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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 10:02



Pour moi, le site des Dentelles de Montmirail compte parmi les plus beaux de notre pays : un environnement un peu sauvage avec une barre rocheuse incroyable, une végétation provençale, une lumière incomparable et des vignes partout…tout est là pour donner au visiteur l’impression de poser le pied dans un petit coin de paradis !
Bien évidemment lorsque mon ami ardéchois m’a proposé une virée oenophilique dans ce coin je l’ai suivi sans hésiter d’autant plus qu’il m’avait déjà habilement appâté en m’offrant une bouteille de Terres Jaunes 2006 de la Ferme Saint Martin que j’ai dégustée avec un grand plaisir il y a quelques semaines.
C’est parti !

 

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Les Dentelles côté est.


La première halte est donc prévue à Suzette, petit village pittoresque perché sur le col éponyme, du côté est du massif des Dentelles (celui qu’on ne voit pas de l’autoroute) pour une visite à la Ferme Saint Martin.

 

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Suzette
 


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Le Ventoux et une partie des vignes du domaine de la Ferme Saint Martin


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L’entrée du caveau

Nous sommes reçus par mademoiselle Julien qui occupe ses vacances (elle poursuit des études d’architecture) à seconder ses parents dans l’accueil de la clientèle de passage au domaine.

Attablés dans le superbe caveau de dégustation nous faisons un tour complet des cuvées proposées à la vente actuellement :

 
Rosé d’Entrevon – Ventoux 2010 : le nez s’épanouit sur les fruits rouges et le bonbon acidulé, la bouche est bien vineuse avec un équilibre sec et une finale très fraîche.
Issue de grenaches, cinsaults et syrahs provenant de parcelles situées près de Malaucène, ce rosé élégant s’imposera sans aucun doute comme un compagnon idéal sur les tablées estivales…mais sa grande vinosité et sa structure solide permettent d’envisager des accords gastronomiques plus ambitieux avec toutes les saveurs provençales.

Les Romanins – Côtes du Rhône 2010 : s’ouvrant sur de fugaces notes de réduction, le nez discret de fruit noirs et de fumée se met rapidement en place, la bouche est sèveuse mais avec une finale un peu austère.
Avec un encépagement proche de celui du rosé mais des fruits qui proviennent de jeunes vignes sur le terroir de Beaumes de Venise ce vin se tient bien mais semble encore légèrement trop jeune pour être pleinement apprécié.

La Gérine – Ventoux 2010 : le nez est flatteur sur une palette joliment fruitée, la bouche est ample avec un fruit vraiment gourmand et une légère présence tannique qui soutient la finale.
Issue d’un assemblage de grenache, cinsault et carignan récoltés sur le terroir de Saint Hippolyte le Graveyron, cette cuvée rouge très gouleyante séduit dès la première gorgée mais ne vous y trompez pas, comme on dit par ici : « il y a déjà du vin là dedans ! »

Les Estaillades – Ventoux 2010 : l’olfaction est avenante et raffinée sur les fruits mûrs et les épices douces, la matière charnue et finement tannique laissent une impression très caressante au palais.
Le grenache qui domine très largement cet assemblage (98% + 2% de mourvèdre) imprime sa marque aromatique à ce vin rouge plein de soie et de gourmandise.

 

 
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Cyril en plein travail dans le caveau du domaine de la Ferme Saint Martin…eh dire qu’il y en a qui pensent qu’on s’amuse !

 

 

Les Terres Jaunes – Beaumes de Venise 2010 : le nez est déjà bien expressif sur les fruits légèrement confits et les herbes de garrigue, la bouche est juteuse avec un fruité croquant, une trame tannique d’une grande finesse et une finale délicatement épicée.
Cet assemblage de grenache (80%) et de Syrah (20%) récoltés sur des parcelles argilo-calcaires situées autour du domaine séduit immédiatement par son équilibre et sa matière très élégante ; je ne peux que confirmer le jugement de la RVF qui classe ce vin comme une réussite majeure sur ce millésime…un vrai régal !

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Estaillades et Terres Jaunes



Saint Martin – Beaumes de Venise 2009 : le nez est ouvert, très flatteur avec des arômes de fruits noirs très mûrs, la bouche est puissante, ample et riche mais joliment rafraîchie en finale par une discrète acidité et un grain tannique très soyeux.
Cette cuvée dont l’assemblage est sensiblement identique au précédent est issue de parcelles de très vieilles vignes (plus de 80 ans) : les faibles rendements et l’effet du millésime ont généré un vin riche et concentré qui assume sa générosité sans jamais se montrer pesant au palais...un petit miracle !

Costancia – CDR Beaumes de Venise 2009 : l’olfaction est proche de celle du vin précédent, une palette fruitée riche et complétée par des notes de garrigue (genévrier, ciste…) la bouche est opulente, volumineuse tout en gardant un caractère sapide, la finale est longue, réglissée et épicée.
Issue d’un assemblage à parts égales de syrah et de grenache récoltés sur les éboulis calcaires du massif des Dentelles de Montmirail, cette cuvée de prestige tient son rang avec beaucoup de classe…déjà agréable à boire (après une légère décantation) elle possède un très beau potentiel de garde.

Fleur de Terroir – Côtes du Rhône blanc 2009 : fleurs blanches, fenouil, citron et estragon composent une palette originale mais très agréable, en bouche l’attaque très franche, l’équilibre frais et le registre aromatique complexe et longuement soutenu en finale génèrent un plaisir sans réserve.
Dégusté en fin de série ce vin blanc issu d’un assemblage de roussane et de clairette est une surprise absolue : quelle fraîcheur dans les arômes, quelle fraîcheur dans l’équilibre !
On est loin des vins blancs méridionaux qu’un excès de richesse rend parfois pesants et indigestes…avec ce magnifique CDR blanc même un bec acide alsacien tombe irrémédiablement sous le charme !

 

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 Costancia et Fleur de Terroir

 

 

- Crée en 1964 sur les vestiges d’un ancien édifice religieux du XII° siècle (le couvent ou la chapelle Saint Martin) ce domaine exploite 23 hectares de vignes plantées entre forêts et garrigues au pied des Dentelles de Montmirail. La famille Julien pratique une viticulture exigeante pour récolter une matière première de qualité irréprochable : culture bio, vendanges manuelles, tries sévères et égrappage total. La récolte de raisins parfaitement sains et mûrs permet à ces vignerons d’élaborer leurs cuvées avec des processus de vinification très naturels : pas d’intrants en cave et un sulfitage minimal à la mise (10 à 20 mg/l selon les cuvées).

- Les vins ont un beau type rhodanien méridional, généreux et aromatique, mais ils se distinguent par un équilibre et une fraîcheur absolument somptueux. Lorsqu’en plus on constate que les prix pratiqués sont d’une sagesse angélique au regard de la qualité…on regrette sincèrement de ne pas avoir une voiture avec un coffre plus grand !

- Pour les coups de cœur…tous, bien évidemment ! Avec peut-être une petite citation particulière pour le rapport qualité/prix inouï des Terres Jaunes 2010 et le Costancia 2009 qui se pose sans complexe comme un très grand vin rouge. Le blanc 2009 qui nous avait fait une très forte impression au domaine a confirmé son niveau quelques jours plus tard lors d’un repas chez Cyril : l’accord avec des rillettes de sardine au gingembre et à l’estragon s’est avéré DIVIN !

- La qualité de l’accueil par notre jeune hôtesse mérite également une citation : sourire, amabilité, une très bonne connaissance des vins et une vraie qualité d’écoute…remarquable !
 

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Une dernière vue vers les vignes et les Dentelles…si après ça vous hésitez encore à gravir le col de Suzette, je n’y comprends plus rien !

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 16:09



La fonction de chauffeur attitré de la famille n’est pas de tout repos : après une saison de handball où j’ai véhiculé mes deux héritiers jusqu’aux confins de l’Alsace, je pensais profiter d’une période de répit bien méritée avant notre grande migration estivale vers le sud.
Hélas, notre aîné en a décidé autrement : « J’ai un stage BAFA et surveillant de baignade dans le 71 »…chouette, c’est un département qui sent bon le vin... « la ville s’appelle Sanvignes les Mines »…malédiction, le nom ne laisse aucun doute, ce n’est pas du bon côté de la montagne !

En même temps, j’ai déjà deux visites programmées en 2011 dans cette belle région et ma cave bourguignonne est encore bien garnie…je vais donc plutôt profiter du retour pour faire une petite escapade dans le vignoble jurassien.
Suivant les conseils de Thierry Meyer (eh oui, il s’occupe aussi du Jura à ses heures perdues !) je choisis de m’arrêter à Montaigu, un petit village perché sur les hauteurs de Lons-le-Saunier, pour une visite au domaine Pignier.


 

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Montaigu, vu depuis Lons-le-Saunier…le domaine Pignier, c’est la première maison sur la droite



Depuis 7 générations, la famille Pignier travaille des parcelles de vignes implantées sur les coteaux autour de Montaigu, dans un environnement typique de reculées jurassiennes, sur un terroir de marnes argilo-calcaires du lias et du trias. Aujourd’hui ce domaine qui a fait le choix de la bio-dynamie depuis 2002, exploite 15 hectares de vignes et commercialise une vingtaine de cuvées en AOC Côtes du Jura.
 

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L’entrée du domaine


Le caveau de dégustation ouvert du lundi au samedi de 9h à 12h et de 14h à 19h, constitue le point de vente principal des produits du domaine Pignier. Il est aménagé dans un esprit convivial et chaleureux et permet aux clients de passage de goûter tranquillement toute la gamme des vins au tarif actuellement

 

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Pierres et mobilier traditionnel dans le beau caveau du domaine Pignier.

 

 

Madame Pignier me propose de commencer ma dégustation par un verre de crémant avant de goûter les vins rouges…c’est parti :

Crémant brut : le nez est avenant et frais avec de belles notes de pomme et de fleurs blanches, la bulle est abondante et fine, très crémeuse, l’équilibre en bouche reste bien frais et la finale revient sur une palette florale avec une petite pointe d’amertume.
Les chardonnays qui sont à la base de cette cuvée viennent de la reculée de la Sorne sur le versant sud du coteau de Montaigu et ont été vendangés en 2009. Après 15 mois sur lattes ce crémant dégorgé récemment est un vrai plaisir pour les papilles : une belle trame aromatique et une structure vive et élégante, on en redemande !

