noir Cœur de Bollenberg 2008 : le nez s’ouvre sur des notes un peu lactées rapidement remplacées par de discrets arômes de fruits rouges et un léger fumé, l’attaque en bouche est tendre mais la matière est puissante avec une trame tannique fine et soyeuse qui se fait sentir en milieu de bouche, la finale est bien fraîche et longuement aromatique.
Une première cuvée issue de la cave « bourguignonne » du domaine qui séduit par son équilibre structurel et sa gourmandise. L’élevage est très bien intégré et le fruit s’épanouira encore bine davantage dans les années à venir.

Auxerrois Bollenberg 2009 : le nez est avenant avec un profil floral très charmeur, la bouche possède un équilibre flatteur avec un joli gras et une finale nette et bien fraîche.
Un auxerrois qui se boit comme du petit lait et qui ravit les papilles par une palette très subtile… une vraie petite friandise à moins de 5 euros, les gourmets gourmands n’y résisteront pas !

 

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Auxerrois Croix du Sud 2009 : le nez est discret mais complexe, la bouche est ample avec un joli gras et un boisé léger, les arômes fruités et délicatement vanillés s’expriment avec beaucoup d’élégance en fin de bouche.
La seconde cuvée vinifiée et élevée en barriques (neuves pour moitié) trouve son équilibre grâce à une matière première très riche (13°5) qui répond à la présence boisée…je préfère néanmoins l’énergie juvénile et la fringance de la cuvée Bollenberg !

 

Riesling Bollenberg 2009 : le nez est expressif et gourmand sur l’ananas et une pointe de minéralité, la bouche possède une texture élégante avec un toucher très fin, la finale revient sur des notes de pomelo et des évocations minérales qui laissent une agréable sensation de fraîcheur.
Le nez flatte les sens mais la bouche est solidement construite autour d’une belle structure minérale, ce riesling est un séducteur auquel il sera difficile de ne pas céder.

Riesling Grand Cru Pfingstberg – Paradis 2008 : le nez est très discret, on y décèle de fins arômes d’écorce d’agrumes, la bouche est dense et charnue avec une finale longue et tendue où se révèlent de belles notes citronnées et « caillouteuses ».
La parcelle « Paradis » située dans la partie centrale du Grand Cru produit des rieslings secs de grande race taillés pour la garde : ce 2008 est fermé sur le plan aromatique mais recèle une énergie exceptionnelle.

 

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Pinot gris Le Maréchal 2009 : le nez est fin et complexe avec de discrètes notes de fruits jaunes, une pointe vanillée et un léger fumé, la matière est dense et concentrée et le boisé s’exprime avec beaucoup de classe, l’équilibre est remarquable et la finale très longue nous remet en mémoire les évocations fruitées et fumées perçues à l’olfaction.
C’est le genre de vin que je déguste généralement avec une grande méfiance et, je l’avoue, avec un à priori assez défavorable… mais cette cuvées de pinot gris généreuse mais terriblement bien balancée n’aura pas mis beaucoup de temps à me convaincre de sa qualité et de son énorme potentiel. Une belle découverte !

 

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Gewurztraminer Grand Cru Pfingstberg 2008 : le nez est ouvert et séduisant sur les fleurs et les épices douces, la bouche est généreuse avec du gras et de la rondeur mais la finale livre une puissante impression minérale, presque tannique, adoucie par de jolis arômes de rose et de violette.
Un grand cru très accessible aujourd’hui mais dont la puissante trame minérale nous laisse présager qu’il n’a pas encore dit son dernier mot. Un vin à garder…même si cela s’avère difficile !

Gewurztraminer V.T. 2007 : le nez est complexe et intense sur l’ananas rôti, le poivre blanc et quelques notes plus minérales, la bouche allie un caractère gras et juteux avec une puissante minéralité, le moelleux est très digeste et la finale marquée par une fine acidité laisse une jolie sensation de fraîcheur.
Un vin qui associe un nez exubérant et une bouche concentrée et équilibrée : une V.T. exemplaire pour amateurs de sensations fortes !

 

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Pour conclure :

- J’ai souvent croisé Frédéric Schmitt et son épouse lors des manifestations organisées dans le cadre de l’Oenothèque Alsace, j’ai eu l’occasion de déguster certaines de leurs cuvées mais je n’avais encore jamais pris le temps de visiter leur domaine.

- C’est chose faite aujourd’hui…et grand bien m’en a pris car la visite menée tambour battant par François Schmitt a pleinement tenu ses promesses : discours clair, réponses précises sans langue de bois, visite complète des installations professionnelles remarquablement entretenues et dégustation généreuse dans un cadre accueillant…que demander de plus !

- Les vins du domaine sont conçus avec une belle précision associée à une touche de créativité qui leur confère une identité propre : les cuvées d’entrée de gamme se livrent avec simplicité et gourmandise et les crus du Bollenberg et du Pfingstberg plus profonds et plus concentrés se présentent comme de beaux vins de garde.

- Dans cette série d’un très beau niveau de qualité je sortirai 3 coups de cœur personnels : l’auxerrois Bollenberg 2009, friandise absolue, le riesling GC Pfingstberg Paradis 2008 avec sa présence minérale très pure et enfin l’étonnante cuvée de pinot gris Le Maréchal, dont l’équilibre entre matière et élevage m’a vraiment impressionné.

- Pour être complet il faut également évoquer le rapport qualité/prix hallucinant des vins du domaine : avec une gamme qui se situe entre 5 et 20 euros, on ne peut que craquer…vous voilà prévenus !

 

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Un adage qui concerne particulièrement un sportif à la retraite comme moi !

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 11:56

 

 

En cette fin novembre, la fantaisie polychrome des paysages d’automne a laissé la place à une ambiance un peu vaporeuse dans la vignoble alsacien.


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Camaïeu de gris dans le vignoble autour de Mittelbergheim


Après l’agitation de la période des vendanges la vigne profite de cette sérénité retrouvée pour se ressourcer et les vignerons retrouvent un rythme de vie moins trépidant dans leurs caves où les jus du nouveau millésime fermentent calmement.

A quelques kilomètres de la capitale alsacienne qui fête l’ouverture de la foire au gogos (mais non, je n’ai pas oublié le L) et au vin chaud, certains vignerons ont choisi de rompre la trêve hivernale en ouvrant grand les portes de leur domaine aux amateurs de vins d’Alsace.

A Mittelbergheim, comme chaque année à cette période, Jean-Pierre Rietsch nous invite à déguster ses vins et à visiter sa cave où des artistes locaux profitent de ces espaces originaux pour exposer leurs œuvres.

 

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Après un tour dans les caves peuplées de créatures étranges nées de l’imagination de Daniel Depoutot, je me retrouve en compagnie de Jean Pierre pour goûter quelques échantillons du millésime 2010.


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De drôles de bêtes dans une cuve du domaine.

 

Pinot noir (12°, rendement 50hl/ha, vendange entière à 70%, macération semi-carbonique, malo non faite) : le fruité est très présent au nez (cerise rouge), la bouche est légère avec une mâche tannique fine et une acidité un peu vive.
Un joli vin fruité et gourmand qui renoue avec la tradition des pinots noirs légers et gouleyants.

Sylvaner Vieilles Vignes (13°3 potentiels, rendement 42hl/ha) : le nez se montre assez franc avec des notes de fruits blancs mûrs, la bouche est pure et bien équilibrée.
A l’ombre du prestigieux sylvaner Grand Cru, cette cuvée très réussie trouve parfaitement sa place en offrant une expression authentique de ce cépage.

Pinot gris G.C. Zotzenberg (14°8 potentiels) : le fruité est discret mais la matière et riche et la salinité est déjà bien affirmée en bouche.
Un futur grand pinot gris qui construira un équilibre très racé entre richesse et profonde minéralité.

Riesling (13°2 potentiels, rendement 48hl/ha) : le nez est un peu troublé mais la matière est généreuse avec une richesse affirmés et une belle acidité qui est en train de se mettre en place.
Un vin en pleine construction mais les éléments constitutifs promettent…

Riesling Stein (12°7 potentiels, rendement 48hl/ha) : le nez est très discret mais la bouche est gourmande et offre une sensation saline d’une intensité rare.
Une perception saline incroyable…un véritable échantillon témoin pour faire découvrir la minéralité d’un vin d’Alsace…Un futur très grand !

Gewurztraminer G.C. Zotzenberg (14°, rendement 32hl/ha) : d’agréables arômes les épices s’immiscent dans un registre encore très fermentaire, la bouche est généreuse et bien équilibrée.
Sur cette cuvée, Jean-Pierre projette de réaliser un vin sec…un futur compagnon à forte personnalité pour des plats hauts en goûts et en couleurs.

 

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La série complète de 2010, dans l’ordre de dégustation de gauche à droite.