Poulsard 2010 : le nez est net et charmeur sur les petits fruits rouges, la bouche est très légère avec une finale qu’une petite amertume rend un peu austère.
Issu d’un terroir argilo-calcaire ce vin séduit par son registre aromatique mais souffre d’un léger déficit de maturité en bouche…la rigueur du millésime 2010 a marqué profondément les cuvées rouges dans cette région.

Trousseau 2008 : le nez se situe dans le même registre que le poulsard, frais, fruité, très cerise, la bouche est légère avec une trame tannique fine et soyeuse, la finale marquée par des notes végétales et discrètement épicées possède une belle allonge.
Issu du lieu-dit « Gauthières » (marno-calcaire) ce Trousseau témoigne également d’un niveau de maturité un peu limite mais il se livre aujourd’hui avec simplicité et élégance.

Trousseau Les Gauthières 2009 : le nez est intense avec des arômes de fruits noirs, de réglisse et une légère touche fumée, la bouche séduit par une mâche très gourmande et une matière mure et concentrée.
Avec son olfaction raffinée et sa très belle présence en bouche, cette cuvée « Nature » (sans SO2 ajouté) est à mon goût le vin le plus réussi de la série des rouges…2009 a été un très beau millésime pour cette couleur dans le Jura.

Pinot noir 2008 : le nez est discret mais d’une finesse fruitée très avenante, la bouche se montre fraîche et équilibrée avec de beaux arômes de griotte acidulée en finale.
Issu de parcelles calcaires situées en haut de coteau, ce pinot noir se distingue par la qualité de sa structure et sa pureté aromatique…jolie réussite sur un millésime réputé un peu austère pour les vins rouges du Jura.


Après ce petit tour d’horizon sur un couleur que je n’ai jamais trop goûtée dans le Jura, nous passons aux vins blancs :

Chardonnay A la Percenette 2008 : le nez est très aérien avec une palette d’une grande suavité,  un fruité fin et des notes de fleurs blanches, la bouche est toute en élégance, la matière est équilibrée, le toucher très plaisant et la finale délicatement vanillée possède une longueur confortable avec une belle fraîcheur et de petites nuances minérales.
Sur ce terroir de marnes sur schistes le chardonnay s’exprime avec pureté et raffinement : élevée durant 12 mois en fûts cette cuvée ouillée magnifie l’expression de ce cépage sur les terres jurassiennes…un régal !

Savagnin Sauvageon 2009 : le nez est élégant et complexe avec des fruits blancs et quelques notes d’épices, la bouche est charnue avec un toucher très gourmand et une structure bien relâchée, la finale est très belle, citronnée et finement vanillée.

Cette cuvée de savagnin ouillée et élevée 18 moins en pièces bourguignonnes a vraiment de quoi nous surprendre : rien à voir avec les savagnins traditionnels non-ouillés, l’olfaction est délicate et la présence en bouche légère et raffinée, rien à voir avec l’esprit des énergumènes jadis stigmatisés par J.P. Chevènement, ce vin n’est que caresse et subtilité…MIAM !!!!

 

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Chardonnay Cellier des Chartreux 2007 : le nez est riche et très complexe, sur un fond floral délicat viennent s’ajouter des notes d’humus et de muscade issues de cet élevage très particulier, la bouche est splendide, puissante, équilibrée avec une acidité très large et une finale où apparaissent de belles notes de fruits secs et d’épices, et quelques évocations minérales très nobles.
Cette cuvées a été conçue à partir de chardonnays provenant du vignoble du Boivin (terroir marneux), élevée 3 ans en fûts (1 an en foudres et 2 ans en pièces) sans ouillage. Je l’ai regoûtée dès mon retour en Alsace…rien à rajouter, c’est magnifique !

Savagnin 2006 : le nez est intense avec un type jurassien affirmé, fruits secs et épices, la bouche est puissante avec une petite pointe amère qui donne une belle sapidité à l’ensemble, la finale se prolonge longuement sur la noix verte et les épices.
Des savagnins sur un terroir marneux élevés durant 4 ans en pièces, sans ouillage et sous voile ont généré ce vin qui assume son accent local et qui se distingue par sa longueur aromatique exceptionnelle.

 

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Avant de passer au vin jaune Mme Pignier me propose de me joindre aux deux autres clients de passage pour visiter leur cave datant du XIII° siècle : cette étape m’ayant été chaudement recommandée par Thierry, je n’hésite pas à lâcher mon verre pour emboîter le pas à ce petit groupe et descendre à la rencontre des profondes racines historiques du domaine Pignier.


Un escalier d’une bonne trentaine de marches de calcaire patiné par les années nous conduit dans une espace impressionnant où barriques et foudres sont alignées sous des voûtes de cathédrale gothique…époustouflant !
 

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Le long escalier qu’on descend pour remonter le temps…


 
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Les voûtes de la cathédrale du vin.

 

Il y a plus de 7 siècles, les moines Chartreux plantèrent de la vigne sur les coteaux de Montaigu et édifièrent, à flanc de montagne, ce cellier protégé par des murs de près de 2 mètres d’épaisseur, pour faire vieillir leur vins dans un lieu propice où la température reste constante et bien fraîche (11 à 12° toute l’année).
 

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La futaille du domaine Pignier : pièces bourguignonnes et foudres.


Après la Révolution, le vignoble et la cave devinrent la propriété de la famille Pignier et quelques générations plus tard leurs descendants sont toujours aux commandes, animés par cette même volonté de mettre en valeur les terroirs de Montaigu tout en conservant la mémoire historique de ce domaine.

 

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Au fond de la cave la réserve de vieux flacons du domaine…il y aurait même quelques centenaires cachés sous les toiles d’araignée.


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La remontée vers le caveau se fait par une porte dérobée et un escalier très étroit.


De retour au XXI° siècle, je me réinstalle à ma table pour finir ma dégustation par un verre de vin jaune :

Vin Jaune 2004 : le nez est très intense avec une grande complexité aromatique, noix, épices, girolles et notes minérales, l’équilibre en bouche est très sec mais la matière est opulente avec un très beau gras, la finale qui tient bien au-delà des 30 caudalies offre un retour sur la noix verte et le safran.
Vieilli plus de 6 ans en pièces sous voile ce monstre jurassien a un caractère impétueux mais très racé…c’est un grand vin sans aucun doute mais sa force et son profil aromatique peuvent choquer les palais sensibles...vous voilà prévenus !

 

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Le domaine Pignier propose une gamme complète de vins du Jura avec une exigence de qualité sans faille. Assise sur une tradition séculaire cette exploitation isolée dans le petit village de Montaigu met en œuvre des méthodes culturales respectueuses de l’environnement (AB et DEMETER) pour produire des cuvées ciselées avec précision et particulièrement élégantes. Le dosage très faible de SO2 (de 0 pour certaines cuvées rouges à 50 – 60 mg pour les blancs) donne aux vins un côté très serein en bouche qui les fait se livrer avec une vraie amabilité tout en gardant la marque profonde du terroir.
Difficile, voire impossible de résister…et pourquoi d’ailleurs le ferions nous ?

La cave historique, dont la visite justifie largement la petite escapade sur les hauteurs de Lons le Saunier, est utilisée telle qu’elle a été construite au moyen-âge…cette plongée dans le passé est impressionnante, à tel point qu’on peut facilement imaginer que l’esprit des moines Chartreux pénètre encore les nobles breuvages qui y reposent.
Comme je le prône depuis toujours : je crois que pour comprendra totalement les vins du domaine Pignier, il faut avoir respiré l’air sous ces voûtes ancestrales…

Les vins blancs sont absolument splendides, pour les rouges je serai un peu plus mitigé : bien évidemment, leur conception est irréprochable mais hormis la cuvée « nature » de 2009, les autres vins issus de millésimes plus froids souffrent quand même d’un petit déficit de maturité. Ces rouges montagnards sont à réserver aux amateurs de vins légers et fruités mais rustiques.
S’il faut isoler un coup de cœur parmi cette gamme de blancs que j’ai particulièrement appréciée, je choisirai peut-être le Sauvageon 2009 pour la pureté et l’originalité de son expression…mais, sur un registre plus jurassien, la cuvée Cellier des Chartreux 2007 est vraiment incontournable.


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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 08:10

Périple sudiste 2011

 


Avec des vacances estivales prévues en Ardèche mais sans ma traditionnelle incursion en terre languedocienne, je me vois donc dans l’obligation de prévoir un petit périple sudiste durant ces congés printaniers. Il y a bien sûr des bouteilles réservées à récupérer du côté d’Aniane et d’Arboras mais ce sera aussi l’occasion de rendre visite à quelques vignerons que je n’ai plus rencontré depuis bien longtemps, comme les Bonnefond en Côte Rôtie ou les Dupéré-Barrera du côté de Toulon.
C’est parti !

 

 

Dupere-Barrera : enfin… !

 

 

Après une première visite en 2007 et quelques rendez-vous manqués (par ma faute, je précise...) me voilà enfin de retour du coté de Toulon pour rencontrer une nouvelle fois Laurent Barrera et ses vins.
La traversé ouest-est de cette ville est toujours aussi problématique et j’ai un peu oublié l’itinéraire pour accéder au chai situé dans la Z.I. de La Garde, mais grâce à un guidage téléphonique efficace je me retrouve rapidement dans ce hangar aménagé en cave où se côtoient cuves inox et barriques. Malgré de nouveaux locaux professionnels situés à Carnoules cette installation « historique » est toujours utilisée.
Comme lors de notre dernier passage « la table est mise » avec une partie des bouteilles de l’imposante gamme du domaine Dupéré-Barrera et quelques verres à dégustation…je commence à oublier le stress de cette matinée passée en voiture entre autoroute et bouchons.

 


Laurent Barrera me propose de commencer par une petite série de blancs :


Nowat blanc 2008 : le nez s’ouvre sur quelques nuances oxydatives qui disparaissent rapidement pour laisser place à une palette complexe sur les agrumes confits et les épices, la bouche se présente avec beaucoup de gras et de soyeux tout en gardant une belle fraîcheur, la finale est longue sur les épices et la vanille.
Issu d’une vieille vigne sur une terroir argileux et schisteux ce blanc 100% rolle vinifié en processus Nowat étonne tant par la complexité de sa palette aromatique que par l’élégance de sa structure en bouche.
Un sentiment de « jamais bu » pour moi !