Comme chaque année la visite se poursuit par la dégustation d’une alléchante série de vieux millésimes…hélas l’heure tourne et mon rendez-vous de 16 heures dans le village voisin d’Andlau est proche…je me résous, la mort dans l’âme, à faire l’impasse sur cette série de prestigieux anciens…

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De 1996 à 2001… quelques trésors de l’oenothèque Rietsch

 


…par contre je ne résiste pas au plaisir de savourer un foie gras préparé par le Bistrot des Saveurs à Obernai avec un Riesling Stein 2007 : le nez est pur et profond sur des arômes d’agrumes et de discrètes notes de poivre blanc, la bouche est grasse, bien équilibrée (les 10g de SR sont parfaitement intégrés) et la finale, marquée par des notes de pomelo reste fraîche et salivante.
L’un des mes coups de cœur sur 2007 au domaine Rietsch se goûte avec bonheur aujourd’hui et répond magnifiquement à ce délicieux foie gras…un accord de roi !

Dernier passage obligé au caveau du domaine pour comparer deux cuvées de Sylvaner Vieilles Vignes 2009 :
- La cuvée traditionnelle présente un nez éclatant de fruits blancs et une bouche droite mais relâchée et une finale fraîche avec de beaux amers.
- La cuvée nature possède un nez plus discret et plus complexe avec une bouche juteuse et souple marquée par quelques notes oxydatives.
Le premier vin est légèrement soufré à la mise, le second est sans soufre…deux visions différentes d’un même vin. Personnellement je préfère le premier, plus proche des canons alsaciens, mais il est quand même intéressant de remarquer à quel point quelques ml de sulfites peuvent influencer la structure et la palette aromatique d’un vin. Ceci dit, j’aime bien l’attitude de Jean-Pierre qui propose le choix à sa clientèle : avec ou sans…libre à chacun de se déterminer en fonction de ses goûts et de ses convictions.

Cette visite bien trop courte (mais je me rattraperai bientôt car l’étude du G.C. Zotzenberg avec Jean-Pierre Rietsch est prévue pour 2011) m’a permis une nouvelle fois de constater le remarquable travail effectué par ce vigneron et son équipe. Ce millésime piégeux à souhait a été maîtrisé grâce à des pratiques culturales exemplaires sur ces très beaux terroirs de Mittelbergheim et a donné naissance à de belles cuvées avec des pratiques œnologiques les plus naturelles possibles (levures indigènes, élevage long en foudres, sur lies mais sans bâtonnage, pas de SO2 dans les jus…).
Comme chaque année Jean-Pierre produit quelques cuvées « expérimentales » a côté d’une gamme plus traditionnelle de haut niveau…il va sans dire que je suis impatient de retourner chez lui pour une dégustation plus complète.


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Le bois règne en maître dans les caves du domaine Rietsch.

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 09:20

 

Voilà une semaine qu’il fait beau en Alsace et les derniers raisins sont prêts à être rentrés. A quelques heures d’intervalle, j’ai reçu des messages de Florian Beck et Jean Marie Bechtold me prévenant que ce jeudi 15 octobre ils prévoyaient une journée de vendanges et qu’ils m’invitaient à y participer
Au domaine Bechtold, on rentre du pinot noir alors qu’au domaine Beck-Hartweg, ce sont des rieslings en surmaturité qui vont être récoltés. Florian a prévu de débuter la vendange à midi afin de laisser le temps aux raisins de bien sécher alors que Jean-Marie a convoqué ses vendangeurs dès le matin pour couper ses pinots noirs sur le coteau de l’Obere Hund.
Je vais pouvoir commencer à Dahlenheim et poursuivre à Dambach…ma formation de viticulteur amateur va s’enrichir de deux nouvelles expériences. SUPER !

 


Il est 10 heures du matin et je me retrouve sur les pentes de l’Obere Hund en compagnie de Jean-Marie Bechtold et d’une quinzaine de vendangeurs en train de récolter ces fameux pinots noirs qui ont vraiment pris leur temps pour arriver à maturité cette année.


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Un rang de pinots noirs sur l’Obere Hund


Jean-Marie est un peu soucieux « j’ai du attendre très longtemps pour que les fruits arrivent à un degré de maturité satisfaisant, mais il va falloir trier sévèrement ».
Depuis deux millésimes, ce vigneron élabore ses pinots noirs en intégrant une partie de vendange entière « je suis obligé d’être intransigeant quant à la qualité du tri…aucun grain abîmé ne doit arriver dans mes cuves ». Les vendangeurs ont visiblement été sensibilisés au problème car ils passent beaucoup de temps à scruter chaque grappe avant de la poser dans la caissette…un exercice difficile qui exige beaucoup de patience et de concentration.


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Les grappes sont « disséquées » jusqu’au niveau de la rafle pour traquer toute trace de pourriture.

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Au bout du compte, la vendange a belle allure.

 


Pendant la pause-café, Jean-Marie me propose de faire un tour dans ses autres parcelles pour évaluer l’état des raisins.

 

 

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Pause-café bien méritée pour les vendangeurs.
 


Sur l’Obere Hund, où le pinot noir a un peu souffert, les muscats et les gewurztraminers sont parfaits.

 

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Muscat

 

 

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Gewurztraminer

 


Pour finir nous nous rendons sur les pentes du Scharrachberg pour voir les rieslings du Sussenberg : un état sanitaire irréprochable et des baies qui continuent de mûrir…Jean-Marie s’interroge sur l’attitude à adopter « il y a la matière pour réussir une cuvée SGN de haut niveau…mais l’état de mes stocks me demande plutôt de réaliser une cuvée de vin sec ».
Cruel dilemme entre plaisir de vinifier des vins rares et réalisme économique…


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Les rieslings du Sussenberg

 

 

Nous retournons vers les vendangeurs qui on repris leurs difficiles montées et descentes sur ce coteau abrupt… il est 11H30, cela me laisse juste le temps de repartir vers la sud en direction de Dambach la Ville…

 

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Vues d’en haut les pentes de l’Obere Hund sont assez impressionnantes : les vendangeurs auront réalisé quelques hectomètres de dénivelée à la fin de la journée.

 


A midi tapantes, j’arrive au domaine Beck-Hartweg où une équipe resserrée de vendangeurs se met en route pour les vignes de rieslings situées près du village. Sur ces deux petites parcelles, les raisins dont nous avons évalué le niveau de maturité jeudi dernier ont profité du généreux ensoleillement de cette semaine écoulée pour gagner en concentration.

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Les rieslings vieilles vignes du domaine Beck-Hartweg

 

L’état général des fruits est impressionnant : des grappes tout à fait saines avec une belle proportion de grains passerillés. Au goût c’est parfait, confit avec cette pointe d’acidité très fine qui rappelle la nature profonde de ce cépage…Superbe !


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Une belle grappe avec des baies passerillées


La coupe des raisins est facile : le soleil brille, l’absence de feuilles rend les fruits bien visibles et le tri est vraiment superflu…que demander de plus ?
J’ai quand même une pensée pour Jean-Marie et ses vendangeurs qui crapahutent sur l’Obere Hund…ce n’est vraiment pas le même travail !


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Si, si, il fait vraiment chaud…si vous regardez bien vous verrez que Florian est en Tshirt.

 

La récolte dépasse les espérances : 110 oechsle sur cette parcelle… Florian et ses parents n’en reviennent pas, l’oncle octogénaire venu prêter main forte reconnaît n’avoir jamais vu de tels rieslings à Dambach.


La seconde parcelle est une très vieille vigne de plus de 50 ans : là aussi l’état des fruits est impeccable mais les charges sont encore plus faibles et la proportion de baies confites semble supérieure.


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Des rieslings sur l’une des plus vieilles parcelles du domaine.


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Une grappe bien confite.

 


120 oechsle… encore mieux que sur la parcelle précédente « c’est inouï, personne va croire ça… » s’exclame Florian « la cuvée Vieilles Vignes fera une VT en 2010, c’est complètement fou ! »
A 16 heures, la douzaine de bottiches part vers le pressoir pour un pressurage lent et très doux.
Le jus qui commence à s’écouler confirme les premières évaluations :
 

 

16° potentiels…une incroyable cuvée de riesling VT vient de naître !


 

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Infatigable cavaleur entre les rangs de vigne et quémandeur obstiné lors des
pauses-café…voici « Huppser » la mascotte des vendanges du domaine Beck-Hartweg.

 


Voilà encore une journée où j’aurai appris un peu plus sur ce beau métier avec ces vignerons dont la qualité du travail et le sens du partage méritent vraiment un grand coup de chapeau.
Tous deux défenseurs d’une viticulture exigeante et sans concessions, ils savent que le vin se fait avant tout à la vigne et partagent les mêmes convictions sur l’importance du respect de la nature… au vu de la qualité générale des fruits produits sur ce millésime complexe, je pense qu’ils ne peuvent être que confortés dans leur choix.

Bravo et merci !

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  • : Vins, vignobles et vignerons.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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