Clos de la Procure blanc 2009 : l’attaque olfactive est intense avec de puissantes notes de poudre à canon et de pierre à fusil, les notes plus subtiles de citron et de vanille se révèlent progressivement après oxygénation, la bouche est ample et bien vive avec un développement aromatique très gourmand sur le citron, la vanille, les épices et une belle touche minérale qui persiste longuement en finale.
Cette cuvée 100% ugni blanc est issue des vignes de la propriété Dupéré-Barrera, travaillée en processus Nowat et élevé de 12 à 18 mois en barriques. La personnalité exubérante de ce vin peut surprendre au début, mais on tombe facilement sous le charme de cette matière riche, typée et parfaitement équilibrée. Ames sensibles s’abstenir…ou laisser le temps faire son œuvre de polissage.

Vin de Table blanc 2009 : le nez est élégant et complexe, la bouche présente un équilibre frais et une structure ample, la finale est longue avec des notes d’épices et de vanille.
Ce vin issu d’un assemblage de rolle, d’ugni blanc et de sauvignon se présente avec un profil  plus consensuel que les 2 cuvées précédentes. Un échantillon expérimental que Laurent Barrera présente comme un « vin-concept » qui se goûte facilement tout en gardant cette petite touche d’originalité qui signe la marque du domaine.
Un coup d’essai réussi !

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Nowat blanc 2009 : le nez est fin, complexe avec une palette très raffinée, la sensation en bouche laisse une belle impression de plénitude, la finale est longue et puissamment aromatique.
Cette cuvée est issue d’un assemblage de rolle, d’ugni blanc et de sémillon. Elevé comme le 2008 ce vin se distingue des précédents par un supplément d’harmonie qui lui confère une personnalité plus apaisée.
Une belle bouteille pour s’initier à l’esthétique des blancs du domaine.

 

 

Avant de passer aux cuvées rouges nous faisons une petite transition rosée :

En caractère rosé 2009 : le nez est un peu secret mais on y décèle une belle complexité, la bouche étonne véritablement par sa texture et son volume.
Récolté sur des parcelles près de Bandol ce rosé est issu d’un assemblage de mourvèdre, cinsault et grenache. Il ne se livre pas à la première gorgée mais demande la considération qui est due à un vrai vin de terroir.
Un rosé de gastronomie qui supportera facilement quelques années de garde.


Après cette première partie de dégustation pleine de surprises, nous arrivons à la série de cuvées rouges avec lesquelles j’ai déjà eu l’occasion de me familiariser :

Vin de Pays du Mont Caume rouge 2009 : le nez est direct et fruité, la bouche un peu rustique à l’attaque révèle une matière charnue et une finale où des arômes fruités persistent longuement.
Cet assemblage de jeunes vignes (8 ans) sur l’appellation Bandol, de merlot et de mourvèdre complété par un peu de carignan se goûte avec simplicité et gourmandise aujourd’hui même si on peut penser que quelques années de garde apporteront une  patine plus douce à cette matière encore un peu fougueuse.
En tous cas, voilà une entrée de gamme drôlement bien balancée… Miam !

Les Vignes de  Saint Saux rouge 2009 : le nez est charmeur et très fin sur les petits fruits rouges, la bouche est solidement structurée mais avec une chair très croquante et une finale finement tannique.
Ne cherchez pas ce saint sur le calendrier, il n’existe que sur l’étiquette de cette cuvée où le cépage cinsault domine largement. Ces raisins issus d’une belle parcelles schisteuse située sur le domaine de la Procure ont permis la réalisation d’un très beau vin rouge…séducteur certes mais avec une vraie profondeur.

En caractère rouge 2008 : le nez est flatteur avec un fruit très pur et des notes d’herbes de garrigue, la bouche est ronde, généreuse avec des tanins souples et une belle fraîcheur acidulée en finale.
Cette cuvée qui m’a fait connaître et aimer les vins de ce domaine est un assemblage dominé par le grenache et le cinsault, complété par de petits volumes de Nowat, Procure et TLM qui varient d’un millésime à l’autre. Même si le nom de cette cuvée n’a plus de rapport avec le propriétaire de la parcelle originelle, il reflète bien l’esprit de ce vin : un peu fort en gueule mais terriblement sympathique !

Clos de la Procure rouge 2009 : le nez est discret, fin et très élégant, la bouche est charnue, et très juteuse, la finale marque la grande classe de ce vin par sa fraîcheur et sa longueur.
Un assemblage dominé par le grenache et le mourvèdre (complété par du carignan, de la syrah, du cinsault) qui n’est vraiment qu’au début de son évolution. Des fruits certifiés bio vendangés plus tôt que d’habitude pour éviter les excès du millésime, les process Nowat en cave et un élevage de 12 à 18 mois en barrique pour aboutir à ce petit bijou ! Chapeau !

 

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Nowat rouge 2009 : le nez est très marqué par la poudre à canon et il faut un peu de patience pour déceler le fruité fin et gourmand, la bouche possède une structure superbe avec de gras, de la rondeur, du volume et une texture extrêmement raffinée, de jolis arômes de groseille persistent longuement en finale.
Cet assemblage est dominé par le cabernet savignon et le mourvèdre (provenant du domaine de la Procure), complété par un peu de syrah et de carignan (également de la Procure). Une très belle cuvée qui, après un élevage de 16 mois en barriques de 1 à 2 vins se présente à nous avec l’énergie un peu virevoltante de la jeunesse mais aussi avec sa structure dense et solidement charpentée qui lui confère la stature d’un grand vin de garde.

Très Longue Macération rouge 2009 : le nez est quasiment muet (ou alors, c’est la fatigue…) mais la bouche est vraiment somptueuse, juteuse, puissante avec une trame tannique serré mais mûre qui donne une superbe impression de velours.
Un assemblage de cabernet sauvignon et syrah avec une vinification et un élevage juste parfaits… tout y est, à la bonne place, avec la bonne mesure…à la fois évident et complexe…du Mozart !


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Il était vraiment temps que je revienne dans le coin…déjà pour renflouer mon stock de cuvées provençales en cave, mais surtout pour profiter de cette rencontre toujours sympathique et intéressante avec Laurent Barrera.
Promis, je n’attendrai plus aussi longtemps avant le prochain passage…surtout que je n’ai toujours pas visité les nouveaux bâtiments de Carnoules.

Chez les Dupéré-Barrera, les choix de viticulture et le travail en cave sont restés dans la même ligne conceptuelle mais les vins ont bien changé.
Les blancs, que je ne connaissais pas du tout, m’ont d‘abord étonné puis séduit : l’originalité et la complexité de leurs palettes aromatiques et la fraîcheur de leurs équilibres en font des perles rares dans cette région.
Les rouges ont évolué depuis le millésime 2005 - surtout au niveau des assemblages constituant les différentes cuvées - mais la trame de fond de l’ensemble de ces vins est restée similaire : générosité et précision avec peut-être des équilibres un peu moins chaleureux qu’avant…
En tout cas des vins avec un niveau qualitatif exceptionnel !

Comme lors de ma première visite j’ai pu apprécier la simplicité et la gentillesse de Laurent Barrera : pour un domaine qui travaille sur d’importants marchés internationaux, l’accueil réservé à un tout petit client particulier comme moi est vraiment surprenant. Ce vigneron passionné ne compte pas son temps (ni ses bouteilles d’ailleurs…) pour expliquer et faire comprendre ce qu’il recherche dans la conception de ses vins.
Une attitude exemplaire…bravo et merci !

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 11:27

Périple sudiste 2011

 

 

 

Avec des vacances estivales prévues en Ardèche mais sans ma traditionnelle incursion en terre languedocienne, je me vois donc dans l’obligation de prévoir un petit périple sudiste durant ces congés printaniers. Il y a bien sûr des bouteilles réservées à récupérer du côté d’Aniane et d’Arboras mais ce sera aussi l’occasion de rendre visite à quelques vignerons que je n’ai plus rencontré depuis bien longtemps, comme les Bonnefond en Côte Rôtie ou les Dupéré-Barrera du côté de Toulon.
C’est parti !

 

Domaine Supply Royer : un programme chargé et passionnant

 

 

 

Mon absence de souplesse ne m’a jamais permis de réaliser physiquement un vrai grand écart, mais en effectuant dans la même après-midi, l’enchaînement Daumas Gassac – Supply-Royer, je me sens un peu comme un gymnase exécutant cette difficile posture sur un praticable…maigre consolation, mais à mon âge on s’arrange comme on peut avec les dures lois de la nature !
C’est ainsi, qu’après une visite approfondie de cette grande maison languedocienne je me retrouve pour la quatrième année consécutive à Arboras chez Marie-Ange Royer et Eric Supply avec un programme 2011 chargé mais tout à fait alléchant :
-    visite des parcelles récemment acquises sur les terrasses du Larzac
-    dégustation des nouvelles cuvées suivi d’une verticale sur la Syrah de Pey Cherres.
-    rencontre avec Dany Jaffuel…encore un amateur virtuel qui s’incarne, merci DC !

En montant de Montpeyroux vers Arboras en voiture, je reçois un coup de fil paniqué de Dany « nous nous sommes un peu perdus lors de notre virée cycliste dans les gorges de l’Hérault, nous aurons un peu de retard…désolé, commencez sans nous… ».
Holà, camarade du sud, ce n’est quand même pas un vieil alsaco qui va te donner des leçons de cool-attitude : tranquille…il fait beau, Eric à le sourire (comme d’habitude…) et je suis en vacances. Ne va pas te planter dans l’un des virages de cette belle route, nous attendrons…
 

 

Nous profitons de ce petit contre temps pour nous rendre au bas du village et visiter la nouvelle parcelle de vieux carignans : un sol d’argiles de bas de coteau, « un terroir moins drainant et plus frais où la vigne souffrira un peu moins ».

 

 
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La parcelle de carignans au bas du village d’Arboras
 

 

La vigne a demandé un sérieux travail de remise en état pour coller aux exigences culturales d’Eric Supply, mais là notre vigneron semble satisfait du résultat « je me languis de vinifier ces vieux carignans »…et nous d’en apprécier le résultat !

 

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Un vieux pied de carignan travaillé à la pioche sur ce terroir caillouteux et argileux.

 

 

En plus, devant la parcelle de carignan (après le pylône, sur la première photo), une friche fait partie du lot et Eric envisage déjà d’y replanter une vigne de bourboulenc « des fruits qui apporteront de la fraîcheur et un peu plus de volume à la cuvée de Nega Saumas ».

Bonne nouvelle pour tous les amateurs de blancs du domaine, ils seront peut-être moins contingentés dans les prochaines années…

Une petite demi-heure plus tard nous revenons vers Arboras où l’ami Dany Jaffuel et son compagnon d’échappée viennent nous rejoindre pour la suite du programme : « Ca vous dit de voir nos nouvelles parcelles au dessus de la vigne de Pey Cherres ? »…et nous voilà repartis dans la garrigue languedocienne pour quelques kilomètres en voiture et une petite promenade à pied sur les hauteurs de Saint Guiraud.

 

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La parcelle de roussane vue du haut


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La roussane


 
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La parcelle de grenache au dessus de Pey Cherres (les syrahs se trouvent juste en dessous de la rangée d’oliviers)

 

La joie d’Eric est palpable : il aime profondément cette terre languedocienne et ne peut s’empêcher de sauver ces vieilles parcelles de vigne abandonnées par leur propriétaire, faute de trouver un repreneur dans leur famille proche.

Eric Supply ou le métier de vigneron transcendé par une mission de conservation et de mise en valeur d’un patrimoine culturel local…magnifique !

 

De retour dans la cave sous la maison d’Arboras nous commençons notre longue séquence de dégustation par les cuvées 2010 en cours d’élevage. Ces vins séjournent en barriques de chêne, sur lies fines et n’ont été ni filtrés, ni soutirés et ni sulfités jusqu’à maintenant :

Roussane : le miel et les fruits blancs sont bien présents au nez, la bouche possède un toucher rond et gras et une finale pointue qui rafraîchit délicatement l’ensemble.
Bien expressif, juteux et bien équilibré…déjà une gourmandise !

Bourboulenc : le nez est fin sur les agrumes et les fruits blancs, la bouche est droite et tendue avec une finale citronnée et délicatement vanillée.
Prélevé sur une barrique de 2008, ce vin se distingue par un fruit très pur et une structure d’une fraîcheur très agréable. Un autre échantillon provenant d’une barrique plus vieille présentait un palette similaire mais une structure plus ronde et plus ample en bouche…l’assemblage de ces 2 cuvées sera un pur bonheur !

Grenache-Syrah : la palette est discrète et la bouche révèle une structure soyeuse mais finement tendue avec une finale qui livre quelques arômes de fruits noirs et d’épices.
La syrah écrase un peu le grenache par sa personnalité affirmée, un peu comme si ce cépage revendiquait son ancienneté dans la cave des Supply, face à ce nouvel arrivé dans la gamme...mais gageons que le grenache n’a pas dit son dernier mot et saura apporter sa touche particulière à cet assemblage (50-50) qui se goûte déjà avec plaisir et facilité aujourd’hui.

Mourvèdre : le nez est expressif et complexe avec des notes de cacao, de cassis et d’épices, la bouche est magnifique, ample, vive et finement tannique.
Ce vin droit, charnu et d’une superbe élégance issu de la parcelle des Crouzets sera la cuvée rare du domaine : avec un rendement de moins de 10hl/ha sur 2010 mais un niveau qualitatif encore jamais atteint jusqu’à aujourd’hui, il mérite une place de choix dans la cave de l’amateur éclairé…mais y en aura-t-il pour tout le monde ?

Syrah : le nez est joliment fruité (framboise, fruits rouges), la bouche est droite, tendue avec une longue finale soutenue par des tanins fins et serrés.
Voici un vin où la palette légère et fringante contraste un peu avec la puissante matière en bouche ; mais ne chipotons pas, car comme chaque année cette syrah est pleinement réussie…à acheter, encaver et boire les yeux fermés !


Ce rapide tour d’horizon sur ces cuvées 2010 en devenir confirme les impressions ressenties sur 2009 : les vins ont encore gagné en précision et en gourmandise, les structures se sont un peu allégées pour aller du côté de l’élégance et du raffinement. Concevoir des vins équilibrés, sapides et digestes tout en respectant l’expression du terroir méridional avec son énergie parfois excessive, relève sûrement de la quadrature du cercle : il n’est pas impossible qu’Eric et Marie-Ange soient en passe de trouver la clé du problème…


La surprise du chef est constituée par l’organisation d’une grande première au domaine Supply-Royer : une dégustation verticale de Syrah de Pey-Cherres sur tous les millésimes produits :

2009 : le nez est fruité, pur et précis, la bouche possède une attaque vive, une texture charnue et une finale à la fois acidulée et finement tannique.
Fruit, soie et longueur…la signature d’un vin parfaitement réussi !

2008 : le nez s’ouvre sur des notes torréfiées qui se complètent rapidement par de beaux arômes de griotte et d’épices, la bouche associe gras et rondeur avec une belle trame acidulée.
Ouvert et superbement équilibré.

2007 : le nez est intense et flatteur sur la cerise à l’eau de vie et les épices, la bouche est très généreuse avec une finale boisée et épicée.
Une matière encore très fougueuse qui demande encore quelques années pour s’assagir…Patience mais confiance !

2006 : au nez, l’alcool écrase un peu les notes de fruits noirs, en bouche la matière se présente avec opulence et richesse, la finale est boisée et toujours un peu chaude.
L’alcool règne en maître sur cette cuvée à l’heure actuelle…les patients attendront un peu car l’ensemble devrait tenir dans le temps, les dégustateurs plus pressés devront associer la « bête » avec quelque plat à forte personnalité.

2005 : le nez est discret avec d’élégantes notes d’herbes aromatiques, la bouche est concentrée et profonde avec une finale longue et épicée.
Un vin plein et joliment balancé qui étonne par sa jeunesse…une très bonne surprise !

2004 : le nez est torréfié et délicatement floral, la bouche possède un équilibre plus léger avec une finale fraîche, presque aérienne.
La première vendange d’Eric Supply sur Pey Cherres, avec une vendange très généreuse : « on a fait pas mal de volume cette année… » Bien évidemment la densité n’est pas forcément au niveau des cuvées suivantes mais cette syrah se boit avec un vrai plaisir aujourd’hui.

 

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La star de la veticale à côté de la cuvée rare du domaine

 

Jamais à court d’idées pour nous surprendre et nous régaler Eric et Marie-Ange ont choisi de nous offrir pour cette année, un beau voyage gustatif à travers la courte histoire de leur domaine.

Comme toute dégustation verticale nous avons pu ressentir comment cette fameuse syrah se comportait face au temps, avec une cuvée 2004 dont la tenue ne laisse aucun doute sur le grand potentiel de garde de ce vin.

Nous avons également pu accompagner ce vigneron dans l’évolution de sa réflexion sur la conception de ses vins : après une recherche de concentration sur les premiers millésimes nous avons tous perçu une nouvelle orientation depuis 2008, avec ces cuvées où les matières sont plus fines et plus précises et les équilibres plus frais et plus digestes…toujours plus fort les Supply-Royer !

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 15:36

Périple sudiste 2011

 

 

 

Avec des vacances estivales prévues en Ardèche mais sans ma traditionnelle incursion en terre languedocienne, je me vois donc dans l’obligation de prévoir un petit périple sudiste durant ces congés printaniers. Il y a bien sûr des bouteilles réservées à récupérer du côté d’Aniane et d’Arboras mais ce sera aussi l’occasion de rendre visite à quelques vignerons que je n’ai plus rencontré depuis bien longtemps, comme les Bonnefond en Côte Rôtie ou les Dupéré-Barrera du côté de Toulon.
 

C’est parti !

 

 

Daumas Gassac : visite avec Roman Guibert


Je connais les vins du Mas de Daumas Gassac depuis près de 20 ans et je suis un client régulier du domaine depuis le millésime 1996.
Crée au début des années 70 par Aimé Guibert, cette exploitation viticole s’est lancée dans une politique ultra qualitative au niveau des travaux à la vigne et en cave pour élaborer une gamme de vins ambitieuse vendue à des prix très élevés pour cette région.
Ces crus admirés et convoités dans les années 1990-2000, suscitent souvent le polémique aujourd’hui : trop chers, surfaits, moins aboutis qu’avant, des vins de communicant plus que de vigneron…des critiques vives et insistantes qui m’ont décidé à faire une visite plus complète de ce domaine.
J’ai contacté Daumas Gassac en expliquant mon projet et j’ai obtenu très rapidement un rendez-vous avec Romain Guibert, l’un des fils du fondateur, qui a rejoint l’équipe du domaine en 2002.

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Arrivé avec un quart d’heure d’avance je suis invité à me rendre dans la salle de dégustation : c’est tellement plus agréable d’attendre avec un verre à la main…

 

 

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Vue sur une partie de l’espace dégustation de Daumas Gassac

 

 

En guise de mise en bouche je goûte quelques cuvées de la production Moulin de Gassac, une gamme de vins plus modestes conçus en collaboration avec les vignerons de la cave de Villeveyrac et de Paulhan :

Faune 2010 : le nez est délicatement fruité, la bouche associe fringance et souplesse pour donner une belle impression de fraîcheur.
Chardonnay, viognier et marsanne pour un assemblage très séduisant, aérien et  facile à boire.

Eraus 2009 : le nez est vif avec des notes de fruits blancs et d’herbe fraîche, la bouche est simple mais élégante avec une finale bien sapide.
Une cuvée 100% sauvignon qui ne renie pas son ascendance mais qui présente un équilibre très gourmand.

Albaran 2009 : le nez est discret mais la bouche révèle une matière ronde mais solidement charpentée et une finale épicée avec une belle allonge.
Cabernet sauvignon et syrah composent cette cuvée corsée mais parfaitement équilibrée.

Mazet du Levant 2010 : le nez est fruité et épicé et la bouche révèle des tanins souples et une belle sensation de mâche gourmande.
Un assemblage très plaisant de cabernet sauvignon, de merlot et de grenache où chaque cépage apporte sa touche personnelle…une cohabitation réussie !

Terra 2010 : le nez est fermé, la matière en bouche est dense et concentrée avec une palette délicieusement florale qui s’épanouit progressivement.
Ce premier vin estampillé AB de la production du Moulin est un assemblage de raisins de grenache et de syrah issus de l’agriculture biologique…un pas supplémentaire dans la recherche qualitative sur cette gamme. Bravo !


 

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La série pour la mise en bouche

 

Voilà une rencontre impromptue mais tout à fait positive avec une gamme de vins qui ne m’avait pas forcément séduit lors d’une première dégustation il y a une dizaine d’années. Ces cuvées étonnent par leur précision aromatique et leur équilibre frais et digeste : de jolis vins languedociens aux profils très diversifiés et avec un très bon rapport Q/P.


Avant d’attaquer la dégustation des crus de Daumas Gassac, Roman Guibert me propose une promenade dans les différentes parcelles cachées dans la forêt de garrigue de la Haute Vallée du Gassac : une mosaïque de petites surfaces plantées de vignes dans des clairières.
Aimé Guibert a choisi cette forme de culture dans le but de respecter le site naturel tout en bénéficiant de l’écosystème des haies pour le bien-être de la vigne.

 

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A côté du domaine la fameuse vigne de cabernet sauvignon de Peyra Fioc

 
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Plus haut, des rangs de petite arvine.


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Une parcelle de viognier et une belle vue sur le Larzac.


Arrivés au sommet de ces collines nous nous installons dans le bureau en plein air de la famille Guibert : deux vieux bancs en bois à l’ombre d’un bosquet et à côté d’une parcelle de cabernet sauvignon.

 

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Une vigne de cabernet sauvignon vue du « bureau »

 

C’est dans cette ambiance calme et bucolique que  Roman Guibert répond à mes questions sur son domaine :

1. D après le Guide Bettane 2011 le rouge 2008 est « marqué par des levures brettanomyces qui perturbent l’aromatique » que s’est-il passé ?

Roman Guibert ne comprend pas qu’un guide sérieux puisse publier un verdict aussi définitif sur un vin. « Nous avons évidemment fait analyser ce vin avant de le commercialiser et le taux de levures brettanomyces était normal ». L’affaire a effectivement fait grand bruit au domaine mais après un « conseil de famille » les Guibert ont décidé de ne pas attaquer le critique imprudent mais d’envoyer une nouvelle série de bouteilles à la rédaction du guide pour qu’ils puissent réviser leur jugement…Beaux joueurs quand même !


2. Qu’en est-il des aptitudes au vieillissement des vins de Daumas Gassac ?

Les rouges sont résolument de grands vins de garde « mon père leur attribue 5 vies différentes (fruit jusqu’à 3 ans, jeunesse de 3 à 7 ans, maturité de 7 à 14 ans, plénitude de 14 à 21 ans et rêve au delà de 21 ans), mais pour moi, les rouges de Daumas Gassac sont à boire après 7 ans minimum et bien plus si possible si on veut ressentir la complexité que leur transmet leur terroir »
Les blancs ont effectivement 2 vies bien différenciées « ils se goûtent avec beaucoup de fraîcheur et un fruité riche et complexe dans leur jeunesse » mais après quelques années de garde (3 à 6 ans) leur profil change avec l’apparition de saveurs oxydatives « le vin gagne en précision et en complexité avec des notes de miel, de cire, d’acacia et d’épices, mais le côté oxydatif peut s’avérer déroutant pour certains dégustateurs…je conseille à tous ceux qui n’aiment pas ce type de vins de se faire plaisir en buvant les blancs de Daumas dans les 2 premières années ».
Depuis quelques années d’ailleurs les blancs du domaine sont élevés exclusivement en cuves inox après une macération pelliculaire à basse température de 6 à 10 jours : un procédé destiné à favoriser le développement aromatique.

 

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Une parcelle de chardonnay sur les hauteurs au dessus du Mas.

 

 

3. Qu’est-ce qui distingue encore Daumas Gassac des autres grands vins du Languedoc ?

Dans les années 70 cette question ne se posait pas, les vin de Daumas constituaient une sorte d’exception dans un paysage viticole surtout connu pour sa production de piquette à bas prix…Mais aujourd’hui il est indéniable que dans cette région il ne manque ni grands vins ni domaines réputés et reconnus pour concurrencer Daumas Gassac dans l’élite languedocienne.
Mais Roman Guibert est très serein car pour lui Daumas reste unique à plus d’un titre :
- Le sol « le terroir de grèzes glaciaires, fait de petits cailloux friables est absolument fabuleux »
- Le microclimat « par un effet de piémont, les masses d’air froid du Larzac s’engouffrent dans la Haute Vallée du Gassac et assurent une fraîcheur nocturne en été (le thermomètre peut descendre à 5° en plein été) en apportant de l’acidité aux fruits tout en concentrant les arômes »
- La viticulture : « les sols sont vierges de toute molécule de synthèse depuis le défrichage des parcelles jusqu’à aujourd’hui »
A ceci s’ajoute bien évidemment, les parcelles en clairière dont nous avons déjà parlé, les vendanges exclusivement manuelles et, bien sûr, des rendements très faibles (30 à 35 hl/ha).
- L’encépagement : des plants non clonés, des cépages rares et le fameux cabernet sauvignon pour les rouges : un choix d’abord affectif « mon père a toujours aimé le vin de Bordeaux… » mais qui a rapidement trouvé sa justification après l’étude approfondie de ce terroir particulier « en fait, si on ne considérait que l’aspect géologique, le pinot noir trouverait ici une terre d’élection mais ce cépage n’aime pas avoir trop chaud alors que le cabernet sauvignon atteint régulièrement des niveaux de maturité optimaux sur les parcelles de Daumas Gassac ».

 

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Des vieux pieds de cabernet sauvignon au printemps taillés en Guyot simple.
 

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En bas, le chais dont une grande partie est souterraine et en haut la maison d’habitation, le tout entouré de vignes et d’arbres…un lieu qui me fera toujours rêver !


4. Où se situe Daumas Gassac par rapport à l’élite languedocienne actuelle ?

Roman Guibert n’a aucun souci avec la concurrence ; il est persuadé que l’augmentation du nombre de domaines qui se lancent dans une production qualitative et haut de gamme constitue un plus pour la région : « lorsqu’on avance ensemble, tout le monde en profite ».
Ce jeune vigneron est également l’un des principaux organisateurs du Salon des Vins d’Aniane qui a lieu chaque année à la fin du mois de juillet.
Malgré cette concurrence positive Daumas Gassac peut s’honorer d’être resté fidèle à son éthique « nous continuons de rechercher la conception de produits sincères et vrais sans faire des concessions à une quelconque stratégie commerciale (…) ce n’est pas parce que nos vins sont mondialement connus qu’ils doivent forcément plaire à tout le monde ».
La seule chose qui ait changé depuis les premiers millésimes, c’est la conception du blanc de Daumas Gassac avec le remplacement du muscat de Frontignan par le chenin et l’abandon des élevages en bois ; pour le reste si les vins du domaine paraissent plus faciles d’accès dans leur jeunesse, c’est un effet de l’âge des vignes « une vieille vigne produit souvent des vins plus aimables ».
 

Actuellement Daumas Gassac vend pratiquement toute sa production en primeur à une clientèle fidèle et très cosmopolite…des vins critiqués mais largement plébiscités !

Après notre entretien nous repartons vers le chai et le caveau de dégustation sans oublier de s’arrêter devant la coupe géologique naturelle au dessus de Peyra Fioc pour une dernière explication au sujet du terroir

 

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Les grèzes de Daumas Gassac.

 
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Schémas explicatifs tirés du livre de Alastair Mackenzie « Daumas Gassac – The birth of a Grand Cru »

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De retour au caveau je termine cette visite passionnante par la dégustation des deux cuvées de Daumas Gassac :

Rouge 2009 : le nez est pur mais très réservé avec des notes de fruits rouges confits et d’épices douces, l’attaque en bouche est franche et bien vive, la matière est voluptueuse, les tanins sont fins et serrés et la longueur aromatique est déjà considérable.
Comme je l’avais déjà ressenti lors d’une première dégustation à l’automne, le 2009 possède un velouté assez rare en bouche mais la présence tannique reste bien marquée et fidèle au portrait brossé par Roman Guibert lors de notre entretien « complexe, austère et sans concession dans sa prime jeunesse »…Patience !

Blanc 2010 : le nez est discret et très complexe, la bouche est ample et assez puissante, l’équilibre final est frais…et le verre vide embaume la violette.
Très jeune sur le plan aromatique mais doté d’une jolie silhouette en bouche avec de belles promesses parfumées en finale…une petite friandise à venir !


 

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Le couple royal du Mas

 

 

Durant cette discussion franche et sans langue de bois, Roman Guibert a apporté des réponses claires et argumentées à mes questions sur ce domaine. J’ai été très agréablement surpris par cette entrevue qui a confirmé que le respect du client n’est pas un vain mot à Daumas Gassac. J’ai été particulièrement impressionné par ce jeune vigneron qui connaît parfaitement son exploitation et qui en parle avec justesse et sensibilité.

Ce domaine assume pleinement son image atypique dans cette région viticole tout en gardant une ligne d’exigence absolue dans le respect des terroirs et la haute tenue des vins produits.
Le visiteur est accueilli dans une structure moderne et savamment étudiée avec un protocole qui fait penser à celui des grands châteaux bordelais, mais le tour du propriétaire est beau et instructif et la dégustation de la gamme complète toujours au programme.
Amis dégustateurs, pour tout ça et pour la troublante beauté de ce vallon, ne ratez pas cette étape si vous passez du côté d’Aniane !

 

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Aniane vue des collines.

 

 

Cette belle entreprise créée de toutes pièces par Aimé Guibert donne une impression de cohérence absolue à tous les niveaux : un choix original d’implantation dans un site particulier, une pratique viticole respectueuse de l’environnement, des vinifications les plus naturelles possibles dans des chais conçus dès les années 70 avec un souci de Haute Qualité Ecologique, la conception de cuvées qui magnifient l’expression des terroirs…un projet réfléchi, logique et terriblement bien réalisé. Chapeau bas !

Les crus de Daumas Gassac assument sereinement leur place marginale dans la production languedocienne : particuliers dans leur style mais avec une exigence qualitative maximale sur chaque millésime.
2009 a apporté au vin rouge du Mas une chair riche et une structure puissante : un cru d’année chaude qui se dégustera facilement à chaque étape de sa vie.
Le blanc 2010 est marqué par cette belle fraîcheur qui le rendra particulièrement agréable dans sa prime jeunesse mais qui garantira aussi un beau potentiel de garde pour ceux qui voudront s’initier au mystère de la seconde vie…bref un couple idéal pour qui veut approcher l’esthétique des vins de Daumas Gassac. A bon entendeur… !

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 09:08

Périple sudiste 2011

 

 

 

Avec des vacances estivales prévues en Ardèche mais sans ma traditionnelle incursion en terre languedocienne, je me vois donc dans l’obligation de prévoir un petit périple sudiste durant ces congés printaniers. Il y a bien sûr des bouteilles réservées à récupérer du côté d’Aniane et d’Arboras mais ce sera aussi l’occasion de rendre visite à quelques vignerons que je n’ai plus rencontré depuis bien longtemps, comme les Bonnefond en Côte Rôtie ou les Dupéré-Barrera du côté de Toulon.
C’est parti !

 

 

 

Côte Rôtie : visite au domaine Bonnefond

 
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Toujours aussi impressionnants, les coteaux escarpés de la Côte Rôtie

 

L’exploitation de Patrick et Christophe Bonnefond se trouve sur les hauteurs d’Ampuis dans le hameau de Mornas, à quelques kilomètres des derniers rangs de vigne de la Côte Rôtie.

 

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J’y avais fait une première visite dans les années 90, suivant un conseil d’une revue consacrée au vin (Gault et Millau ou RVF…) et je me souviens d’avoir été impressionné par les 2 belles cuvées de Côte Rôtie (dont il me reste un exemplaire en cave) et par un joli Condrieu.

 

 
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Le domaine Bonnefond

 


Me revoilà donc un quinzaine d’années plus tard dans le caveau de ce domaine à la découverte de leur gamme de vins qui s’est un peu étoffée avec le temps.
Hélas, le Condrieu Côte Chatillon 2009 et la Syrah VDP 2009 sont déjà épuisés, il ne reste que les 3 références de Côte Rôtie à la dégustation.

 

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Le caveau de dégustation du domaine Bonnefond

 

 

Côte Rôtie Colline de Couzou 2009 : le nez est ouvert et profondément fruité (cassis, mûre, myrtille), la bouche est dense et solidement charpentée mais avec un toucher très caressant, la finale longue et fraîche révèle de subtiles notes de violette.
Couzou est le nom d’une rivière qui coule au bas des différentes collines de cette appellation. Ce vin en bouteilles depuis le mois de mars est un assemblage de plusieurs parcelles. Encore dans sa prime jeunesse, il se montre pourtant particulièrement facile d’approche avec sa palette richement aromatique et sa bouche toute en élégance, mais ne nous y trompons pas, la matière pour une longue garde est bien présente…le plus dur sera d’attendre !

 

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Côte Rôtie Côte Rozier 2009 : le fruité est pur mais très discret, la bouche est charnue et veloutée avec une trame tannique fine et serrée et, comme pour la cuvée précédente, de très belles notes de violette, la longue finale est marquée par une délicate pointe acidulée qui laisse une étonnante sensation de fraîcheur.
Cette cuvée issue d’une parcelle qui borde la Landonne au nord a été mise en bouteille il y a deux semaines mais offre déjà une vue très nette sur la perfection de son équilibre et la richesse de sa matière…une jolie claque !

Côte Rôtie Les Rochains 2009 : le nez est toujours aussi pur avec un peu de profondeur supplémentaire et un profil aromatique un peu plus ouvert sur les fruits noirs confit, l’eucalyptus et les épices, la bouche est puissante, corsée avec des tannins concentrés mais très mûrs et une longue finale épicée.
Comme Côte Rozier cette parcelle jouxte La Landonne mais du côté sud, elle a été mise en bouteilles il y a une quinzaine de jours mais se présente de façon plus ouverte à la dégustation. C’est un vin immense, à la fois majestueux et très accessible...je pense que ce vin fera date sur ce millésime !
 

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Dans la descente du hameau de Mornas vers Ampuis…cailloux et pentes du vignoble de Côte Rôtie..

 

 

A peine remis de mes émotions sur le Sommerberg alsacien, me voilà dans ces autres lieux mythiques où les terres arides et les pentes vertigineuses donnent aux vins une dimension particulière…des nectars dont la réalisation demande plus de travail et de conviction qu’ailleurs et dont la dégustation vous transporte souvent au delà du monde sensible…

Patrick et Christophe Bonnefond sont les fils d’un viticulteur qui vendait ses raisins au négoce local (Guigal et Jaboulet notamment), ils ont choisi de reprendre le domaine familial et de faire leur vin il y a une vingtaine d’années. Rapidement repérés pour la qualité de leur production ils ont poursuivi leur chemin discrètement (peu de pub., pas de site internet…) sans jamais perdre de vue leur projet initial : servir au mieux ce terroir magnifique en produisant de grands vins fidèles à leur origine.

Les cuvées 2009 ont ce charme immédiat des années chaudes :  très accessibles, presque irrésistibles dès leur plus jeune âge. Mais, ne cédons pas trop facilement à ces charmes juvéniles, ces crus aux matières concentrées et parfaitement équilibrées seront grandioses dans quelques années.
Principe de plaisir contre principe de réalité, un dilemme freudien en bouteille !

 

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Paysage sur le haut de la Côte Rôtie…sauvage et beau !

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 09:25




Jeudi 8 octobre 2010, je vais enfin réaliser un vieux rêve : participer à une journée de vendanges en Alsace.
Après une première expérience de coupeur de raisins lors de la récolte du vin de glace au domaine de l’Oriel en janvier 2009, je vais compléter ma culture d’œnophile en m’intégrant dans une équipe de vendangeurs du domaine Beck-Hartweg.


C’est une matinée d’automne un peu brumeuse mais il y a comme une ambiance de mobilisation générale à Dambach : partout des tracteurs, des chariots avec leurs chargement de bottiches multicolores et des camionnettes transportant le personnel…ça bouge dans tous les sens !

Au domaine Beck-Hartweg, la petite dizaine de vendangeurs engagés pour cette journée est au complet, équipée et prête à partir vers 8 heures : il y a des étudiants, des saisonniers et même un invité d’origine écossaise qui réside en Suisse et qui, comme moi, a souhaité vivre cette expérience.


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Une brume tenace sur les collines de Dambach nous aura caché le soleil durant toute la journée.


L’organisation est bien rodée : Florian et Yvette (sa maman) s’occupent de la gestion de l’équipe de vendangeurs et Michel (le papa) est chargé de le réception des raisins et du pressurage.

La première parcelle à traiter est une vigne de pinot blanc : les fruits sont mûrs, bien dorés et délicieusement sucrés.
Florian rappelle ses exigences lors d’un rapide briefing : on ne tolère aucun grain pourri, « le cas échéant on enlève les baies douteuses de la grappe avant de la mettre dans le seau », on n’oublie pas de fruits ni sur le pied ni par terre « en général ce sont les raisins les plus mûrs qui tombent ».
Le flux des seaux pleins vers les bottiches et des seaux vides vers les vendangeurs est bien organisé et la récolte est assez rapide… il faut dire que le bel état sanitaire des fruits facilite grandement le travail.

 

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Une pause café bienvenue en attendant le tracteur…


La seconde parcelle est une jeune vigne d’auxerrois… encore plus belle !

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Un pied d’auxerrois avec des fruits bien mûrs.


A côté de cette parcelle d’auxerrois, le domaine possède une vigne de pinots gris qui attendront encore quelques jours afin d’atteindre le niveau de maturité souhaité pour la fameuse Cuvée de l’Ours. Là aussi l’état sanitaire est impeccable… et avec cette météo qui s’annonce particulièrement favorable pour les jours à venir, la réussite d’un beau vin moelleux ne fait plus aucun doute.



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Un magnifique pied de pinot gris… future Cuvée de l’Ours.
 

 

L’étape suivante nous conduit vers une parcelle de riesling sur un secteur du lieu-dit Frankstein, mais exclu de l’aire d’appellation Grand Cru. C’est un coteau granitique, moyennement pentu et orienté à l’est ; le nom cadastral du lieu-dit étant protégé, ces raisins serviront à élaborer la cuvée Réserve du domaine.
Comme souvent, le rang qui jouxte une parcelle travaillée en viticulture traditionnelle porte des raisins de qualité plus hétérogène : ici le travail de tri est assez conséquent et les conseils d’Yvette ou de Florian sont souvent précieux pour le néophyte : entre le passerillage, le botrytis, les baies fendues par les abeilles…la sélection est parfois délicate.

 

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Les seaux attendent les vendangeurs au bout des rangs de riesling.

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C’est reparti…

 

 

Dans les rangs suivants, l’opération de tri devient superflue, les fruits sont parfaitement sains : de belles grappes bien aérées avec de petites baies bien sucrées, des peaux et des pépins très mûrs, un plaisir !
Le cliquetis de mon sécateur s’accélère peu à peu… je commence à prendre le rythme du groupe…

 

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Un pied de riesling sur cette parcelle : des fruits impeccables !

 


Vers midi, la pause déjeuner se fait en plein-air, au milieu des vignes : viande en sauce, pommes vapeur et fromage le tout arrosé par quelques bouteilles du domaine, notamment le riesling Réserve 2009, histoire de montrer aux vendangeurs ce que deviendront les précieux fruits qu’ils récoltent aujourd’hui.

 

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Le groupe de vendangeurs en pause-déjeuner.



Vers 13 heures, le groupe repart entre les rangs de vigne et Florian me propose de l’accompagner pour vérifier le niveau de maturité et l’état sanitaire des autres parcelles du domaine.

Sur les coteaux, les rieslings sont impeccables, aucune pourriture et des niveaux de maturité tout à fait satisfaisants : le jus prélevé sur une dizaine de baies non passerillées titre plus de 12° « ça fera des jus entre 12°5 et 13° avec l’apport des baies plus confites ».
 

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Un pied de riesling sur un coteau près du Grand Cru


Près du village, des parcelles de vieilles vignes prévues pour une vendange en sur-maturité sont également très prometteuses : aucune pourriture et des baies qui commencent à passeriller.

 

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Un très vieux pied de riesling dans une parcelle près du village.



Nous finissons notre petit tour par une vigne sur le Grand Cru : belle maturité, très bon état sanitaire… pas de doute, il ne va plus falloir trop attendre pour rentrer ces raisins.
Comme sur l’autre parcelle de riesling, le rang contigu à une vigne cultivée en traditionnel (avec engrais et pesticides) porte des raisins de qualité inférieure « je vais être obligé de déclasser ces raisins, pas question de les faire rentrer dans la cuvée Grand Cru ». D’un côté des grappes serrées dont les grains ont des niveaux de maturité très hétérogènes (des grains verts, mûrs, passerillés et pourris sur la même grappe) de l’autre, de petites grappes dorées bien saines… le contraste est saisissant !
 

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Un pied sur le premier rang…

 


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…un pied sur le second rang.


Ces 2 photos prises sur deux pieds voisins montrent clairement qu’une viticulture bio et une maîtrise de la vigueur de la vigne constituent des moyens efficaces pour garantir un bon état sanitaire et une maturation homogène des raisins.
Par contre pour le rendement, c’est une autre histoire… il suffit de regarder pour comprendre !

De retour auprès des vendangeurs, je reprend ma place avec mon seau et mon sécateur pour continuer mon travail jusqu’à la pause-goûter de 16 heures, où Florian annonce à son équipe la suite du programme pour vendredi et samedi : même si la météo s’annonce encore très favorable pour les prochains jours, il n’y pas de raison d’attendre car les rieslings ont atteint l’équilibre optimal recherché.

 

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Pause-goûter et briefing pour les jours à venir.


Avant de rentrer à Strasbourg, Florian m’invite à l’accompagner au chai pour assister à la réception des raisins et à la mise au pressoir.

 

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Les bottiches pleines arrivent au pressoir…

 

 

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Les raisins sont versés dans le pressoir pneumatique

 

Les fruits vont subir un pressurage très doux durant près de 4 heures, le débourbage se fera dans des cuves inox et la fermentation dans les traditionnels foudres en bois. Cette matière première de grande qualité témoigne du travail exceptionnel que la famille Beck-Hartweg fournit à la vigne, maintenant la balle est dans le camp du vigneron-vinificateur…un beau challenge !

Merci à Yvette, Michel et Florian de m’avoir accepté dans leur équipe de vendangeurs pour me permettre de compléter ma culture d’oenophile. J’ai appris énormément de choses sur le métier de vigneron et j’ai apprécié pleinement ce beau moment de convivialité, je reviendrai dès que possible, peut-être pour couper les rieslings vieilles vignes…

En ce qui concerne le millésime 2010 en Alsace, je crois que ce sera un vrai millésime de viticulteur qui distinguera ceux qui auront travaillé sérieusement dans leurs vignes : la qualité des pratiques culturales, la maîtrise des rendements et le choix des dates de vendanges seront plus que jamais déterminants…

 


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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 10:32

 



Comme l’année précédente, nous nous retrouvons en famille pour un séjour estival dans cette Ardèche méridionale que nous apprécions particulièrement, pour ses paysages, ses villages, son ambiance et, bien évidemment, ses vins.


Jérôme Mazel fait partie de cette génération montante de jeunes vignerons qui ont envie de faire leurs vins en tirant le meilleur parti des beaux terroirs ardéchois.
Il a récupéré 5,5 hectares de vignes sur le patrimoine viticole de son père, coopérateur à la cave des Vignerons Ardéchois à Ruoms : « il bichonne de très belles parcelles situées en hauteur au dessus de Pradons » me confieront fièrement les parents de Jérôme.
 

Ces parcelles sont exposées nord/nord-est sur des terrains argilo-marneux.

 


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Les vignes de Jérôme Mazel, entre genévriers et chênes sur les hauteurs de Pradons

 

 

Pour limiter les traitements à leur strict minimum, il passe beaucoup de temps dans ses vignes afin de garantir naturellement les conditions d’un état sanitaire impeccable.

 

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Les vignes sont labourées 1 rang sur 2.

 

 

 

En ce moment c’est l’époque des vendanges vertes « 4 à 6 grappes par pied selon la vigueur de la plante, cela permet à la vigne de trouver son équilibre ».

 

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Les vendanges exclusivement manuelles se déroulent en général fin août et la récolte des viogniers destinés à produire la cuvée moelleuse a lieu fin septembre.
Sauf pour les rosés, l’élevage des vins se fait en barrique : 8 mois pour les viogniers et la cuvée Cœur de Pierre à dominante grenache, autour de 12 mois pour les autres.


 
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Le chai à barriques avec l’entrée d’un souterrain qui assure une climatisation naturelle… mais qui va être aménagée prochainement en caveau de dégustation.

 

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Il vend sa production à une clientèle de passage dans son caveau ouvert quotidiennement à partir de 18 heures ou dans le point de vente tenu par ses parents, où on trouve aussi des légumes du jardin et d’excellents fromages de chèvre de la Ferme des Divols (une exploitation hautement recommandable située sur les hauteurs de Beaulieu).

 

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Après une journée de travail à la vigne, Jérôme fait découvrir ses vins aux clients de passage.

 

Sa gamme comporte 3 vins blancs, 2 rosés et 3 rouges d’appellation VDP des Coteaux de l’Ardèche. En cette mi-juillet, 2 cuvées sont déjà épuisées : Alter Ego 2008 (100% chardonnay) et Magie Noire 2008 (100% syrah). Il a aussi produit une cuvée confidentielle de vin Nature, dont j’ai récupéré un flacon (merci Cyril) mais que je n’ai pas encore dégusté.

Odyssée 2009 (100% viognier) : le nez est fin et délicat sur un registre floral (violette), la bouche est équilibrée avec une belle richesse aromatique et une nervosité tout à fait réjouissante, la finale est un peu chaude mais reste digeste.
Au pays des viogniers souvent explosifs au nez et désespérément plats en bouche, ce vin se démarque nettement avec sa structure solide et sa profondeur aromatique. Une très belle réussite !

Equinoxe 2009 (100% viognier en surmaturité) : le profil aromatique est plus opulent avec de puissantes notes de fruits mûrs (banane, abricot) et de miel qui cachent quelque peu le côté floral propre à ce cépage, la bouche possède un joli gras, la moelleux est évident mais sans excès de lourdeur, la finale est un peu vanillée et de belle longueur.
Issu de raisins surmuris et passerillés ce viognier doux et suave se laisse vraiment boire avec facilité. Gourmands gourmandes à vos verres !

Ribambelle 2009 (grenache, syrah, merlot et quelques autres…) : les fruits rouges défilent dans cette palette aromatique fraîche et fringante, la bouche est gouleyante et pleine de gourmandise.
Une ribambelle de cépages pour une ribambelle d’arômes… le tout pour enchanter les repas d’été. Un must pour estivant assoiffé.

Chamboultou 2009 (dominante grenache) : le nez s’exprime avec un fruit très charmeur (fraise, framboise) et quelques notes de bonbon anglais, la bouche est riche, le moelleux est perceptible mais l’équilibre reste digeste et friand.
Un rosé de fruit et de douceur qui est conçu pour séduire sans tomber dans la démonstration excessive. Hélas pour vous, j’ai acheté le dernier carton il y a quelques jours… hélas pour moi, il est déjà vide !

Corps et Âme 2008 (80% de merlot + 20% de syrah) : le nez est complexe sur les fruits noirs, la violette et les épices, la bouche est riche avec une belle trame tannique qui soutient une finale bien longue.
Une cuvée très marquée par le merlot mûr qui se laisse déjà appréhender facilement mais qui ne donne pas encore toute sa mesure à l’heure actuelle. Patience !

Cœur de Pierre 2009 (90% de grenache + 10% de merlot) : le nez est ouvert, intense et complexe avec des arômes de cerise à l’eau de vie, de noyau et d’épices douces, la bouche est charnue, structurée, avec un fruit croquant et une finale bien épicée.
Un assemblage largement dominé par le grenache, non filtré et élevé 8 mois en barriques : voici le rouge de l’été, légèrement rafraîchi il se goûte parfaitement aujourd’hui !

 

 

Pour conclure :

- Repéré par mon ami Cyril (grand spécialiste es vins d’Ardèche), Jérôme Mazel peut être considéré comme un très jeune vigneron, puisque 2009 n’est que son troisième millésime. Mais ne vous y trompez pas, avec sa passion inaltérable pour son métier et sa maîtrise grandissante de tous les processus de conception du vin, je pense que ce vigneron s’imposera comme une référence dans la région.
Il a choisi de limiter sa surface de production et de conduire sa vigne pour contrôler sévèrement les rendements (autour de 20 hl/ha) : c’est le prix qu’il est prêt à payer pour pouvoir travailler le plus proprement possible en restant maître de la qualité de ses vins. Bravo !

- Les vins de Jérôme Mazel possèdent de très belles expressions aromatiques et des structures bien équilibrées avec des sensations olfactives et gustatives en harmonie : des personnalités festives mais toujours cohérentes, des vins plaisir à savourer sans modération…A la bonne votre !

 

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Vigne, chênes et genévriers et au loin le Cirque des Gens… comment ne pas tomber sous le charme de cette région !

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 15:15



Après avoir passé l’après-midi dans les eaux fraîches de l’Hérault, sur le site du Pont du Diable, nous nous rendons à Arboras où nous avons rendez-vous avec Marie-Ange Royer et Eric Supply pour découvrir leur production sur le millésime 2009.

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La plage de galets du Pont du Diable

 

 

1 Arboras 
Arboras, charmant village perché au dessus des vignes.


C’est en fin d’après-midi, au frais dans la petite cave sous la maison des Supply-Royer, que nous partons à la rencontre des vins de cette année chaude et sèche qui a donné quelques belles frayeurs aux vignerons du Languedoc.


Nous commençons par les cuvées 2009 qui sont encore en cours d’élevage :

Lo Mescladis : la couleur est très vive, le nez a le charme immédiat du fruit bien mûr, la bouche est grasse et riche mais la finale un peu plus nerveuse confère un bel équilibre à l’ensemble.
Décidément cette cuvée 100% roussane se fait attendre au domaine Supply-Royer ! En 2009 ce cépage a produit un très petit volume avec une très forte maturité, l’assemblage avec du bourboulenc a permis le remplissage de la barrique tout en apportant une touche de fraîcheur à l’ensemble. Un vin opulent et complet qui se présente a nous de façon tout à fait avenante mais qui gagnera surement à reposer un peu en cave.

Le Bourboulenc de Nega Saumas : le nez est un peu brouillé par des notes fermentaires, la bouche révèle une très belle matière avec un fruité plus expressif et une acidité pure et profonde, la finale est très longue.
Un vin dont le profil olfactif est brouillé par une fermentation alcoolique qui se prolonge (« il finit ses sucres ») mais dont la présence en bouche affirme un très haut niveau de qualité… très prometteur.

 

 

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Un pied de bourboulenc sur Nega Saumas


Un intrus rouge : la robe est noire, le nez est intense avec une belle complexité (suie, réglisse, herbes aromatiques), la bouche est très agréable, fraîche avec un fruit discret et une trame tannique assez serrée mais bien mûre.
Ce joli vin rouge gourmand et gouleyant (qui va être vendu comme vin de table) provient d’un assemblage à dominante syrah avec toute une ribambelle de cépages rouges plus ou moins connus (merlot, carignan, aramon…).Quelques caisses de raisins cédées par un ami viticulteur à Viallat du Tarn et provenant du vignoble aveyronnais ont permis à Eric Supply de vinifier cette cuvée originale : « Cette région viticole oubliée possède des terroirs superbes du villafranchien, où on pourrait faire de grands vins, des blancs notamment ». A bon entendeur…

Le Mourvèdre des Crouzets 1 : le nez est fortement marqué par l’élevage, avec des notes de poudre brulée (pétard), de croûte de pain grillée qui couvrent un fruit discret qu’il faut chercher loin au fond du verre, la bouche possède une matière riche et suave avec un fruit plus présent, la finale est longue et finement boisée.
Cette cuvée, prélevée sur un fût neuf de 3 bois, est encore dominée par l’élevage. L’olfaction est monopolisée par des arômes de torréfaction mais la présence en bouche témoigne d’une très belle matière qui prend déjà l’ascendant sur ce boisé un peu trop puissant.

Le Mourvèdre des Crouzets 2 : le nez est pur et fruité avec de très beaux arômes de cerise mûre, la bouche est très gourmande, la finale revient sur le fruit et les épices avec une belle fraîcheur.
Cette cuvée, prélevée sur une feuillette de 2 vins, se goûte bien plus facilement à l’heure actuelle.
Le Mourvèdre du domaine se réalisera assemblant ces 2 vins ; il demandera surement quelques années de garde pour s’harmoniser, mais il a les ressources pour tenir face au temps, c’est une certitude.

La Syrah de Pey Cherres 1 : la robe est sombre et dense, le nez est un peu brouillé et il faut un peu de patience pour percevoir le fruit discret mais très précis, la bouche est équilibrée avec une structure bien carrée.
Même si la malo en cours voile un peu la qualité de l’olfaction, cette cuvée prélevée sur une barrique de 3 bois qui date de 2007, se présente avec une matière riche et prometteuse.

La Syrah de Pey Cherres 2 : le nez est plus expressif sur les fruits noirs (cassis, myrtille), le toucher de bouche est rond avec des tanins fins et soyeux.
Cette cuvée prélevée sur une barrique de chêne des Vosges est plus avancée que la précédente et offre un profil flatteur et gourmand.
La Syrah du domaine sera le résultat de l’assemblage de ces 2 cuvées : le marquage boisé est plus discret, les matières sont très concentrées… 2009 sera un millésime de plénitude pour ce vin.

La dégustation se poursuit par quelques vins en bouteilles puisés dans la réserve personnelle du vigneron :

La Syrah de Pey Cherres 2008 : le nez est dense et concentré avec des notes de cassis, de noyau de cerise et quelques évocations plus minérales, la bouche concentrée et soyeuse offre de belles nuances truffées en finale.
Située entre deux années caniculaires, cette syrah 2008 se présente aujourd’hui comme un vin déjà bien en place, aromatiquement très riche et d’une longueur remarquable.

La Syrah de Pey Cherres 2007 : le nez est riche et gourmand sur des fruits noirs confits et les épices douces, la bouche est volumineuse, pleine de rondeur et de soie, la finale reste un peu marquée par l’alcool.
Plus massif et plus fougueux que le 2008, ce vin devra encore s’assagir quelques années en cave : il sera prêt à boire après les 2006 et après les 2008.

Le Bourboulenc de Nega Saumas 2002 : le nez s’ouvre sur quelques notes oxydatives qui laissent rapidement la place à une palette riche et complexe avec des aromes de fleurs (sureau, acacia) et de miel de garrigue, ce vin possède une chair agréable, généreuse avec une pointe de fraîcheur bienvenue qui se révèle dès le milieu de bouche, la finale est profondément aromatique et très longue.
Cette cuvée dont certaines bouteilles présentaient un défaut olfactif dans leur prime jeunesse, n’a pas été proposée à la vente ; aujourd’hui ce bourboulenc se livre avec une belle patine faite de complexité aromatique et d’équilibre en bouche. Au cas où on aurait des doutes sur le potentiel de garde des vins du domaine…


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La nouvelle référence du domaine : la cuvée d’assemblage roussane-bourboulenc



Ayant tous les deux une activité professionnelle principale (dans l’univers du vin bien-sûr) les Supply-Royer font du vin sur leur temps de loisir. Ils vendent leurs bouteilles pour couvrir les frais de production, afin que leur passion commune ne grève pas le budget familial. Leurs bénéfices, ils les trouvent avant tout dans le plaisir de réussir de belles cuvées mais aussi dans la reconnaissance des amateurs qui apprécient leurs vins. Cette démarche originale constitue, à mon sens, la clé pour entrer dans leur univers.

Avec un cœur languedocien et une culture viticole fortement marquée par la Bourgogne, Eric réussit à concevoir des vins qui expriment pleinement les terroirs locaux tout en gardant des principes bourguignons dans ses pratiques : il privilégie les cuvées mono-cépage issues d’une seule parcelle et ne conçoit pas la vinification sans utiliser des contenants en bois.

J’aime la générosité et l’authenticité qui se dégage de chacun des vins de ce domaine : ils ne renient pas leurs origines résolument sudistes tout en montrant un côté extrêmement raffiné qui s’affirme de plus en plus au vieillissement.
J’aime ce couple de vignerons dont l’amabilité, l’humilité et la passion partagée pour les vins me ravit à chaque nouvelle rencontre.

Vivement l’été prochain pour ma quatrième visite à Arboras.

 

 

NB Si vous voulez en savoir plus la visite 2009 est relatée ICI

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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 17:56



Après une première visite en 2007, me voici de retour chez ce vigneron ardéchois pour une dégustation en compagnie de 2 DCiens émérites, cyra et Père Nico.

Situé à Villeneuve de Berg à l’entrée de la splendide vallée de l’Ibie cette propriété familiale d’une douzaine d’hectares propose son vin en bouteilles depuis 2006. Jérôme Jouret a choisi l’indépendance par rapport à la cave coopérative locale pour pouvoir travailler ses vignes et ses vins comme il le souhaite : conversion bio, petits rendements et vinifications les plus naturelles possible.
Les nouveaux chais sont conçus dans une optique de développement durable : la construction à flanc de colline permet une organisation du travail de cave avec un minimum de technologie.
Les vendanges sont 100% manuelles, le pressurage des blancs se fait sur un magnifique pressoir vertical ancien.
Les vinifications se font parcelle par parcelle et sans intrants (le sulfitage est minimal voire inexistant sur certaines cuvées), la gravité est utilisée pour chaque transfert de jus et les vins ne sont pas filtrés.
Le cahier de charges très exigeant que s’impose ce vigneron demande évidemment un gros travail dans les vignes, mais c’est le prix librement consenti par Jérôme Jouret pour pouvoir nous régaler avec des vins authentiques et fidèles à leurs terroirs.

Je n‘ai pas pris de notes pendant la dégustation, mais comme chez l’autre Jérôme (Mazel) je suis reparti avec les quelques cuvées de rouges encore disponibles au tarif et je les ai regoûtées tranquillement chez moi.

Pour les blancs cela n’a pas été possible…plus le moindre petit flacon en stock !
Nous avons donc dégusté 3 cuvées 2008 en fin d’élevage :
·    Sauvignon : franc et facile d’accès sur le fruit et le fraîcheur.
·    Chardonnay : une matière concentrée, une énergie presque palpable, long et remarquablement équilibré.
·    Viognier : des arômes envoutants et une belle ampleur en bouche avec une sur-maturité pleine de gourmandise.

Les cuvées sans sulfites (2 rouges et 2 blancs) sont toutes épuisées, hélas !
Cyril a bien voulu me lâcher un petit grenache En avant doute 2007…je le dégusterai prochainement.

Pour les autres rouges nous avons goûté :
·    L’Abri 2006 : un 100% cabernet sauvignon à la robe sombre et au nez classique de poivron mûr évoluant rapidement vers le fruit noir. La bouche est charnue, les tanins sont serrés mais très mûrs et la finale est digeste avec une légère amertume.
·    Ibie 2007 : un assemblage grenache- merlot  élevé quelques mois en fûts et en foudres, avec un nez intense et séducteur de fruits rouges et d’épices. La bouche est pleine de chair et de croquant et la finale est bien longue sur des tannins parfaitement mûrs.
·    Les Amouriers 2007 : 100% merlot, des fruits très mûrs, une macération longue et un élevage de 18 mois en fûts pour ce vin dense et riche à la palette complexe sur la mûre, la réglisse, la cendre. La bouche est soyeuse et concentrée avec des tanins mûrs, une mâche agréable et une finale longue et fraîche.
·    Fontaury 2007 : une syrah travaillée dans le même esprit que la cuvée précédente, un peu sauvage mais avec une palette flatteuse (cassis, herbes aromatiques, épices…) et une bouche pleine de sève et de vivacité.

La première impression de 2007 est plus que confirmée, Jérôme Jouret et son épouse sont des vignerons talentueux avec une conscience écologique profonde et une recherche permanente de qualité au plus proche de ces beaux terroirs ardéchois qui n’ont pas encore livré toute l’étendue de leur potentiel.

Seul bémol, certaines cuvées sont épuisées peu de temps après leur mise, notamment les blancs (le sublime viognier Saint Giraud) et les grenaches (En avant Doute et Fesquier).

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Présentation

  • : Vins, vignobles et vignerons.
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Bonjour à tous

Amateur de vin depuis près de 30 ans et internaute intervenant sur un forum de dégustateurs depuis plusieurs années, j’ai crée ce blog pour regrouper et rendre plus accessibles mes modestes contributions consacrées à la chose vinique.

 

Mes articles parlent presque toujours de rencontres que j’ai eu l’occasion de faire grâce au vin :

rencontres avec de belles bouteilles pour le plaisir des sens et la magie de l’instant,

rencontres avec des amis partageant la même passion pour la richesse des échanges et les moments de convivialité inoubliables,

rencontres avec des vignerons et avec leur vignoble pour des moments tout simplement magiques sur les routes du vin ou au fond des caves.

 

J’essaie de me perfectionner dans l’art compliqué de la dégustation dans le seul but de mieux comprendre et mieux pouvoir apprécier tous les vins.

Mes avis et mes appréciations sont totalement subjectifs : une dégustation purement organoleptique ne me procure qu’un plaisir incomplet.

Quand j’ouvre une bouteille de vin, j’aime pouvoir y associer le visage du vigneron qui l’a fait naître, j’aime connaître les secrets de son terroir, j’aime avoir plein d’images et de souvenirs associés à ce liquide blanc ou rouge qui brille dans mon verre.

 

Merci à tous ceux qui viennent me rendre visite.

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